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 Que le silence réponde à la souffrance

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Message Sujet: Que le silence réponde à la souffrance   Lun 20 Mar 2017 - 8:50


Livre II, Chapitre 2 • La Fortune des Flots
Alméïde d'Erebor

Que le silence réponde à la souffrance

Les désastreuses aventures de la princesse Alméïde



• Date : 2 mars 1002
• Météo : Le temps est encore frais. Non pas que ça ait une importance pour ce sujet.
• Statut du RP : En tête à tête avec le Destin
• Résumé : Alméïde laisse Denys et Edenia derrière elle, espérant retrouver Lorgol. Le portail qu'elle prend l'emmène néanmoins directement entre les mains de l'Ordre du Jugement qui a des questions pour elle. Et les moyens de la faire parler.
• Recensement :
Code:
• [b]2 mars 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1900-que-le-silence-reponde-a-la-souffrance]que le silence réponde à la souffrance[/url] - [i]Alméïde d'Erebor[/i]
Alméïde laisse Denys et Edenia derrière elle, espérant retrouver Lorgol. Le portail qu'elle prend l'emmène néanmoins directement entre les mains de l'Ordre du Jugement qui a des questions pour elle. Et les moyens de la faire parler.


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Message Sujet: Re: Que le silence réponde à la souffrance   Lun 20 Mar 2017 - 8:57

Seule.
Elle est terriblement seule, dans ce lieu étranger où la lumière se fait rare. Ses pensées se tournent une nouvelle fois – pour la dixième, la centimème fois – vers Simon, vers Justice. Mais il n'y a que le silence pour lui répondre. L'inquiétude croît, se mue en une peur profonde et viscérale. Elle a effacé les larmes, mais ses joues sont encore humides, son visage plus pâle que d'ordinaire. Et en son coeur, la résignation, la certitude qu'elle ne pourra compter que sur elle-même ; personne ne sait où elle se trouve, ni sa famille, ni ses amis. Elle ne le sait pas elle-même et cette idée la terrifie. Le portail emprunté a pu l'emporter n'importe où sur le continent et elle a, pour seuls indices, ces parois de pierre froide, sans la moindre fenêtre vers l'extérieur, sans le moindre son qui puisse l'orienter.
Prise au piège, sans la moindre issue.
Et seule.

Il ne s'écoule que peu de temps avant qu'on ne vienne la cherche pour l'emmener à travers un couloir sous-terrain, vaguement éclairé par quelques cristaux lumineux. Ses geôliers anonymes, au visage masqué, la tiennent fermement par le bras et la font avancer sans un mot, au son de leurs pas qui résonnent contre les murs. « Où m'emmenez-vous ? » trouve-t-elle le courage de demander d'une voix chevrotante, mais elle se heurte à un silence pesant. Seules ses paroles lui reviennent en écho et elles lui paraissent bien faibles, tout à coup.

On la guide jusqu'à une salle où plusieurs silhouettes échangent des murmures inaudibles, sous leurs masques intimidants. Alméïde est amenée devant eux et laissée seule, démunie, face aux membres de l'Ordre du Jugement. Un frisson glacé parcourt son corps tout entier, son coeur tambourine si fort qu'elle jurerait en entendre chaque battement résonner autour d'elle, son estomac semble s'être changé en plomb et toute couleur a disparu de son visage. Elle reste immobile, joignant ses mains pour les empêcher de trembler, garde la tête haute malgré l'effroi qui s'empare peu à peu de ses sens. Et lorsque l'une des silhouettes s'approche, elle doit rassembler tout son courage pour ne pas faire un pas en arrière, par réflexe. L'inconnu la surplombe, comme une menace qui pèse au-dessus de sa tête. Il lui semble entendre la respiration calme et régulière sous le masque, à l'opposé de la sienne qui se fait un peu plus hachée à chaque instant.

Une voix anonyme retentit, une voix qui lui glace le sang. Elle aurait dû s'y attendre, mais la question qui lui est posée la prend au dépourvu malgré tout. Alméïde demeure muette et la voix reprend, continue, insiste. Les questions se suivent, les unes après les autres ; des questions sur Erebor, sur son peuple, sur les mesures prises après la première attaque, sur les lieux capables de dissimuler les nomades, sur les forces armées de son duché et de son empire. Des questions qui n'en finissent pas, qui affluent avec la sérénité d'un fleuve tranquille qui suit doucement son cours sous un soleil paisible. La voix ne perd pas patience, pas un seul instant. Elle lui paraît métallique, méthodique, aussi aiguisée qu'un scalpel. Mais la princesse reste de marbre malgré les minutes qui s'écoulent, les heures même, refusant catégoriquement de divulguer la moindre information, même la plus minime.

Elle est épuisée. Elle n'a pas dormi depuis ce qui lui semble être une éternité, elle est éprouvée par les événements qui se sont succédé depuis la réunion de la Rose et elle perd chaque seconde un peu plus l'espoir de pouvoir rentrer chez elle et d'y trouver le repos tant désiré. Elle en arrive à cette conclusion quand, après avoir répété ses questions probablement pour la centième fois, l'individu masqué se tait et laisse un silence pesant s'abattre sur la salle. Puis, d'une voix si basse qu'elle pourrait se confondre avec un murmure : « Emmenez-la au cachot. »

Deux mains se referment à nouveau sur ses bras sans la moindre délicatesse. Toute retenue semble avoir disparu dans leurs gestes, car ils l'entraînent brusquement, la bousculent, serrent parfois un peu trop fort jusqu'à laisser des marques sur sa peau. Alméïde s'efforce de ne pas laisser échapper la moindre plainte, suivant le mouvement tant bien que mal, mais sa résolution est bientôt de l'histoire ancienne. Ils arrivent devant la porte de ce qui semble être sa nouvelle résidence temporaire et, avant de l'y faire entrer, les hommes qui la retiennent lui prennent tout ce qu'elle a sur elle, y compris chacun de ses vêtements. La princesse se débat, cherche à les en empêcher, s'accroche à la robe qu'ils arrachent littéralement à ses doigts crispés. On lui retire jusqu'au collier d'or qui orne son cou et dont son frère possède le jumeau. Son frère qui se trouve bien loin, incapable de lui venir en aide. L'humiliation est telle que des larmes montent à ses yeux. Elle n'a même pas la possibilité de dissimuler son corps qu'ils l'empoignent fermement et la poussent dans sa cellule avant de refermer lourdement la porte derrière elle, dans un grondement sourd. Le cliquetis d'une serrure se fait entendre, leurs pas résonnent de l'autre côté de la porte, puis le silence. Encore.

Le cachot est petit, pratiquement plongé dans le noir. La seule lumière qui lui parvient est celle du couloir, qui traverse les interstices de la porte. Dans un coin, une simple carafe d'eau et rien, absolument rien d'autre. Alméïde se recroqueville contre le mur de pierre froide, elle remonte ses genoux contre elle, tremblante comme une feuille dans sa geôle glacée et humide. Les quelques sanglots qui s'échappent de ses lèvres sont étranglés, étouffés. Elle tente une nouvelle fois de contacter Justice ou de trouver le soutien de Simon, mais elle est seule, si seule. Alors elle prie, Alméïde. Elle prie Joseï de lui donner la force nécessaire pour traverser cette épreuve, au nom des siens, au nom de son peuple et de sa famille qu'elle désire protéger plus que tout. Elle prie et elle tremble, incapable de trouver le sommeil malgré l'épuisement. Incapable de trouver une solution dans une situation qui lui paraît inextricable.

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Message Sujet: Re: Que le silence réponde à la souffrance   Dim 2 Avr 2017 - 10:08


Livre II, Chapitre 2 • La Fortune des Flots
Alméïde d'Erebor

Que le silence réponde à la souffrance

Le Destin intervient



Le message qui suit contient des scènes violentes, de torture.


Quelle aubaine.
Ils s’en frottent les mains, les dirigeants de l’Ordre : voilà qu’un agent méritant a placé entre leurs mains la princesse d’Erebor, celle qui détient les secrets du palais des dunes et qui se révèle être également un moyen de pression idéal sur le duc de Sombreciel. L’agent dévoué a obtenu une belle promotion et sa propre loge à gérer, ainsi qu’un accès privilégié au trésor de l’Ordre recelant moult antiquités inestimables. Il l’a bien mérité : le pion placé entre leurs mains est terriblement précieux. Elle connaît les secrets du trône erebien, le seul auprès duquel aucun espion n’a pu être placé, elle doit parler ! Elle doit trahir, elle doit leur dire, comment s’y infiltrer. Les archives du palais détiennent des mystères qu’il leur faut se procurer pour réparer le Sablier cassé…

Dès son arrivée, la magie du Sang a établi une barrière de mort tout autour d’Alméïde : n’importe quelle magie sera désormais incapable de la localiser, son étincelle de vie soigneusement masquée derrière le vide froid du néant. Ils l’ont interrogée, la princesse abandonnée : ils l’ont d’abord dévêtue et affamée, puis ils ont voilé ses yeux d’un sort puissant, l’enfermant dans l’obscurité.

Trois jours ont passé. Nous sommes le 5 mars. L’interrogatoire a commencé, et la princesse a refusé de céder. Les coups ont remplacé le silence et la solitude : le fouet a sifflé, le bâton a frappé, les chiens ont mordu. Une journée de souffrance, tandis que les bourreaux de l’Ordre s’acharnent sur son corps malmené ; et la princesse a tenu bon.

Ils l’ont soignée.

Lorsque l’inconscience l’a emportée, un mage du Rêve est entré en jeu, tissant pour elle un songe où rien de tout cela ne se serait passé, peignant pour elle sa vie de tous les jours à Vivedune, nourrissant sa rêverie des souvenirs de son subconscient. Une journée ordinaire, soudain imbibée d’un torrent de sang tandis que sous ses yeux meurent tous ses proches : son frère, sa belle-sœur, ses neveux, ses nièces. Rien ne lui est épargné : l’égorgement d’Anthim, le viol de Sitara, le couteau qui l’éventre et tire de son abdomen béant les corps bientôt piétinés de deux nourrissons massacrés, les membres arrachés de Qasim, de tous les autres enfants. Rien ; et lorsqu’elle s’éveille enfin de cette nuit d’horreur, c’est d’une voix dénuée d’émotion que ses bourreaux l’informent que tout deviendra réalité si elle refuse encore de parler.

Et la princesse refuse.

Cette deuxième journée de torture commence elle aussi dans le noir, le 6 mars – lorsqu’elle entend des pas qui s’approchent, reconnaît la voix de son frère. Sa voix irritée, sa voix de la colère. « Ce n’est qu’une bâtarde qui m’a causé trop d’ennuis. Elle n’a aucune parole, et elle m’a trahi. Je n’en veux pas, gardez-la : je ne paierai rien pour elle. » Peu après, c’est la voix de Castiel qui résonne dans le couloir. « A cause d’elle, j’ai failli déclencher la guerre dans mon empire. Partout on se moque de moi : je vais épouser la fille de Bellifère, plutôt. Gardez-la. Je ne l’aime pas : elle était un défi inaccessible, elle n’était qu’un jeu pour moi. Maintenant que je l’ai eue dans mon lit, elle ne m’intéresse plus. » Puis c’est la voix de Mélusine qui émet un rire amusé. « J’ai bien assez à faire, avec mon mari et avec mon bébé. Cette fille-là ? Elle n’est plus rien pour moi. Elle était amusante, avant… mais j’ai Hiémain, maintenant. » Elle ne sait pas, la princesse déjà choquée, que ces voix sont des illusions nourries des craintes de son esprit ; mais elle refuse quand même de parler.

On l’empêche de dormir cette nuit-là.

Après des heures de veille, une nouvelle personne est introduite le 7 mars dans la salle où l’on torture Alméïde : et cette fois, on lui permet de voir le visage de son tourmenteur. Elle ne sait pas que les mages de l’illusion l’ont déguisée, qu’elle n’a plus l’apparence de la princesse des sables et du roc, qu’on a gommé ses tatouages aux yeux de ce nouveau bourreau. Tout ce qu’elle voit, c’est sa sœur cadette, instruments en main, sourire avec gourmandise en se penchant sur elle. La voix glaciale des individus masqués se fait entendre, cette même voix calme qui a présidé à tout le reste : « C’est une ennemie d'Arven, qui veut nous laisser sous la botte d’une Trêve injuste. Montre-lui, toi, combien tu as déjà souffert sous des lois ignobles : fais-lui découvrir les tortures qu’on t’a infligées au harem. »

Et Rejwaïde obéit, avec une sombre allégresse étincelant dans son regard. Quelle joie sauvage, d’infliger à cette femme impuissante qui lui est livrée ligotée chacune des terribles brimades imposées à l’enfant sans défense qu’elle était ! Des heures durant, la Voltigeuse s’applique sur la chair offerte. Des brûlures d’encens tracent des symboles incandescents sur la peau douce du dos et sur sous la plante des pieds fins ; des lambeaux de chair sont épluchés comme un fruit mûr, de la pointe du couteau. Puis dans les plaies, elle répand du venin de scorpion : pas assez pour tuer, mais assez pour brûler, et elle sait bien que cette douleur est insupportable, tout comme celle infligée dans l’espace si sensible entre les cuisses lorsqu’elle en frotte la lisière d’une brassée d’orties, puis qu’elle badigeonne du suc les paupières et la bouche aux lèvres fendues. Avec des sacs emplis de pierres, enveloppées de tissu, elle frappe l’abdomen fragile, le visage délicat, brisant les pommettes, le nez, l’arcade ; à l’aide d’une jarre d’eau, elle manque noyer la princesse à bout de souffle, sans pitié. Des heures durant. A moult reprises. Racontant d’une voix sans timbre le détail des sévices subis pendant des années, aux mains de ces femmes cruelles dont l’imagination était sans limite.

Est-ce la souffrance physique la plus terrible, ou de se la voir infliger par sa propre sœur ? Bien sûr, la princesse ignore que Rejwaïde aussi est manipulée, que l’apparence d’Alméïde a été déguisée.

Abandonnée par tous ses êtres chers…
Ses blessures s’infectent.
La fièvre la prend.

Lorsqu’on la retrouve au seuil du palais ducal de Sombreciel, étendue nue sur les marches majestueuses de l’entrée au matin du dix mars, deux jours ont passé dont elle a tout oublié. A-t-elle parlé ? Elle n’en sait rien. L’a-t-on torturée encore plus ? Ses blessures ont été soignées, elle est indemne physiquement, mais son esprit est brisé par ce qu’elle a vécu, et qu’elle va sûrement devoir raconter.

Avec le souvenir brûlant d’avoir été rejetée par tous ceux qu’elle aime ; et la certitude, terrible, que sa sœur cadette a pris grand plaisir à minutieusement la torturer…



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Message Sujet: Re: Que le silence réponde à la souffrance   Lun 3 Avr 2017 - 11:08

Le message qui suit contient des scènes violentes, de torture.


Elle a cru mourir.
Encore. Et encore. Et encore.
Elle l'a même désiré par instants.
Mais le pire dans tout cela, c'est que jamais Sithis n'a répondu à sa prière silencieuse.

Que ça finisse, c'est tout ce qu'elle demandait. Privée de nourriture, privée de confort et de chaleur, privée même de sa vision, elle pouvait le supporter. Puis face à la douleur physique, les brimades et les menaces, face à la souffrance infligée, elle a tenu bon. Plusieurs fois, elle a tourné de l'oeil et plusieurs fois, elle s'est éveillée, subissant les mêmes sévices. Les hurlements remplissaient les souterrains où elle était retenue captive, son corps tout entier malmené, irradiant de douleur. Mais aucun mot ne franchissait ses lèvres, aucune parole incriminante, rien qui ne puisse mettre à mal les siens, ou son duché, ou son empire. Elle a tenu bon, au nom de ceux qu'elle aime, au nom de toutes les valeurs qu'elle défend et qu'elle chérit. Alors la douleur a continué, plus forte, jusqu'à ce que tout s'arrête et qu'elle soit remise aux bons soins de mages qui se sont occupés de ses blessures.

Mais le pire était à venir.

Ils ont peuplé ses songes des pires horreurs, ils ont fait de son sommeil un royaume dans lequel elle aurait désormais peur de s'aventurer pour y trouver refuge. Le seul abri qui lui restait, le seul rempart face aux persécutions, et ils le lui ont pris sans aucun état d'âme. Son coeur s'est mille fois brisé d'assister à la mort de son frère, de Sitara, de tous ceux qui lui sont chers. Paralysée, spectatrice silencieuse, elle a hurlé encore et encore pour que cesse leur calvaire.

Et elle a été exaucée. Elle s'est réveillée, toujours plongée dans l'obscurité, les yeux baignés de larmes. On lui a promis que si elle ne parlait pas, tout ce qu'elle venait de voir deviendrait bientôt réalité. Mais elle ne pouvait pas – non elle ne pouvait pas – se résoudre à prendre ce risque. Ils étaient à l'abri, tous, elle en était persuadée, elle se le rappelait pour se donner le courage nécessaire et refuser, une nouvelle fois, de répondre à leurs menaces. Elle se préparait déjà à subir de nouveaux coups.

Mais encore une fois, ils avaient prévu plus douloureux.

Ces voix. Les voix de ceux qu'elle s'acharnait à vouloir protéger. Ceux-là mêmes pour qui elle tenait bon... Des voix qui la répudiaient, qui l'abandonnaient. Jamais elle ne s'était sentie aussi seule, démunie, isolée. Elle n'était pas assez, elle n'était à-même qu'à apporter la honte et le déshonneur à son frère, à son duché. Elle se savait de bien moindre importance, elle en avait enfin la confirmation, de la bouche de son fiancé et de son amie de toujours, pour qui elle avait tout risqué. L'horreur de ces mots l'ont jetée à terre et plus bas encore, alors qu'elle perdait tout ce qui comptait réellement à ses yeux. Mais là encore, même s'ils ne voulaient plus d'elle, Alméïde ne les abandonnerait pas. Elle les avait sûrement trop souvent déçus, elle ne voulait pas les décevoir encore plus.

La douleur encore, puis l'horreur de voir le sommeil lui échapper malgré l'épuisement. Elle rêvait que Niobé l'étreigne enfin ou que Sithis vienne enfin la tirer de ce calvaire. Mais pire encore que la douleur, pire que la pensée qu'elle avait déçu les siens, était la réalisation qu'elle avait laissé tomber l'un d'entre eux il y a bien longtemps.

Elle a eu beau hurler, elle a eu beau se démener, Rejwaïde restait sourde à ses prières. Pas un mot ne parvenait à franchir ses lèvres et elle subissait chacune des horreurs qu'elle contait d'une voix froide et implacable. Des horreurs dont elle n'avait pas idée. La princesse pouvait bien chercher à se convaincre qu'il ne s'agissait que d'une illusion, comme l'était l'image de ses proches dépourvus de vie au sein de leur demeure, mais elle doutait de sa propre conviction. Comment avait-elle pu être aussi aveugle ? Et comment avait-elle pu passer à côté de la haine que sa soeur éprouvait pour elle depuis lors ? À la voir ainsi prendre plaisir à la torturer, Alméïde sentait céder les derniers fils qui la rattachaient à la réalité. Elle sombrait, profondément, dans un abîme de noirceur jusqu'à ce que tout se brise. Son esprit éparpillé, tant de morceaux éclatés qui l'emportaient loin pour qu'elle n'ait pas à faire face à l'horreur de ce qu'elle avait fait subir à sa propre soeur.

Pardonne-moi Reja...

Elle ne sait plus exactement ce qu'il s'est passé après cela. Tout ce qui suit est plongé dans les brumes de la douleur et de la fièvre soudaine qui s'est emparée d'elle. Faible de corps, faible d'esprit, elle a perdu toute notion de temps et d'espace. La mort n'est pas venue, salvatrice, la délivrer de sa souffrance. Mais quelqu'un l'a aperçue et a pris soin d'elle, sans qu'elle ne sache véritablement qui.

Il lui faut plusieurs jours, avant d'émerger complètement de la torpeur dans laquelle elle est plongée. Paniquée, persuadée d'être encore entre les mains de ses geôliers, elle tente de quitter sa chambre puis le palais d'Euphoria dans lequel elle a été recueillie. Les visages autour d'elle lui disent vaguement quelque chose, mais il n'y a que celui de Castiel qui la rassure un instant avant qu'elle ne se replie complètement, fermée à son approche, hermétique à toute tentative de discussion. Non, il s'agit d'une autre illusion, se dit-elle. C'est encore une manoeuvre habile pour la faire parler.

Alméïde, tu es en sécurité désormais. Même la voix profonde et posée de Simon ne parvient pas à l'apaiser. Simon... Est-elle vraiment libre ? Est-il bien là ? Ou ont-ils découvert son secret... ? Ils ne doivent pas savoir qu'elle appartient à la Rose, non, il ne faut pas. Alors elle reste silencieuse, de bouche et d'esprit, de peur qu'ils n'interceptent une pensée, une parole malencontreuse. Ils ne doivent pas savoir. Non, surtout pas. Surtout pas. Surtout pas.

Les jours passent et il n'y a bien que Césaire qui parvient à l'approcher réellement et assez longtemps pour lui servir ses repas et lui apporter ce dont elle a besoin. Sa présence l'effraie moins que celle des autres serviteurs. Simon semble vouloir la rassurer à ce sujet.

La nuit, elle ne parvient pas à fermer l'oeil, ne supporte même plus le noir qui l'entoure. Le jour, elle sursaute lorsqu'un chien aboie et tremble d'approcher l'eau de son bain. C'est à peine si elle touche à la nourriture qui lui est apportée et elle se méfie de tout, de tout le monde. Son corps ne porte pas une seule marque de ce qu'ils lui ont fait subir, comme s'il ne s'était rien passé ; elle doute de son propre état d'esprit. A-t-elle imaginé tout cela ? Ou est-elle encore en pleine illusion ? Elle perd la tête à se poser ces questions, encore et encore, jusqu'à ce que son esprit épuisé jette l'éponge et qu'elle se retrouve prostrée, roulée en boule dans son lit, à dormir d'un sommeil agité.

Ton frère sera bientôt là, la rassure un jour la voix de Justice. Le dragon d'or est allé chercher le duc du sable et du roc à l'instant où il a compris où elle se trouvait et ce qu'elle avait subi, convaincu par un Simon soucieux de son état. Il a parcouru les cieux de Lorgol à Vivedune, puis de Vivedune à Euphoria. Elle sent sa présence, non loin, et elle parvient presque à en être rassurée. Son frère, quant à lui, n'arrive pas à l'approcher sans qu'elle ne se recroqueville un peu plus sur elle-même. Sa main se porte à son coeur, à l'emplacement de son collier... qui n'est plus là.

Une semaine est passée depuis qu'elle a été retrouvée et elle n'a toujours pas prononcé un mot.

Plusieurs jours s'écoulent encore. Plusieurs jours où elle s'habitue peu à peu à ne pas se réveiller dans les ténèbres, à voir Castiel ou Anthim, sans qu'il ne leur arrive malheur, à entendre leurs paroles rassurantes se mêler à celles de Simon ou de Justice. Plusieurs jours où son corps ne subit rien d'autre qu'un repos forcé.

Puis un jour, le matin du vingt-cinq mars, alors que son frère est assis sur le rebord de la fenêtre, elle se retourne vers lui, émergeant des brumes du sommeil.

« Anthim... ? »

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