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 Le meilleur de nous deux

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La Noblesse
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Séverine de Bellifère
Séverine de Bellifère

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J'ai : 27 ans
Je suis : duchesse de Bellifère, autrefois astronome à l'Observatoire de Val-du-Ciel, mon observatoire.

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J'ai fait allégeance à : Martial de Bellifère
Mes autres visages: Marjolaine du Lierre-Réal & Lancelot l'Adroit & Liry Mac Lir & Anwar Sinhaj & Antonin de Faërie
Message Sujet: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyMer 20 Mar - 21:24


Livre IV, Chapitre 2 • L'Éternel Lendemain
Martial de Bellifère & Séverine de Bellifère

Le meilleur de nous deux

Lorsque Clémence ouvrit les yeux



• Date : 16 mars 1004
• Météo (optionnel) :
• Statut du RP : Privé
• Résumé : La duchesse est enceinte!  Un héritier au trône de Bellifère naîtra enfin!  Les doutes quant à la grossesse tant attendue de Séverine sont écartés désormais que son ventre se tend de plus en plus, de jour en jour.  Le bébé est pressé de voir le jour et sans crier gare, princesse Clémence exige qu'un lui fasse sa place dans le monde.
• Recensement :
Code:
• [b]16 mars 1004 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t4625-le-meilleur-de-nous-deux]Le meilleur de nous deux[/url] - [i]Martial de Bellifère & Séverine de Bellifère[/i]
La duchesse est enceinte!  Un héritier au trône de Bellifère naîtra enfin!  Les doutes quant à la grossesse tant attendue de Séverine sont écartés désormais que son ventre se tend de plus en plus, de jour en jour.  Le bébé est pressé de voir le jour et sans crier gare, princesse Clémence exige qu'un lui fasse sa place dans le monde.









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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyMer 20 Mar - 21:25

Les jours avaient passé, enlevant peu à peu tout doute sur la grossesse de Séverine qui après tant de mois de déni avait repris ses droits sur le corps de la duchesse, arrondissant son ventre, alourdissant son sein.  Les nausées s'étaient arrêtées et les curieuses envies alimentaires multipliées.  La plupart du temps, la future mère restait enfermée dans ses appartements, trop honteuse de son corps déformé pour se montrer dans les couloirs du palais ducal.  Elle avait tant bien que mal tâché de dissimuler la bosse de son abdomen, mais même aussi petite qu'elle l'était, elle pointait avec triomphe entre les plis de ses robes, clamant avec bruit sa présence.  Plus les jours passaient, plus Séverine se montrait anxieuse.  Parfois encore, les mots de Martial résonnaient à ses oreilles douloureusement.  Elle l'avait toujours su, elle le savait dès le départ qu'elle ne serait jamais rien de plus qu'une mère porteuse, qu'une fois l'enfant extirpé de ses entrailles, on le confierait à une nourrice et à des précepteurs chargés d'en faire un bon petit Belliférien, loin des influences scandaleuses de sa mère.  Pourtant, de tout ce que son époux  avait jamais pu lui dire, rien ne l'avait autant blessée.  Retrouver Prudence par la suite ne la lui avait rendue que plus exécrable.  La Cielsombroise ne pouvait que blâmer celle qui avait été sa dame de parage avant sa disparition : sans ses insinuations, jamais elle ne se serait trouvée dans pareille situation.

Bien que cloîtrée volontairement dans ses appartements, refusant pratiquement toute visite, elle restait surveillée, constamment.  Si l'idée, dans un moment de folie, de se débarrasser de l'enfant lui avait traversé l'esprit, elle n'en avait même pas l'énergie.  Elle était lasse, lasse de lutter à contre courant.  Apathique, elle passait la plupart de son temps oisivement.  Quand Martial venait la voir, elle était souvent assise dans ce même fauteuil où il l'avait trouvée en ce jour fatidique.  Elle recevait ses attentions sans s'interroger réellement sur leur signification.  Que ce soit pour s'assurer qu'elle n'interrompe pas la grossesse ou parce qu'il regrettait ses paroles, cela n'avait plus la moindre importance.  Elle accueillait ses visites avec calme, faisait rarement signe d'agitation.  Quelles que soient les intentions qui poussaient le duc à venir la voir, elle se contentait de savoir qu'il prenait le temps, malgré ses lourdes occupations de lui rendre visite.

C'était justement l'une de ces fois, où il était là entre deux obligations.  Depuis le matin, elle avait commencé à ressentir des douleurs au bas du ventre, mais celles-ci étaient supportables, ce n'était d'ailleurs pas la première fois que cela arrivait.  Forte de l'expérience, elle avait enduré en silence sans faire appeler les sages femmes, elle ne se souvenait que trop bien de quelle façon elles avaient relevé ses jupes pour l'examiner.  Cependant, peu après l'arrivée de Martial à ses côtés, les douleurs revinrent plus fortes et peu de temps ne s'écoula avant qu'elle ne sente ses cuisses être mouillées.  Sa main se tendit vers le Belliférien, ses doigts se crispèrent sur ses vêtements, l'inconfort dans son bas ventre se propageant dans tout son corps.

« Martial… je… »

Ce qui suivit resta dans un flou vague.  Elle ne savait plus de quelle façon elle avait alerté Martial, ni ce qu'elle lui avait dit.  Rapidement, la pièce fut envahie de femmes affairées autour d'elle.  Les douleurs étaient de plus en plus fortes.  Dans la valse de mains et de visages penchés sur elle, ses yeux cherchaient celui de Martial.  La surprise et l'hébétude, la douleur l'empêchaient de penser clairement.  Parfois il lui semblait le voir, mais elle savait que ce n'était sûrement que le fruit de son imagination : la place d'un duc n'était pas là, la naissance d'un enfant était une affaire de femmes.  Pourtant, naïvement peut-être, elle aurait aimé qu'il soit là.

Le travail fut long.  Les hanches étroites de Séverine ne facilitait pas la délivrance.  Maintes fois, elle crut mourir, mainte fois elle sentit la vie s'échapper.  Ses cris résonnaient entre les murs du palais : elle n'avait plus aucune dignité, plus aucune hauteur.  Jamais elle n'avait été habituée à supporter la douleur, jamais on ne lui avait appris à souffrir en silence.  Pourtant, le silence revint.  Des pleurs d'enfants se firent entendre.  C'était terminé.  On allongea la nouvelle maman dans son lit, encore blême et en sueur, tandis qu'on s'occupait de langer le bébé.

Avant de s'endormir, Séverine l'entendit distinctement.  Une fille.  La satisfaction de ne pas avoir donné d'héritier était douce, mais coupée par l'amertume de savoir à quelle vie serait destinée cette enfant.

Elle ignorait combien d'heures s'étaient écoulées quand elle se réveilla.  Les rideaux de sa chambre étaient tendus et seule la lueur des bougies éclairait les murs de la pièce.  La partie inférieure de son corps était encore douloureuse, comme si on y avait plongé un poignard et qu'on l'avait remué dans tous les sens.  Épuisée malgré le sommeil, elle ne chercha pas à se redresser.  Elle avait encore besoin de repos et de reprendre des forces.  Elle s'étonnait d'être encore en vie.  Ou peut-être était-elle déjà morte et la lumière tamisée de la pièce n'était là que pour lui montrer le chemin vers le royaume de Sithis.  Lorsqu'elle entendit un bruit, elle sursauta.








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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyVen 5 Avr - 22:46

Il n’est pas prêt.
Ce n’est pas une nouvelle : depuis l’annonce de la grossesse de sa femme en décembre, l’idée tourne et prend racine dans ses pensées, le hante et l’empêche de dormir. Il n’est pas prêt. La paternité est une expérience des plus effrayantes à laquelle il n’a jamais été réellement confronté, à laquelle on n’a jamais su le préparer : son père n’en a pas été un – du moins, son père n’a pas été le père qu’il veut être. Son père n’est rien dans sa mémoire, à peine une figure fantomatique aux traits tirés par la fatigue et la fièvre qui doucement s’éteint. Un ectoplasme de cauchemar. Un monstre. Un cadavre.
Un faible qui l’a abandonné. Une personne qu’il n’a pas su aimer.
Il n’est pas prêt.
Ils ne sont pas prêts.

Il faut dire que le duc n’a pas laissé à l’homme le temps de se préparer à l’idée. Il a fallu envoyer les messagers porter la nouvelle, avertir aux alentours une fois l’état de Séverine confirmé. Il a fallu, en premier lieu, envoyer par Voltigeur urgent dépêché spécialement pour l’occasion une lettre à la duchesse de Sombreciel – à sa sœur, à son âme sœur si loin désormais, sa Madeleine qui hante ses pensées chaque jour. Elle l’aura su quelques heures avant que les nouvelles officielles ne se répandent. Puis il aura fallu revenir à la gestion de ce duché obstinément dirigé vers le ravin, à la nomination d’un nouvel ambassadeur auprès de la couronne kyréenne et impériale. Au remplacement de son conseiller aux affaires familiales. Aux changements.

Les rares moments où Martial n’a pas été préoccupé par son duché, où l’homme quelque peu perturbé et brisé a pointé sous la carapace du dirigeant, il s’est rendu auprès de sa femme. D’attentions maladroites en douces remarques mal tournées – il n’a pas les mots pour elle. Il ne la comprend pas – il a tenté de se rapprocher alors que les jours glissaient et l’emportaient vers le terme d’une grossesse qu’elle ne voulait pas.
Ils ne sont pas prêts, ils sont encore si loin l’un de l’autre. Entre eux toujours s’étend cette froideur et cette distance que le Belliférien tente de briser, petit à petit.
Ils ne sont pas près.

Tout va si vite.
Il est le premier à avertir les gardes, les médecins, les sages-femmes, le palais. On le guide à l’extérieur alors, malgré ses protestations. La dernière fois qu’on l’a poussé hors d’une chambre emplie de membres du corps médical…
Il frissonne. La porte se referme.
Tout va si vite, et pourtant il doit attendre. Le duc ne laisse pas l’homme s’inquiéter, et Martial retourne à son bureau occuper son esprit comme il le pourra. Les plans pour Bellifère savent l’absorber mieux que n’importe quoi : les idées d’Ermengarde, à peine tracées par ses directives et ses lois ébauchées, font de plus en plus sens au fil des mois et c’est sur cette lancée qu’il se sait sûr d’engager son peuple.

« Votre Grâce ? »
Un mouvement de tête de la part de Martial alors qu’il se redresse.
« L’enfant est née. Vous devriez... »
Il lui indique la porte. Le blond le suit alors, le coeur battant, au pas de course sur les quelques mètres qui le séparent de la chambre où son enfant vient de naître. Les regards des autres sur eux, les murmures, les sourires retenus et effacés lui disent bien ce qu’on lui annoncera à son entrée dans l’antichambre.
« C’est une fille, votre Grâce. »

~O~

Il n’est pas prêt, Martial.
Pas prêt à devenir père.
L’enfant est sage. Silencieuse. Minuscule. Vivante. Réelle, si réelle, si présente, miraculeuse. Le duc l’a prise dans ses bras alors que déjà on la séparait de sa mère. Il l’a bercée doucement sans dire un mot alors que déjà on imaginait qu’il était déçu. Ce n’est pas l’héritier qui sauvera  la couronne de Bellifère, ce n’est qu’une petite fille, ce n’est qu’une femme. Ce n’est pas le prince qui lui succèdera, ce n’est pas une princesse s’il ne le décide pas, ce n’est  rien que l’enfant d’une Cielsombroise qui n’a pas réussi à enfanter autre chose qu’une gamine encombrante.
Ils se trompent.
Elle n’est pas ce que le monde attend d’elle.
Et elle sera bien plus que ce que Bellifère ne peut seulement imaginer, alors que déjà ils murmurent sur sa naissance.

~O~

Martial a fini par confier sa fille à celles responsables de sa garde sans un mot avant d’aller rejoindre la chambre de Séverine. Elle dort encore, l’informe-t-on. Elle est en vie. Il disparaît dans la pièce préparée pour la nuit, referme la porte derrière lui après avoir renvoyé Prudence pour la soirée. Sa femme sursaute, légèrement, et avant même de signaler sa présence il la détaille. L’effort exténuant a lavé ses traits de tous ses soucis, du masque de douleurs et de rancoeur qu’elle pouvait y avoir fait couler. Elle est là, reposée, fragile, si pâle et frêle.
« Séverine. » murmure-t-il, s’installant juste à côté du lit – un siège tiré. Sa main va trouver la sienne, doucement s’y glisser dans un contact incongru. « C’est fini. Elle est née. Notre fille est née. »
Les mots sont plein d’espoirs et de tendresse, de cette joie stupéfaite qui inonde le murmure qu’il porte jusqu’à elle. Il la fixe alors, même s’il doute d’avoir une réponse. Ses doigts serrent les siens, lentement.


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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptySam 18 Mai - 17:22

Il fallut un moment à Séverine pour qu’à travers les nuages de l’épuisement elle reconnaisse son époux. Lui avait-on annoncé la nouvelle? En lieu d’héritier, elle lui avait expulsé une minuscule petite fille. Quelle déception. Elle aurait cru que l’événement affecterait plus Martial, leur relation avait été houleuse avec si peu de périodes de calme depuis leur mariage, elle avait prédit une nouvelle tempête, mais celle-ci ne s’abattait pas sur elle, ne venait point. Il était là alors qu’elle se réveillait, sa main recouvrant la sienne. Geste d’une douceur qui leur était étrangère. Leur fille était née. Elle remarque l’usage du possessif commun. Elle s’expliquait mal ce qu’elle ressentait à cette idée. Elle et lui n’avait jamais rien eu de commun, si ce n’était un mariage politique conclu entre eux. La pensée qu’ils avaient réussi à faire quelque chose ensemble, que cette chose soit aussi sacrée que l’arrivée d’une nouvelle vie sur le continent lui semblait absurde. Les mois avaient passé depuis l’arrivée impromptue de cette grossesse qu’elle avait niée sans même avoir la moindre idée de son existence et pourtant il lui semblait toujours que c’était aussi irréel, aussi improbable et impensable. Un enfant issu d’elle et de Martial… La nouvelle semblait si ridicule, si dénuée de bon sens et c’était toutefois bel et bien vrai. Il n’y avait que l’inconfort persistant dans son bas ventre pour lui rappeler combien la grossesse, l’accouchement, tout cela était bien vrai.

Si empêcher Martial de proclamer son héritier était une satisfaction en soi, Séverine regrettait. Elle regrettait d’avoir laissé une fille se forger en elle quand elle songeait au triste destin qui l’attendait. Une autre prisonnière des carcans bellifériens, une autre fille brimée. Elle serait sûrement intelligente, comme sa mère, comme son père - même s’il coûtait à Séverine de le reconnaître - et ne pourrait jamais faire briller son esprit dans le monde. Tout comme elle, elle serait sûrement mariée contre son gré dans une alliance politique, un autre morceau de viande dans le jeu du pouvoir. Si au moins elle avait pu avoir une mère capable de l’aimer, de la protéger et de la chérir… Non, pour mère elle n’aurait que Séverine, débris de la grande dame qu’elle avait été et aurait pu être. Séverine qui ne savait plus aimer, coeur piétiné et abandonné. Séverine qui répéterait les mêmes erreurs que sa propre mère, pour les mêmes raisons : une ambition dévorante, un désir de vengeance à assouvir plus fort que tout le reste. La princesse de Bellifère lui paraissait si misérable. Et par sa faute.

Elle était incapable de joie, ou de bonheur. Elle ne pouvait pas s’y abandonner et lors que les doigts de Martial se resserraient sur les siens dans un geste presque tendre, elle ne pouvait que se forcer à endurcir son coeur, à le fermer et à ne laisser aucune lueur d’affection y entrer.

« Elle n’est pas à moi, » finit-elle par souffler, la voix cassée. Elle aurait voulu être plus froide, mais elle n’y est pas arrivée.

Cette enfant avait beau avoir été tirée de ses entrailles, elle n’était pas sienne. Elle grandirait sous la coupe de nounous et de précepteurs qui en feraient une parfaite petite Belliférienne. Séverine ne prendrait pas part à son éducation. Martial lui avait bien fait comprendre qu’on n’attendait d’elle qu’elle se contente de mettre l’enfant au monde. C’était désormais chose faite et elle espérait qu’il ne vienne plus la tourmenter. Cet air presque heureux et fébrile ne lui était pas destiné. Elle espérait qu’il s’en aille, qu’il retourne retrouver sa précieuse fille, qu’il remplisse la promesse d’un observatoire qu’il lui avait faite pour aller s’y enfermer et ne plus jamais en sortir.

Son regard se porta sur la pièce. Point de berceau, point d’enfant. À peine le bébé avait-il était extirpé de son corps qu’on le lui avait déjà enlevé. Elle chercha à se redresser un peu plus dans le lit, peut-être était-elle plus loin.

« Où est-elle? » demanda-t-elle malgré elle.

Peut-être était-ce mieux ainsi. Elle n’avait pas eu le temps de voir sa fille, pas eu le temps de la tenir contre son coeur. Finalement, l’enfant n’avait aucun lien spécial avec elle, elle l’avait simplement tiré de ses entrailles, simplement nourri de son sang et leurs chemins se séparaient là. Une larme s’échappa de ses yeux et elle détourna le regard pour empêcher Martial de la voir. Qu’il ignore qu’elle éprouvait des sentiments mitigés, cela valait mieux pour tous.








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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyMer 29 Mai - 22:37

Rien ne pourra réellement entacher cette journée en sa mémoire. Pas les regards des gens qu’il a pu passer, pas les murmures, les presque condoléances des hommes dans ses pas alors qu’il rejoignait la chambre de sa femme, pas les airs affligés, pas même la pointe de déception mordante qui, un instant, l’a pris au coeur. Il aurait aimé avoir un fils, peut-être. Il aurait aimé avoir un descendant auquel enseigner l’histoire qu’il s’efforce de déterrer, un jeune homme qu’il pourrait épauler et guider comme son père n’a pas su le faire. Un homme, plus tard un duc, un exemple pour tous.
Il aurait aimé faire de son enfant ce qu’il n’a pas pu être, l’éloigner de ce qu’il a du devenir pour exister, le laisser en grandissant être un homme et non la caricature que s’imposent vainement les Bellifériens.
Le doute le surprend et le glace, en y songeant : est-il sûr qu’il aurait su l’écarter de cette facilité ? L’élever avec autant de brio, lui éviter les pièges dans lesquels même Ermengarde n’a pas su l’empêcher de tomber ? La réponse n’existe pas.
Finalement, Martial se dit que de ne pas avoir de garçon l’empêchera de trop foirer. Qu’un seul comme lui, c’est bien assez.

Quoi qu’en penseront les autres, la naissance ne le déçoit pas. L’enfant est là, la mère est en vie, les deux semblent pouvoir s’en sortir – il y veillera. Une fille, certes. Un nom de plus à effacer quand viendra l’heure d’écrire l’histoire de son (ses) règne(s) : on ne saurait se souvenir de cette première née, encore sans nom pour l’heure. Elle n’est rien.
Pour lui, secrètement, elle est déjà beaucoup. Le duc aurait voulu la garder encore dans ses bras – mais la garder aurait pu la blesser, s’imagine-t-il : maladroit, incapable, inapte avec les enfants. On ne lui a jamais appris – il n’a jamais pris le temps.
Alors il a fui, rejoint la mère pour oublier que quand le duc le rattrapera et qu’il devra le laisser reprendre l’emprise sur sa vie, alors il ne pourra même plus l’approcher. La tête couronnée de Bellifère n’a que faire des bébés.

Pour l’heure, il est juste Martial, dans la chambre de son épouse. Martial qui cherche un contact si peu naturel entre eux, qui murmure sans cacher l’émotion qu’il a pourtant su dissimuler à d’autres avec brio.
Et elle brise tout.
Ca fait mal, elle le sait. Les dents se serrent, l’incompréhension grimpe en son coeur avec le gel. Ce jour se doit d’être heureux, et elle le gâche pour elle. Martial ne dit rien : elle veut ruiner sa vie ? Soit. Mais ses doigts sur les siens se resserrent pour lui rappeler qu’il l’entend. Que, peut-être, c’est faux.
Il n’a pas le courage de la démentir maintenant. Lorsqu'il lui répond, sa voix est à nouveau empreinte de la distance que toujours ils mettent entre eux. Distance où dansent amertumes et douceurs. « Elle est née. C’est là le plus important. » Eluder, ne pas mentir – jamais.

Le regard clair du Belliférien, posé sur leurs mains, remonte jusqu’au visage désormais réveillé de la duchesse. La réalité se rappelle à lui dans un goût de fiel et de haine : elle n’est rien, ici. Sur les enfants, même, n’a aucun droit. De trop haute lignée pour les élever, on ne lui demande que de les faire… Un peu comme lui, en somme.
La peine pendant un fugace instant se peint sur ses traits quand ses doigts relâchent les siens, qu’elle se met à chercher son enfant, qu’il voit cette larme s’échapper. Il voit. Il comprend.
« Elle est juste à côté. »
Mais il prétend que la larme est passée inaperçue : ça vaut mieux pour ce couple brisé qu’ils s’évertuent à être. « Les médecins ont dit que pour votre repos, au moins jusqu’à votre réveil, nous ne pouvions pas vous imposer leurs mouvements autour de vous. »
Il n’a même pas d’hésitation, son regard refusant de la rencontrer encore. « Je vais la faire installer ici. Au moins… Au moins pour quelques heures. » finit-il. Même si elle dit non et refuse, elle n’aura pas le choix.

La chose est rapide : il sort le temps de donner ses ordres. Le ton employé est aussi calme que d’ordinaire, et aucune personne autour n’ose émettre une remarque. Les ventrières savent, sans doute, le besoin de la mère – et les autres n’oseraient contredire le duc.
Il ne rentre que lorsque sa fille, minuscule enfant presque paisible, est sur le point d’être présentée à sa mère. Il ne dit rien alors que les domestiques apportent doucement le berceau, mais l’ombre d’un sourire attendri et proprement émerveillé joue sur ses lèvres.
Elle ne peut pas rester insensible à ça.
Ce jour sera beau pour elle aussi.


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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyMer 19 Juin - 0:36

À côté et pourtant si loin.  Séverine était rassurée : au moins l’enfant vivait.  Elle plaignait déjà le triste destin qui l’attendait, peut-être plus triste encore que le sien propre.  Juste à côté et si loin.  Elle serait toujours un pas derrière elle, à veiller sur cette part qu’on l’avait forcée à tirer hors d’elle-même, sans jamais intervenir directement.  Elle resterait dans le rôle qu’on lui imposait.  Elle était lasse.  Lasse de se mouvoir à contre courant.  Pourquoi tenter encore de faire sa place en Bellifère, pourquoi tenter encore de faire sa place dans l’estime de Martial.  Cela n’avait aucun sens, cela n’avait aucun but final.  Peut-être était-ce la fatigue qui la privait de toute la présomption et de toute l’ambition qui l’avait toujours habitée.  Ou peut-être que la délivrance lui avait simplement appris que jamais elle ne pourrait s’échapper de son statut de femme, que jamais elle ne le surpasserait.  Sa condition était limitée à son sexe.  Elle réalisait qu’autant pouvait-on se bâtir un univers duquel on est le centre en s’appuyant sur ses attributs physiques, autant celui-ci était fictif, un simple rêve dont il valait mieux ne jamais se réveiller pour ne pas devoir supporter le poids et la douleur de la réalité.  Chimères et rêves amers ne viendraient point trouble la conscience de la princesse.  Comme les autres de son peuple, elle mépriserait sa mère et Séverine encouragerait ce mépris.  Que son enfant la déteste pour qu’elle oublie toute tendresse maternelle, que son enfant la déteste pour qu’elle paie de ne savoir l’aimer.

Un instant, court, la panique monta dans le coeur de Séverine.  Pourquoi les médecins devraient-il s’agiter autour du bébé?  Qu’avait-elle?  Avait-elle engendré un monstre?  Les derniers miasmes de son séjour dans la Chasse Sauvage avaient-ils terni l’enfant de leur noirceur?  N’était-elle pas en santé?  Martial reconnut-il son trouble?  Avant même qu’elle ne puisse poser la moindre question sur l’état du poupon, déjà il lui annonçait qu’on pourrait l’installer dans la chambre un instant.  La panique redouble dans le coeur de la jeune mère.  Elle s’était déjà convaincue de ne point voir l’enfant, d’empêcher tout sentiment de naître pour elle, de lui être indifférente.  Elle n’était pas en état de lutter contre ces instincts qui se réveillaient en elle pour la première, elle n’avait pas non plus l’énergie d’empêcher son tête d’époux de mettre à exécution ses ordres.

En peu de temps, le berceau de la princesse était emmené avec délicatesse, entouré de serviteurs tous prêts à réagir au moindre gémissement du bébé.  Séverine ne pouvait s’empêcher de trembler.  Elle ne voyait pas encore ce qui reposait dans les langes et craignait ce qu’elle y découvrirait : une enfant difforme et défigurée.  Pourrait-elle jamais reconnaître la maternité d’un pareil enfant?  Pourrait-elle se pardonner de ne pas avoir su lui transmettre au moins quelque chose, son intelligence étant inutile puisqu’elle serait réprimée : penser n’appartenait pas au domaine des femmes.

Les bras soulevèrent le fragile paquet, Séverine détourna le regard jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus s’abstenir de regarder.  L’exclamation qui s’échappa d’entre ses lèvres était pleine de soulagement.

« Elle… elle est belle… » souffla-t-elle sans même s’en rendre compte.

Rose et délicate, rien ne venait entaché le visage de sa fille.  Rien n’était anormal, elle semblait avoir tous ses membres formés, et bien qu’encore un peu fripée, il semblait à Séverine qu’elle n’avait jamais vu de plus bel enfant.  Inconsciemment, elle tendit les bras, mais à la moitié de son geste, elle réalisa ce qu’elle était en train de faire.  Elle ne savait même pas comment tenir un bébé.  Il valait mieux qu’elle ne tienne pas sa fille contre son coeur.  La hargne dans celui-ci finirait par la briser.

« Remettez-la dans son berceau, » lâcha-t-elle, tâchant de se montrer désintéressée.  Elle se força à détacher son regard pour le fixer sur Martial.  Déjà, elle reconnaissait ses traits dans la courbe du nez du bébé, le vif de ses yeux, son visage volontaire.  Chaque fois qu’elle ferait face à son époux, elle reverrait ce petit être.  Comme elle aurait voulu ne pas la voir aujourd’hui.  « Comment allez-vous l’appeler? » Demanda-t-elle finalement.

Elle ne se faisait pas d’illusion, elle aurait sûrement un horrible prénom Belliférien de vieille fille prude et elle-même n’aurait pas son mot à dire dans ce choix malgré toutes les souffrances et les torts que lui avaient causé cette grossesse.








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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyVen 28 Juin - 22:58

Il est stupide, mais il y croit. Alors qu’il revient et se réinstalle près d’elle, Martial a ce douloureux sentiment que cette fin de journée va bien se passer, pour sa femme comme pour lui. Qu’en voyant leur enfant, leur fille, son coeur auquel lui-même n’a jamais eu la prétention d’accéder, elle ne peut que céder enfin. Qu’elle comprenne la joie et la tendresse instinctives qui s’emparent de lui à ce moment, mêlées à des pensées et sentiments qu’ils ne peut encore totalement appréhender. Et si elle ne l’aime pas ? Et si je la brise ? Elle est si petite, note-t-il, angoissé, quand le berceau passe à portée de son regard et est déposé entre eux. Et si elle ne survit pas ? Et si Bellifère ne veut pas d’elle ? Et des comment et des pourquoi, des questions à n’en plus finir qui détruisent sa confiance en lui et en le futur. 
Dans les bras d’un autre, elle n’a pas sa place. Il voudrait être celui qui la porte jusqu’à sa mère et la lui présente. Il n’en a pas la force : ni la force de le demander, ni la force de s’imposer, pas même celle de bouger.
Il ne veut pas voler ce moment à sa femme.

L’espace d’un instant, tout est bien. L’émerveillement dans sa voix, l’incrédulité face à la petite si parfaite déjà réchauffent un peu le coeur de Martial. Et alors, parce que c’était trop beau, la réalité se rappelle à eux avec violence.
Ce geste qui se suspend. Ce regard qui se couvre.
Ses dents se serrent, un goût amer envahit sa bouche et il lutte, oui, lutte, contre l’envie d’aller tout de même lui mettre dans les bras. Elle se refuse au bonheur après tout ce temps, refuse de vivre les quelques instants de joie qui annoncent une vie de douceur !
Il n’y a pas un seul instant où, peut-être, se doute-t-il que c’est de sa propre faute. Il n’est pas conscient qu’il l’a probablement poussée à haïr l’enfant dès l’enfantement -- à ses yeux, elle vient juste de gâcher sa première rencontre avec son enfant.
«Séverine. » Son prénom est à peine murmuré dans un souffle porteur d’une douleur et d’une tristesse non-feintes.

La princesse retourne à son berceau. Sage et fatiguée, une parfaite petite juste quelques heures après la naissance, il n’y a pas de bruit, et les gens autour font de leur mieux pour garder cette ambiance feutrée où les deux régnants peuvent à loisir s’affronter à mi-mots. Avec un soupir, le duc se rassoit dans son fauteuil, désormais juste à côté du berceau. D’ici, il peut garder un oeil sur elle - elle lui rendrait son regard, si ses yeux étaient ouverts. 
« Je ne sais pas. » la sincérité de sa réponse, un peu désemparé prouve qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle rejette d’un seul bloc son enfant. C’est une femme. Quelle femme peut ainsi être insensible à sa descendante juste après lui avoir donné vie ? 
« Ce n’est pas une décision sur laquelle j’ai pu réfléchir. Ou plutôt, si. » Il ne la regarde pas.Il ne veut pas qu’elle le devine tellement vulnérable, loin d’être préparé. « Le choix est difficile. Elle est princesse, et notre fille. Et… » Il a un vague geste. Et je voudrais qu’elle soit importante. Que son nom n’en soit pas qu’un de plus qu’on oubliera au cours des siècles. Je veux qu’elle soit le reflet de ce nouveau Bellifère, et si elle n’est leur sauveuse, qu’elle soit au moins celle qui pavera la voie après moi. 
Tout ça, il ne le dit pas. 
« Elle ne saurait se contenter d’un prénom ordinaire. » 

Il a l’impression que l’enfant lui sourit. C’est une illusion. Son regard repart sur Séverine - interrogateur, un sourcil levé. il fait un effort pour l’inclure. Lui faire comprendre son rôle, dans ce grand inconnu vers lequel ils avancent. Il ne sera pas père seul, pas plus qu’elle.
« Y avez-vous songé ? »
Il ne glissera pas un mot sur le fait qu’elle n’a pas voulu seulement la prendre dans ses bras. Elle sera sa mère. Il faut juste qu'elle l'accepte. Cette enfant n'est pas que l'héritière tant attendue d'une lignée souffrante et d'un trône d'ocre, elle est leur enfant. Presque un miracle.
Définitivement un miracle.


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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptySam 29 Juin - 21:37

Elle est si silencieuse, comme si elle savait ce qui se passait dans le coeur de ses parents la petite princesse.  Déjà si sage alors qu’elle n’avait même pas encore ouvert les yeux.  Séverine s’en voulait, elle s’en voulait tellement, mais c’était pour le mieux, elle tentait encore de s’en convaincre.  Si elle avait touché cette enfant encore pure de ses mains à elle, toutes tâchées de ses méchancetés, de son amertume et de sa haine, elle l’aurait brisée, elle l’aurait salie.  Et pis encore, elle n’aurait pas pu s’empêcher de recommencer.  De la chercher dans les murs du palais, de la prendre dans ses bras et de la serrer contre son coeur si pourri de l’intérieur.  L’enfant ne méritait pas d’être contaminée par sa haine, par sa rancoeur.  Il valait mieux pour elle de se tenir à l’écart de sa mère scandaleuse, qu’elle ne souffre pas trop d’être Belliférienne, cloîtrée dans le palais, un nouveau joyau décoratif pour la couronne ducale.  Aux côté de Séverine, elle aspirerait à plus, à mieux, elle souffrirait.  Alors qu’elle avait toujours craint de faire une Fantine d’elle, c’était presque pire désormais.  Et probablement que Martial la haïrait de ne pas être touchée par la grâce divine de Maari confrontée à sa propre fille, la chair de sa chair.

Le moment était passé, on ne pouvait plus retourner en arrière et Séverine se confortait dans l’idée qu’elle avait fait le meilleur choix.  Du moins elle tentait de s’en convaincre.

Elle ne s’attendait toutefois pas à ce que Martial n’ait pas encore choisi de nom pour l’enfant.  Elle ne s’attendait pas à ce qu’il parle d’elle comme d’une réalisation commune qui leur appartenait à tous les deux.  Elle ne s’attendait pas à être prise en considération pour une décision aussi importante.  Ne serait-ce que pour la forme.  Elle se mordit la lèvre inférieure pour masquer son émotion et tenter de rester de marbre.  Remarquerait-il le léger soubresaut?  Probablement pas, n’est-ce pas?

Elle inspira profondément.

« Je ne pensais pas avoir droit à une opinion sur la question, alors je n’y ai point réfléchi, » répondit-elle, incapable de masquer totalement son étonnement.  Des noms plus extravagants les uns que les autres défilèrent dans son esprit, des noms si cielsombrois qu’elle savait d’office qu’ils seraient refusés.  D’ailleurs, elle ne voulait pas d’un tel nom pour la princesse.  Elle n’aimait peut-être pas les noms bellifériens, mais ils avaient le mérite d’être plus tolérés par la population locale.  Une identité belliférienne brimerait la fillette et la jeune femme qu’elle deviendrait un jour, mais… au moins elle ne serait pas une totale étrangère que tous les regards désapprouveraient.

« Clémence.  Ce n’est ni vous, ni moi.  Elle n’a rien à voir avec Séverine ou Martial, elle sera libre de ces noms et de leur destinée.  Elle attirera sur elle la bienveillance des dieux et la noirceur ne pourra la toucher. »

L’idée lui était venue d’un coup.  Oui, qu’on donne pour nom une vertu à sa fille, qu’on l’éloigne d’elle plus encore.  C’était le plus beau qu’elle pouvait lui offrir pour lui prouver son affection qu’elle n’avouerait jamais.  Un destin libre de tout obstacle et de toutes souffrances.  C’était le mieux qu’elle ne pourrait jamais lui offrir.  Martial n’approuverait pas, elle n’en doutait pas.  Mais de toute façon, elle s’était déjà préparée au refus, elle ne s’attendait même pas à pouvoir proposer un nom.

Inconsciemment, elle s’étira pour jeter un oeil à l’intérieur du berceau.  Comme elle était belle.  Elle était fière d’avoir réussi à mettre au monde une créature aussi délicate et jolie.  Certainement, la princesse de Bellifère serait un ornement splendide pour la cour, on ne pourrait pas ajouter à la liste de ses délits d’avoir enfanté un laideron.

« Nommez la comme il vous semble.  Elle sera plus reconnaissante d’être nommée par son père que par moi. »

Oui, la petite n’avait pas besoin de plus de stigmates qu’elle ne lui en laissait déjà.  Séverine voyait déjà la ressemblance avec Martial, elle savait qu’il n’y avait que lui pour être le père de l’enfant, mais il ne faisait pas de doutes que jusqu’à ce que la petite ne grandisse, on ne doute de sa filiation avec le duc.  Elle n’ignorait pas ce qu’on racontait sur elle.








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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptySam 6 Juil - 23:42

Peut-être qu’elle n’en a pas le droit, aux yeux du monde et des lois bellifériennes, mais Martial n’en a cure. Peut-être est-ce à lui et lui seul de nommer sa fille. Honnêtement, il a déjà brisé tant de leurs règles et compte encore en piétiner des centaines, tellement qu’il n’en a plus rien à faire. Il respecte ses traditions, celles qui depuis qu’il a pris conscience du poids sur ses épaules lui font garder la tête droite. Il honnit ces us déformés par le temps et par la mentalité de fer de Bellifère – ces règles qui ont fini par faire tant de mal à son peuple, qui ont bien failli lui aussi le pourrir de l’intérieur.
Il respecte et aime son duché et son peuple, mais hait ce qu’il le voit être – toxique. Il ne veut pas que son enfant en soit victime. Il ne veut pas que sa fille souffre de Bellifère. Enfant fragile, enfant miracle, enfant qui porte en elle tous les espoirs d’une lignée autrement vouée à s’éteindre.
Elle sera nommée par ses deux parents. Peu importe ce qu’en diront les autres, les serviteurs autour d’eux qui entendront et murmureront que le choix s’est fait à deux – aux yeux de Martial, ils n’existent pas. Ils ne sont que des meubles.

Car même si Séverine ne le veut pas, elle aura toujours un choix quant à ce prénom : il ne veut pas décider seul. (Il ne veut pas qu’elle rejette sa fille en bloc comme elle le fait si bien depuis des minutes de plus en plus longues. ) Son regard se fait inquiet lorsqu’il se pose sur la duchesse et que sans un bruit il l’écoute. Comme elle est amère ! D’une glaciale amertume bien au fait des réalités de Bellifère qui transperce son coeur un peu plus. Il serre les dents.
« Je n’aurai pas pris cette décision sans vous consulter. » répond Martial, presque blessé. Cette décision, et celle-la seule, parmi des milliers d’autres dont elle n’a pas idée.
(Au fond, il voudrait la consulter sur d’autres sujets. Mais là n’est pas la question, et ce n’est pas le moment. )

Et elle propose un nom.
Il sonne bien. Martial n’ose pas lui avouer : le regard qui la fixe, qui suit ses mouvements alors qu’elle se penche sur sa fille doucement, à peine visiblement. Toujours celle-ci reste éloignée de sa mère qui ne fait pas un geste pour la prendre dans ses bras.
Clémence.
La vertu des hommes justes, celle des plus grands chefs. Loin d’être le courroux guerrier qui survient et sauve l’honneur dans un bain de sang,d’être la peur qui s’instille chez les soldats devant un homme respecté, cette terreur qui vient de la sévérité de ses choix.

Le duc a un pincement au coeur, sorte de pressentiment que ce choix est le bon. Il ne dit rien encore et se contente de regarder sa fille juste à côté de lui, non sa mère qui encore doit vouloir l’éviter. Ses doigts s’appuient sur le berceau alors qu’il se penche. Il repousse d’un geste négatif de la tête un des serviteurs s’approchant pour l’aider. Un peu maladroitement, il la reprend dans ses bras. Si petite.
« Ce choix vous appartient autant qu’à moi. » souffle-t-il, subjugué par l’enfant dans ses bras. Aucun autre nom ne saurait lui convenir, maintenant que celui-ci flotte dans l’air entre eux trois.
Non, elle n’est pas Douce, Prudence, Harmonie. Elle n’est pas Modestie, elle n’est pas Conception, elle n’est pas Belliférienne au sens propre du terme, ne le sera jamais. Elle ne saurait se contenter d’un nom insipide, d’une vertu qui ne se reflète pas dans la destinée qu’il voit déjà toute tracée pour elle et pour son duché.
Son enfant, leur enfant, déjà est unique. La nouvelle génération, un pas vers l’avenir.

Elle est à l’image de ce Bellifère qu’il veut lui léguer.
La preuve que l’on peut pardonner et en ressortir grandi.
« Nous l’appellerons Clémence. » murmure-t-il doucement.


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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyJeu 1 Aoû - 1:33

Il était arrivé à plusieurs reprises que Séverine soit frappée, dans un moment d’égarement très certainement, par la beauté de Martial.  Ses traits, pourtant loin d’être délicats, avaient quelque chose d’harmonieux, quelque chose qui lui plaisait.  Rapidement, elle s’efforçait tout naturellement de repousser tout sentiment d’admiration pour son mari : ce n’était qu’un rustre de Belliférien, insensible à la douceur et aux arts.  Comme tous les siens.  C’en était certainement ainsi.  Pourtant… Pourtant…. Il lui avait montré maintes fois combien elle était emplie de préjugés, maintes fois combien elle se trompait.  Et en prenant le nourrisson dans ses bras, avec toutes les précautions du monde comme s’il s’agissait du plus précieux des trésors, il lui renvoyait une fois de plus au visage combien elle se trompait à son égard, combien elle le connaissait si mal et si peu.  Elle s’était attendu à ce qu’il rejette de plein bloc la petite fille, mais il était là, tremblant de la briser entre ses bras, la regardant d’un air tendre.  Déçu, il l’était sûrement.  Séverine ne doutait pas qu’il espérait un fils pour hériter de son trône, mais elle n’avait pas un instant songé qu’il aurait pu se contenter d’une fille.  Qu’il aurait pu vouloir l’accepter et l’aimer.  Et cette découverte était perturbante.

Ou peut-être faisait-il exprès, pour la déstabiliser.  Pas de colère quant à son incompétence, à son incapacité à tenir son rôle de femme : produire des héritiers mâles en bonne santé.  Il lui donnait même le droit de suggérer un nom pour l’enfant.  Ce n’était pas normal.  Dans sa lassitude, elle cherchait le piège, l’embuscade, mais elle était trop fatiguée pour y voir correctement.  Dans son état de faiblesse, il l’avait complètement cernée quand elle était incapable de jugement, incapable de réfléchir.  Il avait gagné et elle perdu.  Cette longue guerre de deux ans s’était terminée par sa défaite totale.  Peut-être avait-elle déjà perdu en juin dernier, lors de leur sortie de la Chasse Sauvage.  Elle ne le constatait que maintenant.  C’est la décision d’appeler l’enfant Clémence qui l’acheva.  Était-ce elle qui avait toujours mal compris Bellifère?  Ou Martial avait-il tout simplement changé?  Ou peut-être… peut-être avaient-ils tous les deux changé.

Cette fois, elle ne put retenir ses larmes ni les cacher.  Elle n’arrivait pas à croire que l’enfant, Clémence, porterait le nom qu’elle avait choisi, le nom qu’elle avait proposé.  Elle s’en voulait de se sentir aussi émotive devant une pareille nouvelle, elle s’en voulait de laisser voir combien elle était touchée.  Mais surtout elle avait peur.  Peur de trop s’attacher à cette petite vie qui venait tout juste de naître, à cette petite vie qui ne demandait qu’à être aimée.  Rester distante, ne pas être une mère serait plus difficile qu’elle ne le croyait.  Ce que sa raison rejetait de toutes ses forces, ses instincts le réclamaient avec ardeur.  Tendresse.  Malgré elle, sa main se leva.  Son index se tendit vers les doigts potelés de Clémence.  Dans son sommeil, ceux-ci se serrèrent, emprisonnant Séverine dans une vague d’amour si violente qu’elle lui donna presque la nausée.

« Clémence, » murmura-t-elle, comme pour mieux s’approprier l’existence de ce petit être.  Elle avait l’air si fragile, si parfaite.  Enfin, l’enfant de Séverine n’aurait pu être autre que parfaite, son orgueil le lui rappelait avec une certaine fierté.  Peut-être devrait-elle se donner la chance.  La chance de devenir une mère.  De réussir à combiner maternité et ambition, surpasser sa propre mère là où celle-ci avait échoué.  En était-elle capable?

Elle tenta de retirer son doigt, avec mollesse : elle ne le désirait pas vraiment et craignait de réveiller le bébé.  Elle leva les yeux vers Martial, pleins d’interrogation.

« Pourquoi? » demanda-t-elle à voix basse.  Maintenant qu’elle était connectée à sa fille, maintenant qu’elle n’avait plus d’autre choix que de la clamer sienne, elle se préoccupait de son confort, de la laisser se reposer dans son sommeil d’ange.  « Pourquoi faites-vous cela? »  Lui laisser voix au chapitre.  Lui permettre d’avoir la petite près d’elle.  Être là auprès d’elle, lui.

« De nous, peut-il y avoir quelque chose de beau sans que conjointement nous l’entachions?  Ne vaut-il pas mieux que… » Elle ne termina pas sa phrase.  Elle n’arrivait pas à aller au bout de sa pensée.  Et pourtant, elle la connaissait si bien.

Ne vaut-il pas mieux que je ne salisse pas cette enfant?








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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyLun 5 Aoû - 23:11

Elle pourrait craquer. Il le sait. Oh, Martial n’ira pas jusqu’à affirmer connaître sa femme – quelle idée saugrenue ! - mais il peut au moins prétendre savoir une chose : personne ne saurait rester indifférent devant leur fille. Ce n’est pas uniquement une question d’instinct parental, sentiment profond qu’il n’aurait jamais cru ressentir pour une enfant (une, pas un. ) ; c’est une question, surtout, de la perfection de cette enfant. C’est tout ce qu’elle représente, non seulement pour eux, mais également pour le duché, pour l’avenir qui s’annonce presque radieux.
Peut-être, sans doute, croira-t-elle qu’il a choisi de lui faire plaisir juste pour avoir la paix. Sans doute, plus tard, le pensera-t-elle, s’en convaincra-t-elle. Il sait qu’elle est incapable d’imaginer qu’il ait voulu ce prénom autant qu’elle. Il sait qu’elle est incapable de penser que Martial, son mari, l’homme qu’elle hait le plus au monde – oh, comme elle le lui a dit ! - soit simplement capable pour une fois d’être de son avis.

Le duc des terres d’ocre se demande tout de même si sa femme, au sortir de la Chasse, a pu seulement développer une âme. Quand les larmes se mettent à couler, alors il sait. Quand sa main se rapproche de celle de l’enfant qui l’agrippe vaguement, alors il en a la certitude. Doucement il se penche vers elle et essuie les larmes avec une tendresse un peu gauche. Sa main est délicate, incertaine, alors que dans le creux de son autre bras il tient sa petite fille – si frêle qu’elle se love sans souci contre lui. Les gens lui viennent presque naturellement, malgré l’impression de tout faire de travers qui toujours tiraille son coeur dévasté.

Ses doigts quittent sa joue aussi rapidement qu’ils s’y sont posés, une fois les larmes disparues. Ils n’y reviendront plus : il craint le contact. Craint que ça lui retombe dessus, d’avoir voulu juste la consoler, de ne pas vouloir qu’elle pleure.
« Elle n’est pas nous, Séverine. » répond-il doucement. « Je sais que vous avez peur que nos propres travers ressurgissent sur elle. Nous l’en garderons. Je vous le jure. Nous ferons de notre mieux pour elle. » Martial n’est qu’un père, qu’un homme, quand il s’adresse à elle : un homme dont les épaules ont porté bien des poids et des attentes, mais qui n’a jamais cédé et ne compte pas céder. Un homme qui se dit, au fond de lui, qu’il tient beaucoup trop à l’harmonie bancale se dégageant du tableau entre eux. Qui tient à elles.
« Le passé ne se répètera pas avec elle. Croyez-moi sur ce point. » Ses mots se font des murmures, pour qu’ils restent entre eux. Comme tous les nobles de haut rang, les serviteurs ne sont pour lui que des objets et des meubles, il lui arrive bien trop souvent d’oublier leur présence.
D’un regard sans équivoque, il finit par réussir à leur demander de s’éclipser avec toute la discrétion qui les caractérise.
« Ce que je veux dire, murmure-t-il une fois les portes closes et la sérénité revenue dans la chambre où la chaleur ne retombe pas, c’est qu’elle ne sera pas simplement… » Il s’arrête, il ne sait pas comment le formuler. Il n’a pas la poésie et la diction d’un autre, il n’a que le vocabulaire, noble certes, d’un homme de son duché. Il a perdu avant d’avoir commencé, et pourtant il veut l’exprimer.
Séverine n’a aucune idée du mal qu’il a, depuis des années, à voir Bellifère. Elle n’a aucune idée de la violence qu’il a du se faire quand les militaires traitaient avec dédain et dégoût la présence de Madeleine – avec l’oeil lubrique, également, mais jamais avec l’oeil d’un égal. Quand les écrits anonymes sur la faiblesse d'Ermengarde arrivaient jusqu'à sa porte. Quand toujours c'était son nom qui était mentionné, de partout, sur tous les écrits, alors qu'il savait que lui n'avait rien fait et que c'était sa grand-mère qui régnait.
Elle n’a pas conscience de la douleur de devoir être comme eux parce qu’il faut les comprendre, il faut les mener, il faut se plier et les amener à la ruine. Elle n’a pas conscience du mensonge permanent dans lequel il a du s’étouffer, parce qu’il a réussi à lui mentir à elle aussi jusqu’à ce qu’elle haïsse cet homme qu’il n’est pas.
(Cet homme que Famine a détruit. )

« Ce que je veux dire, c’est qu’elle sera princesse. Que personne ne saura lui reprendre ce droit. Qu’elle est notre fille, la fille de deux lignées qui ont régné en Ibélène, et qu’à ce titre elle est amenée à faire de grandes choses. Elle est un miracle, vous le savez comme moi, mais elle n’est pas l’enfant de notre passé. » Les mots sont doux lorsqu’ils sont murmurés ; c’est son âme qui perce dans le souffle. « Ne craignez pas, Séverine, de l’aimer. Nous apprendrons à vivre avec elle. »


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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyLun 12 Aoû - 23:21

Mais est-ce que faire de leur mieux était suffisant?  C’était le futur entier d’une vie qui reposait sur eux et elle se savait… Elle savait qu’elle n’était pas prête à assumer cette tâche, pas à la hauteur.  Les erreurs qu’elle n’avait pu s’empêcher de commettre elle-même, comment pourrait-elle en préserver cette enfant, la chair de sa chair, ses os, son sang.  Elle trouvait Martial beaucoup trop sûr de lui, beaucoup trop… Martial.  Ils ne savaient toujours même pas comment s’adresser l’un à l’autre, comment vivre l’un avec l’autre, comment pouvait-il être question de guider une enfant, encore si fragile et si innocente.  Non, Séverine ne croyait pas qu’ils en étaient capable, qu’elle en était capable.  Elle secoua la tête.  Toute l’assurance dont il essayait de la convaincre, elle la réfutait, la rejetait.  C’était faux.  Impossible.

« Martial, je ne suis pas une princesse.  Je ne suis que la fille d’une bâtarde, la fille d’un baron seigneur d’une terre qui ne vaut rien.  Les titres, je ne les dois qu’à cette transaction passée entre Castiel et Ermengarde, qu’elle repose en paix dans les labyrinthes de Sithis. »

Parler d’Ermengarde te fait souffrir.  Tu sais que le sujet est sensible.  Tu ne le diras jamais à haute voix, mais tu regrettes la présence rassurante de l’aînée.  Dans ce monde d’hommes, elle avait été un pilier solide, un phare.  Il était difficile de se rappeler qu’elle n’était plus là.  Que sa main de fer dans son gant de velours s’était refroidie, qu’elle ne dicterait plus rien.  Peut-être que c’est la douleur que Martial a ressenti face à cette perte qui t’a tirée de la Chasse Sauvage à ton tour.  Si Ermengarde était toujours, elle aurait su comment élever Clémence.  Elle aurait su faire d’elle tout ce que Madeleine était.  Odette avait une bien meilleure mère que sa cousine, une femme accomplie.  Mais surtout une mère qui ne susciterait pas les commentaires mesquins.  Personne ne douterait de la légitimité de la princesse cielsombroise.  Jamais.

« Je ne veux pas.  Je ne veux pas qu’elle m’aime, je ne veux pas qu’elle ait des attentes à mon sujet.  Je ne veux pas la décevoir. »

La blesser en étant moins que ce qu’elle espérerait.  Elle était encore petite, encore inconsciente de tout ce qui l’entourait.  Mais elle grandirait.  Elle entendrait les rumeurs.  Les commérages à propos de sa scandaleuse mère.  Peut-être qu’en vieillissant, elle deviendrait le portrait de Martial, qu’elle lui ressemblerait.  Mais ce qu’on remarquerait, ce serait cet unique trait de Séverine, ce trait qui à lui seul pourrait justifier un soupçon d’adultère.  Elle savait, elle avait entendu les domestiques murmurer entre eux, douter de l’identité du père de l’enfant.  Depuis leur retour en Bellifère, le duc n’avait jamais visité les appartements de sa femme la nuit, on ne l’en avait jamais vu sortir tôt le matin.  Combien de gens ne croyaient pas à la paternité de Martial sur cette enfant?  Séverine en était consciente.  Les mauvaises langues ne seraient pas tues si facilement.

« Ils chercheront tous ce qui ne vous ressemble pas.  Qui voudrait d’une mère pareille?  Qui attire sur son enfant une pareille réputation.  Elle vous serait identique, on douterait de votre lien de parenté.  Je ne veux pas en plus lui imposer l’amour maladroit d’une mère qui ne voulait pas d’elle. »

Même maintenant, si elle l’avait pu, Séverine aurait joué avec les Sabliers du Temps pour empêcher sa naissance.  Elle n’était pas prête à avoir sur la conscience la misère de sa propre fille.








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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyJeu 15 Aoû - 22:38

Qu’elle étale sa condition à ses yeux, désormais, ne changera rien : Martial ne semble pas vouloir entendre, ne pas vouloir comprendre la détresse sous-jacente et l’amertume de ses paroles. Oh, il la sait, la vérité ! Il sait qui elle est, d’où elle vient. Plus que de Sombreciel, le duc sait son domaine – désormais perdu ; il connaît sa famille, ses ascendants, le sang qui coule dans ses veines et se mêle au sien dans celles de leur fille endormie. Et si elle se pense loin d’être princesse, son lignage ne peut mentir. Peut-être aujourd’hui n’est-elle rien car le titre de princesse lui a été repris et celui de duchesse n’est que du vent sur les terres d’ocre tant que le duc vit, mais la noblesse imprègne son être quoi qu’elle en dise ou en pense. Même désargentée, même déchue, même sans terres et sans titres, moins que rien, une noble le reste jusqu’à sa mort.
Il se tend un peu, son regard se voile d’une tristesse infinie. Le temps s’étire quand son coeur se serre autour du vide qui jamais ne sera entièrement rempli. Juste le nom de sa grand-mère dont il n’a pas pu accompagner les derniers instants suffit à le blesser : un modèle, une femme d’exception dont déjà les gens commencent à effacer le nom. Il serre les dents et baisse les yeux pendant un instant, prend une respiration un peu plus douloureuse que les autres. La douleur ne passera vraiment jamais. Même en ce jour de joie, elle vient s’insinuer en lui. Il fait tout pour son souvenir, répare les erreurs de sa propre jeunesse stupide pour suivre ses directives. Pour qu’elle soit fière de lui ?
Le duc n’a pas le coeur de lui dire que le titre qu’elle porte ne vaut rien. Que c’est du vent, un titre consort, qu’elle n’a d’autorité ici sur personne. Pour l’heure, la chose est vraie.

« Qui vous dit que vous la décevrez, Séverine ? Ne jugez pas trop vite de votre futur. Vous savez tout comme moi que celui-ci ne saurait être prévisible. » Il la fixe à nouveau sans ajouter grand-chose. Elle sait. Elle a du elle aussi connaître la communion aussi profonde avec son Cavalier ; être déchirée, malmenée, brisée, reconstruite, réécrite par la Chasse sans même s’en rendre compte, renaître dans la douleur du retour au présent dans les plaines d’Outrevent.

La suite agite l’esprit du duc. Le soupir poussé, sans équivoque, exprime bien ce qu’il pense. Le blond n’est pas insensible à la douleur des mots de Séverine, bien loin de là ! Il pourrait la comprendre, s’il s’en donnait la peine. Si son être si enclin à l’énervement à la colère n’était pas présentement irrité par la simple idée des médisants courant les couloirs de son palais ducal.
« Ils en penseront bien ce qu’ils voudront, ça ne sera jamais la vérité. Si je la déclare comme notre fille, elle l’est. Peu importe le doute émis sur sa parenté, quoi qu’il advienne, elle est désormais de la lignée de Bellifère. » Mâchoire serrée. Regard déterminé : amour et conviction s’y mêlent et s’emballent. « Si jamais certains venaient à vous accuser de quoi que ce soit concernant ce sujet, vous venez me trouver immédiatement. »
Il ne pourrait laisser la moindre rumeur d’infidélité courir en ces murs ou en son duché. Il sait sa femme fidèle – en même temps, au vu du nombre d’hommes avec lesquels celle-ci a pu interagir au cours de leur mariage, il ne se fait guère de souci.
Son ton et son regard s’adoucissent, et le nouveau père reporte sur elle toute son attention. « Je ne vous demande pas de l’aimer. Juste de ne pas la haïr, ou de ne pas la repousser, si vous vous sentez prête à l’accepter dans votre vie. C’est une enfant, notre enfant. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas la blesser parce que vous avez justement peur de le faire. »

Il se relève du lit où il était assis, coupe court à la discussion alors qu’ils pourraient, enfin, commencer à se comprendre. Il se redresse, se dégage du moment – et le silence et la distance reprennent leur place habituelle au sein de leur couple. « Essayez de vous reposer, Séverine. » Il s’apprête à appeler les serviteurs restés sur le pas de la porte mais se ravise. « Je la laisse sommeiller avec vous. Si jamais elle venait à vous importuner, appelez les nourrices. »
Essayez, juste une fois, de rester avec elle.


CE BÉBÉ EST MORT À L'APOCALYPSE.
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La Noblesse
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Séverine de Bellifère
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Je suis : duchesse de Bellifère, autrefois astronome à l'Observatoire de Val-du-Ciel, mon observatoire.

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Message Sujet: Re: Le meilleur de nous deux   Le meilleur de nous deux EmptyJeu 19 Sep - 3:40

Pour une fois, il faut admettre que son Belliférien de mari avait bien raison.  Tous deux, ils avaient bien été victimes du Destin et de ses vilains tours.  Qui aurait jamais pu pensé que Séverine de Mauve deviendrait un jour princesse de Sombreciel et qu’elle serait envoyée en cadeau à Hacheclair pour servir de bibelot.  Oh, Abigaïl l’Embrasée devait se tordre de rire si fort en songeant à son ennemie ainsi piégée chez les barbares!  Ce qu’on aurait pu encore moins prévoir, c’était que Séverine s’habituerait aux robes de laine qui grattent — en vérité on ne pouvait nier la qualité des vêtements dont elle était drapé, si Martial ne s’était guère soucier des goûts vestimentaires de sa femme en l’affublant du style prude de son duché, s’il ne s’entendait sûrement pas en dentelles et juponeries, il ne laissait pas sa duchesse être vêtue de haillons — qu’elle s’habituerait à s’effacer et à même oublier elle-même qu’elle existait pour être autre chose que la femme de Martial, son pot de fleurs, un des meubles qu’on voudrait oublier dans ce palais.  Ce qu’on n’aurait pu imaginer, c’était qu’un jour l’époux et l’épouse puissent jamais être d’accord sur le même sujet comme c’était exactement le cas, comme Séverine refusait de l’admettre à haute voix.

Clémence avait été conçue dans la douleur, dans un cri de désespoir et de mal être qui n’avait cessé d’habiter Séverine depuis qu’elle avait quitté la Chasse Sauvage, brisée, incapable de se reconnaître en elle-même, incapable de retrouver celle qu’elle avait déjà été.  Séverine de Mauve et Séverine Belastre avaient été effacées.  Il ne restait que Séverine de Bellifère, une loque humaine, une femme encore pleine de rancoeur et de rage.  Ce coeur qui aurait peut-être pu aimer un jour, qui aurait peut-être pu s’attendrir était désormais aussi sec que le sol du désert erebien.  Au moindre frôlement, ses miettes s’éparpilleraient et il n’en resterait plus rien.  Martial ne pouvait pas comprendre.  Le corps de Séverine, bien que difficilement, pouvait porter, nourrir et accoucher de ses enfants, mais son coeur était stérile.  Se serait-il ouvert un peu à elle, aurait-il été capable d’un peu plus de tendresse, peut-être aurait-il réussi à faire fleurir une fleur, une fleur faible et maigrichonne, mais vivante, coriace.  Mais l’amour, la tendresse et l’affection étaient hors de portée pour des êtres aussi mal assortis que Séverine et Martial.

Et l’air attendri de Martial sut ouvrir une légère brèche, une faille béante et profonde, au fond du précipice, un cour d’eau, presque tarit.  Elle baissa les yeux sur l’enfant.  Elle était belle.  Parfaite.

« Malgré tout, cette enfant est la preuve que nous savons nous unir pour faire quelque chose de beau, d’immaculé, » souffla-t-elle.  Non, je ne hais pas notre enfant Martial.  Elle est notre unique point commun, la seule chose qui me rattache réellement à toi, mon époux que je n’ai point choisi, que je n’ai point désiré.  Si je ne l’aime pas, c’est parce que j’en suis incapable.  Je ne sais ce que c’est que d’aimer.  On ne m’a pas donné la chance.  Moi aussi j’avais une grand-mère.  Que j’adorais.  Que j’ai perdu trop tôt.

Mais déjà, il s’en allait.  Toutes ces pensées, tous ces aveux inavoués restèrent silencieux, secret à jamais enfoui désormais que le moment était passé.  Dès qu’il eut le dos tourné, que le claquement de ses talons sur la pierre se fit distant, timidement, maladroitement, Séverine attira l’enfant contre elle, la prit dans ses bras.  Devant ce petit être innocent, cet être qui méritait mieux que cette vie qu’elle lui offrait, ses yeux s’emplirent de larmes.

« Clémence, je ne peux pas te promettre d’être une mère, d’être la mère dont tu auras besoin.  Mais j’en fais serment, j’anéantirai tout être qui se mettra en travers de ton chemin, qui menacera ton avenir et ton bonheur. »

Et à ce moment peut-être, Séverine devint malgré elle, inconsciemment, cette mère qu’elle croyait ne jamais pouvoir être.








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