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 L'étrange charme des lucioles

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La Cour des Miracles
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Message Sujet: L'étrange charme des lucioles   Mer 14 Fév - 15:18


Livre III, Chapitre 2 • De Plume et de Serre
Agathe de Vigdir & Grâce de Sombregemme

L'étrange charme des lucioles

Puisque la pomme ne tombe jamais loin de l'arbre



• Date : 27 mars 1003
• Météo (optionnel) : Froideur et poudrerie. Le printemps n'arrivera jamais. Jamais.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Avec la rumeur de Guillaume de Brumecor à la tête de Bellifère et l'arrivée bouleversante de Lancelot l'Adroit, artisan terriblement cielsombrois, dans la vie d'Agathe, une conversation s'impose entre Grâce et sa fille. L'heure est aux confidences.
• Recensement :
Code:
• [b]27 mars 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3386-l-etrange-charme-des-lucioles]L'étrange charme des lucioles[/url] - [i]Agathe de Vigdir & Grâce de Sombregemme[/i]
Avec la rumeur de Guillaume de Brumecor à la tête de Bellifère et l'arrivée bouleversante de Lancelot l'Adroit, artisan terriblement cielsombrois, dans la vie d'Agathe, une conversation s'impose entre Grâce et sa fille. L'heure est aux confidences.


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Dernière édition par Agathe de Vigdir le Mer 14 Fév - 17:10, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mer 14 Fév - 15:24

De toutes les personnes ayant connu Agathe Martel, depuis son enfance, il n’y en avait aucune qui aurait pu la croire un jour entichée d’un effroyable Cielsombrois. Elle la première. Destinée à un enlèvement précoce, depuis l’ombre que lui faisaient père et frères, elle se croyait enchaînée aux paysages arides de sa Bellifère natale. Les choses avaient évolué dangereusement, depuis que Grâce l’avait déracinée de ce qu’elle croyait la réalité, et plus encore depuis le mois dernier où Mélusine lui avait suggéré de mettre dans la confidence cette mère lointaine.

- Grâce… Maman. Grâce, je désirais te parler de ma vie. Grâce, aurais-tu un moment? J’aimerais te parler de…
Elle a désormais sa propre vie et la tienne l'indiffère.

Il s’agissait du pire présent d’anniversaire qu’on ne lui ait jamais offert. Chagrine, Agathe regardait son reflet se décomposer et perdre le peu d’assurance qui l’habitait jusqu’alors. Il disait vrai, malgré tout, ce miroir à main enchanté. Grâce était heureuse avec sa Voltige et son prétendant de la haute noblesse, Voltigeur, viril, avenant, protecteur, aîné de la famille qu’elle-même admirait sans jamais pouvoir en faire partie. Une vraie famille.

- Grâce, je voulais discuter de Bellifère et des récents événements.
Elle déteste Bellifère et ne voudra pas t’entendre.

Elle avait rejeté le miroir sur son lit non sans un hoquet douloureux. Il lui disait précisément ce qu’elle redoutait. Hésitante, la main sur son foulard prune, Agathe pesait le pour et le contre de cette conversation. Mélusine y tenait. Mélusine souhaitait qu’elle tisse des liens avec Grâce. Comme pour lui permettre d’avoir une famille, elle aussi, parce que sa mère n’avait jamais renoncé à elle formellement. Grâce lui avait annoncé, elle aussi, son engagement auprès de Melsant. Elle en était là, dans ses réflexions, lorsque la voix de la Voltigeuse lui venait en provenance du couloir.

Le foulard jeté sur ses épaules, habillée avec coquetterie et sa bague d’agate qui ne la quittait plus à son doigt, la jeunette se faufila hors de la chambre et pressa le pas pour la rejoindre au tournant.

- Grâce… Grâce, aurais-tu un moment? S’il-te-plaît.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Jeu 5 Avr - 19:58

Les choses étaient… étranges, pour Grâce. L’avènement des Brumecor, qui ne devaient pas manquer de se gorger de ce statut qui était nouvellement le leur, l’avait plus ébranlée qu’elle ne l’aurait admis. Son statut la protégeait, l’avait longtemps protégée, mais face à un duc… Devrait-elle totalement renoncer à être Belliférienne ? L’était-elle réellement encore ? Elle se plongeait corps et âme dans la préparation du couronnement, pour s’empêcher de penser à tout cela, et aux conséquences que ça impliquait. Aux conséquences, aussi, qui ne manqueraient pas d’en découler pour ses filles. Son crétin de frère avait-il la moindre possibilité de remettre la main sur ses filles ? S’opposer à la princesse Ljöta, fusse-t-il nouvellement duc, était dangereux… Mais craignait-il réellement un tel obstacle ? Elle en doutait. Elle l’espérait, priait régulièrement Valda de veiller sur elle. Elle priait même Isil, Lida et Sithis, d’étendre leurs regards bienveillants sur ses enfants, sur leurs enfants. Tout, pour les protéger. Plus secrètes encore, ses prières à Kern, pour les enfants de son duché, fusse-t-elle déclarées indignes par les habitants du duché, et à Vigdis, admirée par beaucoup en Valkyrion. Elle n’était pas skjaldmö et ne bénéficiait de sa protection, mais si elle pouvait insuffler en ses filles et elle la force de gagner cette bataille…



La Voltigeuse se sentait démunie, et désespérée. Soupirant, elle s’attela à attacher ses cheveux en tresse, à la hâte, pour qu’ils n’altèrent pas ses mouvements. Il y avait encore fort à faire, avec le couronnement qui aurait lieu dans quelques jours à peine. C’est en s’apprêtant à sortir, qu’elle entendit la voix hésitante, derrière la porte. Incertaine, comme si elle ne voulait pas être entendue. Cette voix qui la chamboulait à chaque fois qu’elle l’entendait, tant elle lui semblait systématiquement différente. Tantôt assurée, tantôt apeurée. D’autres fois, encore, hésitante. Comme cette fois-là. Ouvrant la porte, elle sourit à Agathe, et s’effaça pour la laisser entrer dans les somptueux appartements de Melsant. Elle s’habituait difficilement à tout ce faste, bien qu’elle prétende qu’il en était autrement. Mais nul n’ignorait que, bien qu’elle soit née noble, elle appartenait à une famille désargentée, sur laquelle régnait l’opprobre.



Elle indiqua la table à sa fille, sur laquelle se trouvait du thé et quelques petits gâteaux. Elle-même manquait d’appétit, mais Agathe était gourmande, ou du moins Grâce le pensait-elle, et elle trouverait surement quelque chose à son goût parmi les sucreries. « Bien sûr, Agathe. Mais dis-moi avant tout comme tu vas ? » Elle était intriguée, la Voltigeuse, de savoir de quoi sa fille voulait s’entretenir, mais elle ne voulait pas la brusquer.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Dim 8 Avr - 18:25

Dès que Grâce lui avait ouvert la porte de ses appartements, Agathe n’avait pas pu s’empêcher d’y plonger son petit nez pour grappiller quelques éléments pouvant assouvir sa curiosité. Elle constata rapidement que la pièce, derrière sa mère, était aussi vaste et agréable que celle des appartements de Hiémain et Mélusine. La Voltigeuse se contentait de lui sourire tout en lui permettant d’entrer. C’est en passant à ses côtés pour profiter de la douce chaleur de la pièce qu’Agathe entendit le questionnement de sa mère, cette presque inconnue.

- Nous avons fait ajuster ma tenue, pour le couronnement. J’avais si peur de ne pas pouvoir porter ma robe…!

Elle n’avait pas répondu à la question, pas vraiment, mais s’était installée en face d’elle, autour de la table, tout en lui narrant ce détail des plus futiles. Une réelle réponse, sincère, aurait demandé un peu trop d’honnêteté pour être offerte sur le seuil de la pièce. Les mots cruels du miroir la hantaient encore, mais le visage de Grâce semblait sincère… Le doute, toujours, à son esprit. La peur de la revoir partir, l’abandonner une fois de plus, comme l’an dernier, à pareil date. Il était vrai que Grâce de Sombregemme avait désormais sa propre vie, une fois neuve où sa cadette n’avait peut-être pas sa place.

- Pardonne-moi, Grâce… Je suis un peu nerveuse. Valkyrion ne nous réussit pas vraiment. Je vais bien, je désirais seulement te parler d’un petit quelque chose. Mais toi? Et ta nouvelle famille?

Sa mine semblait toujours incertaine, un brin soucieuse, mais l’adolescente s’était permis un sourire léger, sur le bout de ses lèvres. Déjà, tout en écoutant avec intérêt la réponse de Grâce, Agathe tendit la main vers le plateau étagé. L’apprentissage de Mélusine portait fruit, et l’apprentie voleuse avait déjà repéré l’unique pâtisserie aux framboises du lot. Ce n’est qu’une fois la gourmandise entre les mains qu’elle haussa un sourcil pour sa mère, l’air de vouloir enfin lui demander la permission. Il y avait de la coquinerie sur ses traits. La toute jeune femme savait pertinemment qu’il était désormais trop tard pour reposer la pâtisserie sur son étage. De la canaillerie, des pâtisseries, des futilités : tout, plutôt que de plonger dans ce sujet qui l’inquiétait tant.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mar 1 Mai - 19:12

Ajuster sa tenue ? Lui était-il arrivé quelque chose, qui nécessitait qu’elle ajuste sa tenue ? Elle l’observa en silence, passant en détail son corps. Elle avait tous ses membres, il ne lui semblait pas déceler de cicatrice sur son corps, pas de mutilation d’aucune sorte. Fronçant les sourcils, elle pâlit légèrement, ses yeux se portant sur son ventre. Elle ne semblait pas… grosse. Et si elle avait été enlevée par un Belliférien, puis engrossée, Grâce l’aurait su, non ? Mais les couturières pouvaient faire des merveilles, pour dissimuler ce genre… d’embarras. Elle secoua la tête, pourtant – elle ne pouvait pas être devenue l’épouse d’un Belliférien, elle n’aurait pas été autorisée à se rendre au couronnement ! Elle aurait été enfermée là-bas. Elle ne put retenir un frémissement à cette pensée. Cela ne l’empêchait pour autant pas de porter un enfant. Avait-elle déjà souhaité cela, sans avoir pu se… protéger, de manière adéquate ? Elle grimaça, malgré elle, alors que ses pensées s’emballaient. Se retrouverait-elle mère, et piégée, malgré tout, si jeune, comme sa mère avant elle ? S’efforçant de sourire, elle regarda sa fille avec une lueur de crainte dans les yeux, mais aussi plus d’affection, plus d’amour qu’elle n’avait du en voir jusqu’à présent, dans ceux-ci.

« Elle doit être splendide, et ta beauté doit la sublimer… Mais pourquoi devais-tu la faire ajuster ? » Lui répondrait-elle franchement ? N’était-ce que coquetterie ? Grâce l’espérait. Elle la vit avec soulagement s’asseoir, cependant, ayant craint qu’elle veuille simplement la saluer, par politesse, et repartir. Elle s’autorisa un petit sourire sincère, quoi qu’un peu angoissé, et qui manqua de se transformer en grimace, alors qu’elle écoutait sa fille parler puis la questionner.

« Je… Je m’excuse de mon attitude, ce jour-là. Si tu veux bien me pardonner. Je, j’avais tellement l’impression de n’être rien, à tes yeux, et pire encore, de l’avoir mérité. De n’être qu’une étrangère, à qui tu t’obligeais à parler, et que tu aurais mieux aimé effacer de ta vie, définitivement. Que… Mélusine de Séverac était, est, une meilleure mère que moi, et que tu ne voudrais pas de moi, en comparaison. » Elle se doutait que les domestiques dans la pièce se gorgeaient de ses paroles, mais tant pis, elle ne voulait pas reculer. Pas maintenant. « Je ne veux pas que ce soit ma nouvelle famille, je… Je ne t’ai pas demandé ton autorisation, pour t’en tenir écartée. » Elle hésitait à poursuivre, et la peur qu’elle ressentait à l’idée d’être rejetée était visible. Aurait-elle mieux fait de se taire ? « Je veux que tu en fasses partie, si, si tu le veux, bien sûr. Melsant ne remplacera pas ton père, mais… tu peux apprendre à le connaître, à… à l’apprécier, à lui faire confiance ? » Le voulait-elle ? Voulait-elle avoir quoi que ce soit à faire avec lui ?

Grâce baissa la tête, laissa le silence s’installer, déglutissant avant de reprendre la parole, alors qu’Agathe se servait des pâtisseries servies. « Mais tu voulais me parler, et je ne fais que t’imposer tout cela… Ne te sens pas obligée de répondre. Dis moi plutôt ce dont tu voulais me parler. » Et n’enfonce pas le couteau dans une plaie déjà béante, qui ne se refermerait probablement pas.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mar 1 Mai - 22:35

Grâce l’avait complimentée fort joliment, et la coquette Belliférienne n’avait pu réprimer un sourire de ravissement, les joues rosées de plaisir. Sa tutrice s’évertuait à lui prouver qu’elle était mignonne, travaillant son estime san relâche. Lancelot aussi. Mais les paroles de sa mère lui semblaient désintéressées. Grâce lui avait toujours dit ce qu’elle pensait, même lorsque cela lui faisait mal et la blessait. C’était donc forcément parce qu’elle le pensait. Au moins un peu. Aux excuses de Grâce, Agathe était demeurée immobile, les yeux grands, dans un mutisme parfait. Sa pâtisserie menaçait de tomber à tout moment, entre ses doigts fins, mais la pâle jeune femme ne s’en souciait pas. Combien de fois avait-elle rêvé ce discours? Combien de nuit avait-elle prié les dieux, tous, afin que Grâce se répande en excuse…? Ce n’était pas les mots précis qu’elle avait tant rêvé entendre. Ce n’était pas le sujet de son abandon, plusieurs années plus tôt. Mais il y avait quelque chose, dans la sincérité de Grâce, qui émouvait Agathe plus que de raison.

- Oh.. Grâce…

La confiture à la framboise s’était déversée largement sur la table et Agathe n’en tenait que bien peu compte. Elle y abandonna tout à fait sa pâtisserie, peu soucieuse de la crème qui se gâchait. Sa main couverte de sucre fin, elle avait été cueillir celle de sa mère, plus rêche, afin de la presser avec douceur. De mémoire, c’était la première fois, réellement, qu’elle osait la toucher ainsi. L’idée que ce fut Lancelot qui la rendait soudainement courageuse lui traversa l’esprit. Il n’était pas réputé, lui non plus, pour sa hardiesse, mais deux âmes tremblantes comme les siennes, mises côte à côte, créaient quelque chose de magnifique. Il y avait toujours quelque chose de beau avec les amours différents. Mélusine lui avait appris. Melbren lui avait prouvé.

- J’aimerais te dire quelque chose… J’aimerais vraiment. S’il te plaît, Grâce, écoute moi avant de te fâcher. S’il te plaît. Ce n’est pas simple, pour moi. J’ai peur que tu t’en ailles encore, si je te contraries. Mélusine… Elle ne m’abandonnera pas. Elle ne partira pas. Je lui fais confiance, et j’aimerais te faire confiance, à toi aussi. Ne pars pas, s’il te plaît, Grâce, et écoute moi jusqu’au bout.

Elle n’avait pas planifié les perles de larmes sur le coin de ses yeux. Elle n’avait pas imaginé ce revirement, en entrant dans la chambre de Grâce, Agathe. Elle n’avait pas prévu les excuses soudaines de sa mère, ni son émotion beaucoup trop forte en réaction - était-ce à force de côtoyer des Cielsombrois ? Sa main, sur la sienne, ne semblait pas prête à se retirer.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Lun 7 Mai - 0:19

Qu’elle portait bien ce joli sourire, franc, qui venait d’orner son visage. Elle n’avait pas souvenir de l’avoir vue sourire de façon aussi… radieuse, et aussi vraie, avant ce jour-là. Devait-elle… Devait-elle dire plus spontanément ce qu’elle pensait d’elle, à sa fille ? Elle craignait tellement d’avoir une parole de travers et de la faire fuir, malgré elle. Mais la voir réagir ainsi… Elle sourit à son tour, ravie. Émue. Était-ce ce geste qu’elle lui avait adressé, était-ce sa franchise, alors qu’elle évoquait Valkyrion ? Était-ce le fait qu’elle soit venue la voir, de sa propre initiative, qui la poussa à s’excuser, de ce dont elle se sentait coupable, depuis tant d’années déjà ? Le tout, probablement. Et si elle vit du coin de l’œil la pâtisserie s’effriter, alors qu’elle poursuivait, elle n’y prêta pas vraiment attention. Pas alors que la main de sa fille se posa sur la sienne, la surprenant, touchée et troublée par ce geste qui pouvait sembler anodin. Elle la retourna, simplement pour presser celle de sa fille, n’osant briser le silence, n’osant gâcher ce moment inattendu.

Le silence ne lui semblait pas oppressant, ni déplaisant. Tout juste naturel, à vrai dire. Apaisant. Elle n’aurait jamais envisagé ressentir une telle sérénité, en présence de sa fille. Elle savait qu’elle ne s’éterniserait pas mais, l’espace de quelques secondes, elle se sentait bien. Et elle espérait que cet instant perdure quelques temps encore. Elle n’osait pas bouger, de peur d’y mettre fin elle-même. Attentive, elle écouta sans se laisser distraire sa fille alors qu’elle parlait, qu’elle l’implorait, même, de l’écouter, sans rien dire. De ne pas l’interrompre. Elle tressaillit, à l’entente de ces mots qui lui semblaient durs, si durs… et terriblement justifiés.

Une bouffée de jalousie la prit, à la mention de Mélusine. Mélusine, si parfaite, déjà mère… et en passe de l’être encore, si elle en croyait ce qu’on lui avait dit. Mélusine, qui aurait été tellement mieux qu’elle, comme mère pour Agathe. Elle se demandait régulièrement si elle n’aurait pas mieux fait de rompre définitivement les liens avec Agathe, pour lui permettre la félicité avec eux. Mais cela, elle ne pouvait le demander à sa fille. Elle ne voulait pas le lui demander, de peur qu’elle dise oui. Elle hocha simplement la tête. « Je te fais le serment de ne pas t’interrompre, et de ne pas partir. Je t’écouterai, Agathe. Et pas parce que tu me l’as fait promettre, mais parce que je le veux. J’ai envie de t’écouter, j’ai envie que tu saches que tu peux compter sur moi. Mais je te fais le serment de ne pas partir, Corail peut en témoigner. Pourra en témoigner, si tu veux la voir, après. » Oui, elle le pourrait. Agathe comprendrait-elle la force de son serment, alors qu’elle prenait Corail à témoin ? Elle l’espérait. Levant la main dans laquelle ne reposait pas celle d’Agathe, elle essuya les larmes qui menaçaient de dévaler sur ses joues, espérant l’encourager à parler, par ce geste.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mar 8 Mai - 19:56

Grâce avait retourné avec douceur sa main pour mieux la presser et, à ce geste, Agathe s’était sentie plus libre de poursuivre dans sa requête. Écoutée. Elle se sentait écoutée, enfin, par cette mère si étrange et particulière qu’était Grâce de Sombregemme. Mieux qu’une simple écoute, la Voltigeuse lui faisait la promesse formelle de ne pas pas fuir, de rester là, immobile et inébranlable à l’instar du Chêne de Bellifère. L’envie de fondre en larmes était tenace, plus encore sous le geste tendre de sa mère qui cherchait déjà à chasser son chagrin. Agathe ferma les yeux tout à fait pour inspirer à plein poumon. Contrôler ses émotions qui menaçaient de déborder à tout moment. Trouver le courage d’aller au bout de ce besoin de se confier enfin, de vider son coeur de toutes les petites vérités qu’elle n’osait prononcer à haute voix.

Lorsqu’elle ouvrit à nouveau les yeux, la mignonne rapatria sa deuxième mimine contre la main de Grâce, autant pour l’empêcher de partir que pour se convaincre qu’elle pouvait lui faire confiance et se confier.

- ...Si tu me demandes pardon, si tu regrettes réellement de m’avoir laissée, si… Si tu t’excuses aussi sincèrement que tu le fais pour notre dernière rencontre… Je veux bien essayer de te pardonner. Je suis lasse, Grâce. Je suis fatiguée de… De tout calculer, de tout observer de l’affection que tu donnes à Aubrée, aux autres, et de me rendre compte à chaque fois que tu.. Que tu ne m’aimes pas autant. Quand tu seras prête.. Je te promets, moi, de tout faire pour parvenir à te pardonner.

Des larmes dégringolaient de ses joues avec lourdeur alors qu’elle s’entêtait à quémander un armistice. Ses mains se pressaient sur les siennes, son regard fouillait le sien avec attention. Elle n’était pas partie, pas encore, malgré les atrocités qui sortaient d’entre ses lèvres.

- Tu n’es pas obligée, Grâce… Mais je veux que tu saches que moi, j’en ai besoin. J’ai besoin de savoir que c’est ta faute pour arrêter de croire que c’est la mienne. J’ai besoin de savoir que tu regrettes, que tu as eu mal à me laisser là, pour que je cesse de croire que c’est… Que c’est normal qu’on me délaisse.  

Il lui semblait qu’il était cent fois plus simple de pardonner à Grâce, si elle se montrait sincère et fautive, que de se pardonner à elle-même une faute qu’elle peinait à comprendre. Agathe reniflait petitement, n’osant pas essuyer son minois et son museau par peur que Grâce ne s’envole si elle quittait ses mains un seul instant.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mar 8 Mai - 22:24

Grâce n’en aurait rien cru, si on lui avait dit que sa cadette viendrait lui rendre visite de son plein gré, avec une confidence à lui faire. Si on lui avait dit, aussi, qu’elle aurait trouvé le courage d’enfin lui dire ce qu’elle avait sur le cœur. Si on lui avait confié qu’elle-même s’excuserait auprès de sa fille, après qu’elle lui ait reproché sa fuite, en Valkyrion. Elle aurait pu dire, en revanche, qu’elle n’avait aucune facilité à comprendre Agathe. Que ce qu’elle voulait la dépassait. Mais elle l’accueillait à chaque fois, essayait de lui faire comprendre qu’elle tenait à elle – sans grand succès, de toute évidence, alors qu’elle l’implorait de ne pas partir, le lui faisait promettre, même, qu’elle se cramponnait à sa main, comme si elle craignait qu’elle ne la reprenne de force.

Mais rien n’aurait pu la préparer aux dures paroles qui allaient franchir la bouche de sa fille. Elle avait fatalement gagné cette assurance qui lui faisait défaut, quand on l’avait arraché à Bellifère. Était-ce la bonne chose que Grâce pensait que ce serait ? Elle n’en savait rien. Elle n’en savait rien, parce qu’elle admettait bien vouloir tenter de la pardonner – essayer… et échouer, peut-être. La malmener encore un peu, elle qui était passablement abattue à chaque fois qu’elle la voyait. Mais elle avait promis de l’écouter, et de ne pas partir.

Alors elle garda le silence, essayant de contenir la douleur qui l’habitait, de s’empêcher de l’interrompre pour démentir ce qu’elle lui disait. De ne pas lui crier qu’elle ne l’aimait pas moins qu’Aubrée, pas moins que les autres. De ne pas lui dire que si elle avait agi comme ça, c’était parce qu’elle avait l’impression de s’imposer, quand on ne voulait pas d’elle. Qu’elle avait l’impression que sa fille se forçait à chercher son contact, sans oser lui demander sa liberté. Et qu’elle n’avait jamais osé la lui donner, de peur de briser un espoir qu’elles se réconcilient que sa fille aurait eu – espoir qu’elle n’avait jamais réussi à voir en elle. Espoir dont elle avait fini par se convaincre qu’il n’existait pas.

Même en l’instant, elle ne savait pas ce qu’elle voulait réellement. Elle voyait ses larmes, elle sentait ses mains sur les siennes, elle entendait ces mots qui franchissaient ses lèvres, et percevait ces yeux la suppliant de lui accorder un peu d’attention. Elle aurait pourtant été bien incapable de savoir ce qu’elle voulait réellement. Elle attendit, consciente qu’Agathe n’en avait pas fini, et elle se raidit, en entendant la suite de ses paroles, se faisant violence pour ne pas retirer sa main. Oh, elle ne partirait pas, non. Elle avait promis, et elle essayait vraiment d’arranger les choses, bien qu’Agathe ne l’ait pas compris. Sinon, elle ne lui dirait pas ça, n’est-ce pas ?

Elle soupira, hochant la tête. Elle voulait des réponses à ses questions, des explications ? Elle voulait comprendre ce qui avait tiraillé Grâce, ces années durant ? Elle lui montrerait. Elle verrait. Oui, elle verrait. Regardant Agathe dans les yeux, la gorge nouée, elle se leva, entraînant Agathe avec elle, sans lâcher ses mains – ces mains que la jeune fille tenait, et semblait ne pas vouloir laisser aller. « Je ne fuis pas, Agathe. Mais j’ai quelque chose à te montrer, si tu veux bien me suivre. » Elle vit du coin de l’œil sa fille acquiescer, se levant alors pour venir à sa suite. Elle les menait hors du palais. Dans la cour où, elle le savait, Corail veillait. Prête à défoncer les portes sur son chemin, pour rejoindre Grâce, si elle se sentait mal après avoir vu sa fille – elle le savait, Corail le lui avait montré.

Elle avançait d’un pas résolu, malgré tout, bien qu’elle soit particulièrement ébranlée et choquée, ce qu’elle peinait à dissimuler. Ce qu’elle n’arrivait pas, à dire vrai, à dissimuler. La culpabilité l’atteignait toute entière, plus forte que jamais. Mais Agathe ne se doutait pas de cela, n’est-ce pas ? Non, probablement pas. Mais elle comprendrait. Grâce l’espérait, du moins. « Voilà Corail. » Elles ne les avaient jamais mises en contact, réellement. Agathe avait déjà du la voir de loin, mais guère plus.

La griffonne s’approcha de la jeune femme, semblant la regarder avec vivacité – elle avait senti le trouble de la Voltigeuse, avait ressenti les sensations qui la tenaillaient. Elle avait compris l’échange. Et elle avait une réponse bien plus efficace à transmettre à Agathe. Bien plus percutante, que tout ce que Grâce pourrait lui dire. Elle partagea toutes ces images de l’humaine qui voltigeait sur elle – toutes celles que son orgueil lui interdisait de partager. Ses chutes, parce que l’image de deux bébés dans ses bras s’étaient imprimée dans sa rétine, image transmise sans qu’elle ne le veuille à Corail, alors qu’elle essayait de tester ses capacités. Ses longues soirées silencieuses, esseulée, à broyer du noir, à se sentir coupable, à se haïr. À se blâmer, de ses choix. À envisager de faire demi-tour, et à être pétrifiée de peur, à l’idée de ce qui l’attendait à Bellifère. À voir et revivre la maltraitance d’Alban. Toutes ces images, toutes ces sensations que Grâce lui avait imposées sans qu’elle ne le veuille, Corail les transmettrait à Agathe. Elle ne l’épargnait pas. Parce qu’elle ne supportait pas que l’on blesse sa Voltigeuse, à répétition. Parce qu’elle estimait qu’elle avait suffisamment payé le prix. Que Grâce proteste et l’intime vivement et à haute voix d’arrêter, sans réellement savoir l’étendue de ce qu’elle partageait autrement qu’avec la réaction d’Agathe l’indifférait. La petite comprendrait… et pardonnerait peut-être. Corail s’arrêta en lui montrant la fébrilité et la détresse de sa mère, après l’avoir vue en Valkyrion. L’espoir, après avoir obtenu son acceptation pour le mariage avec Melsant, après sa demande d’être marraine… La peur, d’espérer pour rien.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mer 9 Mai - 15:03

Sa mère s’était tu tout au long de son plaidoyer et Agathe avait bien perçu de la tristesse, dans son regard. Cette même tristesse qu’elle portait depuis toute petite. Elle espérait tant entendre trois petits mots, comme une nécessité. Je suis désolée. Lorsque le silence était enfin revenu, autour de la table, la jeunette avait dévisagé sa mère, fébrile, anxieuse, chagrine et tant d’autre chose, encore. Mais les mots ne venaient pas. Plutôt, Grâce s’était redressée, sans quitter ses mains, en lui intimant de l’accompagner.

Il faisait froid, dans la cour du palais. Agathe sentait l’hiver agonisant s’infiltrer sous ses vêtements pour mordre sa chair, mais elle roula simplement les épaules pour chasser les frissons. Grâce était là. Elle avait quelque chose à lui montrer. Ou plutôt, quelqu’un à lui présenter. Corail. Elle n’était pas certaine de bien comprendre les desseins de la Voltigeuse et, après lui avoir lancé un regard confus, s’était inclinée avec délicatesse devant le seigneur des cieux. Elle était jolie, Corail. Grâce lui expliquerait-elle la profondeur du lien entre un Griffon et son Voltigeur…? Agathe espérait presque : ce lien expliquerait peut-être bien des choses, sur l’absence de sa mère et sa fierté.

C’est en croisant le regard de la créature que les premières images s’infiltrèrent à son esprit pour se heurter avec violence à ses propres pensées, ses propres souvenirs. Les coups portés par Alban. Elle les avait reçus, elle aussi. Le goût du sang, après la gifle, était encore ancré à sa mémoire, s’entremêlant à ce que Grâce avait subi. Les chutes maladroites de sa mère encore jeune, emprisonnée par la pensée suffocantes de deux nourrissons abandonnés. Elle se revoyait petite, cachée sous les draps d’Aubrée, à réclamer le retour de celle qui était sa mère. Le sentiment d’isolement de Grâce, puissant, et son mal à l’âme, qui se heurtait à la solitude qui gangrenait chaque membre de la fratrie. La peur qui la pétrifiait à la simple idée de revenir en Bellifère. La peur qui lui coupait le souffle à la simple idée d’affronter son père. La maltraitance perpétuelle d’un mari envers son épouse, d’un père pour sa cadette. La même fébrilité des retrouvailles. La même peur d’espérer et d’avoir mal. Ce fut un tourbillon, pour Agathe, alors que la peur, la solitude et la culpabilité semblaient dominer non seulement ses propres souvenirs, mais également ceux de Grâce. Lorsqu’enfin Corail s’arrêta, la jeune femme tituba d’un pas ou deux sous le poids des émotions nouvelles, celles de sa mère, mais aussi de la réminiscence de sa propre enfance peuplée de tortures quotidiennes.

Elle s’était blottie contre Grâce par instinct, tremblante et secouée. Agathe ne savait plus si sa mère lui avait parlé, ou si elle lui parlait, en ce moment, tant les sanglots qui la traversaient provenaient de loin. D’une quinzaine d’années en arrière. Agrippée à elle, à la Voltigeuse incroyable, le nez dans le creux de son cou, la jeunette laissait aller son trop plein de chagrin. Elle se doutait que ce mariage avait été difficile, pour Grâce, que c’était la raison de son départ, mais personne ne méritait les coups d’Alban, ni son mépris, ni ses humiliations. Grâce moins qu’une autre.

- Tu avais peur, comme j’ai eu peur… Tu allais mourir, si tu ne partais pas. Mais tu regrettes. À chaque seconde, tu regrettes, parce que tu sais ce qu’il nous faisait vivre, là-bas. Si.. Si tu étais revenue, il t’aurait fait du mal, encore. Tu aurais pu revenir avant, tu aurais pu revenir sans la lettre d’Aubrée. Je le sais, tu le sais aussi, mais je crois… Mais je crois que tu avais peur de prendre tous ces risques pour essuyer un refus, de notre part. J’aurais refusé, parce que j’avais peur, parce que j’étais idiote, parce qu’il ne m’a jamais dit comment c’était, en dehors de Brumecor. J’avais peur de lui, tout le temps. Il me frappait, il m’insultait, il me disait que j’étais comme toi… Je… Je n’ai pas ton courage, Grâce. Moi, moi, je suis restée. Je n’ai pas… Je n’ai pas tes qualités, ton indépendance, tes ambitions. Moi, j’avais seulement Arnaut, pour me protéger. Tu es désolée, je le sais. Tu es désolée mais tu n’avais pas le choix. C’est ce que tu voulais me dire, en demandant à Corail de parler pour toi, c’est ça? Hein?

Agathe s’était reculée, à peine, pour mieux regarder sa mère, inspecter son regard, chercher à la comprendre, réellement. Son regard était rouge d’avoir trop pleuré, ses joues étaient irritées par les larmes, mais elle s’accrochait toujours à elle, malgré les soubresauts.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mer 9 Mai - 23:57

Elle n’avait pas d’autres moyens que celui-là, de lui faire comprendre. Comprendre l’immensité de sa culpabilité, l’impuissance qu’elle avait ressentie, face à son angoisse de retourner en Bellifère, la honte d’avoir laissé des nourrissons derrière elle et, enfin, la haine d’avoir agi de manière aussi faible, de ne pas avoir su résister, pour des autres qui étaient totalement incapables de se défendre, plus encore qu’elle. Elle n’avait aucune idée de ce qu’en ferait Corail, mais elle savait que la griffonne la comprenait, elle savait qu’elle agirait comme il le conviendrait. Il lui était difficile, pourtant, de se sentir tenue à l’écart, de ne pas savoir ce dont sa fille était avertie. De ne pas savoir l’étendue de ce que Corail pouvait bien partager avec elle.

Elle craignait, pourtant, que ce ne soit dévastateur, sur Agathe, à la voir ainsi pâlir, à la voir trembler si fort, se perdre dans ses pensées, comme si elle n’allait jamais pouvoir en ressortir. Trébucher, manquer de chuter presque, pour finir par se blottir dans ses bras, particulièrement atteinte. Elle leva sa main pour lui caresser les cheveux, arrêtant son geste dans une hésitation, avant d’aller jusqu’au bout, et d’essayer de l’apaiser de cette façon, alors même qu’elle sentait les larmes venir pour elle aussi, les refreinant autant qu’elle le pouvait. Seule la détresse d’Agathe comptait en l’instant. Elle raffermit son étreinte, l’enserra de ses bras, pour la bercer doucement, pour tenter de la calmer. Elle frémit, en l’entendant prendre la parole, effrayée de ce qu’elle pourrait entendre.

Fermant les yeux, elle garda sa fille tout près d’elle, cette enfant qui lui ressemblait tellement que personne n’aurait jamais douté qu’elle était sa mère, prenant une grande inspiration pour l’écouter. Elle lui avait promis qu’elle ne fuirait pas, n’est-ce pas ? Elle déglutit, incapable de contenir ces larmes, en entendant ses paroles, qui semblaient si justes. Si terribles. Qui semblaient, peut-être, lui ôter un peu, à peine, de cette culpabilité qui l’étouffait. Mais qui, surtout, lui laissait entrevoir cette relation qu’elle pourrait avoir avec sa fille – pour la première fois, son espoir ne se basait pas sur des fabulations, qu’elle essayait de faire aller dans son sens. Elle hocha la tête, peinant à retrouver la possibilité de parler.

« Je regrette tellement. Je suis tellement désolée, de ne pas avoir eu la force de rester. De vous avoir infligé cela. De ne pas avoir surpassé ma peur, pour voir y soustraire, tant qu’il était encore temps. Mais vous aviez perdu une mère, de quel droit aurais-je pu vous faire perdre un père, que vous aimiez peut-être ? J’ai eu tellement tort, j’ai tellement mal agi… Mais ça n’a jamais été ta faute, Agathe. Jamais. Mais je n’aurai… Je n’aurai pas pu en parler moi-même, je n’aurai jamais eu cette force. Même maintenant, je ne l’ai pas. Je vous ai fait trop de mal, mais si tu ne me pardonnes pas, parce que je sais que c’est trop difficile, promets moi de ne plus t’en accuser. » Car au fond, la seule coupable, c’était Grâce, et non ses enfants.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Jeu 10 Mai - 17:41

Elle était soulagée. Elle était exténuée. Agathe avait cru devoir se contenter de déposer les mots sur les lèvres de Grâce et de n’avoir qu’un acquiescement, tout au plus, pour les valider. Corail avait parlé en son nom, et si le message était particulièrement parlant, ce n’était pas Grâce qui l’avait prononcé. Elle s’en serait contentée, malgré tout, tant le besoin de se soustraire à la culpabilité était grand. Mais Grâce l’avait surprise une fois de plus en la retenant contre elle, comme une mère pour sa fille, afin de lui murmurer ses regrets. La jeunette les avait écoutés en silence alors que les sanglots violents avaient fait place à des pleurs discrets. Lorsque sa mère lui fit promettre de ne plus s’accuser, Agathe avait acquiescé avec tout le sérieux du monde.

Il lui en avait fallu, du courage, pour enfin mettre les choses à plat et demander que sa mère avoue ses regrets. Même sans spectateur, même si elle ne comptait pas en parler à quiconque - sauf peut-être à Mélusine -, Agathe ressentait une pointe de fierté, dans ce soulagement qu’elle ressentait. La peur régnait sans conteste sur sa vie, mais il lui semblait qu’elle parvenait à se montrer  courageuse, de plus en plus. Lughnasadh, l’année dernière. Puis le coup de la Cour des Miracles, à l’Académie. Et maintenant, avec Grâce.

- J’aimerais tant que tu me parles toujours comme tu viens de le faire, Grâce… Si j’y arrive, tu le peux aussi. Je… Corail me fait peur… Un peu. Je préfère tes mots. Ils me font du bien.

Elle n’avait plus regardé le majestueux griffon par crainte de recroiser son regard farouche et de vivre à nouveau ces impressions et ces souvenirs qui tenaient plus de l’agression que de la conversation. Un sourire pâle sur ses lèvres, toujours tremblante, Agathe avait essuyer ses joues du revers de la main sans toutefois s’éloigner de la Voltigeuse. Plutôt, après s’être assurée d’un regard que Grâce n’était pas réticente, elle avait glissé sa main sur son bras pour l'entraîner vers le palais. Malgré le froid, malgré la poudrerie légère, la jeune femme marchait d’un pas lent et délicat, comme engourdie par l’étrangeté du moment.

- Je venais te parler de.. D’autre chose. Je ne pensais pas soulager notre relation et te pardonner comme ça. Je ne pensais pas que ce serait si… facile, et douloureux, aussi. Je me sens toute légère, maintenant… Toi aussi?

Elle lui avait lancé un regard tout en s’engouffrant à l’intérieur du palais, cherchant à deviner son état. La chaleur soudaine et bienvenue plaquait ses joues d’un rose vif, et c’est seulement à ce moment qu’Agathe relâcha le bras de sa mère pour chasser un peu de neige de ses cheveux. Même s’il lui semblait qu’on les regardait étrangement, sans doute en raison de leurs yeux rouges et de leur visage barbouillé de tristesse, Agathe ne s’en souciait pas. Pas cette fois.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Dim 10 Juin - 18:51

Était-ce réellement ainsi qu’elle devait agir ? Confier à Corail le soin de dire ce qu’elle n’arrivait pas à formuler ? La griffonne n’était pas liée à elle, à l’époque, mais elle avait tout vu, au fil des années. Parfois en dépit de la volonté de Grâce, d’oublier tout cela. Elle avait peur. Peur de la violence de ce que pouvait transmettre Corail, qui ne pouvait réellement adoucir ce qu’avait vécu la Voltigeuse. Elle ne pouvait pas l’adoucir elle-même, pas avec des images. Elle avait vu le maelström d’émotions parcourir Agathe, elle l’avait senti, alors qu’elle la prenait dans ses bras, essayant de la réconforter. Elle l’avait ressenti de la même façon qu’elle, revivant tout cela, d’abord en voyant le choc infligé à Agathe, puis à travers les questions de sa fille, et les réponses qu’elle y apportait.

Elle ressentit malgré tout du soulagement, à la voir acquiescer, quand elle lui demanda de ne plus s’accuser. Elle se doutait, non, elle savait, que ce ne serait pas si simple, elle même peinant à ne pas se blâmer de tout ce qu’elle avait infligé à ses filles, mais c’était un bon début, n’est-ce pas ? Elle l’espérait, en tout cas.

« Je… Je ferai de mon mieux, pour le faire. Parce que je te le dois, parce que tu le mérites. Corail… Corail ne l’a fait que pour moi. J’espère que, petit à petit, elle cessera de te faire peur. Elle veille sur moi, aussi étrange que ça puisse paraître. » Et des êtres qui veillaient sur elle… Il y en avait peu. Grâce pouvait les compter sur les doigts d’une main. « Mais… Ça m’a fait du bien, aussi. J’avais l’impression que tous ces mots étaient coincés, et ne demandaient qu’à être prononcés. Mais j’avais peur. Peur que je te perde à jamais. » Elle en avait toujours peur. Mais comment Agathe pouvait-elle comprendre à quel point elle comptait à ses yeux, si Grâce s’enfermait dans un mutisme certain ? Elle ne le pouvait pas.

Souriant, presque apaisée, malgré le trouble qui s’était emparée d’elle et la laissait quelque peu fébrile, ses yeux s’illuminèrent, quand sa fille glissa son bras sous le sien, plutôt que de la fuir, pour qu’elles retournent à l’intérieur, ensemble. Unies, un peu. Rien n’était gagné, mais elles avaient fait quelques pas, dans la direction l’une de l’autre, au lieu de trébucher et de finir par reculer. Peut-être refermeraient-elles totalement, à terme, ce ravin qui les séparait.

« Je me sens étrangement… soulagée, oui. Rassérénée. Comme si, toutes ces années, j’avais du mal à respirer, et que ça n’était plus le cas. » Elle n’avait jamais totalement eu conscience de cette pression qui l’étouffait. Elle avait l’habitude de faire fi des regards qui se posaient sur elle, de ne pas s’en soucier mais… pas en l’instant. En l’instant, elle était fière. Fière d’être vue en compagnie de sa fille, sans la distance habituelle qui rythmait leurs échanges. Elle laissa passer sa fille dans les appartements qu’elles avaient quitté, refermant la porte derrière elles, se dirigeant vers le feu qui était allumé dans la cheminée. Elle n’était pas restée longtemps dehors avec Agathe, mais le bas de ses vêtements était humide. « Mais je t’écoute, si tu veux me parler d’autre chose. » Elle était surprise – et curieuse – de savoir que sa fille voulait lui parler de quelque chose de précis.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mer 13 Juin - 13:18

Rassérénée. Que ce mot était joli et bien trouvé! Voilà précisément comment Agathe se sentait, elle aussi : une pousse de chêne qui retrouvait sa quiétude après un déluge. Elle suivit sa mère jusqu’à ses appartements en retrouvant quelques repères : sa chambre n’était pas très loin et la jeunette avait déjà épié l’emplacement du couple de Séverac. L’indiscrétion avait quelques avantages. Alors que Grâce se rapprochait de l’âtre et de sa chaleur diffuse, Agathe trouva refuge à l’un des bouts du canapé massif. Un peu plus en confiance, maintenant qu’elles étaient seules, la jeune femme se permit de déroger à ses postures d’enfants sages pour rapatrier ses genoux contre sa poitrine et chasser le froid. Toute lovée entre deux coussins, elle patienta un moment pour trier ses pensées.

Sa voix avait encore quelques élans de chagrin, comme l’avaient parfois les enfants après une grosse crise de larmes. Agathe la sentait se briser, par moment, les yeux encore un peu humides, alors que son coeur était pourtant bien plus léger. Elle essuya rapidement ses cils mouillés du bout des doigts avant d’expliquer enfin l’une des raisons de sa présence. La première. Celle qui initiait la deuxième.

- C’est de Guillaume que j’aimerais te parler. Mélusine me dit qu’elle me protégera, ainsi que Hiémain, et les protecteurs me suivent partout, mais…

Un soupir traversa ses lèvres, entre le chagrin et la résignation. Il y avait eu une première tentative de la part d’Anthelme et d’Arnaut, au Tournois des Trois Opales. L’affaire n’avait pas été très loin, heureusement. Guillaume de Brumecor avait toutefois plus de ressource et plus d’autorité, et sans doute plus de rancoeur, également.

- Je ne veux pas y retourner, jamais. J’ai peur… Il est duc, désormais, n’est-ce pas? Je.. Je crois que Aubrée ne risque rien. Elle est sous la protection d’une princesse. Elle partage le quotidien d’une princesse ducale. C’est une chance que je n’ai pas… Tu comprends? Si.. Si il désire que je retourne en Bellifère? Si il exige mon retour? Ma tutrice est une marquise et je ne pense pas qu’un duc désire des tensions pour une simple pupille...

Elle tremblait un peu, toute recroquevillée qu’elle était, et le froid n’était sans doute pas l’unique raison de son trouble. Du bout des yeux, Agathe observait Grâce et ses moindres réactions, attentive aux plus infimes rictus de crainte ou de désolation pouvant appuyer ses propres doutes. C’était elle, la célèbre Voltigeuse, qui connaissait le plus cet homme intimidant. Elle-même n’avait croisé qu’à quelques reprises cet oncle puissant mais avait aisément deviné toute la rancoeur qu’il pouvait avoir avoir Grâce et sa fuite de Bellifère. Était-ce donc ainsi que prendrait fin sa vie nouvelle, par un retour exigé d’un oncle désormais duc? Sa vie prenait tout à coup des teintes bien inquiétantes...

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Lun 20 Aoû - 22:02

Grâce regarda sa fille quelques temps, genoux ramenés vers elle, dans une posture plus naturelle, lui semblait-il, que toutes celles qu’elle avait adoptées, auparavant, en sa présence. Cela lui mettait du baume au cœur, et elle aurait aimé être une artiste très talentueuse, pour coucher cette vision sur papier. Peut-être pourrait-elle la décrire à une peintre, afin qu’elle la reproduise pour elle. Et si Aubrée pouvait aussi se trouver sur le tableau, à un autre endroit, dans une posture aussi naturelle que celle de sa sœur… Elle secoua légèrement la tête, comme pour s’encourager à ne pas se disperser et à se concentrer sur sa cadette, qui semblait si vulnérable, devant elle.

Elle ne désirait pas la brusquer, aussi garder telle sagement le silence, l’encourageant du regard à parler quand elle se sentirait suffisamment en confiance pour le faire. Y parviendrait-elle ? Elle dissimula le soupir de soulagement qui lui échappa, en l’entendant, s’efforçant de paraître rassurante, même si son regard s’assombrit légèrement, alors qu’elle entendait ce qu’Agathe avait à lui dire. Elle serait presque allée sur le champ défier son frère, même si elle répugnait à employer ce terme pour le décrire. Le provoquer en duel, en échange de la liberté de ses filles. Un duel à mort, peut-être. Un duel auquel il n’aurait jamais consenti, et pour lequel il l’aurait probablement emprisonnée, voire assassinée pour avoir voulu porter atteinte à un duc. Elle cachait bien difficilement le mépris qu’il lui inspirait – et la peur, quoi que moins visible.

Se levant, elle s’approcha de sa fille, quand elle eut fini. Elle se garda bien de manifester la joie qu’elle ressentait, à entendre Agathe dire qu’elle ne voulait pas revenir en Bellifère. Indirectement, mais elle le disait malgré tout. S’asseyant à ses côtés, elle la prit dans ses bras, même si ce n’était en aucun cas aisé, du fait de la position dans laquelle se trouvait Agathe. « Si tu devais y retourner, je te fais le serment que tu n’y resterais pas. Tu fais partie de ce que j’ai de plus cher, je ne pourrai te laisser subir cela sans rien faire. Et je n’aurai de cesse de t’extraire de là. »

Mais ce n’était pas ce qu’Agathe voulait entendre, elle s’en doutait. « Mais ta tutrice et moi mettrons tout en œuvre, pour que ça n’arrive pas. Quelle que soit la puissance de cet usurpateur de trône. Veux-tu… Souhaites-tu que j’en parle à Melsant ? Ton bonheur compte beaucoup pour lui aussi. Et… Je peux sûrement demander au duc de Sombreflamme qu’il te protège. Il prendrait cela très au sérieux, s’il le faisait. Et il serait, assurément, un protecteur suffisant. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu sois protégée, Agathe. » Y compris contracter une dette auprès de Castiel de Sombreflamme, ce qui la contrarierait assurément.

|HRP| Désolée de l’attente :s

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Mar 21 Aoû - 1:53

Elle avait lové sa tête blonde contre l’épaule de sa mère, et elle ressentait son corps se secouer douloureusement, comme si elle sanglotait. Ce n’était pas le cas, aucune larme n’inondait plus ses joues, et Agathe eut l’impression que son propre corps tentait d’évacuer toutes les marques chagrines qu’elle avait accumulées jusque là, puisque ses yeux ne voulaient plus pleurer. Un amas de peur et d’angoisse, voilà ce qu’elle était, sous le bras protecteur de Grâce de Sombregemme. La mignonne ferma les yeux fermement pour mieux se concentrer sur ses paroles, mais aussi sur son odeur qui lui était encore inconnu, jusque là. L’âtre lui faisait du bien. La présence de sa mère toute autant.

- Melsant et Castiel m’aideront…?

Le questionnement, dans sa voix, laissait percevoir sa réserve sur la plausibilité de ce fait. Elle, petite pupille, née poussière de chêne d’une contrée où la fille qu’elle était ne représentait rien, appuyée par les plus grands d’Ibélène? Il y avait Mélusine, bien sûr, et toute l’affection qu’elle lui accordait. Une marquise. Mais est-ce que le duc de Sombreciel, réellement, accepterait de la rendre intouchable par une fourberie, lui-même marié à une Belliférienne? Agathe avait hésité un bref instant à se soustraire à l’étreinte maternelle pour détailler les traits de Grâce, cherchant une trace de doute comme d’autres cherchaient des trésors. Mais le confort, la proximité nouvelle, tout la laissait contre sa Voltigeuse de mère.

- Je te fais confiance alors. Tu… Tu possèdes des alliés très… puissants. Est-ce toi qui m’a envoyé auprès de lui? Il m’a acceptée à sa cour et m’a traitée en princesse par ta simple volonté?

Des présents en cascade, des fêtes éternelles, des rubans de satin, des robes richissimes, de la musique de l’aube au crépuscule et des montagnes de pâtisseries. Il lui avait fait peur, ce duc exubérant, il l’avait fait fuir dans ses appartements pour n’en sortir que furtivement, à l’instar d’une souris fragile. Mais ses excès, sa douce folie, son tempérament festif et explosif avaient eu raison d’elle. Agathe s’était rendue bien vite à l’évidence qu’elle l’appréciait, bien que Sombreciel soit forgé à son image, et non pas l’inverse.

- Maman.

Inspire. Inspire profondément, jusqu’à ne plus savoir que faire de tout cet air. Elle s’intima de relever le menton, cette fois, malgré la chaleur douce que dégageait Grâce, malgré l’étreinte qu’elle avait tant espéré et qui enfin lui enserrait les épaules. Maman. C’était trop tôt, sans doute. Ou trop tard, bien trop tard. Elle ne savait plus trop, Agathe, convaincue seulement qu’elle ne calculait pas ses mots et qu’elle ressentait ce besoin de souligner leur lien, en ce moment précis. Ce qu’elle devait lui dire prenait racine de tant d’endroits à la fois, puisait dans des sentiments contradictoires et lui emmêlait l’esprit, alors qu’aucun mot n’était encore prononcé.

- Il y a un garçon qui me courtise. Il… Il a demandé ma main, à moi. Il ne m’a pas enlevée… Il est originaire de.. D’Automnal. Le mariage pourrait m’éloigner de Guillaume, mais il m’éloignerait aussi de Mélusine…

Par garçon, Agathe souhaitait sans doute dire homme de dix ans son aîné. Par enlèvement, Agathe désirait certainement souligner qu’il n’avait rien d’un guerrier. Et par son bégaiement timide au sujet d’Automnal, elle désirait marquer combien son histoire ressemblait de plus en plus à celle de Grâce. Elle lui laissa absorber la nouvelle, quelques secondes durant, avant de terminer sa petite déclaration.

- Nous devrons donc attendre que… Que j’ai terminé mes leçons, avant de nous marier. Si tu es d’accord pour que ce soit lui. Il ne reste que trois ans à attendre. Il veut bien attendre avec moi, même si je m’en étonne encore. Mais… Mais pour tout ça, je dois rester auprès de Mélusine, je ne peux pas partir en Bellifère.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Jeu 25 Oct - 23:31

Grâce s’était attendue à un rejet, à ce qu’elle se dégage de cette étreinte, pour la laisser cruellement blessée, et elle peinait à mesurer le soulagement qu’elle ressentait, parce que ça n’avait pas été le cas. Elle avait l’impression de serrer dans ses bras pour la première fois cette enfant qu’elle avait laissée derrière elle, enfant qui n’avait pas mérité cela. Elle était presque surprise de constater à quel point c’était agréable. Cela se reproduirait-il à nouveau ? Pourrait-elle partager des moments aussi intimes et précieux avec sa fille ? Elle avait serré dans ses bras, de nombreuses fois, sa filleule, mais… Mais cela n’avait rien à voir. C’était son enfant. Une enfant à laquelle elle n’avait cessé de penser, des années durant, et qui l’avait beaucoup détestée. Elle était bien, là, même si elle ne savait pas trop si elle devait continuer à l’étreindre ou la laisser aller. Mais elle se dégagerait si elle le voulait, non ?

« Melsant le fera, sans aucun doute. Et étant donné les présents que t’a fait le duc de Sombreflamme, l’affection que te porte sa sœur, ce que peut-être Melsant pour toi… Très probablement. Je crois qu’ils t’aiment tous énormément, et ont très à cœur de te protéger. »

Elle devait se convaincre que ce serait suffisant, du moins. Et puis… Personne ne serait assez fou pour s’en prendre à elle, sous la protection d’un duc, si ? Ce n’était pas… Ce n’était pas comme lors de l’union de Castiel de Sombreflamme à Madeleine de Bellifère, ou de sa cousine à Martial de Bellifère. Tout avait dû être arrangé, bien avant. Alors que pour une jeune fille comme Agathe… Les désagréments de devoir se rendre en Sombreciel refroidiraient n’importe qui. Même leur famille. Grâce l’espérait fortement, du moins.

Elle écarquilla les yeux, et ouvrit la bouche malgré elle, en entendant ce mot, ce mot si bref, sortir de la bouche de sa fille. Si bref, et si lourd de sens pourtant. Elle plongea son regard sur sa fille, pour voir si elle voulait réellement dire ça. Si ça n’était pas une erreur. Elle avait presque peur de ce qu’elle pourrait y voir, mais elle ne fuyait pas pour autant. Et Agathe semblait aussi incertaine qu’elle. « Ma fille. Ma toute petite fille.. » Elle n’en était plus une depuis bien longtemps, mais elle avait perdu tellement de temps à ses côtés, en partant…

Et si elle s’attendait à voir un tel sujet abordé… La stupeur sur son visage était encore plus grande que lorsqu’elle l’avait appelée maman. Sa fille, courtisée ? Elle avait bien plus évolué que Grâce ne le pensait. Et par quelqu’un qui venait d’Automnal ? Prenant un instant pour laisser la surprise se dissiper, elle finit par répondre à sa fille. « Tu lui as dit oui ? Il n’a pas besoin de t’enlever, tu sais ? Pour que tu consentes à être à lui… Parce que c’est ça, l’important. Que tu veuilles de lui, comme il veut de toi. Comment s’appelle-t-il ? »

Elle avait bien compris, que ce n’était pas tout à fait ce qui poussait Agathe à lui en parler, alors que sa fille avait évoqué assez rapidement ce qu’il en résulterait. Grimaçant, elle saisit la main de sa fille, comme pour lui donner de la force. « Si c’est quelqu’un qui te respecte, que tu aimes sincèrement, et avec qui tu veux être, je n’ai aucune raison de refuser, Agathe. Pas parce que je ne suis pas intéressée, mais parce que personne ne peut savoir mieux que toi qui est bien pour toi. Mais… Tu tiens à lui ? Ce n’est pas… Enfin, je sais que ça n’est pas cielsombrois du tout, mais il ne te force à rien ? » Elle savait que ça risquait de mal passer, qu’elle demande ça, mais elle voulait s’en assurer.

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Message Sujet: Re: L'étrange charme des lucioles   Dim 25 Nov - 19:42

Ils l’aimaient. Tous. Elle s’en doutait, bien sûr, la jeune Agathe, par l’affection toute maternelle que lui vouait Mélusine, par l’aura protectrice dont la couvait Hiémain, par les présents et les attentions gentilles de la famille de Séverac. Ils l’aimaient, et son coeur fondait de l’entendre. Sa famille. Son étrange famille. Quoi qu’en pensaient les autres, même sans adoption officielle, elle se sentait liée à eux d’une bien douce et  bien étrange manière, et les paroles de Grâce lui confirmèrent que ce n’était pas qu’une illusion d’enfant, qu’un souhait si fort qu’il trompait la réalité. Et pour continuer cette étrange vague de chaleur confortable, Grâce répondait à son appel par des termes aussi maladroits qu’adorables.

Elles étaient cela, mère et fille. Elles n’étaient que deux étrangères qui, après s’être blessées autant, abaissaient leur garde pour se confier sur leur féminité.

- Je lui ai dit oui… C’est Lancelot. Lancelot l’Adroit. C’est un artisan, un mage talentueux. J’ai été si cruelle avec lui, si tu savais..! Je lui répétais encore et encore qu’il n’avait rien des hommes de Bellifère, puis j’ai compris que c’était ce qui me plaisait si fort, chez-lui.

Parler de Lancelot lui faisait étrange, après tout ce temps de silence, de secret, de discrétion. Lancelot avait demandé sa main, quelle chance avait-elle! La mignonne nicha sa tête blonde sur ses bras cerclant ses genoux, son attention posée sur Grâce. Elle arborait ce sourire timide et fautif de ce bonheur qu’elle peinait encore à apprivoiser.

- Je l’aime… Même s’il n’est pas baron, même s’il ne sait pas se battre. Le regard qu’il pose sur moi… Oh… Quand il me regarde, je ressens des frissons jusqu’au creux de mon ventre.

Et le rouge, sur ses joues. Et la pudeur qui lui faisait baisser le regard. Et ce bonheur, bien simple, de se confier enfin à celle qui l’avait mise au monde. Grâce s’inquiétait pour sa virginité et malgré le comique de la situation, Agathe ne put s’empêcher de balbutier quelques mots incompréhensibles, avant de se reprendre en un langage un peu plus clair, les lèvres toujours dissimulées entre ses bras.

- Non… Non, il ne m’a rien.. fait? Je sais qu’il… Qu’il risque d’aller voir une autre… C’est un homme, c’est normal. Il me dit qu’il attendra mais… Qui attendrait des années? Moi même, je peine à… à… Lorsqu’il est là.

Il la tromperait. C’était normal. Douloureusement normal. Il lui avait dit qu’il n’en ferait rien, qu’il n’y avait qu’elle, mais Agathe savait combien les hommes étaient cruels, sur ce sujet, et combien leurs besoins étaient parfois vifs et bestiaux. Qui plus est, quel plaisir aurait-il avec elle, petite oie blanche déracinée de Bellifère, qui ne connaissait rien sur ce domaine si important pour les enfants de Sombreciel? Misère…

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