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 La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté

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Denys du Lierre-Réal
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Message Sujet: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptyMer 9 Mai - 0:15


Livre III, Chapitre 3 • Les Échos du Passé
Jehanne d'Ansemer & Denys du Lierre-Réal

La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté

Un jour, celle-ci fleurira pour toi



• Date : 27 mai 1003
• Météo (optionnel) : //
• Statut du RP : Privé
• Résumé : En visite en Ansemer pour quelques jours, Denys obtient le droit de rendre visite à Jehanne, reléguée à ses appartements à cause de sa grossesse.
• Recensement :
Code:
• [b]27 mai 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3679-la-plus-belle-de-toutes-les-fleurs-est-la-fleur-de-la-liberte#137755]La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté[/url] - [i]Jehanne d'Ansemer & Denys du Lierre-Réal[/i]
En visite en Ansemer pour quelques jours, Denys obtient le droit de rendre visite à Jehanne, reléguée à ses appartements à cause de sa grossesse.



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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptyMer 9 Mai - 12:48

Voilà déjà deux jours que le couple ducal de Lagrance était arrivé au cœur d’Ansemer, séjournant dans sa superbe capitale battue par les vents marins et les vagues sur son littoral. Si la mer était loin de se faire une grande place dans le cœur de Denys – non qu’il ne l’aime pas – il convenait sans mal que celle-ci était d’une saisissante beauté et qu’elle avait pu inspirer nombre de poètes et artistes. Mais ce n’était point pour la mer seule que le duc de Lagrance et son épouse avaient fait le voyage depuis leurs lointains et paisibles jardins. Il y avait non seulement quelques petites affaires à régler, mais aussi et surtout des personnes à féliciter chaleureusement pour une bien heureuse nouvelle. Tout du moins, c’est ce dont elle avait l’air, en apparence. Pourtant, plus les jours avançaient, et plus le duc avait la sensation, quoique fragile, qu’autre chose s’agitait en arrière plan. Bien des fois, depuis son arrivée, on lui avait refusé une visite chez la duchesse d’Ansemer, son amie, souvent trop malade ou trop faible pour recevoir quelconque personne. S’il pouvait le comprendre, il était plus difficile pour lui de l’accepter. Il connaissait quelques secrets sur cette pauvre Jehanne qui l’incitait à penser que, peut-être, cette réclusion au cœur de ses appartements n’était pas si anodine.

A force d’insistance cependant, il avait obtenu du duc lui même l’autorisation d’aller la voir, si celle-ci y consentait aux vues de sa santé. A peine quelques heures plus tard, un serviteur était venu à lui, annonçant que la duchesse était en bonne disposition pour le voir. Pas un mot cependant couché sur le papier, comme ce put être le cas autrefois. La silencieuse Jehanne ne manquait jamais pourtant de l’inviter à la voir par ces petits mots qui étaient son seul moyen pour communiquer. La fatigue jouait peut-être contre elle, mais Denys n’insista guère plus auprès du serviteur. Il abandonna ses occupations du moment pour suivre l’homme, jusqu’à une partie terriblement déserte du palais d’Ansemer. Pas un bruit, pas d’agitation de la part de quelques visiteurs… pas même la course d’un autre serviteur affairé dans les chambre. Juste le son de leurs pas sur le sol froid, et la solide stature de quelques gardes devant la porte des appartements de la duchesse. Interloqué, le duc releva un sourcil à cette nouvelle surprise. S’il avait dû écouter les paroles de chacun dans ce palais, il se serait plutôt attendu à une cohorte de guérisseurs aux côtés de la duchesse, et pas un rassemblement de gardes. Ou alors cachait-on des tentatives d’assassinat sur Jehanne parce qu’elle portait un enfant ? Possible, mais cette idée resta en retrait dans l’esprit du duc lorsqu’il passa la porte et que son regard capta immédiatement la silhouette de son amie. Un coup d’œil en arrière lui révéla que ni le serviteur, ni le garde qui avait ouvert la porte n’avaient refermé celle-ci et attendaient.

« Hé bien, vous avez besoin d’un ordre clair pour fermer cette porte ? » Questionna-t-il, un sourire sur les lèvres mais les yeux scrutateurs voire accusateurs. « Partez. » Ils obtempérèrent, bien entendu, mais avec une réticence qui n’échappa guère à Denys. Alors quoi, s’attendait-on à ce qu’il soit un danger pour la duchesse ? Balivernes, il y avait sans doute autre chose.

Quelque chose qui pouvait se lire dans le regard bien fatigué de Jehanne d’ailleurs, malgré cette silhouette pleine de rondeurs et de courbes, révélant aux yeux de tous la vie qui grandissait en elle. Elle aurait pu être sublime, la Lagrane couronnée par la mer, mais le masque sur son visage ne cachait pas toute la lassitude de ses yeux. Il s’approcha d’elle, prenant sa main dans la sienne avec douceur et lui accorda un sourire tendre. Il y avait longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus.

« Jehanne, quelle plaisir de vous voir. On m’annonçait que vous n’étiez que fatigue et fragilité, mais je constate que c’est loin d’être le cas ! » Il eut un petit rire, complice, et la détailla un instant. Malgré la pâleur de la pauvre, elle n’était pas non plus totalement à l’agonie. Et puis, il était dans son caractère de lagran d’enjoliver les choses. « Comment vous portez vous ? »


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Jehanne d'Ansemer
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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptySam 12 Mai - 0:00

Un mois. En un mois, il aurait pu se passer tellement de choses, dans la vie de Jehanne ! Elle aurait pu trouver des amies, se dévouer un peu plus aux actes de charité, passer du temps avec sa fille… Elle aurait pu tenter d’arranger la situation avec son mari, s’il avait à ses yeux présenté quelque intérêt. Elle aurait même pu faire des choses inédites pour elle. S’intéresser à ce qui ne la passionnait pas avant, faire la paix avec Geneviève ou tout du moins ne plus se battre contre elle perpétuellement. Oui, elle aurait pu faire tant de choses. En un mois, sa vie aurait pu être transformée.

En un mois qu’elle venait de passer enfermée dans trois pièces. En un mois où elle avait réussi à perdre jusqu’à la notion même du temps. Elle avait cru en devenir folle. Vaguement, elle avait pu compter les jours à la course du soleil dans le ciel, mais même là elle finissait par en perdre le fil. En un mois, elle n’avait pas récupéré un seul carnet ou un seul feuillet de papier. Autant dire qu’elle était abandonnée à un silence encore plus total que celui auquel on l’avait laissée depuis douze ans. C’était de sa faute, bien sûr, son époux le lui avait bien fait comprendre. De sa faute si elle avait refusé de laisser son propre enfant mourir en elle, de vouloir se raccrocher au bonheur et à l’amour qu’il représenterait. De vouloir pour Bertille une sœur. C’était de sa faute si elle aimait quelqu’un, et qu’il l’aimait au point d’avoir avec elle un autre enfant.
Le pire était qu’elle y croyait. La duchesse avait beau vouloir faire la guerre à Bartholomé, une guerre bien plus vicieuse et dangereuse que celle à laquelle il s’attendait, la manière dont il l’avait minée depuis le début de leur mariage et comme il l’avait travaillée jusqu’à ce qu’il ne restât d’elle rien de plus qu’une Jehanne mal en point et incapable de simplement s’apprécier avait fait des ravages.

Il ne s’était écoulé qu’un mois, pendant lequel elle avait été contrainte de le subir à intervalles réguliers. Prétendument qu’il s’enquérait de sa santé. Il voulait simplement la voir se briser. Et sans aucun doute, en voyant l’état dans lequel elle sombrait lentement tirait-il de sa vue une satisfaction malsaine.
La seule bonne nouvelle avait été celle qu’il lui avait été annoncée quelques heures plus tôt. Ou minutes. Ou instants. Dans la même journée, tout du moins. Depuis le début de sa captivité, hormis Bertin, Bertille de rares fois ou son époux – et encore, de sa compagnie elle se serait bien passé – jamais personne n’avait été autorisé à franchir les portes de ses appartements. Et voilà qu’on lui annonçait non seulement que le couple ducal de Lagrance était au palais pour quelque jours, mais que le duc allait certainement venir la visiter.

Bon, une fois passée la douloureuse impression d’avoir été totalement mise à l’écart, impression véridique, ou d’avoir manqué à ses devoirs, elle avait fait de son mieux pour s’apprêter. Il ne s’agissait pas de sembler la plus artificielle possible, juste d’avoir l’air décente et présentable. D’effacer de son visage la fatigue et la rancœur, de lui redonner un éclat plus vivant que le teint beaucoup trop pâle qu’elle arborait naturellement depuis un mois. Malgré son corps qui prenait naturellement des formes, lorsqu’elle s’était observée dans le miroir, elle avait eu l’impression d’être plus frêle et fragilisée qu’autre chose.

Jehanne n’avait pas eu à attendre longtemps. Elle avait refait le tour de sa bibliothèque, pour la millième fois, espérant trouver un livre où une page blanche pourrait… Mais ç’aurait été un sacrilège, s’il y en avait eu une. Néanmoins, elle ne se sentait pas à l’aise de recevoir qui que ce soit sans au moins un bout de papier. Les vieilles habitudes étaient beaucoup trop persistantes. Même lorsqu’il s’agissait d’un ami cher à son cœur, qu’elle connaissait depuis de nombreuses années, l’hésitation persistait.
Sans un bruit, un sourire amusé aux lèvres et droite, du haut de sa minuscule stature, elle avait juste un peu savouré l’air dépité du garde. Juste un peu.

Elle avait tenu à l’accueillir debout : elle passait déjà la majorité de ses journées assise, et elle ne tenait pas à lui renvoyer l’image que Bartholomé lui avait sans doute déjà mise en tête.
Un instant d’hésitation, invisible. Elle n’avait pas le choix, elle n’allait tout de même pas passer l’heure à lui sourire en hochant la tête et haussant les épaules. C’était bon pour son mari, ça, dans les excellents jours.
« Je me porte bien mieux que l’on pourrait le laisser croire. J’aurais souhaité pouvoir vous accueillir à votre arrivée, mais mon époux a estimé que ma condition ne le permettait pas. Condition qui, aussi fragile soit-elle, ne pouvait cependant pas m’empêcher pour toujours de vous voir, ou de vous parler. » Sa condition physique… Ou de duchesse. Les deux étaient bien trop fragiles, ces derniers temps.  
Parler. Sa voix avait-elle changé, depuis cette époque où ils se connaissaient ? En serait-il choqué ? Avec un léger sourire, elle l’invita à venir prendre place dans l’un des fauteuils de la pièce. Le plus loin possible des murs et des portes.
Les autres n’avaient pas le droit d’entendre sa voix.  « Pardonnez-moi, si je vous surprends, mais le papier vient cruellement à manquer dans ce palais. »



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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptyMar 29 Mai - 20:52

Un simple coup d’œil dans la pièce qui les accueille suffit à Denys pour repérer ce qui manque cruellement et qui avait éveillé quelques soupçons dans ses réflexions un peu plus tôt. Où sont les carnets dont Jehanne, sa chère amie, ne se séparait jamais ? Où étaient ces feuillets et crayons éparpillés sur les tables, griffonnés de noir et usés jusqu’au bout tant elle avait le besoin d’écrire pour s’exprimer ? Cette absence souleva ainsi en lui cette grande question : allaient-ils pouvoir converser ou serait-il condamné à lui poser quelques interrogations qui n’attendraient pour réponse qu’un hochement, ou non, de tête ? La plus simple solution supposait qu’il avait peut-être mal vu et que les indispensables carnets reposaient bien à l’abri, cachés ou rangés… mais ce qui suivi dépassa tout ce à quoi il aurait pu s’attendre.

Il excelle pourtant, Denys, dans l’art de masquer les émotions et sentiments, mais il peine bien à museler la surprise qui se peint sur les traits de son visage. L’incrédulité même, alors qu’il entend la voix d’une amie chère qu’il n’avait pas perçu depuis plus de dix ans. Pourquoi un tel changement ? Leur dernière correspondance commençait à dater, et elle ne lui avait rien confié des nouveautés dans sa vie ou des raisons qui auraient pu provoquer un tel changement. Il ne pouvait imaginer Jehanne changer, du jour au lendemain, cette habitude qu’elle avait prise lorsqu’elle s’était mariée à Bartholomé. Il la connaissait suffisamment pour savoir que le mutisme qu’elle s’était imposée était pour elle une protection. Alors qu’était-il arrivé pour que sa voix à nouveau résonne ? Ce manque de papier au sein du palais était-il vraiment la raison de tout ceci ? Difficile de le croire.

« Je… » Posément pourtant, il vient à suivre des yeux le mouvement l’invitant à s’asseoir, avant d’obtempérer. « Hé bien ! Si j’avais su qu’il suffisait d’une pénurie de feuilles pour vous faire retrouver la voix, j’y aurais songé plus tôt ! » Joueuse est sa voix, mais le regard ne cache point les soupçons qui s’élèvent et peu à peu prennent place dans l’esprit du duc. « Je suis heureux en tout cas de savoir que vous vous portez au mieux. C’est un heureux événement qui vous attend après tout. »

Peut-il vraiment faire comme si tout ceci ne le surprenait pas ? Comme si le retour de cette voix n’était qu’une anecdote facile à oublier ? Hélas non, et le duc de Lagrance est un homme curieux, à plus forte raison lorsque cela concerne une amie qui lui avait confié en partie son lourd secret et qui l’avait possiblement mis à mal avec cette nouvelle… situation. Sur un ton presque de confidence, douceur même, il s’adresse à Jehanne avec une certaine bienveillance, un quelque chose même de mélancolique.

« Vous avez toujours une bien belle voix Jehanne. Mais… nous sommes amis depuis longtemps, je peine à croire que le manque de papier soit la seule raison au retour de votre voix. » Il aurait pu certainement mesurer les mots, jouer de quelques détours plus subtiles pour en venir au fin mot de l’histoire, mais il craint, Denys, que cette discussion ne puisse s’éterniser trop longtemps. Il a fallut quelques efforts pour qu’il parvienne à cette rencontre, qu’on y mette fin précipitamment ne l’aurait pas surpris. Alors malgré tout, il questionne à nouveau. « Est-ce que tout va vraiment bien, Jehanne ? » Comme éviter les détails qui courent dans le palais ? Les murmures qui se chuchotent entre les murs et les réactions de tout le monde dans cette demeure lorsqu’il est question de la duchesse ? Indices après indices, secrets après secrets, il est certain, Denys, que quelque chose est arrivé.


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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptyDim 3 Juin - 9:32

La duchesse était heureuse de savoir que le couple ducal de son duché de naissance était présent au palais. Même sans forcément les voir, bien qu’elle en eût la plus grande envie, elle savait combien la princesse Rose était amie avec Bertille, la petite lui en avait bien assez parlé entre deux questions sur pourquoi son oncle ne revenait pas plus tôt et si un jour elle pourrait elle aussi avoir un dragon pour aller visiter ladite Rose en Lagrance. On parlait d’ailleurs ici d’un dragon rose, au goût de la petite. Elle était heureuse, petit bonheur dans l’attente éternelle de ses dernières semaines au palais, de savoir leur présence. Jehanne ne l’affirmerait pas haut et fort, mais si son statut ne l’empêchait pas de le dire, il y avait bien longtemps qu’elle aurait affirmé ne considérer comme duc et duchesse, en son cœur, que ces deux-là. Elle avait perdu la prétention de se faire appeler de l’Ancre-Fleurie il y avait de cela bientôt treize ans, perdu la prétention de se revendiquer lagrane. Mais il y avait les allégeances que l’on affichait et celles, secrètes, vers lesquelles les cœurs se tournaient. Son mari ne méritait pas qu’elle le considérât de cette manière.

Heureuse, doublement heureuse même de pouvoir avoir une visite, aussi brève soit-elle, d’un ancien ami, elle ne pouvait s’empêcher de déplorer la situation dans laquelle elle les mettait. Parce qu’elle le vit bien dans son regard, lorsqu’elle prit la parole. Elle vit passer l’étonnement, bien que contenu. Et pour cause ! Ses souvenirs d’elle devaient bien plus résonner du bruit de la plume sur le papier que de sa voix qui s’élevait.
Ce fut un pauvre sourire, plein de remords et d’une supplique à ce qu’il la pardonnât qui s’afficha sur son visage. Elle pouvait faire semblant, faire croire qu’il était naturel qu’elle parle, mais ce serait mentir. Et il le savait. Elle n’avait aucun intérêt à sembler à l’aise dans une activité qui, somme toute, ne l’était pas pour elle. Ne l’était plus pour elle.

Ses yeux se baissèrent sur le renflement de son ventre, sans qu’une peur ne traverse son visage. « Heureux, il l’est. Je ne m’y attendais pas. » Il y avait une certaine tendresse dans sa voix. Un amour pour le géniteur qui mille fois avait failli disparaître alors que le mari, lui, restait bien là. Une affection pour l’enfant à naître que déjà elle aimait. Elle se raccrochait à lui, s’acharnait à ce qu’il vive. Parce qu’il vivrait. Il vivrait avec eux. Ici.
Une fois assise en face de lui, semblant presque maîtresse de la situation alors qu’à chaque instant elle manquait de glisser et de se briser, elle comprit qu’il n’était pas dupe. Comment aurait-il pu l’être ? Qui aurait pu l’être ? Le papier n’était qu’une excuse. D’ailleurs, ce n’était pas la cause du retour de sa voix, mais bel et bien la conséquence.

« Je… »

Il y avait une hésitation dans la voix de la duchesse. Une soudaine peur, sous le vernis de faux bien-être et d’élégance pauvre que la blonde s’était évertuée à appliquer avant d’arriver. Elle pouvait parler au duc à cœur ouvert… Mais elle savait combien l’exercice pouvait être périlleux. Même si elle lui faisait confiance : n’était-il pas, de tous, le seul à être au courant depuis bien des années de la tendre relation qui la liait à Bertin ? Sans jamais mentionner son nom, il savait qu’elle n’était pas fidèle à celui que les dieux dans une vengeance injuste lui avaient donné pour mari.
« L’enfant grandit normalement. Bertille est enchantée d’avoir une petite sœur ou un petit frère, plus tard. Tout le monde semble ravi. » Pas elle. Pas alors qu’elle craignait pour leurs vies. « Mais… »
Et ses yeux s’embrumèrent, alors qu’elle tentait de rester digne.
« Il arrive des fois où la joie n’est pas partagée. Et à cause de cela, j’attends cet enfant autant que je crains pour lui. »
Elle posa son regard d’océan sur lui, pleine de tristesse et de regrets.
« Il sait. »

Tout n’allait pas bien, non. Il pouvait le deviner, désormais, à la manière dont les mots sortaient de la bouche de la duchesse. Elle n’avait pas à lui expliquer la situation – il devait bien assez être au fait de comment les enfants se faisaient, et, bien qu’elle ne lui avait pas confié la moindre chose à propos de son amant depuis bien longtemps, il ferait le lien.
Ca faisait du bien, de pouvoir le dire.



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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptyDim 24 Juin - 15:42

Comme elle lui rappelle des souvenirs, cette voix. Treize ans en arrière, lui passant la vingtaine, elle presque. Deux jeunes nobles à la cour d’Edenia, se rencontrant souvent pour bavarder et profiter des merveilleux jardins du palais. Les souvenirs étaient lointains, mais tous simples, presque beaux, à l’époque où lui même n’était encore que prince du duché, loin de s’inquiéter de la lourde politique qui ruinait la santé de son père. Il y avait de cela presque une vie finalement, et cette voix revenue de loin était un rappelle aussi doux qu’amer. Et pourtant, comment en vouloir à Jehanne, loin d’exceller dans cet exercice qu’elle ne semblait plus avoir pratiqué depuis longtemps. Même s’il en joue un peu, Denys ne pouvait s’empêcher d’apposer sur son amie un rien de bienveillance et d’indulgence. Le fait est qu’il était persuadé qu’autre chose n’allait pas, et s’il ne voulait certes pas blesser la duchesse, savoir lui titillait l’esprit. Car peut-être pouvait-il l’aider… Même s’il craignait que cela concerne ce lourd secret qu’elle lui avait partagé des années plus tôt. En cela malheureusement, il ne pourrait être d’un grand secours.

Ce n’est pas la surprise qui empêche Jehanne de parler, mais bien l’hésitation, et cela, le duc de Lagrance le perçoit sans mal. Il la savait intelligente pour ne pas s’imaginer que le retour de sa voix ne soit que simple anecdote. Moins encore à ses yeux. Patiemment, il attend, observant ce visage où il voit dans les prunelles un voile se former. Il y a dans celui-ci pourtant une affection sincère, lorsqu’elle parle de l’enfant. Mais il y a aussi cette crainte, qui, même s’il n’était pas le plus empathique des hommes, résonne jusqu’à Denys. Il n’y est pas aussi sensible, mais il devine peu à peu le nœud du problème, jusqu’à cette simple confirmation.

Il sait.

Denys n’a pas besoin de demander qui. Ni de savoir quoi. Lui même en savait trop pour ignorer les indices et les signes, les sous entendus masqués entre les mots. Il sait lui aussi. Et si l’autre savait aussi, alors il y avait fort à parier que tout ce qui se disait sur la duchesse depuis que le couple ducal de Lagrance était arrivé n’était qu’une mascarade pour cacher la vérité. Et peut-être même la colère d’un homme bafoué.

« L’enfant, il… ? » Mais il n’a même pas besoin de réponse. C’est forcément à cause de cette grossesse que Bartholomé avait fini par comprendre. Cela sous entendait donc que depuis bien longtemps, lui et son épouse ne pratiquaient plus grand chose dans l’intimité. Un détail qu’il ignorait certes mais qui bizarrement ne le surprend pas. Une erreur cela dit, car la venue de cette enfant avait brisé le sceau du secret qui pesait sans nuls doutes depuis longtemps sur Jehanne et son amant. « Il vous le fait payer ainsi ? Compte-t-il vous faire du mal, à vous et l’enfant ? » Etait-ce cela, la punition de l’époux à l’égo blessé ? Même si au plus profond de lui, l’affection allait vers Jehanne, il ne pouvait cependant en vouloir à Bartholomé de mal prendre une telle chose, alors que tous deux avaient pourtant fait de même avec leurs épouses respectives, à ceci près que l’un respectait sa femme, à l’inverse de l’autre. Mais en vérité, s’il avait du apprendre une telle chose de la part de Marjolaine… il ignorait bien comment il aurait réagi. Mal, certainement. « Le père, sait-il aussi ? » Denys n’avait jamais insisté pour savoir l’identité de celui-ci, ni n’avait jusque là cherché véritablement à savoir de qui il s’agissait. Dans le cas présent cela dit, la situation était assez grave, bien que cachée au grand public, pour peut-être lui dire de s’éloigner et de ne pas empirer les choses ? « Je comprend mieux sa décision concernant Bertille... » Sombre réflexion qu'il a, Denys, sans se douter cela dit que même la mère n'avait été mise au courant de ladite décision.


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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptyMer 27 Juin - 15:04

Jehanne n’avait pas besoin de tout dire. Pas besoin de plus que de deux mots pour faire part, sans détour, de la situation. Parce que Denys savait, lui aussi, du moins savait-il une part de cette lourde vérité. Parce qu’il était son ami depuis si longtemps, qu’elle avait presque pour lui plus de confiance qu’elle n’en aurait jamais pour d’autres, et définitivement plus de confiance qu’en son époux – ce qui n’était pas bien difficile. Elle n’avait pas besoin de dire plus que ce qu’elle avait déjà dit : l’esprit de son ami ferait le lien bien aisément avec la connaissance qu’il avait de la situation.
Cela ne manqua pas de se faire, et la poitrine de Jehanne s’allégea d’un poids certain. Elle n’était plus seule à porter ce secret avec Bertin. Ce n’était qu’une relâche temporaire, le fardeau de sa faute ne s’allégerait jamais réellement. Jamais, même lorsque tout éclaterait aux yeux du monde – et ça éclaterait, elle le sentait – la lourde chape de remords d’infliger ça à sa fille et à l’homme de sa vie ne se ferait moins lourde. Au moins, dans les questions avortées de Denys, pouvait-elle laisser partir et filer temporairement la peur que quelqu’un devine.

Il était intelligent. Il n’avait pas de mal à comprendre la situation, d’une simplicité extrême. Elle ne semblait pas nerveuse, et pourtant ! Devant elle, elle joignit les mains, les serrant peut-être un peu trop jusqu’à ce qu’elles blanchissent, posées sur le tissu de sa robe.
« Bartholomé aurait eu du mal à croire à l’intervention divine de Maari au sein de notre union. »  lâcha-t-elle, secouant la tête. « Je ne sais pas s’il compte nous faire du mal. Jusqu’ici, sa seule résolution a été de me tenir enfermée. Loin de tout, sans contact avec l’extérieur, sans moyen de communication également. » Elle haussa les épaules, sans parvenir à déserrer ses doigts. Se raccrocher à elle-même pour ne pas sombrer. « Il ne sait pas l’identité du père. Les conséquences en seraient dramatiques. » Parce que le père était bien trop proche. Oh, si seulement de ce fardeau aussi elle pouvait se libérer ! Tout lui semblait trop, à cet instant.

Mais confier le nom à Denys n’était définitivement pas une bonne idée. Elle avait pour lui respect et amitié, néanmoins, au fond d’elle-même, elle ne se sentait pas prête à offrir à qui que ce soit la possibilité de faire chanter Bertin d’une quelconque manière – prince et Chevaucheur, les conséquences auraient été trop grandes, la prise trop importante. « Le concerné sait, lui. » Le message de sa grossesse n’avait-il pas été délivré à tout Faërie ? Impossible de ne pas s’en douter. Impossible de passer à côté.

La remarque sur Bertille la fit froncer les sourcils, sa tête se penchant légèrement sur le côté. Bertille ? Que venait faire Bertille là-dedans ? « Que voulez-vous dire, par ‘sa décision concernant Bertille’ ? » Son instinct de mère commença à faire s’emballer son cœur, l’affolement grandissant comme un serpent glacée qui remonterait dans sa gorge et l’empêcherait de respirer. « Qu’a-t-il prévu ? Il l’aime plus que je ne saurai le décrire. Il ne peut pas la faire souffrir… Il n’en supporterait sans doute même pas l’idée. Que veut-il faire à ma fille ? »
Sa fille. Bartholomé n’avait aucun enfant reconnu qui soit de lui. Ca, elle pouvait le céder au duc en face d’elle, qu’il le sache, le devine du moins. L’affolement pointait dans sa voix, qu’elle maîtrisait du mieux qu’elle le pouvait.



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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptyMar 17 Juil - 18:50

C’est un petit sourire conciliant qui s’afficha sur le visage du duc de Lagrance lorsqu’il écouta la réponse que Jehanne avait à lui apporter. Difficile de croire en la théorie d’une intervention divine, il était vrai. Même si les dieux avaient ces pouvoirs que les mortels ne pouvaient comprendre, c’était une excuse – un mensonge éhonté – que seul un imbécile ou un simple d’esprit aurait pu croire. Quand bien même disait-on de la déesse Maari qu’elle était généreuse que Denys n’imaginait pas une seule seconde Bartholomé se laisser prendre par une réponse si absurde. Le duc se questionna d’ailleurs si c’était là une blague de la part de son amie où si elle avait vraiment testé cette mascarade sur son époux. Si tel était le cas… la réponse avait dû être des plus cinglante. Autant que l’était cette punition accordée à une femme déjà bien solitaire et abandonnée d’ordinaire. Comptait-il rendre fou cette pauvre Jehanne, à l’éloigner de tout ce qui comptait pour elle et de ce contact humain si important pour les créatures sociables qu’ils étaient ? C’était d’une cruauté plutôt fine, il devait le reconnaître, mais il ne cautionnait guère ce châtiment pour cette pauvre Jehanne. Quoiqu’il n’aurait peut-être guère été plus clément pour une personne qu’il n’appréciait point. Néanmoins, malgré cette punition, la duchesse malmenée d’Ansemer et cet enfant issu d’un adultère allait bien. Pour l’instant. Déposant une main rassurante sur celle de cette amie à l’air bien fragile, il tenta de lui adresser un regard bienveillant. Hélas, ils savaient tous deux que malgré cette discussion et ces confidences, peu de choses changeraient. Il n’était pas en son domaine, le duc de Lagrance, et il ne pouvait se brouiller avec Bartholomé pour cette affaire. Les alliances de son duché comptaient avant tout.

« Espérons que sa colère prennent rapidement fin. » Que pouvait-il dire d’autre à ce propos, alors qu’il savait combien c’était là un espoir vint. Il connaissait assez son homologue d’Ansemer pour deviner ses colères aussi terrifiantes et violentes que pouvaient l’être la tempête sur l’océan. Et malheureusement, Jehanne devait le savoir tout autant. Difficile de deviner ce que réservait le duc d’Ansemer à son épouse infidèle, mais Denys n’était pas persuadé que cela se terminerait. Et même si Jehanne conservait pour elle le nom de son amant, les propos qu’elle tenait laissaient penser au duc Lagran que cet homme n’était certainement pas un inconnu aux yeux de Bartholomé. Une personne supposée de confiance ? Proche peut-être même ? « Je l’imagine oui. » L’envie de savoir qui était cet amant titilla la langue de Denys, mais il ne laissa point la question s’échapper. Elle ne lui confierait sans doute jamais ce secret et peut-être valait-il clairement mieux le laisser ainsi. Qui sait s’ils étaient écoutés…

La surprise se fit un instant, lorsqu’il constata l’affolement de Jehanne lorsqu’il évoqua la décision de Bartholomé à propos de Bertille. Bien entendu… elle n’était pas au courant. Pourquoi tenir la mère punit au courant du destin réservé à sa fille après tout ? Levant un sourcil, il s’empressa de prendre la main de Jehanne dans la sienne pour calmer cette crainte grandissante. Il n’allait pas lui infliger plus de tourment qu’elle n’en avait déjà, et après tout, Bartholomé ne lui avait jamais dit que cette affaire était un secret.

« Allons allons mon amie calmez vous. Il n’a rien prévu de mal pour votre fille, tout au contraire, soyez assurée qu’elle ne court aucun danger. Je pense cependant qu’il veut l’éloigner de vous pour vous punir plus encore. En tous les cas il m’a demandé de l’emmener en Lagrance au terme de notre séjour ici, au moins jusqu’à la fin de votre grossesse. »


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Jehanne faisait confiance à son ami. Pas au point, il était vrai, où elle aurait pu sans aucune crainte lui avouer le nom de son amant : par sa propre nature, ce secret, elle le gardait au fond d’elle. Elle le garderait jusqu’à ce qu’il éclate, ou jusqu’à ce qu’elle meure. C’était une chose que de se mettre en danger pour lui, pour le fruit de leur amour, et une autre de livrer le nom d’un futur père qui n’avait jamais demandé à être entraîné dans un tel problème – car elle en était persuadée, Jehanne,  Bertin était emporté par ce tourbillon.
La duchesse retint une remarque. Puis deux. Puis tellement d’autres, sur les colères de son époux ! Celles qu’elle connaissait si bien, parce qu’il avait pris un malin plaisir à ne lui montrer que cette facette de son être pendant ces longues années. A un tel point qu’elle ne connaissait plus que cela, de lui.

Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n’était pas tant un véritable soutien qu’elle espérait – elle avait cessé depuis longtemps de croire en la délivrance miraculeuse amenée par quelqu’un, la libération même spirituelle ne pouvait venir que d’elle-même et elle s’y refusait –  que de pouvoir partager un instant avec une personne qu’elle appréciait. Le tenir au courant. Juste avoir un contact humain autre que celui, vague, d’Océane, compagnie vide. Autre que celle de son mari, qui venait pour la narguer plus que pour simplement la visiter. Maintenant qu’elle avait brisé le vœu pris des années plus tôt, sans encore en connaître les conséquences, le silence commençait à la peser. Et elle n’avait pas encore la moindre idée de combien il deviendrait aisément un fardeau, plus tard. Bientôt.

Pour l’heure, elle paniquait un peu, la blonde. Bartholomé comptait lui retirer la seule personne qu’ils avaient en commun, peut-être le seul lien qu’ils avaient jamais eus – un lien mensonger, mais tout de même. Et les dieux seuls savaient ce qu’il pouvait faire ! Il avait beau l’aimer… La petite non plus n’était pas forcément à l’abri de sa rage.
Heureusement pour elle, le duc en face eut tôt fait de la rassurer. Plus ou moins. Le pouvait-on réellement ?
Elle prit un instant, les yeux fermés, pour se calmer. Sa fille n’allait pas disparaître. Sa fille n’était pas exilée. Elle ne craignait rien. Et pourtant, son coeur était toujours serré dans sa poitrine.

« Vous m’en voyez rassurée. » souffla-t-elle. « J’ai eu peur, pendant un instant, d’une décision bien plus terrible. » Qui pouvait savoir ce que prévoyait le duc d’Ansemer ? Imprévisible, comme son océan. « Mais d’apprendre qu’elle vous suivra… Vous savez combien je tenais à ce qu’elle découvre votre duché. » L’éloigner, elle, des mers sur lesquelles elle voulait déjà voguer. Lui montrer la beauté des jardins, lui apprendre, simplement, combien l’existence loin d’hommes qui pouvaient disparaître sous les flots à chaque instant, dans un environnement que sa mère jugeait bien plus sain, était agréable. « Votre aînée doit être ravie de le savoir. Elles sont si amies, toutes deux. » Elle ébaucha un sourire. Penser à autre chose. N’importe quoi, mais surtout des choses plaisantes. « Comment se porte votre famille, par ailleurs ? Je doute de pouvoir voir votre épouse avant que vous ne repartiez, malheureusement. Je doute en avoir la permission. » C’était triste, d’ailleurs. Peut-être mieux, d’une autre manière : jamais encore ne s’étaient-elles parlé sans l’intermédiaire du papier, et Jehanne ne voulait absolument pas choquer son homologue.



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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptyVen 3 Aoû - 21:03

Le doute et la crainte demeure dans le regard de Jehanne. Le regard d’une mère qui sait que ce qui lui est le plus cher va rester éloigné d’elle pour longtemps. Décision bien cruelle de la part de Bartholomé. Dire que la veille encore, Denys se questionnait sur les raisons qui poussaient son homologue à confier son héritière à un autre duc, il avait maintenant la réponse sous le nez. Et elle n’était pas plaisante, quoique peut-être un peu compréhensible lorsque l’on connaissait le cœur tempétueux du duc d’Ansemer. L’égo blessé d’un homme de pouvoir pouvait faire grand mal, et il se demandait bien comment lui aurait pu réagir à pareil affront… Il ne pensait pas pouvoir séparer son épouse de ses deux filles, pas si cela devait blesser profondément celles-ci. Mais Denys n’était pas comme Bartholomé, et l’affront ne lui était de toute façon pas arrivé. Ou si tel était le cas, il l’ignorait.

« Il ne ferait rien de répréhensible à sa fille, j’en suis persuadé. »

Bien que cette séparation avec Jehanne risquait sans doute, à terme, de perturber Bertille, mais Denys ne pensait pas Bartholomé cruel au point de faire un tel mal à sa propre fille, sa sœur héritière de surcroît. Mais il convenait certes qu’il connaissait peut-être moins le caractère du duc d’Ansemer. Ce n’était pas lui qui avait passé plus de dix ans de sa vie avec lui.

« Elle sera merveilleusement bien traitée et aura la chance de voir les plus belles choses de Lagrance. »

Ah il savait oui, combien Jehanne se languissait des jardins qui l’avaient vu naître et de cette terre qui n’était pas mélangée au sel de l’océan. Il y a quelques années, il pouvait encore l’inviter sans éveiller l’intérêt de Bartholomé, mais il n’était pas difficile de savoir qu’aujourd’hui, cette faveur ne serait plus jamais exhaussée.

« Elle va bien. Marjolaine espérait aussi vous voir lors de ce séjour, mais je crains que ma demande auprès de votre époux soit la seule qu’il puisse accepter. En tout cas Rose est enchantée à l’idée d’accueillir Bertille au palais, et depuis qu’elle sait, elle n’a cessé de nous casser les oreilles, à moi et mon épouse. »

Le sourire à cette pensée est amusé, en se souvenant de l’euphorie de Rose et de toute la joie qu’elle avait pu ressentir à l’annonce de cette nouvelle. Elle n’avait pas conscience de ce que cela pouvait signifier, voir sa chère amie suffisait à son bonheur. Il en allait certainement de même avec la petite Bertille.

« Nous venons de fêter nos dix ans de mariage avec Marjolaine et nous espérons peut-être bientôt un troisième enfant. »

Ce n’était d’ordinaire pas à lui de partager ce genre de potins, et nuls doutes que sa tendre épouse aurait annoncé la chose si elle avait pu rencontrer Jehanne, mais hélas, cela ne serait pas possible. Aussi pouvait-il se permettre de changer les idées de son amie avec quelques sujets qui l’éloignaient un peu de ses préoccupations actuelles. Pourtant, il ne peut s’empêcher de demander en reprenant un ton quelque peu plus sérieux, mais sincèrement bienveillant à l’encontre de cette pauvre amie.

« Je ne sais si je saurais convaincre Bartholomé, mais peut-être pourrais-je lui demander de vous laisser voir Bertille avant que nous ne partions ? »


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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptyMar 14 Aoû - 23:56

Quand cesserait-il de la tourmenter ainsi ? Elle l’avait mérité, elle le savait, la blonde. Elle avait mérité tout ce qui lui arrivait, et pire encore, mais jamais elle n’aurait pensé que l’impétueux duc, l’homme si changeant qu’elle ne pouvait porter dans son coeur – ou dont elle portait sans doute le fantôme de celui qu’elle n’aurait jamais –, jamais non elle n’aurait pensé qu’il oserait s’en prendre à leur fille ! A son unique héritière. Alors certes, l’enfant n’était pas de lui, mais jamais il ne le saurait – du moins elle l’espérait. Elle pourrait le briser, en le lui apprenant. Elle pourrait le blesser, le faire tomber pour de bon, dans une rage qu’elle ne connaissait que peu et que jamais elle ne libérerait complètement. Mais lui avouer que Bertille n’était pas de lui, c’était condamner son amant et sa fille à une mort certaine.
Elle devinait, doucement, la duchesse, que Bartholomé ne reculerait devant rien. Et si elle espérait qu’il gardât quelques sentiments pour son frère et sa nièce, que ceux-ci le retienne de commettre l’irréparable, elle devinait également qu’il n’aurait aucun mal à se débarasser d’elle. Et elle prendrait le blâme, sans problème. En treize ans, on lui avait bien assez dit et répété.

«Je ne sais pas. Je l’espère. Elle m’est plus précieuse que ma propre vie, s’il en venait à la faire souffrir... » Les lèvres serrées, elle retint les horribles idées qui trottaient dans son esprit. Elle ne voulait pas deviner. Elle ne voulait pas penser à toutes les choses, tous les supplices qu’il pourrait inventer. Ce n’était qu’une enfant !
Mais au moins, celle-ci  serait en sécurité, en Lagrance. Elle avait confiance en Denys, autant pour prendre soin de sa fille que pour lui montrer la beauté de ses terres. Tant qu’il ne l’approchait pas de l’Ancre-Fleurie, où Rodrigue se ferait un plaisir de tenter d’approcher la princesse… Enfin.
Elle-même n’était pas dupe. Il faudrait encore du temps, bien longtemps, avant de pouvoir revoir ces terres tant chéries, ce duché adoré qu’elle avait du quitter pour se dévouer à un autre qui la haïssait de plus en plus chaque jour.

Son sourire fit écho à celui du duc, peut-être un peu plus teinté de nostalgie. Elle se souvenait de leurs dernières visites, et de la joie sincère des enfants de se retrouver à chaque fois. « Je ne sais si Bertille est au courant, mais la connaissant, elle doit en être tout aussi excitée. »
Sa petite fille. Si loin, bientôt. Avec une amie, dans un foyer uni, mais loin, si loin. Son coeur se serra, un instant. Si elle avait su qu’elle ne la reverrait plus…
« Un troisième enfant ? Toutes mes félicitations. Je suis si heureuse pour vous, si cela se concrétise ! » Ses yeux bleu clair semblaient avoir regagné un semblant de vie, et la joie qui pétillait dans sa voix était réellement sincère. Même son sourire trahissait combien elle semblait heureuse pour eux. Etrangement, le fait qu’elle ait légèrement aidé son ami à trouver quelques conquêtes, des années plus tôt, n’avait pas entaché la vision pure et presque parfaite qu’elle avait du couple ducal. Parce qu’il était duc, qu’il était un homme, et que comme tout homme, sans amour le mariage ne pouvait satisfaire pleinement – elle en avait fait l’expérience.

Serrant un peu ses mains l’une contre l’autre, et tentant d’oublier qu’il y avait presque un mois qu’elle n’avait pas pu seulement voir sa petite, la duchesse hocha la tête. « Si vous y parveniez, vous auriez toute ma gratitude. Je ne l’ai pas vue depuis presque cinq semaines. » Sa voix manqua de dérailler, et elle secoua la tête. « Passer la fin de ma grossesse sans la voir semble être un défi qu’il me sera dur de relever. » nota-t-elle, avec un soupir presqu’amusé.



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Message Sujet: Re: La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté   La plus belle de toutes les fleurs est la fleur de la liberté EmptySam 18 Aoû - 16:31

Faire souffrir Bertille. Ce serait certainement la chose la plus cruelle à faire pour blesser Jehanne, mais Denys était persuadé que Bartholomé n’irait pas à de telles extrémités pour se venger de son épouse. La discussion qu’il avait eu la veille à ce propos avec le concerné lui avait prouvé que ça ne serait pas le cas. Néanmoins, il n’était pas difficile de comprendre, pour lui du moins, que l’éloignement volontaire de la petite fille n’était là que pour infliger des souffrances à Jehanne, tout en préservant sa fille de ses secrets trop lourds et trop douloureux. Il fallait espérer que les choses n’aillent pas plus loin, mais une fois encore, le duc de Lagrance ignorait comme son homologue réagirait dans l’avenir. Il le savait bien assez malin et rusé, lui aussi, pour préparer quelque chose de plus terrible encore. Et de cela, il valait mieux que son amie s’en méfie. Bien qu’enfermée, il ne fallait surtout pas qu’elle fasse quelque chose de plus encore répréhensible désormais. Et encore, ça n’assurerait sans doute pas sa défense.

Au moins, les nouvelles qu’il apporte, loin de ces douloureuses préoccupations rendent un léger sourire à Jehanne. Une belle perspective, un bonheur qu’il partage avec Marjolaine et qui éclaire peut-être un peu l’horizon si sombre de la pauvre duchesse d’Ansemer. Cela rappelait tant d’anciens souvenirs, de ces missives échangées avec Jehanne alors qu’elle tentait de lui présenter des femmes. Un jeu entre eux, lointain mais plaisant, éclairé de cette insouciance qu’ils avaient partagés avant qu’elle ne parte définitivement en Ansemer.

« Je lui transmettrais vos vœux. »

Il transmettrait bien des nouvelles à Marjolaine, quoique pas ce secret même conservé par Bartholomé aux yeux de tous, quand bien même savait-il. Mais Denys savait combien sa tendre épouse serait triste de la savoir si fatigué et de n’avoir pu la voir, lui partager sa chaleur. Pour l’instant hélas, elle serait dans le mensonge et au fond, le duc estimait que ce n’était pas plus mal. Il avait la terrible impression que ça ne resterait pas ainsi éternellement. Et il ne pourrait rien faire contre ça, contre cette tempête qui, malgré quelques espoirs, se profilait à l’horizon.

« Je ferais tout ce que je peux pour permettre cela. Et si cela fait bien cinq semaines que votre fille ne vous a pas vue, elle insistera sans doute elle aussi pour vous dire au revoir. A nous deux, nous aurons peut-être gain de cause. »

Il y a un ton un peu amusé dans sa voix, un doux amusement pour cet espoir qu’il essaie de donner à cette mère si malheureuse, qui elle même sait combien les temps à venir seraient difficile. Mais s’il se connaissait bien des points communs avec Bartholomé, c’était leur obstination. Saurait-il pousser celle du duc d’Ansemer ? Peut-être bien.

Quelques coups sur la porte semblent mettre fin à la discussion. L’intervention d’un serviteur, sans doute, venu pour inviter le duc de Lagrance à partir et éviter à la duchesse d’Ansemer plus de fatigue. Un élément prévisible, attendu hélas aux vues de ce qu’ils savent tous deux désormais. Il ne peut pas promettre de la revoir bientôt, il aimerait, mais il renouvèle tout du moins l’assurance de veiller sur Bertille avant de partir, laissant la pauvre Jehanne bien seule, à nouveau.


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