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 Lecture défendue

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Message Sujet: Lecture défendue   Lecture défendue EmptyDim 14 Fév - 14:38


Livre I, Chapitre 2 • Le Carnaval des Miracles
Chimène de Faërie & Neve l'Embrun

Lecture défendue

Ou les livres ont des oreilles.




Date : 2 février 1001
Statut du RP : Privé
Résumé : Muté durant quelques temps au palais d'Alfaë, sous ordre de Chimène, Neve s'introduit une nuit dans la bibliothèque impériale et est surpris par l'impératrice elle-même. Qu'est-ce que la nuit ne ferait pas pour délier les langues, les esprits, et construire les alliances ?

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Message Sujet: Re: Lecture défendue   Lecture défendue EmptyDim 14 Fév - 14:39


Neve entrouvrit le livre avec timidité. L’imposant ouvrage, parsemé de dorures et de lettrines complexes, aux allures encyclopédiques, arborait sur chacune de ses pages de grandes tiges jaunies et des pétales vétustes. Il s’agissait d’un herbier, et près de chaque spécimen était apposée une petite note observatrice, qui mesurait, soupesait et analysait la plante. Cette flore recomposée, axée sur le printemps, était des plus variée et des plus extravagante, mêlant feuilles ciselées de façon improbable et bribes de pollen aux couleurs chatoyantes. Neve soulevait chaque page avec une extrême attention, percevant au cœur de son empathie tous les crissements des végétaux rapiécés, comme un langage secret, comme une nature morte immobile. La bouche légèrement entrouverte, le regard curieux comme un enfant, le jeune ansemarien se demandait quelle magie était à l’œuvre dans ces plantes, dans cet herbier, et n’en percevant l’essence, il jalousa furieusement le savoir, capable de saisir les tenants et les aboutissants de toutes ces fleurs mourantes. Le temps semblait s’écouler à reculons dans cette bibliothèque du palais impérial d’Alfaë.

Deux soirs auparavant, le vingt-cinquième anniversaire de la jeune impératrice Chimène laissait place à un bal hypocrite et dégénéré, où les tensions d’Arven implosèrent toutes à la fois. Neve en était demeuré profondément meurtri dans ses idéaux, ses croyances s’effritant au gré des calomnies et des désinvoltures de chacun. Le lendemain des misérables évènements, le général de brigade d’Ansemer l’informait que l’impératrice Chimène en personne le mutait pendant quelques temps au palais d’Alfaë. Cette mutation avait pour objectif d’assurer la pénurie d’effectifs de Cibella, due aux tensions réveillées dans tout Arven suite aux mésaventures du bal. Neve avait conscience qu’il était stratégique pour la jeune impératrice de conserver près d’elle ses alliés. Le jeune ansemarien n’était ni plus puissant, ni plus zélé que ses camarades Chevaucheurs. Toutefois, son intervention pacifique lors du bal, en faveur de la jeune Chimène, démontra sans mal à cette dernière son dévouement. À l’aube, il suivit des yeux l’escadron ansemarien se hisser au-delà de l’horizon pour regagner la côte, et parmi lui la jeune Louison, qu’il n’avait toujours pas su aider. Neve se détourna et se joignit aux divisions de mages qui patrouillaient dans le palais.

Le jeune Chevaucheur n’était ni flatté ni contrit d’être assigné à Alfaë. Cette expérience nouvelle lui permettrait certes de s’enrichir, mais l’atmosphère de la cour et les nombreuses rumeurs courant sur l’inefficacité de Chimène lui étaient désagréables. Les courtisans éhontés et les mages pédants le blessaient, les soldats imbus d’eux-mêmes ne voyant en lui qu’un sous-fifre de bas-étage éveillaient son propre mépris. Toutefois, prenant son devoir très à cœur et désireux de soutenir de son rôle insignifiant la jeune Chimène dans cette passe ardue, Neve ne releva rien et se comporta en Chevaucheur appliqué. Le soir, regagnant le quartier assigné aux soldats, il adressait une pensée mélancolique à Inespéré, qui dans un voile de douceur parvenait toujours à le tirer de sa triste solitude. Mais cette nuit-là, perdu dans la contemplation monotone du plafond de marbre, bercé par les ronflements sonores des autres Chevaucheurs, le jeune ansemarien ressentit un immense besoin de mots, de poésie, de lettres au creux de ses entrailles. Ses conceptions de la paix en Arven avaient été mises à mal, et dans la déconstruction de ses idéaux, un vide s’était creusé en lui. Un vide de choses simples et belles, un vide de poésie. Il se redressa entre ses draps et quitta furtivement les quartiers.

La grande bibliothèque impériale, Neve l’avait dénichée dès son arrivée dans le palais d’Alfaë. Accessible sans trop de difficulté, ce lieu presque mystique était à l’image du château : tout de marbre revêtu et de dorures sophistiquées. Les alcôves renfermaient les différentes catégories de livres, des simples romans aux encyclopédies les plus précises. Le jeune ansemarien s’approchait de chaque étagère avec envie, picorant quelques phrases de-ci-de-là, s’abreuvant des maigres ressources poétiques et des ouvrages millénaires portant sur la magie, sur l’art, sur Arven tout entier. Ce n’est qu’après moult ébats littéraires que la petite bibliothèque dédiée au savoir d’Ibélène lui apparut dans toute sa richesse. Coincée entre deux imposantes alcôves académiques, la petite étagère ne payait pas de mine à première vue. Fébrile de transgression, Neve s’en approcha et saisit le premier ouvrage que sa main rencontra. Petit herbier de la flore printanière de Cibella, s’intitulait-il. Plus d’une heure s’écoula, tandis que le jeune ansemarien décortiquait l’ouvrage avec curiosité et attention, sans se soucier le moins du monde de l’heure tardive. La dernière fois qu’il avait pénétré dans une salle défendue, tout ne s’était pas réellement passé comme prévu, malgré la rencontre avec ce brillant Citalphe Brusquevire. Là encore, rien ne l’autorisait à se trouver ici en ce moment de la nuit, lui le Chevaucheur de pacotille venu patrouille dans le palais d’Alfaë. Lorsque la porte de la bibliothèque s’entrouvrit dans un grincement étouffé, Neve retint son souffle.
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Message Sujet: Re: Lecture défendue   Lecture défendue EmptyMar 23 Fév - 19:14

Chimène caressa doucement le tissu sombre de sa robe, d’un air pensif, cachant une certaine nervosité. Une fois de plus, les discussions se firent houleuses autour de la table. C’était le cas depuis deux jours. Il faut dire que la célébration de son vingt-cinquième anniversaire ne fut pas l’évènement annonciateur de paix qu’il aurait dû être. Au contraire, il n’avait servi qu’à envenimer les choses. Des voix désapprobatrices s’étaient élevées, semant encore plus le doute dans l’esprit de la jeune souveraine. Plus que jamais elle s’était sentie totalement illégitime, pas à sa place. Elle aurait aimé hurler que c’était elle la future impératrice et qu’en tant que sujet personne n’avait à contester cette légitimité. Elle avait préféré se taire. Inutile d’en rajouter. Elle savait dans le fond qu’elle disposait de certains soutiens mais pour combien de temps ? La guerre était plus au cœur des préoccupations que jamais. Les festivités avaient été écourté à contre cœur, des renforts avaient été appelés. Le visage du palais d’Alfaë était totalement métamorphosé.

La priorité ne fut pas difficile à mettre en avant : apaiser autant que possible les tensions au sein du royaume et au-delà des frontières. Etait ce encore possible ? Sa sœur ne voudrait rien entendre si jamais elle se décidait à déclarer la guerre et la jeune femme savait à quel point elle pouvait être des plus têtues lorsqu’elle était profondément touchée. Chimène sursauta lorsqu’on la tira assez violemment de ses rêveries. Quelqu’un eut la merveilleuse idée de solliciter son avis, certainement pour défendre sa propre cause. Elle balaya du regard l’assemblée, pendue à ses lèvres. Elle souhaitait prendre le temps de considérer chacune de propositions qui venaient de lui être faites. La meilleur ou du moins, celle causant le moins de dégât serait choisie. D’un geste amicale de la main, la jeune femme mit fin à cette réunion et souhaita poliment une bonne nuit de réflexion à chacun des personnes présentes, souhaitant que celle-ci soit des plus fructueuses. Une chose est certaine : elle serait courte. Elle se retira dans ses appartements.

Chimène fit les cents pas dans sa chambre, répétant sans cesse un discours parfaitement préparé qui donnait pourtant l’impression d’être pleinement improvisé. Tel était les conseils et les souhaits de ses plus proches alliés. Chimène devait se préparer à agir en conséquence des actes de sa sœur tel une impératrice et non une jeune femme naïve. Une véritable opération séduction. Sa coiffure en était le principal symbole : ses cheveux étaient tressés en une couronne ornée de fins fils de couleur d’or, soulignant ses cheveux de feu. Le résultat était à la hauteur des espérances. Elle s’arrêta quelques secondes pour s’admirer dans le miroir, avant de reprendre à nouveau sa récitation, et cela pendant plus d’une heure.

Les couloirs du palais étaient toujours animés malgré l’heure tardive. Les passants saluèrent respectueusement la jeune impératrice, certains s’inquiétèrent pour elle, lui proposant de l’escorter jusqu’à destination, ou même jusque sa chambre. Elle refusa à chaque fois. Son seul moment de répits était de s’évader quelques heures à la tombée de la nuit pour lire quelques pages d’un roman. Elle ne se le permettait qu’une fois son devoir accompli mais ce soir ferait exception. Ressasser la situation ne l’aiderait pas à y voir plus clair. Bientôt, seul ses pas résonnèrent dans le couloir menant à la bibliothèque. La plus belle pièce du palais : le marbre et les dorures rendaient l’endroit magique. Il n’y avait d’autres mots.
La porte grinça, faisant frémir l’impératrice. Ce bruit était tellement sinistre. Elle resta quelques instants sur le pas de la porte, guettant le moindre bruit. Elle s’y engouffra après quelques secondes sans le moindre bruit. Une fois à l’intérieur, elle soupira de bonheur et de soulagement. Sans une once d’hésitation, elle s’avançait vers la petite étagère sur laquelle elle dissimulait son livre préféré du moment. Rien ne pouvait l’empêcher de l’attendre, si ce n’est un bruit. Elle se figea immédiatement. « Qui est-là ? » Son cœur bondit dans sa poitrine. Personne ne savait qu’elle était là.
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Message Sujet: Re: Lecture défendue   Lecture défendue EmptyDim 6 Mar - 11:58

Le grincement qui trancha le silence de la bibliothèque aurait glacé le sang du plus téméraire des guerriers. Redressant la tête dans une lenteur morbide, Neve déglutit et chercha du regard la source de cette sinistre mélopée. La porte de la bibliothèque se referma dans un claquement étouffé, et le jeune ansemarien eut l’amer sentiment de ne pas être à sa place. En effet, s’inviter entre les étagères littéraires du palais d’Alfaë n’était pas dans ses affiliations, et son tour de garde était proche. Quiconque le découvrait ici, le nez plongé dans un herbier sans intérêt immédiat pour sa tâcha aurait le pouvoir de le renvoyer au plus vite en Ansemer, avec de surcroît le poids du déshonneur sur ses épaules. Neve referma l’ouvrage avec une fragile délicatesse, le froissement lugubre des pages percutant avec force les parois de son subconscient. Il retint son souffle en repoussant sa lourde chaise avec une affligeante lenteur. Aucun interstice ne l’appelait du regard, aucune cachette de fortune n’était en état de le dissimuler l’espace d’un instant. Il pria pour que l’invité ne soit qu’un garde quelconque, ou une servante parcourant les immenses salles du palais. Dans un geste empreint d’une profonde douceur, Neve installa l’herbier à sa place originelle, et tandis qu’il soupirait de soulagement, l’interminable suite de livres s’affaissa sur le côté dans un bruissement sourd.

Une voix maigrelette et effrayée résonna dans la grande bibliothèque. Neve se figea lorsque le timbre si magnanime, le ton empli de nuances et de finesse, lui apparut soudain. Chimène de Faërie. Le souvenir de cette voix candide était gravé dans son esprit, avec une vivacité sans nulle autre pareille. Tantôt lui apparaissait-elle dans toute sa juvénile beauté, installée sur le trône de Faërie avec une prestance nouvelle, surplombant une assemblée dissidente et tumultueuse avec le calme du souverain. Tantôt cette voix le rappelait à son contrat signé quelques jours auparavant, et qui l’enchâssait alors au palais d’Alfaë pour pallier la pénurie d’effectifs. Cette voix ne pouvait appartenir à personne d’autre que Chimène de Faërie, rien n’était plus certain à cet instant. Mais quels étaient les mystérieux desseins d’une impératrice, si sensible soit-elle, de nuit dans la majestueuse bibliothèque du palais ? Cette rencontre, plus que fortuite, dépassait de loin le cadre confortable du vraisemblable. Neve, les doigts noués d’appréhension, aurait voulu disparaître six pieds sous terre.

Enfin, il jugea qu’il ne pourrait jouer au fantôme indéfiniment, et que son insolence avait suffisamment duré. Apparaissant dans le long corridor traversant la bibliothèque de part en part, les bras le long du corps, il adressa un regard sincèrement navré à son impératrice. Les deux protagonistes, issus de deux univers si distincts, ne savaient comment s’aborder l’un l’autre, comment s’observer, quelle posture arborer. Neve ne savait si Chimène était soulagée que la redoutable ombre de la bibliothèque ne soit que lui, ou si elle pestait déjà intérieurement devant son acte effronté. Cherchant ses mots avec soin, le jeune ansemarien laissa maladroitement le silence s’installer, plein de stupeur et d’incompréhension, avant d’avouer d’une voix dénuée d’insolence :

Je ne voulais pas vous faire peur, impératrice. Il joignit à la parole un imperceptible signe de tête, en guise de subordination et de défiance. Je ne devrais pas être ici, je m’excuse sincèrement.

Marquant une courte pause, comme pour recouvrer ses esprits, Neve chercha sur le visage de son interlocutrice une émotion fugace qui aurait pu l’instruire de ses préoccupations. Mais le faciès de cette femme si déterminée demeura obstinément clôt, si bien que le jeune ansemarien se résigna à y déceler une once de condescendance envers son acte illégitime.

Je m’en retourne immédiatement à mes fonctions, lâcha-t-il seulement d’une voix plus assurée, s’apprêtant à quitter la bibliothèque.
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