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 Retrouvailles fortuites

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Message Sujet: Retrouvailles fortuites   Retrouvailles fortuites EmptyMar 2 Fév - 18:08


Livre I, Chapitre 2 • Le Carnaval des Miracles
Neve l'Embrun & Citalphe Brusquevire

Retrouvailles fortuites

Des fois, l'alcool, ça pue.



• Date : 29 juin 1000
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Court passage de Citalphe en Ansemer qui séjourne pour la nuit dans la capitale, Port-Liberté, et qui décide de passer tranquillement sa soirée dans une taverne qu'il connait bien. C'est à cette occasion qu'il rencontre Neve, qu'il avait déjà vu sans le savoir dix ans plus tôt, dans ce même établissement.

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Message Sujet: Re: Retrouvailles fortuites   Retrouvailles fortuites EmptyMar 2 Fév - 18:08

A Ansemer se trouvait Port-Liberté. A Port-Liberté se trouvaient des quais. Sur ces quais se trouvait une taverne.
Cela faisait un bon moment que Citalphe était adossé contre son mur, fixant silencieusement les bateaux qui revenaient du lointain, leurs voiles grises tachant le ciel orangé. Venu dans la capitale ansemérienne pour récupérer un ouvrage qu’on lui avait assuré intéressant – quelle arnaque –, le voici qui s’ennuyait fermement.  Fixant plus que les voiles, le professeur suivait l’avancement de ce qui n’avaient été que des traits et qui devenaient, tandis que le temps suivait son cours, des mâts. Signe significatif que c’était un bâtiment plus intéressant qu’une simple bicoque de pêcheurs qui approchait de Port-Liberté.
Malheureusement, quelques heures plus tard, le professeur avait complètement déchanté. Les marins, satisfaits de toucher terre, profitaient de leur congé dans l’établissement qui ce soir-là s’avéra bondé. Les uns habillaient les murs des échos de leurs rires éclatant ; les autres recouvraient le sol de breuvages que leurs gestes exagérés déversaient négligemment sur le sol ; les derniers, enfin, allaient et venaient sans fin, faisant profiter à la foule amassée des brins de l’air frais de la nuit.
Fait heureux pour Citalphe qui pouvait respirer un peu. Son excitation était rapidement retombée quand il s’était rendu compte de la médiocrité de l’équipage débarqué, alors que le soulard de la bande lui tenait la jambe en lui racontant ses exploits de pêche à la baleine. Or, chose agaçante et rare pour le professeur d’histoire, ce dernier était incapable de placer le moindre mot pour couper court à la conversation, le marin déversant un flot de sons toujours plus insensé. Sur son visage bien abîmé, l’on pouvait facilement deviner que la moindre contrariété serait chèrement payée, et que lui couper la parole pour arrêter son activité de l’instant le contrarierait sûrement beaucoup.
Or, la dernière chose que souhaitait Citalphe, c’était provoquer une personne qui savait se battre. Ce qui n’était pas son cas à lui.
L’air était soudain anormalement pesant et une odeur particulièrement nauséabonde parvint à lui – et, de manière incontrôlée, il fit une moue dégoûtée qui ne fut pas au goût de son vis-à-vis. Plus que nauséabonde, l’atmosphère sentait le roussi. Citalphe jeta un inquiet coup d’œil à la salle sombre alentour quand l’homme face à lui tapa des poings sur la table, décidé.
« J’vais m’servir une bière ! T’en veux une ?
- Non merci, ça ira », refusa poliment le professeur qui se remettait du sursaut que le coup avait provoqué.
Le marin se leva et disparut. L’endroit commençait vraiment à avoir une odeur exécrable et, assez fatigué par ce monologue complètement nul, Citalphe ressentait le besoin de goûter un peu d’air frais. Il n’hésita ainsi pas à quitter la table dans un bruissement de manteau, traversant d’un pas tranquille la pièce, puis il franchit la porte et sentit le calme de la nuit atténuer l’atmosphère assez lourde de la taverne.
Il avait bien retenu la leçon : fuir les rentrées de marins au port, ou au moins se renseigner sur le bâtiment qui s’amarraient, avant de se réjouir d’histoire passionnantes et de se trouver face à des anecdotes inutiles de pêche. Tous les discours ne pouvaient pas valoir ceux de l’équipage de l’Audacia. Enfin, il s’était échappé de la pesante situation et le marin ne remarquerait sûrement pas son absence.
Du moins comptait-il dessus, parce que cette esquive ne serait sûrement pas au goût d’un loup de mer réchauffé par l’alcool. Pas secoué d’inquiétude, puisqu’à chaque instant suffisait sa peine, Citalphe reprit la place qu’il avait occupée quelques heures plus tôt, se tenant assez éloigné d’une fenêtre pour éviter de se prendre un projectile malheureux si les occupants se décidaient à passer au niveau supérieur, ce que laissait sous-entendre le ton augmenté de leurs voix. Mais il les ignora et fixa silencieux le reflet de la lune sur les vagues, attendant que la fatigue le happe pour qu’il rejoigne la chambre qu’il avait prise dans une auberge non loin de là. Il lui restait encore un bon moment d’éveil.
Néanmoins, lorsqu’une personne s’approcha – avait-elle ou non parlé ? il n’en savait rien –, il se surprit à laisser échapper :

« Je vous parie un verre que l’un de ces ivrognes va passer par cette fenêtre avant la fin de la soirée. »
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Message Sujet: Re: Retrouvailles fortuites   Retrouvailles fortuites EmptyJeu 4 Fév - 21:46


Neve fixait le plafond de planches vermoulues, le regard ensommeillé. La cabane de pêcheurs de ses parents était son abri depuis quelques jours, désireux de se tenir à l’écart de l’effervescence de la Caserne de Port-Liberté. Ce soir-là, comme souvent, les veines boisées l’obsédaient, éloignant le sommeil et ses vertus. Ses pensées vagabondaient mollement. Les bras repliés derrière la tête, le jeune ansemarien songeait à l’océan, et il lui semblait se fondre dans la silhouette bleutée d’Inespéré, ondulant son corps écailleux dans les bises marines de la nuit, survolant la mer des heures durant. Ce rituel leur était cher ; Neve ne trouvant le sommeil, Inespéré le cherchant pour lui au-delà des vagues folles et des clapotis de la mer. Les parents du jeune ansemarien s’étaient assoupis depuis longtemps à l’étage, et seul le bois humide travaillait encore, gémissant au gré des palpitations de la cabane de pêcheurs. Neve se redressa entre les draps, attirant une pensée inquiète de la part d’Inespéré. Je vais aller déambuler sur les quais, souffla le Chevaucheur à son ami afin de le rassurer.

En quittant la cabane de pêcheurs, Neve rencontra les quartiers silencieux de Port-Liberté, où quelques lueurs fugitives demeuraient encore éveillées. Mais le jeune ansemarien savait où l’activité perdurait tout au long de la nuit, où les plaisanteries salaces côtoyaient les histoires de voyageurs, rocambolesques ou tragiques, les récits de marin se languissant de l’océan, les remarques dévergondées des plus saouls. Les tavernes de Port-Liberté n’étaient pas réellement réputées, mais leur empreinte emplie d’air iodé et de racontars marins égayait les nuits les plus mornes. Neve progressa furtivement entre les rues endormies, avant de parvenir aux quais les plus animés. En cette douce soirée d’été, les tavernes papillonnaient jusqu’à point d’heure tant la bise chaleureuse de l’océan apaisait les âmes les plus torturées. Le jeune ansemarien pénétra dans La Marée silencieuse, une auberge portant bien mal son nom, mais qui avait comme qualité de donner droit sur la mer d’huile, resplendissant d’éclats argentés sous la phosphorescence de la lune.

Neve pénétra dans la taverne sans prêter attention aux alentours. L’aubergiste connaissait sa famille de longue date, et avait notamment vogué aux côtés de Nomane, lorsque ce dernier était encore en vie. Les l’Embrun, il les connaissait par cœur sur plusieurs générations, notamment le petit dernier qui avait dénigré la mer pour les dragons. Tous deux s’entendaient bien, malgré tout. Neve vint le saluer amicalement, et les deux camarades échangèrent quelques nouvelles sans prise de tête. Dans la taverne, les éclats de voix perçaient le silence de la nuit et les marins déjà saouls déambulaient sans aucune pudeur entre les tables de tarot et les habitués accoudés au bar. Le jeune ansemarien fut interrompu dans sa conversation par un pêcheur rond comme une barrique, venant quémander sans le sou deux chopes de bière, pour son compagnon et lui-même. Neve se détourna et, machinalement, il chercha des yeux qui pourrait endosser le rôle de comparse d’un tel saoulard. Lui au fond, à droit ? Trop mystique, il semblerait qu’il s’endort sur sa table. Ou peut-être celui-ci, aussi rond qu’un tonneau ? Non, trop vaseux. Ou… Neve demeura abasourdi quelques instants.

À une table postée près d’une fenêtre, un homme aguerri, au visage sage, demeurait sans un mot, à la fois pensif et concentré. Les dérives de l’alcool ne semblaient pas l’atteindre, ni les ébats des saoulards alentour. Le jeune ansemarien connaissait ce visage, ces traits tirés, ce regard songeur et profond. Il plongea dans sa mémoire comme dans une encyclopédie millénaire, avant de mettre enfin le doigt sur un nom. Vitalphe. Ou Citalphe, mais peu importait. Un voyageur passionné qui avait fait halte à Port-Liberté il y avait des années de cela, alors que Neve n’était encore qu’un enfant couvé par la chaleur de ses parents. Nomane était certainement encore en vie, lors de leur première rencontre. Il était professeur, ce bonhomme aux allures de rêveur. Toutes les histoires qu’il contait au coin de la chandelle les soirs d’automne à cette même Marée silencieuse lui revinrent à l’esprit, ses récits de voyage, ses épopées dans tout Arven. Neve avait été bouleversé par ses paroles transcendantes et visionnaires, par ses idéaux, ses parcours déviant toutes frontières. La figure qu’avait endossé cet inconnu dans le cœur de l’enfant qu’il était alors s’était équarrie au fil des années, et voilà qu’il le rencontrait à nouveau.

Dans sa surprise, le jeune ansemarien en avait oublié la taverne et le tohu-bohu ambiant. Il fut tiré de ses souvenirs par des coups de coude mal assurés. Les saoulards se déployaient, il était temps qu’il quitte le lieu. Sûr de lui, Neve emboîta le pas au voyageur de son enfance, désertant l’auberge à grandes enjambées. Il l’observa quelques instants sur le perron, pensif et grave, avant de l’entendre parier nonchalamment sur le destin des pauvres ivrognes et de la fenêtre qui s’ouvrait entre eux. Après un raclement de gorge mal assuré, le jeune ansemarien répondit :

Je ne m’avancerai pas à parier le contraire, professeur.

Il laissa tomber sa phrase comme en suspens, insistant sans le vouloir sur le statut de son vis-à-vis, espérant ainsi lui suggérer tout à la fois. Il sentait les mots lui manquer, ses pommettes rougir quelque peu devant cet homme qui incarnait tant de ses idéaux, et qui réapparaissait avec une telle incongruité. Aucun d’eux n’eut soit dit en passant le temps de rétorquer quelque chose, que déjà la fenêtre volait en éclat. Une bouteille à moitié entamée fendit l’air froid et plongea dans le port attenant, suivit de son propriétaire, qui s’écroula sur le perron mollement et grassement.
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Message Sujet: Re: Retrouvailles fortuites   Retrouvailles fortuites EmptyLun 8 Fév - 20:40

D’une main, Citalphe réajusta son chapeau ; de l’autre, il lissa sa moustache et sa barbe impeccablement taillées. Il devait bien reconnaître que son allure dénotait dans une taverne de marins posée au milieu des quais, mais il sentait le besoin que son apparence soit correcte. Pour cela mettait-il toujours un point d’honneur à ce que sa tenue fût parfaite, la réajustant toujours avant une conversation – et tout cela était fait avecun geste habituel et inconscient.
L’arrivant se racla la gorge. Fut-ce par manque d’assurance ou pour exprimer une certaine désapprobation envers cette phrase nonchalante ? L'expressivité de Citalphe l’empêcha de retenir un haussement de sourcil étonné. Il se retourna, prêt éventuellement à tenter de réparer des pots cassés, quand dans le même temps, l’autre répondit :

« Je ne m’avancerai pas à parier le contraire, professeur. »

Professeur ? Une surprise laissa sa place à une autre, accompagnée d’une certaine curiosité. S'il avait eu de nombreuses expectatives, qu'un a priori inconnu l'appelle professeur n'en avait pas fait partie. Citalphe détailla un instant l’homme qui lui faisait face : trop vieux pour être l’un de ses élèves actuels, trop jeune pour avoir été l’un de ses camarades quand il avait suivi ses classes à l’Académie, l’enseignant constata rapidement qu’il ne le connaissait pas. Chose fâcheuse à laquelle il comptait remédier rapidement, inspirant pour permettre à sa remarque de se faire entendre.
La bouteille lancée au travers de la fenêtre s’avéra plus véloce que sa langue entraînée.
Le sursaut qui égaya d’abord le professeur fut suivi d’un bond loin de l’ouverture brisée. Par quel miracle évita-t-il le pied de son interlocuteur dans ce soudain élan de courage ? Dans tous les cas, leurs attentions furent captivées un premier temps par la bouteille qui roula pour plonger dans l’eau noircie par la nuit ; puis, dans un second temps, ce fut au compagnon du récipient d’emprunter la route qu’elle avait tracée à grands éclats, traversant la fenêtre pour finir affalé sur les planches humidifiées et par l’ambiance marine, et par le contenu qu’avait laissé échapper la flasque que l’on pouvait entendre se noyer dans un clapotis clair.
Bloub.
Le savant échangea un regard avec l’inconnu, celui qui se tenait toujours debout et qui avait refusé un pari si rapide. Était-ce de la chance ou du talent ? Dans tous les cas, Citalphe lui demanderait bien de partager ses astuces qui pouvaient s’avérer efficaces ; et lui-même n’avait pas cru en prononçant ses mots qu’ils trouveraient si vite application. Il tendit un instant l’oreille vers le buveur écroulé et, constatant que celui-ci ne se relèverait pas un bon moment, il haussa les épaules et déclara :

« Il en faut peu à certains pour profiter d’un bon sommeil. »

Le grondement de la taverne grandissait, percé par divers éclats de rires et de vaisselle. Il semblait qu’une tempête grandissait et que les quatre braves murs de l’établissement ne suffiraient pas à la contenir bien longtemps. Or, si un premier homme de l’équipage était parti à la dérive, s’échouant lamentablement sur les quais, d’autres n’allaient pas tarder à le suivre ou, du moins, à le récupérer pour le ramener à bord. Pour certainement mieux le relancer par la suite.

« Il est arrivé que la Marée silencieuse porte bien mieux son nom, continua d'un ton calme le professeur avant de continuer en désignant le corps du pied. Son pauvre tavernier ne va pas pouvoir profiter d’une nuit aussi agréable que lui. »

Citalphe s’intéressa à nouveau à l’homme toujours inconnu, toujours épris d’une certaine curiosité à son égard.

« Face à cette fréquentation, je vous propose que nous partions d’ici. Le centre de la ville possède d’autres établissements qui seront certainement plus agréables – et vous pourrez enfin vous présenter et m’expliquer d’où vous savez que j’exerce le métier de professeur. »

A peine sa phrase fut-elle conclue que les vociférations de l’un des occupants de la taverne s’approchèrent, sa voix portant tant que l’impératrice Chimène devait l’entendre de son palais d’Alfaë :

« Qu'es'ta foutu de ma quille, imbécile ? »

Citalphe fit signe à son interlocuteur qu’il était temps de décamper.
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Message Sujet: Re: Retrouvailles fortuites   Retrouvailles fortuites EmptyDim 14 Fév - 12:06

Neve observait avec circonspection le corps lourd et endormi du marin qui avait fait exploser la fenêtre en éclats. Le malheureux ne tarda pas à porter son pouce à sa bouche et à sombrer dans un sommeil agité de bouteilles de whisky et de chopes de bière rutilantes. Citalphe remarqua que certains avaient le sommeil facile, malgré les éclats de voix et les bouteilles brisées qui formaient le tintamarre de la taverne, et le jeune ansemarien jugea qu’il aurait rêvé d’un somme à portée de main de la sorte. Il reporta son attention sur le professeur, qui constata d’une voix posée, désignant d’un signe de tête le saoulard endormi :

Il est arrivé que la Marée silencieuse porte bien mieux son nom. Son pauvre tavernier ne va pas pouvoir profiter d’une nuit aussi agréable que lui.

Neve esquissa un sourire à ces mots. La Marée silencieuse portait un nom bien étrange pour une telle taverne, où tous les marins débarqués venaient débiter leurs ragots autour d’une bonne bouteille. Mais malgré cette réputation, il leur fallait quitter les lieux pour se tenir hors de portée d’éventuelles représailles. Les marins n’étaient d’ordinaires pas de grands philosophes, mais les marins saouls devenaient des créatures plus belliqueuses que les soldats de la guilde des Guerriers. Les deux connaissances s’apprêtèrent à quitter les lieux sans faire de vagues, mais la voix criarde et malhabile de l’un des occupants de la taverne les rattrapa. Neve jeta un regard peine à l’eau noirâtre de la mer où avait disparu la bouteille du saoulard, avant de juger qu’il était temps de décamper. Le professeur semblait du même avis, mais le malheureux marin dépossédé de son précieux alcool ne semblait pas disposé à en finir là. Présentant un gros doigt accusateur, il sembla balbutier quelque chose d’inaudible, pataugeant dans sa propre maladresse alcoolique. Neve profita de cet instant de flottement pour user de sa magie. Fermant les yeux un, il usa de ses forces liées à l’eau pour remonter à la surface la bouteille convoitée. Le jeune ansemarien n’avait pas pour projet de la rendre docilement au marin aliéné par l’alcool. Dans un geste vif et précis, la bibine fut projetée avec vélocité contre la tempe du saoulard, qui s’écroula au sol, inconscient.

Citalphe et Neve s’élancèrent dans les rues de Port-Liberté, bercées par les lueurs chatoyantes des réverbères de fortune et des maisons encore éveillées. Ce havre d’obscurité, où se mêlaient encore l’air iodé de la mer et les douces senteurs du sable fin, contrastait nettement avec la Marée silencieuse, où le rhum coulerait encore à flots jusqu’au lendemain. Le professeur et son mystérieux disciple ne pipèrent mot, progressant dans les ruelles comme deux fantômes réfléchis, qui soupesaient cette nuit avec sensibilité. L’un se demandait certainement quelle aura il avait auparavant dégagée pour qu’un jeune inconnu de Port-Liberté se souvienne de lui. L’autre souriait avec une franchise nouvelle à l’idée de revoir ce puits de science qu’était le fameux historien. À force de marche silencieuse, les deux protagonistes parvinrent enfin, au cœur de capitale d’Ansemer, bien loin des quais, à une petite taverne dont l’enseigne était à demi-effacée. Le calme qui en émanait était sans aucun doute favorisé par la tranquille présence de grandes bibliothèques, bordant les murs. Quelques petites tables étaient disséminées çà et là, la plupart désertes, d’autre égayées par quelques vieux loups de mer sirotant leur whisky au côté d’une encyclopédie maritime ou d’un roman à l’eau de rose. Citalphe et Neve s’installèrent à une table, ce lieu n’était pas inconnu à leurs esprits littéraires.

Une encyclopédie sera toujours moins menaçante qu’une bouteille brisée soulevée en matraque, constata le jeune ansemarien en prenant place en face du professeur.

Il marqua une courte pause. Sa rencontre insolite avec l’historien avait égayé sa nuit, mais il lui fallait désormais se présenter et délier le mystère autour de sa personne.

Mon nom est Neve l’Embrun, commença-t-il d’une timide voix. Si vous ne vous souvenez pas de moi, c’est qu’en vérité, vous ne m’avez jamais réellement rencontré. En outre, je sais que vous vous nommez Citalphe Brusquevire et que vous êtes professeur d’histoire ; ce n’est pas votre venue à Port-Liberté.

Une serveuse maligne aux lourdes boucles rousses vint les interrompre un instant pour passer commande. Neve annonça d’un geste de la main qu’il préférait demeurer lucide ce soir. Trop peu d’alcool pour lui ce soir.

Vous veniez à la Marée silencieuse conter vos histoires aux gamins dans mon genre, il y a de cela des années, conclut Neve.
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