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 Le prix d'avoir osé aimer

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Bertin Vif-Envol
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Message Sujet: Le prix d'avoir osé aimer   Le prix d'avoir osé aimer EmptyVen 31 Aoû - 4:46


Livre III, Chapitre 5 • La Joueuse de Flûte
Gabrielle de la Volte & Bertin d'Ansemer

Le prix d’avoir osé aimer

Un homme est toujours la proie de ses vérités



• Date : 5 septembre 1003
• Météo (optionnel) : Grisailleux
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Arrivé depuis peu à Lorgol, Bertin contacte Gabrielle pour lui donner de ses nouvelles. Les deux amis conviennent de se rencontrer dans une auberge pour échanger des nouvelles trop délicates pour être transmises par écrit.• Recensement :
Code:
• [b]5 septembre 1003[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t4109-le-prix-d-avoir-ose-aimer#152651]Le prix d’avoir osé aimer[/url] - [i]Gabrielle de la Volte & Bertin d'Ansemer[/i]
Arrivé depuis peu à Lorgol, Bertin contacte Gabrielle pour lui donner de ses nouvelles. Les deux amis conviennent de se rencontrer dans une auberge afin d’échanger des nouvelles trop délicates pour être transmises par écrit.










Dernière édition par Bertin d'Ansemer le Lun 3 Sep - 17:23, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Le prix d'avoir osé aimer   Le prix d'avoir osé aimer EmptyVen 31 Aoû - 4:51

Quel jour sommes-nous ? Je m’efforce d’y penser alors que je m’éveille dans une pièce qui m’est encore inconnue. Il me faut un moment pour retrouver mes esprits et me rappeler où je me suis endormi. Il faut dire que les derniers jours ont été une suite d’événements qui s’emmêlent comme si le temps n’était plus qu’un capharnaüm de souvenirs pêlemêles. Un flou dont je n’arrive pas à me débarrasser, dans lequel je flotte depuis presque deux mois déjà. Tout est brumeux. Tout est acéré, douloureux.

Je repousse la couverture sans laquelle je me suis empêtré en dormant et je me redresse. Je ne me souviens que vaguement de la soirée précédente. De ce qui m’a poussé à m’endormir sur le sol plutôt que dans le lit sur lequel je viens m’asseoir en m’étirant. Je sais qu’il y a eu des larmes. Il y en a souvent dernièrement. Jamais devant autrui, mais lorsque je suis seul, désarmé, vulnérable face à toutes ces émotions qui cherchent sans cesse à me submerger. Je sais, donc, que j’ai pleuré hier. J’ai le nébuleux souvenir d’un parfum qui pique le nez et d’un inconfort que je n’arrivais pas à dompter alors que les larmes roulaient sur mes joues. J’étais presque bien au sol. Presque. L’inconfort physique qui chasse celui, beaucoup plus difficile à gérer, émotionnel. Un bref moment de répit pour retrouver le sommeil quelques heures au moins. De quoi avoir l’air un peu présentable.

Parce que malgré tout. Malgré la perte de mes titres, de mes terres, de ma vie à Ansemer. Malgré la perte de mon amante, de l’Amour de ma vie, j’ai un égo, une certaine dignité à conserver. L’idée même me fait presque rire alors que je fais le tour de la pièce des yeux. La poussière s’est accumulée en une coriace couche sur les meubles et même au sol, et tout a besoin d’un sérieux coup de ménage. Mais c’est chez moi, me dis-je. Un faible sourire s’affiche un instant sur mes lèvres à cette idée. « Chez moi. » L’endroit n’est pas forcément habitable en l’état, mais j’avais simplement besoin d’un toit pour la nuit. Cela vaut toujours mieux que les rues de la Ville-Basse en pleine nuit.

J’aurais pu me présenter dans une auberge. D’autant plus que je devrai m’y rendre justement dans quelques heures à peine. Je l’aurais fait, autrefois, lorsque j’avais le revenu de mes terres en plus de mon salaire pour supporter mon style de vie. La simplicité me semblait beaucoup plus appréciable lorsqu’elle était volontaire. Y être contraint est tout de même moins agréable. Et plus inquiétant. Voilà à quoi je songe alors que je me lève enfin pour me forcer à bouger, à m’éveiller, et à vivre.

Une toilette attentive tente de chasser l’air hagard qui semble s’être emparé de mes traits ces dernières semaines. Les nouvelles sont déjà assez dures ainsi sans que mon état physique vienne inquièter la princesse de la Volte. Ce n’est qu’un peu de poids perdu, que des traits tirés, de nouvelles rides. Du sommeil, de la vraie nourriture. Voilà tout ce qu’il me faudra pour retrouver la forme. Je m’efforce de chasser les souvenirs qui m’assaillent lorsque j’enfile la seule tenue adéquate pour cette rencontre que je peux trouver dans mon paquetage. Typiquement ansemarienne, elle ne peut que me rappeler ma vie à la cour, à Port-Liberté. C’est d’ailleurs dans ce but que le vêtement avait été commandé récemment. Peut-être devrais-je remercier les dieux d’avoir toujours préféré les tenues simples et sans grand apparat. Aussi cruels soient les sentiments que la tenue m’évoque, sa simplicité me permettra peut-être de me fondre dans la masse de la Ville-Haute.

Enfin prêt, je n’ai plus qu’à quitter cette maison délabrée qui est maintenant mienne – heureux hasard sans doute – et me diriger vers la Ville-Haute, ce quartier voisin, à quelques rues de chez moi. J’ai encore du temps devant moi, je suis fort tôt même diraient certains. Mais l’animation des rues me distrait de mes propres soucis. Ici, comme toujours, je peux me fondre dans la masse et n’être personne en particulier. J’ai toujours aimé Lorgol pour cela. Et la retrouver enfin pour quelques temps me fait du bien.

C’est donc plutôt apaisé que je rejoins enfin l’auberge peu avant l’heure prévue de notre rencontre, tel que nous en avons convenu. Je n’ai plus qu’à l’attendre, posé calmement dans cette chambre où l’on a rendez-vous. Un rendez-vous secret, incognito. Une idée que je chasse vite de mes pensées. Elle me fait songer à Jehanne, mais j’ai envie d’accueillir Gabrielle avec le sourire...








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Gabrielle de Faërie
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Message Sujet: Re: Le prix d'avoir osé aimer   Le prix d'avoir osé aimer EmptyLun 1 Oct - 15:31

Le plus difficile avait été de s’introduire au coeur de l’auberge sans se faire reconnaître. Elle avait rusé, Gabrielle, empruntant les jupons de sa douce Anaïs et couvrant son minois d’une capuche un peu terne. La princesse, d’ordinaire bien franche et loin de ces cachoteries, n’avait eu que bien peu le choix. C’était un adieu. Ce pilier si rassurant lors des soirées mondaines, cet homme amusant et désinvolte, ce prince charmant qui avait toujours un sourire et de gentilles paroles à lui offrir : tout ce que représentait Bertin était désormais effacé par le drame qui avait eu lieu en Ansemer. Le duc Bartholomé le méprisait, tout comme il méprisait son épouse. Elle y avait pensé, bien sûr, à la possibilité que Bertin soit le père de Bertille, comme il semblait être celui de l’enfant à venir. Le coeur en berne, la douce Cibellane avait songé à l’avenir de la petite princesse, ainsi qu’à celui de Bertin et Jehanne, à combien sa discrète amie devait être dévastée et chagrine de ses épousailles pour retrouver ainsi les bras du frère de son époux…

Antonin s’était assuré de son état et de ses sentiments, et cette simple délicatesse avait ému considérablement la Cibellane. Ils avaient parlé longuement de cette perte commune, de cet ami qu’ils se partageaient sans réellement le savoir. Elle lui avait fait comprendre, à mots couverts, combien il serait doux de lui dire au revoir. Son fiancé ne l’avait pas détournée de cette idée.

Ainsi donc, elle rejoignait cette chambre modeste et légèrement odorante, aux frontières de la Ville Haute. Il y avait là quelque chose qui lui rappelait sa jeunesse, alors qu’elle rencontrait un amant secret, loin du regard inquisiteur de Gaëtane, ou qu’elle cherchait les lèvres d’une amie sans faire naître un scandale. Discrète, si discrète, jusqu’à sa vie intime. La course aux fiançailles l’avait fortement ébranlée, et la déception de ses prétendants jumelée à l’amertume de Gaëtane rendaient Gabrielle particulièrement fragile. Elle n’avait pas pour habitude d’afficher ainsi ce maigre volet de sa vie qu’elle aimait préserver jalousement. Son mariage à venir la projetait dans une position bien peu confortable, exhibée aux yeux de tous sous le masque d’une princesse qui se devait d’être parfaite. Rôle qui ne lui convenait pas très bien, elle en était consciente.

C’est dans cet état d’esprit, bouleversée par les affaires de coeur de son ami, chagrine de savoir qu’il s’agissait d’un adieu et légèrement enchevêtrée par sa propre histoire que Gabrielle de la Volte se faufila dans la chambre. La porte n’avait que bien peu grincé, alors qu’elle la refermait derrière elle. Il était là, amaigri et changé, le regard triste malgré un sourire qu’il s’efforçait d’afficher.

- Oh… Bertin...

Elle avait murmuré son nom avant de s’élancer sur lui, de le serrer contre elle et de l’étouffer entre ses bras fins. Elle lui en voulait un peu de ce coup d’éclat, de chambouler ainsi sa vie par les éclaboussures de ses frasques, de lui faire rejeter une amitié longue d’une quinzaine d’années. Gabrielle lui en voulait aussi qu’il s’inflige à lui-même ainsi qu’à Jehanne et Bertille autant de chagrin et de malheur. Mais à le voir là, devant elle, bien loin de sa désinvolture habituelle, la Cibellane se sentait bien petite. Il récoltait déjà ce qu’il avait semé. Il avait tout perdu.

- Que s’est-il passé? Qu’avez-vous fait…? Je n'ai eu droit qu'aux rumeurs et déclamations officielles qui se contredisent déjà. Et comment allez-vous, avant toute chose? Êtes-vous en danger, à Lorgol?

Elle s’était détachée de lui pour le laisser lui répondre, désormais toute attentive. Bientôt, Gabrielle pourrait rejeter les rumeurs et s’en remettre à l’une des versions de cette affaire.




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Message Sujet: Re: Le prix d'avoir osé aimer   Le prix d'avoir osé aimer EmptySam 10 Nov - 20:30

Je lève les yeux à l’infime son de cette porte qui ferme, je la reconnais, cette amie, douce et apaisante vision en ces temps troublés.

« Bonjour, Gabrielle. »

Ma voix se voulait basse, discrète, mais cette étreinte inattendue y glisse une faiblesse, un tremblement léger que je m’efforce de réprimer alors que j’ose passer mes bras autour de ses épaules. Ce simple geste, tendre, amical, qui menace de briser le masque de calme que je tentais de lui offrir pour la rassurer. J’inspire lentement, profondément, pour chasser les larmes qui m’embuent le regard et que je refuse de laisser couler. Une question d’égo encore, sans doute. Ne pas vouloir paraître plus faible que je ne le suis, ou que je ne me plais à penser… Mes deux mains viennent se poser avec naturel sur ses épaules alors qu’elle s’éloigne, l’arrêter un instant en y faisant une légère pression toute amicale. Je lui souris, et je parviens même à avoir un petit rire, éclat d’une personnalité, d’un homme d’antan. « Assoyez-vous Gabrielle, et je répondrai à vos questions. »

La chambre est modeste, mais offre tout de même le luxe tout relatif d’une conversation assise. Peut-être serons-nous ainsi plus confortables. Elle pour écouter, moi pour raconter, expliquer. Des années de mensonges à démystifier. Un poids, peut-être, en moins sur les épaules. La sensation d’être enfin honnête, même s’il est trop tard et que ça ne ramènera rien. J’esquisse un faible sourire en m’installant en face d’elle. Sans même y penser, je tends la main pour prendre la sienne, cherche son regard pour la rassurer.

« Je ne suis pas en danger. Pas à ma connaissance du moins, je ne suis arrivé à terre qu’il y a quelques jours. Mais si Bartholomé avait voulu se débarrasser de moi, il l’aurait fait en Ansemer. Il en avait tous les droits. » Je soupire profondément, serrant ses doigts fins avec douceur. « Mais je suis ici, vivant. Cela nous suffira pour le moment, qu’en pensez-vous ? J’espère seulement que vous vous portez bien et que cette histoire ne vous aura pas trop atteinte, considérant la relation que nous entretenions. Comment allez-vous ? » Je n’ai pas envie de dire comment je vais. Je vis, même si une part de moi préfèrerais ne pas le faire. Même avec très peu d’espoirs il faut survivre…

Je laisse ses doigts glisser entre les miens, me redresse légèrement sur ma chaise seulement pour baisser le regard. Inconfortable, hésitante, je cherche comment amener la question, comment révéler ce que je tais depuis de si nombreuses années… « Je ne sais même pas par quoi commencer… » J’inspire profondément, lentement, niant de la tête. Cela n’aide en rien à clarifier mes pensées, ni la situation d’ailleurs. Ç’aurait été trop facile. « Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait, mais je ne peux pas dire que je regrette. Cela semble étrange, n’est-ce pas ? Une part de moi a honte, alors que l’autre sait que je prendrais probablement les mêmes décisions si j’avais à revivre ma vie dans les mêmes circonstances. » J’offre un sourire triste à cette amie qui brave les interdits sociaux pour me retrouver, pour écouter mon histoire. « Je ne peux pas regretter avoir aimé, avoir été aimé… Avoir été heureux, réellement heureux, ne serait-ce que brièvement, quelques fois dans ma vie. » Mais je n’en suis pas fier, non. Il y a dans ma voix le poids de l’amertume de cette situation. Le poids de la tristesse qui me serre le cœur.

« Je regrette sincèrement que cela ait dû être au dépend de mon frère et de Bertille. Et de Jehanne… Avez-vous des nouvelles d’eux ? Avez-vous pu vous entretenir avec elle ? » Il y a une lueur d’espoir dans mon regard, dans les notes de ma voix. Espérer, sans y croire vraiment en connaissant Bartholomé. Mais Jehanne a été libérée depuis quelques temps. Peut-être a-t-elle contacté Gabrielle ? Je prendrais n’importe quel signe de vie comme une bénédiction. Même une missive de quelques mots. N’importe quoi pour m’accrocher à l’espoir qu’elle soit encore en vie…








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Message Sujet: Re: Le prix d'avoir osé aimer   Le prix d'avoir osé aimer EmptyJeu 20 Déc - 23:49

Il n’allait pas bien, malgré son rire, malgré ses paroles. Il n’allait pas bien et Gabrielle le ressentait. Cette voix, qui se brisait un peu. Ce regard qui brillait de chagrin contenu. Son rire ne l’avait pas trompée, et la Cibellane consentit néanmoins à prendre place devant lui, sur l’une des chaises présentes dans la pièce. Elle rabattit la capuche à son dos sous une cascade de boucles cuivrées avant de s’accouder sur la petite table, seul rempart entre deux tristesses. Lorsque Bertin avait pris sa main entre la sienne, Gabrielle ne s’était pas dégagée. Son ami… Son pauvre ami.

Il lui racontait le voyage en mer, et le prince - l’ancien prince - d’Ansemer ne semblait pas s’en émouvoir. La traversée n’avait pas dû être agréable, sans doute relégué au rang de nuisible, l’esprit embrumé de ses fautes, de ses doutes, de son chagrin. Bartholomé le séducteur, celui-là même qui la faisait rougir alors qu’elle n’était qu’une doute jeune femme, avait laissé la vie sauve à Jehanne et Bertin. L’injustice semblait toujours présente, pour la Cibellane élevée dans une société matriarcale, mais l’affaire aurait pu rapidement devenir tragique, en elle était consciente. Bertin se contentait d’être en vie ; Gabrielle acquiescait. Il lui semblait avoir perdu deux amis chers, d’un seul coup. Mais elle allait bien. Elle tenait bon, et son chagrin était bien risible devant celui du couple fautif essuyant le deuil d’un enfant perdu.

- Je ne vous juge pas, Bertin… Nous savons tous deux les raisons poussant une femme à prendre un amant, en Cibella.

La souffrance des époux, devant les amants respectifs. La situation n’était pas si simple, et la faute était très certainement partagée. Mais en Ansemer, comme en de nombreux duchés, l’homme avait tous les droits. La princesse n’était pas particulièrement friande des trahisons et ne comptait pas faire souffrir son futur époux, mais encore fallait-il qu’il lui accorde un peu de tendresse, de respect et de reconnaissance. La simple idée d’épouser un homme qui en préférerait une autre l’effrayait. Le mariage d’arrangement était difficile, et il ne lui resterait très certainement qu’Antonin, comme principal allié, lorsqu’ils auraient échangé leurs voeux. Puis Bertin la questionna avec tant d’espoir, dans les yeux, dans la voix, que Gabrielle hésita un moment avant de lui répondre.

- Je crains que les nouvelles ne soient pas tendres, Bertin. Jehanne a été jugée pour votre liaison, il y a quelques jours… Répudiée. Je n’ai eu aucune nouvelle d’elle. Certaines de mes plus loyales domestiques ont tenté de la rejoindre, sans résultat. Elles ont toutefois noté le séjour du comte Rodrigue de l’Ancre-Fleurie, mais Jehanne demeure introuvable. Je n’ai pas… Je ne détiens pas un réseau suffisant, pour la retrouver. Je suis si désolée, Bertin.

Des amitiés brisées. De la honte, sans doute, que s’imaginait la Cibellane. Et pourquoi donc, après tout? Une femme ne cherchait pas ainsi les bras d’un autre dans un mariage heureux. Gabrielle ferma les yeux, un moment, alors qu’elle sentait les larmes vouloir se montrer. Comme elle aurait aimé revoir Jehanne. La serrer dans ses bras. Lui dire qu’elle la comprenait. Qu’elle avait pleuré le petit être mort-né. Qu’elle comprenait la lourdeur de sa faute, et la lourdeur de son mariage. Mais elle n’était plus là, l’ancienne duchesse. Elle avait quitté sa vie comme elle avait quitté Ansemer : sans laisser la moindre trace. Il n’y avait plus que Bertin.




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Message Sujet: Re: Le prix d'avoir osé aimer   Le prix d'avoir osé aimer EmptyLun 14 Jan - 4:33

Elle ne me juge pas, la jolie Gabrielle. L’entendre m’apaise un peu même si ça n’effacera jamais ne serait-ce qu’une parcelle de la honte qui m’afflige. Ni de la douleur que cette relation enfin révélée a imposée autour de nous. Il reste que de l’avouer enfin, de voir que cet écart est accepté à défaut d’être socialement approuvé…

- Les choses auraient été fort différentes si nous avions été cibellans…

J’en souris, à cette idée. Une évasion momentanée vers une impossibilité imaginée. Ç’aurait été plus simple oui, forcément. C’est Bartholomé qui aurait porté le blâme pour toutes ces années où il a été un mauvais époux, et Jehanne n’aurait pas eu à souffrir autant. Je sens mon faible sourire s’effacer à cette pensée, mes troubles revenir. Toutes ces années de souffrance. Et avais-je seulement aidé, au fond ? Je l’ignore. Je ne sais plus.

Et voilà que même Gabrielle a perdu la trace de Jehanne. J’encaisse difficilement la nouvelle, je sais qu’elle le lira sur mes traits. J’ai du mal à retenir mes larmes et c’est avec hâte que j’essuie du revers de ma manche celle qui s’échappe pour rouler sur ma joue, comme un enfant. Enfin, lentement, je nie de la tête.

- Je ne vous en veux pas, rassurez-vous. J’espérais, simplement… Je n’ai même pas pu lui dire au revoir…

Ma voix se casse, et les mots se perdent dans les larmes que je ravale avec peine. J’ai la gorge si serrée que j’ai du mal à respirer. Je sens ma main trembler légèrement dans la sienne sans savoir l’arrêter. Pourtant je serre ses doigts fins entre les miens, délicates attaches à un monde, une vie qui ne m’appartient plus, mais dont je ne suis pas tout à fait prêt à faire le deuil. Un peu de douceur, de chaleur, de lumière dans un monde si froid, si sombre, me semble-t-il dernièrement. J’inspire lentement, très lentement. Je m’éclaircie la gorge légèrement à la recherche de cette voix qui se perd, affligée par la tristesse.

- Elle méritait tellement mieux que lui, Gabrielle. Jehanne est une femme merveilleuse… Elle méritait un homme qui la respecte… J’aurais tu mes sentiments si elle avait eu un époux digne de ce nom… Je ne devrais pas médire mon f….

Je me tais un instant, quelques secondes, lorsque je me corrige sur cette appellation. Bartholomé a été clair. Je ne suis plus son frère. Peut-être vaut-il mieux que je ne l’appelle plus ainsi.

- Je ne devrais pas maudire le duc, il avait ses raisons… mais je ne peux en approuver aucune…

Je soupire, évitant de m’étendre davantage au sujet d’un homme que j’aime autant que je méprise. D’un homme qu’elle devra fréquenter et respecter, ne serait-ce qu’en tant que duc. Rien ne sert de donner des détails qui ne serviraient qu’à blesser encore davantage les cœurs brisés.

- Pardonnez-moi… Je tais ma colère envers lui depuis si longtemps.

J’inspire lentement avant de soudainement changer de sujet. Pas que le nouveau soit plus réjouissant, bien au contraire, mais je n’ai pas envie de m’enliser dans ma colère. Je l’ai déjà suffisamment ressassée pendant mon voyage en mer.

- J’ai cru comprendre que l’enfant… Enfin, que l’enfant n’a pas survécu… Avez-vous obtenu des nouvelles plus officielles que les rumeurs qui circulent dans les rues ?

Je sais que ça ne me fera que plus de mal encore. Qu’elle ne m’amènera pas de nouvelles plus réjouissantes que celles partagées avec Rackham et mes collègues. De telles rumeurs ne seraient pas laissées à elles-mêmes si elles étaient infondées. Il n’en reste pas moins que j’ai besoin de l’entendre à nouveau. D’en recevoir la confirmation, une fois de plus. De cette nouvelle que j’ai du mal à imaginer et encore plus à accepter.

- J’aurais voulu les protéger…








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Message Sujet: Re: Le prix d'avoir osé aimer   Le prix d'avoir osé aimer EmptyDim 24 Fév - 21:53

Combien de mariages malheureux l’histoire de Faërie avait-elle portés? Trop, sans doute, pour s’émouvoir devant la mésentente des époux, mais Gabrielle ne pouvait s’en empêcher, d’autant plus que Jehanne était… avait été une amie proche. Elle avait toujours apprécié la femme discrète que la duchesse d’Ansemer avait été, elle-même timide, et avait trouvé en elle une alliée lors des soirées mondaines et des rencontres diplomatiques. Puis ces rencontres s’étaient muées en visites amicales, jusqu’à ce qu’elles sympathisent pleinement. Bertin disait vrai, lorsqu’il affirmait que leur histoire aurait été différente en Cibella. Il ne s’agissait que d’une chimère, d’y songer, mais les souvenirs d’une vie lointaine, d’une vie qui n’était pas la sienne lui revenait. N’avait-elle pas été l’épouse adorée de Castiel de Sombreflamme, là-bas? Peut-être était-ce ainsi pour Bertin et Jehanne : leur bonheur, ensemble, n’était pas dans cette vie, mais plutôt dans une autre. Elle voyait bien les yeux brillants du Chevaucheur, et son geste, brusque, pour chasser les moindres traces de chagrin sur ses joues. Gabrielle lui offrit une moue chagrine en le voyant si mal et regretter des adieux qui n’avaient pas eu lieu.

- Depuis un moment, déjà, avant sa grossesse, que Jehanne se faisait discrète et ne me voyait plus. J’aurais aimé la consoler, dans le deuil de cet enfant, la cajoler pour chasser ses craintes, avec le procès. Elle ne m’a pas laissé être une amie… Je crois qu’elle ne souhaitait peut-être pas être protégée, Bertin. Ni par vous, ni par moi, ni par quiconque.

Peut-être souhaitait-elle simplement protéger la princesse de Cibella, en l’éloignant des drames d’Ansemer? Gabrielle ne savait trop, mais le sentiment d’avoir été oubliée par une amie qu’elle avait tant aimée lui était amer. Moins amer qu’à Bertin, visiblement, qui contenait difficilement sa tristesse. Elle sentait son regard se brouiller, à le voir respirer si mal, torturé par les événements, et s’était inclinée pour enserrer sa main des deux siennes. Pauvre Bertin...

- Je sais de sources sûres que le procès fut éprouvant, pour Jehanne. Je sais également que Faërie et Ibélène ne seront sans doute pas prêts à l’accueillir, pour des raisons évidentes. Il ne reste que Lorgol et le sultanat d’Erebor… Je ne crois pas qu’elle ait pu rejoindre les routes et les caravanes.

D’un geste lent, hésitant, Gabrielle souleva sa main pour venir la déposer sur la joue rugueuse de l’ancien prince. Plonger le bleu de son regard dans le sien, inclinée sur cette table usée. Elle était sérieuse, la Cibellane, et torturée, aussi, de voir son ami si mal et si bouleversé. Toutes les rumeurs étaient donc fondées.

- J’aimerais que vous me promettiez de ne rien faire d’inconsidéré. Vous avez le droit à une nouvelle vie, après tous ces drames, toute cette souffrance. Vous méritez d’avoir votre propre place. Jehanne sera une partie de vous, jusqu’à votre dernier souffle, et vous aura marqué autant par le bonheur que le malheur, mais aujourd’hui… Aujourd’hui, j’aimerais que vous me parliez de votre avenir, de ce que vous comptez faire.

Qu’il lui parle de ses projets, d’un lendemain qu’il parvenait à percevoir malgré la grisaille d’un été douloureux. Il ne lui restait désormais que bien peu de choses. Ses amitiés issues de la noblesse n’étaient plus, ses terres lui étaient destituées, ses responsabilités n’existaient plus. Il n’y avait que la Chevauche qui demeurait une constance, pour lui, et sans doutes ses frères et soeurs d’armes.




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Message Sujet: Re: Le prix d'avoir osé aimer   Le prix d'avoir osé aimer EmptyJeu 14 Mar - 16:05

Les nouvelles que m’apporte Gabrielle, échos de celles que m’avait offert Rackham, éveillent d’autant plus le désespoir qui s’est emparé de moi pendant ma traversée en mer. Constant rappel de mes actes, de leurs conséquences tragiques, de cette vie perdue, éparpillée en lambeaux sur tout le continent… « Je les ai détruits, Gabrielle… Jehanne, Bartholomé… peut-être même Bertille… » Une confidence, un aperçu des tourments qui me rongent. De cette culpabilité qui m’étouffe un peu plus chaque jour. Je m’en veux. Je ne regrette pas, mais je m’en veux. Sentiment étrange que de tirer du réconfort dans le fait qu’au moins pendant un temps Jehanne aura été heureuse, mais à quel prix ?

Je sens sa main sur ma joue, croise son regard. Je ne peux que fermer les yeux un instant, simplement profiter de ce geste inattendu, réconfortant, et qui vient libérer quelques-unes des larmes que je cherche tant bien que mal à retenir. Elles coulent, roulent sur mes joues, glissent entre ses doigts. Je m’efforce à afficher un sourire lorsque j’ose à nouveau me plonger dans son regard. Affronter sa tendresse contre laquelle mes remords cherchent à lutter. Se rend-t-elle seulement compte d’à quel point ses paroles font résonner mes doutes ?

« Gabrielle… Je méritais la mort. Nous le savons tous les deux. J’ignore ce qui a poussé Bartholomé à nous être cléments et je ne le saurai jamais. Peut-être était-ce sa façon de s’assurer que je sois puni un peu plus tous les jours pour la trahison que j’ai commise envers mon frère. Mais ça n’importe plus, à présent. » Un long soupir s’échappe entre mes lèvres, tremblants. Je regagne un peu du calme qui m’avait quitté, comme si avouer tout cela à voix haute contribuait à me libérer. « Ne parlons pas de mérite, ni même de droit… J’ai le devoir de poursuivre ma route pour ne pas lui donner le plaisir de me voir démoli. » Oh, je me doute qu’elle n’appréciera pas ma façon de penser et je ne pourrais pas lui en vouloir. Il n’y a aucune fierté, aucun plaisir. Rien qu’une grande fatigue, une colère sourde, alimentée par la douleur de ce deuil que je n’arrive pas encore à faire. Et une motivation, étrange peut-être, de vouloir m’assurer que Bartholomé n’apprenne pas l’état dans lequel toute cette histoire m’a mis.

« J’ai été muté à la Caserne de Flammes. J’y servirai en tant qu’instructeur jusqu’à nouvel ordre. » Mon sourire s’élargit quelques peu, mon ton s’allège lorsque j’ajoute, principalement pour la rassurer : « Les cadets me garderont occupé. Je n’aurai pas beaucoup de temps pour penser à ce qui est arrivé. Et je tournerai la page. » Mon regard brille toujours des larmes retenues, mais je pousse un nouveau long soupir. Mes traits se détendent un peu, mon sourire se fait plus sincère. Je redeviens un peu plus ce Bertin qu’elle a connu, au temps de notre jeunesse.

« Gabrielle, sachez que je servirai Faërie de tout mon cœur. D’autres remettraient en doute mon honneur, mais j’espère que vous saurez reconnaître la vérité dans ces paroles. Je suis et serai toujours fidèle et dévoué à l’empire qui m’a vu naître. » Saura-t-elle, la jolie cibellane, voir la sincérité de mes paroles au-delà des apparences ? Ou plutôt, pourra-t-elle l’accepter alors que son fiancé doit douter de ma personne en ce moment même ? « Vous pourrez toujours compter sur moi. »








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