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 La nausée d'une existence de trop

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Séverine de Bellifère
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J'ai : 27 ans
Je suis : duchesse de Bellifère, autrefois astronome à l'Observatoire de Val-du-Ciel, mon observatoire.

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J'ai fait allégeance à : Martial de Bellifère
Mes autres visages: Marjolaine du Lierre-Réal & Lancelot l'Adroit & Liry Mac Lir & Anwar Sinhaj & Antonin de Faërie
Message Sujet: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyDim 16 Déc - 2:53


Livre IV, Chapitre 1 • Les Labyrinthes de Sithis
Martial de Bellifère & Séverine de Bellifère

La nausée d'une existence de trop

Une femme en courbe, un lot de problèmes



• Date : 8 décembre 1003
• Météo (optionnel) :
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Les saignées de Séverine ne sont pas venues depuis des mois et elle est sujette à des nausées.  Les soupçons d'une grossesse naissent dans l'esprit de Prudence.  Lorsqu'elle fait part de ses doutes à sa duchesse, Martial surprend leur entretien.
• Recensement :
Code:
• [b]8 décembre 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t4384-la-nausee-d-une-existence-de-trop#162011]La nausée d'une existence de trop[/url] - [i]Martial de Bellifère & Séverine de Bellifère[/i]
Les saignées de Séverine ne sont pas venues depuis des mois et elle est sujette à des nausées.  Les soupçons d'une grossesse naissent dans l'esprit de Prudence.  Lorsqu'elle fait part de ses doutes à sa duchesse, Martial surprent leur entretien.











Dernière édition par Séverine de Bellifère le Mar 12 Mar - 23:59, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyDim 16 Déc - 2:56

Après les froids humides d'Outrevent et de Lorgol, retrouver les températures clémentes d'Hacheclair était d'un étrange réconfort.  Jamais Séverine n'aurait qu'un jour elle serait soulagée de retrouver les murs du palais ducal de Bellifère.  Ces murs qu'elle avait rêvé tant de fois démolir, pierre après pierre pour se libérer de sa prison dorée.  Peu de choses avaient changé en près d'un an et pourtant tout était différent.  Là où elle s'était sentie oppressée, la Cielsombroise se sentait soudainement en sécurité.  Le chemin avait été long jusqu'à ce qu'ils ne reprennent enfin leur demeure.  Son sommeil était léger, agité.  Elle craignait de s'éveiller, de voir Guerre la réclamer de nouveau comme sienne.  Parfois, elle sentait une noirceur poindre dans son cœur et cela l'effrayait.  Jamais elle ne s'était réclamée comme une femme au cœur grand et à l'âme généreuse, mais cette ombre était là comme une pointe de violente rancœur, un sentiment qu'elle n'arrivait pas exactement à s'expliquer, encore moins à comprendre.  Le voyage avait été long.  Ils étaient revenus, mais ils n'étaient plus les mêmes, la vie ne reprenait pas simplement son cours comme si de rien n'était, elle ne pouvait pas se remettre à ourdir complot et vengeance dans ses appartements.  Sa haine prenait un goût amer et acide, ses pensées se tournaient régulièrement sur Castiel.  Elle avait été en position de lui nuire, mais le destin ne lui avait pas permis de le faire, leur chemin ne s'était pas croisé.  Quoi qu'elle fasse, il avait toujours une longueur d'avance sur elle, elle n'arrivait pas à le rattraper.  Parfois, l'envie de laisser tomber, d'abandonner son droit du talion qu'exigeait la mort de ses parents traversait son esprit avant d'être brûlée par un feu dévorant, brûlant.  Un feu qui consumait tout sur son passage.  Et le goût de la bile lui montait souvent aux lèvres.  Le matin en ouvrant les yeux, l'esprit encore embrumé de ses rêves, elle se levait et son estomac se soulevait.  Goût acide et odeur âcre. La faute de son cousin, duc de Sombreciel.  Tout était de sa faute.  Tout.  Tout.  Tout.

Elle errait dans ses appartements, complètement oisive.  Quand Martial avait quitté ses appartements pour loger dans l'aile est.  Elle avait été condamnée pendant toutes ces années, il l'avait rouverte.  Elle avait craint de le voir s'éloignée, et comme ce matin de juin, elle l'avait suivi, sans réfléchir aux raisons qui la poussait à faire ainsi.  Qu'avait-elle besoin d'être près de son époux?  S'ils étaient dans deux ailes différentes, combien lui aurait-il été aisé de faire venir amants et amantes dans sa chambre!  Pourtant, elle l'avait simplement suivi, sans se poser de question.  Elle était hagarde du voyage, hagarde d'avoir été prisonnière, hagarde d'avoir cessé d'exister.  Elle était morte.  Et toujours, les nausées venaient emprisonner sa gorge et l'empêcher d'hurler, de se libérer.  Elle était liée par un lourd poids qui l'empêchait d'avancer, elle le sentait.  Seule, elle ne s'occupait à rien, ne parlait à personne.  Parfois, elle cherchait la compagnie de Martial, en silence.  Elle comprenait sans rien ressentir.  Ermengarde était morte.  Christine était morte aussi.  Elle avait quinze ans.  Séverine n'avait connu l'amour de personne mieux que celui de sa grand-mère.  Elle lui avait appris à distiller les arômes, à créer les parfums.  Elle lui avait offert un semblant de famille normale.  Elle se rappelait de ses souffrances d'adolescence quand elle les avait quitté, tendre grand-mère.  Elle son cœur était dur comme la pierre, incapable de ressentir quoi que ce soit.  Seulement le dégoût.

Sans égards pour ce qu'elle pouvait ressentir, elle avait arraché Prudence à ses occupations.  Elle avait bien vécu pendant que sa maîtresse était au loin.  Intendante du palais.  Avait-elle envie de retourner au service de Séverine?  Probablement pas.  Pourtant elle était là dans les appartements de la duchesse.  Séverine était assise sur un de ses fauteuils, simplement vêtue d'une robe de nuit bien que la matinée fut bien avancée.  Ce matin encore, elle avait été en proie à de violentes nausées.  Tout n'était que dégoût, tout la répugnait.  Son corset était abandonné sur son lit, ses robes aussi.  Elle n'avait trouvé à son retour que les parures de Sombreciel que lui avait offertes pour son mariage Castiel.  Ses robes de bellifériennes avaient presque toutes disparues.  Guillaume les avait peut-être distribuée à des courtisanes.  Elle n'en avait cure.  De toute façon, elles ne pourraient certainement pas les porter avec leur taille épaisse et leurs épaules fortes.  Les Bellifériennes ne pouvaient prétendre à jamais rivaliser avec la silhouette svelte de leur duchesse.  Elle fixait un point vide, ignorant jusqu'à la présence de Prudence.

« Votre altesse… depuis combien de temps déjà rendez-vous vos repas? » demanda la duègne.

Séverine laissa ses yeux rouler jusqu'à la blonde femme, lentement.  Elle prit un instant pour réfléchir.  Depuis peu après leur arrivée à Hacheclair.  C'était probablement la fatigue, la haine, la terreur.  Elle haussa les épaules et détourna son attention de l'intendante.  Ça n'avait aucune importance.

« Et vos saignées?  Depuis quand ne les avez-vous plus? »

Depuis trop longtemps.  Séverine n'avait vu le sang couler entre ses jambes et tacher la blancheur de ses cuisses depuis qu'elle avait été emportée par la Chasse Sauvage.  Mais ce devait être normal.  Son corps avait vécu un traumatisme violent.  Le sang avait coulé de ses mains, qu'avait-il besoin de désormais s'écouler de son intimité?  Devait-elle être complètement souillée?  Ne pouvait-elle pas rester encore humaine et immaculée en un endroit?  Et puis Martial ne la touchait pas non plus.  À quoi pensait donc sa dame de compagnie?  Elle ne l'était plus.

« Laissez-moi Prudence, vous m'agacez à la fin avec vos questions stupides.  À vous entendre, on croirait que je suis enceinte.  C'est d'un ridicule. »

En prononçant ces mots, Séverine ressentit toutefois un profond inconfort.  Une légère douleur traversa son abdomen.  C'était de la faute de Prudence.  Elle avait mal parce que la gueuse lui avait fait songer à d'autres choses désagréables.  D'un geste impatient, elle jeta la cruche d'eau posée sur la petite table près d'elle au sol.  Les éclats de cristal brillèrent au sol, comme des étoiles.  Un peu de sang s'écoulait du revers de la main de la duchesse.

« Sortez!  Je ne veux plus vous voir!  Votre impertinence est sans borne! »

Prudence eut un mouvement de recul, bien qu'en elle-même son idée s'était formée et confirmée.  Elle s'inclina et recula vers la porte.

« Votre altesse devra bien le reconnaître tôt ou tard.  Vous… »

Elle n'acheva pas sa phrase.  La porte était entr'ouverte et une silhouette était à l'extérieur.  Promptement, la Belliférienne s'inclina et s'effaça comme si elle n'avait jamais existé.








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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyMer 19 Déc - 17:21

Gouverner ne s'oubliait pas, Martial en était convaincu, et jusqu’ici rien ne lui prouvait le contraire. Il s’était glissé avec son aisance naturelle dans le rôle qu’il avait dû abruptement quitter, il avait repris les rênes sans s’en faire le moins du monde. C’était aussi naturel que de respirer, lui semblait-il. Oh, bien sûr, les visages avaient changé, autour de la table du conseil : la plupart de ses propres hommes étaient “disparus” – d’eux, encore fidèles à un duc absent, le général s’était bien vite débarrassé.  Le rescapé de la Chasse Sauvage avait alors jugé en silence les hommes qui étaient supposés le seconder - certains resteraient.
En une semaine, sept avaient été congédiés et remplacés. Irrespect, manquement de discipline, les raisons ne manquaient pas. Il était le duc, pas un pantin sous les ordres de Guillaume posé là pour assurer une régence. C’était une main ferme, qui cherchait à assurer sa prise sur les hommes. Elle saurait récompenser les méritants ; les médisants, les faux, les dangereux qui étaient là en pensant pouvoir assoir sur lui quelque autorité comprendraient bien vite qu’il était loin d’être ce qu’il avait pu être.
Gouverner ne s’oubliait pas. Il passait ses journées à alterner courriers, conseils et audiences avec un rythme presque affolant, mais ce rythme faisait battre le sang dans son corps et s’affronter ses pensées. Il avait pris le pouls de son duché, s’était mêlé à eux, avait réussi à revenir presque en triomphe dans un Bellifère où des villes entières tremblaient avec la terre. Il ne savait pas exactement quoi y faire, mais il savait où colmater. Du moins l’espérait-il.

Ses moments de repos en ses fins de soirée, il les passait dans les appartements des ducs de Bellifère qu’il avait fait rouvrir et nettoyer : si la peur de la maladie était encore présente - on ne le changerait jamais à ce point - il avait encore plus d’appréhension à l’idée de dormir là où Guillaume s’était allongé. Et ses sept médecins l’avaient assurés que la fièvre ne pouvait survivre à dix-huit ans d’enfermement, elle avait sa durée dans le temps.
Il se sentait en sécurité, ici. Pour le peu de temps qu’il y passait, de toute manière… Mais lorsqu’il s’endormait, le blond avait le sommeil lourd et les rêves innocents - une bénédiction, si ce terme avait encore un sens.

Étrangement, il avait laissé le choix à Séverine de le suivre ou non dans cette partie du palais : depuis leur retour, une certaine pudeur persistait de sa part, un éloignement certain ; il n’avait pas l'envie, pas le temps, pas le besoin d’elle comme il avait besoin de Bellifère. Pas qu’elle le répugnât plus qu’auparavant, bien sûr que non. C’était juste une gêne qu’il ne savait expliquer - une fierté mal placée. Même à Lorgol, il s’était arrangé pour la croiser aussi peu qu’il le pouvait, remettre entre eux cette distance et cette dignité qu’avaient leurs premiers échanges. Oublier ce qu’elle avait pu voir de lui, là-bas, en Outrevent.
Il voulait être vrai, mais ça n’impliquait pas d’être faible. De s’être presque désespérément contenté de sa compagnie, maintenant qu’il y repensait, le remplissait presque de honte. Comme s’il avait cherché sa présence, cherché à se raccrocher à elle. Ridicule. Faible. Les anciennes pensées avaient la vie dure.
Un pas à la fois.
Séverine ne remplacerait pas Ermengarde ou Madeleine. À elle, il ne devait pas se raccrocher. Ne pouvait pas. Ne voulait pas.
Il était là pour la soutenir, pour la protéger, pas pour lamentablement l’entraver.
Un pas à la fois.
Gouverner ne s’oubliait pas. Vivre, un peu.

Il arrivait que quelques instants le laissent souffler. Que certaines matinées soient plus calmes, qu’il se retrouve sans rien - et ce vide le mettait mal à l’aise. Aucun courrier n’attendait, tous répondus dans la nuit et partis au matin. Le Conseil s’était réuni à l’aurore, autour de cette table ronde qu’il avait insisté pour conserver - égalité. Rien. Attendre l’audience de l’après-midi, le porteur de nouvelles urgentes si jamais quelque chose venait à se profiler. Attendre, simplement.
Martial n’avait pas prévu, initialement, de s’arrêter devant la porte de sa femme. L’éviter encore un peu était une idée plus qu’alléchante à ses yeux. Gamine, certes, mais il prenait son temps. Il n’avait pas prévu qu’en passant derrière la porte, cependant, il entende un fracas - comme une vitre que l’on brise.
Surpris, légèrement inquiet pour l’intégrité de son palais ( et peut-être de sa femme ) il se décida à pousser la porte sans s’annoncer. Ce n’était pas non plus comme si elle attendait une visite, de toute manière.
Ses yeux se posèrent en premier sur l’intendante du palais - ex-intendante ? La soeur de l’ambassadeur belliférien en Valkyrion lui inspirait certes plus confiance que Maximus : elle avait su à peu près protéger l’endroit. La garder à ce poste aurait presque plus de sens. Elle était sur le point de partir, enjoignant à sa duchesse de reconnaître… Reconnaître ? Ses sourcils se froncèrent alors qu’elle le dépassait. Il referma la porte derrière elle, avant de tourner son attention vers la pièce et son épouse encore en tenue de nuit malgré l’heure. Encore que, à voir la tenue étalée sur son lit, c’était préférable.

Aucun dommage matériel véritablement visible, si ce n’était au sol une myriade de morceaux scintillants - et du liquide sur le sol froid. Bon. Juste une carafe, un bol, quelque récipient. Son ton de voix était plus ennuyé qu’autre chose - pas franchement réprobateur, mais loin d’être ravi.
« Vous n’avez pas l’air d’être submergée par les activités, soit, mais briser tout ce que vous pourrez trouver aura ses limites à un moment. »
Le duc prit quelques instants pour la détailler, dans un silence qui était loin d’être pesant, remarquant presque aussitôt sa main ensanglantée - quasiment rien.  Avait-elle changé ? Il ne saurait le dire, mais en tout cas quelque chose lui semblait différent, ce matin.
« Que voulait-elle dire ? » interrogea-t-il, plus intéressé qu’il ne le laissait paraître. Il n’était pas stupide, non plus. Déjà ses yeux couraient sur elle, sur la carafe brisée au sol.  « Je suppose que votre réaction était en partie dûe à ça, également. »



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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyMar 15 Jan - 20:11

L'arrivée impromptue de Martial n'avait rien pour arranger l'humeur de Séverine qui connaissait plusieurs vagues émotives depuis leur sortie de la Chasse Sauvage.  Et son visage présageait qu'il avait probablement tout entendu de la conversation qu'elle entretenait quelques instants plus tôt avec son ex-dame de compagnie ce qui la contrariait plus encore puisqu'elle devrait s'expliquer et la duchesse n'avait nulle envie de se lancer dans de pareils discours.  En vérité, si Martial avait pu faire l'effort de continuer de l'ignorer, elle s'en serait presque bien porté.  Naturellement, c'était quand elle ne désirait pas obtenir son attention qu'il devait apparaître à sa porte, comme un cheveux sale sur la soupe.  L'envie de lui jeter un objet à la figure lui traversa l'esprit, mais elle avait déjà cassé tout ce qu'elle avait à portée de main, soit bien peu de choses.  Faut de mieux, elle lui jeta un regard qui lui en disait suffisamment long sur ce qu'elle pensait de son droit à détruire tout ce qui se trouvait dans son appartement si l'envie lui prenait et il n'avait pas son mot à dire.  Il fallait bien qu'au moins une pièce de tout ce palais lui appartienne en attendant qu'elle obtienne son observatoire, plan qui semblait mis sur la glace toujours en raison de la Chasse Sauvage.  En plus de la curiosité déplacée de Prudence et de ses idées stupides, Séverine n'avait pas besoin des inquisitions de Martial dans sa demeure.  Elle regrettait presque d'avoir abandonné ses appartements dans l'ancienne aile du palais pour le suivre.  Qu'avait-elle besoin de le savoir à proximité?  Que n'avait-elle profité de cette occasion de se retrouver enfin détachée de lui et de son existence.  Mais non, elle avait suivi le mouvement, le suivant par crainte.  Crainte de quoi?  Dans ce palais, personne ne se souciait de son existence.  À l'extérieur, personne ne s'en rappelait.  Puisqu'elle était aussi à fleur de peau, autant passer ses nerfs sur Martial, de toute façon il était pratiquement toujours grognon.

« Je n'ai plus le droit de remettre à sa place une servante lorsqu'elle est dans le tort?  Je me demande quand vous terminerez de vous débarrasser de tous les incompétents de ce palais! » explosa-t-elle.

Elle était injuste.  Prudence était suffisamment intelligente pour occuper le poste d'intendante du palais.  C'était probablement la contrariété de ne plus pouvoir la houspiller à longueur de journée et d'en faire son martyre qui agaçait Séverine.  Privée de dame de compagnie, le temps passait lentement et les quelques visites qu'elle recevait ne la mettaient décidément pas d'humeur gaie quand c'était pour insinuer qu'elle puisse être enceinte ou pour se faire réprimander par son époux.

Le sang coulait encore sur sa main, mais il se coagulait lentement : la plaie était superficielle et Séverine semblait ne toujours pas l'avoir remarqué.  De mauvaise humeur, elle s'enfonça dans son fauteuil.

« Peut-être la nouvelle vous plaira-t-elle.  Cette idiote de Prudence s'est mise en tête la folle idée que je puisse être grosse. »

Séverine laissa échapper un rire moqueur et mesquin.  Elle secoua la tête et serra des mains les accoudoirs de chaque côté de son corps.  L'idée lui semblait si ridicule, que c'était presque insultant.  Il suffisait de voir sa taille pour constater qu'il n'en était rien, elle qui était toujours aussi fine qu'à son mariage, sinon même peut-être plus en raison de ses mois passer à cavaler dans la Chasse Sauvage.

« Vous devez bien constater que cette idée est ridicule, d'autant que la dernière fois où vous avez eu le courage de me toucher… Il y aurait longtemps déjà que vous le sauriez. »

Séverine n'avait cherché à avoir personne d'autre dans son lit depuis cette fois-là.  Cette réconfortante fois-là, ce moment de désespoir où elle s'était raccrochée à son époux dans un moment de faiblesse idiot.  Cela ne se reproduirait plus, elle s'en faisait la promesse.  Car visiblement, cette pensée était réciproque et Martial n'avait toujours pas appris comment s'occuper d'une femme, ni comment être viril en la présence de l'une d'entre elle.

« J'espère que vous n'êtes pas trop déçu.  Après tout, c'est de votre faute, à vous et votre manque d'assiduité entre mes draps. »

L'espace d'un instant, Séverine avait envisagé de lui dire qu'il était impuissant, mais ça aurait été poussé le bouchon trop loin et elle se contenta de cette pique méchante et injuste.  Avant leur séjour en Outrevent, ce n'était pas le manque de visite du duc qui était en cause, mais bien les potions qu'elle se faisait préparé pour éviter ce fâcheux événement.








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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyDim 20 Jan - 20:19

Martial n’imagine même pas la tempête qu’il risque de se prendre en plein visage sous peu. Un véritable tourbillon dont il n’a pas la moindre idée. Pourtant, il devrait y être habitué : les colères mémorables, explosives, fusant dans tous les sens c’était pourtant de son ressort. Le nombre de fois où ces murs avaient dû l’entendre rager, hurler, se révolter ! Il aurait dû y être préparé, il aurait du savoir, rien qu’en la voyant avec une mine aussi sombre.

Il n’imagine pas. Il est presque désarçonné, si bien qu’il ne lui répond pas de suite. Elle ose ! Elle ose hurler, elle ose lui en vouloir. Elle ose lui remettre la faute sur lui, elle qui ne fait rien, elle qui n’est rien, elle qui au delà de ces murs ne représente rien qu'un ventre aussi stérile que les terres arides de son duché. Elle ose.

La colère grimpe en lui, s’épanouit, explose, s’enflamme, irrite son coeur et ses lèvres, sa langue, son être. Son regard se durcit sur la pâle et brune duchesse devant lui, les mots s’échappent et se fracassent contre lui.
Enceinte ?
Son regard gelé, acier tranchant, glisse sur elle. Il l’ausculte, il tente de voir si, peut-être… Mais non. Comme elle le dit, si jamais il y avait eu un enfant de conçu…
Mais non.
Il l’écoute, alors. La colère bout en lui, mais il l’écoute. Lentement il s’approche, retenant au fond de lui la rage qui va exploser, tout détruire. Brûler leur ersatz de relation.

«Effectivement. Si vous étiez grosse, il y a longtemps que votre corps aurait pris des formes bien plus désirables.  » lâche-t-il sans aucun regret. Elle serait si belle, enceinte. Il imagine, un instant à peine, son ventre tendu et délicat sous une robe qui n’en cacherait que peu - les robes bellifériennes savent au moins délicatement sublimer le corps des femmes engrossées. Les courbes plus voluptueuses, discrètes, lourdes, porteuses de vie et d’espoir.
Elle serait si belle.
Son coeur gelé par la hargne se serre, à l’idée.

Agacé, le duc commence à faire les cent pas en réfléchissant. «Vous n’avez aucune idée, pas vrai, de tout ce que j’ai dû mettre en oeuvre pendant notre séjour à Lorgol. Non, tout ce qui vous a importé, c’était que vous étiez de retour dans une ville, que vous étiez à nouveau presque libre, que vous pouviez reprendre vos …. activités. » Martial ricane, la gorge serrée. Les mots sont bien acides. « Excusez-moi d’avoir préféré tenter de retrouver notre trône et notre couronne à me vautrer dans vos draps ! D’avoir voulu récupérer ce qui était dans notre droit, au lieu de préférer procréer. »
Les sentiments enflent, le vide de son être ne retient plus la colère. « Vous n’avez pas la moindre idée des sacrifices auxquels j’ai consenti ou de l’existence que vous auriez pu mener ! Aucune idée, parce qu’apparemment, la simple chose à laquelle vous semblez vous intéresser, c’est d’ouvrir vos jambes ! »

Le blond Belliférien se penche sur elle. Les mains sur les accoudoirs du fauteuil, il la tient prisonnière du cocon où elle s’est elle-même jetée.
Sa voix est presque un souffle, maintenant. Souffle hargneux. Colère qui effleure les lèvres de sa femme.
« Vous préférez donc infiniment vous faire prendre comme la dernière des femmes de mauvaise vie, pour calmer les ardeurs de votre corps, dans des draps d’emprunt et dans des couloirs sombres plutôt que d’attendre et de retrouver votre gloire et votre grandeur. Vous préférez satisfaire le manque qui naît entre vos cuisses que seul un homme peut combler. » Il ne cille pas. Ses lèvres sont si proches. Il pourrait céder ; mais l'acier tranchant de ses yeux trahit plus la colère que le désir si aisément camouflé. « Vous attendrez encore longtemps, Séverine. » murmure-t-il - et la voix de son époux est pleine d’une promesse qu’il tiendra. Promesse faite de colère et d’un ego froissé.  
Son corps lui manque, quand le peu de désir qu’il a pour elle s’enflamme - comme en cet instant. Le désir dans la rage.
«Pour satisfaire notre intendante, cependant… Il me semble bien que vous n’avez pas revu mes médecins depuis notre retour. Il est temps d'y remédier. Aujourd'hui même. » Tuer son propre espoir fou dans l'oeuf.


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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyJeu 14 Fév - 0:02

Elle brûlait de colère Séverine, emportée par des émotions déferlantes qui ne se contrôlaient plus.  Mariée dans un duché de misogyne, avec un homme qui ne la désire même pas, sauf dans l'espoir de procréer.  Pouvait-elle être plus misérable?  Séverine qui avait toujours aimé être admirée, enviée, même sa beauté lui semblait fanée et son reflet dans le miroir ne lui offrait qu'un maigre réconfort.  Il fallait que toute cette rancœur refoulée ne sorte.  Refoulée depuis quand, elle l'ignorait.  Des mois s'étaient écoulés sans que des disputes ne viennent ébranler le couple ducal. Certes, majeure partie de ceux-ci, ils étaient vidés de toute émotion, de tout désir différent à celui de la Chasse Sauvage.  Il lui semblait pourtant qu'elle exécrait moins son époux tandis qu'ils étaient faits prisonniers en Outrevent.  Peut-être était-ce quelque chose dans le fromage de chèvre qui ne lui faisait pas?  Car plus que jamais, la vue de Martial lui était désagréable et si elle n'avait été qu'une gueuse sans manière, elle lui aurait sûrement craché au visage par-dessus tout le venin de ses mots.  L'envie de décorer son visage de la marque de sa main la tentait énormément, mais cela aurait été s'avouer vaincue.  Lui montrer que son opinion d'elle lui importait.  Car il l'avait bien dit, il ne la trouvait pas désirable.  Toute son existence, aucun homme – on ne pouvait compter ceux qui n'avaient pas d'intérêt pour les femmes dans la balance – ne lui avait résisté.  Ni aucune femme.  Il ne lui avait suffi que de désirer pour obtenir. Parfois il lui avait fallu faire preuves d'astuces et d'artifices pour parvenir à ses fins et séduire, mais elle avait toujours gagné.  Sauf contre lui.  Contre ce buté de Martial.  Alors qu'elle avait toujours mené par le bout du nez les autres, cette fois elle se faisait prendre à son propre jeu.  Obtenir l'attention et l'admiration de Martial n'était plus un caprice, n'était plus un atout nécessaire dans ses désirs de vengeance, c'était un besoin.  Une soif insatiable qu'elle ne pouvait combler peu importe tous les moyens qu'elle employait pour réussir.  Ne lui restait plus que la colère provoquée par la frustration de l'échec constant.

Et ce qui la consternait plus que tout encore, c'était que chacune des paroles prononcées par son époux la poignardait brutalement par leur véracité.  Il n'en pesait pas la pleine mesure.  Certainement, il ne pouvait s'imaginer avoir un tel pouvoir sur sa femme, toujours prompte à lui répondre, toujours prête à mordre.  Il lui disait lui avoir rendu la liberté.  Le palais d'Hacheclair était autant une prison que celui de Souffleciel.  Elle n'y avait ni amis, ni alliés.  Elle ne pouvait que compter que sur lui, mais elle était trop fière pour l'admettre, trop fière pour lui hurler que le seul pour qui elle voulait ouvrir ses jambes était lui, que son désir charnel avait désormais pour nom le sien, que le seul homme qui puisse la combler se trouvait devant elle.  L'orgueil était trop grand pour qu'elle avoue cette faiblesse.  Trop grand pour qu'elle avoue ne pas vouloir des grandeurs d'un palais doré où il n'y était pas.  Et parce qu'il n'avait que trop raison sans le savoir, elle lui en voulait, terriblement.

« Appelez-les, vos médecins.  Ils sont légions.  Laissez-les tous observer ce que vous n'osez toucher, » laissa-t-elle échapper, la voix tremblante de colère.  Ses yeux s'humectèrent de larmes de rage.  Encore ses médecins.  Encore à vérifier qu'elle n'était pas atteinte de quelque maladie.  Encore une fois où elle se sentait traitée comme une pestiférée.  Que pouvait-elle contracter comme infection quand elle était confinée entre ces murs, privée de toute visite de toute compagnie outre que celle des serviteurs du palais, rares étant ceux qui osaient lui adresser la parole tant elle les dédaignait.

Un geste avait suffit à les appeler.  Ils étaient entrés tous les quatre.  Humiliée une fois de plus, Séverine se soumit à leurs examens dans un silence empli de hauteur.  Elle ne lui offrirait pas la satisfaction de montrer ses émotions à ces hommes.  Elle ne lui offrirait pas la satisfaction de savoir à quel point elle se sentait acculée au pied du mur.  Ils lui palpaient cou, bras, abdomen.  Chacun leur tour avant de se consulter en messe basse à quelques pas.  Leurs murmures l'irritaient profondément.  Leurs doigts sales la tripotaient dans tous les sens en quête de signes qu'ils ne trouveraient pas.  Après cette profonde mortification, elle aurait au moins la satisfaction de lui prouver encore qu'elle avait raison.  Que Maari la garde de ses bénédictions et laisse son ventre stérile.  Ce serait sa plus grande vengeance, la plus accomplie.

Le moment pénible prit fin.  Après avoir été ausculté par chaque centimètre lui semblait-il, on délaissait le corps de Séverine comme une vieille poupée dont on ne voulait plus, trop grand pour s'en préoccuper plus longtemps.  Elle réajusta ses habits, contenant toute sa rage grâce à la pensée de l'euphorie qu'elle éprouverait quand elle pourrait narguer une fois de plus Martial.  Quand il aurait une fois de plus la confirmation que rien ne fleurissait au creux de son ventre.  Jamais elle ne lui offrirait ce plaisir.  De toute façon, il ne comptait pas visiter son lit de sitôt.  Si elle devait porter la vie un jour, elle se promettait que ce serait de la germe d'un autre et qu'il le saurait.

Après un conciliabule qui lui parut interminable, les médecins se retirèrent enfin, mais il lui semblait qu'ils restaient près de la porte, prêts à entrer de nouveau à tout moment.  Ou peut-être était-ce simplement son imagination.

« Alors?  Pas trop déçu d'avoir porté froid aux âneries racontées par cette idiote de Prudence? » lâcha-t-elle sur un ton qui se voulait assuré.  La longue concertation des médecins ne lui disait rien qui vaille.  « Quelle maladie m'ont-ils trouvé?  Est-ce contagieux?  Suffisamment pour me mettre en quarantaine et justifier à tout le palais pourquoi je suis confinée à mes appartements, pourquoi vous ne vous y rendez plus? »

Jasait-on dans les couloirs du manque d'assiduité du duc dans la couche de la duchesse?  Elle l'ignorait, le silence se répandait sous ses pas quand elle s'approchait.








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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyLun 18 Fév - 19:14

Le duc se détache de sa femme, regagne une contenance et un calme apparent - seulement apparent - avant d’ouvrir la porte et de s’arranger d’un geste avec les gardes postés en faction non loin. Les médecins ne sont jamais loin, au coeur du palais d’Hacheclair. Ils sont habitués, depuis le temps, à être mandés à n’importe quelle heure du jour et de la nuit pour des raisons allant de la toux à une crampe particulièrement violente du bras. Ils sont quatre depuis plusieurs années à se partager l’insigne honneur d’être médecin ducal : position enviée de par son confort… Si l’on sait résister au caractère du duc et à son hypocondrie connue de tous dans le milieu médical de Bellifère.
Pour une fois, ce n’est même pas pour le duc qu’ils viennent. Celui-ci leur explique la situation en quelques mots brefs, avant de se reculer. Il n’a pas pour habitude d’assister à la scène - car ce genre d’examens, Martial l’a imposé à son épouse quasiment deux fois par mois -, mais il se refuse à quitter la chambre. Il a besoin de voir. Besoin de s’assurer qu’elle n’a pas changé. Le Belliférien doit se l’avouer : il n’a pas posé sur sa femme de réel regard depuis bientôt six mois, trop occupé d’abord à chercher comment fuir Outrevent, puis ensuite à tenter de regagner son trône. A Lorgol, il a passé la majorité de son temps dans le bureau de sa tour. Sur les routes, il n’a pas eu besoin de s’occuper d’elle. En prison…
Personne n’est jamais lui-même, en prison.

Il s’installe d’autorité dans un fauteuil non loin, les yeux rivés sur le ballet des praticiens autour de la duchesse. Ses vêtements tombent, son corps dans la lumière dévoile les abus de la captivité que même le confort retrouvé ne saura jamais totalement effacer. Ils cherchent, ils vérifient, ils se parlent dans ce jargon que Martial ne saurait comprendre. Un peu d’intimité, quelques instants, quand on demande à récupérer les urines de sa femme. Ils se détournent alors qu’elle obéit - elle n’a pas le choix. Puis les gestes reprennent, les murmures, les examens - mais ils ne sont plus que trois, le quatrième s’est éloigné pour tester ce qu’on vient de lui remettre.
La silhouette de sa femme est si frêle. Et pourtant…
Pourtant, sa poitrine se découpe quelque peu plus lourdement.
Pourtant, si sa taille est toujours aussi fine, son ventre semble légèrement plus tendu.
Pourtant, ses courbes sont presque différentes. Il tente de se remémorer celles-ci, la dernière fois qu’il les a vues - mais c’est si loin.
Ce n’est que parce qu’elle a instillé l’idée, Martial. Le blond secoue la tête et détourne le regard. Elle ne peut pas être enceinte. Ça fait six mois, depuis le temps, la chose devrait se voir. L’espoir fou brûle et sa raison tente de l’anéantir sans grand succès. Et si elle l’était ?
Alors elle ne l’est pas de lui, et c’est encore pire. Ses doigts se crispent sur les accoudoirs de bois sombre, son regard se porte sur l’extérieur. Il regarde par la fenêtre jusqu’à ce que la séance, somme toute humiliante pour sa femme, se termine et que revienne le quatrième médecin.
« Votre Grâce ? »
Un signe de tête. Le duc se lève et les suit dans une pièce attenante, loin des oreilles indiscrètes - notamment de sa femme.

« Sachez que les résultats peuvent encore varier, mais que les signes…
– Oui, c’est un cas extrêmement complexe, surtout au vu de la situation…
– Sans diagnostic préalable, nous ne pouvons réellement juger et ne pouvons nous fier qu’aux variables en notre possession…
–En aurions-nous été avertis plus tôt…

– Exprimez-vous clairement.» Martial est perdu. Ne peuvent-ils pas tout simplement lui dire la même chose  qu’à chaque fois ? Lui affirmer que la duchesse ….
« Votre épouse, sa Grâce la duchesse, est enceinte. »

Ah.

Martial s’arrête net. S’arrête de penser, de respirer, d’exister, d’être un court instant. Il se fige sur place, morceau de moment, n’existe plus réellement encore. Reprends-toi. Tu es duc. Un souffle. Un faux visage, une fausse contenance.
« Un cas complexe, vous disiez ? » Une ombre de menace dans sa voix. Quoi, ils le pensaient impuissant ? Mais le regard qui circule entre les membres du corps médical trahit plus l’incompréhension qu’autre chose.
« Bien que peu visibles, les signes physiques de son état sont significatifs d’un état avancé de grossesse
– Plus avancés qu’un ou deux mois.

– Je vois.
– Il arrive que certaines femmes refusent à leur corps d’exercer leur fonction naturelle pendant de nombreuses années. En conséquence, lorsqu’un enfant en vient à finalement être conçu, celles-ci n’en prennent pas conscience aussi naturellement que d’autres. »
Martial hoche la tête. Il n’arrive pas à se concentrer, rien ne fait sens. Ou plutôt, si, tout fait sens. Mais leur sortie de la Chasse date d’il y a cinq, presque six mois. Comment est-il possible d’ignorer une vie qui grandit en soi pendant cinq mois ?

Ensemble, ils rejoignent à nouveau la chambre de la duchesse et d’un geste le Belliférien congédie tout le monde.
Il n’ose pas la regarder. Pas encore. Il referme la porte de lui-même, à clé, alors qu’elle le nargue de sa voix, si certaine de lui faire du mal. Dos à elle, il se recompose comme il peut, et lorsque Martial prend la parole sa voix ne tremble presque pas. « Vous savez pertinemment ce qu’ils ont dit. Ne vous faites pas stupide. »
L’homme se retourne, la fixe. Il ne tremble pas, mais son poing se serre. « Il n’y a pas de doutes à avoir sur votre état. Tous les signes pointent vers la même conclusion. »
Et il semble si triste, le duc.
Si triste d’apprendre la nouvelle.
Peut-être parce qu’il sait qu’elle déteste déjà l’enfant qui grandit en elle, et qu’il a bien peu de chances de voir le jour.
« Il faut croire qu’une nuit a suffi. » Le blond est presque factuel, détaché de la situation. Tellement loin, tellement déchiré pour un enfant qui meurt déjà dans son esprit. « Tout comme il faut croire que vous le saviez, vu… Le temps passé. »
Que vous me l’avez caché. Droit devant la porte, il ne bouge pas. S’il bouge, il va s’effondrer.


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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyMar 5 Mar - 20:07

Le temps qui passa avant que Martial ne réponde sembla curieusement long à Séverine : il n'avait jamais eu besoin de réfléchir avant de répondre à ses méchancetés et ses piques destinées à le blesser.  Par ailleurs, sans l'admettre, elle doutait avoir jamais réussi plus que d'écorcher l'orgueil de son époux.  Séverine n'appréciait pas particulièrement l'échec, probablement avec plus de mauvaise humeur encore que la plupart des gens.  Pourtant, sous le poids des accusations qu'il lançait contre elle, malgré le poing serré sur ces doigts qui… elle ne pouvait que remarquer l'expression de son visage.  Pourquoi n'éprouvait-elle aucune satisfaction alors qu'elle avait réussi? Alors que pour une fois elle avait su viser juste?  Par le passé, jamais elle ne s'était sentie misérable d'avoir atteint une autre personne.  De ce visage, fermé par la tristesse, elle n'éprouvait aucun plaisir, aucun sentiment de victoire.  Il semblerait qu'une fois encore, elle avait perdu contre lui. Lui était-il impossible de jamais gagner contre lui?  Les mains de Séverine se crispèrent dans les plis de sa jupe, enfouies comme pour s'y cacher.  Quelque chose ne tournait pas rond, quelque chose était anormal.  Ce n'était pas le premier examen de ce genre.  Pourquoi tout ne se passait pas comme à l'habitude quand rien ne pouvait être différent.  Si elle était enceinte, elle l'aurait su.  Elle l'aurait su, comment aurait-elle pu l'ignorer?  Qui d'autre mieux qu'elle ne connaissait son corps?  Et pourtant, il était là, à assener ces mots comme une vérité absolue.  À lui reprocher de n'avoir rien dit.  Lui avoir cacher ce qu'elle-même ignorait et refusait de croire.

« Vous mentez, » souffla-t-elle.  Ce ne pouvait être vrai.  Il y avait une erreur.  « Vous mentez, oh vous mentez! » s'exclama-t-elle.  Elle niait.  Ce qu'il venait d'annoncer n'était que mensonge.  Elle sentit ses jambes chanceler sous son poids et usa de toute sa force pour se maintenir debout.  Ne pas s'effondrer devant lui.  Ne pas lui montrer sa faiblesse.  Ne pas.  Ne pas.  Ne pas.  Tant de choses qu'elle devait l'empêcher de voir.  Tant de choses que…

Elle ne pouvait être mère, elle ne le pouvait pas.  Elle ne pouvait pas être pour un enfant ce que Fantine avait été pour elle.  Elle ne pouvait pas être une mère, elle n'avait pas le temps, elle n'avait pas le courage.  Elle…  Elle devait encore se venger de Castiel.  Lui faire payer la mort de ses parents, la perte de ses titres.  Lui faire payer de l'avoir vendue comme un morceau de viande pour épouser la princesse erebienne.  Elle ne pouvait lui pardonner, son cœur portait trop de rancœur.  Un enfant ne méritait pas une telle mère.  Il aurait mieux valu pour Martial de faire passer ses bâtards pour héritier.  Et pourtant… elle n'aurait pas toléré de le savoir dans la couche d'une autre.  Elle n'avait jamais voulu du titre, mais la duchesse c'était elle et personne d'autre.

Tout ceci ne pouvait être réel.

« Mensonge…  Si j'avais voulu vous cacher une telle chose, croiriez-vous que je l'aurais laissé croître en moi?  Ne VOUS faites pas plus naïf que vous ne l'êtes!  Si… Si…  Si cela était vrai je le saurais.  Vos médecins vous mentent. »

Elle le saurait oui, elle l'aurait su si une vie germait dans ses entrailles.  Aucune de ces gens n'étaient dans sa peau, aucune de ses gens ne pouvaient savoir mieux qu'elle ce qu'il en était.  Néanmoins… le doute s'insinuait dans son esprit.  Et si c'était vrai?  Et s'ils ne se trompaient pas?  Non, c'était impossible.  C'était impossible qu'elle l'ait ignoré pendant près de six mois.

« Oh je sais ce que vous pensez!  Vous m'accuserez d'avoir écarté les jambes pour un autre homme!  Vous ne cessez d'y songer!  Oh je vous déteste!  Que je vous hais! »

Sa voix tremblait, perdue entre la rage et peut-être… la peine.  Il avait été un temps où elle aurait laissé n'importe quel homme s'approcher du moment qu'il était séduisant et distingué.  Maintenant…  Quelques années plus tôt, elle aurait rit au nez de l'imbécile qui lui aurait dit que viendrait un jour où elle ne se contenterait que d'un seul homme, à un point où elle passerait des mois sans honorer la déesse.

« Il y a plus de cinq mois que vous ne m'avez touchée, il y a plus de cinq mois que seules les servantes chargées de ma toilette ne se sont occupées de me dévêtir et vous…  Vous croyez qu'après les landes outreventoises j'aie pu laisser… Non!  Il n'y a eu que vous, seulement vous!  Ce ne pouvait qu'être vous, car tous les autres me répugnent! »

Dans la détresse et la crainte, c'était lui qui avait été là.  C'était lui qui avait été l'épaule contre laquelle se reposer.  Bien des hommes – et des femmes – avaient offert monts et merveilles ne serait-ce que pour avoir l'attention de Séverine.  Martial lui… Martial lui avait offert la sécurité parce qu'elle était à lui et qu'il le devait, pas parce qu'il voulait obtenir ses bonnes grâces.  Il était différent.

« Il est impossible que… pas depuis bientôt six mois sans aucun signe!  Vous… »

Elle n'acheva pas sa phrase, incapable de continuer.








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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyDim 10 Mar - 1:34

Le regard que pose Martial sur son épouse est un regard empli de tristesse et de rage : ce n’est pas là le regard d’un homme pour sa femme enceinte – en cet instant, elle n’est pas porteuse de vie, mais promesse de mort. Dans l’éclat d’acier de ses prunelles, il y a tout ce qu’il ne dit pas mais qu’il sait. Il y a la colère de se savoir trahi et d’avoir été dupé pendant des mois, de ne pas avoir été mis au courant de son état alors qu’il est bien impossible d’ignorer quand votre corps à ce point s’accommode pour un enfant. Il y a la fureur d’avoir été trompé, peut-être, la fureur d’un mari cocufié car c’est plus que probable au vu de la date de leur dernier rapprochement. Mais qui est le coupable, alors, pour quel soldat, pour quel membre de leur escorte, pour lequel de ses sujets, pour quel sergent, pour quel Outreventois ou quel Lorgois a-t-elle ouvert les jambes ?

Il y a la tristesse, surtout. La tristesse d’un homme qui connaît plus qu’il ne l’admettra la femme qui est devant lui et qui sait que l’enfant est déjà mort avant d’entrer dans leurs vies.
Et elle l’accuse. Martial a envie de rire, tout de suite. Mentir, il ne sait pas faire, ou alors bien maladroitement, ou de petits mensonges par omission qui ne font guère de mal et que personne ne saura reconnaître. Et lui mentir à elle n’est même pas une option.
La fatigue n’aide pas à son irritabilité et à son énervement grandissant – ou à la douleur dans sa poitrine, le deuil de l’espoir qu’il tente de tuer.  

Ils sont ridicules les deux, l’un comme l’autre solidement ancrés dans le sol sans oser bouger. Leurs yeux s’affrontent, leurs voix s’élèvent et leurs coeurs battent plus fort, portés par le déni ou la désillusion. Il est ridicule, à s’enfermer dans des faits pour se retenir de lui exploser au visage, et elle est ridicule dans son déni.
« S’ils voulaient me mentir sur votre grossesse pour s’attirer mes faveurs,ils auraient pu le faire quand je ne m’étais pas encore lassé de visiter votre couche, cela leur aurait été plus profitable. » La remarque fuse entre ses dents avant qu’il ne puisse s’en vouloir. Ce n’est pas elle, ce n’est pas sa faute, bien sûr que non. C’est la sienne à lui, de ne pas savoir remplir son rôle, de redouter l’acte méthodique, soir après soir.
Il s’apprête à continuer sur la lancée, le duc déchiré entre la colère et le dépit qui affronte une femme enceinte qui s’ignore : les trémolos de la voix de son épouse ne l’atteignent pas, sourd comme il est à ses suppliques. Pas quand elle lui dit qu’elle le hait. C’est normal de le haïr.
On ne leur a jamais demandé de s’entendre. Il s’apprête à continuer, mais son souffle se meurt dans sa gorge aussi sûrement que si on l’avait frappé en pleine gorge parce qu’il n’y a eu que lui, que ça ne peut être que lui. Il s'en rengorgerait s'il n'était pas enfoncé dans son dépit rageur - il lui dirait qu'il ne la hait pas. Mais pour l'heure, il n'en dira rien. Il remarque cependant l'effroi retenu qui doucement la saisit.
La réalisation la frappe, maintenant, elle aussi.

Ils sont ridicules, les deux parents. Elle qui refuse et lui qui fait déjà le deuil. Lui qui fulmine et elle qui se ment.
« Vous m’expliquerez en ce cas comment ils peuvent se tromper, puisque vous voilà si intelligente et versée dans la reproduction et la médecine, » réplique-t-il sèchement. Martial reprend son ancienne déambulation dans la pièce, faisant mine de ne pas l’avoir entendue. Ca ne peut être que lui. Ses mains tremblent alors il les joint. « Vous n’avez pas votre mot à dire. En cas d’erreur de leur part, ils en paieront le prix. Pour éviter tout doute, vous resterez confinée ici et soumise à des examens réguliers jusqu’à ce que nous ayons une réponse claire. Bien entendu vous serez placée sous bonne garde. Il est hors de question de vous laisser seule un seul instant, comme il s’avère que vous portez possiblement un enfant. »
L’homme s’arrête en face d’elle – si proche qu’il pourrait la toucher. S’il tendait la main il pourrait vérifier de lui-même la courbe de sa taille et le renflement de son ventre – redécouvrir ce corps admirable et magnifique et tentateur et destructeur.

« Vous y songez déjà, n’est-ce pas ? » sa voix n’est qu’un murmure entre eux. Un fil ténu sur lequel il faudra tirer pour dévoiler Martial et ses blessures. « Vous savez ce que je veux dire. » Il sourit d’un sourire sans joie, d’un rictus froid où perce l’amertume. « Je sais que vous ne rêvez que de vous en débarrasser. Une chute malencontreuse, un onguent, un filtre… Je sais. Quoi que vous choisissiez, vous n’en voulez pas. » Leurs yeux se rencontrent et s’affrontent. En Martial, la colère a laissé place à la détermination de sauver un héritier improbable.« Je ne vous laisserai pas tuer cet enfant, Séverine. »


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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptyLun 11 Mar - 16:20

Il fallait qu’elle use de toute sa force pour ne pas laisser couler ses larmes.  Elle était certainement blessée, elle aurait pu regretté certaines de ses paroles lancées sous l’effet de la colère, mais il était si…. Il savait trop bien où frapper pour faire mal et elle détestait être autant percée à jour.  Par lui.  N’importe qui d’autre que lui.  Sans doute, elle arrivait à appuyer elle aussi sur les points douloureux, sans doute n’étaient-ils bons qu’à se faire mutuellement mal.  Mais si… si les médecins ne se trompaient réellement pas, si vraiment elle était affectée par cette maladie, par la croissance d’une vie en elle.  Comment avait-elle pu l’ignorer pendant des mois?  Comment pouvaient-ils mieux connaître son corps qu’elle-même?  Il était impossible que ce ne soit pas une erreur… pourtant… pourtant… il était vrai que ses saignements n’étaient plus aussi réguliers, que seules des taches éparses se retrouvaient dans ses sous-vêtements, qu’elle s’était levée les matins, prise de nausée.  Pouvait-elle encore nier toute idée de grossesse?   En plus de la tristesse et de la colère, une vague d’angoisse s’empara d’elle.  Que ferait-elle si son corps se déformait?  Avec quoi aurait-elle encore suffisamment de pouvoir pour faire tourner la balance en sa faveur?  C’était trop gros, elle ne pouvait l’admettre et les mots de Martial…. Elle ne l’entendait parler que dans un vague écho alors que la vérité se faisait un chemin jusqu’à sa raison.  Un jour prochain, plus tôt qu’elle ne l’aurait jamais cru, elle serait forcée à faire face aux douleurs de la délivrance.  Elle n’était pas prête.  Pourrait-elle s’en débarrasser?  Si elle pouvait faire disparaître cette menace de son sein, tout irait mieux.  Une lueur folle passa dans son regard.  Oui, elle pourrait mettre un terme à tout cela, éviter que cet enfant ne voit le jour et ne souffre d’avoir une mère comme elle.  L’air hagard, elle se leva de sa chaise.

Chute.  Onguent.  Filtre.  Il lui soufflait toutes les solutions à l’oreille.  Ses mains s’agrippèrent à ses vêtements.  Savait-il où elle pourrait trouver le filtre?  Ou les escaliers?  Oui, elle pourrait aller dans les escaliers.  Si elle tombait, elle perdrait l’enfant.  Il n’aurait pas le temps de savoir à quelle mère horrible il devait la vie.  Aurait-il mal?  Souffrirait-il dans la chute comme elle?  Peut-être qu’un filtre serait moins douloureux?  Elle n’écoutait plus, elle n’entendait plus rien.  Où pourrait-elle se procurer le filtre?  Peut-être que Martial le lui donnerait, peut-être que Martial la sauverait.  Dans sa folie, elle leva les yeux sur ce visage penché sur elle et toute sa raison lui revint brutalement.  Ses doigts relâchèrent les vêtements, ses jambes fléchirent sous son poids et elle s’écroula au sol.  L’épaisseur de sa robe et de ses jupons empêchèrent la vitre d’atteindre sa chair tendre.

« Je ne peux pas… » souffla-t-elle.  Comment pouvait-elle prétendre à la maternité?  Elle n’était pas prête, elle n’avait pas ce qu’il faut, elle devait venger ses parents.  Elle devait faire payer à Castiel ne serait-ce qu’un peu tout ce qu’il lui avait fait subir.  Comment aurait-elle l’esprit suffisamment clair pour apporter à un enfant toute l’attention dont il avait besoin?

Puis la vérité la frappa durement : il n’était d’aucune importance qu’elle soit prête ou non à enfanter, à devenir mère.  Jamais on ne la laisserait prendre soin de l’enfant.  Comme tout ce qui avait été à elle, on le lui retirerait pour le confier à sa nourrice belliférienne.  Elle n’était rien de plus qu’un réceptacle, une enveloppe à pondre des enfants.  Parfois, il lui arrivait d’oublier sa situation.  Parfois, il lui arrivait de croire que tout Belliférien que fut son époux, il était capable de la respecter.  Qu’elle était naïve!

« Vous ne comprenez pas!  Vous ne pourrez jamais comprendre, » lâcha-t-elle, la voix tremblante.  Pouvait-il même prétendre imaginer quels sentiments l’agitaient?  Certainement pas.  « Vous ne savez pas ce que c’est.  Vous ne savez pas ce que c’est d’avoir une mère qui détourne toujours son regard de vous, d’avoir une mère qui préfère tout risquer pour le pouvoir que de rester en vie pour sa fille. »  Séverine était certainement injuste à l’égard de sa mère.  Elle avait certainement nié les gestes affectifs qu’elle avait eu pour elle.  Toute sa vie, elle avait était gâtée et choyée, on avait cédé à tous ses caprices faisant d’elle la femme qu’elle était aujourd’hui.

Elle qui avait toujours été si fière et hautaine, elle n’osait plus le regarder.  « Ce n’est pas l’enfant que je ne veux pas.  C’est… » être une mauvaise mère.  Ne pas être à la hauteur.  Ne pas savoir comment l’aimer à sa juste valeur.  Il ne savait rien de tous les doutes qui l’envahissaient, qui enserraient son coeur dans un étau inébranlable.  Elle était incapable de se réjouir de la nouvelle, incapable d’éprouver de l’anticipation et tous ces autres sentiments qui devaient animer toute autre femme dans sa situation,  « Sortez.  Laissez-moi. »

Elle se recroquevilla sur elle-même.  Elle avait besoin de pleurer.  Elle avait plus encore peur que lorsqu’ils s’étaient tous deux retrouvés égarés dans les landes outreventoises.  Mais cette fois, elle ne pouvait pas compter sur lui pour la rassurer.








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Message Sujet: Re: La nausée d'une existence de trop   La nausée d'une existence de trop EmptySam 16 Mar - 0:45

Le regard du duc croise le visage de son épouse d’où les couleurs semblent doucement être drainées. La réalisation qui la frappe semble emporter la vie et la conscience loin de ses traits fins : déjà, le regard sombre se pare d’un voile de réflexions profondes, déjà elle ne voit plus le présent mais s’enfonce dans ses pensées. Déjà, sans doute, constate-t-il amèrement, prévoit-elle le meilleur plan pour mettre en place les vérités qu’il vient tout juste de lui asséner. Oh, elle peut nier ! Elle peut mentir – elle sait si bien le faire après tout. Au lieu de cela, la brune au regard perdu, aux gestes erratiques, illogiques, finit par tomber aux pieds de son mari.
Un mari qui se perd, quelques instants à peine, alors qu’elle-même s’effondre. Leurs regards s’évitent – il n’a pourtant pas gagné. Sa colère, lentement, se tarit au rythme de ses mots où perce la douleur.
Il n’y a plus de colère, chez Martial, dans le regard qu’il porte sur elle.
Il n’y a pas de victoire non plus.
Car ce n’est pas une victoire que de la voir ainsi défaite et détruite par l’annonce. Pas un instant il n’a honte, pas un instant il ne se remet en doute : revenir en arrière, il ne sait pas faire. Il avance, quitte à tout détruire.
Quitte à ce qu’elle le haïsse. On ne lui a jamais demandé de l’aimer.

Et pourtant, il voudrait. Elle est là, à ses pieds, à trembler et à lui dire à mots couverts tout le mal qu’elle ne peut prononcer, cette douleur qui résonne étrangement dans l’âme vidée d’un duc blessé. Elle est là et il se se sent si proche d’elle, malgré les barrières qu’il tente de remonter. Il voudrait les faire tomber.
Il voudrait la prendre dans ses bras, la consoler, la serrer. S’asseoir au sol auprès d’elle, la tenir près et la rassurer. Lui promettre que tout ira bien. Qu’elle ne sera pas sa mère, qu’il sera là, qu’il veut être là. Il voudrait être ce soutien qu’il se doit d’être pour la femme sous sa protection.
Il voudrait lui raconter qu’il comprend, un peu, ce que ça fait de ne pas être assez bien. De ne pas savoir attirer sur lui le regard des autres – de ne pas être celui qu’on attend.
Il voudrait.

Martial ne bouge pas.
« Si vous le dites. »
La froideur de ses mots, les dents serrées, le regard terne. Il ne s’étendra pas sur ces termes.
Il ne peut pas comprendre les tressautements de ce corps à ces pieds qu’il ne peut se résoudre à toucher, à aimer, à rassurer. Il ne peut pas comprendre, c’est vrai, même s’il n’en a pas encore la pleine mesure : il a grandi avec une figure maternelle, toujours là pour lui. Il a grandi aimé, avec un modèle sur lequel s’appuyer, vers lequel se tourner – un modèle qui l’a façonné.
(Il s’est brisé tout seul, en s’éloignant d’elle. En la refusant, il s’est de lui-même condamné. )
Il ne peut pas la comprendre.
Il ne peut pas la sauver.
Il ne s’autorise pas à la sauver.

La rage, sans doute, n'est pas entièrement éteinte. Il ne croit pas en les mots qui le transpercent, en ceux qu’ils regrettent et ne feront qu’ajouter à la peine de sa femme – ne souffre-t-elle pas déjà assez ? Le duc les prononce néanmoins, parce qu’il ne sait pas se taire, qu’il ne sait pas quoi dire alors il dira ce qu’il ne faut pas.
« On vous demande juste de le porter et de le mettre au monde, Séverine. Pas de vous en occuper. Ce n’est pas votre rôle. »

Qu’elle est loin cette complicité d’Outrevent alors que Martial se décale et la laisse misérable au sol. Dehors le ciel se voile, jette sur la chambre et les époux une ombre qui les sépare. Il ne se retourne pas, pas une seule fois, alors qu’il atteint la porte et pose la main sur la poignée.
Il voudrait aller la prendre dans ses bras. Il voudrait qu’elle ne pleure pas. Qu’elle sourit.
« Prudence vous rejoindra sous peu. »
Il voudrait ne pas partir. Il hésite. Déjà il s’en veut. Déjà la porte se referme sur lui.

Ses pas résonnent dans les couloirs. La nouvelle se répand.
On le félicite. Il devrait se réjouir.
Il a envie de vomir.


CE BÉBÉ EST MORT À L'APOCALYPSE.
(Je suis fun, joie et amour)


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