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 Le temps met tout en lumière

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La Noblesse
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Liam d'Outrevent
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Message Sujet: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyDim 11 Mar - 15:02


Livre III, Chapitre 2 • De Plume et de Serre
Isabeau Ventdoré & Liam d’Outrevent

Le temps met tout en lumière




• Date : 22/02/1003
• Météo (optionnel) : C’est le début de soirée, et le vent est chargé de pluie.
• Statut du RP : Fermé
• Résumé : Liam quitte momentanément le palais ducal pour s’enquérir discrètement de quelques nouvelles de Maelenn auprès des Compagnes, mais il ne pensait certainement pas croiser Isabeau dans leur établissement de Souffeciel, perdue de vue depuis ces années à Lorgol, lui maintenant duc et elle compagne.
• Recensement :
Code:
• [b] 22/02/1003:[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3491-le-temps-met-tout-en-lumiere]Le temps met tout en lumière[/url] - [i]Isabeau Ventdoré & Liam d’Outrevent[/i]
Liam quitte momentanément le palais ducal pour s’enquérir discrètement de quelques nouvelles de Maelenn auprès des Compagnes, mais il ne pensait certainement pas croiser Isabeau dans leur établissement de Souffeciel, perdue de vue depuis ces années à Lorgol, lui maintenant duc et elle compagne.


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Dernière édition par Liam d'Outrevent le Dim 11 Mar - 15:04, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyDim 11 Mar - 15:04

J’étais voleur dans une autre existence, Second des Ombres. Voilà bien une ironie qui continuait encore de m’amuser, surtout alors que je me retrouvais, encore une fois, à esquiver mes propres gardes. C’était devenu comme un rituel, un jeu, qui avait augmenté en difficulté au renforcement de la garde. J’avais réussi, tant bien que mal, à convaincre Lionel de la diminuer. Aucun impératif ne justifiait qu’autant de forces soient dédiées à la surveillance du palais. Mes fiançailles avec Chimène de Faërie étaient officialisées depuis de longs mois maintenant, Maelenn ne devait plus être étroitement surveillée au palais et nous étions en période de trêve. Seule la Chasse Sauvage restait un épineux problème. Néanmoins, personne ne pouvait lutter contre, et les gardes ne seraient que des cibles supplémentaires de leur implacable chevauchée. La garde était donc diminuée, et qui plus est, lassée depuis des années de courir après un duc envolé et insaisissable. J’allais et venais comme bon me semblait. Ce n’était pas une habitude que l’on risquait de pouvoir me retirer, après huit longues années d’exil, à Lorgol, où le principal avantage de ma condition résidait alors dans ce sentiment grisant de liberté.

Je me soustrayais un temps à mes devoirs de duc, en arpentant anonymement les rues de Souffleciel, rendues désertes par des vents chargées de pluie. Elles n’avaient pas le même charme que celles de Lorgol, toujours en effervescence, avec des visages de tout horizon. Souffleciel était à la fois plus calme, mais aussi plus chaleureuse, par bien des aspects. Les spectacles des rues étaient moins monnaie courante, comme les voleurs, précisément. Je n’étais pas aussi suspicieux, mais méfiant pour d’autres raisons. J’évitais de croiser quelques regards, à bifurquer dans des ruelles parallèles à de nombreuses reprises. Là où il valait mieux éviter les ruelles isolées, véritables coupe-gorges à Lorgol, je les recherchais davantage à Souffleciel. J’étais bel et bien une ombre, à mes heures perdues.

Je ralentis le pas, à l’approche de l’édifice recherché. J’hésitais presque, l’espace d’un instant, souhaitant encore moins être surprise ou remarqué. Là, personne ne cherchait à m’alpaguer, les Compagnes étaient davantage placées sous le signe de la discrétion en Outrevent. Je ne fréquentais pas ce type d’établissement au quotidien, et encore moins maintenant, mais les rumeurs les plus folles pouvaient bien souvent courir… Elles n’étaient pas toutes usurpées, malheureusement. Je ne voulais ni la revoir, ni confier un quelconque message… Mais ce serait mentir de dire qu’elle avait quitté entièrement mes pensées. Je prendrais quelques nouvelles, rien de plus. Je repartirais ensuite.

Je poussai le battant de l’établissement, pour me retrouver face à un agréable sourire en guise d’accueil, celui d’une Compagne prête à m’accueillir pour s’enquérir de mes besoins. La politesse aurait exigée que j’abaisse la capuche de ma cape, mais je la laissais rabattue sur mes yeux, à détailler l’établissement d’un œil suspicieux, avant de me figer de stupeur en reconnaissant des traits familiers chez une des Compagnes présente dans le hall. Je me souvenais d’elle, à Lorgol. Comment se faisait-il… ?

« Vous désirez peut-être plutôt vous adresser à Isabeau, messire ? »
C’était bien elle. Je rendis un regard interdit à celle qui venait de m’accueillir, à l’entendre prononcer son nom.
« - Non. Certainement p… Je poussai un soupir retentissant. Si, oui.
- Sous quel nom dois-je vous présenter ?
- Elle le connaît très bien.
- Oh. »

Je n’aurais pas dû le tourner ainsi, même s’il était préférable de ne pas l’ébruiter. Elle allait me prendre pour un habitué. Visiblement, son homologue ne m’avait pas reconnu… Une chance pour moi. Elle paraissait jeune et encore impressionnable, certainement était-elle encore en formation, à accueillir avec une certaine candeur leurs invités, ce qui devait être appréciable pour plus d’un. J’étais un parfait inconnu pour la plupart, à Lorgol, mais ici tout était différent. Je restais sur la réserve, le visage fermé. Je n’avais rien à faire ici. Et Isabeau non plus d’ailleurs. Elle se rapprochait de moi, et enfin, je croisai son regard. Visiblement la surprise était réciproque. Je m’exprimais d’un ton bas, mais pas vraiment cordial envers une connaissance – devrais-je dire une amie ? – perdue de vue depuis déjà de longues années. « Je peux savoir ce que tu fais ici ? Je te croyais encore à Lorgol, et certainement pas à… A faire quoi au juste ? »


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Message Sujet: Re: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyLun 12 Mar - 19:52

Le vrai plaisir. Voilà ce qui aurait dû accueillir avec tendresse Isabeau en cette sombre soirée. Non pas que son emploi de Compagne lui déplaisait, loin de là. A son âge, elle ne faisait de toute façon que ce qui l’intéressait. Mais ces nuits où elle se trouvait seule avec les carnets de compte de la guilde étaient magiques à leur propre manière. Plonger dans son passé l’espace d’un instant était follement amusant. Cela lui rappelait le chemin qu’elle aurait pu prendre, et que le destin lui avait retiré. Douloureux plaisir, mais plaisir tout de même. Quittant son dernier client alors que la nuit tombait peu à peu, Isabeau se laissa le temps de souffler. Vêtue d’une simple robe de chambre, transpirante, elle pensait à la folle soirée qui l’attendait. Avec un linge froid, la demoiselle vint tamponner son visage et sa poitrine, faisant dissiper enfin l’émoi qui avait animé son corps quelques minutes auparavant. Elle n’était pas présentable, pas comme une Outreventoise en tout cas, mais ça elle s’en fichait pas mal. Après tout, elle n’avait plus à plaire ce soir. Qu’importe que ses sœurs la voient ainsi, ou même leurs clients. Leurs clients n’étaient pas ceux d’Isabeau. Isabeau était irremplaçable. Unique.

Si la Compagne ne comptait pas faire plus d’effort que ça, elle ne pouvait toutefois pas rejoindre la salle commune à moitié nue. Finissant sa toilette avec son linge, cette dernière laissa glisser sur sa peau son négligé de soie, préférant une robe d’intérieur un peu plus convenable. C’était léger, fin, délicat, peut-être même un peu indécent pour le duché de l’Honneur. Elle était ravissante, quoi qu’il en soit. Elle dût également lutter quelques instants avec sa chevelure rebelle, la ramenant finalement en une tresse plutôt négligée pour les standards habituels de la demoiselle. S’admirant une dernière fois dans le grand miroir qui trônait au centre de sa coiffeuse, Isabeau se sentait enfin prête. Son maquillage s’était effacé, mais plus rien ne comptait. Un sourire pendant avec malice sur le bout de ses lèvres, elle se décida enfin à quitter ses appartements, bien décidée à se rendre au plus vite jusqu’au bureau de sa maitresse. Ne pas être dérangée, voilà ce qu’elle voulait au plus profond de son cœur en cet instant. Ses sœurs la connaissaient, elles savaient qu’il ne fallait pas l’importuner ces nuits-là et pourtant... Un élément perturbateur avait décidé de faire sa grande entrée ce soir-là et cela promettait de tout changer.

Si elle était pressée, Isabeau ne pouvait se ridiculiser devant tant de personne. Alors elle descendit le majestueux escalier d’une langueur toute calculée, chaque mouvement faisant balancer délicieusement ses hanches et sa poitrine. Sa main glissait sur la rambarde, comme si elle offrait une caresse sensuelle à cet objet inanimé. La Compagne était dans son Royaume, ou du moins elle pensait l’être encore seulement pour quelques minutes, alors elle en profitait. Et puis son nom retentit, au loin. L’un de ses sœurs parlait d’elle. Une nouvelle, adorable, fraiche comme un bouton de rose. Isabeau l’aimait de tout son cœur mais après tout, qui n’aimait-elle pas parmi tout ce beau monde ? Curieuse, elle l’était désormais, et son regard se porta vers cette source de distraction. Un homme encapuchonné ? Encore un Outreventois intimidé par la réputation des Compagnes ? Un noble cherchant l’amour d’une autre femme que son épouse ? Isabeau ne put s’empêcher de sourire. Un petit détour n’était pas inconcevable. Sustenter sa curiosité était la plus noble des décisions. Cette pauvre sotte se trompait cruellement et elle ne manquerait pas de se le reprocher les jours qui arriveraient.

Le regard grisâtre de la demoiselle s’accrocha désespérément à celui de cet étranger. Et pourtant, d’étranger, il n’en avait rien. Liam d’Outrevent. Son duc. Son ami, fût un temps. La surprise aurait pu déchiré la douceur de son visage enfantin mais elle était bien plus intelligente que ça. Il n’avait rien à faire là. Un homme comme lui ne pouvait être là. Une chance, personne ne s’était rendu compte de qu’il était. Pas encore. Pourtant, Isabeau savait que cela ne saurait tarder. Et il fallait réagir. Sur le champ. L’honneur de son duc était tout ce qui comptait en cet instant. L’érudite prit une grande inspiration, réunissant tout le courage qu’elle pouvait trouver dans son cœur. Elle paniquait, un peu, choquée par cette situation si étrange. La raison de tout cela lui était pourtant venue comme une évidence. Les rumeurs. Maelenn, sa tendre Maelenn. Pourquoi serait-il là si ce n’était pas pour elle ? C’était la seule solution mais Isabeau ne pouvait s’empêcher d’être courroucée. Pourquoi faisait-il ça ? Pourquoi devait-il causer un émoi si violent dans le cœur de cette pauvre Isabeau ? Le temps n’était de toute façon ni à la colère, ni aux réflexions morales. Il fallait le sortir de là. Sur le champ.

-Messire Maindorée, c’est un plaisir de vous revoir. Je vous en prie, suivez-moi.

Le nom de famille de son père. Ce qu’elle pouvait être idiote. Personne ne ferait le lien de toute façon, ou du moins elle l’espérait. Fronçant doucement les sourcils alors qu’elle déclamait sa tirade, elle espérait que Liam comprendrait le message sous-jacent. Lui adressant un sourire radieux, elle s’approcha de lui, coinçant sa main dans le bras fort et musclé de son duc. D’une proximité suffisante pour lui murmurer quelque chose, cette dernière porta ses lèvres jusqu’aux oreilles de son interlocuteur.

-Jouez le jeu, et suivez-moi. Qu’on me tue si l’on vous découvre ici, votre grâce.

Isabeau osait, et Liam s’en offenserait peut-être, pourtant cela semblait être la meilleure des solutions. Oui, s’ils se cachaient dans les appartements de la demoiselle, ils pourraient discuter comme ils le voulaient à l’abri des regards indiscrets. Elle espérait au moins pouvoir répondre aux besoins de son duc, bien qu’elle doutait fortement qu’il nécessite ses attentions de Compagne. Quelle situation embarassante et stressante. Et la pauvre Isabeau qui rêvait de jouer avec des chiffres toute la nuit… Sa distraction de la nuit se promettait d'être bien plus originale.
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Message Sujet: Re: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyLun 30 Avr - 12:08

Isabeau était méconnaissable. Ce n’était pas seulement cette tenue peu conventionnelle – presque indécente – mais rien dans son attitude ne rappelait la petite étudiante en comptabilité. De longues années nous séparaient de cette époque, mais un changement aussi radical était impensable. Qu’était-elle devenue ? Que faisait-elle ici, en plein cœur de la Guilde des Compagnes, à se mouvoir comme si… Comme si elle en faisait partie intégrante ! Elle avait ce sourire enjoué que je ne lui connaissais pas, une expression chafouine au visage tandis qu’elle s’approchait de moi.

Isabeau dut être bien déçue de ce qu’elle vit, car elle se figea subitement, dans une surprise muette assez semblable à la mienne. Elle ne montrait rien, pas plus que moi. J’avais brisé le silence le premier, pour lui demander sèchement des explications, qui ne parvinrent pas à mes oreilles. Rien ne semblait capable de la désarçonner, pas même ce mensonge éhonté qu’elle venait de formuler. Messire… Maindorée ? Je restais les bras ballants, sur place, sans comprendre sa réaction. Ce fut Isabeau qui prit les devants, à glisser sa main sous mon bras, pour m’entraîner à sa suite. J’étais prêt à me détourner. Je n’avais pas envie que l’on croit que… Et ce sourire radieux, ce doux murmure à l’oreille. Non. Je comprenais subitement où elle voulait en venir, avec ces quelques mots lâchés, même si c’était ridicule. Je n’avais aucune envie de me faire passer pour un autre. Bien souvent, je me contentais seulement d’être personne quand je me rendais en ville, incognito. Je plissai les lèvres, peu amène, mais n’osant pas protester ouvertement en ce lieu. Elle avait pris de l’assurance, Isabeau. Une assurance arrogante, et quelque peu déplacée, mais qui n’en était pas moins une. Où m’entrainait-elle exactement ?

Nous voilà à l’étage, parmi les quartiers des Compagnes. Je restais tendu, même après avoir franchi le seuil de ses appartements, car ils paraissaient tellement peu convenir à la Isabeau que je connaissais. Et pourtant, il s’agissait bien des siens, en témoignait un livre de comptabilité tout juste ouvert avant qu’elle ne soit sans doute interrompue. Je me détachais d’elle avec une sorte d’empressement malaisé, à détailler les lieux avec suspicion. J’avais la sensation d’être pris au piège, alors même qu’elle avait agi ainsi pour préserver mon anonymat. « Tu vas pouvoir m’expliquer ce qui se passe maintenant ? » Je ne m’encombrais pas de la même déférence à son égard, et certainement encore moins maintenant. Autrefois, elle n’en faisait pas preuve non plus. Il fallait dire que mon statut de prince n’avait été qu’un lourd fardeau à porter, pendant de longues années. Et si croiser la route d’autres Outreventois à Lorgol me ravissait, ce statut était plus souvent une entrave, une gêne, avec eux. Ce n’était pas ce respect dont elle témoignait si justement, mais leur compassion étouffante – ou pire – leurs attentes. Je n’avais pu les honorer qu’en de bien tristes circonstances, à la mort de mon père. Et ce fardeau-là en était resté un, esseulé au pouvoir. Maintenant… Maintenant il y avait Chimène, et l’indépendante Isabeau n’était pas la seule qui n’avait rien à faire ici même. Que dirait-elle, si d’autres rumeurs lui parvenaient à ses oreilles ? Elle n’avait pas cru aux premières, à me croire si… Si infaillible. C’était faux. Et je n’avais pas une once d’excuse acceptable pour me trouver là. Que je ne cherche pas les attentions d’une Compagne n’était pas vraiment suffisant comme justification, difficile également de pardonner la vraie raison de ma présence.

Je poussai un profond soupir, à me passer les mains sur le visage. Je me laissai tomber contre le lit, assis les coudes sur les genoux. C’était le lit d’Isabeau. Etait-ce celui d’une Compagne ? Certainement, mais mon esprit peinait encore à l’assimiler, et ces effluves de parfum n’aidaient pas. Tout incitait à la détente, si bien que je n’arrivais pas à faire autrement que de rester sur mes gardes. « Je te remercie, pour ton intervention. Depuis quand es-tu rentrée de Lorgol exactement ? Tu n’as pas songé utile de m’en avertir ? »


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Message Sujet: Re: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyVen 8 Juin - 21:07

Tandis qu’Isabeau menait avec une nonchalance toute mesurée son vieil amie, elle n’osa pas prononcer un seul mot. Les enjeux étaient bien trop élevés pour ainsi perdre la partie pour de vaines paroles. La présence du Duc la mettait dans une situation plus qu’épineuse. Avait-il imaginé un seul instant tout le chaos qu’il avait potentiellement amené dans son sillage ? La demoiselle ne lui en voulait pas, comment aurait-elle pu de toute façon ? Patiente, elle ne laissa pas le regard lourd de reproche de son ami la déstabiliser. Ouvrant avec habitude la porte qui menait à ses appartements, Isabeau guida Liam jusque dans son antre. Elle espérait sincèrement qu’il ne se bloquerait pas lorsqu’il se rendrait compte de l’indécence qui avait foulé ses draps quelques heures auparavant. Si la pièce était relativement propre et rangée, les draps étaient un inévitable signe d’ébat houleux, la présence de deux tasses de thé ne faisait que confirmer toutes les suspicions qu’il pouvait avoir dans sa tête. Isabeau était bien une Compagne, et pas n’importe laquelle. Un long soupir s’échappa de la gorge délicate de l’Outreventoise. Cette discussion ne serait pas facile, elle le savait déjà. Chaque mot disposerait d’un pouvoir phénoménal. Elle n’avait pas le droit à l’erreur.

Lorsqu’elle sentit enfin son courage lui revenir, elle fit face à son interlocuteur, prête à tout et n’importe quoi. Ses paroles étaient dures. A quoi s’attendait-elle ? Il était évident que Liam serait outré de se retrouver dans une telle situation. De retrouver enfin, après tant d’années, une amie qui était devenue une créature si différente. Une vénéneuse demoiselle. L’absence du Duc avait été une vraie peine pour la jeune femme. Ils n’étaient à l’époque pas si proches que ça et pourtant, les nombreuses discussions qu’ils avaient pu avoir dans leur jeunesse à Lorgol avaient toujours su lui redonner le sourire. Tous deux avaient grandement changé en presque une décennie. Liam était si différent et pas simplement parce qu’il était devenu son duc. Isabeau devait lui paraitre cruelle, elle qui vivait depuis si longtemps à Souffleciel et qui n’avait pas une seule fois tendue la main vers son vieil ami. Il lui en voudrait, c’était une certitude et pourtant la Compagne ne regrettait rien. Comment aurait-elle pu venir le trouver alors qu’elle était devenue une telle femme ? Liam était si droit, innocemment pur même dans certains cas. Se présenter à lui alors que sa situation serait vu comme une insulte et un déshonneur l’avait terrifié. Mais aujourd’hui, Isabeau n’était plus une enfant. Elle n’avait plus peur. Il était temps d’affronter ses démons.

La colère du soldat s’estompa un instant, redonnant espoir à la demoiselle. Alors qu’il s’effondrait lourdement contre le lit défait de la Compagne, Isabeau s’approcha avec douceur, s’installant à côté de lui. Elle veilla à laisser une certaine distance entre eux, de peur qu’il ne se méprenne sur ses intentions. Les nobles habitants d’Outrevent détestaient si violemment son Ordre que jamais rien n’était trop surprenant. Liam était l’incarnation de ces idéaux, comment aurait-il pu réagir face à cette mascarade ? Il devait avoir de nombreuses questions et Isabeau dut prendre quelques instants pour réfléchir avant de se lancer corps et âme dans la mêlée. La chance dont elle disposait était inestimable. Elle pouvait définitivement perdre l’affection d’un vieil ami, une vraie tragédie. Mais si elle parvenait à la convaincre, à le gagner à sa cause, tout pouvait changer. Les Compagnes étaient incomprises. Personne ne semblait vouloir comprendre la mission sacrée que ces femmes suivaient. Contre la maladie et le déshonneur. Contre le malheur et la dépression. Le rôle des Compagnes était presque un service rendu à la société outreventoise. Est-ce qu’il le comprendrait ? Probablement pas, mais elle se devait d’essayer. Et avant d’essayer, elle devait se justifier. Justifier toutes ces années de silence.

-Je suis arrivée à Souffleciel il y a un peu moins de dix ans. Malgré mes compétences en gestion je n’ai pas su trouver ma voie à Lorgol. Revenir ici, en Outrevent, m’est venu comme une évidence. Les miens n’étaient pas prêts à me recevoir moi, la fille prodigue qui s’était enfuie pour réaliser ses rêve, alors j'ai continué ma route.

Une pointe de mélancolie se sentait sans trop de difficulté dans la voix douce de la jeune femme. Isabeau n’avait jamais vraiment fait le deuil de son passé. Si elle ne pensait pas avoir fait le mauvais choix, elle se demandait parfois ce qu’il serait arrivé si elle était restée près des siens.

-Souffleciel n’a pas été tendre avec moi lorsque j’y ai mis les pieds pour la première fois. Une femme, seule, avec pour seule compétence une hérésie. Un métier que l’on préfère réserver aux hommes. J’étais perdue, sans plus d’économie. Et elle m’a trouvé. La Madame de Souffleciel. Elle m’a pris sous son aile, m’a offert un toit et un emploi. Non pas en tant que Compagne mais comme intendante officielle de la Guilde.


Repenser à tous ces vieux souvenirs la rendait toute chose. Isabeau ressentait ses émotions dans le moindre recoin de son corps. Heureuse mais mélancolique, ses yeux se mouillaient, sa bouche tremblait délicatement. Tout cela semblait s’être passé il y a une éternité, des souvenirs aigre-doux.

-Vivre au milieu de ses femmes pour lesquelles j’avais de nombreux préjugés fût une expérience étonnante. Il est difficile de justifier les actions de mes sœurs et pourtant… Les Compagnes participent à la grandeur de notre pays. Elles tempèrent les ardeurs, pansent les plaies du cœur, protègent le peuple des épidémies. J’ai décidé de voir le bon dans ces actions plutôt que le mal. Ainsi j’ai trouvé ma voie. Parmi les Compagnes. Les insultes, les moqueries, rien de tout cela ne compte.

Le discours d’Isabeau ne manquerait pas de surprendre son interlocuteur. Pourtant, la jeune femme ne semblait pas mentir, elle était sincère et croyait véritablement aux bienfaits que les Compagnes pouvaient apportés. Elle détestait la façon dont on les traitait, ses sœurs et elles, alors qu’elles veillaient au bien-être d’Outrevent au même titre que n’importe qui. Elle était impatiente d’entendre sa réaction, mais elle ne pouvait pas en finir là.

-Lorsque j’ai entendu que vous.. que tu étais revenu ici, j’étais si heureuse. Je connais tes qualités.. tes défauts aussi. Et tu es une bonne personne. Une trop bonne personne malheureusement. Quand bien même je ne doute nullement du bien fondé de mes actions en tant que Compagne, je ne peux que craindre ta réaction. Un homme juste et droit, qui représente tout son peuple. Que pourrait-il donc penser d’un tel métier ? Pardonnes moi. Pardonnes moi d’avoir été si bête. Quand bien même tu m’aurais rejeté, par respect pour toi j’aurais dû le faire. Me jeter dans la gueule du loup. Pardonnes moi Liam.

Isabeau reprit sa respiration. Peut-être avait-elle dépassé les bornes mais elle se sentait mieux que jamais. Elle espérait qu’il comprendrait, sincèrement.

-Je veux savoir ce qu’il t’est arrivé depuis la dernière fois que nous nous sommes vus. Pas les histoires, les rumeurs. Je veux la vérité, de ta propre voix. Par la même occasion, j’imagine que je pourrais confirmer mes soupçons. Mes doutes concernant la raison de ta venue ici, dans l’antre du vice.

Et alors qu’elle disait ces quelques mots, Isabeau planta son regard dans celui de son interlocuteur, songeuse. Qu’allait-il advenir désormais ?
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Message Sujet: Re: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyDim 15 Juil - 13:10

Pas besoin d’être très perspicace pour comprendre ce qui venait de se dérouler dans cette chambre avant ma venue. Je posai une main à plat sur le matelas, en me retournant vers Isabeau, mais incapable d’accrocher son regard. Mes yeux étaient rivés à ce lit où je venais de m’asseoir, à contempler les draps défaits, témoin d’une agitation encore récente. J’en perdais aussitôt mes mots, ne sachant bien comment réagir. J’étais tendu à l’extrême, mais me contenais assez pour ne pas me relever aussitôt. J’étais indisposé, mais avant tout déboussolé. Etait-ce là les quartiers d’Isabeau ? Elle était totalement différente du souvenir que je conservais d’elle. Le changement était visible, rien que dans sa démarche sensuelle. Elle s’affirmait comme une femme, non, une Compagne.

Je dissimulais mon malaise derrière un regard implacable, à la fixer sans chaleur, ce qui ne l’empêcha pas d’approcher pour s’installer à mes côtés. Elle était prudente, à tenir suffisamment ses distances pour que le rapport soit clair, sans ambigüité. Inconsciemment, je l’en remerciai. Cette métamorphose était déjà suffisamment déconcertante. Très honnêtement, je n’aurais pas soupçonné qu’une si belle femme se dissimulait derrière cette Outreventoise éprise de savoirs. Rien que de le penser réussit à me faire détourner le regard, mais ma colère passagère s’était dissipée au moment où elle s’était mise à parler.

Mon regard revint à elle, tandis qu’elle me confiait les difficultés qu’elle avait trouvé, à Lorgol et puis à Souffleciel, à tenter de vivre de son savoir. Je me souvenais très bien qu’elle avait tout laissé derrière elle pour accomplir ce rêve, et qu’elle ne parvienne pas à le satisfaire en juste retour était cruel, ne lui laissant plus rien ensuite. Etait-ce pour cette raison qu’elle avait emprunté cette voie, par pur dépit ? Apparemment pas.

Je soupirai, dépassé. « Tu as emprunté une voie bien difficile, Isabeau, tu devais le savoir. Outrevent n’avait plus rien à t’apporter, mais tu aurais pu briller ailleurs. » En Cibella, par exemple. La mentalité était différente là-bas, sans doute plus proche de la sienne, de celle de l’indépendante Isabeau, si brillante et intelligente, qui n’avait su s’épanouir dans mon duché. Je le regrettais pour elle, mais c’était loin d’être anormal. Les femmes tenaient leur place, et Isabeau était simplement moins conventionnelle. Bien des années auparavant, je lui aurais peut-être soufflé qu’elle n’aurait dû s’attendre à rien d’autres. Elle m’aurait parue comme une étrangeté, et l’envie de la remettre à sa place m’aurait sans doute effleuré, mais l’insouciance de l’adolescence était bien lointaine maintenant. J’en rirais presque désormais, du choc que me fit Lorgol les premières années, à balayer tous mes acquis et bousculer toutes les convenances. J’avais côtoyé des mages et des savants, des nobles et des voleurs, des femmes à la peau blanche ou cuivrée, certaines frondeuses et d’autres aux mœurs bien libres… Je ne m’étonnais plus de rien depuis longtemps. La cité aux mille tours avait sans doute influencé également Isabeau, mais à ce point… Non.

J’étais surpris d’apprendre de sa bouche qu’elle avait échouée ici même, en cherchant du travail. Elle s’était laissée ensuite influencer, à évoluer à leurs côtés. Je la détaillai avec un regard effaré. Les Compagnes… Participer à la grandeur du pays ? Ca ne tiendrait qu’à moi que je les aurais chassées de mon duché pour ne plus en entendre parler. Je secouai la tête négativement, mais m’arrêtai dans mon geste quand elle précisa sa pensée. Difficile de ne pas faire le parallèle avec Maelenn, qui m’avait pourtant si bien empoisonné l’esprit. Mais elle avait été également tout ce que décrivait Isabeau. J’avais cédé, deux fois. La première répondait effectivement à l’ardeur, et la seconde… A une blessure profonde, encore vive à mon esprit. A mes yeux, ce n’était que deux aveux de faiblesse, deux de trop. Mais Maelenn m’avait apporté bien plus que je n’étais prêt à l’accepter moi-même.

« Et ton rêve, qu’en fais-tu ? Ce n’est pas ce que tu étais venue chercher. Tu aurais pu être… » Bien mieux. « Tout autre. » Je me sentais presque cruel avec elle, mais elle méritait tellement plus à mes yeux. Comment pouvait-elle avoir emprunté cette voie, de son plein gré, en laissant de côté ce pourquoi elle avait étudié avec tant d’acharnement ? Pourquoi ? Elle semblait croire fermement que son action, parmi les Compagnes, aidait les Outreventois. L’idée avait bien du mal à faire son chemin dans mon esprit. « Tu aurais dû m’avertir, Isabeau. J’aurais pu… J’aurais sans doute pu te recommander. Tu aurais fait ce que tu voulais vraiment. Je n’arrive pas à croire que tu aies pu choisir cette voie. Tu as… Tellement changé. »

Je la détaillais longuement, plongé dans l’incompréhension la plus totale. Elle se doutait de ma réaction, et l’avait sans doute crainte à juste titre. Je ne me sentais pas prêt à l’accepter telle qu’elle me faisait face. Mais elle ne doutait pas, elle. Isabeau pardonnait tout, même l’aversion dont je pouvais faire preuve envers sa profession. Elle ne s’offusquait pas et avait cette capacité déconcertante à voir le bien en chacun de nous, y compris moi-même. « Tu crois vraiment à ce que tu dis. » Simple constatation. J’avais encore du mal à l’accepter, mais elle n’était finalement pas si différente que je le craignais. Elle avait toujours eu cette capacité à défier le monde entier pour suivre les idées qu’elle estimait juste. Oui, même en tant que Compagne, il existait toujours une forme de droiture en elle. « Non… Je comprends tes réticences, Isabeau. Il y a quelques années, je n’aurais pas été prêt à l’entendre, pas après ce qu’avait infligé la maîtresse de mon père à notre famille. L’accepter, c’est encore différent. Mais l’entendre… Je le peux. »

Je poussai un profond soupir, alors qu’elle prit la peine de m’interroger en retour. J’hésitai. Je n’étais pas certain de vouloir me confier à elle, mais malgré le lieu inconvenant, Isabeau poussait à la confidence. Sans doute une autre particularité de son nouveau métier, mais elle n’usait pas de subterfuges ou d’une magie maudite, elle.

« Mon père est mort. Lionel m’écrivait souvent… A propos de ce qui se passait dans mon duché, depuis qu’il avait intégré le Vol d’Outrevent. Il sombrait doucement dans la folie, à cause de cette ensorceleuse. J’aurais voulu l’aider, mais il n’aurait pas toléré que je revienne en Outrevent. Et… »
Mes poings se crispèrent. Elle réveillait de vieilles blessures, bien involontairement. J’avais eu à cœur de mettre tout ça derrière moi, en vain. Rien qu’un sentiment de culpabilité de plus. « Je commençais à apprécier ma vie à Lorgol, je crois. » Détourner le regard, c’était plus facile. Je m’étais juré de ne plus jamais le faire. « Je ne m’attendais pas à ce qu’elle passe à l’acte. Elle aurait sans doute dû me tuer avant, car je n’ai eu aucun mal à obtenir l’aide de la couronne de Faërie pour reprendre le contrôle de mon duché. Remettre un peu d’ordre ensuite n’a pas été évident, après son passage et mon exil prolongé. Je me suis assuré de remplacer plusieurs têtes et de reprendre les rênes de mon duché. »

Je me retournai quelque peu vers elle, dans une attitude bien moins tendue, les coudes contre mes jambes. J’accusais plus le poids des années. « Je suis allé plus loin encore. Je voulais me débarrasser de tous ces espions, ces assassins. Je me suis attaqué à la Confrérie Noire, avec le soutien de l’impératrice, et si nous avons réussis à leur porter un rude coup… La riposte n’en a été que plus sanglante encore. » Je ne devrais sans doute pas lui en parler. Ca ne la concernait pas, et moins elle en savait, mieux ce serait pour elle. Enfin… Le procès de Louis avait mis en lumière cette affaire, avec l’intervention indésirable de la Confrérie Noire sur place. Ma voix était subitement étranglée, à songer à des événements encore bien trop récents. « Je ne l’ai appris que récemment… Mais ils ne se sont pas contentés de tuer l’impératrice et sa descendance, ils ont aussi torturé puis tué ma propre sœur, Lisbeth. » Je fermai les yeux, prenant le temps de respirer profondément, avant de les rouvrir sur elle. « Chimène a succédé, en temps qu’impératrice. Je me suis retrouvé sans épouse, mais j’avais à cœur de l’épauler du mieux que je le pouvais. Elle était si jeune… » J’eus un sourire triste, à cette pensée. « J’ai échoué, je crois bien. Je l’ai même cru morte, la gorge tranchée. Elle était trop clémente avec son frère… Mais il faut croire que lui aussi l’a finalement été envers elle. Et ils se sont tous empressés de la trahir, de prêter allégeance à cet usurpateur. » Je plissai le regard, sous le coup d’une vieille rancœur. « J’avais perdu mon neveu de vue, Aymeric, et il me fut rendu en de bien étranges circonstances, alors que Gustave de la Rive nous menaçait si je ne pliais pas genou. Je ne pouvais pas le laisser entre ses mains, pas plus que je ne pouvais lui laisser Outrevent. J’étais prêt à mourir pour mes convictions, pour Chimène… Mais j’aurais laissé Outrevent en proie au chaos. Finalement, nous avons été contraints de mener une guerre qui ne nous concernait pas. » Je souriais, avec une once de tristesse. « Il aurait peut-être été préférable que mon duché se batte pour ce qu’il croyait juste. »

Je m’interrompis pour la regarder longuement. « Je n’ai pas de belles histoires à raconter, Isabeau. » Son discours était si positif, si plein d’espoir. Le mien n’était qu’une série d’échecs, un tableau dépeint de morts. Il ne retranscrivait que culpabilité, désespoir et mélancolie. Je soufflai à voix basse : « J’avais reçu une lettre, de l’ancien conseiller de Chimène. Elle était en vie. J’ai fait tout mon possible pour qu’elle puisse réintégrer Faërie, pour la protéger des assassins comme de l’empereur, pour qu’elle me soit rendue. Nous allons nous marier, bientôt. Dans six mois. J’aimerais que tu sois là. » Parler de Chimène soufflait un parfum plus doux, mais pas moins amer, à songer au lieu où nous nous trouvions. Je me passai une main sur le visage, éprouvé. « J’ai rencontré Maelenn, bien avant que ces fiançailles ne soient conclues. J’étais méfiant, avec sa magie maudite. J’avais fait bien des efforts pour l’ignorer des années durant, mais quand elle est revenue à la cour de Souffleciel… » Je marquai une pause, hésitant. « Elle était comme toi, changée. Belle et désirable. Je pourrais sans doute accuser sa magie, mais je n’ai pas été si difficile à convaincre. C’aurait dû être de l’histoire ancienne, après la conclusion des fiançailles, seulement elle m’a arraché le nom de Chimène alors que sa présence était encore secrète. Je l’ai gardé auprès de moi jusqu’à l’officialisation. Peu importait les rumeurs, la sécurité de Chimène était ma priorité. Et… Elle est partie. Je ne l’ai pas revu depuis. Je ne le désire pas. » Ou peut-être que si, mais ça n’arrivera pas. « Je voulais savoir ce qu’elle était devenue, surtout vu les risques inconsidérés qu’elle a pris pour échapper à ma surveillance. »


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Message Sujet: Re: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyDim 29 Juil - 15:15

Les choses ne se passaient pas si mal que ça. Liam aurait pu l’insulter, détaler, l’agresser. Elle avait été idiote de douter et pourtant, après tant d’années, elle était incapable de deviner les intentions de son vieil ami. Il l’écoutait avec une attention presque surprenante, malgré le dégoût qu’elle pouvait aisément deviner derrière son masque de fer. Il buvait chacune de ses paroles, l’écoutait sans rien dire, avait la délicatesse de la laisser finir sans l’interrompre. Cela faisait peut-être des années qu’ils ne s’étaient pas vus mais en ce sens, Liam restait fidèle à lui-même. Il était peut-être revêche en de certains points, mais il restait un homme respectueux en toute circonstance. Il était, après tout, le premier des outreventois. La représentation parfaite de tous les idéaux de ce pays qu’Isabeau aimait tant, mais qui ne l’aimait que très peu en retour. Outrevent était un cruel amant mais la Compagne était incapable de le quitter. Elle sentait le conflit intérieur qui sévissait dans le cœur du duc mais elle ne pouvait malheureusement rien faire. Plus maintenant. Elle aurait pu tempérer ses ardeurs, masquer une partie de la vérité pour ne pas trop l’offenser. Mais à quoi bon ? Et puis de toute façon, il était déjà trop tard. Isabeau s’était déjà lancée sur cette voie et elle ne pouvait plus rebrousser chemin.

Aurait-elle pu vraiment briller ailleurs ? Isabeau comprenait ce qu’il essayait de dire pourtant elle n’était pas du tout d’accord. Pour son métier, il était évident qu’en Cibella elle aurait pu bien plus facilement s’épanouir. Les Compagnes y étaient traitées comme des Reines, elles faisaient partie du quotidien. C’était un contexte bien différent de celui en Outrevent et pourtant, l’érudite n’aurait changé cela pour rien au monde. En Cibella, elle aurait dépéri cent fois plus qu’en Outrevent. Pourquoi ? Car elle aurait tout simplement été arrachée à son pays, à son peuple. Comment demander à une fière outreventoise de quitter son pays ? La possibilité de partir ne lui avait jamais vraiment effleuré l’esprit car ce n’était tout simplement pas possible. Peu importe les insultes, les moqueries, les nombreux problèmes qu’elle avait du affronter. Outrevent était son pays et elle l’aimait plus que tout. Elle avait du vivre presque une décennie à Lorgol pour comprendre cela, mais maintenant plus aucun doute ne persistait dans son esprit. Outrevent était sa chair, son sang, son âme. Il était hors de question d’abandonner son héritage pour des préjugés qu’elle pouvait transformer, personne par personne. En dépit de tout, Isabeau était réellement heureuse dans cette nouvelle vie.

Et là, elle sentit toute la fragilité du personnage de Liam. Il n’était pas énervé, il n’était pas dégouté. Il était triste. Il ne comprenait pas. Ces mots touchèrent la Compagne d’une manière qu’il ne pouvait sûrement pas comprendre. Des larmes apparurent aux creux de ses yeux bleu-gris, bien qu’Isabeau sut se contenir suffisamment pour qu’elles ne viennent pas souiller son délicat visage. Les choses auraient pu être différentes, si différente. Elle aurait pu venir le trouver oui, lui demander de l’aide mais au fond, quand il était revenu à Souffleciel, il était déjà trop tard pour Isabeau. Elle avait déjà emprunté une nouvelle voie, une voie dont elle était tombait follement amoureuse. Qu’importe ses rêves d’antan, son nouveau rêve était tout aussi beau, et pas moins légitime que les autres. Il était arrivé trop tard. Bien trop tard. Oh Liam. Si seulement les choses avaient été différentes. Un petit soupir s’échappa des narines de la douce Isabeau. Elle était triste, mélancolique et pourtant, au milieu de tout cela, elle ne remettait rien au question. Son vieil ami le sentait de manière saisissante lui aussi. Elle croyait dur comme fer au discours qu’elle venait de prononcer. Elle aimait les autres compagnes comme ses sœurs et rêvaient de montrer au monde qu’elles n’étaient pas d’insupportables catins. Ah…

Enfin, ce fût au tour de Liam de raconter tout ce qu’il avait sur le cœur. Et il avait beaucoup de chose dire. Trop de chose pour cette pauvre Isabeau qui était plus inquiète que jamais pour son vieil ami. S’il contait des évènements que la demoiselle connaissait plus ou moins, avoir la perspective de quelqu’un qui avait vécu ces horreurs aux premières loges était tout simplement glaçant. Le coup d’état, la mort de son père, l’ensorceleuse, la fin de son exil. Tant de drames dans la vie du duc. Les larmes qui s’étaient réfugiées au coin de ses yeux ne disparurent pas. Comment aurait-elle pu se calmer alors que son interlocuteur lui racontait des choses si cruelles que son cœur manquait d’exploser à tout un instant ? A chaque complainte, à chaque horreur. Et puis les secrets vinrent, des choses qu’Isabeau se promit de ne jamais raconter à qui que ce soit. Si elle était douée pour conserver les secrets de ses clients, ceux de Liam étaient cent fois plus précieux. C’était les secrets de son ami mais surtout de son monarque, de l’homme qui dirigeait son pays, ses frères, ses sœurs. Le trahir n’était même pas une possibilité. Elle emmènerait ce conte avec elle dans la tombe, c’était une promesse.

La vie avait été cruelle avec Liam. Isabeau ne doutait pas un seul instant qu’il avait pensé honorable chacune de ses actions et pourtant, les conséquences avaient été désastreuses. La guerre contre la Confrérie noire, la mort de Lisbeth dont il avait toujours parlé avec affection et candeur. Instinctivement, la demoiselle s’était rapprochée de lui. Si elle ne se sentait pas capable de le toucher, de peur qu’il se méprenne, elle voulait qu’il sente qu’elle était là pour lui, qu’elle était proche, prête à tout pour lui. Elle l’était vraiment, prête à tout pour lui. Il était son seigneur. Elle était sa servante à bien des égards. Et elle l’aimait tendrement, pas de cet amour qu’on voue aux amants, mais celui qu’on dédie à ses amis, aux gens qu’on respecte et qu’on adule. L’affaire Chimène, qui avait été un véritable mystère pour elle jusqu’à aujourd’hui, prenait enfin sens. Toute l’horreur du coup d’état de Gustave prenait également vie sous ses yeux. Ce Gustave que la Compagne n’aimait pas. Cet usurpateur, ce monstre. Entendre des propres lèvres de son seigneur qu’il ne l’appréciait pas lui aussi était un vrai plaisir pour elle. Elle sentait plus proche que jamais de lui alors qu’il racontait tout cela et qu’Isabeau ne pouvait qu’approuver chacun de ses mots. Elle était infiniment triste d’entendre tout cela, mais heureuse d’avoir retrouvé son ami.

Et enfin, l’histoire avec Maelenn vint sur le tapis. Sans aucun jugement, Isabeau écouta point par point tout ce qu’il avait à dire. La demoiselle était triste, triste de le voir se torturer pour quelque chose qu’elle considérait si banal. Les pulsions sexuelles sont des choses naturelles et se sentir honteux d’y avoir succomber ne fait strictement aucun sens. Liam, en cet instant, représentait à la perfection la dualité des hommes d’Outrevent. Des hommes qui comme n’importe quel autre homme avaient des désirs, des besoins. Des hommes qui, malheureusement, en étant outreventois, avaient des difficultés à satisfaire ses besoins à cause de codes moraux désuets et qui ne faisaient franchement plus sens. Liam avait souffert à cause de cette rigidité des outreventois, rigidité qu’Isabeau combattait tous les jours. Plus que de la tristesse, le duc faisait de la peine à la jeune femme. En tant que représentant de tous les outreventois, il se devait d’avoir une conduite irréprochable. Mais il n’était au fond qu’un être humain comme les autres. Elle l’aurait bien pris dans ses bras, pour le rassurer, pour lui dire que tout irait bien, qu’il ne s’était pas trompé. Mais ce n’était pas tout à fait le moment. Elle ne savait toujours pas sur quel pied danser avec son vieil ami et elle ne voulait certainement pas l’offenser, pas après tout ça.

-Je ne te demande pas de me raconter de belles histoires, Liam. Je voulais la vérité et tu me l’as offert. Je ne saurais t’exprimer à quel point je t’en suis reconnaissante. Je.. Je suis désolé. Je suis désolé pour tout cela. A travers toutes ces épreuves, j’aurais du être là. J’ai été égoïste, par peur de voir ma vie être chamboulée je t’ai esquivé pendant des années et des années. Des années pendant lesquelles j’aurais pu t’aider, t’offrir mon soutien. Je me sens terriblement bête. Pardonnes moi Liam. S’il-te-plait.

Si elle s’était forcée de limiter tout contact physique avec son duc, elle ne put s’empêcher de saisir avec douceur sa main alors qu’elle le fixait, les yeux larmoyants. Elle avait tant de choses à lui dire, tant de choses à lui faire comprendre ? Y parviendrait-elle ? Elle n’en était pas vraiment sûre et pourtant, elle était plus décidée que jamais. Elle devait l’aider. Elle devait le sauver de cette cage dorée dans laquelle il se trouvait. Au fond, Isabeau avait tout autant besoin d’aide que lui, et en l’aidant peut-être qu’elle parviendrait elle aussi à passer outre les traumatismes de sa sinistre vie.

-Maelenn va bien. Je ne puis te donner de détails puisque je n’en ai pas. Elle n’a pas vraiment contacté qui que ce soit ici après son départ. Ce que je peux t’affirmer, c’est que nous aurions eu des nouvelles si quoi que ce soit d’abominable lui était arrivé. Elle va bien. Tu n’as plus à te soucier d’elle si tu ne veux pas te soucier d’elle… Mais si tu le veux.. Si tu tiens elle.. Arrêtes de te torturer l’esprit.

Isabeau avait peur de la réaction de son ami. Après tout, elle s’apprêtait à faire quelque chose d’osé et elle ne savait pas vraiment comme son interlocuteur avait besoin de réagir. Elle avait besoin de lui faire comprendre quelque chose, quelque chose qui lui changerait la vie.

-Ton affection pour Maelenn ne fait pas de toi quelqu’un de mauvais. Quelqu’un d’immoral. Quelqu’un d’irrespectueux. Cela ne définit pas qui tu es. L’amour n’est qu’amour. Affection n’est qu’affection. Le sexe n’est qu’une simple activité physique. Pourquoi donnez une telle importance à toutes ces choses-là alors que tu n’es au fond qu’une bienveillante personne ? Tu es droit dans la façon dont tu gères ton pays, dans la façon dont tu aimes ton peuple… Cesses donc de te flageller pour tout le reste.  Tu n’as rien fait de mal, de mauvais. Ne te tortures pas ainsi, Liam.


Serait-il d’accord avec elle ? Probablement pas mais elle se devait au moins d’essayer. D’essayer pour ce vieil ami qu’elle voyait souffrir et qu’elle voulait à tout prix aider.
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Message Sujet: Re: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyMer 22 Aoû - 17:56

Isabeau m’écoutait en silence, sans jamais ne m’interrompre, comme je l’avais fait précédemment avec elle. Confier tous les événements de ces dernières années se révélait un exercice hautement difficile, mais étrangement naturel, face à la Compagne. La facilité avec laquelle je lui confiais mon histoire, sans détour ni fioritures, me surprenait moi-même. Je me sentais même un peu coupable, au fond, car je n’avais pas cette aisance à en parler avec Chimène, la femme qui partageait ma vie. Ou plutôt… Il nous avait fallu du temps, et il m’arrivait encore de ne pas savoir encore exactement comment aborder certains sujets.

Isabeau écoutait, avec déférence, sans prononcer aucun jugement. Elle s’était rapprochée, imperceptiblement, comme un soutien muet, et son regard brillant ne m’avait pas quitté. Elle écoutait avec son cœur, sans se fermer, contenant ses larmes dont je ne connaissais pas l’origine. Je la fixai intensément, intrigué. Pourquoi s’excusait-elle ? Pourquoi était-elle… Reconnaissante ? « C’est moi qui devrais te remercier. » Je marquai un silence, peinant à le formuler sur le moment. « Je crois que mettre des mots sur ces vérités aident à mieux les accepter. » Je me sentais bien plus détendu que lorsque j’avais pénétré ce sanctuaire. J’avais même quelque peu oublié l’environnement dans lequel nous nous trouvions, restant le regard rivé à Isabeau. Oui, c’était comme si le poids de la culpabilité s’allégeait un peu, à pouvoir le confier à quelqu’un qui n’émettait aucun jugement, se contentait uniquement de l’entendre, de le comprendre. Malgré ce regard brillant, Isabeau me donnait l’impression de pouvoir tout supporter.

Elle aurait voulu être là pour moi, et c’était étrange à entendre. « J’ai eu d’autres amis sur qui compter, Isabeau. Je ne t’en veux pas… Mais aurais-tu fini par me le dire, par toi-même, si je ne t’avais pas trouvé ? » J’en doutais quelque peu. Je lui rendis un sourire triste, incertain. « On croirait que je te fais peur, à moins que ce ne soit mon nouveau statut ? » Elle ne m’avait pas approché depuis que j’étais revenu pour reprendre ce qui m’était dû, à arracher le trône ducal à cette usurpatrice. En plusieurs années, elle aurait eu l’occasion de le faire… J’étais, certes, souvent occupé, mais j’aurais trouvé du temps à lui consacrer. Je n’avais pas tant d’amis, et ils m’étaient souvent précieux. Seulement… Aurais-je réellement pris la peine de l’écouter comme je venais de le faire ? Je n’en avais pas la moindre idée. J’avais l’impression d’avoir pris dix ans en l’espace de trois ou quatre années. Je me sentais las comme jamais, et mes convictions avaient été déjà maintes fois bousculées. Les choix d’Isabeau, s’ils me paraissaient incompréhensibles, étaient plus aisés à accepter que bien d’autres aux conséquences plus désastreuses.

Sa main vint trouver la mienne avec douceur. Mon regard revint à elle, interrogateur. Maelenn… Ainsi, elle allait bien. Sa lettre, à mon intention, était certainement la dernière qu’elle avait rédigée pour Outrevent. J’hochai lentement la tête, pensif. Je n’aurais plus à me soucier d’elle, comme le soulignait Isabeau. Je pouvais tourner cette page, repartir l’esprit serein… Si seulement c’était possible. Je fronçai les sourcils, dubitatif, quand elle me demande de cesser de me tourmenter avec elle.

Je me figeai, à ses paroles insensées. Isabeau cherchait à diminuer ma culpabilité d’une bien étrange façon, comme si ces instants passés avec Maelenn n’étaient pas des erreurs. Comme si c’était normal. Je la fixai, surpris, avant de détourner le regard en plissant les lèvres, ma main se refermant sur la sienne. « Ce n’est pas si simple, Isabeau. Pour toi, peut-être… Mais tu n’es pas à la tête d’un duché. Toutes mes actions, même les plus anodines, ont des répercussions plus ou moins directes sur Outrevent. Tu comprends ? Il n’est pas seulement question uniquement de moi, ni même de mon honneur. » Je secouai lentement la tête, avant de me pincer l’arête du nez. « Et Maelenn… C’était une erreur. Elle est mage de l’Automne, envoûtante. Ce n’est pas n’importe quelle femme. Tout Outrevent tremble rien qu’à songer à ce que les événements se reproduisent, que le trône ducal soit à nouveau sous le joug d’une ensorceleuse… Et je suis le dernier cette fois. Ma lignée peut s’éteindre avec moi. Ce n’est pas seulement inconvenant. C’est aussi dangereux. » Je la fixai à nouveau, incertain. « Et je ne saurais même pas te dire à quel point l’affection que je lui porte peut-être sincère… Je n’en sais rien. Je ne peux pas avoir confiance en mes propres sentiments. Le mieux à faire serait que je l’oublie, que je me consacre entièrement à celle qui va bientôt partager chaque instant de ma vie. J’aime Chimène, ou… Je veux m’en convaincre. Même si ce sera difficile d’oublier Maelenn, ce n’est pas un choix à faire, c’est mon devoir. Je ne dois reproduire les erreurs commises par mon père. Je ne peux pas me le permettre, Outrevent ne s’en relèvera pas une seconde fois. »


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Message Sujet: Re: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyDim 2 Déc - 20:05

Isabeau se savait en tort mais elle n’avait pas la force de décevoir une fois de plus son vieil ami. Liam ne l’avait peut-être pas entendu, ou compris, la première fois qu’elle avait prononcé ces quelques mots, mais la Compagne ne serait probablement jamais revenue vers lui. En dépit du lien qui les unissait, de tout l’amour que la jeune femme avait pour lui. Cruelle, Isabeau ne pouvait pas l’être et asséner un autre coup au duc ne semblait pas être une bonne idée. Mais avait-elle vraiment le choix ? Elle n’avait pas eu peur de lui à son retour de Lorgol, non, le problème était ailleurs. Sentir le jugement d’une personne qui comptait pour elle était beaucoup trop douloureux. Le silence était parfois plus facile que la confrontation. La confrontation entrainait peine et tristesse. Alors elle s’était tenue dans l’ombre, veillant sur lui avec toute la bienveillance qui sommeillait dans son cœur. Plus rien ne serait pareil après cette soirée, et Isabeau était plus qu’heureuse de le retrouver enfin après tout ce temps. La demoiselle se sentait bête, bête d’avoir retiré ce brillant homme de sa vie pour des considérations qui semblaient aujourd’hui idiotes. Elle ne voulait pas le blesser, lui faire mal mais il était si insistant et au fond… il méritait de savoir. Sans force ni conviction, Isabeau ne pouvait pour autant pas abandonner à nouveau son ami dans l’incertitude. Il fallait qu’elle prenne son courage à deux mains, qu’elle prenne le risque de le décevoir.

-Non.. Si tu n’étais pas venu ce soir, je n’aurais jamais trouvé la force de te chercher dans les méandres de ton palais. Je n’ai pas peur de toi Liam. La seule personne qui m’effraie, c’est moi. Un simple mot de ta part aurait pu tout remettre en question, venir dissiper toute ma détermination. J’avais peur que mon cœur explose en entendant la déception dans le fond de ta voix. Moi Compagne, qu’aurais-je pu faire aux côtés de l’honorable Liam d’Outrevent ? Déshonneur sur toi, doute pour moi, voilà ce dont j’avais peur.

Isabeau vibrait d’une sorte de bienveillance qui ne manquerait pas de sauter aux yeux de son interlocuteur. Peut-être que son don était là, celui de montrer ses émotions de la plus pure des manières. Si Liam doutait de sa sincérité, la Compagne n’aurait rien pu faire d’autre. Tout avait été dit, projeté. La jeune femme se sentait libérée, enfin, après toutes ces années. Elle espérait sincèrement que le duc ne lui en voudrait pas, qu’il ne réagirait pas trop mal à son soudain élan d’honnêteté. Connaissant la bête, Isabeau doutait grandement qu’une telle réaction anime son ami. Mais que savait-elle vraiment, au fond ? Peut-être avait-il immensément changé depuis Lorgol. Rien n’était vraiment sûr.

A la suite de tout cela, la demoiselle avait essayé tant bien que mal de dissiper une partie de la culpabilité qui rongeait Liam depuis son histoire avec Maëlenn, mais rien ne semblait fonctionner. La réponse cinglante qu’il lui donna n’était franchement pas surprenante. Le duc avait de nombreuses obligations, représentait tout son pays, son peuple. Il n’avait ni le droit à l’erreur, ni à une quelconque vie privée, ni à quoi que ce soit d’humain. Isabeau détestait cela, cette idée d’obligation. Elle respectait son ami pour l’amour qu’il vouait à l’Outrevent mais ne pas penser à soi était un dangereux chemin. Il finirait telle une coquille, sans force ni volonté. Une statue de marbre, ne bougeant pas, ne pensant pas, se contentent d’être l’incarnation des valeurs outreventoises. Les deux amis ne seraient sûrement jamais d’accord sur ce genre de chose, mais Isabeau lui devait bien d’essayer encore un peu. Il fallait qu’il comprenne, d’une manière ou d’une autre, que ce qu’il entreprenait n’était pas viable. Elle était inquiète, inquiète pour son vieil ami mais aussi inquiète pour son pays qui avait besoin d’authenticité. Desserrant son étreinte, libérant enfin les mains de son interlocuteur, la Compagne prit une longue inspiration, se préparant à déclamer sa tirade.

-Je comprends tout ce que tu me dis mais je ne peux l’accepter. Peut-être es-tu un duc, mais tu es également un homme. Une personne qui a des émotions, des envies, des travers, comme tout le monde. Que tu te forces à t’élever au-dessus des autres pour montrer l’exemple est louable. Je t’en remercie moi-même. Mais tu ne peux te figer dans cette atroce position. Comment dirigeras-tu notre pays lorsque tu seras esseulé, sans âme, quand tu auras donné tout ce que tu as à Outrevent sans prendre le temps de respirer ? Vas-tu donc te laisser asphyxier, disparaitre d’ici dix ans sous le poids de tes obligations ? De nous laisser aux opportunistes ? Être humain ne dessert pas ton peuple Liam, c’est ce qui fait que nous t’aimons, tous. Tu peux être honorable, noble, droit tout en commettant des erreurs. La perfection à laquelle tu aspires n’est qu’un idéal.

Isabeau marqua un temps d’arrêt, reprenant son souffle, se préparant à adresser le problème que constituait Maelenn. Malgré tout l’amour qu’elle portait à sa sœur, elle avait bien trop fait souffrir Liam pour qu’elle ne l’excuse.

-Nous sommes tous encore terrifiés à l’idée qu’un.. tel complot ne se reproduise dans nos terres. Toi le premier, je comprends Liam. Personne ne t’en veut, je ne t’en veux pas. Es-tu toujours à sa botte ? As-tu sacrifié ton pays pour elle ? Non, c’est exactement ce que je disais. Tu as montré qu’en dépit de toutes tes erreurs, tu étais capable de les rectifier, de protéger ton pays. Que demander de plus ? Tu as le droit d’aimer, de souffrir, de te tromper. Tu n’es pas responsable du comportement et des travers des gens que tu aimes.  

Ce moment que les deux vieux amis partageaient était presque irréel. Cela aurait été inimaginable il y a tout juste une heure de cela. Isabeau était si heureuse de retrouver son ami de toujours, mais comme toutes les bonnes choses, la fin finissait toujours par arriver. De l’autre côté de sa porte, une voix fluette vint attirer l’attention de la demoiselle. Un client la demandait. Tout de suite. Isabeau se pensait libre pour le reste de la soirée mais visiblement ce n’était pas aux goûts de l’un de ses hommes. Un long soupir s’échappa de sa délicate gorge.

-Je suis désolée, Liam. Le devoir m’appelle, moi aussi.

Et lui adressant un sourire presque moqueur, l’adorable Compagne se releva, plus heureuse que jamais.
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Message Sujet: Re: Le temps met tout en lumière   Le temps met tout en lumière EmptyDim 9 Déc - 21:48

J’accusai le coup en silence. Notre rencontre n’avait été que le fruit du hasard, dans un lieu où je n’aurais jamais pénétré en temps normal. Isabeau aurait pu se trouver toute proche encore de longues années, que j’aurais continué de l’ignorer, car jamais elle ne serait venue me trouver d’elle-même. Elle avait peur de mon jugement, quoi qu’elle en dise. Elle avait tenté de me convaincre du bien-fondé de cette mission qu’elle s’était donnée : Apaiser les cœurs, par le corps ou la pensée. Je ne savais pas vraiment quoi en penser. Une part de moi rejetait entièrement celle qu’elle était devenue, préférant ne plus rien à voir avec elle de près ou de loin, mais une autre restait troublée par son discours et par ma propre expérience avec Maelenn. La mage m’avait apportée autant de bien que de mal. Elle avait été présente à ma chute, alors même que la vie ne m’importait plus, m’apportant du réconfort sans rien me demander en retour. Je regrettais parfois la tournure que les choses avaient prises, mais elle m’avait volé l’un des secrets les plus importants préservé en Outrevent par simple caprice, faisant disparaître toute once de confiance. Et nous savions tous deux que cette relation n’avait aucun avenir.

La cassure entre Isabeau et moi était différente. Nous nous étions rencontrés à Lorgol, où je n’étais qu’un prince exilé à l’époque, rejeté par sa famille, sans plus aucun avenir à espérer. J’avais apprécié son esprit acéré et ses origines outreventoises m’avaient rappelé avec nostalgie à une enfance révolue. Etais-je à ce point différent de l’homme que j’étais à cette époque ? Sûrement, encore plus à ses yeux. Comme elle l’était à mes propres yeux également. Nos deux mondes ne devaient pas avoir à se côtoyer. « Je comprends. » Elle s’était protégée de moi, et elle m’avait protégé d’elle. Elle avait pris sur elle de laisser lettre morte à cette ancienne amitié, ça n’en était pas moins difficile à accepter et à entendre.

Je relevai le regard vers elle, toujours attristé par ce constat, quand elle retira sa main de la mienne. Mon regard se fit interrogateur, alors qu’elle s’exprimait avec une honnêteté déconcertante. Le doute vint étreindre mon cœur devant le morne tableau qu’elle dressait de ma propre existence. Esseulé, sans âme, lassé de me battre. Je soufflai, dans un murmure qui ressemblait fort à une confession : « C’est déjà le cas. » Ce qu’elle craignait tant était déjà arrivé, même s’il subsistait une lueur timide qui cherchait à percer les ténèbres. Une lueur qu’elle ravivait avec passion. « Je n’abandonnerais pas Outrevent, Isabeau. » Je me frottai les yeux d’une main, semblant prendre la pleine mesure de ses paroles. Mes erreurs avaient néanmoins sonné le glas pour plusieurs personnages dans mon entourage. Je n’étais pas certain d’être encore la personne qu’il fallait à Outrevent, après la révélation cinglante de la Confrérie Noire, mais j’avais prononcé ces quelques mots avec conviction.

Je ne pouvais pas donner ma place à un autre. Je devais prendre sur moi d’apaiser la situation pour Outrevent, pour que mon duché puisse connaître paix et prospérité, qu’ils se sentent tous en sécurité. J’étais responsable d’eux. Je ne pouvais pas fuir mes responsabilités, aussi tentant que cela puisse être. Non, je n’avais pas d’autres choix que de redresser mes torts, de les accepter et de vivre avec. De sa voix, c’était comme si tout le petit peuple d’Outrevent semblait s’adresser à moi, et c’était une sensation étrange. « Non, tu as raison. Je ne suis pas aussi infaillible que je veux bien le faire croire, et je ne peux pas continuer de me voiler la face. Je ne peux pas attendre de me laisser briser en espérant que quelqu’un prendra ma suite, car personne ne le pourra, pas avant que le chaos ne broie Outrevent encore une fois. Je dois accepter… » Ma gorge se serra et les mots me manquèrent. Oui, sans doute accepter de me laisser vivre, tout simplement. « Et Maelenn n’a pas cette influence sur moi. » Je lui rendis un sourire incertain. « Et Lionel me balancera sans doute un seau d’eau froide à la tête avant que ça n’arrive. » Elle ne devait pas s’en rendre compte, mais ses paroles ôtaient ma conscience d’un poids. J’aurais voulu lui dire, mais le temps nous manqua. Cette bulle de quiétude qui nous avait entourés, l’espace d’une heure, éclata soudainement. Isabeau était demandée, et il était temps pour moi de m’éclipser rapidement avant que ma présence ne soit découverte. Je retins son bras alors qu’elle se levait déjà pour se retirer. « Isabeau… » J’attendis que son regard capte le mien, brillant d’une lueur sincère de gratitude. « Merci infiniment. » Rien. Tout avait été dit en seulement deux mots. La Compagne ne se douterait peut-être pas de tout le bien que ses paroles échangées en secret m’avaient faites. Car pour la première fois depuis longtemps, je rentrais l’esprit tranquille.


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