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 Le fruit de l'amour qui n'a jamais été

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Bartholomé d'Ansemer
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Message Sujet: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyMer 25 Avr - 4:33


Livre III, Chapitre 3 • Les Échos du Passé
Bartholomé d'Ansemer & Jehanne d'Ansemer

Le fruit de l'amour qui n'a jamais été

Un bébé qui complique bien les choses



• Date : 24 avril 1003
• Météo (optionnel) : On est à l'intérieur.
• Statut du RP : Privé.
• Résumé : Bartholomé apprend la grossesse de Jehanne et de ce bébé qui n'est définitivement pas le sien.
• Recensement :
Code:
• [b]Mettre la date ici :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3630-le-fruit-de-l-amour-qui-n-a-jamais-ete#136175]Le fruit de l'amour qui n'a jamais été[/url] - [i]Bartholomé d'Ansemer & Jehanne d'Ansemer[/i]
Bartholomé apprend la grossesse de Jehanne et de ce bébé qui n'est définitivement pas le sien.

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Message Sujet: Re: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyMer 25 Avr - 4:36

« Entrez.
Votre Grâce, votre femme la duchesse.
Fermez la porte et laissez-nous seuls. »

Il était calme à présent. Calme alors qu’un grand sourire, totalement faux et forcé, étire ses lèvres closes quand Jehanne passe le pas de la porte. Calme alors que d’un geste il l’invite à prendre place assise sur le fauteuil installé devant son bureau, sans lui-même se lever pour l’accueillir. Calme alors qu’il signe un dernier parchemin posé devant lui, qu’il dépose sa plume, prend son sceau qu’il vient estampillé dans la cire encore toute chaude. Alors, seulement là, il remonte calmement son regard pour venir soutenir celui de sa femme. « On me dit que vous êtes enceinte. » Ce n’est pas une question, plutôt une affirmation. Les rumeurs qui sont venues se loger au creux de son oreille sont en fait des confirmations. Les signes ne peuvent mentir, et une femme sait les reconnaitre, que les servantes lui ont assuré.

Il n’était pas aussi calme quand plus tôt dans la semaine on lui rapporta ce qui n’était qu’au départ une rumeurs.
« Votre Grâce, il se murmure parmi les domestiques que la duchesse serait enceinte.
Cessez avec ces sottises et arrêter de me faire perdre mon temps, Eugène. La duchesse n’est point enceinte et les femmes racontent ce qu’elles veulent pour se sortir de l’ennui mortel qui règne dans cette portion du palais. Allez me chercher mon trésorier, voulez-vous bien? »
La duchesse n’était pas enceinte, puisqu’il n’avait pas visité sa couche depuis des lustres déjà. À une époque, quelques temps après la naissance de Bertille, il avait pris sur soi de visiter la chambre de sa femme, pour se donner bonne conscience ; Bertille aurait été heureuse d’avoir un frère ou une soeur avec qui grandir, et la couronne ansemarienne aurait bien fait d’avoir plus d’un héritier si jamais un quelconque malheur se devait d’arriver. Mais il ne s’était pas même déshabillé. Ainsi devant sa femme, seul tout deux, la scène était un vif souvenir amer qui lui retirait tout désir, si seulement il n’y en avait. Il était reparti comme il était arrivé, sans que rien ne se produise, se disant qu’il pouvait au final fort bien se contenter de cet enfant unique.

Mais les rumeurs étaient persistantes, et ce qui se murmurait devenait d'avantages des faits.
« Non Votre Grâce. Aucun drap souillé depuis deux cycles lunaire.
Arrive-t-il que Jehanne s’occupe elle même de sa literie ou qu’elle en donne la tâche à ses dames de compagnie?
Ce n’est pas dans les habitudes de la duchesse, non, Votre Grâce.
Autre chose?
Ses corsages, Votre Grâce. Ils ont dû être desserrés.
Bien. Disposez maintenant. »
La porte s’était refermée, le laissant seul. Il se retrouva un instant ainsi, droit, fixant le vide, interdit. Enceinte. Jehanne était enceinte. Et visiblement pas de lui. Puis violemment, l’incrédulité avait fait place à la colère, la rage. D’un geste il avait projeté l’intégralité de tout ce qui se trouvait sur son bureau au sol. Les papiers, éparpillés et virevoltants ; l’encre, s’étendant un peu partout sur les planches et les divers documents, les tâchant de sa teinte marine ; la carafe et le vin, maintenant en mille éclats de verre sur le sol, le carmin se mélangeant au bleu. Un torrents d’émotions ravageait alors le duc : l’incompréhension, l’incrédulité d’apprendre que la morne et muette Jehanne aie réussi à charmer un homme. La colère, la rage de s’avoir sa femme le tromper. Sur elle mais aussi sur ce traître, prêt à prendre la femme d’un autre comme si elle était sienne. Qui était-il? Celui qui osait le bafouer ainsi, de la façon la plus vil qu’il soit? Celui qui n’avait, il fallait dire, aucun respect pour son duc pour venir le trahir ainsi?

Il s’était retenu, de ne pas débarquer en trombe dans la chambre de sa femme pour lui hurler dessus qu’elle le ridiculisait en agissant de la sorte. Il ne savait que trop bien que s’il s’était écouté et l’avait rejoint à cet instant il n’aurait pu retenir sa rage ; il l’aurait probablement tuée, ses mains se refermant sur son cou en une emprise puissante.
Les années à gouverner avaient eu cela de bon qu’il avait appris à se gérer.

Il s’était finalement calmé, au fil des jours suivants, se forcer à agir de logique et de s’établir un plan d’action. Un instant, tout avait manqué voler en éclat, alors qu’il avait croisé Jehanne au tournant d’un couloir, elle qu’il avait essayé d’éviter pour se restreindre, se contenir. Ses ongles laissèrent leur empreinte de sang au creux de ses paumes alors qu’il serra vivement les poings pour tenter de canaliser la rage qui voulait exploser. Son regard était noir, et la duchesse l’aurait vu, si elle avait levé les yeux. Mais elle ne le regarda même pas et continua son chemin, et tout était sauf. Pour l’instant.

Son bureau avait à présent été rangé, et seul le parquet tâché de marine et de carmin restait témoin de la crise passée.
Il était calme, à présent. Son regard avait retrouvé la même indifférence face à sa femme qu’il arborait au quotidien. Ses doigts étaient détendus, tout comme sa posture. Les décisions qu’il avait pris s’étaient ainsi présentées comme un soulagement qui avait agit tel un baume sur sa colère.
« Souhaitez-vous porter cette grossesse à terme? »
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Jehanne d'Ansemer
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Message Sujet: Re: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyMer 25 Avr - 22:24

La semaine loin de Port-Liberté, début janvier, avait été pour Jehanne une véritable libération. Aux côtés de Bertin et de leur fille, elle avait pu se sentir brièvement exister à nouveau. Elle avait goûté avec joie à une vie où personne ne murmurait sur son passage, où les domestiques n’étaient pas là pour rapporter ses faits au maître qu’ils servaient ; quelques instants dans l’immensité du temps où elle avait pu être heureuse avec sa famille. Une famille bancale qui jamais ne serait réunie officiellement, mais sa famille tout de même. Oh, comme elle aurait aimé que ce soit avec lui, et non avec son frère, que le mariage ait été décidé ! Au moins aurait-elle pu fièrement porter sa fille, et la présenter comme telle.
Une semaine passait beaucoup trop vite. Une fois de retour au palais ducal, les choses avaient repris leur cours. La duchesse n’avait plus vu son beau-frère et amant qu’au cours de très rares occasions privées – murmures volés dans un bureau, dans sa chambre, dans un recoin inconnu de tous – et lors des cérémonies officielles. Jamais plus. La vie était redevenue ce qu’elle était auparavant : une succession de jours inintéressants et courts, menacés par la Chasse.

Quasiment ce qu’elle était auparavant, en fait. Parce qu’il n’y avait pas eu de sang quand il y aurait du en avoir, à la période habituelle. Que plus d’une fois, sans y penser, elle s’était inquiétée de ces envies de vomir bien plus violentes que d’ordinaire. Qu’il y avait eu mille et un détails, qui l’avaient amenée à une conclusion qui l’empêcherait de dormir sereinement pendant des semaines : elle était enceinte.
Ce n’était pas possible autrement. Elle était enceinte, et Bartholomé n’avait pas visité sa couche depuis plusieurs années. Jehanne avait beau être croyante, elle se doutait fortement que Maari ait décidé dans Sa toute-puissance divine sur les naissances de la bénir d’un nouvel enfant. Et puis il y avait eu Vivécume, début janvier.

Là où, six ans plus tôt, la nouvelle avait pu la remplir de joie de savoir Bertin être le père, ici elle la terrorisait. Personne ne devait savoir. Elle était restée digne, parfaite actrice, au fil des mois. Elle avait travesti tout ce qui avait trait à sa condition sous quelque chose de médical, quand elle ne pouvait pas l’effacer purement et simplement. Mentir était toujours le plus simple, quand on voulait effacer la réalité.

Et pourtant, là, face à la porte du bureau de celui qu’un dieu farceur de mauvais goût avait fait son époux, elle craignait grandement que tout cela n’ait pas suffi. La tête haute, son carnet serré entre ses doigts – elle ne s’abaisserait pas à lui parler –, elle avait pénétré dans la pièce pour s’installer en face de lui.
Les mots mirent une réalité sur ses craintes. Elle ne bougea pas. Les mains croisées sur sa robe, retenant les feuillets qu’elle entraînait de partout avec elle, elle n’approuvait pas ou ne démentait pas. Il savait, à quoi cela servait-il de lui mentir sur ce point ? Alors que ses robes tendaient vers une mode de plus en plus large pour cacher ce qu’elle allait devenir, elle ne pouvait prétendre le contraire. Alors Jehanne attendit.

Elle attendit l’orage qui ne vint pas, dans ses yeux ou dans sa voix. Il était curieusement calme, ce duc qu’elle avait épousé de force. Curieusement calme face à la nouvelle. Elle savait cependant qu’il était comme la mer : imprévisible, il reculerait pour mieux la frapper quand elle ne s’y attendrait pas.
A peine avait-il fini sa question que déjà elle faisait danser sur le papier ses mots. Rapides, légers, ils témoignaient à peine du trouble qui la prenait, de la peur qui s’était nichée au fond de son cœur et commençait à lui laminer dangereusement l’être.

Si je ne le voulais pas, je m’en serais occupé bien avant. C’est une bénédiction des Dieux eux-mêmes, que vous le croyiez ou non.
Elle, elle n’y croyait pas. Mais elle ferait tout pour protéger le véritable père des représailles de son frère. Véritable père qu’elle n’avait d’ailleurs pas mis au courant. Pourquoi faire ? Il se serait tout autant inquiété qu’elle… Voire l’aurait poussée à s’en séparer. Plutôt mourir que de perdre cet enfant.
J’aurais voulu que vous l’appreniez d’une autre manière.
Ou que vous ne l’appreniez pas, aussi. C’aurait été bien mieux. Les yeux levés vers lui, le carnet poussé délicatement, elle semblait presque désespérée et en proie à un grand trouble. Peut-être même que des larmes, bientôt, apparaitraient au coin de ses yeux.
Une excellente actrice, quand il le fallait.  



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Message Sujet: Re: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyJeu 26 Avr - 6:18

Il s’est habitué à son manège au fil des années, à ce silence obstiné, au grattement de la plume contre ses feuilles qu’elle traîne partout avec elle. Mais en ce moment, rien ne l’irrite plus que ce geste si commun qu’il en était devenu banal. Il lui semble déplacé. Et le silence forcé qu’elle lui fait subir alors qu’il est contraint d’attendre sa réponse lui aurait fait tirer nombre de soupirs agacés. Mais pas cette fois. Il attend simplement, son regard fixé sur elle, sans sourciller, sans bouger. Laissant le lourd silence envelopper la pièce de son voile étouffant.
Il ne lâche pas son regard quand il étire le bras pour venir chercher le carnet qu’elle pousse délicatement dans sa direction. Le geste de sa main qui se referme sur les feuillets pour les ramener à lui est plus brusque toutefois. L’agacement qui fait sa petite place dans ces gestes bien trop calmes et calculés. Alors seulement là, après un instant de plus à fixer ces yeux troublés, désespérés, seulement là qu’il descend le regard pour venir faire la lecture de ces traits et de ces boucles qu’il a trop bien appris à connaître.

Et il sourit, hochant la tête, amusé.
Il sourit.
Et c’est peut-être même plus déconcertant que toute crise ou colère avec laquelle il aurait pu répliquer.

« Oh par Syned, cessez avec ces lagraneries, Jehanne. Les dieux n’ont pas ce pouvoir, et ce n’est plus moi que vous couvrez de ridicule avec de telles paroles mais vous-même. »
Il repousse le carnet en direction de sa femme et se lève.

Les dieux n’ont pas ce pouvoir, non. Mais peut-être que quelqu’un d’autre l’a, réellement. Tout comme les dieux n’ont pas le pouvoir de faire revenir à la vie les morts, mais voilà qu’Octave s’est vu renaître, ressuscité, par une magie bien différente de toutes celles qu’ils puissent connaître. Il sait, pourtant - sans raisons et sans explications - qu’il n’est pas question de telle illusion cette fois. Il sait parce que sans jamais l’admettre ou se permettre le penser, tout est tout de même trop clair, trop limpide.
Une malédiction des Dieux eux-mêmes, plutôt.

Il s’éloigne un moment, pour attraper carafe et coupes qu’il remplit. Il en dépose une devant Jehanne avant de porter l’autre à ses lèvres, sans se rasseoir. Debout à côté de sa femme, il la surplombe, en position de dominance, juste pour lui rappeler qu’ici il est duc, et que bien qu’elle soit duchesse, cela ne la porte aucunement en position d’égalité, pas sans qu’il ne le décide. Il lui a laissé trop longtemps beaucoup trop de liberté. La méfiance qui s’est mué en indifférence a fait place à l’imprudence.
« Quand me l’auriez vous dit? Comment? Après avoir trouvé moyen de me faire croire que cet enfant serait le mien, c’est cela? » Un rictus anime ses lèvres alors que son regard vient soutenir à nouveau celui de la blonde. Il y a dans ce dernier un air presque de défi, et au fond, au travers le calme et la froideur composée, l’étincelle de colère qui y brille doucement, contenue, encore, sans s’enflammer, encore.
Le croyait-elle si idiot qu’elle aurait pu trouver moyen de le berner sur cela? Il était tombé une fois dans le piège tissé de ses mensonges, une fois de trop. À présent il ne laisserait plus la Lagrane manipuler son avenir comme elle l'eût fait jadis.

Il contourne à nouveau son bureau, et prend le parchemin qu’il terminait alors que Jehanne entrait un peu plus tôt. Il le glisse vers sa femme.
« C’est la dernière copie. Ils seront distribués dans tout Ansemer et à tous les duchés Faës dans la journée. »
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Message Sujet: Re: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyVen 27 Avr - 22:29

Il fallait qu’il la croie. C’était essentiel. Il n’y avait rien de plus important, à cet instant, que la croyance. Malgré la peur qui lui étreignait le cœur, malgré sa main qui, d’instinct, s’était posée sur son ventre – comme pour protéger l’enfant à venir de la colère de son oncle –, malgré l’envie de vomir, les émotions au bord des yeux et l’impression que tout son corps allait exploser, comme si son âme pressait contre les barrières de sa peau, elle voulait qu’il se laisse aller à la croire. Qu’il remercie Maari de ce cadeau impromptu ! Si l’enfant lui ressemblait, comme ç’avait été le cas avec Bertille, peut-être penserait-il avoir offensé la Déesse. Peut-être, même, arrêterait-il de douter d’elle. Car dans cette croyance, dans cette phrase audacieuse et mensongère écrite sur le papier qu’il avait sous les yeux, il y avait la survie et le bonheur de son frère. Il y avait la persistance de sa lignée.
Il sourit. Jehanne crut que son cœur allait s’arrêter. Parce qu’elle n’avait jamais vu son sourire, pas depuis des années. Pas dirigé vers elle, jamais. Bertille, oui, et les autres encore plus. Mais elle ? Des années sans un seul signe. Et après douze ans, le premier sourire qu’il lui offrait aurait pu tout aussi bien signifier un arrêt de mort total. Il lui glaçait le sang.
Mais elle ne pouvait pas fuir, malgré son envie irrépressible de le faire. La peur envahit ses yeux, impossible à contrôler, alors que tous ses plans tombaient à l’eau.

Son écriture demeurait impeccable. Les dieux ont sur nous tous les pouvoirs et tous les droits. Qu’il s’agisse d’un enfant, de la mort ou de l’amour, ils nous dictent notre vie si cela leur chante.
Elle garda pour elle, alors que ses mains tremblaient légèrement, qu’il était mal placé pour parler de ridicule. Cela faisait douze ans qu’il la couvrait de honte, la traînant plus bas que terre. Alors qu’il se sentît ridiculisé par un enfant qui n’était pas encore né… Parce qu’elle, évidemment, ne s’était pas sentie ridiculisée quand il avait installé Geneviève à sa place, lors de réceptions !

Elle ne le dit pas. Elle avait sa fierté, malgré le bien piteux tableau qui se jouait dans l’intimité de ce bureau.  La coupe déposée devant elle ne trouva même pas ses doigts. Il aurait pu y avoir glissé quelque émétique puissant, voire pire, dans l’espoir qu’elle se débarrassât de l’encombrante preuve de l’amour de son amant ! Le visage levé vers lui, les cheveux en cascade sur ses épaules et des larmes dansant dans le bleu de son regard, elle offrait l’image même de celle qui ne souhaitait que la rédemption… Ou la vengeance. Car il y avait une forme de résistance et de colère, dans la manière dont elle ne pouvait s’empêcher de le fixer.  

Les mots coulèrent à nouveau.
Qui vous dit que cet enfant n’est pas le vôtre ? L’avez-vous vu ? Pouvez-vous jurer qu’il n’est pas du sang d’Ansemer ? Avez-vous la moindre preuve qu’il ne partage avec vous aucune parenté ?
C’était de la colère. C’était de la malice, froide, vengeresse quelque peu. Son regard l’attirait autant qu’il augmentait le malaise dans sa gorge. Il avait eu le même regard, après leur première nuit. Comme un regard de trahison. Sauf que cette fois, c’était elle qui menait l’infâme complot. Il n’y avait derrière cela aucun jeu malsain de pouvoir dont Jehanne se serait bien passée, juste la recherche de survie pour un enfant qui n’était pas encore né.

Elle ne quitta ses yeux que pour les baisser sur le parchemin. Pour lire les mots, sans les comprendre, en un premier temps. Puis les larmes qui jaillissent, l’une après l’autre, doucement. Il avait beau reconnaître l'enfant, sans doute pour garder la face, les conséquences et sa vie future... Elle ne le remercierait pas, ne se jetterait pas à ses pieds de ne pas se faire répudier. Non. Tout ce qui l'inquiétait, c'était de savoir comment sa grossesse allait se dérouler.Il ne pouvait pas faire ça. Il n’avait pas le droit. Jamais.
Vous ne pouvez pas faire ça.
Dans cette phrase, elle se dévoilait, bien plus qu’elle ne l’avait jamais fait. Une supplique, entre les larmes presqu’invisibles et silencieuses qui défilaient. Il lui avait déjà retiré son duché de naissance, toute la terre. Il lui avait retiré la joie d’une enfant avec l’homme qu’elle aimait. Il lui avait retiré sa voix.
Maintenant, il lui retirait sa liberté.

Et c’en était trop, même pour la paisible Jehanne. Elle se redressa, les bras croisés, le regard étincelant de rage et son carnet serré entre ses doigts, où le crayon s'agitait rageusement. Il faisait bien une bonne tête de plus qu’elle, tout de même, même si elle semblait bien ridicule face à lui.
Je ne me laisserai pas emprisonner pour un crime qui n’en est pas un.



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Message Sujet: Re: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyDim 29 Avr - 5:51

Si les dieux avaient bien tous les pouvoirs et dictaient leurs vies, par les naissances, les morts et l’amour, alors ils étaient bien cruels. Bien cruels d’avoir unis ces deux jeunes gens, de les avoir emprisonnés pour le profit d’autrui dans une relation qui les détruirait et les ravagerait. Ces divinités qu’ils priaient ainsi avec ferveur pouvaient-elles se la jouer d’eux de la sorte? Était-ce une punition, un châtiment, où alors là-haut dans les cieux étaient-ils simplement amusés des désastres qu’ils créaient ainsi?
Non. Bartholomé ne croyait pas un mot de cela. Les dieux ne se seraient pas joués de cette façon.. Mirta de l’aurait pas enchaîné à Jehanne pour que toute la passion qu’il eut jadis éprouvée à son égard se meurt en un instant. Et Maari ne lui aurait pas donné un second enfant pour voir ce dernier douté, détesté. Ce ne pouvait pas être là le pouvoir des dieux. Les dieux ne pouvaient à ce point être vil, seul l’homme était capable de telle bassesse.

« Ces dieux que je maudit tous les jours de nous avoir unis ne m’auraient pas donné un tel cadeau. »
Car jamais cet enfant ne pourrait réellement être aimé. Pas par Bartholomé, du moins. Oh, il avait reconnu cet enfant, mais pas par la conviction qu’il était le sien. Non, il savait que ce n’était le cas. Il l’avait reconnu pour ne pas perdre la face, tout simplement. Que ce dirait-il, s’il se savait que la femme du duc était enceinte d’un autre ! Quels regards se tourneraient sur son passage, quels mots seraient murmurés? Et quel respect garderait-il de tout cela? Que le duc soit reconnu cocu ! Bartholomé avait beaucoup trop de fierté pour permettre cela, et même s’il savait qu’il ne pourrait jamais porter sur cet enfant le même regard tendre qu’il posait sur Bertille, il pensait qu’il était encore mieux de concéder et lui donner son nom. Ce bâtard serait un d’Ansemer, mais sa vie n’en serait certes pas plus facile. Fort heureusement qu’il avait déjà une héritière, les choses auraient été tout autre si ce n’avait été le cas.

Les larmes qui dansaient dans les yeux de sa femme l’énervaient bien plus qu’elles ne l’attendrissaient. Que souhaitait-elle en jouant cet acte? De la pitié?
« Je crois savoir fort bien comment se font les bébés Jehanne. Et à moins que ce soit mon frère qui ait partagé votre couche cet enfant n’aura d’Ansemer que son nom. »
Son ton avait perdu un peu du calme si composé dont il avait fait preuve depuis le début. Ses paroles étaient plus sèches, rudes. Son regard plus froid, dur. La colère dansait dans ses pupilles, et le calme qui gardait tout de même contrôle de son corps n’était bien encore là qu’uniquement parce qu’il savait que Jehanne ne sortirait de ce bureau que sous ses termes.
Sa femme l’agaçait. Il aurait préféré qu’elle assume, qu’elle admettre ses fautes, au lieu de tenter tout pour sauver cet homme en essayait lui faire croire l’impossible. Mais à quoi s’attendait-il d’autre de la part d’une Lagrane?

Il ne croyait pas que Bertin soit cet homme, ce traître. Son frère était bien le dernier qu’il suspectait ; c’était le seul en qui il avait vraiment confiance. Oh! Et pourtant ! S’il savait ! S’il pouvait savoir comment la douleur serait encore plus grande, encore plus forte, quand il apprendrait, comprendrais, que son cadet, entre tous, était celui qui avait volé le coeur de sa femme. Était-ce naïf de croire que son frère ne pourrait le trahir de la sorte? Les signes étaient tous là, pourtant, si seulement il avait sû y être attentif. Mais la confiance et l’amour qu’il portait au prince était si grande, et le désintérêt et le mépris qu’il éprouvait face à Jehanne si profond, qu’il ne pouvait simplement concevoir qu’entre eux deux les échanges soient plus que de simples convenances. Il ne pouvait concevoir que son frère soit capable de le trahir ainsi. En Ansemer, la famille était tout, et Bertin était sa seule famille. De plus, n’était-ce pas seulement quelques journées avant que Bertin lui racontait ses efforts dans la course pour la main de dame Eléonore ?

Plus tard, il apprendrait. Plus tard, ce ne serait pas que de la colère qu’il ressentirait, mais un mal bien plus profond, bien plus douloureux. Bien plus dangereux.

Malgré toute la fierté de sa femme, les larmes qui quittaient ses yeux et les mots écrits sur le papier étaient le témoin du mal qu’il lui infligeait. Il lui retirait la dernière chose qu’elle possédait, sa liberté. Et il avait réellement toutes les intentions d’aller jusqu’au bout.
« Mais je peux tout faire. »
Que comptait elle faire pour l’en empêcher? Elle qui se refusait seulement même à parler ! Elle avait voulu se jouer de lui, lui imposer le fruit d’un amour qu’elle lui avait dérobé, alors ce serait sous ses règles. « Mes gardes vous reconduiront à vos appartements. Il ne vous en sera pas permis de les quitter, ni de recevoir qui que ce soit sans mon approbation au préalable, et la surveillance de mes hommes. Toutes vos correspondances seront lues, bien évidemment. »
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Message Sujet: Re: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyDim 29 Avr - 17:12

Ne pas pleurer avait pourtant été ce qu’elle s’était promis, dès le début. Elle s’était juré de ne pas fondre en larmes devant lui, de ne pas lui opposer sa tristesse ou sa peine, rien d’autre que sa rage ! Elle se l’était promis. Elle aurait voulu être forte, lui tenir tête d’une manière plus fière que tout ce qu’elle lui opposait jusqu’à présent. Elle aurait voulu lui répondre, se lever, s’opposer à lui comme tout son esprit et son corps le lui dictait. Elle aurait voulu, Jehanne, qu’il se taise, qu’il accepte juste, et que la vie continue. Elle aurait voulu qu’il soit blessé, que cet enfant en elle – bonheur que personne ne lui retirerait, pas même un Ansemarien qu’un coup du sort l’avait forcée à épouser pour son plus grand malheur –, cet enfant là qui grandissait soit sa perte. Qu’il souffre. Qu’il comprenne l’humiliation dans laquelle il l’avait plongée pendant douze ans. Qu’il comprenne, qu’il passe des nuits à se torturer l’esprit et à se demander qui, ce qu’il avait fait de mal, ce qu’il pouvait faire pour que cette horreur cesse.
Elle voulait qu’il vive son quotidien. Qu’il ne puisse plus se regarder dans la glace sans chercher du regard la raison du dégoût de l’autre. Elle voulait qu’il se détruise petit à petit, jusqu’à ne plus se considérer totalement comme un homme digne de ce nom. Pour qu’enfin les ravages qu’il avait fait dans son esprit lui soient révélés. Elle voulait beaucoup de choses, à commencer par sa liberté.

La duchesse pâlit légèrement, en l’entendant parler de son frère. Mais non, les soupçons ne semblaient pas aller jusque là. Il faisait confiance à Bertin plus qu’à n’importe qui d’autre, il ne pouvait pas… Prudente, malgré la rage et la tristesse amère en elle, elle prit la décision de ne rien répondre à ce sujet. Pour ne pas mettre dans l’embarras son amant, plus qu’elle. Pour ne pas non plus que son enfant souffre d’un conflit entre son père et son oncle. Bertille ne devrait pas en souffrir, pas plus que celui qui grandissait en elle.
Elle resta là. Silencieuse, digne dans sa robe qui, dans la lumière du jour ne faisait que révéler la condition qui était la sienne. Les larmes ne coulaient plus de peine mais de rage, sa mâchoire serrée, serrée jusqu’à en avoir mal ! Elle allait exploser. Ses yeux se baissèrent sur son carnet, le crayon retrouvant la page… Mais elle ne pouvait pas.

Qu’elle soit damnée, que le serment qu’elle avait pris auprès de Bramir de ne jamais prononcer un mot devant son époux soit brisé et que son courroux s’abatte sur elle s’il le fallait ! Là, face à lui après douze ans de brimades et de haine, l’esprit et le cœur à fleur de peau et passablement chamboulée par la nouvelle, après l’encre et la craie qui avaient porté son esprit pendant plus d’une décade, son silence explosa.
Il explosa pour les années de brimade, pour les horreurs vécues, pour la douleur  et la haine. Il explosa pour la colère. Il explosa parce que maintenant, elle n'était plus rien, plus même une femme, juste une chose à la merci d'un duc qui n'était même pas le sien.

« Vous pensez sauver les apparences en m’enfermant, comme vous enfermeriez votre honte de vous penser cocufié ? Ca n’effacera rien. » La tête haute, la voix claire et déterminée, juste assez forte pour qu’il l’entende sans qu’elle ne passe les portes – un miracle ne devait pas être partagé – elle laissait son désaccord s’exprimer. « Vous êtes le seul ici à y voir un moyen de vous atteindre, de vous miner. Etrangement… N’est-ce pas ce que vous m’imposez depuis maintenant douze années ? L’humiliation constante ? Si vous aviez un bâtard avec l’une d’entre elles, vous auriez tôt fait de le reconnaître juste pour pouvoir me blesser. »

Ses yeux n’avaient pas quitté les siens, son carnet inutile serré dans sa main, une noblesse dans sa posture qui hurlait la fureur et l’envie de vivre…. Et la peur, dans les larmes qui brillaient. Elle ne voulait pas pleurer, mais elle n’arrivait pas à les retenir toutes.
« Et vous pouvez le faire encore et encore pour tenter de m’atteindre, comme l’enfant capricieux et immature que vous êtes, le monstre qui se plaît à voir un autre être souffrir sur son commandement, ce que vous allez vivre n’est rien de plus que ce que vous m’infligez pour une manigance qui nous a tous les deux fait du tort. »
Les mots glissaient avec aisance hors de sa bouche sans qu’elle ne cherche même à se décaler de lui. Ce serait leur seul affrontement, sans doute. Après douze ans, il était temps.



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Message Sujet: Re: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyMar 1 Mai - 8:10

Et elle parle.

De tous les scénarios, de toutes les possibilités, que Bartholomé s’était imaginés, celle-là n’y était pas. Sa femme, qui ne lui avait plus adressé un seul mot depuis cette fastidieuse soirée, lui parlais enfin, douze années plus tard. Il en avait oublié le son de sa voix, il en avait oublié la teinte, la couleur, et malgré les mots durs et la fureur qui se dégageait de ceux-ci, pendant la fraction d’un instant c’était transporté au tout début qu’il se retrouva. À ces instants, quand tous deux étaient encore heureux. Quand Bartholomé se languissait de son nom prononcé avec douceur par la Lagrane, de ces quelques paroles échangées au tournant d’une rencontre dans un couloir, dans une soirée, sur les quais.

Il cligne des yeux, comme pour revenir à la réalité, pour prendre conscience du miracle qui se joue devant lui. Il est déstabilisé, un court instant, tellement que les mots de sa femme ne l’atteignent pas. Il n’arrive pas à en prendre conscience, seule sa voix en soit est présente. Et si elle avait parlé plus tôt, bien plus tôt, tout aurait-il été différent? Aurait-il pu lui pardonner cet acte qui n’était pas sien et qui la piégeait tout autant que lui? Aurait-il pu s’abandonner à l’aimer réellement comme il s’était laissé le faire une soirée?
Elle aurait réussi cela, au moins. Elle l’aurait atteint d’une certaine façon, et même si ce n’était peut-être pas la façon dont elle espérait, c’était malgré tout une brèche dans le masque de haine et de mépris qu’il portait à son égard.

Debout face à elle, le regard dans le sien, sa coupe encore à la main, il reste droit et immobile, encaissant chacun de ses mots avec une rigidité déconcertante. Mais son regard danse entre la surprise et la colère. Ses dents trouvent sa lèvre inférieure qu’elles viennent mordre pour tenter garder le calme qu’il avait su si bien conserver jusqu’à présent. Ses doigts se resserrent, sur sa coupe, sur sa paume, pour retenir une gifle que sa femme aurait fort bien mérité à lui parler de la sorte. Mais elle gagne cette bataille, par la force de sa voix, et il laisse ses insultes l’atteindre, le frapper de plein fouet. Et quand la pièce retrouve à nouveau le silence familier, quand la duchesse n’est plus que larmes, alors il claque sèchement
« Je vous préférais muette. »
Sa coupe trouve ses lèvres, et il cale l’entièreté de son verre.

Il ne veut pas s’abaisser à lui répondre. Il ne veut pas la faire gagner cet acte, se justifier. Mais les mots viennent tout seul, portés en réponse à la voix de Jehanne. Une confrontation qu’ils n’ont jamais eu, qu’ils auraient dû avoir depuis bien longtemps déjà. « Cessez de jouer l’enfant battue Jehanne. Ne me faites pas croire que je suis là votre bourreau, vous-même qui avez refusé m’adresser un seul mot depuis ces douze même années ! Tout est de votre faute. Et je n’avais que trop raison de ne pas vous faire confiance. Je vous ai laissé votre liberté. J’aurais même accepté vos amants ! Mais vous deviez pousser l’audace jusqu’à me forcer la main avec le fruit de vos infidélités. J’aurais dû me douter qu’être duchesse ne pouvait être suffisant. » Sa propre voix a perdu de son calme, certains mots accentués presque criés, le ton rude, claquant. D’un geste il lui arrache son carnet d’entre les mains. Il lui interdira tout papier, une fois enfermée dans ses appartements. Un geste enfantin pour la punir de ces mots qu’il juge de trop.

« J’en ai assez. » Il en a assez d’elle, il en a assez de sa voix, déjà, il en a surtout assez de se voir perdre le contrôle de cette situation qu’il croyait pourtant maîtriser. Il fait alors les quelques pas qui le sépare des grandes portes de son bureau et ouvre l’une de celles-ci d’un grande geste. À l’extérieur de celle-ci, trois gardes armés, qui visiblement attendaient, préparés. « Conduisez-là à ses appartements. » Ils la laisseront marcher, la duchesse, si elle ne pose pas résistance, mais leurs ordres ont été plus que clair et Jehanne retrouvera sa chambre et les quelques pièces de ses appartements où elle se verra confinée, gardée jour et nuit. Il n’y a d’ailleurs personne d’autres dans les couloirs qui sépare le bureau du duc de la prison de sa femme. Bartholomé a soigneusement veillé à vider cette portion du palais, de tout membre de la cour, serviteurs, ou quiconque réellement, pour n’y laisser que ses gardes. Personne n’entendra Jehanne, si elle supplie, si elle résiste, si elle parle. Personne ne sera là pour lui porter assistance.

Et il croise les bras, debout à côté de la porte grande ouverte. Il attend qu’elle quitte. Mais son regard, cette fois, semble fuir le sien.


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Message Sujet: Re: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyMar 1 Mai - 12:22

Elle aurait pu avoir quelque fierté à le voir si déstabilisé, si elle n’était pas elle-même dans un état oscillant entre la fureur et le désarroi le plus total. A fleur de peau, les nerfs à vif, la duchesse n’était même pas sûre de ce qu’il pouvait lui arriver. Et elle n’en avait cure. Le pire qu’il puisse faire, c’était de l’enfermer comme il comptait le faire dès le début. Comme s’il pouvait encore l’atteindre, après tant d’années. Oh, il le pouvait. Elle se pensait forte, immunisée face à l’homme qui avait tout détruit en elle méthodiquement. Elle se pensait capable de lui résister, au duc. Elle avait été stupide.
Si stupide. Parce que maintenant, après douze ans, ses mots avaient une force certes incroyable, mais ils avaient aussi en eux toute sa vérité, toute sa rancœur, tout ce qu’il avait noyé de colère et d’amertume. Il y avait la peur, la confiance, l’incompréhension. Il y avait les bribes de souvenirs partagés, ceux que secrètement elle avait chéri pendant un temps, en espérant que les choses reviendraient un jour à la normale.

Il y avait tout le couple qu’ils auraient pu être, dans les mots qui sortaient de sa bouche. Et lorsqu’elle se tut, tremblante, les larmes sur ses joues coulaient cette fois librement. Il ne l’avait jamais vue aussi défaite, combative et pourtant perdante d’une bataille qu’ils avaient bien trop repoussée. Elle se sentait terriblement vivante, face à lui, habitée par une rage de vivre et un besoin d’exister qui se mourrait petit à petit autrement. Les deux frères avaient de cela qu’ils exacerbaient chez elle la vie, chacun à leur manière. Elle aimait l’un si fort qu’elle ne pouvait avoir pour l’autre que le ressenti contraire.
« Ne me confondez pas avec vous. Si amant il y a, il est unique. Je n’ai pas cherché à mettre toute la population de Port-Liberté dans mon lit… Ou toute une Guilde, dans votre cas. » les phrases avaient fusé, emportant une dernière pique. Elle jouait avec le feu, ou avec l’océan qui pouvait se déchaîner à tout instant et l’emporter. Son carnet lui fut arraché sans qu’elle ne cillât. Elle en aurait un autre. Elle en avait déjà d’autres, vierges de ses pensées, vierges de ses méfaits, qui attendaient sagement dans sa chambre. « Je n’ai jamais voulu être à cette place, mais là où vous auriez pu vous débarrasser de moi, vous avez préféré me garder. D’abord par honte d’être stérile, puis pour ma fille. » Il était sans doute impuissant, par ailleurs, maintenant qu’elle y repensait. Autre petite victoire.

« Ca ne fait que commencer, Bartholomé. » souffla-t-elle. Elle ne dirait pas un mot de plus. Elle prendrait sa revanche. Sur lui, sur Elle, sur Ansemer. Elle lui ferait vivre l’horreur dans laquelle il l’avait plongée, pendant douze ans. Jusqu’à ce qu’il se perde. La fureur lui faisait élaborer ces plans dans son esprit. Tout ça ne faisait que commencer : passive, certes. Mais patiente. Elle avait attendu douze ans pour la parfaite opportunité de le toucher au cœur et de le faire tituber, d’instiguer en lui un peu du venin qui courait dans ses propres veines par sa faute.

La tête haute, Jehanne le fixa en le dépassant. Et elle cherchait son regard. Elle voulait le voir. Dehors, les gardes attendent. Ils n’ont rien du entendre de leur échange, pas sa voix à elle du moins. Elle le fixa, attendant de recroiser ses yeux une dernière fois pour lui sourire.
Ca ne faisait que commencer. Elle resterait là, à attendre le bon moment. Il ne tomberait pas en une fois, mais la descente serait bien plus douloureuse qu’une chute brutale. Il s’y perdrait, sans doute.

Les portes se refermèrent alors qu’elle était escortée à ses appartements, sans bruit autre que celui des lourds pas autour d’elle et du sien, si léger. Silencieux. Le chemin était long jusqu’à l’enfilade de pièces où elle passerait la fin de sa grossesse, et elle eut tout le temps de réfléchir. Il n’avouerait jamais, dans sa fierté blessée, qu’elle avait parlé. Sur ce point, elle était sauvée. En revanche….
En revanche, il avait son carnet. Sur le coup de la colère, elle n’avait pas réfléchi à ce qu’elle laissait derrière elle, à sa portée. Des mois de discussion. Certaines avec Bertin, bien que son nom n’apparaissait pas. Certaines seules, comme des réflexions lancées à elle-même.

Lorsque la porte de son appartement claqua derrière elle, et qu’elle surprit le regard de sa dame de compagnie, alors seulement la réalisation la frappa. La réalisation de sa condamnation, et de ce qu’elle avait fait dans ce bureau. Elle la congédia d’un geste de la main, les dents serrées, le souffle court, avant de s’effondrer sur son lit. Elle n’avait plus la force de pleurer.

Elle n’avait plus la force de rien. De toute manière, la force ne servait à rien face à lui. Mais aujourd’hui, elle n’était plus rien. Elle n’était plus Jehanne d’Ansemer, elle n’était plus duchesse, mère de Bertille ou fille de l’Ancre-Fleurie. Elle n’était plus qu’une captive, une de plus.
Une captive qui avait abandonné ses plus intimes pensées à son geôlier.  



hrp:
 



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Message Sujet: Re: Le fruit de l'amour qui n'a jamais été   Le fruit de l'amour qui n'a jamais été EmptyMer 2 Mai - 7:10

Elle était étonnement forte, dans sa colère et sa fureur au travers de ses larmes et de son corps tremblant. Il ne l’avait jamais vu ainsi. Il ne l’avait jamais vu autrement que cette présence effacée, silencieuse, si facile à oublier, si facile à mépriser, à blâmer. Il ne l’avait jamais vu lui répondre, le confronter ainsi. Elle lui plaisait presque, si ce n’était qu’à cet instant il la détestait de toutes les fibres de son corps.
Cette bataille qu’ils menaient à présent ne pouvait les voir gagnants, ni l’un ni l’autre. Il était trop tard, le temps avait accumulé sur eux bien trop de choses pour qu’ils s’en sortent indemnes. C’était le début d’une guerre lente et douloureuse, une guerre qui s’était longtemps préparée dans le silence et l’ignorance,mais qui à présent se dévoilait par les mots et les actes. Une guerre qu’ils mèneraient à deux, mais qui ramasserait dans son sillon bien plus de gens qu’ils ne l’auraient sûrement souhaité. Une fin où ils seraient tous deux heureux, ensembles ou séparés, était-elle seulement envisageable, ou avaient-ils dépassés cela, maintenant voués l’un et l’autre à chercher à se détruire mutuellement?

Il la laisse le frapper de ses mots une dernière fois. Il les reçoit, le visage de marbre, l’expression froide, mais la colère tout juste retenue qui tire ses traits. Il ne l’écoute plus vraiment. Ses mots l’atteignent tout autant qu’ils glissent sur lui sans le toucher. Ils le hanteront par contre, quand il se couchera le soir venu, et que le son de sa voix viendra résonner à ses oreilles en ces frappes hargneuses. Et au fil des jours les doux souvenirs de sa voix lointaine qu’il avait encore se verront remplacés par ceux-ci. Ces mots qui l’auront déstabilisé durant le moment de cet entretien, viendront le blesser plus tard, puis attiseront encore plus sa colère et sa rage pour la duchesse. La nuance subtile du ma fille ne le fait pas sourciller sur l’instant, mais plus tard, plus tard, il se questionnera peut-être.

Son nom prononcé ravive pourtant quelque chose. Et malgré la haine et la fureur qui se dégage de sa voix, il la revoit encore, douze ans plus tôt, plus jeune, toujours aussi belle, différente. Les deux versions de cette femme se mêle devant lui. Il veut qu’elle parte. Il la déteste encore plus de le faire douter, de briser toutes ses certitudes, de ravager son monde plus qu’il ne l’était déjà, de détruire l’équilibre dans lequel il avait appris à vivre.
Et il a beau chercher à fuir son regard quand il la livre aux soins de ses gardes, c’est Jehanne qui cherche le sien. Oh, s’il pouvait réfléchir convenablement, s’il était spectateur externe de tout cela, il donnerait à Jehanne toutes les louanges d’une digne duchesse. Parce que c’est digne qu’elle quitte, et son sourire glace presque le sang du duc.

Ce serait une guerre qui les opposerait. Une guerre bien différente de celle qui ravage le continent mais tout aussi destructrice.

Et il claque la porte. Et il reste là, planté, figé, à écouter les pas s’éloigner. Avant d’exploser toute la colère, toute la rage, toute la fureur, qu’il s’est retenu de laisser aller. Le carnet de la Lagrane est vivement jeté au sol, sans être feuilleté, pour l’instant, sitôt rejoint par tout ce qui se trouvait sur son bureau, à nouveau. Et il crit. Frustré de s’être laissé atteindre par sa femme. Son poing vient frapper la table, maintenant complètement vide, si fort que ses jointures saignent. Le sang reste là, étalé sur le bois et coulant sur sa main. Il ne s’en rend même pas compte. Il soupire vivement. Il retourne chercher dans un petit cabinet plus loin une bouteille de rhum. Il se sert un verre, qu’il cale d’un trait. Puis un second. Son regard descend sur le fouilli qu’est redevenu son bureau, sur les papiers au sol, l’encre, le verre, le vin. Il ramasse le parchemin qui annonce la grossesse de sa femme, le papier maintenant froissé et bariolé du carmin du vin et de son sang. Il quitte, le document et la bouteille de rhum en main, donnant l’ordre en sortant qu’on s’occupe de ranger la pièce.
Il part retrouver son frère, Bertin, le seul qu’il mettra dans la confidence de la vérité qui venait de se jouer.

SUJET TERMINÉ


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