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 L'étrange charme des lucioles

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Message Sujet: L'étrange charme des lucioles   Mer 14 Fév 2018 - 15:18


Livre III, Chapitre 2 • De Plume et de Serre
Agathe de Vigdir & Grâce de Sombregemme

L'étrange charme des lucioles

Puisque la pomme ne tombe jamais loin de l'arbre



• Date : 27 mars 1003
• Météo (optionnel) : Froideur et poudrerie. Le printemps n'arrivera jamais. Jamais.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Avec la rumeur de Guillaume de Brumecor à la tête de Bellifère et l'arrivée bouleversante de Lancelot l'Adroit, artisan terriblement cielsombrois, dans la vie d'Agathe, une conversation s'impose entre Grâce et sa fille. L'heure est aux confidences.
• Recensement :
Code:
• [b]27 mars 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3386-l-etrange-charme-des-lucioles]L'étrange charme des lucioles[/url] - [i]Agathe de Vigdir & Grâce de Sombregemme[/i]
Avec la rumeur de Guillaume de Brumecor à la tête de Bellifère et l'arrivée bouleversante de Lancelot l'Adroit, artisan terriblement cielsombrois, dans la vie d'Agathe, une conversation s'impose entre Grâce et sa fille. L'heure est aux confidences.


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Dernière édition par Agathe de Vigdir le Mer 14 Fév 2018 - 17:10, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mer 14 Fév 2018 - 15:24

De toutes les personnes ayant connu Agathe Martel, depuis son enfance, il n’y en avait aucune qui aurait pu la croire un jour entichée d’un effroyable Cielsombrois. Elle la première. Destinée à un enlèvement précoce, depuis l’ombre que lui faisaient père et frères, elle se croyait enchaînée aux paysages arides de sa Bellifère natale. Les choses avaient évolué dangereusement, depuis que Grâce l’avait déracinée de ce qu’elle croyait la réalité, et plus encore depuis le mois dernier où Mélusine lui avait suggéré de mettre dans la confidence cette mère lointaine.

- Grâce… Maman. Grâce, je désirais te parler de ma vie. Grâce, aurais-tu un moment? J’aimerais te parler de…
Elle a désormais sa propre vie et la tienne l'indiffère.

Il s’agissait du pire présent d’anniversaire qu’on ne lui ait jamais offert. Chagrine, Agathe regardait son reflet se décomposer et perdre le peu d’assurance qui l’habitait jusqu’alors. Il disait vrai, malgré tout, ce miroir à main enchanté. Grâce était heureuse avec sa Voltige et son prétendant de la haute noblesse, Voltigeur, viril, avenant, protecteur, aîné de la famille qu’elle-même admirait sans jamais pouvoir en faire partie. Une vraie famille.

- Grâce, je voulais discuter de Bellifère et des récents événements.
Elle déteste Bellifère et ne voudra pas t’entendre.

Elle avait rejeté le miroir sur son lit non sans un hoquet douloureux. Il lui disait précisément ce qu’elle redoutait. Hésitante, la main sur son foulard prune, Agathe pesait le pour et le contre de cette conversation. Mélusine y tenait. Mélusine souhaitait qu’elle tisse des liens avec Grâce. Comme pour lui permettre d’avoir une famille, elle aussi, parce que sa mère n’avait jamais renoncé à elle formellement. Grâce lui avait annoncé, elle aussi, son engagement auprès de Melsant. Elle en était là, dans ses réflexions, lorsque la voix de la Voltigeuse lui venait en provenance du couloir.

Le foulard jeté sur ses épaules, habillée avec coquetterie et sa bague d’agate qui ne la quittait plus à son doigt, la jeunette se faufila hors de la chambre et pressa le pas pour la rejoindre au tournant.

- Grâce… Grâce, aurais-tu un moment? S’il-te-plaît.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Jeu 5 Avr 2018 - 19:58

Les choses étaient… étranges, pour Grâce. L’avènement des Brumecor, qui ne devaient pas manquer de se gorger de ce statut qui était nouvellement le leur, l’avait plus ébranlée qu’elle ne l’aurait admis. Son statut la protégeait, l’avait longtemps protégée, mais face à un duc… Devrait-elle totalement renoncer à être Belliférienne ? L’était-elle réellement encore ? Elle se plongeait corps et âme dans la préparation du couronnement, pour s’empêcher de penser à tout cela, et aux conséquences que ça impliquait. Aux conséquences, aussi, qui ne manqueraient pas d’en découler pour ses filles. Son crétin de frère avait-il la moindre possibilité de remettre la main sur ses filles ? S’opposer à la princesse Ljöta, fusse-t-il nouvellement duc, était dangereux… Mais craignait-il réellement un tel obstacle ? Elle en doutait. Elle l’espérait, priait régulièrement Valda de veiller sur elle. Elle priait même Isil, Lida et Sithis, d’étendre leurs regards bienveillants sur ses enfants, sur leurs enfants. Tout, pour les protéger. Plus secrètes encore, ses prières à Kern, pour les enfants de son duché, fusse-t-elle déclarées indignes par les habitants du duché, et à Vigdis, admirée par beaucoup en Valkyrion. Elle n’était pas skjaldmö et ne bénéficiait de sa protection, mais si elle pouvait insuffler en ses filles et elle la force de gagner cette bataille…



La Voltigeuse se sentait démunie, et désespérée. Soupirant, elle s’attela à attacher ses cheveux en tresse, à la hâte, pour qu’ils n’altèrent pas ses mouvements. Il y avait encore fort à faire, avec le couronnement qui aurait lieu dans quelques jours à peine. C’est en s’apprêtant à sortir, qu’elle entendit la voix hésitante, derrière la porte. Incertaine, comme si elle ne voulait pas être entendue. Cette voix qui la chamboulait à chaque fois qu’elle l’entendait, tant elle lui semblait systématiquement différente. Tantôt assurée, tantôt apeurée. D’autres fois, encore, hésitante. Comme cette fois-là. Ouvrant la porte, elle sourit à Agathe, et s’effaça pour la laisser entrer dans les somptueux appartements de Melsant. Elle s’habituait difficilement à tout ce faste, bien qu’elle prétende qu’il en était autrement. Mais nul n’ignorait que, bien qu’elle soit née noble, elle appartenait à une famille désargentée, sur laquelle régnait l’opprobre.



Elle indiqua la table à sa fille, sur laquelle se trouvait du thé et quelques petits gâteaux. Elle-même manquait d’appétit, mais Agathe était gourmande, ou du moins Grâce le pensait-elle, et elle trouverait surement quelque chose à son goût parmi les sucreries. « Bien sûr, Agathe. Mais dis-moi avant tout comme tu vas ? » Elle était intriguée, la Voltigeuse, de savoir de quoi sa fille voulait s’entretenir, mais elle ne voulait pas la brusquer.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Dim 8 Avr 2018 - 18:25

Dès que Grâce lui avait ouvert la porte de ses appartements, Agathe n’avait pas pu s’empêcher d’y plonger son petit nez pour grappiller quelques éléments pouvant assouvir sa curiosité. Elle constata rapidement que la pièce, derrière sa mère, était aussi vaste et agréable que celle des appartements de Hiémain et Mélusine. La Voltigeuse se contentait de lui sourire tout en lui permettant d’entrer. C’est en passant à ses côtés pour profiter de la douce chaleur de la pièce qu’Agathe entendit le questionnement de sa mère, cette presque inconnue.

- Nous avons fait ajuster ma tenue, pour le couronnement. J’avais si peur de ne pas pouvoir porter ma robe…!

Elle n’avait pas répondu à la question, pas vraiment, mais s’était installée en face d’elle, autour de la table, tout en lui narrant ce détail des plus futiles. Une réelle réponse, sincère, aurait demandé un peu trop d’honnêteté pour être offerte sur le seuil de la pièce. Les mots cruels du miroir la hantaient encore, mais le visage de Grâce semblait sincère… Le doute, toujours, à son esprit. La peur de la revoir partir, l’abandonner une fois de plus, comme l’an dernier, à pareil date. Il était vrai que Grâce de Sombregemme avait désormais sa propre vie, une fois neuve où sa cadette n’avait peut-être pas sa place.

- Pardonne-moi, Grâce… Je suis un peu nerveuse. Valkyrion ne nous réussit pas vraiment. Je vais bien, je désirais seulement te parler d’un petit quelque chose. Mais toi? Et ta nouvelle famille?

Sa mine semblait toujours incertaine, un brin soucieuse, mais l’adolescente s’était permis un sourire léger, sur le bout de ses lèvres. Déjà, tout en écoutant avec intérêt la réponse de Grâce, Agathe tendit la main vers le plateau étagé. L’apprentissage de Mélusine portait fruit, et l’apprentie voleuse avait déjà repéré l’unique pâtisserie aux framboises du lot. Ce n’est qu’une fois la gourmandise entre les mains qu’elle haussa un sourcil pour sa mère, l’air de vouloir enfin lui demander la permission. Il y avait de la coquinerie sur ses traits. La toute jeune femme savait pertinemment qu’il était désormais trop tard pour reposer la pâtisserie sur son étage. De la canaillerie, des pâtisseries, des futilités : tout, plutôt que de plonger dans ce sujet qui l’inquiétait tant.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mar 1 Mai 2018 - 19:12

Ajuster sa tenue ? Lui était-il arrivé quelque chose, qui nécessitait qu’elle ajuste sa tenue ? Elle l’observa en silence, passant en détail son corps. Elle avait tous ses membres, il ne lui semblait pas déceler de cicatrice sur son corps, pas de mutilation d’aucune sorte. Fronçant les sourcils, elle pâlit légèrement, ses yeux se portant sur son ventre. Elle ne semblait pas… grosse. Et si elle avait été enlevée par un Belliférien, puis engrossée, Grâce l’aurait su, non ? Mais les couturières pouvaient faire des merveilles, pour dissimuler ce genre… d’embarras. Elle secoua la tête, pourtant – elle ne pouvait pas être devenue l’épouse d’un Belliférien, elle n’aurait pas été autorisée à se rendre au couronnement ! Elle aurait été enfermée là-bas. Elle ne put retenir un frémissement à cette pensée. Cela ne l’empêchait pour autant pas de porter un enfant. Avait-elle déjà souhaité cela, sans avoir pu se… protéger, de manière adéquate ? Elle grimaça, malgré elle, alors que ses pensées s’emballaient. Se retrouverait-elle mère, et piégée, malgré tout, si jeune, comme sa mère avant elle ? S’efforçant de sourire, elle regarda sa fille avec une lueur de crainte dans les yeux, mais aussi plus d’affection, plus d’amour qu’elle n’avait du en voir jusqu’à présent, dans ceux-ci.

« Elle doit être splendide, et ta beauté doit la sublimer… Mais pourquoi devais-tu la faire ajuster ? » Lui répondrait-elle franchement ? N’était-ce que coquetterie ? Grâce l’espérait. Elle la vit avec soulagement s’asseoir, cependant, ayant craint qu’elle veuille simplement la saluer, par politesse, et repartir. Elle s’autorisa un petit sourire sincère, quoi qu’un peu angoissé, et qui manqua de se transformer en grimace, alors qu’elle écoutait sa fille parler puis la questionner.

« Je… Je m’excuse de mon attitude, ce jour-là. Si tu veux bien me pardonner. Je, j’avais tellement l’impression de n’être rien, à tes yeux, et pire encore, de l’avoir mérité. De n’être qu’une étrangère, à qui tu t’obligeais à parler, et que tu aurais mieux aimé effacer de ta vie, définitivement. Que… Mélusine de Séverac était, est, une meilleure mère que moi, et que tu ne voudrais pas de moi, en comparaison. » Elle se doutait que les domestiques dans la pièce se gorgeaient de ses paroles, mais tant pis, elle ne voulait pas reculer. Pas maintenant. « Je ne veux pas que ce soit ma nouvelle famille, je… Je ne t’ai pas demandé ton autorisation, pour t’en tenir écartée. » Elle hésitait à poursuivre, et la peur qu’elle ressentait à l’idée d’être rejetée était visible. Aurait-elle mieux fait de se taire ? « Je veux que tu en fasses partie, si, si tu le veux, bien sûr. Melsant ne remplacera pas ton père, mais… tu peux apprendre à le connaître, à… à l’apprécier, à lui faire confiance ? » Le voulait-elle ? Voulait-elle avoir quoi que ce soit à faire avec lui ?

Grâce baissa la tête, laissa le silence s’installer, déglutissant avant de reprendre la parole, alors qu’Agathe se servait des pâtisseries servies. « Mais tu voulais me parler, et je ne fais que t’imposer tout cela… Ne te sens pas obligée de répondre. Dis moi plutôt ce dont tu voulais me parler. » Et n’enfonce pas le couteau dans une plaie déjà béante, qui ne se refermerait probablement pas.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mar 1 Mai 2018 - 22:35

Grâce l’avait complimentée fort joliment, et la coquette Belliférienne n’avait pu réprimer un sourire de ravissement, les joues rosées de plaisir. Sa tutrice s’évertuait à lui prouver qu’elle était mignonne, travaillant son estime san relâche. Lancelot aussi. Mais les paroles de sa mère lui semblaient désintéressées. Grâce lui avait toujours dit ce qu’elle pensait, même lorsque cela lui faisait mal et la blessait. C’était donc forcément parce qu’elle le pensait. Au moins un peu. Aux excuses de Grâce, Agathe était demeurée immobile, les yeux grands, dans un mutisme parfait. Sa pâtisserie menaçait de tomber à tout moment, entre ses doigts fins, mais la pâle jeune femme ne s’en souciait pas. Combien de fois avait-elle rêvé ce discours? Combien de nuit avait-elle prié les dieux, tous, afin que Grâce se répande en excuse…? Ce n’était pas les mots précis qu’elle avait tant rêvé entendre. Ce n’était pas le sujet de son abandon, plusieurs années plus tôt. Mais il y avait quelque chose, dans la sincérité de Grâce, qui émouvait Agathe plus que de raison.

- Oh.. Grâce…

La confiture à la framboise s’était déversée largement sur la table et Agathe n’en tenait que bien peu compte. Elle y abandonna tout à fait sa pâtisserie, peu soucieuse de la crème qui se gâchait. Sa main couverte de sucre fin, elle avait été cueillir celle de sa mère, plus rêche, afin de la presser avec douceur. De mémoire, c’était la première fois, réellement, qu’elle osait la toucher ainsi. L’idée que ce fut Lancelot qui la rendait soudainement courageuse lui traversa l’esprit. Il n’était pas réputé, lui non plus, pour sa hardiesse, mais deux âmes tremblantes comme les siennes, mises côte à côte, créaient quelque chose de magnifique. Il y avait toujours quelque chose de beau avec les amours différents. Mélusine lui avait appris. Melbren lui avait prouvé.

- J’aimerais te dire quelque chose… J’aimerais vraiment. S’il te plaît, Grâce, écoute moi avant de te fâcher. S’il te plaît. Ce n’est pas simple, pour moi. J’ai peur que tu t’en ailles encore, si je te contraries. Mélusine… Elle ne m’abandonnera pas. Elle ne partira pas. Je lui fais confiance, et j’aimerais te faire confiance, à toi aussi. Ne pars pas, s’il te plaît, Grâce, et écoute moi jusqu’au bout.

Elle n’avait pas planifié les perles de larmes sur le coin de ses yeux. Elle n’avait pas imaginé ce revirement, en entrant dans la chambre de Grâce, Agathe. Elle n’avait pas prévu les excuses soudaines de sa mère, ni son émotion beaucoup trop forte en réaction - était-ce à force de côtoyer des Cielsombrois ? Sa main, sur la sienne, ne semblait pas prête à se retirer.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Lun 7 Mai 2018 - 0:19

Qu’elle portait bien ce joli sourire, franc, qui venait d’orner son visage. Elle n’avait pas souvenir de l’avoir vue sourire de façon aussi… radieuse, et aussi vraie, avant ce jour-là. Devait-elle… Devait-elle dire plus spontanément ce qu’elle pensait d’elle, à sa fille ? Elle craignait tellement d’avoir une parole de travers et de la faire fuir, malgré elle. Mais la voir réagir ainsi… Elle sourit à son tour, ravie. Émue. Était-ce ce geste qu’elle lui avait adressé, était-ce sa franchise, alors qu’elle évoquait Valkyrion ? Était-ce le fait qu’elle soit venue la voir, de sa propre initiative, qui la poussa à s’excuser, de ce dont elle se sentait coupable, depuis tant d’années déjà ? Le tout, probablement. Et si elle vit du coin de l’œil la pâtisserie s’effriter, alors qu’elle poursuivait, elle n’y prêta pas vraiment attention. Pas alors que la main de sa fille se posa sur la sienne, la surprenant, touchée et troublée par ce geste qui pouvait sembler anodin. Elle la retourna, simplement pour presser celle de sa fille, n’osant briser le silence, n’osant gâcher ce moment inattendu.

Le silence ne lui semblait pas oppressant, ni déplaisant. Tout juste naturel, à vrai dire. Apaisant. Elle n’aurait jamais envisagé ressentir une telle sérénité, en présence de sa fille. Elle savait qu’elle ne s’éterniserait pas mais, l’espace de quelques secondes, elle se sentait bien. Et elle espérait que cet instant perdure quelques temps encore. Elle n’osait pas bouger, de peur d’y mettre fin elle-même. Attentive, elle écouta sans se laisser distraire sa fille alors qu’elle parlait, qu’elle l’implorait, même, de l’écouter, sans rien dire. De ne pas l’interrompre. Elle tressaillit, à l’entente de ces mots qui lui semblaient durs, si durs… et terriblement justifiés.

Une bouffée de jalousie la prit, à la mention de Mélusine. Mélusine, si parfaite, déjà mère… et en passe de l’être encore, si elle en croyait ce qu’on lui avait dit. Mélusine, qui aurait été tellement mieux qu’elle, comme mère pour Agathe. Elle se demandait régulièrement si elle n’aurait pas mieux fait de rompre définitivement les liens avec Agathe, pour lui permettre la félicité avec eux. Mais cela, elle ne pouvait le demander à sa fille. Elle ne voulait pas le lui demander, de peur qu’elle dise oui. Elle hocha simplement la tête. « Je te fais le serment de ne pas t’interrompre, et de ne pas partir. Je t’écouterai, Agathe. Et pas parce que tu me l’as fait promettre, mais parce que je le veux. J’ai envie de t’écouter, j’ai envie que tu saches que tu peux compter sur moi. Mais je te fais le serment de ne pas partir, Corail peut en témoigner. Pourra en témoigner, si tu veux la voir, après. » Oui, elle le pourrait. Agathe comprendrait-elle la force de son serment, alors qu’elle prenait Corail à témoin ? Elle l’espérait. Levant la main dans laquelle ne reposait pas celle d’Agathe, elle essuya les larmes qui menaçaient de dévaler sur ses joues, espérant l’encourager à parler, par ce geste.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mar 8 Mai 2018 - 19:56

Grâce avait retourné avec douceur sa main pour mieux la presser et, à ce geste, Agathe s’était sentie plus libre de poursuivre dans sa requête. Écoutée. Elle se sentait écoutée, enfin, par cette mère si étrange et particulière qu’était Grâce de Sombregemme. Mieux qu’une simple écoute, la Voltigeuse lui faisait la promesse formelle de ne pas pas fuir, de rester là, immobile et inébranlable à l’instar du Chêne de Bellifère. L’envie de fondre en larmes était tenace, plus encore sous le geste tendre de sa mère qui cherchait déjà à chasser son chagrin. Agathe ferma les yeux tout à fait pour inspirer à plein poumon. Contrôler ses émotions qui menaçaient de déborder à tout moment. Trouver le courage d’aller au bout de ce besoin de se confier enfin, de vider son coeur de toutes les petites vérités qu’elle n’osait prononcer à haute voix.

Lorsqu’elle ouvrit à nouveau les yeux, la mignonne rapatria sa deuxième mimine contre la main de Grâce, autant pour l’empêcher de partir que pour se convaincre qu’elle pouvait lui faire confiance et se confier.

- ...Si tu me demandes pardon, si tu regrettes réellement de m’avoir laissée, si… Si tu t’excuses aussi sincèrement que tu le fais pour notre dernière rencontre… Je veux bien essayer de te pardonner. Je suis lasse, Grâce. Je suis fatiguée de… De tout calculer, de tout observer de l’affection que tu donnes à Aubrée, aux autres, et de me rendre compte à chaque fois que tu.. Que tu ne m’aimes pas autant. Quand tu seras prête.. Je te promets, moi, de tout faire pour parvenir à te pardonner.

Des larmes dégringolaient de ses joues avec lourdeur alors qu’elle s’entêtait à quémander un armistice. Ses mains se pressaient sur les siennes, son regard fouillait le sien avec attention. Elle n’était pas partie, pas encore, malgré les atrocités qui sortaient d’entre ses lèvres.

- Tu n’es pas obligée, Grâce… Mais je veux que tu saches que moi, j’en ai besoin. J’ai besoin de savoir que c’est ta faute pour arrêter de croire que c’est la mienne. J’ai besoin de savoir que tu regrettes, que tu as eu mal à me laisser là, pour que je cesse de croire que c’est… Que c’est normal qu’on me délaisse.  

Il lui semblait qu’il était cent fois plus simple de pardonner à Grâce, si elle se montrait sincère et fautive, que de se pardonner à elle-même une faute qu’elle peinait à comprendre. Agathe reniflait petitement, n’osant pas essuyer son minois et son museau par peur que Grâce ne s’envole si elle quittait ses mains un seul instant.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mar 8 Mai 2018 - 22:24

Grâce n’en aurait rien cru, si on lui avait dit que sa cadette viendrait lui rendre visite de son plein gré, avec une confidence à lui faire. Si on lui avait dit, aussi, qu’elle aurait trouvé le courage d’enfin lui dire ce qu’elle avait sur le cœur. Si on lui avait confié qu’elle-même s’excuserait auprès de sa fille, après qu’elle lui ait reproché sa fuite, en Valkyrion. Elle aurait pu dire, en revanche, qu’elle n’avait aucune facilité à comprendre Agathe. Que ce qu’elle voulait la dépassait. Mais elle l’accueillait à chaque fois, essayait de lui faire comprendre qu’elle tenait à elle – sans grand succès, de toute évidence, alors qu’elle l’implorait de ne pas partir, le lui faisait promettre, même, qu’elle se cramponnait à sa main, comme si elle craignait qu’elle ne la reprenne de force.

Mais rien n’aurait pu la préparer aux dures paroles qui allaient franchir la bouche de sa fille. Elle avait fatalement gagné cette assurance qui lui faisait défaut, quand on l’avait arraché à Bellifère. Était-ce la bonne chose que Grâce pensait que ce serait ? Elle n’en savait rien. Elle n’en savait rien, parce qu’elle admettait bien vouloir tenter de la pardonner – essayer… et échouer, peut-être. La malmener encore un peu, elle qui était passablement abattue à chaque fois qu’elle la voyait. Mais elle avait promis de l’écouter, et de ne pas partir.

Alors elle garda le silence, essayant de contenir la douleur qui l’habitait, de s’empêcher de l’interrompre pour démentir ce qu’elle lui disait. De ne pas lui crier qu’elle ne l’aimait pas moins qu’Aubrée, pas moins que les autres. De ne pas lui dire que si elle avait agi comme ça, c’était parce qu’elle avait l’impression de s’imposer, quand on ne voulait pas d’elle. Qu’elle avait l’impression que sa fille se forçait à chercher son contact, sans oser lui demander sa liberté. Et qu’elle n’avait jamais osé la lui donner, de peur de briser un espoir qu’elles se réconcilient que sa fille aurait eu – espoir qu’elle n’avait jamais réussi à voir en elle. Espoir dont elle avait fini par se convaincre qu’il n’existait pas.

Même en l’instant, elle ne savait pas ce qu’elle voulait réellement. Elle voyait ses larmes, elle sentait ses mains sur les siennes, elle entendait ces mots qui franchissaient ses lèvres, et percevait ces yeux la suppliant de lui accorder un peu d’attention. Elle aurait pourtant été bien incapable de savoir ce qu’elle voulait réellement. Elle attendit, consciente qu’Agathe n’en avait pas fini, et elle se raidit, en entendant la suite de ses paroles, se faisant violence pour ne pas retirer sa main. Oh, elle ne partirait pas, non. Elle avait promis, et elle essayait vraiment d’arranger les choses, bien qu’Agathe ne l’ait pas compris. Sinon, elle ne lui dirait pas ça, n’est-ce pas ?

Elle soupira, hochant la tête. Elle voulait des réponses à ses questions, des explications ? Elle voulait comprendre ce qui avait tiraillé Grâce, ces années durant ? Elle lui montrerait. Elle verrait. Oui, elle verrait. Regardant Agathe dans les yeux, la gorge nouée, elle se leva, entraînant Agathe avec elle, sans lâcher ses mains – ces mains que la jeune fille tenait, et semblait ne pas vouloir laisser aller. « Je ne fuis pas, Agathe. Mais j’ai quelque chose à te montrer, si tu veux bien me suivre. » Elle vit du coin de l’œil sa fille acquiescer, se levant alors pour venir à sa suite. Elle les menait hors du palais. Dans la cour où, elle le savait, Corail veillait. Prête à défoncer les portes sur son chemin, pour rejoindre Grâce, si elle se sentait mal après avoir vu sa fille – elle le savait, Corail le lui avait montré.

Elle avançait d’un pas résolu, malgré tout, bien qu’elle soit particulièrement ébranlée et choquée, ce qu’elle peinait à dissimuler. Ce qu’elle n’arrivait pas, à dire vrai, à dissimuler. La culpabilité l’atteignait toute entière, plus forte que jamais. Mais Agathe ne se doutait pas de cela, n’est-ce pas ? Non, probablement pas. Mais elle comprendrait. Grâce l’espérait, du moins. « Voilà Corail. » Elles ne les avaient jamais mises en contact, réellement. Agathe avait déjà du la voir de loin, mais guère plus.

La griffonne s’approcha de la jeune femme, semblant la regarder avec vivacité – elle avait senti le trouble de la Voltigeuse, avait ressenti les sensations qui la tenaillaient. Elle avait compris l’échange. Et elle avait une réponse bien plus efficace à transmettre à Agathe. Bien plus percutante, que tout ce que Grâce pourrait lui dire. Elle partagea toutes ces images de l’humaine qui voltigeait sur elle – toutes celles que son orgueil lui interdisait de partager. Ses chutes, parce que l’image de deux bébés dans ses bras s’étaient imprimée dans sa rétine, image transmise sans qu’elle ne le veuille à Corail, alors qu’elle essayait de tester ses capacités. Ses longues soirées silencieuses, esseulée, à broyer du noir, à se sentir coupable, à se haïr. À se blâmer, de ses choix. À envisager de faire demi-tour, et à être pétrifiée de peur, à l’idée de ce qui l’attendait à Bellifère. À voir et revivre la maltraitance d’Alban. Toutes ces images, toutes ces sensations que Grâce lui avait imposées sans qu’elle ne le veuille, Corail les transmettrait à Agathe. Elle ne l’épargnait pas. Parce qu’elle ne supportait pas que l’on blesse sa Voltigeuse, à répétition. Parce qu’elle estimait qu’elle avait suffisamment payé le prix. Que Grâce proteste et l’intime vivement et à haute voix d’arrêter, sans réellement savoir l’étendue de ce qu’elle partageait autrement qu’avec la réaction d’Agathe l’indifférait. La petite comprendrait… et pardonnerait peut-être. Corail s’arrêta en lui montrant la fébrilité et la détresse de sa mère, après l’avoir vue en Valkyrion. L’espoir, après avoir obtenu son acceptation pour le mariage avec Melsant, après sa demande d’être marraine… La peur, d’espérer pour rien.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mer 9 Mai 2018 - 15:03

Sa mère s’était tu tout au long de son plaidoyer et Agathe avait bien perçu de la tristesse, dans son regard. Cette même tristesse qu’elle portait depuis toute petite. Elle espérait tant entendre trois petits mots, comme une nécessité. Je suis désolée. Lorsque le silence était enfin revenu, autour de la table, la jeunette avait dévisagé sa mère, fébrile, anxieuse, chagrine et tant d’autre chose, encore. Mais les mots ne venaient pas. Plutôt, Grâce s’était redressée, sans quitter ses mains, en lui intimant de l’accompagner.

Il faisait froid, dans la cour du palais. Agathe sentait l’hiver agonisant s’infiltrer sous ses vêtements pour mordre sa chair, mais elle roula simplement les épaules pour chasser les frissons. Grâce était là. Elle avait quelque chose à lui montrer. Ou plutôt, quelqu’un à lui présenter. Corail. Elle n’était pas certaine de bien comprendre les desseins de la Voltigeuse et, après lui avoir lancé un regard confus, s’était inclinée avec délicatesse devant le seigneur des cieux. Elle était jolie, Corail. Grâce lui expliquerait-elle la profondeur du lien entre un Griffon et son Voltigeur…? Agathe espérait presque : ce lien expliquerait peut-être bien des choses, sur l’absence de sa mère et sa fierté.

C’est en croisant le regard de la créature que les premières images s’infiltrèrent à son esprit pour se heurter avec violence à ses propres pensées, ses propres souvenirs. Les coups portés par Alban. Elle les avait reçus, elle aussi. Le goût du sang, après la gifle, était encore ancré à sa mémoire, s’entremêlant à ce que Grâce avait subi. Les chutes maladroites de sa mère encore jeune, emprisonnée par la pensée suffocantes de deux nourrissons abandonnés. Elle se revoyait petite, cachée sous les draps d’Aubrée, à réclamer le retour de celle qui était sa mère. Le sentiment d’isolement de Grâce, puissant, et son mal à l’âme, qui se heurtait à la solitude qui gangrenait chaque membre de la fratrie. La peur qui la pétrifiait à la simple idée de revenir en Bellifère. La peur qui lui coupait le souffle à la simple idée d’affronter son père. La maltraitance perpétuelle d’un mari envers son épouse, d’un père pour sa cadette. La même fébrilité des retrouvailles. La même peur d’espérer et d’avoir mal. Ce fut un tourbillon, pour Agathe, alors que la peur, la solitude et la culpabilité semblaient dominer non seulement ses propres souvenirs, mais également ceux de Grâce. Lorsqu’enfin Corail s’arrêta, la jeune femme tituba d’un pas ou deux sous le poids des émotions nouvelles, celles de sa mère, mais aussi de la réminiscence de sa propre enfance peuplée de tortures quotidiennes.

Elle s’était blottie contre Grâce par instinct, tremblante et secouée. Agathe ne savait plus si sa mère lui avait parlé, ou si elle lui parlait, en ce moment, tant les sanglots qui la traversaient provenaient de loin. D’une quinzaine d’années en arrière. Agrippée à elle, à la Voltigeuse incroyable, le nez dans le creux de son cou, la jeunette laissait aller son trop plein de chagrin. Elle se doutait que ce mariage avait été difficile, pour Grâce, que c’était la raison de son départ, mais personne ne méritait les coups d’Alban, ni son mépris, ni ses humiliations. Grâce moins qu’une autre.

- Tu avais peur, comme j’ai eu peur… Tu allais mourir, si tu ne partais pas. Mais tu regrettes. À chaque seconde, tu regrettes, parce que tu sais ce qu’il nous faisait vivre, là-bas. Si.. Si tu étais revenue, il t’aurait fait du mal, encore. Tu aurais pu revenir avant, tu aurais pu revenir sans la lettre d’Aubrée. Je le sais, tu le sais aussi, mais je crois… Mais je crois que tu avais peur de prendre tous ces risques pour essuyer un refus, de notre part. J’aurais refusé, parce que j’avais peur, parce que j’étais idiote, parce qu’il ne m’a jamais dit comment c’était, en dehors de Brumecor. J’avais peur de lui, tout le temps. Il me frappait, il m’insultait, il me disait que j’étais comme toi… Je… Je n’ai pas ton courage, Grâce. Moi, moi, je suis restée. Je n’ai pas… Je n’ai pas tes qualités, ton indépendance, tes ambitions. Moi, j’avais seulement Arnaut, pour me protéger. Tu es désolée, je le sais. Tu es désolée mais tu n’avais pas le choix. C’est ce que tu voulais me dire, en demandant à Corail de parler pour toi, c’est ça? Hein?

Agathe s’était reculée, à peine, pour mieux regarder sa mère, inspecter son regard, chercher à la comprendre, réellement. Son regard était rouge d’avoir trop pleuré, ses joues étaient irritées par les larmes, mais elle s’accrochait toujours à elle, malgré les soubresauts.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mer 9 Mai 2018 - 23:57

Elle n’avait pas d’autres moyens que celui-là, de lui faire comprendre. Comprendre l’immensité de sa culpabilité, l’impuissance qu’elle avait ressentie, face à son angoisse de retourner en Bellifère, la honte d’avoir laissé des nourrissons derrière elle et, enfin, la haine d’avoir agi de manière aussi faible, de ne pas avoir su résister, pour des autres qui étaient totalement incapables de se défendre, plus encore qu’elle. Elle n’avait aucune idée de ce qu’en ferait Corail, mais elle savait que la griffonne la comprenait, elle savait qu’elle agirait comme il le conviendrait. Il lui était difficile, pourtant, de se sentir tenue à l’écart, de ne pas savoir ce dont sa fille était avertie. De ne pas savoir l’étendue de ce que Corail pouvait bien partager avec elle.

Elle craignait, pourtant, que ce ne soit dévastateur, sur Agathe, à la voir ainsi pâlir, à la voir trembler si fort, se perdre dans ses pensées, comme si elle n’allait jamais pouvoir en ressortir. Trébucher, manquer de chuter presque, pour finir par se blottir dans ses bras, particulièrement atteinte. Elle leva sa main pour lui caresser les cheveux, arrêtant son geste dans une hésitation, avant d’aller jusqu’au bout, et d’essayer de l’apaiser de cette façon, alors même qu’elle sentait les larmes venir pour elle aussi, les refreinant autant qu’elle le pouvait. Seule la détresse d’Agathe comptait en l’instant. Elle raffermit son étreinte, l’enserra de ses bras, pour la bercer doucement, pour tenter de la calmer. Elle frémit, en l’entendant prendre la parole, effrayée de ce qu’elle pourrait entendre.

Fermant les yeux, elle garda sa fille tout près d’elle, cette enfant qui lui ressemblait tellement que personne n’aurait jamais douté qu’elle était sa mère, prenant une grande inspiration pour l’écouter. Elle lui avait promis qu’elle ne fuirait pas, n’est-ce pas ? Elle déglutit, incapable de contenir ces larmes, en entendant ses paroles, qui semblaient si justes. Si terribles. Qui semblaient, peut-être, lui ôter un peu, à peine, de cette culpabilité qui l’étouffait. Mais qui, surtout, lui laissait entrevoir cette relation qu’elle pourrait avoir avec sa fille – pour la première fois, son espoir ne se basait pas sur des fabulations, qu’elle essayait de faire aller dans son sens. Elle hocha la tête, peinant à retrouver la possibilité de parler.

« Je regrette tellement. Je suis tellement désolée, de ne pas avoir eu la force de rester. De vous avoir infligé cela. De ne pas avoir surpassé ma peur, pour voir y soustraire, tant qu’il était encore temps. Mais vous aviez perdu une mère, de quel droit aurais-je pu vous faire perdre un père, que vous aimiez peut-être ? J’ai eu tellement tort, j’ai tellement mal agi… Mais ça n’a jamais été ta faute, Agathe. Jamais. Mais je n’aurai… Je n’aurai pas pu en parler moi-même, je n’aurai jamais eu cette force. Même maintenant, je ne l’ai pas. Je vous ai fait trop de mal, mais si tu ne me pardonnes pas, parce que je sais que c’est trop difficile, promets moi de ne plus t’en accuser. » Car au fond, la seule coupable, c’était Grâce, et non ses enfants.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Jeu 10 Mai 2018 - 17:41

Elle était soulagée. Elle était exténuée. Agathe avait cru devoir se contenter de déposer les mots sur les lèvres de Grâce et de n’avoir qu’un acquiescement, tout au plus, pour les valider. Corail avait parlé en son nom, et si le message était particulièrement parlant, ce n’était pas Grâce qui l’avait prononcé. Elle s’en serait contentée, malgré tout, tant le besoin de se soustraire à la culpabilité était grand. Mais Grâce l’avait surprise une fois de plus en la retenant contre elle, comme une mère pour sa fille, afin de lui murmurer ses regrets. La jeunette les avait écoutés en silence alors que les sanglots violents avaient fait place à des pleurs discrets. Lorsque sa mère lui fit promettre de ne plus s’accuser, Agathe avait acquiescé avec tout le sérieux du monde.

Il lui en avait fallu, du courage, pour enfin mettre les choses à plat et demander que sa mère avoue ses regrets. Même sans spectateur, même si elle ne comptait pas en parler à quiconque - sauf peut-être à Mélusine -, Agathe ressentait une pointe de fierté, dans ce soulagement qu’elle ressentait. La peur régnait sans conteste sur sa vie, mais il lui semblait qu’elle parvenait à se montrer  courageuse, de plus en plus. Lughnasadh, l’année dernière. Puis le coup de la Cour des Miracles, à l’Académie. Et maintenant, avec Grâce.

- J’aimerais tant que tu me parles toujours comme tu viens de le faire, Grâce… Si j’y arrive, tu le peux aussi. Je… Corail me fait peur… Un peu. Je préfère tes mots. Ils me font du bien.

Elle n’avait plus regardé le majestueux griffon par crainte de recroiser son regard farouche et de vivre à nouveau ces impressions et ces souvenirs qui tenaient plus de l’agression que de la conversation. Un sourire pâle sur ses lèvres, toujours tremblante, Agathe avait essuyer ses joues du revers de la main sans toutefois s’éloigner de la Voltigeuse. Plutôt, après s’être assurée d’un regard que Grâce n’était pas réticente, elle avait glissé sa main sur son bras pour l'entraîner vers le palais. Malgré le froid, malgré la poudrerie légère, la jeune femme marchait d’un pas lent et délicat, comme engourdie par l’étrangeté du moment.

- Je venais te parler de.. D’autre chose. Je ne pensais pas soulager notre relation et te pardonner comme ça. Je ne pensais pas que ce serait si… facile, et douloureux, aussi. Je me sens toute légère, maintenant… Toi aussi?

Elle lui avait lancé un regard tout en s’engouffrant à l’intérieur du palais, cherchant à deviner son état. La chaleur soudaine et bienvenue plaquait ses joues d’un rose vif, et c’est seulement à ce moment qu’Agathe relâcha le bras de sa mère pour chasser un peu de neige de ses cheveux. Même s’il lui semblait qu’on les regardait étrangement, sans doute en raison de leurs yeux rouges et de leur visage barbouillé de tristesse, Agathe ne s’en souciait pas. Pas cette fois.

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