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 L'art de taire ce que l'on a dans le coeur

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Message Sujet: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMer 15 Aoû - 0:20

 
Livre III, Chapitre 5 • La Joueuse de Flûte
Bartholomé d'Ansemer & Amarante de Nacarat

   
L'art de taire ce que l'on a dans le coeur

   
Où personne n'est tranquille
(ou le déni, c'est mieux à deux)

   
• Date : 29 août 1003
• Météo (optionnel) :
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Engagée par le duc pour peindre le procès s'étant déroulé une semaine auparavant, Amarante prend ses marques à la cour d'Ansemer, où les Lagranes ne sont pas légion et certainement mal vues. Chose à laquelle elle compte bien remédier - tout du moins pour sa propre réputation. (Et elle, au moins, elle parle). Elle y apprend également à connaître quelque peu son commanditaire, qui est loin d'être ce qu'elle avait imaginé.
   • Recensement :
   
Code:
• [b]29 août 1003:[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t4067-l-art-de-taire-ce-que-l-on-a-dans-le-coeur]L'art de taire ce que l'on a dans le coeur[/url] - [i]Bartholomé d'Ansemer & Amarante de Nacarat[/i]
Engagée par le duc pour peindre le procès s'étant déroulé une semaine auparavant, Amarante prend ses marques à la cour d'Ansemer, où les Lagranes ne sont pas légion et certainement mal vues. Chose à laquelle elle compte bien remédier - tout du moins pour sa propre réputation. Elle y apprend également à connaître quelque peu son commanditaire, qui est loin d'être ce qu'elle avait imaginé.
   

   


Dernière édition par Amarante de Nacarat le Mer 15 Aoû - 0:24, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMer 15 Aoû - 0:21

Pouvait-on vraiment être condamnée pour qui l’on avait aimé ? La question tournait et retournait dans la tête de la jeune peintre, Amarante. Installée depuis plus d’une semaine dans le palais ducal, sur demande du duc lui-même, elle avait eu presque le privilège – si l’on pouvait considérer cela comme un privilège – d’assister au procès extraordinaire condamnant l’ancienne duchesse d’Ansemer. Ce qu’elle en avait retenu, surtout, outre la beauté de la salle, l’arrangement presque harmonieux qui criait la puissance de ceux présidant, l’ostracisme de l’accusée, c’était combien il était dangereux en ce monde d’aimer.
Ses croquis, ses esquisses, ses cartons réalisés dans la nuit pour la toile commandée étaient tous empreints d’une émotion discrète mais palpable ; dans les traits encore brouillons que l’on devinait pourtant déterminés – reproduction du réel –, on sentait ce qu’elle avait voulu dire. On sentait l’implacabilité de la justice, qui s’imposait, qui s’opposait à une femme qui avait aimé et aimé à tort. Elle était en tort, il n’y avait pas à chercher ; elle était presque le centre du tableau, comme la pupille d’un œil vide, entre les rangs massés d’Ansemariens nobles et moins nobles et les visiteurs prestigieux – dont son propre duc. Pourtant, elle était seule. Et de cette solitude, on pouvait sentir toute la faiblesse, toute son histoire et tous ses mensonges, tout son crime face au juré et au duc qui eux, assurément, dominaient bien le tiers du tableau.

Et derrière tout ça, il y avait un peu d’Amarante. L’idée que les choses doivent arriver, que le jugement serait de toute manière sans appel. Si ce tableau l’inspirait tant, au point qu’elle en négligeât le sommeil pour lui offrir la beauté qu’il méritait, c’était bien parce qu’il résonnait avec ses pensées, avec son esprit ! Et bien qu’elle trouvât cela affreux de condamner une femme parce qu’elle avait aimé – comme elle-même serait condamnée par ses parents s’ils apprenaient –, elle, possessive, malheureusement un peu trop, comprenait et appuyait la démarche du duc. Elle voyait le mariage comme une institution sacrée. Oh, elle connaissait la triste histoire des épousailles d’Ansemer (et pour avoir rencontré une fois ou deux le fourbe qu’était Rodrigue de l’Ancre-Fleurie, ça ne l’étonnait qu’à moitié), mais tout de même ! Les nobles ne naissaient pas pour s’aimer. L’amour pouvait venir, mais quand on était dans les plus hautes sphères de la société, se marier par amour était aussi rare que de voir un kangourou belliférien en plein Lorgol.
C’était peut-être parce qu’elle croyait tant en cette finalité de l’amour qu’était le mariage qu’elle se refusait toute relation. Elle ne se faisait pas d’illusions : à moins de se lier à une Cielsombroise, jamais elle ne saurait concrétiser un semblant d’amour. Il n’y avait qu’à voir comment les choses s’étaient terminées avec Océane…

Au moins Ansemer était-il relativement tolérant, sur ce sujet. Elle ne l’affirmerait pas haut et fort, mais au moins ne craignait-elle pas pour sa vie si un incident venait à arriver. Enfin, d’Ansemer, elle n’avait pu en voir que la cour : le duc avait été plus que généreux, en acceptant de la loger ici, de la laisser fréquenter les salons de sa cour quand elle ne travaillait pas sur le tableau. La jeune peintre n’avait pas réellement prévu, en arrivant ici directement depuis Cibella, de rester. Et devant la requête… Eh bien, elle avait du faire venir quelques tenues appropriées. Le reste, elle l’avait acheté, notamment de quoi faire en sorte que ses tenues, pour la plupart bien lagranes, puissent passer dans la coupe et les accessoires pour ansemariennes. Quelque chose lui disait qu’on avait quelques animosités envers les habitants du duché des fleurs, par ici.

Encore heureux qu’elle, elle parle. Et plutôt bien. Et qu’elle soit d’agréable compagnie. En somme, même si des préjugés ne pouvaient pas tomber en une semaine, les nobles gravitant dans le sillage du duc ne semblaient pas totalement hostiles à la jeune rousse qui quelquefois sortait de la pièce qui lui servait d’atelier.
Atelier dont la porte grinçait quelque peu, quand on l’ouvrait.
Porte à laquelle la jeune peintre faisait souvent dos, occupée qu’elle était, entourée de ses cartons, la toile prenant doucement forme. Le travail était loin d’être achevé, mais, des nombreux croquis que l’on pouvait voir, la chose promettait.
Amarante se retourna… Pour plonger dans une révérence. « Princesse. 
- Shhhh. » Un doigt sur les lèvres, la petite fille referma la porte à moitié, avant de s’approcher. Elle portait un collier d’argent, légèrement trop grand sur elle, sans doute pas le sien, que ses doigts d’enfant serraient un peu trop. Elle avait, également, sous le bras un livre de l’histoire d’Arven.
« Je voulais voir le tableau. Papa veut pas, mais moi je veux. Et mon prépecte… préceu… précepteur était en retard. »
Amarante se mordit la lèvre, reposant son pinceau doucement. « Vous savez que vous le verrez quand il sera fini….
- Je voulais voir maman. »
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyLun 20 Aoû - 4:54

C’était terminé.
Tout.
Il ne restait que lui et Bertille dans ce grand palais qui lui semblait si vide soudainement.

Lui, Bertille, la panoplie de nourrices et de précepteurs dévoués à sa fille, ses conseillers, ses législtateurs, ses serviteurs. Sa cour, qui emplissait les couloirs. Tant de gens. Et pourtant maintenant il était seul. Il n’avait plus de frère et non plus de femme. Seule cette enfant qu’il aimait de tout son coeur, de tout son être, comme si elle était sa fille. La pensée lui revenait, inlassablement, même si les mots de Jehanne suivaient dans son esprit. Tu l’aimes comme ta fille, et pour elle, tu es son père. Pour tous, tu es son père. Mais ça ne suffisait pas. Ça ne suffisait pas parce qu’il savait. Et que le monde entier pense que Bertille soit sa fille, ça ne suffirait jamais. Il la regardait et dans ses grands yeux bleus il voyait encore Jehanne, mais dans quelques traits ici et là, il devinait maintenant son frère.

Il avait tenté de lui cacher le moment exact du procès, le procès lui-même aussi. Mais c’était inévitable. Et elle l’avait supplié, en larmes d’abord. En revendications et en menaces. Mais Bertille n’était encore qu’une enfant de sept ans et Bartholomé avait terminé l’échange d’un non implacable et autoritaire. Douloureux. Elle lui avait dit le détester alors, et même s’il savait que ce n’était pas vrai, pas réellement, il savait aussi tout le mal qu’il lui faisait à elle aussi, à cette petite princesse qu’il aimait plus que tout et qu’il aurait aimé protéger plus, mieux.
C’était impossible.

Les jours avaient passés, le procès terminé, les murmures se taisaient tranquillement, et l’ambiance de la cour semblait chercher à retrouver des airs plus joyeux. Le duc était occupé, et fort heureusement, car cela lui occupait l’esprit. Et le soir venu, dans ses draps, il retrouvait ou Geneviève ou une autre Compagne ou quiconque vraiment ; pour éviter d’être seul et de laisser son esprit penser. Pour éviter les larmes et la colère. Pour éviter les regrets et les remords. La haine et le mépris.
C’était plus facile, certes, maintenant qu’elle n’était plus là. Mais seul le temps vraiment effacerait de sa mémoire ces visions qu’il s’imaginait en parcourant les couloirs. Ces images fantomatiques, des souvenirs qui le hantaient ; Jehanne muette qui évitait son regard alors qu’ils se croisaient au tournant d’un couloir. Bertin qui revenait d’une ronde, encore en habit de chevauche, et qui lui souriait. Les gardes postés devant une porte, une prison.

Il revenait d’une rencontre quelconque sur des sujets quelconques. Rien de particulièrement important, mais il était vidé de ces discussions politiques. Fort heureusement il n’avait rien de prévu pour les heures suivantes, aussi comptait-il retrouver ses appartements, profiter d’un verre de rhum, se perdre sur la vue de la mer un peu, aller retrouver Bertille plus tard, quand ses leçons seraient terminées.
Une voix d’enfant qui le fait s’arrêter soudainement. Ses sourcils qui se froncent, sa tête qui se tourne vers la provenance, la porte entrouverte. Il connaît cette voix, bien entendu. Il la connait par coeur et le doute qui parcourt son esprit n’est là simplement que parce que sa fille ne devrait pas être ici. Elle devrait être en leçons, justement, à cette heure.

La porte qui grince à nouveau, alors que le duc la pousse doucement. C’est Bertille qu’il voit en premier. « Bertille ! » Aucune douceur dans le nom prononcé, elle ne devrait pas être ici. Son regard justement englobe la pièce, l’atelier, plutôt. Les croquis, du tableau du procès qu’il a commandé. La peintre. De retour sur sa fille. « Tu ne devrais pas être ici. » Sa voix s’est adoucie, juste un peu, mais la fillette pourra y sentir malgré tout la colère pointer. Elle ne devait pas voir ce tableau. Pas tout de suite, du moins. Il n’aurait pas pu lui cacher éternellement, après tout… « Tu sais que tu dois être en cours. C’est important, Bertille. Où est ton précepteur, ou ta nourrice? » Son regard se relève vers la peintre, sans vraiment la voir. « Je suis désolé qu’elle vous aie dérangée. » De nouveau sur Bertille, alors qu’il continue de la gronder encore un peu. « Ça n’arrivera plus, n’est-ce pas? »


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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMar 21 Aoû - 22:08

Amarante était bien embarrassée, face à la petite princesse qui se tenait près de la porte : en aucun cas elle ne pouvait lui suggérer la moindre des choses, car la princesse Bertille était de toutes les manières bien plus importante qu’elle. Qu’elle lui dise quelque chose qui ne plaise pas, et la rousse risquait gros.
Mais qu’elle dise quelque chose qui ne plaise pas à son père, et elle risquait encore plus gros que de simplement l’empêcher de voir ce tableau. Son regard glissa sur la toile. L’ancienne duchesse n’était pas encore terminée, encore à l’état de rêve nébuleux – quand on savait comment elle s’était comportée lors de ce procès…  –, et cela ne satisferait sans doute pas la petite.

« Je doute que vous puissiez trouver votre contentement ici, altesse. Je n’ai pas encore terminé... »
La petite lui lança un regard chargé, du même bleu que l’océan, dehors, quand le jour se levait. Un bleu doux, presque triste. Peut-être était-il délavé par les larmes qui s’y accumulaient.
« Vous avez vu ma maman, pour la peindre. Je comprends pas pourquoi on veut pas... » Les cheveux sombres qui volettent, quand elle secoue la tête. « Moi aussi, je veux la voir. » Les petits doigts élégants, serrés sur l’argent du collier. Amarante sentit son coeur se serrer, devant sa peine. Oh, la rousse n’avait pour ses propres parents aucune sympathie et aucun véritable amour, et si l’on considérait toutes les brimades et le contrôle permanent de leur vie pour un art qu’elle ne comprenait pas c’était légitime, mais elle comprenait la peine.

Et ça faisait toujours mal, de perdre quelqu’un que l’on aimait. Doucement, elle lui tendit un des croquis, réalisés au tout début du procès : Jehanne pouvait y être distinguée, son visage presque émacié de profil, mais une douceur dans les traits qui témoignait que, déjà, elle avait quitté ce monde. Le corps esquissé supposait des membres graciles, un poids mal assumé, perdu trop rapidement après la perte de l’enfant. Une posture hésitante, qui se perdrait sous les coups des accusations.

Bertille sembla s’en contenter.
« Elle me manque. »
Elle allait ajouter autre chose quand la porte grinça à nouveau. Leurs deux regards se tournèrent vers l’entrée. Si Bertille ne fit rien, la peintre, elle, s’inclina profondément, le coeur battant, les mains légèrement tremblantes en entendant le ton du duc. Elle y entendait un grondement furieux, mais derrière ça, il y avait plus.
Ou alors, c’était sa propre peur de se faire renvoyer et de recevoir cette colère en pleine figure qui lui faussait les sens.  « Ce n’est rien, Votre Grâce. » laissa-t-elle échapper. Elle pardonnait, la rousse. Heureusement, car elle n’avait pas le choix.

La petite princesse, quant à elle, baissa la tête. Elle avait laissé tomber le dessin, qui avait voleté entre les pieds d’une table. « Il était en retard… Et je suis partie un peu… Mais je voulais voir... ma maman... » elle avait toujours les doigts autour du lien d’argent, l’un des seuls bijoux que Jehanne avait pu avoir de son mariage et qu’elle avait porté. La fin de la phrase s’était perdue, avalée par la peine.

« Ca n’arrivera plus. » sortit un peu plus difficilement, mais sortit. Elle ne lâcha pas son collier. « Mais je pourrais venir avec vous quand vous venez voir ? J’aime bien la peinture. » Des bruits de pas, dans le couloir. Un peu affolés, sans doute à la recherche de la petite fugitive. Elle ne voulait pas repartir, pas déjà, au vu du regard suppliant qu’elle lança à son père.
Amarante, quant à elle, hésitait franchement à quitter la pièce. Pourtant, dans la manière dont elle entendait les mots, dont elle jaugeait de la présence du duc dans l’atelier, la façon dont il s’adressait à sa fille… Ca pouvait ne sembler rien.
Mais comment peindre un parfait inconnu si l’on ne se raccrochait pas au moindre détail ?
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMar 28 Aoû - 19:35

Il lève tout juste le regard vers la jeune peintre quand elle lui répond, avant de reporter son attention sur sa fille. Peu importe ce qu’elle lui répondre, vraiment, de toute façon elle allait difficilement le contredire ou prétendre autre chose ; c’était tout de même lui qui l’avait engagée, et à combien il l’a payait, elle devait souhaiter ne pas le contrarier et poursuivre son contrat…
Alors il repose son regard sur Bertille qui, tête baissée, se confond d’abord en excuses avant d’avouer être venu ici pour voir Jehanne, pour voir sa mère. Et Bartholomé aimerait se fâcher, vraiment, il aimerait la gronder davantage, mais son coeur se brise un peu plus pour cette enfant qui, il le sait, ne peut pas comprendre tout le drame qui les a brisés. Il ne lui a pas complètement tout dit, d’ailleurs. Il ne servait à rien de tenter d’expliquer cela à une enfant de sept ans pour qui de telles notions étaient encore abstraites. Et puis… et puis Jehanne lui avait dit de lui mentir encore un peu, de conserver une parcelle de son innocence un tant soit plus longtemps, et pour une fois, la seule fois peut-être, il l’avait écoutée.

Il ne lui avait pas dit exactement ce qui s’était passé. Simplement que sa mère et que son oncle avait commis de graves erreurs, et qu’ils devaient partir, quitter le duché. Pour un temps indéterminé. Que les Dieux n’étaient pas content, qu’il ne fallait pas fâcher les Dieux, que c’était pour cela que Jehanne avait perdu le bébé. Il lui avait dit que le procès était pour que Jehanne puisse présenter ses excuses, que c’était pour cela qu’ils étaient tous venus, mais qu’elle n’était pas concernée, et que sa mère n’avait pas d’excuses à lui faire, à elle. Qu’elle n’avait pas besoin d’y être. Il lui avait dit qu’elle ne pourrait certainement pas lui parler, pas tout de suite, qu’elle pourrait lui écrire, si elle voulait, si elle lui manquait, mais qu’il ne savait pas si elle lui répondrait. Il ne lui avait pas dit que jamais elle ne recevrais les lettres qu’elle lui rédigerait, qu’il les garderait, certainement incapable de les brûler, mais se refusant tout autant de les faire parvenir à la concernée.
Il lui avait dit que sa mère l’aimait, malgré tout, même si elle ne pouvait plus être là pour le lui dire.

Il s’est accroupi, alors que la petite continuait. Il la laisse parler, la main fermée sur le collier beaucoup trop grand qu’elle porte. Il sait que ce n’est pas le sien, que c’est celui de Jehanne, mais il ne peut pas se résoudre à lui enlever cela aussi, même s’il se dit que le plus elle se rapproche le plus la séparation en restera difficile. Plus tard, peut-être… « Tu verras ce tableau quand il sera terminé, Bertille. » Des bruits de pas dans le couloir, qui s’arrêtent finalement, alors que le précepteur fait son entrée dans le cadre de porte de l’atelier. « Princesse Bertille ! Mais je vous… Votre Grâce » Il s’est incliné, s’est tût, aussi, sachant très bien que la remontrance pouvait suivre à n’importe quel moment. Le regard du duc s’est relevé à son encontre, il y a pu y lire l’éclair de colère contenue, comprendre aussi que s’il s’évitait quelques injures c’était justement de par la présence de la petite. Et Bartholomé reporte son attention sur sa fille un moment encore. « Je voulais aussi qu’on fasse un portrait de toi, Bertille. Si tu le souhaites, la dame… » Il hésite, plonge un regard pour la première fois vraiment sur la rousse. Il cherche son nom, mais n’arrive à s’en souvenir, alors que son regard glisse sur le sien, y cherche en vain un réponse. « Pardonnez moi, j’ai oublié comment vous vous nommez. » Il se redresse lentement, avant de reporter son attention sur la princesse. « Elle pourra certainement te montrer comment elle peint, si tu le lui demande, quand elle fera ton portrait. »

Le précepteur est toujours là, à attendre dans le cadre de porte, sans oser ni entrer ou partir. Et Bartholomé pourrait un instant le renvoyer, voler sa fille pour les heures suivantes, et partager un moment avec elle. Il y songe, mais ce serait la laisser gagner sur cette fuite. « Il te faut retourner à tes leçons. Si tu étudies bien, demain nous irons nous promener sur les quais, et tu me raconteras ce que tu as appris. »


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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMer 29 Aoû - 23:09

Amarante craignait légèrement pour elle-même, à ce moment-là. Les Ansemariens étaient autrement plus impétueux et plus insoumis que les autres peuples qu’elle avait pu côtoyer jusqu’alors… Mis à part cet affreux mage et son oiseau démoniaque. Elle les savaient prompts à s’élancer dans la colère comme dans l’amour, avec une force bien à eux ; aussi, elle s’efforçait de rester en retrait, de ne pas,  surtout pas, se faire remarquer plus que nécessaire. Il aurait été malvenu que la colère du duc, même si elle semble vraiment dirigée sur la petite, ne ricochât sur elle.

Il fallait dire qu’Amarante aurait très mal pris de se faire renvoyer parce que la petite avait vu un tableau qu’elle n’était pas censée voir encore. Enfin, princesse ou non, la rousse lagrane ne contrôlait pas les esprits des gens ! Et si elle le pouvait, elle n’aurait pas attiré la gamine ici ! Certes, elle était adorable, même si triste, mais quel besoin avait-elle d’une enfant comme ça ?
La jeune princesse, dans son champ de vision, hocha la tête quelque peu. Elle était petite, certes, mais sans doute pas stupide : si on ne lui avait sûrement pas dit pourquoi sa mère était absente, le départ précipité de l’ancienne duchesse par portail s’était fait sans que l’on ne voit le nez de la jeune, elle avait sans doute deviné que la chose était grave.
C’était pour le mieux, bien sûr. De la garder innocente, encore un peu.

Le précepteur, entré presque en sueur dans la pièce, sembla briser l’étrange harmonie qu’on pouvait presque sentir entre le père et sa fille – la peintre aurait voulu tenter de le peindre, tant la chose était étrange, de ressentir un lien dans des remontrances somme toute génériques ! Enfin. Comme des milliers d’instants dans notre vie, celui-ci vola en éclat aussitôt après. Amarante avait appris à les laisser filer, à ne pas les regretter.
Toujours en retrait, n’osant pas réellement bouger, de peur de contredire ou de déplaire au duc et maître des lieux, le visage légèrement baissé.
Elle était prête à parier que les foudres qu’elle imaginait s’abattre sur elle plus tôt allaient rapidement se diriger sur l’homme, là.

«Amarante de Nacarat, Votre Grâce. » C’était définitivement lagran, de quoi faire grincer des dents dans ce palais qui n’appréciait que peu les ressortissantes des terres voisines.
Bertille, en revanche, avait l’air plus joyeuse à l’annonce du portrait. Elle joignit les mains, avec de grands yeux suppliants. « Un portrait vrai de vrai de moi ? » pépia-t-elle, oubliant presque qu’elle s’était faite gronder. L’esprit sélectif d’un enfant. « Je veux bien savoir comment vous faites… Vous m’expliquerez ?
- Bien entendu, princesse. » Le sourire sur ses lèvres était sincère, et la petite fille hocha la tête, presque heureuse. Lorsqu’elle reporta son attention sur son père, malgré une petite moue, l’idée d’une promenade et de, simplement, passer du temps avec lui sembla contenter l’héritière.
Parce qu’elle n’avait plus que lui, maintenant.
« D’accord... »

Même si ça lui en coûtait, et même si, manifestement, elle n’avait pas vraiment envie, Bertille finit par partir avec son percepteur – et le couloir se mit à résonner de sa voix. Il était connu que la jeune princesse n’avait certainement pas hérité du mutisme de sa mère.
La porte ne se referma pas totalement, mais grinça quand même légèrement. L’atelier sembla perdre un peu de sa vie. Amarante jeta un regard vers son tableau. Encore loin, si loin d’être terminé. Ce n’était que barbouillages, tracés encore simples. Les souvenirs, les émotions, la vie figée à jamais viendraient après.

La vérité, comme on voulait qu’elle soit présentée. Reportant son regard brun sur le duc, qu’elle avait fugacement croisé quand il lui avait demandé son nom, elle garda les mains jointes devant elle, sans oser bouger. « Y avait-il quelque chose dont vous souhaitiez m'informer, Votre Grâce ? » La question était posée presque avec innocence, et douceur. Surtout, ne pas s’attirer les foudres de son commanditaire.
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMar 4 Sep - 2:46

Il enregistre le nom donné, mais le répond pas. Amarante de Nacaret. Si elle n’avait pas portée la réputation qu’elle semble doucement soulever, il aurait hésité à engager une Lagrane. Oh il n’avait rien contre le duché des fleurs, en tant que tel, mais les Lagranes… au moins celle-ci était rousse plutôt que blonde, et l’attitude qu’elle dégageait était tout autre que ce que Jehanne avait porté. Pas moins charmant, bien différent surtout.
Betille se réjouissait déjà du portrait qu’il lui annonçait vouloir lui faire faire, et la jeune peintre opinait et acquiescait quand la petite lui demandait si elle lui expliquerait. Le duc ne put empêcher ce sourire de venir fleurir sur ses lèvres, si Bertille pouvait repartir un tout petit peu plus heureuse qu’elle était entrée, c’était déjà cela.

Il la regarde finalement s’éloigner avec son précepteur, le bruit de ses pas comme le son de sa voix qui s’éloigne tranquillement jusqu’à devenir inaudible. La porte qui se referme, dans un grincement lent, avant de s’arrêter, encore légèrement entrouverte. C’est la voix de la demoiselle qui le fait se retourner, et il hausse un moment un sourcil surpris de la question. « Non, non rien du tout. Je ne faisais que passer et j’ai entendu la voix de Bertille et… » il s’explique, comme s’il avait quelques comptes à rendre, mais sa voix s’étire et se perd, alors que son regard quitte la jeune femme pour glisser sur l’esquisse du tableau. Bertille était venue l’observer, et Bartholomé s’était contenté de gronder la petite. Il n’avait pas posé le regard encore sur les croquis du tableau qu’il avait commandé, et il le faisait à présent.

Il s’est avancé, de quelques pas, pour mieux observer les traits gribouillés et les formes esquissées. La composition était intéressante, il aimait l’idée d’unité qui semblait se dégager du juré et des invités combinés, qui contrastait avec cette figure isolée. Et si Jehanne n’était pas encore complètement définie, Bartholomé aurait pu deviner sa présence que de quelques traits. Dans toute la force qu’il voulait que ce tableau témoigne de sa justice, il savait aussi que la blonde, qu’importe que la peintre la dépeigne affaiblie et détruite, serait tout autant digne et fière. Et s’il pourrait lui signaler que ce n’est pas ce qu’il désire, qu’elle doive par quelconque technique qu’elle seule puisse connaître ne rien laisser paraître de cela, il ne le fait pas. Il ne le fait pas parce qu’il souhaite aussi se souvenir de ce qu’elle a été. Qu’il ne peut se résoudre à oublier complètement la Jehanne qu’il a un temps aimé.
Un temps lointain qui lui serait mieux d'oublier.

Son regard quitte finalement l’esquisse après quelques instants de contemplation en silence. Il retrouve le regard de la rousse. « Je n’ai pas eu la chance de voir vos oeuvres avant de vous offrir ce contrat, et je ne l’ai fait que de par la réputation qui vous précède tranquillement. Mais je vous avoue être agréablement surpris déjà que de cette esquisse. J’aime la puissance englobante et la force tranquille que je peux déjà y lire. » Il n’est pas un grand critique d’art, le duc, et il ne sait pas en vérité si ce qu’il y lit est ce que la Lagrane a souhaité faire transparaître ou bien s’il n’y voit simplement que ce qu’il souhaite. « Vous peignez depuis longtemps, Amarante? » Elle lui semblait toute jeune encore, les joues rosies de l'innocence, le regard brillant, le sourire charmant.

Il n’avait rien de prévu, pour les heures suivantes, alors il se permet, il se permet de se perdre un moment dans ces souvenirs et dans des discussions qui pourront peut-être l’en soulager.


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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyVen 14 Sep - 22:32

C’est fou comme un enfant peut changer une pièce. En bien comme en mal. Amarante n’avait jamais été particulièrement attendrie, plus que nécessaire, en face d’enfants : elle n’avait pas ce que beaucoup espéraient chez une femme, cette fibre maternelle, cet amour de l’être à venir, du bambin. Elle n’était pas impatiente de porter un enfant, non plus. En somme, être mère ne l’intéressait pas. Elle avait un peu peur des gamins.

Mais la princesse, pourtant… La princesse était presque différente. Il y avait chez elle une formidable énergie à moitié contenue, quelque chose d’intense et d’insensé qui ne pourrait, jamais, être retranscrit fidèlement par des mots ou sur la toile. Même en y passant le reste de sa vie, Amarante ne pourrait rendre compte de la particularité qui semblait habiter Bertille.
Comme tous, elle était bien unique. Formidable, épanouie, et tellement différente. Même dans la tristesse de la disgrâce de sa mère, dans l’horreur qu’elle devait sans doute ignorer encore pour le moment, la petite princesse avait semblé pleine d’une vie nouvelle. Et ça, ça fascinait plus sûrement la rousse.
Le regard plein de curiosité, d’intérêt aussi – on ne pouvait le cacher, au fond de ses yeux. L’éclat s’y accordait si bien –, elle eut la surprise de ne pas l’entendre finir sa phrase. Et cette phrase qui se délitait, doucement, c’était comme l’aveu qu’elle n’avait rien fait. Qu’il n’allait pas être mécontent d’elle, pour l’heure – alors qu’honnêtement, tout ce qu’elle avait fait depuis son arrivée avait été de chercher à se mêler à cette foule ansemarienne, nobles et gardes qui chuchotaient sur la présence d’une Lagrane, si tôt, dans le palais. Comme si leur présence portait malheur !
Ce fut lorsqu’il détourna le regard, pour le poser sur son tableau, qu’elle s’autorisa à se détendre. Ce n’était pas sa propre vision, sur la toi. Bien sûr que non. Il y aurait un peu d’elle, comme il y en aurait toujours eu, mais ça ne serait pas gênant. Ca apporterait. L’exemple donné par la condamnation n’en serait que plus vivant, pour les décennies et les siècles à venir en Ansemer et plus loin.

Elle accueillit le compliment avec un sourire faussement gêné et certainement ravi, inclinant la tête. La rousse connaissait sa valeur, savait son propre talent. Sans être imbue d’elle-même – ou peut-être juste quelque peu ! - elle savait quand les choses étaient dites avec vérité… Ou non. Ou tout du moins, ce qu’elle voulait être une forme de vérité. « Vous me voyez ravie que ce début vous plaise. » glissa-t-elle de sa voix claire, et, l’espace d’un instant, elle aurait juré avoir senti ses joues rosir quelque peu sous le compliment.
La jeune peintre, toujours impeccable malgré le métier plus que salissant qu’était le sien, restait bien droite, dans une posture pourtant détendue. Le sourire sur son visage, presque innocent permettait de montrer qu’elle se sentait en confiance. Le sujet partait sur la chose même qui régissait sa vie, après tout.

« Je suis officiellement peintre depuis trois ans, à ma sortie de l’Académie. » Elle repoussa une de ses mèches de cheveux roux sombres, égarée là sur le côté de son visage. « Avant cela, j’ai réalisé quelques œuvres au cours de ma formation… Plus pour le plaisir qu’en réelles commandes. »
Pour la libération. Le tableau d’Océane, blonde Crisinthe à jamais figée dans le chaos d’un amour qui aurait pu être. Le souvenir était encore violent. Elle n’en laissa rien paraître, préférant offrir son masque le plus parfait au duc en face d’elle. Sourire accueillant, regard détendu, discret, mais portant une légère question. Elle s’appuyait un peu contre la table derrière elle, mais, oh ! Si peu.
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptySam 29 Sep - 17:34

Dans la pièce l’ambiance a totalement changée alors que la petite a quitté, suivant son précepteur, laissant le duc seul en compagnie de la jeune peintre et du fantôme de son ex-femme, gravée là dans ces esquisses qui serviront à former une grande toile. Le silence qui s’était installé alors que le duc regardait l’avancé de cette dernière n’était pas lourd, empreint plutôt d’une curiosité et d’un intérêt brodé d’une étonnement douce nostalgie. Il n’y avait pas là la haine et le mépris qu’il portait tel un masque devant tous. Ses sentiments face à Jehanne étaient bien plus complexes, encore plus maintenant qu’avant. Il avait souhaité qu’elle quitte, qu’elle soit jugée, de façon irrévocable et qu’elle soit loin de lui, autant géographiquement qu’en terme de rang de noblesse. Mais c’était bien plus que par simple colère ou haine. Plus que par la rancoeur accumulé de ce mariage raté et de ces années d’indifférence et de mutisme. Il n’aurait pas fait tel théâtre public de l’évènement si ce n’était que cela. C’était pour lui-même plus que pour autre chose. Parce que les sentiments qui étaient revenus à lui alors qu’il était trop tard étaient beaucoup trop dangereux.
Il ne laisserait pas tomber complètement le masque devant la rousse, mais dans cet instant elle avait certainement pu y apercevoir les craquelures qui laissaient entrevoir autre chose dessous. Après tout, m’était-ce pas ce qu’elle faisait, lire au travers les gens, pour arriver à la peindre et représenter leur essence sur une toile?

Il s’approche un peu d’elle, alors qu’ils commencent à discuter, qu’il la questionne sur son parcours comme peintre. « Trois années seulement. Vous êtes douée, alors. » Il ne connait pas grand chose aux arts et à la technique, mais il n’a pas le souvenir que les divers peintres venus le représenter au cours de sa vie avaient été si jeunes - et attirants. C’était souvent de vieilles hommes dont le talent et la renommé s’était établis par de longues années d’un travail ardu. Il se souvenait encore, petit, alors qu’il s’asseyait pour son premier portrait officiel. C’était quelques temps après la mort de son père. On lui avait dit de se tenir droit et de ne pas bouger, et l’enfant qu’il était avait obéit, malgré que par la fenêtre grande ouverte qui laissait entrer la lumière dans la pièce il pouvait clairement entendre le bruit des gamins qui s’amusaient sur les quais et les marins qui travaillaient sur les bateaux amarrés. L’homme qui avait alors fait son portrait était courbé par les années, la tête blanche et le visage couvert de rides. Il se souvenait qu’il n’avait pas de dents, ou que très peu, et que le petit Bartholomé d’alors avait eu bien de la misère à comprendre les directives du vieux peintre. Les années qui suivirent, particulièrement celles passées en mer, l’avait habitué à ce parlé des marins et aux mots mâchés, mais si jeune, ce n’était pas encore le cas.

Et Amarante était bien loin de ces peintres qu’il avait dans son souvenir. Bien plus jolie aussi, bien plus jeune. Comment pouvait-elle arriver à transparaître toutes ces émotions et ces ressentis au travers de ses peintures alors qu’elle était encore dans la fleur de ses belles années? Soit avait-elle un don soit une vie beaucoup plus mouvementée que son jeune âge ne pouvait laisser paraitre.
Et son sourire est si charmant, les petits gestes qu’elle effectue probablement sans s’en rendre compte aussi, replacer une mèche de cheveux là, tourner un petit regard ici.

Il s’est déplacé un peu, portant un regard sur les autres croquis affichés ici et là, mais il voit aussi ces carnets fermés, et il est curieux ; renferment-ils d’autres esquisses, des croquis différents de ceux du procès commandés? « Est-ce là vos cahiers? » qu’il demande alors qu’il en attrape un, délicatement. Il ne l’ouvre pas pourtant, se retournant vers la rousse, se rapprochant d’un pas. « Puis-je y jeter un regard? » Elle n’osera pas lui dire non, n’est-ce pas? Mais il attend tout de même sa réponse pour pouvoir tourner les pages et jeter un regard à ce qu’il contient.


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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyVen 5 Oct - 22:03

Elle était jeune. Le compliment pouvait presque sonner comme un reproche, mais elle n’en avait cure. Oui, elle était jeune, elle avait encore pour elle cette nouveauté qu’apporte la fraîcheur de la vie. Oui, elle était de ceux qui étaient nés quand lui-même commençait à apprécier la vie, qu’il était déjà duc. Elle était loin d’avoir sur la vie son regard, loin d’avoir vécu autant que lui – elle le voyait bien, dans ses yeux, cet éclat lointain de celui qui avait parcouru le monde et l’avait découvert pour en souffrir, ou pour se délecter de son infini de possibilités offertes. Elle était jeune, mais dans sa bouche, ce n’était pas un reproche, chez elle. Elle avait la vie devant elle, elle se battait, se battrait toujours. Le talent, la reconnaissance n’étaient pas seulement gagnés par les années et la respectabilité. Quelquefois….  Quelquefois, il arrivait que ceux-ci se cachent dans les corps ardents de jeunes qui ne cherchaient qu’à se faire connaître et à qui l’on fermait des portes, de peur qu’ils ne volent les sujets ou la renommée de personnes bien établies. Des talents se perdaient, ainsi.
Amarante n’avait pas prévu de ne pas être reconnue. Qu’un duc la trouvât douée apportait sincèrement, tout comme la commande réalisée pour la désormais marquise d’Amar, ancienne princesse impériale et à la demande de ladite nouvelle princesse en devenir pouvait l’aider. Rien n’était joué, bien sûr, encore, pour le tableau qui se tenait presque au centre de la pièce. Mais peut-être que lui aussi la propulserait là où elle voulait tant être.

Opportuniste et intéressée ? A peine. Mais sans ambition, même voilée, où irait une peintre ? Elle avait pour habitude de dire que monde était fait pour une raison. Que si les choses tournaient comme elles le devaient, c’était qu’il y avait une cause, un déclenchement. Que le hasard existait, entre les mains du Destin.
Elle était jeune, et elle était douée. Que de compliments en si peu de temps, pour une rousse à l’égo presque trop gros, pas vrai ? Presque trop gros. Quand il s’agissait de la vérité, rien ne pouvait faire enfler vraiment ses chevilles.

Son coeur s’emballa à peine lorsqu’il se saisit d’un carnet. « Je vous en prie, faites. » Elle inclina la tête, pour l'inviter à s'y plonger. Mentalement, elle repassa ce qu’elle avait pu y dessiner. Il semblait relativement neuf, probablement l’un de ceux qui n’étaient pas encore remplis. Il contenait les visages, étudiés, devinés, fantasmés un peu. Effrayants de ce réalisme qu’elle savait donner, dans l’intimité sans couleur de son talent privé. Il y aurait le duc, bien sûr – colère, stupéfaction, peine, fatigue. Abnégation. Respect, plus même ! Admiration. Il devait bien remplir un bon tiers des pages, plus que le reste. Elle ne se l'expliquait pas.

Il y aurait la condamnée, plus douce, plus effacée, comme si déjà elle disparaissait de l’existence après la sentence. Il y avait, aussi, un peu plus loin, des paysages du Ru-d’Argent, ceux qui lui avaient valu de se faire attaquer par cet immonde oiseau, en juillet. Là non plus, elle n’avait pas ajouté de couleurs, mais elle les avait retravaillés dans son temps libre : on voyait qu’elle y avait passé du temps, on y sentait son attrait pour les merveilles qu’elle avait pu y voir.

Elle se mordit la lèvre en réfléchissant, alors que les pages tournaient dans son esprit. Ce n’était pas dans celui-ci que ses essais vains sur Gabrielle s’étaient retrouvés. Essais infortunés, essais stupides : personne ne pouvait rendre avec justesse la beauté et la singularité de la princesse cibellane, situation qui frustrait et fascinait Amarante. Et aussi, peut-être un peu, rêvait-elle de ne pas oublier son visage. Tout comme étrangement elle voulait graver dans son esprit épris de vérité et de beauté singulière le duc d’Ansemer.
Ca ne s’expliquait pas. Il avait quelque chose de trouble plus que de troublant. Quelque chose qui résonnait avec la jeune peintre. Peut-être n’était-ce rien.
Ca ne s’expliquait pas, après tout.
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyJeu 18 Oct - 18:28

Le cahier entre les mains, il attend la permission de la jeune rousse pour en tourner les pages. Et quand elle lui donne - il ne s’attendait pas à un refus malgré tout - il vient se rapprocher un peu d’elle, s’accoter sur la table derrière Amarante lui aussi. Il l’ouvre, et dans un silence feuillette et observe les esquisses. Qui le représente, lui. Les traits tracés sous de multiples expressions, sous des angles différents, des portraits proches cadrés seulement de son visage ou de son buste, parfois lui en entier. Des esquisses réalisées durant le procès, certainement. Il y reconnaît les vêtements qu’il y portait, les lieux, la chaise sur laquelle il était assis. Mais d’autres qu’il ne pourrait dire quand ils ont été fait. Des émotions qu’il ne se souvient pas avoir démontré, là publiquement. Pourtant il se reconnaît, et c’est frappant ; comme s’il y lisait son âme quelque peu. C’est se confronter à lui même, revive la gamme d’émotions qui l’a traversée, qui le traverse encore même. Est-ce que le masque qu’il se force à porter devant tous est si transparent, révélant les tréfonds de son esprit? Ou bien alors est-ce la Lagrane qui est dotée de cette lecture des gens et qui arrive à déceler chez eux les sentiments même cachés et refoulés?
Il y a beaucoup de pages où c’est son image qui est représentée, plus que tout le reste, il lui semble. Pourtant, sur l’immense tableau qu’il lui a commandé il n’est qu’une petite figure. Importante, certes. Il relève un regard vers la jeune peintre, haussant simplement un sourcil, sans ne rien dire, avant de reporter son attention sur le carnet.

Il y a Jehanne, aussi. Mais sur les croquis de l’ex-duchesse d’Ansemer posés sur papier, il ne lit pas le mal et les mauvaises intentions qu’ils lui ont attribués lors de son procès. Ce n’est pas là l’image d’une femme qui a voulu détruire la vie de son mari. Dans les lignes qui se superposent et se complètent, il retrouve la douceur de son regard, il retrouve le silence de sa voix. Il y devine l'absence, le vide. Il n’y a pas l’éclat de ses yeux qu’il a un jour connu, et il se surprend à tourner les pages pour essayer d’y retrouver cette brillance qui l’a un temps attiré vers la jeune femme qu’elle était à l’époque. Mais la peintre ne l’a jamais connue dans ces instants, et cette version de Jehanne ne subsiste que dans ses souvenirs. Pas même les nombreux portraits de la Lagrane, maintenant retirés, mais qui avaient longtemps décorés les couloirs du palais, n’avait jamais révélé l’éclat de vie qui l’animait avant. Cette image ne resterait que pour lui ; et certainement que son esprit tordu et brisé en était venu à la sublimer, pour renforcer davantage la différence avec la Jehanne qu’il était venu à détester.

Si elle est attentive, Amarante pourra peut-être lire dans le visage du duc, dans son regard qui observe les esquisses de son passé, quelques des émotions qui le déchirent. Elle ne les comprendra sans doute pas ; la tendresse et l’amour qu’il garde encore pour Jehanne malgré tout, entre haine et mépris, n’est sans doute connue que de celle-ci.

Et il y a des paysages, qu’il devine de Cibella. De jolies esquisses là aussi, oui, mais c’est vraiment dans la lecture des visage dessinés que transparaît le réel talent de la peintre. Et puis plus rien. Des pages blanches, des toiles vierges qui attendent les prochains traits d’une vérité qu’elle seule semble pouvoir lire chez les gens. Bartholomé ne referme pourtant pas le carnet, ouvert entre ses mains sur l’ivoire du papier. Son regard retrouve celui de la rousse, et un moment il essaye d’y déceler les émotions cachés et les intentions qui se cachent derrière celui-ci. Mais il n’a pas ce don, il n’a pas le talent de lire au travers des gens comme elle. « Montrez-moi. » Mais malgré tout, dans son regard, dans les petits gestes - involontaire? - qu’elle fait ici et là, il devine une brillance, un intérêt et une douceur certaine. Ou peut-être qu’il y voit ce qu’il veut bien, transposant les souvenirs d’une jeune Jehanne sur cette autre Lagrane qui agit avec lui un peu comme son ex-femme l’avait fait lors de leur première rencontre. Cette attitude si différente des Ansemariennes ; ce charme fleurit. Ou peut-être qu’il a simplement un problème avec les Lagranes. « Montrez-moi comment vous arrivez à lire les gens pour porter sur papier ces esquisses criantes de ressentis. »


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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyVen 19 Oct - 23:10

L’art s’imposait à lui, doucement. C’était des centaines de vérités qui explosaient en même temps au visage du duc d’Ansemer, aussi innofensives que dévastatrices. Elles étaient tout, dans ces traits. Elles étaient la force, elles étaient l’encre, la poudre, le support, la volonté. Elles étaient ce qui donnait un sens tout comme elles l’en privait si l’on se refusait à leur jugement. Maintenant, n’était-ce pas ironique, idiot un peu, de penser qu’une Lagrane puisse chercher la vérité ? On les connaissait, les enfants du duché fleuri, à embellir phrases et regards, à se recouvrir de masques et de fards, à n’exister réellement que dans des mots qui s’envolaient au vent. On les connaissait, les Lagrans. Elle n’était pas bien différente, Amarante.
Ce n’était pas la vérité implacable qu’elle recherchait, c’était l’être. L’être, et ce que cet être, à l’instant présent, considérait comme sa vérité. Dans la colère, la hargne juste et emportée de celui qui croit avoir raison ; dans la tristesse, le monde qui se détache et empêche de respirer. Dans la joie, l’allégresse, les limites du danger qui s’effacent. La vérité.
Des milliers de facettes. Des milliers de portraits. Des milliers de ressentis justes, pour un instant, rien de plus.
C’était ça, que le duc avait entre les mains. Ses vérités, assemblées, qui le perçaient peut-être quelque peu à jour. Ses moments, certains inventés, devinés en l’observant discrètement – Amarante laissait volontiers traîner ses yeux quand elle le voulait. Il en sembla déconcerté. D’un œil externe, et même du sien, il semblait assez étrange et presque malsain qu’une jeune personne passât autant de temps à dessiner un autre – un tiers de son carnet ! - mais quelque chose dansait en lui. Elle n’aurait pas su dire quoi. Quelque chose de puissant, de bien humain, loin de toute magie, qui néanmoins la fascinait sans qu’elle ne sache l’expliquer.
Peut-être la peine qu’elle avait fugacement représentée dans ses yeux. Peut-être la douleur de la décision, horrible, qu’il avait du prendre. Peut-être, sans doute, probablement, se mentait-il un peu à lui-même et au monde entier. Ca, Amarante voulait le découvrir avant de l’affirmer.

Son regard soutint le sien, plein de curiosité bienveillante, d’un intérêt croissant, d’une déférence mesurée. Il restait son commanditaire, aussi intéressé et intéressant soit-il. Elle se retint, la rousse, au monde autour d’elle pour ne pas sombrer dans ses yeux, le fouiller, découvrir, supputer, se nourrir de ce qu’elle devinerait dans les iris pour le représenter encore et encore.

« Je... » Sa voix trébucha, sans perdre de sa superbe. Rester concentrée. Sa voix est posée, presque basse. « Chaque personne porte sur elle son histoire. Dans sa manière de se tenir, dans la forme qu’elle donne aux lettres de ses missives, dans les mots qu’elle prononce. Je ne vous apprends rien, sur ce point. » La remarque était simple, factuelle. Il était duc, de ceux qui devaient perpétuellement faire attention au moindre de leurs souffles.
« L’expérience peut se révéler déstabilisante. »
avertit la peintre, sans bouger. Son regard glissa du sien aux formes de son visage, son cou, la manière dont ses épaules se contractaient. Se mordant la lèvre, elle revint à lui, à ses yeux dans lesquels, cette fois, elle plongea. C’était un regard intrigué, humain, pailleté de terre qu’elle noyait au sien. Il y avait quelque chose de dangereux chez le duc d’Ansemer, qui l’attirait. Pas physiquement, non. Qui attirait son âme d'artiste.

Elle ne remarqua même pas qu’elle s’était rapprochée quelque peu, réduisant la distance. « Mettre des mots serait impossible. Beaucoup de choses n’ont pas encore de nom. Essayez. Regardez. » murmura-t-elle, autant pour lui que pour elle. S’il cherchait, s’il sentait cet écho qu’elle-même semblait vaguement avoir entendu résonner entre eux… Alors elle saurait leur vérité. « Dites-moi ce que vous voyez. Jugez, ressentez. Ce n’est pas une affaire de talent ou de représentation. C’est une affaire de ressentis, de sensations. »
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMar 23 Oct - 5:09

Peine, tristesse, regrets. Soulagement, satisfaction, délivrance. Doutes, remords, nostalgie. Les émotions qu’il s’était refusé à pleinement vivre, qui soudainement semblaient toutes se battre pour posséder une parcelle de son état, de sn âme, de son conscient. Comme éveillé par le reflet de lui même tracé sur les pages du carnet. Comme libéré de toutes ces années, du fantôme vivant de sa femme, du secret de la vérité, de la douleur de la trahison, de la lourdeur du procès. Il s’était empêché de craquer. Il avait morcelé le masque qu’il s’évertuait à porter, en allant retrouver Jehanne. Il avait laissé la noirceur de la nuit et la chaleur du rhum endormir ses émotions. Mais elles semblaient si vivante, quand il se regardait, sur ces esquisses beaucoup trop nombreuses de lui-même. Si vivantes, quand il plongeait son regard dans celui de la jeune peintre, et qu’il sentait, devinait, qu’elle pouvait lire en lui, derrière le masque et les apparences. Que peu importe ce qu’il se force à lui démontrer, elle saurait voir la vérité qu’elle y voulait. Elle ne la prendrait pas, sur les toiles qui lui demandait ; elle peindrait ce qu’elle était payé pour peindre, mais il savait maintenant, qu’elle aurait peut-être vu de lui un peu plus que quiconque d’autres. Qu’elle devinerait une parcelle de la vérité qu’il dissimulait.

Il écoute, les mots qu’elle prononce, la façon dont elle tente de décrire la manière qu’elle use pour décrypter les gens. Oui, il sait comment le paraître peut en dire beaucoup. Comment les mots tournés sur une missives peuvent être révélateur, comment les porter du corps peut être trompeur. Il a appris cet art depuis tout jeune ; celui où chacun de ses gestes se voit scruté, ou la porté d’un mot peut-être immense. Où la diplomatie peut se jouer d’une poignée de main et d’une phrase échangée. Mais si c’est là un monde de vérités cachées c’en est aussi un de mensonges dissimulés. Il sait, le duc, que bien souvent les paroles qu’on lui donne ne sont que celles qu’il veut entendre. C’est lire derrière ces dernières qui est plus difficile. Elle semble jouer ce jeu mieux que lui-même, la jolie rousse.

Il n’a jamais vraiment eu besoin de lire les gens, en fait. Peut-être est-ce pour cela qu’il n’est pas aussi doué qu’Amarante. Duc, sa parole était d’or, et il n’avait à craindre de représailles. Les gens se pliaient à ses désirs et ses requêtes, anticipaient ses demandes. Ses confrères et consoeurs des autres duchés dansaient sur la même musique. Les femmes voulaient partager ses draps et chercher son regard, y récolter quelconque avantage qu’elle pouvait en obtenir. Il n’avait pas besoin de lire les gens, le duc d’Ansemer. Il ne pouvait que se contenter de voir chez chacun ce qu’il y voulait, et c’était cela. On se conformait à ce qu’il souhaitait, bien souvent, que cela soit vérité ou parade créée pour lui plaire. Il le savait, oui. Mais c’était là un quotidien agréable dans lequel il était habitué de vivre et duquel il n’avait que trop peu questionner le fonctionnement.

Alors quand son regard scrute celui de la jeune peintre, est-ce que ce qu’il y voit, ce qu’il ressent, est la lecture de cette dernière ou alors simplement le miroir des intentions que lui-même voudrait? Est-ce l’image qu’il s’imagine plutôt que la vérité?

« De l’anticipation et de l’intérêt. » Ils sont tout proche, l’un de l’autre, plus que nécessaire, assurément. Si la jeune peintre s’est rapprochée, il l’a fait à son tour. « De l’attente. » Il a relâché le carnet, qui est venu trouver, le sol, froissant assurément quelques de ses pages. Sa main est remontée, venant  prendre une mèche de cheveux de la rousse, remontée jusqu’à se nicher sur la nuque de cette dernière où ses doigts se sont resserrés un peu, alors qu’il s’est approché davantage, jusqu'à poser ses lèvres sur les siennes, lui arracher un baiser, qui n’a rien de la douceur qui pourrait être partagée de deux amoureux. Affamé, délivré. Empli de forces et de questionnements. Il s’impose à elle, elle qui n’est pas une Compagne venue pour le satisfaire. Mais dans ses yeux il a lu - ou alors il a imaginé? - encore plus que n’importe quelle Compagne pourrait lui offrir à cet instant. Du déni. « Ça. » Ça, il sait ressentir.


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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMar 23 Oct - 18:12

Sans aucun doute, il savait de quoi elle parlait. Ce jeu incessant de paraître, au sein des cours et de la vie, un duc l’expérimentait tout au long de sa vie. L’art de camoufler ce que l’on pense, celui de mentir sans sourciller sur nos véritables pensées, sur les sentiments. Le talent que certains nomment diplomatie, d’autres stupidité politique. La magie de la durée et de la force qu’une poignée de main peut transmettre. Il en jouait, évidemment. Toute sa vie, toutes ses interactions, étaient tributaires du regard des gens. La politique, c’était le paraître. Alors, en soi, il était versé dans cet art qu’il voulait presque nommer talent chez elle. Peut-être ne savait-il pas comment le retourner consciemment, l’utiliser.  Peut-être craignait-il. Un instant, Amarante songea à sa femme désormais disparue : elle avait su en jouer. Sans doute contre lui. Peut-être était-ce pour ça. Ou peut-être son esprit était-il simplement trop encombré par des choses plus importantes pour songer à analyser les êtres.

Elle pencha un peu la tête, à sa réponse. Elle était un miroir plus qu’une fenêtre. Elle le réfléchirait plus qu’elle ne le laisserait voir au travers d’elle. Le carnet tomba sur le sol dans un bruit mat, sur le sol de pierre. Son regard aux paillettes vertes n’osa pas le suivre. Instinctivement, elle s’était figée en sentant sa peau contre la sienne, glisser sur elle, et pour la première fois elle réalisa leur proximité.
Peur. Anxiété. Son coeur s’affola, mais elle était presque tétanisée. A ça, la peintre n’était pas sûre de s’être attendue. Elle se pensait intouchable, pensait qu’avec la période sombre que traversait l’homme en face d’elle, il ne s’intéresserait pas à elle. Elle se pensait intouchable, parce que l’esprit des hommes restait sur certains points un mystère pour elle. Notamment sur ce point.
Elle n’était pas intouchable.

Le baiser la surprit, de par sa presque véhémence. Demandeur, autoritaire, quémandeur. A la recherche de quelque chose. Rien que le rapprochement physique de leurs êtres était différent. Perturbant. Etrange. Sa présence la surplombait, s’imposait à elle. Elle ne savait pas comment y répondre, que faire, surprise, perturbée, terrifiée par la situation inconnue. Il y avait quelque chose de familier, dans la manière dont leurs lèvres se joignaient. Quelque chose qu’elle ne savait ignorer.
Elle connaissait cette impression. Ce besoin de preuves, ce besoin d’oubli. C’avait été le baiser de celui qui, au plus profond de lui, savait qu’il n’aurait jamais ce qu’il désirait. Le baiser de celui qui se ment pour s’en sortir.
Il l’embrassait comme on s’accroche à de vaines illusions. L’illusion qu’elle puisse revenir. Le mensonge qu’elle n’était pas défaillante.
Des mensonges. La rousse était brisée. C’était un malaise grandissant qui la prenait, dans ce geste incongru. Elle ne pouvait nier une certaine attirance, mais c’était la résonnance de leurs deux êtres. Son attrait pour ce qu’elle avait aperçu de lui.
Ce n’était pas physique. Ca aurait du l’être.
Elle était brisée, parce que ça aurait dû l’être.

“Je…”
Ca aurait du te plaire. Ses yeux étaient plein de questions. Elle n’osait plus le regarder, le coeur battant, un léger goût de métal en bouche. Ce n’est pas insurmontable. Ce n’est qu’un homme. Il ne la dégoûtait pas. Il la laissait indifférente, et ça, ça ne devrait pas. Une indifférence violente, là où elle savait que d’ordinaire elle voudrait plus ou s’arrêter. Ce n’est qu’une habitude à prendre, pour te sauver. Ne le trouves-tu pas attirant, ne le trouves-tu pas digne d’intérêt ? Alors remballe tes flirts enfantins, mets-les dans un coin. Ca ira. Elle en tremblerait presque, le regard rivé sur le mur, les joues empourprées d’un trouble qui tenait plus de la peine que de l’émotion pure.
Sois normale, pour une fois, Amarante. La peintre secoua la tête. “Pardonnez-moi. Je n’ai jamais…”
Jamais été normale.  Tu sais bien assez mentir sur la toile. Transforme ce mensonge en vérité. Tu apprendras à l’être.
Tu apprendras à te réparer.
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Bartholomé d'Ansemer
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptySam 27 Oct - 5:31

Elle n’était ni Jehanne, ni Geneviève. Elle n’était pas telles ces Compagnes qui s’étaient succédées sous ses mains et dans ses draps. Elle n’était pas telle les Ansemarienne qu’il avait l’habitude de côtoyer, non plus comme ces jeunes filles qui savaient que partager les nuits de la noblesse pourrait leur apporter possiblement plus que les mariages qu’elles pouvaient espérer. Elle était opposée, différente ; mais il n’y voyait pas ce qu’elle était vraiment. Parce qu’il ne le voulait pas, parce qu’elle était là et qu’il avait besoin d’une présence, et qu’elle était jolie, et qu’elle pouvait assouvir ses envies, endormir ses sentiments. Parce qu’il avait besoin de noyer certaines choses, parce qu’il avait besoin d’oublier ; Il se mentait, il lui mentait à elle aussi par le fait même. Il avait envie de l’embrasser encore, il avait envie de glisser ses doigts dans ses cheveux, sur sa peau, de goûter ses lèvres à nouveau. Ce goût de fleur que porte les Lagranes sur leur peau.

Elle ne le regardait pas, évitait son regard même ; il ne s’était pas vraiment reculé, encore proche de la rousse, qu’il ne lui suffirait que d’avancer la main pour la toucher à nouveau. Il pourrait sentir le doute et les questions sur l’esprit de la jeune femme, sur ses joues rosies, et il fronce simplement un peu les sourcils, la laissant chercher ses mots. Il essaye de lire ses émotions, il essaye de ressentir et de deviner, comme elle lui a dit de faire. Mais il ne sait pas faire, le duc, ou il ne veut pas faire. Il devine une gêne, il devine un trouble, mais elle ne l’a pas repoussée, elle ne s’est pas éloignée. Elle est là encore, si proche. Un sourcil qui se hausse à ses mots, ses lèvres qui s’étirent, la commissure de son sourire qui se soulève.

Ça lui semble improbable. Elle qui peut si facilement lire les gens n’aurait elle réellement jamais connu l’homme sous sa plus véridique forme, dépouillé de ses apparats et de ses mensonges, dans la vérité la plus pure et la plus animale qui soit?

Sa main retrouve la jeune femme, ses doigts qui viennent soulever son menton, la forcer à le regarder, la forcer à plonger son regard dans le sien. « Ce n’est pas important. » Pour elle, pour lui? Ce n’est pas important parce que ce n’est pas ce dont il a besoin de se soucier? Parce que ce n’est pas ce qu’elle est supposé lui répondre, dans ce qu’il a envie qu’elle soit, à cet instant? Dans la vision qu’il se fait d’elle, dans le rôle qu’il lui donne, alors que sa main, doucement cette fois, quitte son menton, que ses doigts glissent sur sa mâchoire, caressent sa peau.
Ce n’est pas important parce qu’elle n’a pas besoin de faire grand chose pour combler ce vide, combler ses illusions. Parce qu’elle n’a tout juste besoin que de répondre un tant soi peu à ses geste pour lui donner l’envie de continuer, pour qu’il s’enfonce davantage dans le déni si confortable qui l’empêche d’être seul, qui l’empêche de ressasser ce à quoi il ne veut pas penser, ce qu’il ne veut pas confronter. « C’est comme… peindre… avec ses doigts, avec son corps. » Il ne sait pas vraiment, il ne sait pas parce qu’il ne peint pas, Bartholomé, mais l’exemple qu’il invente lui semble approprié. Et il s’imagine les doigts qui caressent un corps tel le pinceau qui frôle la toile. Les corps qui se mêlent et qui ne font qu’un comm la peinture qui se pose sur le canvas pour y laisser sa marque à jamais.

Ses doigts ont descendu, glissant sur son cou, sur son épaule, douce caresse. Son autre main vient chercher la sienne, l'amener à lui. Qu’elle le touche, qu’elle le ressente, qu’elle le peigne de ses mains, qu’elle dessine la courbe de ses muscles du bout de ses doigts. « Essayez. Ce n’est qu’une affaire de ressentis, de sensations. » Il reprend ses termes, à elle. Il s’est rapproché, juste un peu, sa main qui continu de descendre, passant sur l’intérieur de son épaule, glissant lentement vers sa poitrine sans n’y être encore, devinant sa peau sous les voiles de ses habits qui se froissent sous ses doigts.


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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyLun 29 Oct - 21:34

Répare-toi. Amarante entendait cette voix, dans sa tête. Sa raison, son sens commun. Ou sa bêtise. Tu te fais du mal inutilement. Regarde dans quel état tu te mets, pour quelque chose de normal.  Elle avait raison : la peintre était pathétique. Le coeur lourd, serré dans sa gorge, l’impression de métal dans sa bouche. Les lèvres entrouvertes, la confession juste au bord. Le corps qui frissonne alors qu’il s’éloigne, d’une peur contenue de l’inconnu et non d’une anticipation qu’elle devrait avoir.
L’air était poisseux, lui semblait-il, et s’engouffrait avec peine par son nez dans son corps. Elle allait absolument bien. Le regard pudiquement tourné vers ailleurs, vers le mur, vers la table, vers n’importe où, elle pouvait encore prétendre la rousse Lagrane. Elle était maîtresse dans l’art de cacher ses sentiments, ses véritables pensées - ce dégoût, si profond, pour l’indifférence qui lui retournait l’estomac. Elle pouvait encore prétendre. Pour combien de temps ? Combien de temps saurait-elle mentir à un duc qui sortait de treize ans de mensonges, d’une femme autrement plus douée que la peintre  dans cet art ?

Tu ne lui mentiras pas. Pas pour toujours. Son regard rencontra le sien. Tu te répares déjà. Tu peux te soigner. Elle le devait. Doucement, avec une crainte non-feinte et naturelle, Amarante affronta l’air légèrement amusé du duc. Il ne s’en doutait pas. Il ne se doutera de rien. Déjà, tu vas mieux. Prétends, ça ira, tu verras.
Elle voudrait dire quelque chose. N’importe quoi. Ne pas sembler absolument terrorisée, à sa merci, ne pas sembler faible femme face au puissant - même si la situation s’y prêtait, et qu’elle avait l’impression qu’elle n’aurait qu’un rôle humble dans cette danse inconnue. Pas exactement ce à quoi elle était habituée.
Elle voudrait dire quelque chose, mais déjà sa main rencontre la sienne et elle lui abandonne. Sa raison lui dit de le faire.

“Comme de peindre ? “
Les explications la firent sourire, un peu, timide. Elle connaissait.. Elle connaissait, mais ne pouvait le dire. Sa main se posa sur son torse, délicate, hésitante. Elle connaissait les tracés des corps. Elle savait peindre le désir du bout de ses doigts sur la peau. Elle savait suivre ces lignes invisibles, semblables à des traînées de poudre sous l’épiderme, les embraser d’un toucher éphémère. Tout un savoir non-dit, peaufiné, discret. L’attente sublimait la beauté, rendait le corps magnifique. Intemporel. L’étincelle de besoin dans les yeux, les frissons, les corps qui se plient aux rapprochements, les murmures.
Elle connaissait, ce qu’il voulait lui apprendre.  Pourtant, sa main sur lui était encore hésitante. Elle se devait de l’être.

Là. Un frisson, irrépressible, alors que la main du duc descendait sur sa peau. Tu vois. Elle avala son propre sourire pour le retenir, Ses yeux suivant un cheminement différent, glissant légèrement sur les vêtements légers, de riche étoffe. L’heure était à la découverte et à l’exploration. Pas à l’angoisse que son corps ne s’allume pas comme il en avait l’habitude de faire, sous d’autres mains, plus fines, plus douces, moins marquées. Les mains d’Océane, légères sur sa peau, glissant de sa joue à son épaule, à sa poitrine ; gouttes d’eau délicates, discrètes, joueuses pourtant. Elle n’avait même pas consciemment évoqué la blonde.

“C’est…”
Le souvenir mordit sa chair, son souffle sauta un peu de manière perceptible, les yeux baissés sur sa main. Face à lui, elle se fit plus intéressée, découvrant un corps encore dessiné agréablement, ciselé par l’existence. Il était beau, elle l’avait déjà fait remarquer. Toute son âme d’esthète avait su s’accorder sur ce point. Il y avait une curiosité à toucher, à dessiner les lignes précises de son être, le long de son torse, sans oser glisser trop bas. Moins de courbes, sous ses doigts.
La rousse releva le regard vers lui, légèrement embué d’indéfinissable. De désir, évidemment, étincelle vibrante née de ses mains - de mains ansemariennes, certainement, mais des siennes vraiment ? -  D’une certaine peur.
De milliers de morceaux d’anticipation, bonne ou mauvaise, alors qu’elle se rapprochait de lui comme elle le pouvait. Elle savait mener la danse. Se laisser totalement mener serait plus que compliqué.
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMer 31 Oct - 3:22

Sa main qui glisse sur son corps, la sienne sur le sien. Des frissons, agréables, connus ; toujours aussi plaisants. Des sensations vues et revues, connues mille et une fois mais toujours aussi délicieuses. Le regard de la rousse qui se relève pour retrouver le sien, un reflet d’émotions et de sentiments qu’il y lit : désir, anticipation. Des ressentis qu’il imagine peut-être, qu’il lui donne plutôt qu’il devine chez elle. C’est égoïste peut-être, sûrement. Il a besoin d’elle, là maintenant, comme il veut qu’elle soit, et Amarante le lui donne. Elle lui donne le miroir de ce qu’il a besoin, de ce qu’il cherche. Du déni qu’il trouve en elle, en la prenant ainsi, sans se questionner, sans la questionner. En se mentant, en lui mentant.

Ses lèvres viennent retrouver les siennes, sa main qui glisse sur sa taille, passant impunément sur sa poitrine, qui vient s'agripper à son corsage, sans retenue. L’autre qui retrouve sa nuque, qui l’attire plus encore contre lui, ses doigts qui se mêlent à ses boucles rousses. Ses lèvres qui goûtent les siennes, qui s’y abandonne, à ce qu’il y trouve, ce qu’il s’y invente y trouver. Ça n’a pas d’importance.

Il est perdu. Perdu dans ce qu’il connaît, ce qu’il a eu, ce qu’il aura, ce qu’il n’a jamais eu et qu’il n’aura plus jamais. Il est perdu dans ce qu’il connaît et ce qu’il s’est imaginé. Ce qui n’a jamais été mais qu’il aurait toujours souhaité. Elle est un souvenir, elle représente cent fois plus ce qu’elle n’est. Il ne l’a connait pas, la jeune Amarante. Il ne l’avait pas même remarquée, avant aujourd’hui, avant cette heure. Son esprit était ailleurs, occupé par le procès, occupé par le deuil intérieur qu’il refusait de montrer, occupé par l’alcool qui endormait ses sentiments. Elle avait éveillé en lui certaines choses ; non pas elle même, mais par l’art qu’elle produisait. Le duc qui n’avait jamais été un grand amateur des portraits savamment couchés sur toile s’était vu happé par la véracité et la nature crue et révélatrice des esquisses de la jeune femme. Happé par ses propres sentiments qu’il avait refoulés au fond de lui mais qui remontaient à présent alors qu’elle leurs avait donnés vie. Happé par l’image de Jehanne, couchée en des traits rapides, qu’il ne reverrait sans doute jamais. Il l’avait souhaité ; il savait que c’était la seule façon de se détacher totalement de la blonde, d’oublier les souvenirs et l’avenir qu’elle lui avait un jour promis et auquel son esprit s’était toujours un peu attaché même s’il le savait depuis longtemps impossible. Tant qu’elle était là, tant qu’il pouvait l’ignorer, tant qu’elle était soumise et silencieuse.

Mais tout avait été brisé. Elle, lui. Ce qu’il n’aurait jamais mais qui était là, malgré tout. Ce qu’il avait et qu’il ne voulait pas.
Il a besoin de se réparer, il a besoin d’oublier, de tourner la page. De dire adieu. Il a besoin, une fois de plus, une dernière fois, une seule fois. Et Amarante est là, et elle n’est pas là à la fois. Il l’utilise, sans s’en rendre compte vraiment. Il est attiré vers elle, mais ce n’est pas vraiment elle. Est-ce qu’elle le sait, est-ce qu’elle comprend ce qu’elle représente pour lui à cet instant ?

Ses lèvres quittent les siennes, ses mains la lâche, son regard se tourne dans la pièce, un moment, cherche. Quelque chose d’un peu plus confortable, mais le lieu qui sert d’atelier en est dépourvu. Une porte dérobée, un peu plus loin, et il devine de l’autre côté un petit salon. Si c’est le cas, ça fera amplement l’affaire. Moins confortable que les draps ou le matelas de son lit, mais ses appartements sont plus loin dans le palais, trop loin. Plus confortable du moins qu’une simple table ou que le plancher de bois. Sa main glisse sur son bras, retrouve la sienne, il l'entraîne avec lui, il ne lui donne pas vraiment le choix à vrai dire. Elle ne s’est pas éloignée, elle a laissé sa main glisser sur son corps, laissé son regard retrouver le sien ; c’est là bien assez de consentement.

Elle n’a pas besoin de faire grand chose, dans cette danse qu’il mène, seulement suivre le rythme de ses pas ; de ses mains et de ses lèvres, de son corps.


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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyJeu 1 Nov - 12:49

En avait-elle vraiment le droit ? Avait-elle le droit de substituer, dans son esprit, le duc à l’une de ses sujettes ? Une sujette qui, nombre de fois, avait parlé de lui avec autant de dévotion qu’Amarante en mettait à faire courir ses doigts sur lui. Avait-elle le droit d’imaginer la jeune du Jusant entre ses bras, s’imaginer lui céder à nouveau, apprendre d’elle encore et l’aimer ? Avait-elle le droit, la rousse, d’ouvrir la porte à des souvenirs d’un autre plaisir bien différent, plus secret, plus attirant que la collision des corps qu’elle redoutait encore ? Océane s’était faufilée, discrète, dangereuse, à l’intérieur de ses pensées. Le souvenir de l’Ansemarienne avait fait éclater en Amarante quelque chose, juste naître une once d’anticipation et de désir, et ça avait suffi.
Ca avait suffi à l’homme en face d’elle, aux mains possessives, au corps qu’elle découvrait avec une fascination interdite non feinte, pour l’attraper. Il avait su trouver du bout des doigts le sursaut d’excitation et s’en emparer, le faire sien, lui faire embraser son corps. Ca avait suffi pour que la Lagrane oublie l’origine de la chaleur née dans son bas-ventre – le souvenir de lèvres carmines qui se posent sur sa peau, les mains qui remontent et dansent, parfumées, délicates -, ça avait suffi pour qu’elle se laisse aller à prétendre.

Il l’embrassait comme on cherche, désespérément, à fuir et à gagner, jusqu’à voler son souffle, voler sa capacité à réfléchir, à bouger. Il l’accaparait entièrement, ses mains glissaient sur le tissu clair, sur sa peau parsemée de tâches de son et de grains de beauté, plus douce sous le corsage qui la comprimait. Elle en frissonnait, sa tête lui tournait et son esprit s’était vidé de toute chose. Il n’y avait plus rien, seulement eux.
Un duc possessif, brisé par l’amour d’une vie qui avait été avorté, pourri par de la rancoeur et rangé au fond du coeur ; elle, qui avait tué le sien  sciemment et qui en combattait les relents, bouffée par la peur de seulement dire son attirance, incapable de croire qu’elle aurait une fin heureuse. Eux, qui combattaient chaque jour un peu leur conscience qui leur souffle combien ils avaient fait du mal à leur coeur.
Ce n’était pas aujourd’hui qu’ils se rendraient compte de ce qu’ils avaient laissé derrière, pas aujourd’hui qu’ils se répareraient.

La rousse, le souffle court, les lèvres gonflées et humides de leurs baisers et le coeur battant se laissa aller à le suivre. La porte claqua derrière eux, laissant l’atelier inhabité. Le salon attenant était plus calme, d’ordinaire, et ses grandes fenêtres donnaient sur l’eau en contrebas. Le mobilier y était accueillant, dans des tons bleus et bois clair – d’un bleu d’Ansemer.

Amarante essaya de conserver un semblant de calme, alors qu’elle refermait la porte derrière eux. Ce n’était pas seulement la peur et l’appréhension qui lui nouaient l’estomac, c’était ce mélange de fascination et d’attente qui faisait pétiller son sang – qui la rendait aimante, qui agitait en elle trouble et désir. Il y eut d’abord les hésitations. Elle s’était soustraite à ses mains, d’un sourire innocent mais mal assuré.
« Je peux le faire. » Les mots résonnaient dans un silence tendu d'attente, l'enrichissait.
La peintre avait hésité, les doigts au dessus de ses lacets avant de réussir à délacer sa propre tenue. Puisqu’il fallait le faire, puisqu’il fallait offrir son corps. Elle avait révélé la pâleur de sa peau dans la lumière du jour qui semblait la nimber d’or clair. Dans son esprit, elle se savait maîtresse de la situation ; dans la réalité, elle était à sa merci, et devait se laisser guider : lui offrir au moins ça, c’était la dernière goutte de pouvoir qu’elle pouvait avoir.
Amarante avait senti ses yeux sur elle. Elle en avait rougi.
Elle en avait rougi mais ne s’était pas cachée. Avait incliné la tête, le corps quelque peu, sans oser croiser son regard.
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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyMar 6 Nov - 22:19

La porte qui se referme derrière eux, qui les isole du reste du monde ; du palais qui grouille de ses activités quotidiennes, de leurs obligations personnelles, de la réalité que chacun tente de nier à sa façon.
Ils sont seuls, dans le petit salon avenant à l’atelier. Une pièce parmi tant d’autres dans ce palais où chacunes vient à se ressembler un peu plus. De grandes fenêtres aux drapés gardés ouverts qui donnent sur la mer en contrebas. Un infini de mer et de ciel qui se mêle jusqu’à ne plus pouvoir discerner la fin de l’un et le commencement de l’autre. Des meubles aux tissus dans diverses teintes de bleus. C’est une impression de calme qui se dégage de ces petites pièces, comme un petit refuge de vacances où l’on vient s’étendre un peu après une longue marche sur les quais sous le soleil chaud de l’été.

Mais il n’y a pas de calme qui règne en ce moment dans le petit salon. La porte est refermée et sitôt le duc vient retrouver la peintre. Ses mains qui retrouvent son corps, qui glissent sur ses bras, sur sa nuque, sur son cou. Ses doigts qui s’entremêlent dans ses boucles rousses, qui descendent vers son corsage dans un geste qu’il a tant l’habitude de faire. Il a appris, à foce. À défaire ces lacets qui emprisonnent le corps de ces demoiselles. Il sait être doux comme il sait faire violence, dénouer délicatement ou arracher les pans de tissus coûteux qui alors deviennent inutilisables. Mais la jeune Lagrane s’est soustraite à ses mains qui commençaient à travailler, et son regard retrouve le sien un moment alors qu’elle lui dit pouvoir s’en charger. Alors il recule, il recule jusqu’à venir s’asseoir sur l’un des fauteuil, son regard qui ne la lâche pas pour autant. Son regard qui a quitté ses iris pour détailler le corps qu’elle dévoile lentement devant lui. Les courbes qu’elle dénude pour lui, qui sous la lumière du soleil se teintent d’un éclat d’or. Il la laisse se déshabiller, laisser tomber chaque morceau qui compose sa robe et son corsage ; il la laisse s’offrir à lui, être maîtresse de cet instant avant qu’il revienne danser à son tour et qu’il guide à nouveau le rythme de ses pas.

Avant qu’il se relève, qu’il dégrafe son gilet, qui retire sa chemise d’un geste habitué, qu’il retrouve Amarante. Ses mains qui retrouvent son corps, qui découvrent son corps maintenant nu ; la douceur de sa peau, ses frissonnements sous ses doigts qui glissent sur ses courbes. Il l’attire à lui, retrouve ses lèvres alors qu’il presse son corps contre le sien. Qu’il la guide jusqu’à une méridienne où il vient la coucher, sans la lâcher ; ses lèvres qui remplacent ses mains sur son corps, alors que ses doigts s’affairent à faire tomber les derniers vêtements qu’il porte. Son corps qui vient chercher le sien, dans un mélange de douceur et d’avidité. Son regard qui s’accroche à ses iris, la fraction d’une seconde, pour un instant chercher à y lire si ces derniers vibrent de la même passion ardente qui alors l’anime.

Faire brûler l’envie, s’abandonner pour ne plus pouvoir réfléchir, se rattacher à ses émotions primaires qui sont teintées de souvenirs et d’émotions toutes autres. Oublier. Nier. Prétendre. Refuser.
Il prend comme il aura si souvent fait ; auprès d’elle ces rares fois où il venait la retrouver, auprès de Geneviève quand il la faisait venir pour noyer la colère qu’elle créait en lui, auprès de ces Compagnes qui étaient là pour lui faire croire, un moment. Il prend comme il aurait souhaité prendre quand il ne le pouvait plus, quand ils avaient tout détruit. Quand il avait tout détruit.

Et elle goûte presque les fleurs. Les fleurs lagranes qu’il déteste tout autant qu’il ne peut s’empêcher d’aimer malgré tout.

Et il oublie, un moment. Noyé dans le flot de la passion et du plaisir. Noyé dans l’immédiat si prenant qui nous empêche de penser et force à l’abandon. Qu’il est doux le déni ; ce déni que l’on prend plaisir à goûter, ce déni qui nous enveloppe dans les draps réconfortants de ce que l’on connaît et que l’on sait fonctionner.


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Message Sujet: Re: L'art de taire ce que l'on a dans le coeur   L'art de taire ce que l'on a dans le coeur EmptyVen 9 Nov - 23:47

Elle en avait envie. Aussi étrange que cela pouvait paraître, à ses yeux, elle en avait envie. Curiosité saine, intérêt de l’interdit ? Elle ne saurait le dire. Elle en avait envie, un désir frémissant, les prémisses d’une extase promise du bout des doigts qui jouent sur sa peau ; elle voulait découvrir, elle voulait se donner, là, maintenant, elle voulait l’abandon et l’oubli. Elle voulait que la chaleur au creux de son ventre se mue en brasier, qu’il incendie en une colonne dévorante son être et la laisse réchauffée et épuisée entre ses bras. Elle voulait le plaisir, la nouveauté de ce que tous considéraient comme normal. Elle voulait goûter à ce que l’on lui refusait. Sans doute, inconsciemment, Amarante ne voulait pas des hommes pour se préserver pour le mariage. Menteuse.

Elle en avait envie. Nue devant lui, décidée, aux gestes plein d’incertitude, elle voulait continuer – de toute manière, il était trop tard pour reculer. Elle avait envie, des mains puissantes d’une force toute contenue, de ses lèvres, de ses baisers, de sa présence. De son corps sous ses doigts à elle qui cherchaient vainement des courbes et se heurtaient à la force des lignes ; de sa prestance, de son assurance, lui qui savait où la mener, qui savait quoi faire, qui connaissait cette cohésion secrète, collision imparfaite des êtres.
La peintre s’était laissée mener et s’était laissée faire, s’arquant de bonne grâce, laissant leurs corps se trouver. Menteuse.

Amarante retiendrait tout, de leur étreinte. Le moindre souffle, la moindre caresse, le plus petit son sorti d’entre ses lèvres. Elle retiendrait comment elle avait baissé la garde, comment il avait eu l’air de l’embrasser comme si elle n’était pas vraiment là. Elle retiendrait la manière dont elle s’était repue de leur chaleur partagée, dont elle s’était pliée à ses demandes et dont il avait su l’instruire.
Elle retiendrait qu’aussi beau qu’il puisse être, qu’aussi brisé qu’elle elle puisse le sentir – ses baisers avaient le goût du désespoir et du mensonge -, elle n’était pas faite pour lui. Qu’il n’était pas fait pour elle.
Elle retiendrait qu’il y avait quelque chose, entre eux. Quelque chose qu’ils avaient voulu exprimer par la rencontre de leurs corps, par l’instinct premier de vouloir se retrouver comme s’ils étaient autrefois ensemble. Elle retiendrait, la peintre, nombre de détails. Elle retiendrait son âme.

Elle retiendrait qu’elle était brisée, anormale, blessée pour toujours. Qu’elle aurait du se contraindre, qu’elle aurait du, quitte à profiter, mentir sur son désir. Elle retiendrait qu’il avait perdu son temps, qu’elle lui avait menti, à lui aussi, qu’elle leur mentirait toujours à tous. Qu’elle devrait se soigner. Qu’il ne devrait, surtout, jamais apprendre les larmes qui allaient couler en repensant au désir entretenu de souvenirs d’une autre, derrière ses paupières closes. Qu’elle en pleurerait, seule, de n’avoir su profiter, de n’avoir su prendre le plaisir qui, pourtant, était là, qu’elle aurait voulu saisir.
Elle cacherait son trouble sans souci derrière des yeux doux et des sourires, des mensonges et des mots décousus, derrière le rideau cascadant de sa coiffure défaite. Elle lui mentirait. Pour ne pas le plonger dans la même souffrance qui commençait à lui scinder le coeur.
Il y avait quelque chose, entre eux. L’âme de l’artiste appelait désespérément à se rapprocher du duc d’Ansemer. Juste, pas de cette manière. Quelque chose qui les rendait semblables, au point de lui faire mal, de ne pas savoir. De ne pas vouloir chercher.

Quelque chose qui lui permettrait d’éclairer le dessin qu’elle jetterait sur le papier, une fois seule. Un dessin d’une traite, comme une illumination. Comme Crisinthe, des années auparavant.
Il y avait quelque chose, entre eux. Quelque chose qu’ils ne sauraient jamais nommer, dont ils n'auraient pas conscience forcément. Ce talent fou qu'auront toujours ceux qui n'osent avouer leurs sentiments pour des êtres qu'ils ne peuvent plus atteindre, qu'ils ont perdus, par leur propre faute.
Cet art subtil et si violent, qui manie le silence et vous détruit de l'intérieur.
Ce déguisement que jusqu'à la fin, il faudra porter, parce qu'il est tellement plus simple de se mentir et s'oublier que de se revendiquer et d'exister.  
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