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 Loin des yeux, près du cœur

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Chasteté Mille-Saveurs
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Message Sujet: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyMar 23 Oct - 21:12


Livre III, Chapitre 6 • Puisse le sort vous être favorable
Chasteté Mille-Saveurs & Gauthier Cœurbois

Loin des yeux, près du cœur

De correspondance en romance



• Date : 31 octobre 1003
• Météo (optionnel) : L'automne est frisquet à Lorgol
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Alors que des événements étranges se passent à l'Académie depuis quelques jours, Chasteté vient faire la surprise à Gauthier de son retour, à la Taverne de la Rose.
• Recensement :
Code:
• [b]31 octobre 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t4256-loin-des-yeux-pres-du-coeur#157046]Loin des yeux, près du cœur[/url] - [i]Chasteté Mille-Saveurs & Gauthier Cœurbois[/i]
Alors que des événements étranges se passent à l'Académie depuis quelques jours, Chasteté vient faire la surprise à Gauthier de son retour, à la Taverne de la Rose.




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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyMar 23 Oct - 21:13

Une surprise.
Bonne ou mauvaise, Chasteté ne saurait trop le dire – mais c’est d’une démarche toute sautillante qu’elle se hâte le long des canaux de la Ville Basse, dûment escortée de deux guerriers assermentés détachés auprès d’elle pour sa protection. Une surprise ! Dont elle n’a soufflé mot pendant sa correspondance de plusieurs mois, échangeant nouvelles et préoccupations au fil des épîtres avec le fort séduisant fils de Lida que la main du Destin a poussé dans ses draps un soir de février. C’est que rien n’était sûr, pendant ces longs mois passés en Bellifère à administrer la Maison des Compagnes de Hacheclair – et la nouvelle, finalement, n’est arrivée que fin septembre. Sous forme de convocation. Signée de la main même de la Dame de Lorgol, maîtresse suprême de la Guilde. Le cœur battant, Virginie accrochée à son épaule, Chasteté avait ouvert la missive d’une main tremblante. « De toutes les Dames de notre ordre, vous êtes la seule à disposer d’une auxiliaire déjà formée à vos tâches et devoirs. Vous êtes également au premier rang de nos filles, au sein d’un nombre très restreint de vos consœurs. Ces deux motifs m’ont décidée à vous élire ma Dauphine pendant les trois années à venir, au terme desquelles vous me succéderez. Veillez à transmettre à Virginie votre charge – une fois la passation dûment effectuée et la nouvelle Dame de Hacheclair installée, rejoignez-moi avec vos effets et possessions en notre Maison de Lorgol, où vous prendrez logis et résidence. » La suite n’est qu’un tourbillon confus de piaillements de Virginie, empilement frénétique de robes et bijoux dans des malles soigneusement fermées, adieux faits en bonne et due forme, et emménagement dans la Ville Haute.

Chasteté s’est trouvée un peu perdue, les premiers jours, dans ces appartements bien grands et luxueux que les précédents, dans cette ville aux sons différents, aux visages nouveaux. Bien sûr, elle a déjà visité Lorgol, et ce à plusieurs reprises ; mais elle ne s’y est jamais installée pour de bon par le passé. Tant de choses à apprendre, tant d’habitudes à prendre ! La Dame de Lorgol est amicale mais exigeante, et la Belliférienne se plie de bonne grâce à l’apprentissage de toutes ces nouveautés qu’elle doit retenir pour être efficace. La rencontre avec le Fils des ombres prévue dans quelques semaines l’angoisse un peu – alors, profitant d’une soirée de liberté, et en dépit des nouvelles inquiétantes en provenance de l’Académie bouclée de l'intérieur, c’est toute guillerette qu’elle s’aventure dans la capitale, bien décidée à surprendre Gauthier par son retour inopiné. Les bons moments partagés dans cette taverne de la Ville Basse restent ancrés dans sa mémoire, environnés d’un parfum de nostalgie dont elle ne parvient pas à se défaire. Elle est cruellement pragmatique, la jolie Compagne, sous ses mèches rousses : l’amour n’est pas fait pour celles de sa corporation, mais elle éprouve à l’endroit de l’assassin une certaine tendresse bien plus profonde qu’elle ne veut bien l’admettre. Est-ce son honnêteté toute simple, l’attachement sincère qu’il éprouve pour sa sœur cadette, sa loyauté chevillée au cœur, sa politesse toute cibellane ? Chasteté ne saurait le dire avec certitude, mais les faits sont là : à l’idée de le revoir, c’est tout son être qui vibre d’allégresse.

Son sourire lorsqu’elle l’aperçoit attablé dans un angle de la salle traduit bien la joie sincère qu’elle ressent à cet instant. Il est là ! Elle va bientôt savoir comment sa surprise sera reçue. D’un geste, elle indique à ses gardes du corps de l’attendre dans un coin éloigné, remettant au passage quelques fleurons à la serveuse pour qu’elle les approvisionne généreusement en victuailles. Puis, riant de toutes ses fossettes, elle vient s’installer sans aucune gêne en face de Gauthier qui, concentré sur une altercation près de la cheminée, ne l’avait peut-être pas vue venir. Tendant la main, elle tapote légèrement son poignet pour attirer son attention. « Hé bien ! Est-ce donc ainsi que vous accueillez une amie, lorsqu’elle vient de si loin pour vous revoir ? » demande-t-elle, faussement déçue.




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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyMer 24 Oct - 19:07

Il y avait un gamin qui hurlait dans sa tête. Gauthier n’aurait jamais pensé que ce genre de choses arriverait. Cibellan, pourtant, il était au fait de la magie d’Outreparole, y avait plus d’une fois vu en action et eu recours. Ca n’aurait pas du l’étonner, en soi. Et, définitivement, ce qui l’étonnait le plus était sans doute que ça soit une voix juvénile qui l’ait contacté. Une voix que l’Adepte ne connaissait pas le moins du monde, avec un accent quelque peu pincé. Enfin, du moins avait-il pu comprendre ça entre les deux hurlements de douleur. Rapidement, le lien avait été fait avec l’Académie, mais que pouvait-il y faire ? Il était assassin, fils de Lida ; il n’était pas mage, il n’était pas versé dans l’art de faire sauter les barrières impénétrables d’un établissement qu’il ne connaissait pas et n’avait pas fréquenté.
Il y avait eu un gamin qui hurlait dans sa tête, pendant dix minutes, à peine, et dont les cris avaient résonné encore une bonne partie de la journée - réminiscence malsaine dont il n’avait rien à faire. Devrait-il en parler ?
Ce n’était pas un problème de la Confrérie. Pas tant qu’une demande n’était pas faite en bonne et due forme. Et vraisemblablement, le temps qu’ils ouvrent la barrière, il n’en resterait plus bien. Problème réglé, personne pour se venger - sauf de soi-même.

Il passa une bonne partie de sa journée à s’occuper des affaires de son Aspect, réglant quelques soucis - notamment avec un apprenti, arrivé récemment. Mais il avait toujours eu quelques soucis, avec les Bellifériens. Leur mentalité l’horripilait, qu’ils tentent également de le ‘faire s’affirmer’ également. Ce n’était pas parce qu’on était Cibellan qu’on était castré, faible, ou incapable de se défendre. Enfin. Peut-être que Gauthier n’était juste qu’un vieux con.
Pourtant, il n’avait pas ce souci avec les dames bellifériennes : Aubrée, Victorine, les plus indépendantes ne semblaient pas lui en vouloir de ne pas être conformé au modèle de brute épaisse que tous voyaient en les hommes du duché de la guerre. Aucune ne semblait le trouver moins qu’un homme. Pas même une Belliférienne plus authentique, telle que Chasteté.

La dame de Hacheclair était souvent revenue dans ses pensées, au cours des derniers mois. Ils avaient longuement dialogué par lettre, discutant de rien et de tout dans des textes que peu sauraient trouver d’intérêt. Jamais il n’avait mentionné ses missions - mais la lenteur de ses réponses, notamment autour de mai et juillet, pouvait indiquer son départ pour de lointaines contrées. Et il aurait bien voulu que ses pas le portent en Bellifère, occasionnellement, mais ça n’avait pas été le cas.

Attablé dans un coin, les yeux rivés sur une altercation qui menaçait de tourner à quelque chose de plus dangereux que de simples insultes, le brun aux cheveux ramenés en un catogan lâche laissait son esprit dériver. Il ne ferait pas le moindre geste pour arrêter les deux personnes qui parlaient de plus en plus fort. Il avait bien mérité un peu de repos, après tout. De laisser ses pensées divaguer, loin de la réalité froide de fin octobre. Dire qu’il y avait un an, il prenait ses fonctions.
Le temps passait vite.

Il ne s’attendait pas à être dérangé, également, aussi fut-il surpris lorsqu’on le tira de sa rêverie. une pression sur sa peau, une voix bien connue. Immédiatement alerté, il tourna toute son attention sur la dame qui venait de s’installer en face de lui. Sur ses gardes, mais agréablement étonné. Un sourire naquit sur ses lèvres, dans ce visage encore à peine ombré de sa barbe rasée du jour d’avant. “Veuillez me pardonner. J’étais perdu dans mes pensées. ” Joueur, Gauthier attrapa sa main avant qu’elle ne se retire, l’effleurant à peine de ses lèvres. Le regard étoilé de malice qu’il lui lança en la laissant aller ne fit qu’apporter à cette impression de jeu. C’était un salut des plus incongrus, mais loin d’être moqueur. “Je ne m’attendais pas à vous retrouver ici. Du moins, pas à l’improviste. Je suis ravi, réellement. ”

Son regard bleuté la quitta, un instant, cherchant quelque support ou protecteur. Elle n’était pas venue seule, elle n’aurait pas osé. “Vous voilà donc de passage sur Lorgol à nouveau… Que me vaut l’honneur de votre visite ? Rien de grave, j’ose espérer ? ” Une part de son orgueil aurait bien voulu qu’elle lui réponde qu’il était le seul instigateur de sa présence. Mais bon.



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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyMar 30 Oct - 17:31

La vigilance. Voilà ce qui distingue le sieur Cœurbois au centre de la foule : cette aura de concentration alerte qui émane de lui, de sa posture, des mouvements calculés de sa tête pour mieux englober dans son champ de vision l’intégralité des potentiels dangers dans la pièce. Chasteté prend quelques instants pour savourer le plaisir de l’avoir surpris sur ses gardes – avant de savourer simplement le plaisir d’être à nouveau en sa compagnie, dégustant la joie sincère qui illumine un instant le regard clair du Cibellan. Elle apprécie fondamentalement le caractère de cet homme-là, tout assassin qu’il puisse être – sa prévenance et l’attention dont il l’entoure sont fondamentalement appréciés dans cette société où elle a plutôt été traitée jusque-là comme un bel objet que comme un être doté de compétence de réflexion aiguisées. L’éclat joueur au fond de ses prunelles tandis qu’il garde un instant ses doigts prisonniers d’un baisemain élégant lui tire un rire amusé – fausse impertinence, chaleureuse complicité, gai souvenir d’heures agréables partagées.

Sa question lui tire un sourire soudain hésitant. Une simple visite n’engage à rien, c’est vrai, juste le simple plaisir d’un verre bu devant l’âtre, de quelques nouvelles mutuelles et plaisantes banalités échangées, voire de quelque divertissement improvisé si la topographie des lieux le permet en toute discrétion. Rien de bien inhabituel entre un homme et une femme qui apprécient réciproquement leur compagnie, somme toute – la joyeuse improvisation d’une rencontre de hasard, même si ce hasard tend parfois à se voir provoqué, pour mieux coller aux emplis du temps respectifs de deux individus qu’un continent entier sépare. Là… Là, c’est différent. Là, c’est l’implication que pourraient avoir des rencontres plus régulières, compte tenu de leurs statuts respectifs, et…

Et c’est ridicule, sûrement, de s’éprendre d’un homme après une seule nuit et une quantité remarquable de courriers, étalés sur plusieurs mois. Mais si la guerre a enseigné quelque chose à Chasteté, c’est que l’existence est brève et la vie fragile – lorsqu’un simple rien peut vous faucher d’un revers de la main, balayant la somme de vos jours d’une pichenette négligente, pourquoi se refuser les envies qui taraudent votre être ? Si son cœur appelle la compagnie de Gauthier et si son corps réclame ses caresses, doit-elle s’en priver sous prétexte qu’elle n’est pas censée entretenir de vie privée ? Non, a-t-elle décidé. Et si c’est un échec, si elle venait à s’être méprise sur les intentions de l’assassin et qu’il ne souhaite que quelques étreintes sans lendemain, au moins aura-t-elle suivi ses principes et tenté de satisfaire ses aspirations.

« En réalité, cela fait plusieurs semaines que je suis revenue à Lorgol. » Et que je me suis fait violence pour ne pas vous pourchasser de mes avances comme la dernière des Cielsombroises éhontées… « Je suis ici pour y rester, mon installation a donc nécessité quelques aménagements qui ont requis tout mon temps. Je suis la Dauphine de Lorgol à présent – d’ici un peu moins de trois ans, je succéderai à la Dame de Lorgol, qui m'a choisie parmi mes consœurs pour la remplacer à la tête de notre Guilde. » Un sourire plein de fossettes, un ton réjoui, c’est une bonne nouvelle – et en filigrane derrière sa gaieté, la question qu’elle ne posera pas encore, retenue à la dernière seconde par une crainte imbécile d’être moquée.




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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyJeu 1 Nov - 13:01

C’était là une surprise de taille que de voir la Compagne à ses côtés - en face de lui techniquement. Cela faisait bien des mois, depuis son sauvetage improvisé, qu’ils entretenaient une correspondance assidue, et c’était tout. Avec les bouleversements de Bellifère, et ceux qui étaient survenus dans la vie de l’Adepte - sa mésaventure en Cibella, notamment - il était plus que certain que leurs rencontres physiques se retrouvaient impactées. Cela n’avait pas empêché les mots de les lier, même si à ce jeu le Cibellan était loin d’être expert. Il n’avait pas la plume poétique, pas le style embelli, et certainement pas la plus magnifique des calligraphies. Il avait cependant pour lui la réalité dans ses mots : il ne mentait pas. Il aimait à ce jeu maladroit des correspondances se prêter, s’amuser avec elle un peu. Il l’avait découverte, entière, raffinée, mystérieuse encore comme toute femme l’était, et il s’était offert un peu dans des missives teintées de son propre vécu. Là, sa vie à elle dans un Bellifère encore plus austère et dangereux, alors que le duc légitime était absent et que le général de Brumecor imposait aux Compagnes une surveillance d’autant plus étroite. Ici, quelques mots évasifs sur une petite baronnie à la limite du royaume erebien, dans le duché qui autrefois était le sien. Croisement de leurs vies.

Et là, ce soir, dans la froideur des terres du Nord, ils se retrouvaient. A leur droite, le groupe sur le point de se battre commença à se calmer, sur l’injonction presque claire d’un des hommes attables près d’eux. Ce n’était pas plus mal. Toujours quelque peu sur ses gardes, l’assassin trouva néanmoins le moyen de reporter son attention presque entièrement sur la rousse, alors qu’elle lui reprenait sa main dans un rire léger.
La savoir sur Lorgol le remplissait d’un curieux sentiment de sérénité qu’il n’aurait su réellement expliquer.. Tout comme ce sourire qui fleurit sur ses lèvres l’amena à se questionner. Silencieusement, les bras devant lui sur la table et une main reposant sur le tissu de sa chemise, il l’interrogea du regard. Sa présence dans les rues de la ville aux mille tours était-elle synonyme de quelque chose de néfaste, pour elle ?  
Apparemment non.

Et apparemment, elle allait rester. « Toutes mes félicitations, c’est fantastique. » se réjouit-il.
Il ignora sciemment la vague légèrement glacée qui dansait autour de son coeur. Quoi qu’il ait pu songer, penser, rêvasser, quoi qu’il ait pu vouloir dans un futur hypothétique et lointain n’était qu’un rêve. Un rêve impossible, qui le devenait encore plus alors qu’elle grimpait les échelons. Il aurait voulu, pourtant…

Le Cibellan ne s’expliquait pas sur ce point. Et comme pour beaucoup de choses, quand ça concernait ses propres affaires sentimentales, il n’en parlerait pas, et sûrement pas à la concernée.
« Vous devez en être fière. C’est loin d’être anodin. » Il glissa un oeil sur elle, teinté de gentillesse et d’une véritable affection quelque peu voilée - voilée par le regret de la voir s’échapper de ses rêves qu’il garderait au fond de lui.
« Vous serez parfaite, j’en suis persuadé. Vous avez à coeur votre engagement, c’est flagrant, lorsque l’on s’intéresse un peu à vous. » Sourire innocent. Il était légèrement penché vers elle, portait toute son attention sur la Compagne. Dauphine de Lorgol. Rien que ça.

« Dois-je donc pouvoir espérer vous revoir… Disons, régulièrement, et vous parler autrement que par le truchement de lettres ? » s’enquit-il de manière discrète. Voulait-elle simplement le revoir pour en finir avec leur correspondance, et leur amitié ? Couper les ponts à jamais ? Oh, comme ça le minerait ! Il vivrait, en serait blessé mais vivrait. Ses yeux dans les siens, sans pouvoir regarder ailleurs. Une dernière question, et ils célébreraient ensuite son accession à un rang supérieur. Mais d’abord, il devait savoir. Il avait besoin de savoir, du moins de le deviner.



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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyVen 23 Nov - 22:56

La gaieté de Chasteté virevolte comme un papillon qui réchaufferait tout son être – quelle joie de revoir Gauthier, quelle joie de constater qu’il semble sincèrement content pour elle ! Elle en est fière, la Belliférienne, de cette belle évolution de carrière qui couronne des années d’efforts et de courage pour braver le qu’en dira-t-on et les remarques parfois bien désobligeantes accablant ses choix professionnels. Oh, bien sûr, c’était majoritairement de la jalousie bien pensante des femmes de son duché, frustrées peut-être de ne pas jouir de cette relative liberté de mouvement que la vie de Compagne permet – quelque médisance, parfois, d’un client refusé pour ses attitudes inacceptables, qui tentait de la décrédibiliser en nuisant à sa réputation. Et voilà la revanche sur l’adversité, la récompense d’un dur labeur, la consécration inespérée pour une fille des cuisines de Hacheclair – Dauphine de Lorgol, Dame de Lorgol dans quelques années, toute-puissante maîtresse de la Guilde des Compagnes ! L’allégresse qui illumine ses prunelles n’est pas feinte, et la fierté qui tisse son aura teinte tout son être d’un contentement heureux.

Les compliments discrets que Gauthier tisse joliment en deux phrases élargissent encore un peu son sourire, faisant poindre une légère roseur sur ses pommettes. Elle a l’habitude de jouer son rôle de Compagne, maîtrisant sur le bout des doigts ses réactions pour tirer le meilleur parti des inclinations de ses clients – mais là, c’est quelque peu différent, en dehors de toute relation commerciale, sans aucun but mercantile. Les compliments qu’elle entend là sont sincères, formulés avec gentillesse et un fond d’affection qui réchauffe le cœur de la Belliférienne. Elle a peu l’habitude que l’on s’intéresse à la femme derrière le masque de la Compagne, et les lettres de l’assassin ont su poser quelques questions prouvant qu’il avait su soulever quelque peu le voile d’artifices et de prétentions dont les femmes de cette corporation s’enveloppent constamment pour protéger leur être.

Et la question qu’il lui pose présentement, toute brodée d’une neutralité qu’elle devine artificielle, prouve également qu’une certaine affection pour elle s’est développée dans ce cœur aux idéaux si peu communs. Un petit rire nerveux lui échappe, et elle se mordille un instant la lèvre avant de trouver le courage de répondre. « C’est drôle que vous m’en parliez, voyez-vous, car je me demandais… » Elle s’interrompt, hésite – mordille à nouveau sa lèvre, indécise, et reprend. « Vous comprenez, être Dauphine de Lorgol implique un grand sérieux et une réputation sans tache, car mon visage sera celui qui dirigera la Guilde des Compagnes dans moins de trois ans. Je dois être un exemple, et un modèle, et je ne peux me permettre d’aventures sans lendemain. » Elle hoche vivement la tête pour appuyer son propos, déroulant le fil de sa pensée sans laisser à Gauthier le temps de répondre – sans lui laisser l’opportunité de soulever une objection. « Mais on me l’a bien fait comprendre, si la discrétion est au rendez-vous, l’on ne cherchera pas à découvrir ce que je dissimule, aussi, je voulais vous demander… » Elle hésite, cherchant du regard le relief d’une poutre, glissant le long d’un pan de mur, se perdant au bout d’une plinthe, avant de revenir chercher le regard clair du Cibellan. « Aussi, je voulais vous demander, si vous vouliez bien être mon… mon amoureux secret ? » finit-elle par énoncer en chuchotant, dans un rire étouffé, se moquant d’elle-même sans pitié, tant la demande est ridicule.




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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyDim 25 Nov - 23:13

Il le voyait déjà venir ce mot. L’annonce qu’ils arrêtaient là ce qu’ils n’avaient jamais commencé, à peine effleuré dans leurs lettres. Qu’ici ils stoppaient les insinuations discrètes au détour d’une histoire innocente ; que là les mots qui se révélaient à la lueur d’une chandelle et qui trahissaient un manque de l’autre affectif étaient oubliés ; que venait la fin, enfin, de ces échanges secrets parfumés de jeu – on n’était jamais sérieux quand on ne pensait pas vraiment que ça pouvait se terminer. Oui, il la voyait déjà arriver cette inexorable annonce : pire que de demander de rester son ami simplement – l’étaient-ils, seulement ? -, devoir la laisser.

Un éclair de compréhension et de regret passa dans ses prunelles. Elle allait lui manquer. C’était presque certain, désormais. Elle venait de rire, elle semblait plus nerveuse qu’à l’arrivée, c’était certain qu’ils ne se reverraient pas une fois que l’un d’entre eux aurait franchi la porte de l’établissement. Un instant, l’idée folle de se lever et de partir, comme ça, sans demander son reste et la plantant là fit son chemin. Stupide, enfantin. Il n’était pas comme ça. L’assassin pouvait affronter une amie qui allait lui demander à ce que leurs chemins se séparent, enfin !

Il avait peur du vide que ça pouvait laisser, mais il pouvait le dompter. Les mains presqu’immobiles, le regard planté sur elle, Gauthier l’écouta. Avait-elle compris, simplement, qu’en si peu de temps elle avait commencé à compter pour lui ? Peut-être.
Ou peut-être que non
.
Le terme d’aventure sans lendemain gela son coeur. Plus qu’un seul coup, et il volerait en éclat. Sa fierté était piquée au vif de se faire ainsi qualifier. Oui, c’était la vérité, techniquement. L’humilité, il fallait l’avouer, n’était pas son fort à partir du moment où l’on sortait du cadre de la Confrérie – et encore … Enfin, ils avaient gardé contact, de manière plutôt intense même. Une aventure sans lendemain ne laissait pas dans le coeur l’envie d’échanger à propos d’hypothétiques retrouvailles, avec moult détails et fantaisies qui quelquefois glissaient de la plume sans réellement y penser. Une aventure sans lendemain, c’était une personne sans nom et sans visage, un corps désirable certes mais qui ne vous marquait pas. Il était froissé, l’assassin, dans cette fierté tout cibellane qu’il avait. Il acceptait les reproches et les remarques. Pas de se faire ainsi traiter d’inconnu de passage dans son lit.
Elle enchaînait déjà, probablement de peur que l’homme froissé par sa remarque ne lui réponde quelque chose, dans cet instinct de survie qu’avaient les filles de Bellifère lorsqu’elles tentaient d’exprimer leur pensée. Parler vite, ne pas laisser le silence s’installer, tout dire avant que le coup n’arrive. ( du moins, c’était ainsi que Gauthier percevait cet empressement ). La suite le laissa presque pantois, évaporant d’un coup la rancoeur de la précédente déclaration – mais la gardant tout de même dans un coin de son esprit.

« Êtes-vous entrain de me dire... »
Gauthier ne s’y attendait pas. Elle l’avait pris par surprise. Là où il pensait être congédié hors de sa vie, visiblement, c’était tout le contraire. Il la fixait, réellement surpris, choqué même, pris au dépourvu. Jamais il n’aurait envisagé qu’une demande de cet acabit un jour lui soit adressée ; au fil des années, l’homme s’était lentement résigné. De par la voie qu’il avait embrassée, par les lourds soucis que la présence de Gisèle dans sa vie pouvaient poser, par les années qui s’accumulaient, il n’avait pas cherché la stabilité – qui en aurait voulu, avec lui ?
Et la demande venait d’une Compagne, par-dessus le marché ! Sans doute une option qu’il n’avait jamais envisagée, tellement elle était improbable...
Mais qu’est-ce qu’il s’en foutait.
Il la voulait dans sa vie.

« Chasteté... » Le prénom sortit naturellement, pour capter son attention avec une douceur et une affection non-feinte. Doucement il tendit la main pour attraper la sienne et la serrer avec une délicatesse presque surprenante. « J’en serai ravi. » sourit-il. « Et heureux, d’être votre… Amoureux secret, si vous acceptez d’être mon amoureuse secrète en retour. »
Gardons la part de secret, au moins pour un temps : aussi proche soit-il de son Écoutante, entre autres consœurs, définitivement, lui parler de sa vie amoureuse n’était pas dans ses plans – et n’y figurerait pas de suite. « Je dois vous avouer que je ne m’y attendais pas. J’étais loin d’imaginer pareille demande. » Mais son sourire affiché ne mentait pas, pas plus que ses yeux plongés dans les siens. Il en était sincèrement heureux. Il ne relâcha pas sa main, pas de suite. « Vous êtes une femme unique et fascinante. Vous ne cessez de m'étonner. Vraiment. Devoir vous quitter m'aurait... Chagriné. Il me faut avouer avoir pris goût à votre présence, même si ce n'était que par le biais de notre correspondance. »
Et il avait hâte, maintenant qu'elle résiderait relativement près, de prendre goût à sa présence réelle. Ça, il ne le dit pas. Elle pouvait le deviner bien aisément - dans ses yeux, dans ses non-dits. Elle connaissait déjà tant de lui qu'il avait l'impression qu'elle pouvait le lire sans souci.



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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptySam 5 Jan - 21:48

Elle a beau sourire de toutes ses fossettes et rire d’elle-même, tournant sa question en ridicule, la demande n’en est pas moins profondément sincère et Chasteté s’angoisse en attendant la réponse de Gauthier, prête à prendre très dignement la fuite si par hasard elle s’était radicalement méprise sur les intentions de l’assassin. Après tout, c’est sa dignité de femme qu’elle met en danger, sa respectabilité de Compagne, et sa fierté féroce de Belliférienne émancipée – tout cela pour le regard clair d’un Cibellan qui s’est battu pour la défendre et qui a réchauffé son cœur tout autant que sa chair au creux de ses bras. Tout cela, pour quelques lettres tout humbles et calmes, pleines de prévenance et de délicatesse, d’une approche toute tranquille qui a fait chavirer son cœur bien plus aisément que les avances peu subtiles des Lagrans ou pire – des Cielsombrois.

Et c’était visiblement une erreur ! La mine de Gauthier se fait tellement choquée que le sang de Chasteté se glace. Quelle idiote elle a été ! Bien évidemment, qu’il ne veut pas d’un tel engagement. Leur relation était inconséquente et légère, sans conséquence, sans lendemain – c’est elle la fautive, à avoir accordé trop d’importance à quelques lettres échangées, à ces mots qui l’ont charmée alors que, certainement, ils ne représentaient rien. Qu’est-elle, au fond, pour s’imaginer avoir retenu l’attention d’un tel homme ? Une Compagne – une fille de plaisirs, un corps pour réchauffer des draps, voilà tout, et il en a parfaitement tiré parti. Que s’imaginait-elle ? Son sourire passe de gêné à crispé, et déjà elle repère le chemin de la sortie, prête à prendre congé puis à s’en aller, aussi promptement que ses bonnes manières le lui permettront. À toutes jambes, le plus vite possible, pour que la délicate fêlure qui vient de fendiller son armure ne brise pas son cœur avant qu’elle n’ait rejoint l’asile de la Tour des Compagnes.

Déjà dans la panique de l’instant, par avance mortifiée, elle ne s’attend pas à entendre son prénom prononcé avec une telle douceur. Il y a de l’affection, dans la voix de l’assassin, et une tendresse qui lui coupe le souffle, lorsqu’il serre sa main dans la sienne. Et il accepte – il accepte, avec une étincelle de gaieté pétillante au fond des yeux, qui vient chasser les doutes et la honte de Chasteté en un claquement de doigts. Ce n’était donc pas du rejet, mais de la surprise ? Le soulagement de la Compagne est tel qu’elle aurait pu éclater en sanglots dans un endroit plus privé – là, elle se contente d’un fou rire nerveux qui la secoue tout entière, tandis que ses nerfs trop rudement éprouvés relâchent leur tension. Il lui raconte sa surprise, et elle se calme pour lui répondre plus posément. « Je suis désolée, je – j’ai cru un instant que vous alliez vous offusquer et me chasser. J’ai eu peur que vous refusiez – vous avez déjà marqué mon cœur, vous quitter m’aurait peinée. »

Sa réponse est à la hauteur de ses lettres – élégante, chaleureuse, et si flatteuse que la Compagne se sent fortement rassérénée. À court de mots, ce qui ne lui arrive que rarement, elle se penche en avant et porte à ses lèvres la main de Gauthier qu’elle n’a pas lâchée, y déposant un baiser sincère et profondément reconnaissant. « Cette nouvelle vie que je vais mener m’angoisse considérablement – les responsabilités qui seront miennes sont importantes, et j’ai besoin de repères. Vous savoir à proximité me rassure – et la certitude que mon cœur ne s’est pas aventuré à tort m’emplit de joie. Vous… vous m’êtes précieux, Gauthier. » Devine-t-il, le sombre assassin, que jamais encore elle n’avait formulé de tels mots, à quiconque ? Que c’est la première fois, de toute sa carrière, qu’elle se laisse aller à un attachement personnel aussi prohibé ?

Prise d’un doute, soudain, elle l’interroge à son tour, désireuse de s’assurer que tout ira bien. « Ma profession et mon statut nous obligeront à la discrétion, et j’avoue que le secret me plaît – j’aime profondément l’idée de ne vous avoir que pour moi, et de ne partager cette vérité avec personne. Mais n’avez-vous point, dans votre… corporation, des règles qui pourraient faire obstacle à notre… liaison ? »




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Gauthier Coeurbois
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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyLun 7 Jan - 13:40

Qu’elle était belle, lorsque le doute disparaissait de ses traits dans un éclat de rire. Merveilleuse, d’une beauté toute singulière où l’oeil averti saurait déceler quelques touches de l'influence belliférienne dans la manière dont elle se tenait et se coiffait. Magnifique, alors que le soulagement s’emparait de ses traits pour les alléger et les tordre avec tendresse en un rire. Son coeur s’emballa avec le souffle de la Compagne, bien que Gauthier sache retenir son rire. Il savait très bien qu’elle ne se moquait pas de lui : le soulagement dans ses yeux, dans sa posture, dans le relâchement de sa personne si proche de lui !  Il garda sa main dans la sienne sans s’empêcher de la serrer à ses mots. Le pensait-elle vraiment, qu’il aurait été capable d’ainsi la rejeter et refuser de la revoir ? Qu’il ne veuille pas d’elle, soit, au vu du temps qu’il avait mis à répondre et de la surprise visible sur son visage - il l’avait sentie déformer ses traits.

Faudrait-il être singulièrement fou, particulièrement débile, pour ainsi rejeter les avances d’une dame aussi belle et que Gauthier tenait en aussi grande estime dans son coeur. Faudrait-il être d’un esprit singulièrement mal fait et totalement brisé pour la chasser sans ménagement alors qu’elle se livrait à lui ! Faudrait-il être stupide, après leurs lettres, leurs mots tranquilles, la tendresse qu’ils avaient visiblement l’un envers l’autre comme ils venaient de se l’avouer à demi-mot. Faudrait-il être belliférien à l’esprit si fermé après des décennies à ignorer l’existence des femmes pour vouloir la jeter et l’oublier ! Cette réaction était tellement révélatrice de la société du duché de Kern ! Duché où la femme dès le début était acclimatée à n’être qu’un objet, à être chassée pour avoir simplement des sentiments ou une opinion. Même aussi émancipée que la Compagne puisse se revendiquer, cette réaction montrait les ravages que les fiers guerriers pouvaient occasionner dans l’esprit de leurs femmes, filles et soeurs.

« Je ne tiens pas à vous quitter, n’ayez crainte. » murmura-t-il presque pour lui-même, pour elle également. Une confession dans sa pudeur discrète, presque adolescente. Il fallait dire que jamais encore ne s’était-il vraiment laissé aller à jouer ce jeu jusqu’au bout, à laisser une femme entrer dans sa vie et approcher son coeur - sans forcément parler de le toucher. Jamais il n’avait laissé des relations se développer assez pour que le jeu de la séduction se teinte de quelque chose de plus sérieux. D’une cour qui impliquait un coeur battant, une tendresse certaine, un sentiment indéfinissable dans le coeur.

« Tout comme vous m’êtes précieuse, Chasteté. » sourit le Cibellan, mordant quelque peu sa lèvre inférieure. Pour un peu il aurait rougi de la situation ! Comme une gamine de vingt ans ! « Je serai à vos côtés, n’ayez crainte, quoi qu’il arrive. Sa main quitta la sienne délicatement pour glisser sur sa joue et s’y déposer. Ses doigts étaient curieusement frais, mais il avait toujours mis un bon moment à se réchauffer, et ils n’étaient pas glacés. Juste d’une fraîcheur curieuse, qui adoucissaient les cals discrets dans le creux de sa peau. Même si je ne saurais être sur Lorgol tout le temps, je vous promets de vous revenir. »

Sa main ne quitta pas sa joue, mais il perdit un peu de cette joie innocente dans le regard. Ses doigts dansèrent sur sa peau délicate, avant de glisser dans ses cheveux. Elle était si proche. Il jeta un regard alentour. Personne n’écoutait mais comment être sûr ?

« Non, ma corporation n’a aucune règle définie sur le sujet. Nos coeurs et nos corps, dans une certaine mesure, nous appartiennent. Certaines choses nous sont interdites, comme certaines phrases, certaines choses que je ne saurais jamais vous dire sur mes activités comme je ne pourrais jamais vous emmener à mes côtés dans mes quartiers. » L’assassin semblait si sérieux, son regard bleuté caressant celui de la Compagne. Sa voix se fit feutrée, discrète sur un sujet plus que sensible. « Mais nous croyons. Plus que beaucoup, nous croyons et nous avons foi. Il s’agit de ma famille. C’est dans la foi et la dévotion de ma Mère que je me suis élevé et que je grandis encore. Je suis Son enfant jusqu’à mon dernier souffle, même dans la mort. C’est… C’est probablement, Chasteté, le point qui pourrait vous faire peur. Mais je me refuse à vous dissimuler ce que je suis. »
Sa voix était mortellement sérieuse, dans son murmure. Pleine d’une confiance dangereusement létale, de celles des hommes qui croient et qui ont perdu l’hésitation de l’existence. Il était pur, il était vrai, enflammé par ce fanatisme qui caractérisait les dangereux fils de Lida et Sithis.  « Je ne vous demanderai pas de croire à mes côtés, ou d’approuver. Juste… Juste de comprendre que c’est un engagement plus profond que ce que les hommes semblent croire. » Son regard sur elle était plein de promesses. « Je pourrais vous l’expliquer, si jamais vous le vouliez. Pas entièrement, mais… Certains points. Pas ici, mais un jour. » Lui expliquer la justice, la soif de vengeance. L’aura bienveillante de la Sombre Mère, la disparition du doute, la sensation de plénitude. L’amour inconditionnel pour les plus sombres des divinités.



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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyJeu 17 Jan - 0:29

Ce n’est pas ainsi que l’on élève les filles, en Bellifère. On ne leur apprend pas à espérer l’attention des hommes pour autre chose que de produire une quantité saine d’héritiers. On ne leur apprend pas à rechercher le regard d’autrui pour tenter de lui plaire. On ne leur apprend pas à séduire, à espérer, à rire – on leur apprend à souffrir, à pleurer, à survivre. On leur apprend à se cacher. Elle est tout autre, Chasteté, avec sa chevelure de flamme glorieuse qui brûle dans la lumière, avec son rire qui se fait tonitruant quand d’aventure on chatouille malicieusement la peau sensible de ses flancs, avec ses œillades coquines quand elle veut que l’on se retourne sur elle. Et Gauthier lui fait tous ces effets-là à la fois. Fallait-il qu’ils se rencontrent de manière aussi brutale pour qu’elle remarque cet homme discret ! Sa manière d’être quand il entre dans une pièce, pleine d’attentive retenue – ce contraste étonnant avec la passion qu’il sait déployer lorsque les portes sont fermées et les fenêtres sont closes, lorsque les tracas du quotidien sont écartés et que plus rien ne les oppose. Les Compagnes ne devraient pas frayer avec la Confrérie – personne ne le devrait, en vérité, Chasteté le sait bien, mais voilà – voilà, parfois, il arrive que le Tisserand réunisse dans sa main des fils épars et leur arrange un bien curieux destin.

Elle ne s’en plaindra pas. On ne lui a pas enseigné les sentiments, à Chasteté, juste le plaisir des corps à partager ; à croire qu’elle était vouée à croiser le chemin de cet assassin cibellan, pour comprendre l’amour, pour envisager de s’éprendre, pour se permettre d’être heureuse – pour, enfin, tomber amoureuse. Leurs corps se sont entendus rapidement, peau contre peau, leurs souffles mêlés, leurs cœurs battant au même diapason le temps d’une étreinte, de deux, de quelques heures ensuite à se découvrir, à discuter, à s’entendre et à échanger. Leurs âmes ont mis plus de temps à s’apercevoir derrière les voiles des convenances et les faux-semblants de leurs professions, à s’émouvoir, à se chercher, à s’atteindre enfin au fil de leurs confessions. Des bribes d’émotions, distillées dans l’encre de mots prudents, sincères, touchants, au fil des lettres échangées d’un bout à l’autre du continent. Une tendresse réciproque, étonnante, curieuse, prête à grandir pourvu qu’on le lui permette. Il y a tout cela dans l’effleurement fugitif des doigts frais de l’assassin sur la joue de la Compagne, comme une promesse esquissée, en filigrane dans le regard qu’ils échangent. Il est trop tôt pour ces engagements-là, bien trop tôt encore ; mais un jour, si le Destin y sourit, alors, peut-être…

Il est sérieux, Gauthier, si sérieux soudain – Chasteté se concentre, lui prêtant son entière attention. La Confrérie ne semble point avoir de règles trop exigeantes : elle saura ne pas regretter d’être exclue de ses locaux, elle saura s’abstenir de demander ce qu’il n’a pas la liberté de lui dire. Elle tâchera de ne pas s’effrayer, de cette foi sacrée qu’il respire. Elle s’efforcera de comprendre ce qu’est réellement la Sombre Mère, ce qu’elle représente pour Gauthier. Elle veut savoir : elle lui demandera sûrement de le lui expliquer. « Un jour, j’aimerais que vous le fassiez. Je ne veux pas vous placer dans une position indélicate vis-à-vis de vos engagements, il faudra me dire, si je suis indiscrète. Je ne pourrai pas vous parler des affaires privées de la Guilde, mais par contre… Je devrais pouvoir vous faire entrer dans mes appartements. Avec discrétion. Si vous ne craignez pas de vous faufiler dans une maison remplie de Compagnes curieuses – ne sous-estimez pas le potentiel contondant d’un fer à friser, nous sommes tout aussi redoutables que vos frères et sœurs, croyez-moi ! » ajoute-t-elle d’un petit rire plein de dérision, consciente du gouffre séparant le monde de Gauthier du sien.

L’entretien aurait pu se terminer là – un regard sulfureux, un ou deux sous-entendus, une pièce close, un lit anonyme pour abriter leurs retrouvailles, mais Chasteté est curieuse, et il reste quelques petites choses qu’elle ne comprend pas. « Pourquoi moi ? » chuchote-t-elle à mi-voix, comme une prière, désireuse de savoir. « Des Compagnes, vous avez dû en croiser légion ; et des pauvres filles malmenées sur les canaux, c’est sûrement votre quotidien. Pourquoi moi, alors ? »




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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyMar 22 Jan - 20:19

Gauthier ne savait pas si elle comprendrait. Il l’espérait, du moins - en elle, il avait des espoirs fous. En eux, il avait des espoirs fous. Entièrement concentré sur elle, ses doigts continuaient de jouer avec les mèches rousses dont la couleur reflétait l’éclairage. Il caressait des morceaux de braise, entourait sa peau de filaments de flamme soyeux pour ne pas se perdre entièrement, garder au moins un point d’ancrage dans la réalité. Sinon le Cibellan se connaissait bien trop : il allait continuer à défendre sa foi. Ce qui n’était, honnêtement, guère utile alors qu’elle lui répondait.
Son coeur s’embrasa un peu, chaleur singulière - de celles qui naissaient des passions acceptées, des secrets partagés. De vouloir savoir de lui ce qui rythmait sa vie, de vouloir comprendre ceux qui arpentaient les chemins les plus sombres dans la plus éclatante des lumières à leurs yeux. Il ne comptait pas la convaincre en quoi que ce soit : l’engagement était important, et si jamais elle en venait à connaître un préjudice assez grand… Il se sentirait alors bien inutile. Si elle se tournait naturellement vers la justice, si elle ouvrait les yeux, alors peut-être pourrait-il…

Il repoussa l’idée, fortement séduisante cependant, de l’avoir à ses côtés. (Les mains recouvertes de sang, la lueur tranquille de la mort dans le regard, la certitude de savoir. Son esprit trouvait la vue extrêmement plaisante, l’idée attirante à vouloir la revoir et la connaître. ) Elle n’abandonnerait pas sa vocation même en voyant la vérité, et il ne l’exigerait jamais d’elle. Il la voulait elle, peu importait ceux en qui elle croyait. Il la voulait dans sa vie et à ses côtés, aussi longtemps qu’ils pourraient rester ensemble. Il n’y avait que peu de personnes à qui il avait laissé une place dans son coeur, aussi près de lui. Si près qu’elles pourraient sans un souci le poignarder, le serrer à l’en étouffer. Il n’y avait eu que peu de personnes dans sa vie. Maintenant, il y aurait Chasteté.

L’idée de se faire poursuivre par de dangereuses Compagnes armées de fer à friser fit naître chez l’Adepte du Poison un rire à peine retenu, aussi bref qu’il fut surpris et joyeux. Il la croyait. Par son expérience avec de dangereuses Compagnes, il savait combien celles-ci étaient pleines de ressources insoupçonnées. Rien que Rhapsodie - sa Rhapsodie, sa petite soeur, légère, insouciante, adorable mage innocente - était redoutable. Et ça n’avait absolument rien à voir avec certaines fioles qu’il lui avait remises. On n’était jamais trop prudent. Il la protégeait comme il le pouvait.

« Je n’en doute pas une seule seconde. Pour le fer à friser, ou pour votre dangerosité. Je saurai être discret si mes pas me mènent jusqu’à vos appartements. » Ses doigts finirent par lâcher ses cheveux, son ton de voix revenant à la normale, tenté de cette tendresse qu’il mettait dans leurs échanges et qui réchauffait jusqu’à ses mots.
« J’affronterai avec courage et détermination vos terribles consoeurs, alors, juste pour vous rejoindre. » Le sourire, sous la légère barbe qu’il portait, rappelait un éclat de rire ravalé et joueur. Vrai, toujours, comme chaque chose qu’il lui avait dite et qu’il lui dirait.

L’assassin ne laissa pas son sourire se faner, mais celui-ci se transforma. Sa légèreté disparut, remplacée par la tendresse des doux sentiments qu’il avait développé pour la rousse Compagne - pour ne pas nommer encore l’amour en son coeur. Ses mains glissèrent pour aller prendre celle de Chasteté, la serrer avec douceur entre elles.  
« Et parmi toutes ces Compagnes et toutes ces demoiselles en détresse, c’est de la plus flamboyante d’entre elles que j’ai su me rapprocher. » M’éprendre, sans l’avouer à haute voix. « Vous n’auriez pas abandonné, là-bas, lorsque je vous ai trouvée, et vous étiez pleine d’un courage admirable et si vrai malgré la peur dans vos yeux. » Les souvenirs étaient un peu brumeux, depuis six mois, mais il n’oublierait pas. Il n’oublierait jamais. Il se mordit un peu la lèvre en songeant.
« J’ai été surpris, intéressé je l’avoue. Je vous ai quittée avec en l’esprit une femme mystérieuse mais infiniment forte, dans des manières que beaucoup ne sauraient imaginer. Et jamais je n’ai eu à changer mon jugement. Vous êtes entière, éclatante, fière. Au-delà de la délicatesse et des qualités que votre profession saurait vous imposer, j’ai su vous découvrir encore. »
Il eut un léger silence, les yeux dans les siens, ses doigts enserrant toujours sa main, son sourire se parant d’une gêne bien peu habituelle. Il se sentait quelque peu vulnérable, à dire ce genre de choses ; la vérité qui courait dans ses mots et dans ses gestes, l’impression de mise à nu.  Pourquoi elle ? Parce qu’elle était elle, la Belliférienne aux cheveux d’ocre, la Compagne joyeuse et distinguée ; parce qu’elle était pleine de milliers de qualités et de défauts qui faisaient que ; parce qu’elle l’avait recherché et que son absence creusait en lui un vide sans nom. Parce qu’elle était Chasteté.



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Message Sujet: Re: Loin des yeux, près du cœur   Loin des yeux, près du cœur EmptyMer 27 Fév - 23:59

Ce sourire. Ce sourire amusé, caché dans sa barbe, qui éclaire presque la pièce tant il contient de rire amusé – l’étincelle complice dans le regard clair posé sur elle, la tendresse et l’affection qui résonne dans sa voix, voilà ce que Chasteté aime chez Gauthier. Le confort tranquille de sa présence, la passion généreuse de ses étreintes, l’assurance sereine de chacun de ses gestes ; tout cela ne fait que nourrir la tendresse coupable dont elle enveloppe l’assassin à chacune de ses pensées. Elle est un peu gênée de la manière dont il la décrit, mais flattée, en même temps, de se voir si flatteusement perçue : à croire qu’il a cherché sous le masque policé de la Dauphine de Lorgol, pour percevoir la réelle Chasteté dissimulée sous les couches de faux-semblants. Inquiétant, presque – mais également fortement plaisant.

Qu’y a-t-il d’autre à dire ?
Quelques instants s’égrènent, et la sérénité de ce moment, sous leurs deux mains jointes, les enveloppe d’une bulle paisible qui n’appartient qu’à eux. C’est là le commencement de quelque chose de si grand que c’en est presque un peu effrayant, pour la Compagne habituée à contrôler chaque détail de son environnement. Mais c’est exaltant, comme tous les débuts – comme le point de départ d’une aventure inattendue, et pourtant terriblement bienvenue.

Une aventure qu’ils vivront à deux désormais, si Mirta y sourit !
Dans le plus grand secret.

Sujet terminé




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