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 Les vagues des chimères

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Bartholomé d'Ansemer
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Message Sujet: Les vagues des chimères   Les vagues des chimères EmptyMar 23 Avr - 4:08


Livre IV, Chapitre 3 • Au Fer Rouge
Bartholomé d'Ansemer & Jehanne d'Ansemer

Les vagues des chimères

Rêve (& cauchemar) du duc Bartholomé d'Ansemer



• Date : 11 avril 1004
• Météo (optionnel) : Changeante, la réalité n'existe pas
• Statut du RP : Privé
• Résumé : En proie à des cauchemars récurrents, Bartholomé ingérera une potion de sommeil qui le plongera dans un rêve qui lui fera se questionner sur lui-même et sur Ansemer.
• Recensement :
Code:
• [b]11 avril 1004 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t4729-les-vagues-des-chimeres#180400]Les vagues des chimères[/url] - [i]Bartholomé d'Ansemer & Jehanne d'Ansemer[/i]
En proie à des cauchemars récurrents, Bartholomé ingérera une potion de sommeil qui le plongera dans un rêve qui lui fera se questionner sur lui-même et sur Ansemer.



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Message Sujet: Re: Les vagues des chimères   Les vagues des chimères EmptyMar 23 Avr - 4:12

C’est haletant, en sueurs, qu’il se réveille une nouvelle fois. Encore. Comme les nuits précédentes. Des images de sang qui couvrent ses mains, de mort et de violence ; des cauchemars qui l’empêche de fermer l’oeil depuis près d’une semaine à présent. Il a tenté le rhum pour calmer ces derniers, pour s’assoupir d’un sommeil sans rêves et se prévaloir d’un peu de repos ; en vain. Même le liquide ambré n’a pas su l’apaiser. À croire que l’un des dieux restants sur Arven a voulu le maudire et lui infliger ces horribles nuits. Mais la menace de la Chasse est là, plus que jamais alors que depuis les tragiques événements de l’Académie c’est plus d’une vie qu’elle enlève chaque soir. Et resté éveillé ainsi n’est jamais bon.

Bartholomé pousse doucement la porte de la chambre de sa fille, qui émet un doux grincement dans le calme et le silence des couloirs en pleine nuit. Les yeux clos, la tête posée sur l’oreiller, son corps recouvert des draps qui s’empilent dans l’immense lit qu’elle occupe. Elle semble paisible, et il espère que son sommeil est plus heureux que le sien. Il retourne alors à ses appartements, rassuré de la savoir là, vivante. Il doit dormir, il le sait, et plus que quelques heures. Les journées sont longues et pénibles alors que ses paupières combattent un sommeil qui se fait tentateur, mais les lunes qui illuminent ses nuits sont ensanglantées et les images qu’il voit - qu’il vit - semblent si réelles, troublantes, perturbantes. Alors il avale la potion de sommeil qu’il a tant refusé de prendre, mais qui il l’espère le fera succomber à des rêves plus doux.

- - -

Ses mains sont couvertes de sang. Et par la lumière claire qui traverse les grandes fenêtres, le carmin qui teinte sa peau luit doucement, comme un gant de velours, chaud et réconfortant. Il sait ce qu’il verra quand il baissera le regard. C’est le même rêve, encore et encore qui se répète toujours depuis quelques nuits. Mais il se réveille d’habitude rapidement. Pas cette fois.
Ses yeux descendent sur le corps inerte devant lui. Sur les boucles blondes tachées, sur la robe souillée. C’est sa fille qui gît là, inerte devant lui. Son corps sans vie, ses membres comme désarticulés, une poupée brisée. Son visage semble paisible, mais ses paupières sont fermées ; il ne peut pas lire chez elle quelques expression, et il ne sait pas si c’est lui qui l’a tuée. Mais ses mains couvertes de sang ne peuvent pas mentir, n’est-ce pas? Les larmes glissent déjà sur ses joues alors que ses jambes fléchissent, n’arrivent plus à le soutenir, et qu’il tombe à genoux. Ses bras s’étirent et viennent chercher la princesse d’Ansemer, la soulever, la ramener contre son torse, alors qu’il la berce ainsi, enfouissant son visage dans sa chevelure. noyant ses larmes sur l’or de sa parure. Il attend. Que quelque chose se passe, qu’une explication lui soit donnée, que le bruit sifflant des boulets de canon des pirates se fasse entendre, que des assassins cachés se dévoilent, que la magie enflamme la pièce. N’importe quoi qui expliquerait la mort de Bertille. Il attend qu’il se réveille, comme à chaque fois. Mais le temps semble passer - le temps, notion qui s’étire et se contracte ici dans ce monde de rêves se soustrayant aux contraintes de la réalité - et rien ne se passe. Il reste seul avec Bertille et elle reste morte.

Alors il se lève. Il se redresse, la gardant contre lui. Elle est légère, et c’est avec aisance qu’il la transporte ; sa tête tombe vers l’arrière, ses cheveux cascadant dans le vide. Sa robe se froisse contre son corps, et lovée dans ses bras elle dévoile de fines chevilles et de délicats pieds habillés simplement de longs bas d’un bleu clair ; un bleu clair taché de rouge à présent.
Il passe la porte, il traverse un couloir. Il n’y a personne. Le palais est vide, pas un seul garde, aucun noble ou invité qui déambulerait dans le calme de la nuit. C’est inhabituel. Les appartements de la princesse seraient normalement surveillés, surtout depuis tous les derniers événements. Mais c’est un rêve. Ces détails ne sont pas importants. Tout comme les gens et les lieux. Et quand il s’arrête finalement devant la porte des appartements de la duchesse d’Ansemer, il sait que c’est Jehanne qu’il trouvera derrière celle-ci. Jehanne qui n’est plus sa femme, Jehanne qui est quelque part, loin. Pourtant quand il entrera ce sera elle qui l’accueillera, vêtue de ses plus belles robes, celles-là même qui hantent parfois encore ses souvenirs ; ses parures si jolies de quand il l’aimait vraiment, d’un amour innocent avant que tout ne dégénère.
Les larmes coulent sur ses joues. « Je suis désolé. » Sa voix est un murmure alors que son regard vient se loger dans celui de la Lagrane. Il ne sait pas ce qu’il est venu chercher chez elle, de la colère ou de la pitié? Un pardon? Qu’est-ce que son inconscient veut se faire dire, qu’a-t-il besoin de croire alors?


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Message Sujet: Re: Les vagues des chimères   Les vagues des chimères EmptyJeu 25 Avr - 15:00

Elle n’existe que s’il pense à elle. C’est au coeur de son esprit, torturé, assommé, malmené, bringuebalé de part et d’autres d’une existence éprouvante cette dernière année qu’elle a fait sa demeure. Elle n’existe que s’il se rappelle, que lorsque ses yeux et ses pensées se tournent vers elle : réminiscence ou fantasme, un peu des deux, c’est elle qui toujours dansera derrière ses paupières closes quand son absence se fera sentir ; quand il daignera avec fureur ou nostalgie se replonger dans les treize ans de mariage qui  les ont liés, peut-être retrouvera dans les livres abandonnés derrière quelques notes griffonnées au fil des pages. Elle n’est que tant que l’on veut d’elle, qu’il veut d’elle. Il a besoin de Jehanne au plus profond de son inconscient, ramenée par la potion.
Elle n’existe que dans son regard - peut-être aurait-il voulu qu’il en soit ainsi en réalité.

Lorsque les portes s’ouvrent et qu’il entre, elle tire son premier souffle, assise comme elle en a eu l’habitude autrefois de l’attendre. Les meubles doivent être les mêmes, les tissus et les rideaux de ce bleu ansemarien qui se pare d’argent dans la clarté extérieure.  Dans les ombres, derrière elle, dansent des formes encore inconnues. Lorsque viendra le temps de savoir, lorsqu’il voudra savoir, elles se révèleront.
Plus tard…

Elle n’existe que s’il pense à elle. Pour quelques heures quand il dort, elle prend vie. Elle est l’image de celle qui a été, celle qu’il aurait voulu qu’elle soit, sans doute. Elle n’a pas grand-chose à voir avec la véritable Jehanne qui reprend vie loin de l’océan honni. Son visage est lisse et apaisé de tous les tourments, vierge des cicatrices de ses pleurs, ses yeux n’emportent dans le clair de leur couleur que tendresse et inquiétude. Ses cheveux cascadent et bouclent, libres, accrochent la lumière pour devenir or blanc et pur, bijou sur la peau de ses épaules à peine plus claire. Sa robe est légère, crème et terre, souvenirs diffus. Elle ne tremble pas ni ne recule face à lui, ne s’efface pas.  Il n’y a aucun carnet dissimulé dans ses vêtements, ses doigts ne sont pas tâchés d’encre.  

A-t-il seulement un contrôle sur elle, l’esprit dans son esprit ? Si profondément endormi, seuls les dieux maîtres de ce royaume savent. Les yeux de l’ancienne duchesse s’emplissent de larmes qui refusent de couler, alors que doucement elle va essuyer celles de Bartholomé du bout des doigts - c’est si naturel. Sa main tremble contre sa joue, elle retient la tristesse qui se dégage avec violence de tout son être.

« Ne t’excuse pas. Tu n’aurais pas pu le prévoir. Ce n’est pas de ta faute. »
Ici aussi elle parle ! Une voix caressante, une voix oubliée, joyeuse, aimante, fausse, fantasmée. Loin de celle qui plaide son amour pour un frère mais refuse d’avouer qu’elle voulait la mort de l’autre. Elle est la voix qu’il n’aura jamais réentendue depuis leur mariage - celle où nulle haine ne pointe, nulle peur et nul regret. Celle qui murmure son prénom et qui n’a pour lui que tendresses, joies et tristesses d’un coeur qui ne sait pas encore le haïr.

Enfin son regard descend sur l’enfant entre ses bras. Sur sa robe s’épanouit une fleur dont les pétales tombent doucement au sol. La mère tremble, mais elle n’ébauche pas un geste pour la toucher, sans doute de peur de la blesser. D'altérer, déjà, son souvenir.
« Tu sais que tu n’y es pour rien. »
Elle le rassure faiblement quand la peine déforme ses mots. « Je sais combien tu l’aimes. Tu n’y es pour rien, Bartholomé. Tu sais que ça aurait dû arriver. »



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Message Sujet: Re: Les vagues des chimères   Les vagues des chimères EmptyMer 1 Mai - 15:34

Elle a l’air si réelle. Si belle. Exactement comme il s’en souvient, comme elle vit dans ses souvenirs. Ce n’est pas la Jehanne qu’il a vu pour la dernière fois lors de son procès. Ce n’est pas la femme qu’il a laissé dépérir de ces années à la repousser, à la retrancher aux ombres du palais, à lui refuser le respect de son titre. Ce n’est pas la mère détruite à qui il a tout enlevé et qui malgré tout se tenait droite devant lui, à retenir ses larmes alors qu’il prononçait devant tous la sentence qui la ferait souffrir peut-être davantage que la mort.
Elle a l’air si réelle, mais il sait qu’elle ne l’est pas. Il sait qu’il n’est pas dans la réalité en ce moment, voyageant dans les limbes de son esprit, bercé de ses chimères. Il sait mais ça n’a pas d’importance. Il ne se réveillera pas tout de suite, il a des choses à régler ici - dans son esprit - et sa aussi il le sait.

Elle est là et se détache de ses ombres floues qui n’attendent que de prendre forme, peu importe laquelle, celle que son esprit décidera. Tout lui appartient, ici, dans ce monde qui n’existe pas. Mais pas elle. Elle vit par elle-même ici, alors qu’il lui a empêché de vivre ainsi dans le monde réel. Il ne peut pas la contrôler, il le sait ça aussi. Sa voix est douce ; elle pourrait le bercer, il pourrait s’y perdre, fermer les yeux et s’imaginer avec elle autre part, sur les plages au sable doux des côtes d’Ansemer, loin sur un océan calme scintillant du soleil matinal. Mais il est ici, dans le palais, Bertille, inerte, dans ses bras, et voilà Jehanne qui au lieu de lui hurler après, qui au lieu de lui reprocher ses actes, qui au lieu de rester silencieuse et de le couvrir d’un regard de haine - la voilà qui l’excuse, et ça ne devrait pas. Il hoche la tête, cherchant à rejeter ses mots. « Tu ne comprends pas. » Et les larmes emplissent ses yeux, glissent le long de ses joues pour perler sur sa barbe, se mêler à cette dernière et s’y perdre.

Ses pas le mènent plus loin, dans les ombres derrière Jehanne qui prennent forme alors qu’il avance, devant le grand lit de Bertille dans lequel il la dépose. Son corps s’enfonce doucement dans le matelas moelleux, dans les draps enveloppant ; on dirait presque un ange entouré des nuages ; elle a l’air bien, même, et on pourrait croire à un sourire qui étire ses lèvres.

« C’est de ma faute, Jehanne. Tu comprends? C’est moi qui l’ai tué, regarde. » Et il tend ses mains vers elle, paume vers le haut, pour qu’elle puisse voir le sang qui les recouvre, qui les tâche de sa couleur indélébile, comme la marque de l’assassin.


- - -

Son regard était triomphant, quand elle était venu le voir cette fois-là. Sa tenue était celle d’une reine, le menton haut, les épaules rejetées vers l’arrière, le dos bien droit. Ses mains étaient posées sur son ventre, et il n’avait pas eu besoin qu’elle dise un seul mot pour comprendre ce qu’elle venait lui annoncer. Il ne l’espérait pu ; pas après toutes ces années, pas après les déceptions et les colères. Peut-être essayait-il simplement de se garder d’une nouvelle déception? Mais alors un sourire avait fendu son visage, et cette douce chaleur l’avait envahi. Il n’osait pas y croire, mais elle l’avait rassuré ; et il en était ravi, heureux même.

- - -

Elle ne comprendra pas s’il ne lui dit pas, il le sait. Elle est une création de son esprit, certes, mais elle est différente ; elle vit d’elle-même en lui, et il voit bien qu’elle ne sait pas. Son regard la fuit un instant, comme s’il ne veut pas la regarder pour lui dire, comme s’il a honte, comme s’il cherche à fuir cette vérité. Pourquoi est-il mal à présent face à ce fait alors qu’il était si extatique en l’apprenant? « Elle est enceinte. »


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Message Sujet: Re: Les vagues des chimères   Les vagues des chimères EmptyMer 1 Mai - 22:26

Les ombres derrière elle ne sont pas siennes. Pas entièrement. Elles sont de celles qui forment les cauchemars et les rêves, tissées dans les profondeurs de l’être. Elles sont un être à part dans cette scène où Bartholomé croit avoir la main et le dernier mot. (Jusqu’à ce que ce monde lui échappe, il ne se doutera de rien.) Cette Jehanne-là ne s’y perd pas comme s’y noierait la véritable : elle s’en détache et semble chercher à rester auprès de lui, près de la lumière diffuse qui se dégage de sa présence, près du corps de leur fille qui repose entre ses bras. Elle cherche le duc, instinctivement.
Elle ne comprend pas. Elle se contente de se taire et de laisser les larmes filer sur ses propres joues. Ephémère fantôme de chair, souvenir si réel dans un esprit qui la hait - ? -. Elle le suit du regard et lentement laisse les ombres se séparer autour d’eux.
Quatre ombres désormais.
Plus tard.

Elle accueille la nouvelle avec un calme non-feint. Elle ignore ses regrets et sa panique, la peur d'avoir tué sa fille. Il comprendra bien rapidement qu'il n'en est rien. Une forme de tristesse passe sur ses traits déjà alourdis par le deuil – la tristesse et la résignation qu’il lui connaît si bien. L’éclat fatigué au fond de ses prunelles dardées sur lui quand, au bord des larmes, elle renonçait à lutter et s’éclipsait. Le petit sourire fin, presque invisible, celui qui cachait si mal sa douleur, qui se nourrissait de son abandon. C’est ce sourire qui danse sur ses lèvres. « Mes félicitations. »

Je ne veux pas être oubliée, pas déjà. Hurle son esprit, hurle la conscience éphémère qui vit en lui et n’a presque pas existé pendant si longtemps. L’ancienne duchesse prend doucement ses mains. Sur sa peau si claire, le sang laisse une tâche bien sombre qui pourrait ne jamais partir.
Elle s’y est préparée. Elle est déjà résignée. Au fond, elle qui vient de lui, peut-être déjà le savait-elle.

« Regarde-moi. »
Elle supplie, presque. Elle serre ses mains entre les siennes si fines. Lorsqu’elle parvient à capter son regard, il n’y a ni haine ni tristesse en elle. Juste cette acceptation que les choses sont. « C’est une formidable nouvelle. Tu le veux depuis si longtemps. » Acceptation et regret. Elle naît de son esprit, et depuis août, son esprit sait.
Il sait qu’elle aurait voulu lui donner ces enfants, alors cette Jehanne-là, elle aussi, ressent la morsure de la défaillance de son existence. « Je n’ai jamais su te les donner. » Elle serre ses mains un peu plus fort, tente de sourire sans que le coeur n’y soit. « J’ai essayé. » D’un mouvement de tête, elle désigne Bertille.

Autour d’elle, à sa gauche, deux berceaux ornés sont posés. On devine aux dorures et aux couleurs, à la richesse des gravures, que les enfants qu’ils abritent sont de haute noblesse – l’emblème d’Ansemer est à la tête des deux meubles. Un peu plus en retrait, deux couffins plus sages reposent. Plus sobres également, quoique richement ornés, on distingue ça et là un dragon stylisé – sur le côté de l’un, on peut lire Béatrice de brodé.

« Aucun d’entre eux n’est mort par ta faute, et tu le sais. Elle non plus. Tu ne l'as pas tuée. Je... » Elle n’ose plus le regarder. Elle finit par le lâcher et aller s’assoir à côté de Bertille pour glisser sa main dans ses cheveux. Ses propres boucles cascadent en avant et voilent son visage au duc – ce n’est que quand un soubresaut léger l’agite qu’il pourra deviner les larmes qu’elle tente de lui dissimuler. Et toujours sa main court dans les cheveux de sa fille.
Elle est si fragile, l’ancienne duchesse entourée de leurs enfants morts. Morts comme leur amour, tués dans l’oeuf avant d’avoir eu une chance d’exister aux yeux du monde.



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Message Sujet: Re: Les vagues des chimères   Les vagues des chimères EmptyVen 3 Mai - 20:01

Geneviève était triomphante quand elle était venue lui annoncer, et Bartholomé n’avait pu que se laisser emporter dans sa joie. Après tout, n’avait-il pas été dévasté d’apprendre que Bertille n’était pas réellement sa vie, son sang à lui et pas seulement celui d’Ansemer. L’idée d’un enfant qui serait sien, d’avoir une descendance réelle. Il était l’élu de Messaïon - il le croyait encore, après tout ce qui s’était passé. Les sirènes qui les avaient sauvés avaient confirmé cela dans son esprit en lui apprenant que la fureur qui ravageait les côtes n’était pas celle du dieu des océans. Bertille n’était pas de son sang, même s’il l’aimait d’amour, et la réelle lignée de Messaïon se devait de passer par lui ; par son premier né.

Mais quand elle était partie dans le couvert de la nuit, quand il s’était retrouvé seul dans les grands draps emplis de souvenirs de son lit, sa joie s’était doucement dissipées. Cette boule qui avait grandit dans sa gorge pour tâcher un peu son bonheur. Et quand au matin il était allé voir Bertille, tout sourire heureuse de lui raconter les rêves de sa nuit, il n’avait pu s’empêcher de la regarder d’un nouveau regard et de questionner l’amour qu’il avait pour elle. Il l’aimait. Plus que tout. Comme sa fille. Et c’était sa fille, peu importe ce que tous en disent. Mais il savait. Bertin et Jehanne savait. D’autres aussi savaient certainement, bien que pour l’heure ce ne soit resté que des murmures et des suppositions. Et à déjà aimer ce nouvel enfant - son enfant - ne détruisait-il pas un peu l’amour qu’il vouait à Bertille?

- - -

Il lève son regard pour le plonger dans le sien à sa demande, alors que ses mains si douces ont enveloppées les siennes. Il lit l’acceptation et le regret dans ses prunelles alors qu’il écoute ses mots. Il préférerait de la tristesse et de la haine pourtant. Il préférerait de la colère. Il connaît la colère. Il sait y répondre. Il ne sait pas répondre à cette Jehanne-ci. Oui, il le veut depuis si longtemps. Et oui, c’est une formidable nouvelle. Si seulement elle pouvait être sans être empoisonnée en même temps. « J’aurais aimé que tu me les donnes… » Autrement. Autrement que comment tout s’était déroulé. Il aurait aimé que la Jehanne qu’il avait rencontré lui donne des enfants. Dans un monde idéal, oui. Ils n’étaient pas dans ce monde là.

Son regard la quitte quand les berceaux se matérialisent, et il retire ses mains de les siennes pour s’en approcher alors qu’elle s’éloigne de lui pour rejoindre à son tour Bertille. Son visage se couvre de larmes alors que ses doigts glissent sur les dorures du premier berceau. L’enfant couché à l’intérieur est un peu plus jeune que Bertille, juste assez âgé pour que les traits de son visage réflétent les siens et que les ressemblances soient claires. L’enfant a l’air endormi, mais il ne s’est jamais éveillé en vérité. Il tend la main, comme pour caresser ses cheveux, mais alors que ses doigts s’approchent, l’enfant n’est plus, son corps se brisant en un sable suivit par le berceau, poussière qui recouvre le sol avant de s’étendre et de complètement disparaître. C’est pareil pour le second berceau, et quand son regard se pose sur l'effigie de dragon du troisième, il n’approche même pas, regardant de loin les deux derniers retrouver le même sort que les premiers. Ses enfants. Ceux de son frère. Les enfants de Jehanne.

Et soudainement il a peur que Bertille subisse le même sort, et il se retourne en vitesse. Mais elle est là, veillée d’une Jehanne qui tente de camoufler ses larmes. Il s’approche doucement, comme s’il a peur qu’en avançant, tout disparaîtra. Bertille. Jehanne. Ce rêve. Ce rêve qui ne doit pas finir tout de suite, il a besoin de plus ; il sait au fond de lui qu’il ne se réveillera pas le même. « Comment je pourrais l’aimer autant, Jehanne? » Est-ce qu’il parle de Bertille ou de ce nouvel enfant qui grandit insouciant de le ventre de Geneviève? Lui-même ne le sait pas.


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Dernière édition par Bartholomé d'Ansemer le Mar 11 Juin - 18:26, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Les vagues des chimères   Les vagues des chimères EmptyMer 8 Mai - 21:56

Un sentiment de remords et de lourds regrets semble passer sur le visage baigné de larmes de la duchesse éphémère – dans cette scène et dans son esprit, elle est mère autant que régnante. Elle est celle qu’il a laissé se construire en niant la réelle Jehanne durant ces treize années de douleur –. Que sait-elle, cette apparition, de ces travers si humains qui prennent les hommes ? Peut-elle seulement les ressentir, elle qui disparaît quand la conscience revient ?
Peut-être. S’il le veut, alors oui, elle le peut.
Les berceaux tombent en poussière. D’abord leur fils, puis leur fille. Puis ceux de son frère – ici aussi, l’adultère se rappelle au duc. Elle est là pour lui, cependant. Elle n’existe que pour lui.
Elle n’est pas ce souvenir du passé, un amalgame des courts et rares instants d’elle qu’il chérit, non, même si l’on pourrait le croire. Bien sûr, la blonde l’est, en surface : la beauté de ses vingt ans, la douceur et la joie de leur première rencontre.

Cette Jehanne-là, qui lève le regard vers lui tout en gardant une main dans les cheveux de sa fille, n’est pas le passé.
Elle est là pour l’aider à avancer, la main tendue du futur ; là pour calmer ses peurs qui le tiraillent et apaiser tout ce qui ne saurait que le retenir en arrière.
Elle sait que lorsque sa mission sera accomplie, alors elle disparaîtra. Pour de bon, cette fois.
Il finira par l’oublier, oublier la jeune fille qu’il a séduite si loin de ses fleurs ; oublier la mère silencieuse qui l’a tenu si loin de sa mer ; oublier la femme qu’il ne connaît désormais pas, à Vivedune, qui s’endort chaque soir en pleurant son enfant dans le noir.
Il finira par l’oublier, car il faut qu’il oublie Jehanne.

« Parce que tu es son père. »
Dignement, elle essuie ses larmes avant d’effleurer ses mains et de les reprendre entre les siennes. Ses yeux où se noient des larmes rencontrent les siens, et sur ses lèvres ourlées de carmin – fleur de sang sur un visage pâle, elle a toujours tenu à la touche de couleur – un sourire se dessine.

« C’est ton enfant, et en ton coeur, tu le sais.Ce n’est pas une question d’aimer autant : ça ne sert à rien de vouloir répéter le passé. Cet enfant n’est pas Bertille – mais tu sauras l’aimer, car il est de ta famille. Et je te connais, Bartholomé. Je sais jusqu’à quels extrêmes tu es capable d’aller pour ceux que tu aimes, pour ceux de ton sang. Et que jamais tu ne les abandonnes. Même loin de toi, ceux-ci toujours continueront de vivre avec la certitude qu’une part de ton coeur leur est toujours acquise. »

Elle n’a jamais fait partie de sa famille.
« Il est normal d’avoir peur. Mais crois-moi. Tu sauras les aimer, tous les deux. Tous, même. Tu as toujours été un formidable père. Tu sauras l’être encore, je peux te l’assurer. »

L’ancienne duchesse ne le lâche pas. Ses mains contre les siennes semblent si réelles ! La lueur qui les éclaire change doucement. Les ombres disparaissent, un peu, et il semble que les lunes se lèvent. Le calme glisse dans la scène. Sur la robe de Bertille, dans la pénombre qui envahit la scène, le sang semble sécher.
« Es-tu heureux ? »
La question passe les lèvres de Jehanne, toujours assise sur le rebord du lit immaculé, ses mains enserrant les siennes. Il ne dira pas non. Il ne peut pas dire non. Il ne peut pas se mentir…
Mais qu’en sait-elle, après tout.



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Message Sujet: Re: Les vagues des chimères   Les vagues des chimères EmptyMar 11 Juin - 18:26

Les rêves se mêlent et s’inventent. Les rêvent jouent d’illusions, de vérités et de mensonges. Les rêves se succèdent et s'enchaînent. On les oublient ou alors ils nous changent. C’est l’esprit qui s’évade, s’enfuie, s’égare, se construit. Il n’y a que lui-même qui est un reflet de la réalité. Pourtant, tout est un peu vrai aussi. Elle. Ses enfants. Leurs enfants. Ces sentiments qui le travaillent, le rongent et le détruisent. Ces peurs qui se succèdent et l’empêche d’avancer comme il l’a toujours fait. Ces craintes d’homme. Car seul l’homme peut se questionner ainsi, se demander s’il saura aimer autant l’enfant qui vient après. Et elle le rassure et il voudrait qu ce soit aussi simple. Il se laisse presque la croire. Il se laisse presque aller à la douceur de ses doigts qui viennent chercher les siens. Peut-être que oui, peut-être qu’il saura, comme elle le dit, être capable d’aimer l’un et l’autre autant, peu importe les réels liens qui les rattachent à lui.

Mais les mots qu’elle lui dit éveillent autre chose en lui aussi. Elle parle de ceux qu’il aime, ceux de son sang. Et il a presque l’impression qu’elle pourrait parler aussi de Bertin. Est-ce qu’il l’aime encore, ce frère qui l’a trahi? Est-ce qu’il le considère encore comme de son sang, ce frère à qui il a tout retiré par colère et tristesse? Il sait la réponse. Elle est limpide, ici. Oui. Bien sur que oui. Et dans la pièce se forme l’image de Bertin. Il n’est pas là comme l’est Jehanne. C’est une image vaporeuse, lointaine comme l’homme qu’il a exilé. C’est un Bertin détruit qui se reconstruit un peu, différemment. Ce n’est pas le Bertin qu’il a connu ici, ce n’est pas le prince d’Ansemer mais ce n’est pas non plus l’image de l’homme qu’il est en ce moment. Bartholomé ne le connaît pas vraiment, ce dernier.

Ce n’est pas tout à fait vrai.
Il a fait suivre son frère, si on veut. Sur son bureau, des rapports qui lui parviennent, toutes les semaines, parfois plus souvent, parfois moins. Il sait qu’il est devenu instructeur à la Caserne des Voltigeurs à Lorgol. Il sait des choses futiles ; comment il s’habille, avec qui il traîne, dans quelles tavernes il se rends. Il en sait d’autres plus importantes ; qu’il a un logit dans Lorgol, qu’il n’a pas revu Jehanne. Il sait tout cela. Et il lit ces rapports sans ne rien faire. Souvent, il y a sur son bureau ces parchemins vierges, et l’encre à côté qui sèche lentement sans jamais se poser sur le papier. Il hésite, quelques fois. Mais il ne fait rien. Il lui en veut encore. Il lui en voudra toujours, à ce frère qui a brisé la confiance qu’il portait sur sa famille, a ce frère qui a détruit ses illusions, qui a brisé un peu son bonheur, qui a volé une parcelle de son rôle de père pour Bertille. Il lui en voudra toujours mais malgré les mots qu’il lui a dit, il ne peut s’empêcher de penser à lui comme son frère, il ne peut s’empêcher de l’aimer, même s’il n’ose se l’avouer.

Il aurait voulu que Jehanne ne voit pas cette image qui reste en suspens dans la pièce, mais c’est impossible, et c’est peut-être aussi pour cela qu’elle est là. Bertin lui a écrit. Bertin a étiré cette main qu’il a rejeté en lui répondant de quelques mots fermés. Mais c’était trop tôt. Et bien des choses depuis se sont passées. Peut-être est-ce encore trop tôt. Peut-être qu’il sera toujours trop tôt. Il ne sait pas. Il est déchiré.

Est-ce qu’il est heureux, qu’elle lui demande. Et son regard qui glisse sur la scène qui les entoure. Sur elle. Qu’il a perdu. Sur Bertille, ici morte, l’air endormie, presque paisible. Qu’il a toujours auprès de lui mais qu’il fait grandir dans des mensonges enveloppant. Sur cette image lointaine de Bertin, comme le frère qu’il a éloigné volontairement. « Non. » La réponse est la première qui lui vient. Mais si c’est vrai c’est aussi un peu faux. « Oui. » Il se réfute lui-même. « Je ne sais pas. » Il s’ouvre, brisé, perdu. Il ne sait pas. Il tente désespérément de se rattacher à quelque chose, mais il ne sait plus à quoi. Sur quoi tient son monde à présent? Ansemer. Oui. Il a toujours été un fils d’Ansemer, un fils de Messaïon. « Je ne sais pas si je peux être heureux. Je ne sais pas si je suis là pour être heureux, Jehanne. » Il aimerait lui demander ce qu’il doit faire, mais il n’ose pas, sauf qu’elle pourra peut-être lire dans ses yeux la question qui se forme.



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Message Sujet: Re: Les vagues des chimères   Les vagues des chimères EmptyJeu 27 Juin - 13:31

Bientôt, elle disparaîtra. Comme tous les rêves, comme toutes les autres fois où son esprit presque malade l’a convoquée. Ce n’est pas l’unique apparition qu’elle a fait au sein d’un de ses rêves : si elle avait une conscience, elle saurait en nommer bien d’autres, des fois où sa présence au creux de ses pensées nocturnes a été requise. Elle saurait nommer des nuits de haine et des moments d’égarement, pourrait noter les dates sur des milliers de carnets semblables à ceux qu’il a dû depuis un an brûler - déchirer. Détruire. Elle n’existe que de nuit, elle ne sait pas.
Bientôt, elle disparaîtra, elle peut le sentir : pour qu’enfin le calme envahisse son esprit et la joie son coeur. Qu’enfin vienne à apporter une fin à ceux qu’ils ont été et ne seront plus jusqu’à la fin des temps.  Bientôt le sommeil, lourd, réparateur, celui qui ne durera qu’à peine quelques heures mais sera assez pour lui donner la possibilité de ne pas s’épuiser plus que de raison lorsque se lèvera le jour.

Ses yeux ne se tournent même pas vers l’image irréelle - aussi irréelle qu’elle - de Bertin non loin. Ce n’est pas pour lui qu’elle est venue ce soir, et l’esprit qui l’a engendrée le sait. Sa fille, leur fille, semble au centre du tableau. Morte, toujours, elle dort pour l’éternité entre les êtres qui n’ont fait que lui mentir - consciemment ou non - pendant toutes ses années.
Par leur faute, peut-être pour la protéger ? Jehanne, elle, ne sait pas.

Elle a un regard bien triste, l’ancienne duchesse détrônée depuis longtemps, un regard navré et perdu qu’elle pose sur lui. Elle voudrait l’aider. L’impression qui se dégage d’elle en ce moment est celle-ci : elle voudrait l’aider, elle est là pour l’aider. Cette fois, juste ce soir, parce qu’elle n’est pas réelle, elle en a le droit.

Son hésitation lui fend le coeur, si tant est qu’elle en ait un. Après avoir déposé un baiser sur le front de Bertille, enfant sage pour toujours, elle se redresse doucement et lâche ses mains. Elle pourrait pleurer pour lui, tant la douleur et le doute qui l’accablent poignardent son être inexistant. Elle se sait investie d’une mission ce soir, sinon elle ne serait pas, et chaque instant la rapproche de la fin. Elle se hisse sur la pointe des pieds, ses doigts caressent son visage, glissent dans ses cheveux. Se heurtent à sa couronne. Son visage se fige : là est le problème, le véritable problème au coeur de tout. « Tu as le droit d’être heureux. Pas seulement en tant que duc, mais en tant qu’homme. Ne t’efface jamais au profit de ta charge. Aussi importante soit-elle pour toi. »

Ses mains sont douces et délicates comme elles ne l’ont jamais été avec lui. Son ancienne épouse n’a jamais su être là pour lui. Cette Jehanne-là, oui. « Ne laisse pas les choses qui ont su te faire souffrir dans le passé te blesser dans le présent. Laisse-les partir et s’effacer. »
Libère-toi d’elle(s).

« Avance. Tu ne seras jamais heureux si tu gardes ces rancoeurs et ces peurs consignées en toi. Laisse-les s’échapper. Tu ne feras que te faire du mal. Le regret perce dans sa voix. Elle est coupable d’avoir souffert autant - il le sait. Tu peux me croire sur ce point-là. Tu ne seras jamais si les ombres du passé continuent de te tourmenter. » Elle pourrait reculer, devrait reculer. Elle n’a pas peur d’être oubliée, elle.
« Je veux qu’enfin tu sois heureux. Heureux d’être duc, heureux d’être père et heureux d’être toi. »



Tomorrow's been slipping away and nothing remains.




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