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 Tableau ambulant

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Message Sujet: Tableau ambulant   Dim 20 Mai - 12:35


Livre III, Chapitre 3 • Les Échos du Passé
Aubrée Martel & Amarante de Nacarat

Tableau ambulant

Où l'ego des gens est quand même bien encombrant



• Date : 20 avril 1003
• Météo (optionnel) : Soleil. Pas trop de vent, mais quand même pas trop, trop chaud.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Une pénurie de porteurs de tableaux qui contrecarre les affaires d'une peintre déterminée à livrer sa commande aussi grande qu'elle, et la voilà partie pour se perdre dans les rues de la Ville Haute à la recherche d'une tour (C'est pas comme s'il y en avait à tous les coins de rue). Et elle n'a pas énormément de force dans les bras, non plus.
• Recensement :
Code:
• [b]20 avril 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3699-tableau-ambulant]Tableau ambulant[/url] - [i]Aubrée Martel & Amarante de Nacarat[/i]
Une pénurie de porteurs de tableaux qui contrecarre les affaires d'une peintre déterminée à livrer sa commande aussi grande qu'elle, et la voilà partie pour se perdre dans les rues de la Ville Haute à la recherche d'une tour. Et elle n'a pas énormément de force dans les bras, non plus.


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Dernière édition par Amarante de Nacarat le Dim 20 Mai - 17:26, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Tableau ambulant   Dim 20 Mai - 12:38

Amarante devait avouer : elle ne connaissait pas particulièrement cette partie de Lorgol. Pouvait-on vraiment la blâmer ? Non, pas lorsque l’on savait la surface qu’occupait l’immense Ville Libre sur le continent. Aucune personne n’aurait pu, réellement, se rappeler du nom de toutes les personnes vivant dans les tours alentour. Même en ayant sous les yeux le cadastre de l’endroit. Tout d’abord, parce que la ville comptait parmi ses habitants des gens de tout Arven, Ibéens comme Faës. Ensuite, parce que certains de ces mêmes gens ne vivaient pas forcément dans les tours l’année durant, et pouvaient totalement en laisser les chambres et la gestion à des amis, de la famille. Enfin, même en ayant le cadastre sous les yeux, il fallait quand même avouer que de se souvenir de tout le monde était impossible ! Surtout quand on avait un nom à rallonge. Ou que l’on était Belliférien – parce que tous les Bellifériens semblaient être les mêmes, aux yeux d’Amarante. Elle les évitait par ailleurs, des fois que l’un prenne l’envie de la charger sur son épaule pour l’emmener dans un coin sombre et faire croire à un mariage à sa manière. Même les nobles. Bellifère, c’était le mal de toute manière.

Enfin bon. Amarante, bien qu’ayant passé des jours et des nuits, secrètement, à arpenter les rues, ne connaissait pas les enchaînements de tours qui l’entouraient, en ce moment, alors qu’elle avançait en transportant un tableau qui faisait la moitié de sa taille – en même temps, vu sa stature, ce n’était pas bien compliqué. Elle savait, elle en était à peu près sûre, la rousse, qu’elle aurait du demander l’aide d’un porteur comme d’habitude. Ordinairement, lors de commandes aussi imposantes, elle employait un porteur de confiance pour l’aider à acheminer la toile, pendant qu’elle-même suivait, fière de pouvoir présenter son œuvre.

Sauf que dans ce cas-là, non. Ledit porteur était apparemment malade, et elle n’avait pas eu le temps de le faire remplacer. Elle ne faisait que moyennement confiance à d’autres. Et puis ce n’était qu’une toile. Pour une fois, elle pouvait bien la porter seule.
Ou pas.
Les rues les plus étriquées de la Ville Haute, passages presque perdus entre les tours, avaient vu une toile avec un bout de robe rose pâle en dessous se déplacer. Avec des bras. Et des petites mains.

La prochaine fois, définitivement, elle viendrait avec quelqu’un. Le tableau était lourd : il n’était pas encore encadré, mais sa taille n’aidait pas la petite rousse. Et la tour était encore tellement loin ! Enfin, elle le supposait. Si l’on suivait les indications qu’on lui avait remises, il lui restait des rues à parcourir, la plupart serpentant entre les tours plutôt que des artères principales. Elles restaient larges, et bien éclairées, mais définitivement peu pratiquées.

Et quand elles l’étaient, les gens pressaient presque le pas. Pas un pour lui proposer ne serait-ce qu’une once d’aide. Des fois que ça les tue. Bien sûr, pour la forme et pour sa propre fierté, elle n’aurait pas accepté qu’on l’aide à transporter la chose. Mais ça faisait toujours plaisir, que l’on pense à quelqu’un.
Le problème était que la jeune peintre commençait à fatiguer. Et à se perdre. La toile soigneusement enveloppée pour la protéger des possibles intempéries pesait dans ses bras. Enfin, c’était  sans doute l’égo du modèle qui l’alourdissait.

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Message Sujet: Re: Tableau ambulant   Sam 9 Juin - 23:35

Aubrée a profité de sa journée, relativement calme au milieu de semaines agitées, pour faire un petit détour par la tour de Ljöta où elle est censée loger, pour récupérer son courrier. Elle n’en a pas eu le temps, encore, depuis le couronnement – et cet horrible trajet en griffon d’escorte, durant lequel elle a cru mourir au moins quatre fois. Elle n’en a rien dit, par fierté, mais elle sait que son visage déjà clair a rapidement viré totalement au blanc, trahissant sa peur du vide et son envie brutale de rentrer à Lorgol à pied. Enfin, elle est arrivée à bon port, et sa vie d’apprentie assassin a repris son cours habituel.

Sans trop de surprises, elle a récupéré une lettre qui lui était destinée, dont elle imagine sans peine l’expéditeur. Tout en marchant dans ce dédale de rues qu’elle connaît désormais par cœur, elle déplie la lettre et laisse ses yeux en parcourir rapidement les lignes, jusqu’à la dernière. Et elle découvre quelque chose de totalement inattendu.

Il a signé sa lettre.

Incrédule, Aubrée s’arrête de marcher, se plantant brutalement comme une idiote en plein milieu de la rue. Heureusement, il n’y a personne aux alentours, qui pourraient lui demander plus ou moins gentiment de se pousser hors du passage. Encore moins qui pourraient lire sur son visage la surprise, la joie et la gêne, aussi, un peu. Enfin, elle savait bien que c’était Tybalt, ce mystérieux anonyme qui lui envoyait régulièrement des lettres dans un arvennois approximatif sans jamais les signer – par honte, timidité ou simple oubli ? Elle ne saura peut-être jamais. Mais elle ne s’attendait pas à trouver un jour en bas d’un de ses courriers son nom clairement écrit.

Est-ce que c’est parce qu’ils se sont revus au couronnement ? Peut-être. C’est aussi peut-être parce qu’elle est allée l’aider à reprendre ses esprits alors qu’il s’était évanoui, lorsque son oncle s’est envolé avec la Chasse Sauvage, et qu’ils ont pu parler, un peu. C’est peut-être ce qui lui a suffi à se décider à signer. Et espérer d’elle, peut-être, des réponses à ses mots. Le veut-elle, elle ? Ou préfère-t-elle se contenter de recevoir et de lire ses lettres, et de les ranger tranquillement dans le petit tiroir où elle les conserve toutes précieusement ? Elle ne sait pas. Aubrée trouvait la situation agréable, jusque là, à ne s’engager à rien, ni avec Taliésin, ni avec Tybalt. Ne rien promettre à aucun des deux. Elle ne sait pas si elle désire plus. Peut-être, pour montrer définitivement à Agathe que des garçons s’intéressent à elle aussi.

Clignant quelques secondes des yeux, elle se remet doucement en marche, repliant le vélin en deux pour le ranger dans son petit sac. Elle ne voit pas arriver en face d’elle une jeune femme rousse un peu en difficulté, dissimulée malgré elle derrière un objet plus grand qu’elle et qui ne l’a, de toute évidence, pas vue non plus. Et la blonde relève les yeux presque trop tard. Poussant un petit cri de surprise, elle tente d’esquiver l’obstacle en face d’elle, mais elle n’est pas assez adroite, et son épaule vient rencontrer le bord du tableau. « Oh, pardon ! Je m’excuse, je ne regardais pas où j’allais… » Elle relève les yeux vers la jeune femme et lui offre un petit sourire désolé, avant de reprendre une expression un peu plus sérieuse, en montrant le bord de la toile. « J’ai tapé dedans. J’espère que je ne l’ai pas abîmé. » Si jamais, elle essaiera de réparer son tort.

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Message Sujet: Re: Tableau ambulant   Dim 17 Juin - 17:31

La prochaine fois qu’elle entendrait ‘grandeur nature’, si le sujet n’avait rien fait de grand, ou qu’il était de nature à souhaiter représenter ses trois chiens et leurs douze chiots chacun à ses pieds, elle prétendrait ne pas pouvoir le faire devant tant de beauté. Bon, évidemment, elle serait bien stupide de refuser : le sujet serait intéressant et, somme toute, plus enrichissant que les fleurons qui couleraient grâcieusement d’une main à l’autre. Mais quand même ! On ne se rendait pas compte du poids et de l’encombrement que pouvait représenter une toile de cette envergure. Surtout quand le sujet, client, n’était pas des plus beaux ou des plus agréables à converser avec. Ah, oui ! Parce que si certains se contentaient de brèves séances de pose et lui laissaient le soin de finaliser sans leur auguste présence, comme lui, d’autres parlaient et se dévoilaient sans gêne alors qu’ils posaient. Ils faisaient les plus beaux tableaux, par ailleurs. Les plus vrais.

Mais de ça, elle n’avait pas le droit de juger à haute voix. Pour Amarante, franchement, le tableau qu’elle se traînait péniblement aurait été infiniment plus léger si la personne représentée dessus était plus agréable… Comme… Comme la dame Belastre, oui. Exactement. Presque la même situation : une grandeur nature, un portrait à sa propre gloire. Sauf que là où l’autre représentait une peine, où son égo la blessait le long des pavés, la dame peinte début 1002 était légèreté et beauté. Il y avait eu quelque chose de singulier à la peindre, outre la beauté manifeste de son corps.

Ou peut-être était-ce le fait qu’Amarante n’ait jamais pu lui remettre le tableau, et que toute mention de sa personne ait disparu d’ici là. Elle la retrouverait un jour. Le tableau patientait : contrairement à celui d’Océane, sans doute encore accroché dans le bureau de Clairobscur, elle n’avait eu nulle part où le délivrer. Eventuellement le faire passer par l’ambassade de Sombreciel, mais qui savait où il finirait ? Alors elle l’avait gardé. Si jamais elle trouvait le moyen de le lui remettre… Elle n’hésiterait pas.
Perdue dans ses pensées, traînant presque la toile avec elle, elle sentit avant qu’elle ne vit quelque chose la percuter. Les dents serrées, elle retint une exclamation. Encaisser, ne pas s’énerver. Ca devait arriver, évidemment. Vu l’espace qu’elle prenait dans la rue, il était impossible qu’elle ne rencontrât personne. Avec un soupir, elle pencha la tête sur le côté… Et resta quelque peu surprise de la jeune en face.

Assurément, la blonde n’était pas bien plus âgée qu’elle. Peut-être plus jeune de quelques années. Rien de choquant. « Ce n’est rien, il n'a rien. » fit la peintre en jetant un œil à l’endroit présumé de l’impact. Rien. Elle souleva la protection pour en constater. Toujours rien. « Vous auriez certainement plus abîmé son ego que son tableau en le frappant, de toute manière. » laissa-t-elle échapper, son visage légèrement tordu par l’idée. Rien que la pensée que son tableau avait été touché par une autre personne aurait pu lui porter un grand coup. Quelle stupidité.
Les traits de son visage s’adoucirent. « Pardonnez, je ne devrais pas dire ce genre de chose. »

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Message Sujet: Re: Tableau ambulant   Mer 4 Juil - 15:37

Elle est un peu gênée, Aubrée, de se mettre dans une pareille situation. Elle commence à en avoir l’habitude, un peu, de ses maladresses parce qu’elle ne réfléchit pas ou qu’elle manque parfois d’attention, mais ce n’est jamais vraiment amusant. Enfin, la rousse en face ne semble pas particulièrement lui en vouloir, s’empressant de lui répondre que l’objet n’a rien. Elle vérifié quand même sous la protection, mais son visage ne se durcit pas, et elle ne change pas d’attitude pour s’énerver contre elle. Bon. Au moins, elle n’aura pas de comptes à lui rendre. Un sourire soulagé se peint sur ses traits. « Tant mieux ! J’ignore comment j’aurais pu réparer mon tort, autrement. »  Elle pourrait même s’en faire une amie, peut-être ? Elles doivent avoir environ le même âge, peut-être que la rousse est un peu plus âgée. Et si la jeune femme paraît agacée, elle ne semble pas méchante.

Les sourcils se haussent devant les quelques mots que la rouquine laisse échapper. Et Aubrée comprend des choses, notamment sur l’identité de la rousse et les raisons de son agacement. Alors, cet objet est un tableau ? La rousse est donc peintre, sans doute. Et elle ce n’est peut-être pas simplement le fait qu’Aubrée l’ait percutée qui est responsable de son énervement. C’est peut-être aussi, en y réfléchissant, parce qu’elle est toute seule à transporter un tableau immense et qu’elle en a assez. En tout cas, à sa place, Aubrée en aurait sûrement assez à sa place, avec sa patience toute relative.

La rousse change d’expression et s’excuse, et Aubrée secoue la tête. « Il n’y a pas de mal. » Qu’elle peste, si elle le veut – tant que ce n’est pas contre elle. Un regard vers le tableau, puis elle revient vers le visage de la jeune femme. « Vous avez besoin d’aide pour le porter ? » Elle propose de bon cœur, spontanément. Elle n’a rien d’autre à faire, dans l’immédiat, à part retourner à la Tour Noire. La nuit est encore loin. Autant aider quelqu’un, dans ce cas, et pourquoi pas, faire plus ample connaissance. Avant que la rousse ne refuse, Aubrée reprend d’un petit sourire. « Je n’ai rien de mieux à faire, alors si je peux me rendre utile... »

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Message Sujet: Re: Tableau ambulant   Jeu 12 Juil - 15:14

Très sérieusement, la prochaine fois, elle peindrait un portrait par bouts. Une toile pour l’œil gauche, une pour l’œil droit, une autre pour la bouche et une dernière pour le nez. Elle était prête à négocier, mais il était hors de question qu’elle revive cette expérience traumatisante de transport ! Appelez-la paresseuse – ce qu’elle n’était certainement pas – si vous le souhaitez, mais quand on voyait les dangers auxquels on s’exposait en emportant un tableau avec soi dans les rues de Lorgol, vous comprendrez aisément qu’une petite pile de tableaux remplissant le même office était tout aussi agréable ! Le résultat pourrait certes être un peu plus expérimental, mais bon.

La tête légèrement penchée derrière la monstruosité qu’elle tenait – et ce qualificatif ne s’appliquait bien qu’à la taille de l’œuvre et non à son contenu –, Amarante détailla un peu plus la turbulente blonde – turbulente à ses yeux. Assurément, il y avait une forme d’harmonie dans les traits de son visage, quelque chose qu’elle aurait pu immortaliser sans peine si jamais elle en avait eu la possibilité : c’était la disparition des traits adolescents qui se fondaient dans une forme douce, élégante, témoignant à la fois d’une évolution et d’une construction de l’être, que sur la base de ce qu’elle avait été son corps construisait la nouveauté, au point que les fondations même en disparaissaient. Un sujet intéressant.
Plus tard, Amarante, plus tard.

La demande la surprit, sa bouche s’arrondissant un peu, ses yeux s’éloignant pour se poser sur le tableau. Si elle avait besoin d’aide ? Possiblement que oui. C’était lourd, l’image d’un dignitaire faussement digne. Si elle voulait l’aide d’une inconnue ? Légèrement méfiante, la Lagrane pesa le pour et le contre. Contre : elle ne la connaissait pas ; elle ne semblait pas bien plus grande ou forte qu’elle, mais les apparences pouvaient être trompeuses ; si elle décidait de soudainement la jeter sous les roues d’un fiacre ou carrosse, Ama ne pourrait pas y faire grand-chose. Pour : elle était gentille, à le dire spontanément de cette manière ; elle ne semblait pas si dangereuse que ça ; elles étaient loin d’être en plein cœur de la Ville Basse, où la peintre aurait certainement plus eu à craindre pour sa vie !

Egalité. Pourquoi ne pas dire oui ? La rousse hocha la tête. « Vous êtes bien aimable, merci. Votre aide serait appréciée. » Elle pivota un peu, l’encombrant colis dans les bras, en lui faisant signe. « Si vous pouviez… Prendre l’autre côté, s’il vous plaît ? Normalement, j’ai quelques porteurs qui se chargent de faire les livraisons à ma place mais ceux-ci ont décidé de tomber malade… Par ce temps radieux. » La petite moue évocatrice qu’elle eut, en levant les yeux au ciel bleu qui les surplombaient, là-haut, entre les tours. Comment pouvait-on tomber malade par ce temps ? Sérieusement ? « La tour où il est supposé être livré ne devrait pas être loin. »



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Message Sujet: Re: Tableau ambulant   Ven 13 Juil - 16:42

Sa proposition a l’air de surprendre la rousse. Est-ce parce que la blonde ne paraît pas assez aimable pour pouvoir spontanément proposer son aide ? Ou, plus réaliste, parce qu’aucun des Lorgois pressés qu’elle a dû croiser jusqu’alors ne lui ont proposé ? En tout cas, elle semble méfiante, au début, et réfléchir. Comme si Aubrée avait l’air d’une dangereuse criminelle, prête à la détrousser ou la tuer au prochain coin de rue… Bon, elle apprend à tuer des gens, certes, mais sa bouille de jeune fille innocence et naïve cache à merveille son. Pourquoi, alors, la rousse en face d’elle doute ? Elle ne dit rien cependant. Les mains sagement croisées devant elle, elle attend la réponse.

Finalement, elle hoche la tête. Le sourire d’Aubrée s’agrandit. « C’est avec plaisir. » La rousse pivote un peu, lui indiquant d’un geste de prendre l’autre côté. Aubrée s’exécute, attrapant doucement le bord du cadre. Elle ne voudrait pas l’abîmer davantage en le faisant tomber, en le perçant ou Mizajourèfa sait quelle autre bêtise. Elle relève les yeux vers la jeune peintre alors qu’elle râle contre des porteurs de tableaux, définitivement absents. L’Affranchie esquisse une moue en réponse, compatissante. « On n’est jamais mieux servi que par soi-même, il paraît. » Par soi-même, et les gentilles personnes qui proposent leur aide, visiblement. Mais de manière générale, se débrouiller seul est tout de même plus sûr. Au moins, si problème il y a, pas besoin de batailler avec une tierce personne pour lui prouver qu’il a fait n’importe quoi.

Un hochement de tête, encore. « Très bien. Je vous laisse me guider, alors. » Quelle logique, merci Aubrée. Comme si la Belliférienne, qui n’avait aucunement conscience de l’existence de la rousse quelques minutes auparavant, allait la guider dans les rues pour une destination inconnue. Rousse qui n’a, d’ailleurs, pas encore de nom pour l’Affranchie. Et qui ne s’appelle pas beaucoup plus précisément pour la rouquine. « Au fait, je ne me suis pas présentée… Je me nomme Aubrée. Aubrée Martel. » Un petit sourire se profile sur ses lèvres. Son nom ne lui évoquera sans doute rien de plus que les plaines arides de Bellifère, et encore. Elle n’a plus rien à voir avec, la blonde apprentie, et se définit désormais bien plus volontiers comme étant Lorgoise. Son nom seul la rattache encore à sa terre d’origine, et elle aimerait bien changer, comme Grâce, comme Agathe. Un jour, peut-être ; mais pour l’heure, ce n’est pas d’actualité, et elle doit bien se contenter de ce nom si belliférien.

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Message Sujet: Re: Tableau ambulant   Jeu 19 Juil - 15:12

Peut-être avait-elle été un peu trop lente à prendre sa décision. Elle ne voulait en aucun cas être désagréable à la jeune femme qui, aux yeux d’Amarante, avait décidé si gentiment de l’aider. Simplement, elle était quelque peu méfiante, la Lagrane aux ondulations rousses. Venue d’un duché où les pires choses n’étaient pas dites mais murmurées entre les couloirs, dans les boudoirs et derrière des paravents, on apprenait à se méfier. Même s’il était plus compliqué de se méfier d’inconnus qui inspiraient votre confiance. Alors quoi, elle avait douté, un peu ! Mais assurément, elle n’avait pas douté bien longtemps. Et son sourire semblait franc et loin d’être forcé, de ce qu’elle pouvait en voir par le côté du tableau. Il y a de la douceur dans la manière dont elle attrape le tableau. Il vaut mieux, déjà qu’elle a failli l’éborgner plus tôt…
« A condition de pouvoir porter le tableau. » conclut-elle avec un léger rire.

Suite à cela, elle commença à marcher, presque lentement, en direction de la partie de la ville où le Belliférien avec un égo bien plus gros qu’aucune partie de son anatomie attendait sûrement de pied ferme. Elle ne demanderait pas à la jeunette – Aubrée, comme elle se présentait au bon moment – de rester. Elle trouverait bien un moyen de la dédommager pour son temps perdu. Probablement la payerait-elle, ou lui proposerait-elle au moins quelques instants en sa compagnie, un verre devant elles dans une des auberges alentour, en tout bien tout honneur. Elle la sortait d’un bien mauvais pas, et ne voulait surtout pas avoir l’air de ne pas la remercier.

Et elle n’allait pas lui offrir un tableau. Ou des fleurs. Ou autre chose. Enfin, elle verrait bien où ça les mèneraient. La rousse ne voulait pas être désagréable à sa sauveuse, et sauveuse de son art !
« Enchantée. » Le terme était peut-être un peu de trop, mais ravie n’allait pas passer non plus. Enchantée passerait très bien. « Amarante de Nacarat. » offrit-elle en retour, avant de regarder les tours qui s’élançaient à leurs côtés. Bien. Au moins se rapprochaient-elles.

« Je vous suis très reconnaissante de venir à mon secours. Vraiment. Du peu de gens croisés par ici, aucun n’a simplement daigné s’arrêter, ou même s’écarter pour faciliter le passage. » A croire que le monde entier était contre elle ! Quand même pas, mais un peu, peut-être.  Amarante lui jeta un coup d’oeil. Définitivement, elle appréciait que ça soit elle et non pas une sorte de lourdaud qui aurait traîné ces rues. « Qu’est-ce que vous amène dans ces rues de Lorgol ? » sous-entendu de leur Ville Haute.
Sous-entendu, faisons un peu la causette en avançant, évitant le peu de passants y traînant.

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Message Sujet: Re: Tableau ambulant   Jeu 13 Sep - 23:39

Manifestement, sa réponse a eu pour effet de dissiper la méfiance de la rousse d’en face, qui s’autorise un léger rire. Tant mieux, au moins Aubrée ne regrettera pas d’avoir proposé son aide, d’autant plus si elles font connaissance – et deviennent amies par la suite. En tout cas, la discussion semble engagée, et la blonde ne décèle plus chez son interlocutrice aucune trace de doute ou de méfiance à son encontre.

Elles se mettent rapidement en route, guidées par la rousse. Les mouvements de l’apprentie assassin sont mesurés et contrôlés alors qu’elle cherche à prendre le plus grand soin possible du tableau qu’elle porte. C’est qu’elle ne voudrait pas l’abîmer encore, juste sous les yeux de sa créatrice. Elle n’est pas artiste le moins du monde, Aubrée, mais elle suppose qu’elle n’apprécierait pas de voir son travail bousillé sous ses yeux par la maladresse d’une personne sensée l’aider. Au moins, dans le métier d’assassin, c’est déjà plus difficile. Les morts reviennent difficilement à la vie – si l’on omet cet empereur maudit qui ne lui inspire que du dégoût. Ses sourcils se froncent légèrement à cette pensée, vite balayée d’un battement de cil. Elle ne veut pas ressasser ces souvenirs désagréables, et préfère se concentrer sur l’instant présent et la rouquine en face – Amarante de Nacarat, donc. « De même. » Noble, elles ne sont donc pas tout à fait sur un pied d’égalité. Enfin, cela ne semble aucunement gêner la jeune femme, qui n’hésite pas à la remercier.

Tout en esquissant un mouvement pour éloigner le tableau du mur qu’il a failli frôler, la blondine penche légèrement la tête sur le côté. « C’est tout naturel. A votre place, j’aurais sûrement aimé recevoir un coup de main aussi. » Oui. Elle aurait voulu qu’on l’aide, mais par fierté, aurait certainement refusé la moindre proposition d'aide. Une moue légère vient tordre ses traits. « Les gens… Ils sont pressés, je suppose. Il ne faut pas leur en vouloir. » Ou bien toute trace de sympathie, chez eux, est profondément inexistante, allez savoir. Un léger haussement d’épaule conclut sa réponse.

Elle relève ses yeux clairs vers le visage d’Amarante à sa question, et décore son visage d’un sourire tranquille. Il y a quelques temps encore, à ses débuts à Lorgol, elle aurait sûrement paniqué à l’entente de ce type de questions, inquiète de trop se dévoiler ou de semer le doute dans l’esprit des autres quant à sa réelle profession. Mais elle a appris, depuis le temps, à parler sans mentir, ni sans en dire trop. « Rien de bien important. J’avais quelques rapides courses à faire. Du courrier à récupérer, notamment… » Se remémorant le contenu dudit courrier, et le nom inscrit tout en bas de la feuille d’une main maladroite, elle sent ses joues rosir. Mais elle n’a aucune envie de s’épancher sur ses états d’âme devant une quasi-inconnue, alors elle donne le change, même si Amarante ne sera sûrement pas dupe. « Cela fait longtemps que vous peignez ? » La question est terriblement banale, mais la curiosité est sincère. Et puis, si elle permet de faire disparaitre cette fichue couleur de ses pommettes, elle est plus que bienvenue.

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