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 Le murmure d'un coquillage

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Le Pavillon Noir
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Louis de Brunante
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Message Sujet: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyMer 8 Juin - 5:02


Livre I, Chapitre 4 • L'Ordalie de Diamant
Héloïse Aubenacre & Louis de Brunante

Le murmure d'un coquillage

Ou quand d'un regard, les morts se relèvent



• Date : 26 juin 1001
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Une petite escale aux abords de Riven est nécessaire, histoire d'approvisionner l'Audacia en denrées utiles pour quelques échanges et autres pirateries du genre. Louis est l'envoyé à terre, mais il ne se doute aucunement qu'il trouvera sur la grève de Riven bien plus que de simples coquillages dans lesquels chantent la mer.



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Vogue et vit sous le nom Éric Voile-Ardente



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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyMer 8 Juin - 5:31

Le pirate a les deux pieds dans l'eau froide, les pantalons retroussés jusqu'aux genoux, et son sabre traîne dans l'eau, pendu à ses hanches. Les bottes sont abandonnées sur la grève d'Aubenacre, en compagnie des sacs emportés avec lui. La barque qu'il doit reprendre est accostée au quai de Riven, mais il n'a pu se retenir d'effectuer ce petit détour avant de reprendre la mer à la force de ses bras pour rejoindre l'Audacia. Philippe ne lui tiendra pas rigueur d'une heure de plus, ou de moins, à cet horaire qui n'a certainement rien de durement établi. Tant qu'il revient en un morceau et avec les objets demandés... on lui pardonnera bien le sentimentalisme qui le fait chercher des coquillages.

Dans les sacs désormais pleins, quelques babioles utiles aux échanges, ainsi que des remèdes pour renflouer la réserve de la caserne médicale de la vivenef. Disons que depuis l'aventure qui les a mené jusqu'aux Amoureux du Vent, les quartiers médicaux ont été bien vidés de toutes leurs décoctions – par Douce Marianne elle-même en premier lieu, notons-le. Un oubli malencontreux de la part de l'équipage les a fait prendre la mer avec à peine quelques bandages et un flacon d'une boisson au citron fermentée tel un vin cielsombrois. Les abords de Bellifère se sont révélés heureusement dépourvus de bateaux de l'empire ibéen et le vote a été rapidement fait : c'est Louis Eric, suffisamment éduqué pour paraître convenable lors de transactions commerciales et tout aussi suffisamment inconnu pour qu'on ne le remarque pas outre mesure, qui a été nommé pour aller à Riven. Celui qui semble le moins pirate de tous.
Pour peu, il l'aurait mal pris.

Une chemise presque propre et un pantalon raccommodé plus tard, le pirate s'est élancé sur les eaux à bord d'une barque, magiquement propulsée à l'aide d'un camarade de bord. Les affaires ont été rondement, disons-le, et Louis ne planifiait pas s'attarder plus longtemps que l'idée d'aller cueillir quelques coquillages a fait son chemin dans son esprit, alors qu'il longeait la lande d'Aubenacre. Pour ses nièces et ses neveux, pour enrichir leurs collections qu'il se fait un plaisir de renflouer des plus jolies pièces trouvées. Tous sont déjà venus sur les plages non loin du domaine de Freyja, mais la mer sait toujours apporter de nouveaux trésors aux aventuriers qui savent regarder plus attentivement que les autres. Cela vaut la peine de ne plus sentir ses pieds depuis quelques minutes, le froid les ayant convenablement engourdis ! L'oeil aiguisé du marquis avise un éclat de nacre dans l'eau et victorieux, il ressort la coquille d'une huître vraisemblablement perlière du sable, rompue et révélant les couleurs tendres de son intérieur. « Oh... Lou-Ann va adorer celui-là », se souffle le Brunante, ravi. Magnifique. Puis, avec un peu de travail... elle pourrait même être montée sur un collier. L'aînée de ses nièces n'est pas la plus coquette de toutes, mais qui sait ? Il en oublie même de surveiller ses arrières et ses possessions, occupé à sa tâche.


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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptySam 18 Juin - 20:19

Désirée est malade. Une vilaine fièvre, accompagnée d'une mauvaise toux, sans doute séquelles de la pluie qui nous a surpris hier. Rien de bien préoccupant : un peu de repos, une couverture et un bol de bouillon chaud la remettront bien vite d’aplomb. Mais espérer un jour chômé, c'était trop attendre du patriarche Aubenacre qui s'est imposé sur le pas de la porte voilà une heure, nous intimant de nous mettre au travail. Nous avons bien tenté d'argumenter mais il n'a rien voulu entendre, menaçant de nous jeter dehors si je ne partais pas dans l'instant chercher les perles que Désirée devra trier.

Dehors, le ciel est lourd. Chargé de nuages sombres, aussi menaçants que l'attitude des deux frères Aubenacre que je rejoins sur la plage. Mains sur les hanches, sourcils froncés, ils observent attentivement une silhouette contrebas, qui semble fort occupée à cueillir les plus beaux coquillages que la marée est venue jeter sur ces rivages. Ce qui n'est pas goût des deux frères, qui le fixent de leurs regards noirs. L'un a déjà porté la main à son couteau de pêcheur, le second lançant des imprécations de sa voix coléreuse. Mais Levor semble se jouer de sa colère, portant ses menaces vers les terres, bien loin de l'importun.

Discrètement, je m'avance pour remplir mon panier, prenant garde de ne pas attirer leur attention. Idril m'en soit témoin, je déteste bien trop leur présence pour m'imposer en les voyant de pareille humeur. « Mais dis moi Héloïse, tu s'rais quand même pas en train d'éviter d'nous saluer ? » La voix de Jocelyn claque et me fait sursauter, m'interrompant brusquement dans ma tâche. « Non, bien sur que non. Je ne voulais pas déranger et... » « Mais regarde moi ça, cet âne bâté vient d'prendre une nouvelle huître ! Par ma lame, je vais l'égorger ! » C'est Guy qui tempête cette fois, ramenant l'attention de son cadet vers l'étranger qui semble les narguer de son insouciance. Le regard de Jocelyn retourne à la plage. Puis s'en revient vers moi. Et une lueur mauvaise apparaît dans ses yeux. « Attends, j'ai peut-être une meilleure idée. Hé toi ! » La claque sur ma fesse me tire un cri de surprise autant que de douleur et je serre mon panier contre ma poitrine. « Je dois remonter, Désirée doit... » « Rien du tout. Désirée a pas b'soin de toi dans la seconde mais nous si. Tu vois cet abruti, là bas ? Va lui dire qu'la plage est à nous. Et qu'il ferait bien de décamper, si tu vois c'que j'veux dire.Et qu'sinon, on se fera un plaisir de... il s'interrompt une seconde, comme pour cherche le mot adéquat, avant de finir, un sourire malveillant aux lèvres. ... l'éventrer d'la tête à la queue pour le laisser sécher sur la plage avec les autres déchets qu'nous ramène Messaïon. » Déclaration assortie d'un crachat sur le sable.

Hochant fébrilement la tête, je recule de trois pas pour me mettre hors de portée et, devant son regard insistant, j'entreprends de relever mes jupons pour descendre en bas de la grève, priant pour ne laisser échapper aucune des précieuses perles. Priant aussi pour que l'homme se laisse convaincre de partir sans heurts et que je puisse au plus vite rejoindre Désirée.
Le sable humide entrave mon avancée mais je progresse tant bien que mal, jusqu'à être suffisamment proche pour pouvoir héler l'inconnu. « Pardonnez-moi, monsieur. Je suis vraiment navrée de vous importuner. Vous êtes sur un domaine perlier et ces hommes se sont mis en tête que vous voliez leur gagne-pain. Il... il faudrait que vous partiez, ils ont menacé de... Je vous en prie, partez. Ils sont... ils ne plaisantent pas. »
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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyMer 22 Juin - 0:00

Il nettoie le coquillage dans l’eau salée, jusqu’à ce qu’il soit impeccable, et alors qu’il le range dans ses poches, une voix au bord de l’eau attire son attention : « Pardonnez-moi, monsieur. La voix porte jusqu’à lui, venant d’une femme grande et brune. Le vent l’empêche de tout capter, chaque intonation, chaque accent, mais il comprend bien l’avertissement. Je suis vraiment navrée de vous importuner. Vous êtes sur un domaine perlier et ces hommes se sont mis en tête que vous voliez leur gagne-pain. Il... il faudrait que vous partiez, ils ont menacé de... Je vous en prie, partez. Ils sont... ils ne plaisantent pas. » C’est à lui de rire, empochant le coquillage après l’avoir désigné aux deux hommes, qu’il remarque pour la première fois depuis son arrivée. Si eux ne plaisantent pas, lui, oui ! « Vraiment ?, raille le pirate d’une voix moqueuse. J’voudrais bien les voir essayer ! » Il est sûr de lui et n’a certainement pas peur de deux idiots probablement équipés de couteaux pour éventrer les poissons, tout Bellifériens qu’ils soient. Qu’ils essaient, un peu, et ils goûteront de son sabre ! Tout ça pour la coquille cassée d’une huître. En plus d’avoir de la bouse à la place de la cervelle, ils en ont probablement dans les yeux.

Louis hoche la tête, puis ses épaules. Ce n’est pas la faute de la femme, cela dit, et il comprend bien que la menace que ces deux inconnus représente est plus grande pour elle que pour lui. Les femmes, en Bellifère, n’ont après tout aucune liberté, alors un quelconque enseignement du maniement des armes… il ne voudrait pas que ses fanfaronnades lui fassent du mal. « J’veux pas qu’ils vous embêtent, par contre, finit-il par dire à la femme, la main en porte-voix. J’arrive. » Il a déjà ce qu’il faut, de toute façon, et c’est l’heure de retourner à la vivenef.

Et alors qu’il revient vers la berge, à un rythme certainement trop lent au goût de ses belliqueux spectateurs, et que les traits de l’inconnue se font plus nets, un étrange sentiment envahi le pirate. Un sentiment de déjà-vu, ou plutôt, de trop vu. De connu. De quelque chose, aussi, qui ne devrait pas être, plus être. Il n’est pas encore assez près, mais, il jurerait… oui, vraiment, c’est…

C’est fou comme elle ressemble à Lisbeth.


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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyMer 22 Juin - 0:43

L'espace d'un instant, l'homme semble se gausser de mon avertissement. En rire, oui. Et cette réaction pour le moins inattendue m'effraie autant qu'elle m'intrigue. Qui est donc cet étranger que n'effraie pas la colère des Bellifériens ? Idril me protège, je n'ose imaginer la réaction qui m'attendra là haut s'il ne daigne pas sortir de l'eau. Dieux tout puissants, que suis-je venue faire dans ce pétrin qui ne me concerne pas ?

Le cœur battant, j'observe l'inconnu, guettant ses réactions. Mes mains fébriles se tordent en un geste coutumier jusqu'à ce qu'enfin ses mots me parviennent, libérant un long soupir de soulagement. Ses chausses remontées jusqu'aux genoux, les poches gonflées du fruit de sa cueillette – de son vol, hurleraient les frères Aubenacre – il entreprend de rejoindre la grève, s'arrachant à l'emprise des vagues paresseuses qui lui lèchent les mollets.

Immobile, les pieds parfois mouillés par la montée du ressac, je le regarde revenir, sans bien savoir ce que j'attends. A défaut de prendre mon avertissement au sérieux, il s'est exécuté sans protester. J'ai donc rempli ma mission. Mais un rien de curiosité me retient de tourner les talons pour aller retrouver Désirée. Sa réaction, peut-être. Cet éclat de rire si singulier. Ou simplement le goût d'un peu d'inattendu dans le quotidien implacable de mes journées.

Mes yeux l'observent avec avidité, notent chaque détail, chaque indice. Le bleu éclatant de ses yeux, teinté d'un rien de ciel d'orage. Les ridules qui courent au coin de ses paupières. Sa tenue, souple et confortable, mais bien mieux coupée que tout ce qui se vend à Riven. Sa démarche souple, assurée, d'un homme qui sait n'avoir rien à prouver. La longueur de ses cheveux, d'un roux tirant sur le blond à force d'être exposés au soleil. Le hâle qui colore sa peau...
Peau qui me semble moins cuivrée à mesure qu'il avance vers moi et je jurerai – est-ce possible ? – qu'il pâlit un peu plus à chaque pas. Ses yeux s'écarquillent toujours davantage en un regard stupéfait. Et le mot semble faible pour décrire l'expression qui se peint sur son visage. Comme si... comme s'il avait peur de moi.

C'est ridicule, voyons. Il a rit des menaces proférées un peu plus tôt, quel mal pourrais-je bien lui faire, faible femme que je suis ? Ridicule et pourtant, je ne peux me défaire du sentiment de malaise qui grandit le long de ma colonne vertébrale. Et tandis qu'il arrive à portée de bras, je bredouille quelques mots de remerciements. « Merci de votre compréhension, monsieur. Je vais... Je m'en vais rentrer. L'on m'attend. » Et serrant de plus belle mon panier, je recule d'un pas, soudain pressée de quitter cette plage pour retrouver le confort de la routine.
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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyMer 22 Juin - 3:48

Plus il avance, plus la ressemblance est frappante. Et plus chaque fibre de son corps, de son esprit, lutte contre l'évidence. Lutte contre le fantôme plus vrai que nature qui se dresse devant lui, paisible apparition sur la grève d'Aubenacre.

Est-il possible qu'une autre femme ait ces yeux d'un bleu stupéfiant, ces yeux avec lesquels Liam transperçait son âme avec sévérité et Aymeric son cœur avec amour ?
Se peut-il qu'une autre ait les cheveux si sombres, si longs, n'arborant aucune trace de coupe ou de ciseau depuis si longtemps qu'ils l'enveloppent jusqu'à la taille ?
Et qu'en est-il de ce visage ? De ce menton pointu, de ce nez fin, de ces lèvres minces ? De ces pommettes parsemées de taches de rousseur, de ces fossettes qui se creusent à chaque sourire et de ces sourcils qui se froncent à la moindre contrariété ?
Et ce corps ? Ces mains qui claquent, qui fouettent, qui frappent, qui jouent, qui caressent ? Ces jambes fortes faites pour chevaucher, pour se battre, pour nager ? Cette peau laiteuse aux constellations rares et cachées de grains de beauté ?

Il est enfin devant elle, si proche qu'il pourrait la toucher. Ou la transpercer de son sabre, cette démone venue ici pour jouer avec son esprit. Ce n'est pas une femme, non, elle ne peut pas être vraie. « Merci de votre compréhension, monsieur. Je vais... Je m'en vais rentrer. L'on m'attend. » Elle recule, mais leurs regards ne peuvent se détacher l'un de l'autre. Son souffle est saccadé, effrayé, et sa main cherche la garde de son sabre, mais il est incapable de l'empoigner, les paumes moites de nervosité. « Non, ce n'est pas... ce n'est pas poss... » Louis recule d'un pas dans la mer, puis d'un autre. Messaïon le protège, Atal le protège, qu'ils veillent sur le fils de leurs eaux et de leurs pirateries, pour qu'à ce moment, il est probablement perdu. C'est sa voix, celle des sirènes qu'ils ont entendu en se rendant jusqu'à la crique des Amoureux du Vent, c'est la voix de sa folie future, cette voix qu'il entend dans ses cauchemars. « Tu ne peux pas... tu étais... je t'ai v-v-vue... »

Est-il possible qu'une femme qui ait été égorgée sur le tapis de sa chambre, dont le sang a barbouillé ses mains, dont la vie a été prise par le Sans-Visage, marche encore en Arven ?

« Tu ne peux pas... être... vivante. »

Et il tourne de l’œil.
Tombant à la renverse dans la mer.


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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyJeu 23 Juin - 21:49

Tourner les talons. Remonter le long de la grève, épousseter mes chausses et jupons du sable qui s'y dépose. Rejoindre l'orée du bourg, tourner à l'entrée de la deuxième rue vers les demeures des Aubenacre. Passer le portillon de la cour commune et rejoindre enfin Désirée qui doit se demander ce qui peut bien me retenir.
Et surtout, surtout, quitter cette plage et ces affaires qui ne me concernent en rien.

Mais si forte soit mon envie de déguerpir, le regard de l'inconnu me fige sur place. Prise au piège de ces yeux couleur glacier, je tremble de tout mon être. Son être tout entier semble secoué par une peur violente, latente. En témoigne sa main, déjà prête à l'attaque. Sa voix résonne dans le vent qui claque, murmure d'incrédulité que je ne comprends pas. Ses mots n'ont aucun sens pour moi.
Vivante ? Par tous les dieux, pourquoi donc ne serais-je pas vivante ? N'est-il pas suffisant d'avoir si peu de passé auquel se raccrocher ? Cherchant à grand peine quelques mots à lui répondre, je bredouille « Pardonnez-moi, je ne comprends... » Mes paroles s'achèvent sur un cri de stupeur en le voyant perdre connaissance. Son corps s'abîme dans l'écume des vagues, qui ne tardent pas à venir recouvrir son visage. Ô Messaïon, ne l'emporte pas ! Sans plus réfléchir, je dépose à mes pieds le panier de perles et je m'élance vers l'étranger. Mes jupons s'alourdissent, se gorgent d'eau et de sel mais qu'importe ! Je m'agenouille à ses côtés pour lui tenir la tête hors de l'eau et la dépose sur mes genoux repliés.

« Monsieur... Monsieur ? M'entendez-vous ? » Je chuchote tout doucement des prières, implorant Nep et Maari de toutes mes forces. Mes doigts s'égarent jusque dans ses cheveux, repoussent les mèches trempées qui barrent son front. Ils glissent doucement, caressent sa gorge chaude, cherchent son pouls. Il est si faible...
Dieux tout puissants, quel mal ai-je bien pu faire à cet homme ?
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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyJeu 23 Juin - 23:14

Il ne sent pas la mer l’accueillir, son froid le mordre en entier. Il voit seulement le ciel, une dernière fois, et ce regard bleu qu’il croyait ne jamais revoir. Heureusement, au bord de la rive, il est immédiatement sauvé par celle en laquelle il reconnaît une figure du passé.

« Lisbeth », prononce le marquis en frappant à sa porte. Il y a peu de chances qu’elle lui réponde. C’est toujours ainsi, depuis le début de leur mariage, et ils ne s’attendent à rien de l’autre. À rien, sauf peut-être à des claques et des insultes. Les derniers mois ont été moins… difficiles, étrangement. C’est peut-être pour cela qu’il désire l’inviter à aller faire une promenade à cheval, ce soir. Ils ont fait la course, hier. Ils ont ri et elle n’a même pas hurlé, lorsqu’il a gagné. Cela dit, elle ne répond pas, et l’irritation n’est pas longue à s’emparer de lui. Hé bien, c’est facile de balayer ces rares moments d’entente. Grognasse. « Tu sais que c’est moi. » Arrête de m’ignorer. Espèce de gourde. Il frappe encore et décide de tenter d’ouvrir la porte. Surprise, qui devrait l’alarmer plus que ce qu’il en est : elle n’est pas verrouillée. Elle peut bien l’attendre avec une arbalète à la main, pour ce qu’il en sait. Il suffit de ne pas se faire trouer d’un côté à l’autre. Prudent, il pousse la porte de l’épaule.

Ses yeux se rouvrent. Il est perdu, sa tête tourne, et le soleil de Bellifère le fait refermer les paupières. Il sent les mains sur sa gorge, dans ses cheveux. Que faisait-il ? Où est-il ? L’eau qui lèche son corps lui parle de la mer, le sable sous ses doigts de la grève, mais qu’en est-il de ces mains qui tentent de le réveiller ? De cette voix hésitante ? Louis secoue la tête, légèrement, et dissipe les bribes de l’inconscience, lentement. Ses prunelles, enfin, réussissent à se fixer sur le visage de… de Lisbeth.
C’est impossible.
Louis est un pirate. Les hommes et les femmes de la mer sont les plus superstitieux. Ils se tatouent les mains pour attirer les bonnes grâces des dieux, éloigner leur terrible courroux, croient à toutes ces créatures magiques et maléfiques dont les noms se sont perdus depuis des centaines d’années et savent que sous les eau, comme sur celles-ci, naviguent bien d’autres choses que des êtres faits de simple chair et de simple sang.

C’est de la peur, pure, de la terreur, violente, qui règne dans son esprit. Ce n’est pas le froid qui le fait trembler, immobile sous le regard de la femme. Elle qui se montre si douce, si attentive avec lui – elle ne peut définitivement pas être son épouse. Son épouse est morte. Son épouse n’était pas douce, pas avec lui. Il se souvient des coups, des claques, des cris, des insultes, des parjures, des menaces, de ses mains serrées autour de sa gorge. « Ce n’est pas moi, ce n’est pas moi », qu’il implore, la voix rauque. Qu’elle le laisse en paix, la revenante, ce n’est pas lui qui l’ait tué. Elle se trompe ! Elle a mille raisons de le détester, de le haïr, mais il ne l’a pas tué. Il l’a espéré, rêvé, tant désiré, mais ce n’est pas lui.

Il lève une main, hésitante, et vient effleurer le visage de, de Lisbeth, non, c’est impossible, ça ne peut pas être elle. Et pourtant, il peut la toucher. Pourtant, elle est là.

Peut-être est-il déjà mort ?

« Qui êtes-vous ? », chuinte sa voix apeurée.


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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyVen 24 Juin - 0:06

Les secondes s'écoulent, suspendues au fil des battements hésitants de ce cœur qui bat sous mes doigts fébriles. Il vit. Inconscient, l'esprit perdu dans un lointain qui n'appartient qu'à lui. Mais il vit. Et l'écho qui vibre au fond de sa poitrine me rassure. M'apaise. Les mots de mes prières se perdent entre les bras de Levor, supplient les dieux de le sortir de sa torpeur. Jusqu'à ce qu'enfin un regard glacier vienne m'exaucer. Une seconde tout au plus, bref battement de cils sur deux yeux éblouis qui soulage le poids pesant sur ma poitrine. « Oh, dieux tout puissants, merci ! », je soupire, levant un regard reconnaissant vers les cieux en me promettant de redoubler de dévotions dans les jours à venir.

« Du calme, du calme. Tout va bien. » Juste un murmure, vain espoir de l'apaiser. Car tout éveillé qu'il soit, mon étranger n'en est pas moins agité. Ses yeux s'agitent en tous sens, semblent scruter chaque détail, chaque ligne de mon visage avec une attention qui ne tarde pas à me gêner et empourpre mes joues. Plus encore me trouble cette main qui me cherche, du bout de ses doigts suppliants, mais que je n'ose saisir. Et ces mots qui implorent, qui réclament une réponse que je n'ai pas... « Je... On me nomme Héloïse. Héloïse Aubenacre. » et je détourne les yeux, désolée de n'avoir plus.

Toute l'inconvenance de ma posture – de sa présence – me saute soudain au visage. Qu'Idril me pardonne mon attitude, je ne pensais pas à mal. Soudain hésitantes, mes mains cessent leurs gestes rassurants pour se figer, ne sachant brusquement plus où se mettre. À nouveau, je voudrais m'éloigner, mettre fin à ce tête-à-tête des plus déplacés. Mais le poids sur mes genoux m'en empêche. Ou est-ce la peur de le voir sombrer encore ?
La curiosité me lie à cette plage battue par les vents, à ce ressac insistant qui pénètre mes jupes et me glace les os. À cet homme venu d'ailleurs et dont les yeux n'en finissent plus de m'observer. Dont je ne peux plus me défaire.

Un fourmillement pourtant, s'en vient briser l'instant. Morsure fraîche de l'eau, alliée au poids de sa tête, je sens mes jambes s'engourdir et dans un toussotement, je demande : « Pardonnez-moi... Auriez-vous l'obligeance... ? »
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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyVen 24 Juin - 4:48

Il veut se calmer, l'écouter, mais il en est incapable. À la peur se mêle la nervosité, la tension. Sa main effleure une joue, avec une douceur qu'elle n'a jamais eu envers cette femme, puis descend jusqu'à son cou. Cette fois, il ne le touche pas. De cela, il a peur. Ses yeux sont fixés sur sa gorge, y cherchent la marque de la lame qui l'a tranchée. Il n'y a rien, pas de cicatrice, pas même une ombre.

« Lisbeth ! Non, non, Lis... » Il supplie, alors que ses mains baignent dans le sang encore chaud. Il a beau chercher le pouls à sa gorge, à son poignet, il n'en trouve pas. Sa gorge béante, ces poignets sans vie, poupée de chiffon qui ne bougera plus jamais. Il n'a as crié, n'a pas hurlé. Louis a refermé la porte derrière lui, simplement, et à genoux devant le corps inerte de son épouse, il ne sait que rien. Il ne peut rien faire. Il n'est pas mage, et même s'il l'était !

La mort n'est d'aucune Saison.

Les yeux de Lisbeth sont encore ouverts. Il n'ose pas les refermer. Il n'ose pas la toucher plus. Il peine à enregistrer le fait que Lisbeth est morte, son épouse est morte, elle a été tuée, elle est morte. Les minutes passent, longues, presque une heure, il a l'impression. Si longtemps avant qu'il comprenne. Avant qu'il se lève, silencieux, et sorte de la chambre de feue son épouse. Une seule pensée reste.

Il est libre.

« Je... On me nomme Héloïse. Héloïse Aubenacre. » Héloïse. Aubenacre. Ce n'est en rien le nom de Lisbeth. Lisbeth d'Outrevent, avec ce même accent qu'elle a dans la voix. Ce n'est pas elle. Un sosie de Bellifère. C'est incroyable et il est bien porté à ne pas le croire. Louis ne porte même pas attention aux gestes plus raides de la femme, à sa gêne, au pourpre qui tache ses joues. Il cherche, encore et toujours, une preuve qu'il n'est pas mort. Qu'elle n'est pas une revenante. « Pardonnez-moi... Auriez-vous l'obligeance... ? Il comprend. Il hoche la tête et bredouille : Oui. » Il se relève, lentement, sur ses coudes, sur ses genoux, jusqu'à se redresser. Elle est aussi grande que Lisbeth, également, il en est sûr. Ils se sont si souvent crié au visage, tant de noms d'oiseaux, il sait exactement où son regard s'arrête sur elle. Il est mouillé de la tête aux pieds et recouvert de sable, mais ce n'est pas bien important.

Ses yeux pâles s'accrochent à un point derrière elle, ses sourcils se froncent. « Vos... vos hommes... n'ont pas l'air heureux. » Vos frères, votre mari, votre beau-frère, vos cousins, il ne sait pas qui ils sont, mais il voit bien qu'ils n'ont pas l'air plus amène que précédemment. Peut-être même un peu plus... hargneux. Lui qui ne voulait pas lui attirer d'ennuis... Il se déplace, lentement, jusqu'à ses bottes et ses sacs, abandonnés, son regard passant prudemment de (Lisbeth) Héloïse aux propriétaires du domaine. « Je... je vais y aller. » Il doit partir. Il a envie de courir, de hurler. Il a l'impression d'avoir serré la main de Lida.


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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyVen 24 Juin - 10:17

Je peine à me relever, tremblantes sur mes jambes, attirée vers le sol par mon jupon mouillé où l'eau, le sable et le sel sont venus dessiner d'étranges constellations. Une algue est prise dans un accroc de l'ourlet abîmé et je l'ôte avec un regard critique. De la paume de la main, j'essaye de le rendre un tant soit peu présentable mais c'est peine perdue. Il me faudra le lessiver des heures durant avant qu'il ne retrouve son état originel...

La voix de l'étranger me fait relever les yeux. « Ce ne sont pas... » Mes mots demeurent en suspens. Il serait trop compliqué d'expliquer qu'ils ne sont rien pour moi. Trop ingrat de le dire à haute voix. Mon regard se tourne vers le haut de la grève, d'où les frères Aubenacre nous observent toujours. Non, ils n'ont pas l'air heureux. M'envoyer porter leur funeste message leur convenait bien. Mais que je reste à converser doit leur déplaire souverainement. Je sais tout le mépris que je leur inspire. À leurs yeux, je ne suis qu'une gêne, un fardeau de plus à surveiller – au même titre que Désirée. Mais je suis leur gêne, leur fardeau. Et qu'un homme me parle plus longuement que nécessaire doit leur déplaire souverainement, leurs attitudes l'expriment à merveille. Ils gesticulent, s'agitent et nous toisent du haut de la grève, décidant dans un même mouvement de descendre à notre rencontre.
Remplissant mon cœur et mes yeux de terreur.

« Ils... Ce serait plus sage, oui. » Je le regarde enfiler ces bottes, attraper son sac à la hâte, visiblement désireux de partir au plus vite. Il a pourtant éclaté de rire, un peu plus tôt, quand je lui ai fait part des menaces qui planaient. Serait-ce donc bel et bien moi, qui le pousse à fuir ? Pourquoi ? Comment ? La peur manifeste que je lis dans ses yeux me pèse étrangement. « Si vous me permettez... » « Héloïse, espèce de sale catin dégénérée ! Reviens ici tout de suite ! » La voix de Jocelyn a claqué jusqu'à nous, interrompant mon élan. Coupant net cette question dont je veux pourtant la réponse. La panique grandit, oppresse ma poitrine mais je veux savoir. Des deux mains, je saisis celle de l'inconnu et achève sur un murmure, ignorant délibérément l'ordre. Ignorant la correction qui couronnera ma désobéissance. « Dites moi seulement... pourquoi je vous effraie autant. »
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Louis de Brunante
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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyVen 24 Juin - 17:43

Qu’importe ce qu’ils sont, ou ne sont pas, ces deux hommes mécontents qui ont apparemment décidé de venir interrompre leur petite conversation. Damnés Bellifériens. Il y a vraiment de quoi se demander ce qu’ils font dans le même empire que Sombreciel sans qu’une guerre éclate à tout bout de champ entre ces deux duchés. C’est presqu’une chance qu’Erebor soit le tampon entre eux. Il ne veut de toute façon pas s’attarder plus longtemps. Il renfile ses bottes, surveillant les Bellifériens plus que la femme, et balance ses sacs sur son épaule. Il sent les coquillages, dans ses poches, leurs arêtes appuyant contre ses cuisses. Lui rappelant que ceci n’est pas un rêve, ni un cauchemar.

« Si vous me permettez... Héloïse, espèce de sale catin dégénérée ! Reviens ici tout de suite ! » Quels crétins. Louis se redresse, fier, et pose sa main sur la garde de son sabre, cette fois plus assuré. D’eux, il ne craint rien. Puis, un petit combat, ce ne serait pas pour lui déplaire. Le contact de ses mains sur la sienne, celle libre, le fige. Il n’ose plus bouger, pas même la retirer. Se peut-il qu’un esprit, qu’un revenant, soit perdu en ce monde ? Qu’il doive fouler les terres d’Arven en cherchant le repos, sans même savoir qu’il n’est plus ? « Dites moi seulement... pourquoi je vous effraie autant. » En sera-t-il capable ?

La lame du sabre tranche le lien de soie unissant leurs poignets avec une précision excellente. Sa peau halée et tatouée contre celle pâle et vierge de Lisbeth. Le duc d’Ansemer vient à peine de nouer le lien autour de leurs poignets, ce lien qu’ils auraient dû uniquement dénouer lors de leur nuit de noce. Si sa désormais épouse garde un visage fermé, sans aucune marque de joie, le sien a été tordu par la colère pendant toute la cérémonie de leur union. Il a encore son habit d’officier, son premier habit de capitaine, et sa mère y a accroché la bannière bleue d’Ansemer juste avant qu’ils se rendent devant le duc pour toute cette mascarade. Pour qu’on lui pose les fers d’un prisonnier, sous les traits harmonieux d’une femme. Il n’a pas attendu. « Louis ! », tonne son père, alors que tous les invités retiennent leur souffle. Il n’a pas un regard pour eux, pas même pour Lisbeth. Il quitte, ses bottes piétinant la soie.

« Vous… Ils se rapprochent, les deux hommes, et les mots lui manquent. Il ne sait pas s’il sera capable de le dire. Sa main quitte les siennes et il revoit, encore, les images de leurs poignets côte à côte, unis contre leur volonté – et un éclair, fugace, de ces mêmes mains tatouées explorant une seule fois ce corps avec fiévreur. … vous êtes le parfait, parfait, sosie de mon… mon… mon épouse. » Parfait, sauf pour ce qui est de sa gentillesse avec lui. Parfait, sauf pour ce qui est de cette… soumission. Lisbeth n’aurait jamais accepté cela. Sa voix a baissé, à chaque mot, la confidence toujours plus hésitante. Toujours plus secrète.

« Elle est morte. »


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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyVen 24 Juin - 20:39

« Oh. »

Je n'attendais certes pas une telle réponse et j'en reste gênée. Désolée d'avoir posé la question. Il a libéré sa main, abandonnant ces quelques mots dans un souffle qui me touche en plein cœur. Je connaissais pas cette femme, je ne connais pas non plus cet homme venu s'échouer sur nos rivages. Pourtant, j'ai mal pour eux. À en avoir la gorge serrée, sans rien savoir de leur histoire. Bien sur, je comprends maintenant son trouble, cette expression de pure terreur dans ses yeux. Comment réagir autrement, face à ce qui apparaît comme fantôme du passé ? Au moins suis-je épargnée de pareilles surprises... Jamais je n'observerai un visage pour y découvrir une paire d'yeux familiers. Jamais je ne sentirai mon cœur tressaillir par la puissance des retrouvailles. Je l'ai espéré, pourtant. Dans les premiers temps de mon amnésie, j'ai tenté de comprendre, de chercher en ma mémoire des bribes de souvenirs, si infimes soient-elles.
En vain.
Mais ma mémoire est un néant impénétrable. Et par les rues de Riven, à redécouvrir les hommes, les maisons et les coutumes, nulle étincelle n'est jamais venue m'éclairer. Et les mois passants, je me suis résignée à accepter cette vie comme la seule dont je me souviendrai jamais.

« Je suis navrée. » Mon murmure est sincère, mes yeux brillants. J'ai laissé retomber mes mains de part et d'autre, n'osant plus avancer vers lui. Tellement navrée, oui... L'espace d'une seconde, nos regards se croisent encore, chargés d'émotion. Avant qu'une main brutale ne s'abatte sur mon épaule, me repoussant en arrière avec tant de force que je trébuche. « J'ai dis : ça suffit ! » braille Jocelyn, de toute la force de ses poumons. « Toi l'étranger, dégage ! Si tu t'cherches des cuisses à fourrer, va-t-en les chercher ailleurs. Y'a rien pour toi ici. Les siennes sont à nous. » « Et tant qu'on y est, dégage de cette plage. T'es ici chez nous et t'as d'jà bien de la chance qu'on te laisse en r'partir en vie, sale pilleur. » Je reste rivée à ces yeux clairs, à ce visage fermé aux sourcils froncés. Je ne sais quel souhait m'habite. Le voir partir et refermer cette parenthèse troublante – le pauvre homme semble tellement bouleversé à ma vue... Ou au contraire le voir rester, résister. Éloigner quelques minutes encore les injures dont ils ne tarderont pas à m'agonir.
J'ignore quel message je tente de lui transmettre, de mes yeux ancrés aux siens. Je sais seulement que l'espace d'un instant, dans ses yeux dévastés, je me suis sentie être femme.
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Message Sujet: Re: Le murmure d'un coquillage   Le murmure d'un coquillage EmptyDim 10 Juil - 5:58

« Je suis navrée. Ne le soyez pas. »

Elle ne peut pas comprendre.
Il la détestait.

L’instant est rompu subitement par l’arrivée des deux hommes, qui font reculer Héloïse avec brusquerie. « J'ai dis : ça suffit ! Toi l'étranger, dégage ! Si tu t'cherches des cuisses à fourrer, va-t-en les chercher ailleurs. Y'a rien pour toi ici. Les siennes sont à nous. Des cuisses à fourrer. Un tic lui secoue les coins de la bouche, serre ses dents. La ressemblance physique est frappante, mais celle de l’esprit est nulle. Jamais, jamais, jamais elle… Et tant qu'on y est, dégage de cette plage. T'es ici chez nous et t'as d'jà bien de la chance qu'on te laisse en r'partir en vie, sale pilleur. » Louis n’est pas impressionné. Frustré, oui, insulté, même, pour cette femme, mais impressionné, pas même une miette. Il est noble, il est pirate, le mélange des hommes éduqués à qui tout est donné à la naissance et celui des hommes libres qui prennent ce qu’ils désirent. Il ne les regarde même pas, ces deux imbéciles qui ne savent rien de lui. Il soutient le regard d’Héloïse, ne sachant que dire de plus. Que faire de plus.

(il ne veut pas qu’elle revienne, jamais)

Il se retient difficilement de provoquer un peu plus les hommes. Ce n’est pas le moment et il compte bien retourner sur l’Audacia sans faire d’esclandre, en se faisant oublier de ces trois personnages. D’elle aussi, oui. « Compris, m’sieurs. M’dame. » Sa voix n’en est pas moins ironique, cassante, et s’il ne s’incline pas devant ceux qui semblent tenir les lieux, il penche la tête vers la femme, dans une salutation que bien des Bellifériennes n’ont même pas la grâce de recevoir.

Et il part. Les talons tournés, les sens aux aguets, prêts à intercepter un coup en traître, mais rien ne vient. Sonnent seulement à ses oreilles les insultes et les cris, alors que l’étranger qu’il est quitte leur monde pour de bon.

(il ne reviendra pas, jamais)


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