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 Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?

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Les Gueux
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Message Sujet: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Mer 11 Mai - 18:32


Livre I, Chapitre 3 • Les Amoureux du Vent
RP Libre

Une monstrueuse erreur… ou une opportunité en or ?

Raison contre folie



• Date : le 2 mai 1001
• Statut du RP : Libre
• Résumé : Melinda, dépitée que l’Académie de Magie et de Savoir n’ouvre que dans un mois, se morfond sur son sort. Et si… elle pouvait trouver un moyen de profiter de cette situation a priori désastreuse ?



Dernière édition par Melhinda Orlenoire le Jeu 12 Mai - 17:55, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Mer 11 Mai - 18:35

Comment avais-je pu être aussi stupide ?

La question tournait dans mon esprit depuis plusieurs heures déjà, tandis que je fixais le fond d’une chope de bière comme s’il pouvait me donner une réponse. Pour le coup, mon optimisme prétendument à toute épreuve en avait pris une sacrée raclée, et je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire pendant un mois entier ! D’accord, Lorgol était une ville intéressante, mais pas à ce point-là ! Or, je ne pouvais décemment pas retourner chez moi sans avoir obtenu mon inscription à l’Académie : ce serait juste une preuve de ma défaite, et il était hors-de-question que j’avoue à mes parents, en rentrant à la maison d’un air pitoyable, à quel point partir sur un coup de tête, sans prendre un minimum d’informations sur l’Académie en question, était stupide. Même si j’avais cruellement conscience que c’était effectivement le cas.

— Tu crois que dans ta situation tu peux faire la maline ? grondai-je entre mes dents, fixant ma chope comme si je voulais pouvoir pulvériser le bois entre mes mains.

Elle me narguait, cette petite chope, si calmement plantée sur la table de bois, comme si elle ne craignait pas un instant de prendre une mauvaise décision. Je soupirai. Si mon frère avait été là, jamais je ne serais partie comme ça. A force de patience, il serait parvenu à me raisonner – sans doute aurait-il lui-même été chercher les informations nécessaires – et à me convaincre d’attendre encore un peu. Quelle mouche m’avait donc piquée ? Partir à Lorgol ? Seule ? Sans aide ? Sans la moindre idée de ce qui pouvait m’attendre ? Avec seulement sur moi quelques fleurons ? J’avais eu de la chance de ne pas m’être perdue en route ! Et plus de chance encore que les gens d’ici parlent la même langue que moi ! L’idée que tous se mettent tout à coup à discourir dans un autre dialecte parvint à me faire sourire.

— Peut-être que je ferais mieux de rentrer maintenant. Cet épisode m’aura au moins servi de leçon, et ainsi, je sais que plus jamais je ne partirais à Lorgol sans avoir un minimum préparé mon voyage. Plus jamais, Melinda, tu m’entends ?

J’éclatai de rire sans pouvoir m’en empêcher, m’attirant quelques regards interloqués de la part des autres clients. Qu’ils me prennent donc pour une demeurée ! J’en avais l’habitude. Souriant désormais, j’avalai une nouvelle gorgée de bière. Je savais, avant même de commencer ce débat, du reste très instructif, avec moi-même, que j’avais en mon for intérieur déjà pris ma décision : bien sûr que je resterai à Lorgol jusqu’au mois prochain, et même jusqu’à mon inscription à l’Académie de Magie et de Savoir, qu’elle ait lieu cette année ou l’année prochaine, ou même jamais. Me retrouver enfin seule et indépendante, dans une ville qui offrait nombre de merveilles ? Il n’y avait pas à hésiter ne serait-ce qu’une nanoseconde !

— Tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement, Lorgol, murmurai-je sur le ton de la menace, un large sourire étirant pourtant mes traits. Je suis plus tenace que tu sembles le croire, et je te jure que je ne te quitterai pas d’une semelle jusqu’à ce qu’elles aient parcourus le moindre de tes recoins, mes semelles !

Rassérénée quant à mon avenir immédiat, et sachant grâce à la bourse à ma ceinture qu’il me restait assez d’argent pour survivre pendant un mois ou deux, voire trois ou quatre si je faisais attention, ce fut avec un tout nouvel entrain que je m’emparai de ma chope pour déguster une nouvelle gorgée de bière. La qualité n’était pas des plus fameuses, mais en fait, je ne m’en préoccupais pas vraiment. Au grand désarroi de mes parents, mes pupilles gustatives semblaient tout à fait dépourvues des qualités qui différenciaient la sale bouffe du plus délicat des mets. Tant que mon estomac cessait de gargouiller, et ma gorge d’appeler à boire, le reste m’importait assez peu. Je terminai ma bière en quelques gorgées et m’apprêtai à partir, emplie d’un enthousiasme à toute épreuve et d’une curiosité inaltérable pour les rues labyrinthiques que j’avais aperçues du coin de l’œil avant d’entrer dans cette auberge.

C’était peut-être une décision remarquablement stupide de me décider à partir seule pour l’Académie, sans même les informations que toute personne sensée aurait requises pour entreprendre un tel voyage. D’autant plus que je n’étais jamais partie plus loin de mon village que quelques centaines de mètres.

Toutefois, j’étais persuadée qu’un choix désastreux pouvait, avec un peu de bonne volonté, être transformé en une formidable aventure.

Et c’était bien ça que je comptais vivre, ici, à Lorgol, terre de toutes les libertés : une formidable aventure.
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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Mer 3 Aoû - 17:07

La sueur avait déposé une fine pellicule luisante sur ma peau. De retour d’une mission menée à bien, encore sous l’allégresse de l’adrénaline et du travail bien fait. Mes pas m’avaient mené à une gargote de la Ville Haute. Je ne m’échouais habituellement pas dans les commerces de cette zone, préférant largement les bicoques « mal famées » de la Ville Basse. Mais aujourd’hui, les habitudes ne m’intéressaient pas, non, aujourd’hui mes muscles étaient endoloris par l’effort. Mon corps tremblait encore de la sensation de liberté que me prodiguaient les hauteurs et cédait doucement le pas à une langueur chaleureuse. Alors, aujourd’hui, j’explorais et j’expérimentais les établissements que je fuyais d’ordinaire.

Les images restaient tenaces dans mon esprit. Il n’y avait eu plus que moi et le vide. Immense, merveilleux et pourtant encore impuissant à empêcher mon ascension. Une chair de poule se répandait sur mes avant-bras et un frisson de plaisir parcourait mon dos. J’entrais dans le premier bar qui me tombait sous la main, attirée par la clameur sourde qui s’échappait d’entre ses portes. Souplement, un sourire plaqué au visage, je parcourais la pièce en évitant table et personne. Cherchant un endroit ou…Je ne savais pas trop encore ce que je cherchais à vrai dire. Prête à me laisser surprendre par un lieu trop peu connu.
C’est alors qu’un rire attirait mon attention, ainsi que celle des badauds alentours. Il appartenait à une femme seule assise à une table, elle était perdue dans la contemplation d’une chope de bière et semblait bien décidée à lui raconter sa vie. Je ne comprenais pas vraiment ces paroles, j’étais encore trop loin, mais la jeune femme m’intriguais et puisque j’étais encore sous l’effet d’une euphorie insistante, je me laissais porter par le courant que le destin avait soufflé pour moi.

Je me rapprochais, non sans donner un coup retentissant à une main baladeuse qui avait voulu s’égarer dans une intimité que je n’étais pas prête à offrir. Puis, j’arrivais à son niveau, captant enfin ses phrases et leur donnant un sens. Ces paroles me firent sourire, si seulement elle savait. Cette ville était bien plus vivante qu’elle ne pouvait le croire, la défier ainsi n’était peut-être pas une très bonne idée.
Je commandais une chope d’un geste de la main à la serveuse qui passait non loin. Puis décidais de m’installer à la table de la belle. Car elle l’était, jeune, innocente et sacrément attirante. La demoiselle devrait faire attention dans les rues de la ville, elle pourrait se frotter à des surprises pas toujours agréables.

-Hé bien, si je puis me permettre, vous allez y rester un moment avant de réussir à en connaitre ces moindres recoins. Mais si vous êtes suffisamment maligne, peut-être que Lorgol vous accueillera en son sein plus que de vous y chasser devant votre orgueilleuse déclaration de guerre.

Je lui lance un clin d’œil en souriant, pour lui faire comprendre que ce n’était là qu’une boutade et sans même attendre la moindre invitation je m’assoie à sa table. Face à elle. Apparue de nulle part ou presque, la chope que j’avais commandé se trouve devant moi, une mousse trop importante dégoulinait d’un verre presque disproportionné. Je lance quelques fleurons à la serveuse qui attendait non loin sa rétribution, tout en m’observant d’un œil méfiant. Puis je la vois repartir, je prends alors mes aises en sirotant une bière qui manquait cruellement de cachet.

-Je serais bien curieuse de savoir ce qui a provoqué toute cette hargne, si vous êtes disposée à me raconter votre histoire. Je repose ma chope sur la table. Je suis Mélodie et vous ?

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Lun 8 Aoû - 15:26

J’en étais encore à jubiler sur ma future exploration de Lorgol lorsqu’une voix m’interpella. En fait, il me fallut quelques secondes de suspens avant de comprendre que c’était réellement à moi que s’adressait cette inconnue. J’étais trop plongée mes pensées – étalées à voix haute au vu et au su de tous – pour être réellement attentive à mon environnement, et même s’il arrivait aux étrangers de m’aborder – généralement parce que parler tout seul n’était pas vraiment un comportement habituel –  je ne m’attendais pas vraiment à ce que ce soit le cas au beau milieu d’une taverne, où il arrivait sans doute de temps en temps à un inconscient ayant un peu trop abusé de boisson de commencer à déblatérer des idioties dans une solitude écrasante.

— J’espère bien que je devrais y rester un moment avant d’en connaitre les moindres recoins ! rétorquai-je avec un grand sourire. Rester un moment dans cette ville, c’est exactement ce que je compte faire.

J’esquissai un sourire amusé, tandis que l’inconnue s’asseyait en face de moi. Qu’elle n’ait pas attendu une invitation de ma part ne me gênait pas particulièrement ;  cette chaise était libre, et je ne voyais pas pourquoi elle ne pourrait pas s’y installer si elle en avait envie. D’autant plus qu’elle a l’air amical, alors je n’ai même aucune raison de la faire partir.

— Et ce n’était pas exactement une déclaration de guerre, précisai-je en laissant mon sourire s’élargir. Disons, plus exactement, une promesse. A moi-même autant qu’à cette ville. Or, je tiens toujours mes promesses.

Toujours était un mot dangereux, parce qu’il désignait les certitudes, et les certitudes s’approchaient beaucoup trop près à mon goût des mensonges. Néanmoins, dans ce cas-ci, il était vrai. Je tenais toujours mes promesses, et je comptais bien tenir celle-là. Lorgol ne me chasserait pas facilement, quoi que cette ville tente contre moi. S’il y avait une qualité sur laquelle je savais pouvoir compter – quoique ce ne soit pas une qualité dans tous les cas de figure – c’était bien mon obstination. Elle venait à bout des pires ennemis.

Je jetai un coup d’œil à mon interlocutrice tandis qu’elle continuait à parler. Elle était jeune, environ mon âge sans doute, même si j’étais très peu douée pour estimer ce genre de choses. Elle se présenta comme étant Mélodie. Il sonnait avec douceur et harmonie, sans le moindre accroc, son nom. Il m’inspirait bizarrement confiance. Je n’avais pas l’habitude de me méfier des inconnus – je n’avais pas peur de grand-chose – mais cette jeune femme me poussait, bien malheureusement pour elle, à être plus bavarde encore.

— Je m’appelle Melinda, mais mon frère me surnommait Méli-Mélo, et avec un peu de chances, vous ne tarderez pas à comprendre pourquoi. Enfin… qui sait ? Peut-être votre façon de penser est-elle différente de la sienne… Il estimait que je parlais trop, mais je n’ai jamais compris pourquoi. Je me contente d’exprimer ce que je pense, et ce que je pense n’est jamais « trop ». Par conséquent, je parle parce qu’il est nécessaire que je dise ce que j’ai à dire, donc…

J’eus un sourire contrit.

— D’accord, peut-être que je parle un tout petit trop. Un tout petit peu.

Je repris le fil de mes pensées pour retrouver où nous en étions dans la conversation.

— Oh, et je ne parlais pas avec hargne, toute à l’heure. Comme je vous l’ai dit, c’était simplement une promesse. Et s’il y avait la moindre once de colère en moi, et bien, c’était uniquement contre moi-même. Je déteste être défaitiste, et j’étais en train, disons, de m’apitoyer sur mon sort. Il n’y a rien de pire à mes yeux. Heureusement, ça n’a pas vraiment duré.

J’esquissai un large sourire.

— C’est l’avantage de se parler tout seul, je suppose, on peut se consoler et s’encourager tout seul aussi. Quant à mon histoire…

Je réfléchis une fraction de seconde aux mots que je pourrais bien utiliser.

— Je suis arrivée à Lorgol récemment pour m’inscrire à l’Académie, et je suis peut-être partie de chez moi un peu tôt. Dans ma précipitation, j’ai perdu de vue la date des entretiens d’entrée. Sans compter que je suis partie toute seule, sans la moindre préparation, et sans m’attendre à ce que ma famille me manque à ce pointe.

Je haussai les épaules.

— Alors oui, j’ai eu un instant de doutes.

Je laissai un large sourire étirer mes lèvres.

— Par chance, généralement, les doutes sont rapidement réduits en cendres. Si je suis arrivé à Lorgol plus tôt, alors il me suffit simplement de découvrir ce que la ville a à offrir.

Je levai mon verre.

— Aux promesses, susurrai-je avant d’avaler une gorgée.

J’étais de bonne humeur. Ou plutôt, d’excellente humeur. J’avais toujours été enthousiasmée par les nouveaux projets, et visiter Lorgol était indubitablement une des meilleures idées que j’aie jamais eues. Et une des moins dangereuses. D’un autre côté, puisque j’ignorais totalement ce que me réservait cette ville, peut-être qu’elle pourrait se révéler plus risquée que je ne l’imaginais. Mais de toute façon, je n’avais jamais eu peur du danger. A mes yeux, il était comme ces étoiles lointaines dont je ne voyais qu’à peine la lumière. Et puis, de toute façon, je saurais bien me débrouiller, non ?

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Sam 17 Sep - 13:31

La nonchalance faisait courber mon corps dans une position confortable, je m’installais sur le siège avant de poser mon regard sur la jeune femme. Un sourire amusé collé aux lèvres, je ne peux m’empêcher d’éprouver de l’intérêt sur celle qui veut affronter aussi ouvertement Lorgol. La ville aux mille tours, la ville aux deux facettes, la ville de la cour des Miracles.
L’alcool faisait pétiller ses yeux, son visage agréable était ouvert et j’éprouvais indéniablement de la sympathie pour cette inconnue. Peut-être à cause de son âge qui devait être approximativement le même que le mien, peut-être à cause de sa désinvolture ou de sa bouille avenante. Je ne saurais mettre un mot exact sur cet étrange élan d’affection, mais je l’aimais bien. Celle qui voulait défier Lorgol, l’étrangère qui était  prête à se jeter dans les méandres obscurs des ruelles. Il n’était certain qu’elle apprécie le spectacle, mais si guide il y avait besoin, guide je voulais bien tenir le rôle. Cela me changerait de mes activités habituelles. Cependant, il était encore un peu trop tôt pour lui proposer quoi que ce soit et je me devais d’approfondir mes connaissances sur la drôle de bête qui se parlait à elle-même.

Drôle qui a de la répartie, m’expliquant avec application ses intentions sans pour autant me dire ses raisons. Sa détermination est amusante, elle éclaire son visage d’une charmante façon. Qui voulait-elle impressionner de la sorte ? Sa famille ? Des amis, des ennemis ou elle-même ? Peut-être un peu de tout cela et curiosité oblige, je me devais de demander des explications.

La belle s’épanche et parle sans soucis, l’alcool réchauffait toujours les cœurs les laissant s’exprimer bien trop facilement. Il fallait toujours se méfier de la boisson, comme des autres substances. Mélinda semblait inconsciente de la valeur des informations. Chacun de ces mots pouvait devenir une monnaie bien perfide. Je me contente d’écouter en souriant, évitant de lorgner sa bourse d’un peu trop près, voler des innocents sympathiques n’était pas très gentil et même si cela lui apprendrait la vie, je n’étais pas d’humeur à me faire professeur. Mais voilà, les habitudes avaient la vie dure et je n’étais pas à l’abri des automatismes de mon corps. La cour et ses enseignements s’étaient encrés dans ma peau, dans mon être, c’était tout ce que j’avais désormais et certaine attitude pouvait se manifester sans même que je m’en rende compte.

J’éclate de rire devant sa mine d’enfant coupable, buvant une gorgée de cette bière coupée à l’eau. Les saligauds n’avaient toujours pas compris l’importance d’une bière de qualité, préférant le profit d’une boisson sans saveur. Je claque doucement ma langue contre mon palais pour me débarrasser de ce goût fade.

-Ho que non, ce n’est pas qu’un tout petit peu. Chacun ses tares, au moins la tienne n’est pas trop dérangeante. Mais fait attention à toi, les mots ont aussi une valeur qu’il ne faut pas négliger ...Je m’arrête un instant pour réfléchir à mes propos.  Enfin, je suppose que sa dépend des situations.

La jeune femme avait dû grandir dans un environnement bien agréable et sécurisé pour être si insouciante. Un brin de jalousie pique mon cœur, bien vite balayé par la naïveté de Melinda. Elle était, en quelque sorte, touchante.

-Sauf que la solitude n’a jamais fait avancer personne. Il y a aura toujours quelqu’un, directement ou non, qui t’aura permis d’avancer.

Je lui souris, joignant mes mains sur mes genoux. Encore cette Académie. Je n’aimais pas cet endroit prestigieux et orgueilleux. Je me mords la lèvre inférieure, un voile d’amertume se posant sur la sympathie que Mélinda m’inspirait. C’était tellement dommage, mais elle n’y était pas encore. Peut-être y avait-il un espoir qu’elle ne finisse pas comme tous ces prétentieux insupportables. Je lui souhaitais sincèrement d’échouer, pour son propre bien. Il n’y avait rien à tirer de cette fichue école.

-Tu sais… au pire, ce n’est pas bien grave si tu n’es pas acceptée. Tu es jeune, tu auras bien d’autre chose à faire et bien plus intéressante qu’intégrer ce lieu de bourgeois hautains et de rester enfermé entre quatre murs.


Comme intégrer la cour des Miracles par exemple pensais-je tout en trinquant avec elle.
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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Mar 27 Sep - 16:04

Je parlais beaucoup, c’était vrai, et je savais que c’était dû bien plus au défi que représentait pour moi l’idée de me débrouiller seule dans une ville comme Lorgol, qu’à la faible dose d’alcool que je venais d’ingurgiter. J’étais heureuse, voilà la raison pour laquelle j’étais soudain devenue volubile. Peut-être un peu trop, d’ailleurs, et je ne tardai pas à m’excuser envers Mélodie, parce qu’il y avait parler beaucoup, mais dans les limites du raisonnable, comme je le faisais habituellement, et discuter vraiment trop longtemps, avec force de détails inutiles. Comme en cet instant.

Par chance, elle ne semblait pas encore prête à fuir, Mélodie – j’aimais bien ce nom, décidément – décidant que le flot de paroles qui s’échappaient de ma bouche n’était pas trop dérangeant. Peut-être qu’elle changerait d’avis dans quelques minutes, mais elle était toujours libre de partir quand elle le désirait si jamais je commençais à l’ennuyer. Après tout, je ne m’étais pas encore montrée assez cruelle pour séquestrer quelqu’un et le forcer à m’écouter à longueur de journée – une idée qui méritait d’ailleurs, à mes yeux, d’être explorée. Quant à la valeur des mots… non, je ne pouvais pas la laisser s’illusionner à ce propos.

— Les mots n’ont de valeur que lorsqu’ils sont partagés, et de beauté que quand ils sont prononcés à voix haute. Les pensées ne servent à rien ni personne, et en plus, il arrive qu’on les oublie ! Et puis, rassure-toi Mélodie, les mots qui ont de la valeur parce qu’ils cachent quelque chose, ces mots-là, je prends soin de ne pas les prononcer n’importe comment… et seulement quand ils en valent la peine.

Moi aussi, j’avais des secrets, et le meilleur moyen de cacher quelque chose quand on abhorrait le mensonge, ce n’était pas le silence, loin de là, mais plutôt le détournement d’attention, un procédé qui, bien souvent, me permettait de parler autant que je le voulais. Je devais juste veiller, bien entendu, à ce que le sujet de mes conversations ne s’approche pas des points que j’estimais sensibles. Je pris une fraction de seconde pour me rappeler où j’en étais dans notre conversation, et poursuivis comme si je n’avais même pas été interrompue.

Sa remarque sur la solitude me prit un instant au dépourvu, mais je ne perdis pas mon sourire. Bien entendu, j’aurais volontiers rejeté toute idée d’isolement si mon frère avait été encore de ce monde, mais à présent qu’il n’était plus là, je comprenais pleinement les bienfaits d’être seule, et pour tout dire, j’y trouvais tout de même quelques avantages. Je haussai simplement les épaules.

— Il suffit que ce fameux quelqu’un me permette d’avancer, mais de loin, et je considérerais toujours que je suis seule, affirmai-je avec une moue songeuse.

Je ne m’étais pas rendue compte que ces paroles pouvaient parfaitement s’appliquer à mon frère avant de les prononcer, mais à présent, j’avais le sentiment que les mots s’étaient arrangés d’eux-mêmes pour refléter une vérité dont je n’avais pas pris conscience jusqu’alors. Oui, l’idée de mon frère, de sa façon d’agir, et même du surnom qu’il me donnait, suffisait à me rendre heureuse et à me permettre d’avancer. Même indirectement, mon ainé m’influençait encore, et cette idée me faisait du bien.

Je me retrouvai bientôt à raconter mon histoire à Mélodie. Peut-être que je n’aurais pas parlé autant si mon interlocutrice avait été différente, mais elle était jeune, elle devait avoir approximativement mon âge et elle me paraissait sympathique. J’avais apprécié, à vrai dire, sa façon toute simple de s’asseoir à ma table pour discuter alors même que nous ne nous connaissions pas. Et puis j’aimais aussi sa manière de m’écouter, et de critiquer presque tout ce que je disais, avec une certaine douceur, toutefois. D’abord mon habitude de parler, ensuite mon amour de la solitude, enfin mon entrée à l’Académie… A croire qu’elle s’était jurée, juste avant de m’aborder, qu’elle trouverait un moyen de me contredire. Pour tout dire, je trouvais ça amusant.

— Oh, mais je serai acceptée, déclarai-je avec assurance, un large sourire sur les lèvres. Je ne permettrai pas qu’il en soit autrement.

J’étais prête à tout pour entrer à l’Académie, dès l’instant où j’avais déclaré à mes parents que je le ferai. Passer les entretiens d’entrée était pour moi un défi que je ne pouvais décemment pas refuser ou reporter.

— Et puis je ne compte certainement pas rester enfermée entre quatre murs, ajoutai-je avec un rire moqueur. Pas plus que je ne me consacrerai toute entière à mes études, oubliant le monde qui s’étend, là, au-dehors.

Je fis un grand geste du bras comme pour englober la salle, tout Lorgol, le continent tout entier. J’avais été grisée par mon voyage jusqu’à la Ville aux Mille Tours, et j’attendais déjà avec impatience d’organiser une autre expédition. Du moins, une fois que je me serais habituée un peu à cette ville toute nouvelle, et que je commencerais à m’en lasser – je n’étais pas certaine que ce soit un jour possible, mais après tout, je n’en étais qu’à mon premier jour ici – je pourrais repartir…

— Non, je compte bien profiter de ma vie, et si ça implique de quitter l’Académie un an après y être rentrée…

Je fis la grimace. Ce serait un peu comme briser mes engagements à l’Académie, d’en partir, non ?

— Bon, peut-être que je ne quitterai pas exactement l'Académie, mais disons que je serai capable, sans doute, de m’en détacher. Surtout si je découvre quelque chose de beaucoup plus intéressant.

J’eus un sourire songeur.

— Mais je suis sûre qu’il y a bon nombre de choses intéressantes à l’Académie. J’ai hâte de découvrir à quoi ça ressemble.

Je baissai les yeux sur mes mains, et mon sourire s’élargit.

— Et surtout, à quoi ressemble exactement l’usage de la magie.

Curieuse, je plissai les yeux et dévisageai Mélodie durant quelques secondes.

— Et toi tu es… de Lorgol ?

Elle semblait à l’aise ici, non pas comme si elle était simplement de passage, mais comme si elle était accoutumée à vivre dans un endroit comme la Ville aux Mille Tours. Et puis, si elle était vraiment de Lorgol, quelle aubaine ! Elle pourrait probablement me montrer tout un tas d’endroits intéressants, ou me révéler quelques secrets de la ville, ou quelque chose du même genre. Du moins, si le cœur lui en disait…

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Dim 2 Oct - 16:43

La clameur alentour nous entourait d’un cocon protecteur. La Ville Haute était d’apparence bien inoffensive par apport aux dédales de sa jumelle Basse. Cependant, il ne fallait pas se leurrer, si certains vivaient dans l’opulence ce n’était que parce qu’il y avait des plus pauvres sur lesquels s’asseoir, leur crasse à eux était caché, invisible. Alors que nous, nous la portions fièrement comme des cicatrices qui criaient notre détermination. La petite se défend avec intelligence, mais je ne suis pas certaine qu’elle saisisse bien ce que je tente de lui dire. Melinda ne s’était sans doute pas encore rendu compte des dangers de la ville. Celle-ci, avec ces deux facettes et ces intrigues, ces plaques tournantes, était particulièrement intransigeante avec les innocents. Mais peut-être que sa pureté la préserverait, j’espérais pour elle.
Il n’y a jamais rien de glorieux à être brisé.

-Au moins tu as de la réparti, un bon point pour toi.

La demoiselle continue, nullement affectée par mes paroles. Jacassant joyeusement, cela m’amusait et je prenais un certain plaisir à cette compagnie. Je n’aurais pas cru cela possible, je n’aimais pas la Ville Haute et ses habitants. C’était surtout que je ne m’y sentais pas à ma place. Mais, quelque chose m’avait attiré à Melinda, son visage avenant ou sa verve amusante. Je ne saurais le dire. Je fais une moue exagérément triste pour lui répondre, croisant les bras sur ma poitrine avant de les déplier et de prendre mon verre en main.

-Hé bien sache, jolie demoiselle, que je me propose à te tenir compagnie. Si un jour, tu as besoin d’aide, viens me retrouver dans les bas-fonds de la ville. Peut-être que tu y trouveras le salue.

Je bois une gorgée, m’installant en tailleur dans une position précaire sur la chaise. Il y avait bien trop de monde pour que qui que ce soit me fasse une remarque sur mon impolitesse.
J’avais du mal avec la conception de solitude. Je la comprenais, physiquement, on était souvent seule. Mais ayant toujours été choyée et entourée, par ma mère, mes amis, ma seconde famille, je n’avais jamais vraiment considéré l’être totalement. Sauf peut-être lorsqu’elle était morte… je n’avais pas du tout aimé cette solitude-là…. J’avais été trahi, il y avait eu des pertes, la mort et le chagrin écrasant d’avoir tout perdu. La Cour des Miracles m’avait permis de renaitre. Mon maitre me faisant découvrir des chemins dont je n’avais jamais soupçonné l’existence. Sans lui, sans eux, sans cette famille de substitution… La solitude et les remords auraient certainement eu raison de moi. Je ne voyais pas l’intérêt de la rechercher, d’avancer seule ainsi.
C’est surement pour cela que j’avais envie de signifier à Melinda, par ces quelques mots, qu’elle avait un soutien dans cette ville. Selon la teneur de ces ennuis, je ne pourrais certainement pas y faire grand-chose, mais qui sait ? Peut-être que cela me jettera dans une aventure intéressante.

Si je trouvais sa détermination admirable, j’avais du mal à comprendre qu’on puisse vouloir entrer dans ce lieu cloisonné et triste. Les propos de la demoiselle, réveil en moi des souvenirs désagréables. Pourquoi une personne que je venais à peine de rencontrer tenait des propos que j’aurais voulu entendre d’une autre ? La trahison laissait toujours des traces indélébiles qui vous sautaient à la figure lorsque vous vous y attendiez le moins.

-Hé bien, je ne peux que te souhaiter bonne chance.


J’éclate de rire devant ses contradictions et son indécision. Elle était adorable, comme un chiot qui découvre la vie, ne sachant trop après quoi courir.

-Exacte jolie demoiselle. Je fais partie des gueux qui hantent les rues de la Ville Basse. J’aime parfois à trainer dans les environs de la haute. Ca me rappelle que finalement on n’est pas si mal loti, mais parfois on fait aussi de curieuse rencontre.

Je lui souris doucement.

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Dim 2 Oct - 21:44

De la répartie ? Je ne l’avais, à vrai dire, jamais considéré de cette façon. Je parlais, ou plutôt je laissais les mots parler à ma place. Parfois ils suivaient le fil de mes pensées, et parfois malheureusement ils échappaient à mon contrôle et préféraient, comme des enfants rebelles, n’en faire qu’à leur tête. Mais ils étaient comme ça, les mots, libres par essence. Je n’aimais pas les juguler en me contraignant au silence ou, pire, en réfléchissant à ceux qui pourraient me donner « de la répartie ». Je pouvais concevoir, toutefois, qu’ils veuillent parfois me soutenir, pour me remercier de la considération dont je faisais preuve à leur égard. Je haussai finalement les épaules, comme si le sujet m’importait peu.

— Je ne sais pas si on peut appeler ça « répartie ». Je me contente d’avoir confiance aux mots, et de les laisser s’exprimer pour moi. C’est plus facile que de réfléchir à ce que je pense, ce que j’ai envie de dire, et comment le dire.

Réfléchir ne me dérangeait pas, pas vraiment, mais je n’aimais pas me sentir obligée de me plonger dans de longues réflexions simplement pour tenir une conversation. D’ailleurs, je papotais sans marquer d’arrêts, ou presque pas, parfois simplement pour laisser Mélodie parler un peu. Voire un tout petit peu. Mais tant qu’elle pouvait placer une phrase ou deux – ou une demi – je participais à une conversation au lieu de poursuivre un monologue solitaire, non ? Enfin, cette jeune femme ne semblait pas désirer me laisser baigner dans ma solitude ; elle était même prête à m’accorder sa compagnie… et son aide ? Qu’est-ce qui pouvait bien la pousser à vouloir me soutenir après seulement quelques minutes de conversations ? Et pourquoi pensait-elle que j’avais besoin d’elle ? Une étincelle de méfiance naquit en moi, même si mon visage avenant n’en laissa rien paraitre.

— Oh, ne t’inquiète pas, je me débrouille plutôt bien toute seule, et à vrai dire, la solitude a même quelques avantages.

Et puis personne ne pourra jamais le remplacer à mes yeux. Personne ne pourra combler le vide qu’il a laissé en moi en s’en allant.

— Alors merci pour ta proposition, sincèrement, mais je ne pense pas que j’en aurais besoin. Je n’ai besoin de personne.

La dureté de mes mots fut adoucie par le léger sourire qui étirait toujours mes lèvres, et la douceur de mes paroles, prononcées avec amabilité. La proposition de Mélodie aurait pu être tentante en d’autres circonstances, mais je n’étais pas aussi naïve que j’en avais l’air. J’avais fait confiance, une fois, et j’avais déjà eu besoin de quelqu’un. C’était une très mauvaise idée. Une idée qui finirait immanquablement par me faire souffrir, j’en étais pertinemment consciente.

— Mais puisque personne ne peut prévenir l’avenir, sait-on jamais, peut-être qu’un jour, si je me sens trop désemparée, je viendrais te trouver ! N’y mets pas trop d’espoir, toutefois, je doute que ça arrive. Je ne me laisse pas désemparer trop facilement.

Et je continuais à parler, intarissable. Je parlais de ma vie à l’Académie, de mes projets, de ma liberté que je comptais bien préserver. Peut-être que rien de tout cela n’intéressait Mélodie, mais elle avait au moins la politesse de m’écouter – ou de paraitre m’écouter – avec une relative attention. Elle alla même jusqu’à me souhaiter bonne chance. Ce à quoi je répondis par un ricanement moqueur.

— Je ne compte pas sur ma chance, pour réussir. C’est une ressource qui vint souvent à manquer. Je préfère de loin la détermination. Elle mène toujours au but, quel que soit le temps nécessaire pour y parvenir.

J’esquissai une moue songeuse, poursuivant le fil de mes réflexions.

— D’un autre côté, la chance, c’est plutôt pratique, elle fournit une bonne excuse quand on en vient à échouer. Alors que quand on se sert de sa propre détermination, devant un échec, nous sommes les seuls fautifs.

Mes lèvres s’étirèrent en un sourire satisfait, comme si je venais de trouver la solution d’un problème complexe.

— En tous cas, la détermination permet toujours de se relever et de recommencer, peu importe le nombre d’échecs qu’il faut affronter pour parvenir à notre objectif.

Mais l’heure du monologue – habilement dissimulé par mes soins en semblant de conversation – était terminée ! Et puisque mon interlocutrice en savait désormais beaucoup sur moi, plus que certains, même, puisque j’avais parlé fort librement avec elle, et bien je pouvais bien lui poser une ou deux questions, non ? Il s’avéra qu’elle était bien de Lorgol, et même de la Ville Basse. Je hochai la tête pour confirmer sa remarque sur les rencontres.

— Je suppose qu’il est plus difficile de faire de vraies rencontres quand on reste enfermé chez soi.

Enfin, je pouvais difficilement donner un exemple, j’avais passé toute ma vie en Outrevent, avant de partir seulement voilà quelques semaines pour Lorgol. A l’échelle d’Arven, on pouvait dire que j’avais passé toute ma vie chez moi, et pourtant, j’avais fait nombre de curieuses rencontres. Mais il était vrai qu’après une seule petite journée dans la Ville aux Mille Tours, je faisais déjà la connaissance de cette dénommée Mélodie…

— Et non, vous n’êtes pas mal lotis. Lorgol est vraiment une ville adorable.

Un avis que je n’étais pas sûre de pouvoir donner. Je ne connaissais pas vraiment la ville sur le bout de mes doigts. Avec un rire dérisoire, je me corrigeai.

— Enfin, pour ce que j’en sais. Je ne peux pas dire que je connais bien la ville, en fait.

D’ailleurs, puisqu’elle en était originaire, Mélodie devait en savoir plus, non ? Soudain curieuse, je me penchai vers elle, une lueur interrogatrice au fond des yeux.

— Elle est aussi dangereuse qu’on le dit, la Ville Basse ?

Après tout, je comptais visiter Lorgol, autant que j’en sache un peu plus. Mais de toute façon, si Mélodie savait y survivre, je devrais pouvoir me débrouiller. Elle avait approximativement la même taille que moi, et ne devait peut-être pas non plus posséder une force physique extraordinaire. Et je n’allais certainement pas avoir peur de visiter la Ville aux Mille Tours, ce serait vraiment ridicule. La peur elle-même, d’ailleurs, était ridicule, selon moi. Elle ne menait qu’à l’abandon et au manque d’assurance. Et moi, je n'abandonnais jamais.

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Mar 4 Oct - 9:15

Je me contente de sourire bêtement devant son refus. Là encore, elle ne semblait pas comprendre. Je ne lui proposais pas une oreille attentive et de douce parole pour la réconforter si le moral venait à lui manquer. Je lui proposais une main secourable si ses pas venaient à la mener dans d’obscures intrigues. Il n’était pas bien difficile de se faire avoir dans les environs, surtout si l’envie lui prenait de visiter la Ville Basse. Dans la haute, les autorités étaient plus présentes et les arnaques moins fréquentes. C’était un autre type de piège cependant. Chaque facette de la ville avait sa faune, qu’il fallait mieux apprendre à éviter.
Nombre d’étudiant, surtout ceux de l’Académie, s’était déjà fait avoir avant elle. Surtout les curieux, les rêveurs, ceux qui ne prenaient pas garde. En entrant dans le prestigieux établissement, il devenait, de fait, des proies de choix. Pour leur connaissance, pour leur talent. Les piéger pour leur extorquer quelque talent dont ils avaient le secret n’était pas si rare que ça. Bien qu’en général, ces bambins avec des lueurs plein les mirettes étaient plutôt bien protégés et mis en garde.

Qu’importait, je hausse doucement les épaules pour lui signifier que son refus ne me vexait en rien. Elle se pensait forte, elle croyait que la solitude était la seule solution. Peut-être changerait-elle d’avis après avoir passé quelque temps dans les environs.
Ceux qui n’avaient pas un sous savaient, qu’il fallait apprendre à se débrouiller seul, à être indépendant et créatif, meilleur que les autres. Mais que seul, sans amis, il y avait bien plus de chance de finir dans un traquenard si vous n’aviez pas encore pu rejoindre la douce protection d’une des guildes qui avaient établi domicile ici.

-Je ne te dis pas non plus de venir me trouver à la moindre contrariété. Mais, soit, fait comme tu l’entends, ce n’est pas moi qui vais te forcer à quoi que ce soit.

Je l’observe amusée, pendant qu’elle démêle son problème seule, oubliant jusqu'à ma présence. Elle semblait vouloir rejeter tout ce que je lui offrais, jusqu'à une simple formule d’encouragement. Melinda avait l’air de faire partie de ces gens qui pensaient que tout était noir ou blanc et que le gris ainsi que sa multitude de nuance n’avaient pas sa place dans ce monde.
La chance faisait partie intégrante de la vie, Omen en soit témoin. On ne pouvait la renier, pas plus qu’il était sage de l’éloigner de nous. La détermination et le travail étaient primordiaux, mais il n’y avait rien qui pouvait empêcher un éclair de vous tomber sur la tête lors d’un orage. Même avec l’acharnement le plus total dans son travail.

Nous n’évoluions pas dans les mêmes mondes, proche et à la fois tellement loin. Ceux de la rue, ceux de la Cour. Nous savions rendre grâce au talent comme à la chance, pour la plupart, nous avions appris à la provoquer, à l’amener à nous, l’appâtant comme un animal craintif. Il était inutile de tenter de le lui expliquait, du moins à mon sens. Certaine chose se devait d’être comprise sans l’aide de personne, dans la solitude comme aimait à le dire la demoiselle.

-Fait toutefois attention à ce que l’un des échecs n’en devienne fatal, ça serait fâcheux, avouons-le.

Mon ton est léger et je lui lance un clin d’œil pour lui signifier la boutade. Elle prenait mes paroles avec un sérieux déconcertant, surtout lorsque l’alcool était de mise. C’était perturbant, mais intéressant. Chaque parole avait un impacte et me donnait droit à un monologue inattendu de la part de ma comparse. Je laisse éclater un rire lorsque Melinda dépeint Lorgol comme une jolie ville et m’affirmant que nous n’étions pas mal lotis. Si elle savait, les gueux dormant dans les rues car ils n’avaient pas de chez eux. Les habitations puantes et presque en ruine qui hébergeaient des familles entières dans des conditions déplorables. Non… elle ne savait pas, elle ne saurait sans doute jamais. La misère ne l’avait pas cajolé de ses bras osseux. C’était tant mieux pour elle, mais je n’arrivais pas à écarter la jalousie qui piquait mon cœur.

C’était injuste.
Ces mots, répétés comme une litanie... Je les connaissais par cœur. Ils étaient blessants, inutiles. Ils enchainaient, mais ils revenaient malgré tout. Je tournais autour, le repoussant et l’appelant à la fois, comme un cielsombrois accro à la drogue, ne réussissant jamais réellement à me défaire de cette emprise néfaste. Je gardais cependant contenance devant la jeune femme. Elle n’y était pour rien, elle était marrante.
Je bois une gorgée, une deuxième, une troisième, pour me redonner contenance, laissant l’alcool adoucir mon humeur, engourdir mes pensées.

-Oui, tu as raison Lorgol est une ville magnifique et encore si tu n’as pas encore pas eu la chance de la voir depuis les hauteurs de ses tours, c’est que tu n’as rien vu. Cette ville ne doit pas se regarder d’en bas, mais d’en haut.

Un luxe qui n’était pas réservé à ceux de la Ville Basse, un luxe que nous avions appris à nous approprier, que j’avais gouté et qui m’appartenait pleinement. Profitant des nuits pour prendre de la hauteur, pour m’entrainer à l’escalade et parfaire mon art tout en me repaissant de la vue miraculeuse qu’offrait l’altitude.

Encore une fois, elle réussit à me faire rire. Une question tellement innocente et pourtant remplie de cliché. Véridique pour la plupart.
Je prends le temps d’y réfléchir avant de lui répondre.

-Il serait stupide de prétendre le contraire. Mais c’est comme partout ailleurs. Tout dépend d’où tu mets les pieds, des gens avec qui tu traines, des heures où tu t’y balades. C’est dangereux, mais après il ne faut pas croire que tu risques d’y perdre ta tête rien qu’en allant visiter le coin. Seulement ta bourse, à vrai dire. Veille cependant à ne pas mépriser ceux qui tu pourras y croiser. Là-bas, plus que jamais, les apparences sont trompeuses et tu pourrais te mordre les doigts d’avoir manqué de respect à un simple mendiant.


Certains étaient des princes, à leur manière. Beaucoup avaient trouvé refuge ici, ceux qu’on avait renié, dont on ne voulait pas. Se retrouvant dans les rues, œuvrant pour les Pirates, la Confrérie ou la Cour des Miracles.  

-Mais si tu décides d’y aller, sache tout de même que tu y verras beaucoup de misère.
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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Mer 5 Oct - 10:05

Elle ne comptait pas me forcer à demander son aide ? L’idée en soit était un peu ridicule ; quand on voulait vraiment soutenir quelqu’un, on pouvait difficilement l’obliger à faire quoi que ce soit. Pourtant, je sentis quelque chose au fond de moi se détendre à nouveau aux paroles de Mélodie. Au moins nous permettrait-elle à toutes les deux d’économiser temps et salive ! Non pas que j’avais l’habitude d’être économe dans ces domaines, c’était même plutôt le contraire, mais paradoxalement je n’aimais pas vraiment me répéter. Au bout d’une dizaine de fois, ça devenait ennuyeux. Et surtout, si elle venait à essayer de me convaincre qu’elle me serait indispensable, je pourrais me montrer encore plus méfiante à son égard... Et je préférais de loin poursuivre une conversation relativement agréable plutôt que de sortir mes griffes.

— Je ne t’aurais pas laissé faire, rétorquai-je en haussant les épaules.

Ce n’était pas de la vantardise. J’avais passé quelques temps à élaborer ce qui me paraissait être la meilleure technique pour éviter de souffrir, et je ne comptais pas tout bousiller en faisant confiance à la première personne qui me proposait son aide. Je n’aimais pas m’attacher aux gens, voilà tout. Et accepter l’aide de quelqu’un, c’était risquer de me montrer reconnaissante, puis de me déshabituer à l’indépendance et la solitude, et finalement me rendre compte un beau jour que j’étais devenue totalement dépendante de cette personne, et que sa perte me détruirait ou du moins, mettrait mon cœur au supplice. Alors non, vraiment, il était hors-de-question que je laisse une telle chose arriver, quel qu’en soit le prix.

Et c’était le même genre de raisonnement qui me poussait à rejeter la chance – non, je ne me fierai pas à un concept aussi peu solide – au profit de la détermination, sur laquelle je gardais contrôle, et qui me permettait de revenir de plus belle même après un échec. La remarque de Mélodie ne suscita chez moi qu’un haussement d’épaules négligeant. J’avais encore trop de choses à vivre pour que la mort me fasse la cruauté de m’entrainer à sa suite. L’idée pouvait paraitre un peu naïve, mais au fond de moi, elle était comme une certitude : je n’étais pas destinée à trépasser, pas maintenant, pas moi. Je savais que Mélodie plaisantait, mais je répondis avec un étrange sérieux à la question.

— Je n’ai pas peur de mourir, déclarai-je avec un léger sourire. Mais si elle était futée, peut-être que la mort pourrait avoir peur de moi. Je peux me montrer insupportable quand on m’oblige à faire quelque chose qui ne me plait pas.

Et, assurément, il ne me plaisait pas de cesser de vivre. Pas avant d’être entrée à l’Académie, et d’avoir visité le monde, et d’avoir appris par cœur toutes les rues de Lorgol, et d’avoir rencontré mon Familier, et d’avoir profité de ma magie, et d’avoir pris la mer au moins une fois, et d’avoir fait un millier – au moins – d’autres petites choses que je n’avais jamais faites, et que je ne savais même pas, jusqu’alors, possibles.

La conversation se poursuivit sur les merveilles de Lorgol. Mes yeux brillèrent de curiosité et d’envie lorsque Mélodie déclara que la ville était encore bien mieux depuis les hauteurs. Je voulais voir. Je voulais savoir. Je voulais, à vrai dire, tout connaitre de cet endroit qui allait, d’une certaine façon, devenir ma maison durant quelques années, durant toutes les années que je passerais à l’Académie. J’avais, bien évidemment, du temps pour tout visiter, mais une part de moi, impatiente et curieuse, désirait ardemment que je commence mon exploration sans tarder une seule seconde.

— Ça doit être magnifique, effectivement, murmurai-je avec un léger hochement de tête, perdue dans mes pensées. J’espère que j’aurais l’occasion de voir ça un jour, mais pour l’instant, je vais me contenter de rester en bas. Je pense qu’il y a assez à voir d’ici pour une première visite de la Ville aux Mille Tours.

En parlant de visiter, il était hors-de-question, à mes yeux, que je me tienne loin de la Ville Basse. Rien ne m’empêchait, toutefois, de vérifier la véracité des rumeurs que j’avais entendue à propos de ce coin de Lorgol. Non pas que le mot « dangereux » m’effrayait à me faire fuir – à vrai dire c’était même souvent le contraire, il suscitait ma curiosité et me poussait à aller voir de mes propres yeux – mais j’apprécierais de savoir ce qu’il en était, simplement à titre d’information, et parce que ça changerait sans aucun doute mon regard sur les rues de la Ville Basse, quand je m’y promènerai. J’enregistrais donc soigneusement les informations données par Mélodie.

— Je ne compte pas manquer de respect à quiconque, me défendis-je avec un sourire amusé.

Mon sourire se transforma en grimace quand je m’aperçus que ce qui pouvait passer pour irrespectueux pour d’autres ne l’était pas forcément à mes yeux.

— Enfin, parfois mes mots échappent à tout contrôle rationnel, précisai-je avec un rire d’autodérision. Je suppose que je peux dès lors considérer la Ville Basse comme réellement dangereuse pour quelqu’un comme moi.

J’eus une moue songeuse.

— Ou alors, me forcer à garder le silence. Mais ce serait vraiment difficile.

Je n’aimais pas le silence. Les mots étaient mes amis, mes protecteurs, mes compagnons de vie. J’avais confiance en eux, parce que je savais qu’ils seraient toujours à mes côtés, et leur présence me rassurait, me permettait d’être sans peur, et surtout, de me laisser surprendre par mes propres paroles, de temps en temps. Je les aimais bien les mots, et les enfermer au fond de ma gorge me paraissait inutilement cruel. Alors… je préférais vraiment manquer de respect à un mendiant.

— Enfin, je suppose que tout dépend des circonstances, comme tu l’as très bien dit. Quelle serait le meilleur moment pour visiter la Ville Basse, à ton avis ?

Je n’allais sans doute pas respecter ce conseil-là, d’autant plus que j’avais envie de voir de mes propres yeux la différence entre les heures prétendument dangereuses et celles qui ne l’étaient pas. J’étais curieuse de connaitre la ville, oui, et de la connaitre dans ses moindres détails. Quant à la misère… Le mot, un instant, me prit au dépourvu. J’avais rarement eu l’occasion d’en voir dans mon petit village outreventois, où je connaissais tous les visages et les noms. Mais les choses devaient être différentes, ailleurs.

— Pourquoi les gens restent-ils ici, si c’est pour vivre dans la misère ? questionnai-je avec perplexité. Pourquoi ne partent-ils pas pour chercher quelque chose de mieux ?

Il devait bien y avoir quelque chose, quelque part, pour qu’ils se sentent mieux, non ? Parce que misère n’impliquait pas seulement pauvreté, misère impliquait quelque chose de plus. Malheur, tristesse, désespoir, pauvreté, incapacité, impuissance, « misère » était un mélange confus de tous ces termes, et je ne voyais pas comment qui que ce soit pouvait supporter de rester dans un état pareil. Et même si partir s’apparentait à une fuite, c’était tout de même préférable à vivre à jamais comme un miséreux, non ? Mais peut-être qu’il y avait des éléments que je ne prenais pas en compte.

— S’ils restent, c’est qu’ils trouvent des avantages à vivre à Lorgol, non ?

Moi j’aimais bien cette ville. Peut-être que je n’étais pas la seule ?

— Alors, la vie ne doit pas être si miséreuse que ça, tu ne crois pas ? demandai-je avec curiosité.

Mon raisonnement me paraissait infaillible, mais après tout, c’était elle qui habitait Lorgol. Mélodie devait sans doute en savoir plus que moi.

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Jeu 6 Oct - 19:20

Le petit chat gonfle le poil et montre les griffes. C’était presque attendrissant, cependant il fallait tout de même à prendre garde à ne pas se faire couper par un coup de patte rageur. Je la laisse à son effronterie. Toute sympathique fut-elle, il y avait autre chose derrière son attitude revêche. Dans un sens, elle me rappelait une enfant, l’air boudeur et agacé que les adultes ne la prennent pas au sérieux. Mais pourtant, empreinte de cette candeur, de ces certitudes inébranlables que seule l’expérience pouvait briser et modeler. Je préférais donc lui laisser le dernier mot, persuadée que la moindre remarque pourrait nous emmener dans un débat stérile. Car ni moi, ni elle, n’irait lâcher un peu de sa vision des choses au profit de celle de l’autre. Ce pourrait être intéressant, mais je n’avais pas envie d’y mettre autant d’énergie et je n’étais franchement pas sûre de m’en sortir indemne. Melinda avait une gouaille que je ne lui aurais pas crue derrière son visage angélique. Elle cachait bien son jeu et n’hésiterait pas à me noyer sous les mots et ses certitudes avant que je n’ais eu le temps d’ouvrir la bouche. Les toits et les hauteurs étaient mon royaume, les longs discours et la rhétorique semblaient être le sien.

La preuve en était de son manque de défiance envers la mort et sa certitude de pouvoir réussir à l’ennuyer. Je n’étais pas certaine que l’ennui était perçu de la même façon chez des êtres immatériels. Pourtant, l’image était sacrément cocasse et je ne pus m’empêcher de pouffer. L’alcool aidant sans doute mon hilarité. La boisson décida d’ailleurs de tenter de m’étrangler et ce n’est que quelque instant plus tard que je réussis à me calmer. Fichant un regard pétillant d’humour dans les yeux de la demoiselle.

-Sache que si jamais cette situation venait à se produire, je serais ravie de pouvoir y assister. C’est une stratégie inhabituelle, mais qui pourrait bien porter ses fruits.

La peur de la mort était une chose, chacun pouvait bien s’imaginer ce qu’il voulait. Il ne nous appartenait pas de savoir à l’avance comment réagir. Elle n’en avait pas peur, car elle n’y avait jamais songé, sans doute ne l’avait-elle jamais vu. Dans un sens, elle avait tout de même raison. Plus que d’avoir peur de mourir, il fallait d’abord réussir à vivre et c’était déjà bien assez compliqué et effrayant pour s’embarrasser d’une mort qui pouvait venir vous cueillir n’importe quand.

-Tant mieux alors. Ne t’en fait pas, être bavarde n’est pas pour moi un manque de respect. Tu devrais t’en tirer sans trop de soucis.

A moins que dans ces monologues incessants elle en vienne à critiquer et insulter. Mais à ce stade ce serait plutôt de la stupidité.

-Dans la journée, matin et après midi.

Les soirées étaient peuplées d’une faune plus particulière. Elle était une mage, elle pouvait certainement se défendre. Les zones les plus à risques n’étaient pas particulièrement faciles d’accès non plus. Il fallait les chercher, les connaitre. Le tout était ne pas rencontrer la mauvaise personne. On en revenait à la chance, mais j’évite de le lui faire remarquer.
Visiter… Je n’étais pas certaine que la Ville Basse puisse se visiter. C’était dans un sens un peu insultant également. C’était un peu comme quand un gamin de la haute société en venait à trainer dans les rues pour trouver des « sensations » fortes et se repaitre d’une curiosité malsaine par apport à une vie qu’il n’aurait jamais. Mon malaise s’accroît lorsque la curiosité mêlée à un raisonnement douteux exprime non pas des questions, mais bel et bien des certitudes.
Mes yeux s’étrécissent à mesure qu’elle parle, inconsciente de la dureté de ces mots et de leurs impacts. Mes traits deviennent un peu plus durs et je me force à souffler pour éviter que la colère ne me fasse faire des choses malheureuses.

Pouvait-on être à ce point naïf ? Je voulais…. Devais-je la traiter comme un enfant de 5 ans qui découvrait la vie ? « Dis maman, pourquoi, eux, ils ont des habits crasseux et la peau sur les os ? » « Mais parce qu’ils ne veulent pas manger leur soupe mon enfant ». C’était un peu ce qui se passait dans la tête de Melinda, accusant sans s’en rendre compte ceux qui n’avaient pas les moyens de vivre correctement. Emissaire d’une morale que seuls ceux qui n’avaient pas connu la misère pouvaient se permettre de faire.
Mes mains vont jouer avec mes cheveux, pour me calmer et me donner contenance, pour que je réfléchisse à comment lui répondre sans lui balancer mon verre à la figure.

-Est-ce que tu te rends compte de ce que tu dis, de ce que tu insinues ? Tu crois vraiment que c’est aussi simple ? « Si vous n’êtes pas bien alors partez, ça sera mieux ailleurs »… Dis moi jeune fille, comment es-tu arrivée jusqu’à Lorgol hein ? Avec quel vivre ? Tu as été accompagnée ? Tu avais un cheval ou tu as suivi une caravane ? Tu te rends compte que pour vivre en dehors d’une ville, pour voyager, il faut soit, avoir certaines connaissances, soit avoir de l’argent pour survivre. Certaines personnes n’ont plus rien. Beaucoup tentent simplement de survivre. Ici ou ailleurs, cela ne ferait aucune différence. Tu peux tomber malade parce que tu es sous-nourri et mourir d’un simple rhume. Tu peux te faire battre à mort pour une broutille parce que tu as l’air faible. Tu ne choisis pas ce que le Destin décide de t’envoyer et parfois… même avec tous les efforts du monde… tu n’as simplement aucune chance de lutter et d’y faire face. Tu es bavarde et cela n’est pas dérangeant, mais… fait attention aux mots que tu emploies malgré tout. Il va falloir que tu penses à te taire un peu, pour mieux regarder autour de toi et ouvrir les yeux quand à la façon de vivre de ceux qui n’ont pas tes moyens. Les riches comme les pauvres.


Je me lève et prends appuie sur la table encore indécise sur ce que j’allais faire. Je n’étais pas sûre de vouloir continuer cette conversation là. Je me passe la main dans les cheveux en soupirant, soudain lasse.

-Fait attention à ce que ta naïveté ne se change pas en présomption. Tu n’es pas à l’abri d’un mauvais tour du Destin. Si tu crois le contraire c’est que tu es stupide. Alors, s’il te plait, ne pense pas qu’on a toujours le choix, que c’est toujours aussi facile que de simplement aller voir ailleurs. C’est une insulte pour ceux qui le subissent actuellement.

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Ven 7 Oct - 10:06

Elle ne me croyait pas sans doute, et son rire soutenait cette hypothèse. J’attendis patiemment qu’elle se reprenne, consciente qu’il était peu probable, effectivement, que je parvienne un jour à ennuyer la mort. Mais je sentais, d’une façon indubitable, que je ne pouvais pas mourir maintenant. Il me restait encore trop de choses à faire et à vivre pour que je m’en aille. Oh, bien sûr, je savais que la mort n’obéissait pas toujours à mes desideratas et à mes préférences – mon frère était décédé, après tout, et lui aussi avait encore des milliers de choses à accomplir, comme rester à mes côtés, par exemple – mais naïvement peut-être, j’avais le sentiment qu’elle était encore loin de moi, et qu’elle ne pourrait resserrer si facilement son étreinte sur mon cœur. Et le fait que je risque de l’ennuyer était une raison comme une autre pour justifier qu’elle se tienne éloignée de moi, non ?

— Je doute que la mort laisse qui que ce soit assister à son ennui, fis-je remarquer avec un sourire moqueur. En imaginant que cette stratégie fonctionne, les vivants auront une arme infaillible pour la faire fuir, et je ne pense pas qu’elle puisse se le permettre.

Je marquai un instant de pause, les sourcils froncés, avant d’ajouter :

— Encore faut-il qu’il soit à la portée de tous d’ennuyer la mort, ce qui n’est pas certain.

La conversation, inévitablement, dériva sur Lorgol, sur ses merveilles, mais aussi sur ses prétendus dangers. Et puisque je savais pouvoir parler beaucoup, quand les mots décidaient de jouer avec moi, puisque je savais que souvent je ne me préoccupais pas de l’intelligence – ou de la stupidité – de mes paroles, puisqu’il m’arrivait de temps en temps de me montrer impertinente, sans même l’avoir voulu, je m’inquiétai sur mon sort en tant que jeune fille inexorablement bavarde. Mais Mélodie ne semblait pas penser que c’était un problème. Parfait. Je pourrais sans doute visiter tranquillement la Ville Basse jusqu’au moment où la curiosité l’emporterait sur la raison et que je voudrais voir, concrètement, ce que je risquais à parler méchamment à un simple mendiant.

— Parfait, je n’aimerais pas fâcher quelqu’un sans le vouloir.

Que mes mots provoquent une réaction quand je me montrais provocante, parfait, mais qu’ils le fassent quand je me contentais de tenir une innocente conversation ? C’était un peu… déconcertant. Pas désolant au point que je m’excuse, non, juste surprenant. Mais il m’était arrivé souvent, pourtant, de me demander avec perplexité ce que j’avais pu dire de blessant, de vexant, ou d’ambigu, pour que mon interlocuteur ait soudain des réactions qui me paraissaient démesurées. Or, puisque rien dans mon comportement ne me semblait susceptible de provoquer un éclat, je ne me sentais généralement pas fautive.

Et Mélodie continuait de me donner des informations sur la Ville Basse. Je hochai la tête pour signifier que j’avais saisi son conseil. Ma première visite, je la ferai sans doute de jour. Mais il était hors-de-question que je perde l’occasion de découvrir cette partie de Lorgol de nuit. Dangereux, prétendraient certains. Pour ma part, je n’en serais pas certaine avant de l’avoir constaté de mes propres yeux. Et ma curiosité, sans doute, avait besoin de tout voir, de tout entendre, de tout savoir pour être assouvie et me laisser tranquille. Je voulais voir cette misère que je ne comprenais pas, ce danger dont je ne saisissais pas la subtilité, ces gens que je trouvais un peu idiots de rester au sein d’un endroit qui ne pourrait leur apporter rien d’autre que la pauvreté, et pas une seconde je ne m’aperçus que ma réflexion pouvait s’avérer blessante, au contraire, j’avais l’impression qu’elle était même justifiée, aussi ne vis-je pas la colère de Mélodie monter peu à peu.

Ses paroles, par conséquent, me prirent un peu au dépourvu. Je ne m’attendais pas à la sécheresse de son ton et de ses mots, à la fureur contenue dans sa voix. Au fil de ses paroles, toutefois, je pus comprendre. Comprendre que ce qui habitait ces gens était quelque chose comme… de la résignation ? L’impression que, quoi qu’ils fassent, ils resteraient pauvres, malades et miséreux ? Elle se leva, Mélodie, tandis que je continuais à réfléchir à ses paroles. Elle connaissait mieux la pauvreté de la Ville Basse que moi, c’était certain, et sans doute avait-elle raison, mais pour ma part, j’avais dû mal à saisir comment quelqu’un qui avait toutes les raisons de protester contre son sort pouvait simplement… se résigner. Ce n’était peut-être pas facile, et peut-être qu’encore une fois je connaissais trop peu la situation de ces gens pour comprendre tout à fait, mais moi, je restais persuadée qu’avec un peu de détermination, tout était possible, y compris que ces miséreux parviennent à améliorer leur quotidien.

— Je ne voulais pas insulter qui que ce soit, commençai-je d’une voix hésitante.

Ce n’était pas des excuses, non, je ne me sentais pas désolée de m’être interrogée au sujet de ces pauvres gens qui, pour moi, choisissaient la résignation plutôt que la détermination. Elle l’avait bien dit, Mélodie : ils n’avaient aucune chance. Evidemment, s’ils comptaient sur la chance et non sur leurs propres capacités, ils ne pourraient sans doute pas aller bien loin… Je me mordis la lèvre inférieure. Non, je ne devais pas raisonner comme ça. Je n’avais jamais été dans la misère, peut-être que c’était un peu comme tomber dans un puits sans fond, aux parois totalement lisses, sans espoir de pouvoir retrouver un jour la lumière. Peut-être que je ne pourrais pas comprendre avant d’avoir tout perdu, perdu ma vie, mes abeilles, ma maison, mes parents. Peut-être qu’alors j’en viendrais à penser différemment. Peut-être.

— Peut-être que je ne peux tout simplement pas comprendre la situation des plus pauvres, parce que je n’ai jamais vécu dans la misère, c’est vrai, poursuivis-je en hochant la tête. Et peut-être que je parle dans le vide, et qu’en cet instant je ne dis que des idioties, c’est possible, puisque je parle inconsidérément de quelque chose que je ne connais pas.

Je relevai la tête vers Mélodie. Elle s’était levée, oui, comme si elle s’apprêtait à partir, mais je voulais qu’elle comprenne que je n’avais pas voulu me montrer blessante, insultante, ou même présomptueuse. Je ne faisais qu’essayer de comprendre, comprendre une situation qui était hors de ma portée, comprendre un comportement qui me semblait incroyablement idiot.

— Ne le prends pas mal, surtout, parce que c’est sans doute ma naïveté – ou ma stupidité, si tu veux – qui parle. Peut-être que je penserais et agirais tout autrement si j’étais moi-même miséreuse. Mais j’ai le sentiment… je ne sais pas… que, dès l’instant où qui que ce soit en est au point qu’il doit lutter chaque jour pour espérer survivre, alors… à quoi lui servira cette survie ? Si ce n’est à une autre journée de lutte tout aussi vaine ?

Peut-être que mes paroles étaient dures, oui, mais la question se posait, ou du moins, je me la posais. Peut-être y avait-il une réponse, et peut-être Mélodie la connaissait-elle. Mais personnellement, je me tenais dans le noir complet, et j’avançais à tâtons dans l’espoir d’effleurer quelque chose du bout des doigts.

— Dans ces conditions, puisque la vie peut difficilement être pire encore, qu’est-ce qu’on risque à essayer à tout prix d’améliorer les choses ?

Et le « à tout prix », je le pensais vraiment. J’espérais, du fond du cœur, que, si jamais je me retrouvais dans une telle situation, je ne me résignerais pas à mon sort comme si je n’avais aucune chance de m’en sortir. J’espérais que je pourrais être capable du meilleur comme du pire pour sortir de cette pauvreté qui ferait de ma vie une chose sans valeur. J’espérais que je préférerais la mort à une vie qui ne serait qu’une suite d’humiliation, de misère, de faim, de froid, de soif, de peur, de colère, de résignation et d’impuissance. Je l’espérais, sincèrement, mais je savais que cet espoir avait de grandes chances d’être plus puéril que réaliste.

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Lun 10 Oct - 7:39


Je laisse échapper un lourd soupir, passant la main dans mes cheveux pour me calmer. Bien sûr qu’elle n’avait pas voulu être insultante, alors pourquoi l’avais-je pris à ce point à cœur ? Avais-je trop bu ? C’était peu probable, un verre de bière n’était clairement pas suffisant pour me faire perdre mes moyens et m’échauffer le sang. J’y étais presque, je le sentais, j’étais à deux doigts de comprendre, mais à chaque fois que je semblais me rapprocher de l’explication, elle me fuyait avec vigueur. Me laissant baigner dans une frustration qui contractait mon corps.

La certitude.

C’était celle-là qui m’avait agacé, cette attitude de s’approprier un savoir qui n’était pas sien, de l’interpréter, de le modifier et de le dégénérer pour le faire sien. Comprendre m’avait fait du bien, mais avait chassé la colère, ne restait que la lassitude et une immense sensation de vide. Je me rendais compte que j’étais incapable de lui expliquer, de trouver les bons mots pour lui ouvrir les yeux.
En même temps à quoi bon ? Le pouvait-elle seulement ? Était-ce nécessaire d’acquérir ce savoir-là ? Il fallait peut-être mieux rester dans l’ignorance… Ce n’était pas agréable à connaitre la pauvreté, la misère, ce n’était pas beau. C’était même hideux, alors pourquoi s’encombrer.
Je la vois, hésiter, parler pour mettre en avant sa méconnaissance. Les mots sonnaient creux à mes oreilles, j’attendais le « mais », car il y en aurait un. Quand on commençait ainsi, c’était toujours pour avancer sa vision des choses. Je n’avais pas envie de continuer plus dans ce chemin, mais pourtant j’attendais tranquillement qu’elle finisse, qu’elle en vienne au point important. Que le « mais » fatidique sorte.
Et il ne tarde pas, pas trop, noyé dans les phrases, passant presque inaperçu, faisant semblant d’être innocent. Je me décolle de la table pour me rapprocher d’elle, m’accroupit pour être à sa hauteur. Un sourire désabusé sur le visage.

La question était stupide, pourtant, trop attirante pour que je l’ignore en tournant les talons. J’approche mes mains, closes l’une sur l’autre, de son jolis minois en la regardant dans les yeux. Ses iris pétillaient d’intelligence et de douceur.

-C’est très simple. Dis-je en ouvrant les mains pour y laisser tombé un fleurons sur ces genoux, c’est parce que la vie est précieuse.

Je me redresse pour la regarder de toute ma hauteur, mais avec tranquillité, sans animosité. La fatigue pouvait certainement transparaître sur mes traits… Ce n’était pas à moi à lui apprendre ce genre de notions, pas à une inconnue. Même Arsène, le gamin qui courait de partout dans les rues de la Ville Basse, avait plus de jugeote que cette demoiselle.

-Personne ne l’abandonnerait aussi facilement, peu importe ce qu’on a à endurer. C’est ainsi, parce qu’on est humains. Rien n’est vain et surtout pas la survie. Se battre pour continuer à vivre, à avancer. Il n’y a rien de plus important, même si pour toi, en cet instant, ça te paraît complètement stupide. Parce que mettre un pied devant l’autre, se lever le matin et trimer, c’est déjà une victoire pour certain. Les rêves, comme les cauchemars nous permettent de nous accrocher et de continuer à aller de l’avant, peu importe où nos pas nous mènent.

La petite s’entête, continue de questionner. Je tiens un rôle qui ne me va pas. Je sens bien que ce que je dis ne l’atteint pas, que cela n’a pas de sens. Pourtant, cette compréhension me tient à cœur, même si je me rendais compte que le sujet me dépassait complètement. Elle attendait à ce que je lui serve une réponse à la hauteur de ses attentes, mais il n’y en avait pas. Je n’avais pas l’éloquence des maîtres de l’Académie qu’elle voulait rejoindre avec une telle ferveur. Je n’avais que mon expérience et mes souvenirs, c’étaient bien peu finalement. Pourtant, ce que j’avais, je ne voulais pas le troquer contre sa logique naïve et erronée. La théorie était une chose, la pratique une autre et il y avait un fossé énorme qu’elle ne soupçonnait même pas entre ce qu’elle voulait entendre et ce qui se passait en réalité.

-Rien, Melinda, cela ne coute rien, mais… ce n’est pas aussi facile. Dis-je en haussant les épaules.

Car certaines choses se perdaient pour toujours. Bien sûr que la vie pouvait s’arranger, comme elle pouvait s’empirer. Il y avait toujours pire, quoiqu’on en pense. Mais ces pertes, elles ne laissaient qu’un trou béant impossible à remplir. Alors, il fallait tout simplement vivre avec. Car il n’y avait pas d’autre solution.

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Ven 14 Oct - 12:40

La vie, précieuse ? Je regardai le fleuron que Mélodie avait fait tomber, perplexe. Non, je ne comprenais pas. Ce qui rendait ce fleuron précieux, c’était tout simplement ce qu’il était susceptible d’apporter, ce qu’on pouvait acheter avec. Et il deviendrait complètement inutile dès l’instant où il serait établi que le fleuron n’était plus la monnaie officielle d’Arven. La vie, à mes yeux, c’était un peu pareil. Sa valeur dépendait entièrement de ce qu’elle pouvait apporter. Une vie qui ne comportait rien de positif, pas le plus petit instant de bonheur, et qui n’avait aucun espoir de changer – et si j’avais bien compris, c’était le cas de celle des miséreux – ne méritait tout simplement pas d’être vécue.

— Et qu’est-ce qui rend la vie précieuse, sinon les moments précieux qu’elle contient ? Sans ces moments précieux, la vie – dont on ne pourra pas profiter – n’est-elle pas aussi inutile qu’une chaise à laquelle il manque un pied, qu’un fleuron avec lequel on ne peut rien payer, ou que de la nourriture qu’on ne peut pas manger ?

J’avais le sentiment, tout au fond de moi, que le but de la vie était d’être profitable, comme le but de la nourriture d’être mangeable, du fleuron de servir de moyen de paiement, et ainsi de suite. Or, si elle ne remplissait pas ce but primordial, la vie n’avait tout simplement plus aucun sens. Mais Mélodie semblait penser différemment, et je devais l’avouer, cela m’intriguait. Parce que j’étais prête à changer de point de vue, oui, si elle me convainquait de la justesse de ses arguments – encore que mon convaincre n’était pas de tout repos, j’avais tendance à être… légèrement tenace. Et quand elle reprit la parole, je l’écoutai attentivement, essayant de me mettre à sa place, essayant de comprendre ce dont elle me parlait. Mes compatriotes humains avaient des comportements que je trouvais souvent étranges, mais je ne m’étais pas encore découragée de trouver un sens à ce qu’ils faisaient.

Et d'une certaine façon, sa tirade me toucha plus que le reste de ses arguments. Elle y parlait de détermination, d’une détermination et d’un courage qui dépassaient peut-être même ce que j’étais capable d’entrevoir. Je plissai les yeux, perplexe, songeuse. Se lever, tous les matins. Songer qu’on ne pouvait peut-être rien faire pour changer son sort misérable. Mais se lever quand même, au lieu de rester couché et de se laisser mourir. Se lever, et vivre, tout simplement. A tout prix. Pour le bonheur simple d’être encore en vie au moment d’aller dormir. Ils ne se posaient pas le défi du « vivre mieux », ils désiraient simplement « vivre », et peut-être que pour eux, c’était déjà beaucoup. Oui, peut-être que je commençais à comprendre. Mais la question restait, flottait devant mes yeux comme si je venais de fixer une lumière trop vivre. A quoi bon ? Ne pouvaient-ils pas s’imposer un défi un peu plus grand, et tendre vers un « vivre mieux » qui leur serait plus profitable ?

— Je peux comprendre que ce soit une victoire, oui. Mais être condamné – ou du moins se sentir condamné – à une même inlassable victoire, puisqu’il n’y a aucun espoir d’amélioration, est-ce que ça ne rend pas ladite victoire fade et sans valeur ?

Personnellement, une fois que j’avais relevé un défi avec succès, je m’en désintéressais immédiatement pour me consacrer à un autre. C’était ma façon d’être, ma façon de faire, et parfois, j’avais dû mal à comprendre pourquoi tout le monde n’agissait pas ainsi. Après tout, ma vie à moi, elle était simple, faite de choix élémentaires et de sourires faciles. Or, quand je regardais les autres, j’avais l’impression qu’ils se surchargeaient de problèmes et de difficultés comme s’ils appréciaient d’avoir à se démener avec leurs monstres intérieurs en plus d’affronter le monde extérieur. Enfin, s’ils étaient heureux comme ça, que pouvais-je bien dire ?

Et je continuai à les poser, mes questions, à me les poser comme à les poser aux autres. Je n’avais, pour ma part, pas vraiment de réponses. Je ne comprenais pas, voilà tout, alors je réfléchissais, m’efforçant de trouver une hypothèse convaincante qui pourrait expliquer ce comportement. La résignation faisait partie de ces rares choses que je n’avais jamais comprises. C’était un concept qui me faisait peur aussi, un peu, même si je n’osais pas me l’avouer, parce que comme j’ignorais les signes avant-coureurs qui l’annonçaient, je ne pouvais absolument rien faire pour espérer l’éviter, si jamais elle se décidait à s’emparer de moi, cette résignation.

— Ce n’est pas parce qu’une chose est difficile qu’elle est impossible, fis-je remarquer en haussant les épaules. Il y a un énorme fossé entre penser que quelque chose nous demandera beaucoup de temps et d’efforts et songer qu’il n’y a plus aucun espoir. La première position est réaliste, et même profitable. La seconde nous pousse simplement à baisser les bras, voilà tout.

Mais de toute évidence, Mélodie ne se départirait pas de ses positions, et moi, et bien, j’avais dû mal à abandonner les miennes. Je trouvais ça triste, un peu, ceux qui baissaient les bras, et j’aurais voulu leur hurler qu’ils pouvaient faire quelque chose pour changer, que ça demanderait du temps, sans doute, et des efforts, mais qu’ils y parviendraient, à la longue. Parce qu’on pouvait tout faire, avec un peu de détermination. Et s’ils se levaient chaque matin dans le but de vivre une autre journée supplémentaire, ce n’était pas de détermination qu’ils manquaient, non, c’était d’autre chose. De perspectives d’avenir ? D’espoir ? Je ne pouvais le dire. Je laissai échapper un léger soupir.

— Enfin, je suppose qu’en parler comme nous le faisons ne changera rien du tout à la situation et à l’état d’esprit de ces miséreux. Le changement ne peut venir que du plus profond d’eux-mêmes, sans doute.

Comme moi, quand j’avais décidé, du jour au lendemain, que j’en avais assez de me lamenter sur la perte de mon frère, et qu’il me fallait sourire, rire, retrouver ma joie de vivre, même sans lui. Et c’était naïf, peut-être, de penser qu’un état d’esprit pouvait modifier les conditions de vie de ces miséreux. Mais j’étais persuadée, moi, que la volonté pouvait abattre tous les obstacles. Tout. Y compris celui de la pauvreté.

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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Jeu 20 Oct - 19:17

L’incompréhension s’agite dans la tête de Melinda. Elle se rebiffe et se raccroche à ce qu’elle connaissait, la rejetant en bloc. Ce que je lui disais dépassait son entendement et elle le balayer d’un revers de la main pour ne pas avoir à y faire face. Niant et écrasant la moindre de mes remarques comme s’il s’était agi d’un insecte gênant. C’était comme un enfant, secouant la tête avec les sourcils froncés et l’air boudeur, incapable d’admettre qu’il s’était trompé, voulant à tout prix démontrer qu’il avait raison et que les autres se leurraient.
Le problème était qu’il n’y avait aucune gloire à savoir qui aurait le dernier mot. Je parlais en connaissance de cause, j’aurais bien volontiers jeté cette triste réalité dans les braises pour qu’elle brule et devienne un mensonge. Si seulement c’était aussi simple, si tout le monde pouvait simplement mieux vivre, trouver le bonheur, avec un peu d’entêtement.

Seulement certaines fois, nous étions tout simplement enfermés dans une cellule sans porte et si personne, dieux, humains ou créatures, ne se rendait compte de votre cloisonnement et ne venait à vous en sortir.
Alors… C’était la fin.
C’était malheureux, je comprenais que cette vision était terrifiante. Celle que quoique l’on fasse, parfois, nous étions simplement dépassés. Mais c’était ainsi, se voiler la face était aussi stupide que dangereux. Avancer en toute connaissance de cause pouvait aussi permettre d’éviter ce genre de situation ou… de trouver de l’aide plus facilement. Melinda n’en voulait pas de cette aide. Elle voulait prouver au monde qu’elle était une grande personne, pouvant avancer sans béquille. C’était noble, mais elle se voilait la face. L’académie lui servirait des maîtres pour lui montrer la voie, ses parents, ses amis la soutiendront. Ce n’était pas un mal, nous n’étions pas des animaux pouvant faire grand-chose en totale solitude, mais ne pas l’admettre et refuser d’accepter qu’avancer c’était aussi faire du chemin avec d’autre… et bien c’était un peu présomptueux.

Je lui souris doucement, sans joie. A chaque explication, elle tente de me contrer, trouvant et cherchant désespérément de nouveau argument. Nous pouvions rester la nuit ainsi à discourir sur la vie et ses possibilités, mais je n’étais pas venue pour cela. Je voulais chanter, danser et me souler aux frais d’un charmant jeune homme. Aborder des sujets aussi sérieux, devant une demoiselle qui refusait le moindre argument en était à des lieux. Je ne trouvais pas cela amusant du tout, même si c’était ce qui m’avait attiré à elle dans un premier temps.

-Melinda, quoi que je raconte, tu essais de me contredire. Qu’est-ce que tu veux que je te dise de plus ? Tente de tuer un dragon seul et tu comprendras que certaines choses sont simplement hors de ta portée. Il en va de même pour la vie, certaines fois, c’est ainsi. Peu importe avec quelle énergie tu le refuses. L’ignorer reste cependant dangereux. Fait attention à toi.


Je me redresse souplement. Acquiesçant à sa dernière phrase. Elle avait raison, en parler plus était une perte de temps.

-Tu as raison, inutile de continuer ainsi. Certaines choses doivent certainement se vivre pour être comprise.


Je me dirige tranquillement vers la sortie, en agitant la main.

-Je te laisse petite demoiselle. J’ai d’autres tavernes à écumer et je compte bien trouver un compagnon qui saura réchauffer mes ardeurs, ou… au moins me remplir le ventre à ses frais.

Je lui lance un dernier clin d’œil.

-N’hésite pas à venir me retrouver dans les bas-fonds malfamés de la ville. Je serais contente de t’y trainer pour te faire découvrir de nouvelles choses.


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Message Sujet: Re: Une monstrueuse erreur... ou une opportunité en or?   Dim 23 Oct - 17:30

Je n’essayais pas vraiment de contredire Mélodie ; c’était juste une déplorable conséquence de l’avis qui était le mien. Mais après tout, je n’allais pas essayer d’argumenter à ce sujet, elle aurait pu dire qu’une fois encore, je faisais exprès de ne pas être d’accord avec elle ! Enfin, peut-être un peu. Il était vrai que je m’étais montrée particulièrement pinailleuse, sautant sur le moindre détail pour contester ses paroles. Mais était-ce ma faute si je repérais ce qui n’allait pas dans le discours des autres, et me sentait en devoir de le faire remarquer ? Il leur suffisait, pour éviter mes récriminations, de faire un peu attention à ce qu’ils disaient !

Un simple exemple : les paroles actuelles de Mélodie. Qui aurait eu l’idée ridicule de tuer un dragon ? Ces majestueuses créatures étaient bien plus utiles vivantes que mortes : même quand on ne les chevauchait pas, on pouvait les admirer à cœur joie ! Enfin, n’ayant jamais goûté de viande de dragon, je ne pouvais pas vraiment me prononcer sur leur utilité une fois morts, mais de toute façon l’idée de dévorer une de ces créatures me remplissait d’un profond dégoût. Quant à faire attention à moi, c’était exactement mon but. C’était en ce sens que j’entendais la solitude : ne laisser à personne d’autre que moi-même le soin de s’occuper de ma sécurité et de mon bonheur.

—  Oh, mais je fais attention à moi, et c’est justement pour ça que je tiens à me débrouiller seule. Mais ne t’inquiète pas, je sais profiter des compétences des autres quand elles sont nécessaires. Simplement j’estime qu’elles ne sont pas aussi utiles qu’on peut le penser au premier abord, et je cherche d’abord à me débrouiller par moi-même.

Mais je remarquai rapidement que dans cette conversation, je ne remporterai aucune victoire, et sans pour autant abandonner, je fis remarquer que nous tournions en rond. Mélodie tomba d’accord avec moi, un parfait exemple que je n’essayais pas toujours de la contredire! Une petite voix me murmura que c’était elle qui était d’accord avec moi, et non moi qui était d’accord avec elle, mais je ne lui prêtais qu’une oreille distraite. Quelle différence, de toute façon, puisque nous étions du même avis au moins à propos de ce sujet ?

— Et j’espère pouvoir le vivre un jour, pour enfin avoir les réponses à mes questions.

Ou pour prouver que j’avais raison, même si je gardai cette idée pour moi. Mes paroles n’étaient pas du tout prononcées comme si je voulais faire un brin de tourisme parmi les miséreux. Je voulais vraiment les comprendre, me mettre à leur place, et essayer de déterminer pourquoi ils étaient aussi pessimistes. D’accord, leur situation ne poussait guère à la béatitude, mais tout de même, ils pourraient essayer d’éviter de se résigner à une situation qui devait probablement être insupportable, non ? Perdre espoir ne les aiderait pas vraiment à s’en sortir, et l’espoir donnait une force insoupçonnée…

Je laissais Mélodie partir, désormais plus songeuse qu’exubérante. Je la saluai d’un geste de la main en retour, les yeux toutefois perdus dans le vague, comme s’ils cherchaient une réponse qui leur était inaccessible. Elle avait éveillé ma curiosité sur un sujet qui ne m’avait même pas effleuré jusqu’alors, cette jeune femme, et pour ça, je devrais presque la remercier. Il me faudrait bien deux mois pour investiguer la Ville aux Mille Tours et trouver une réponse satisfaisante à cette question ! Avec son aide si gentiment proposée, peut-être, quand j’en ressentirais le besoin.

— Bonne recherche, déclarai-je avec un sourie amical, avant de devenir taquine. Et puisqu'ignorer que la solitude est infiniment précieuse peut être dangereux, fais attention à toi ! Je n’hésiterais pas à venir te trouver si jamais je recherche un peu de découvertes. Ce serait dommage que tu ne sois plus là !

Demander l’aide de quelqu’un pour découvrir des nouveautés ne me dérangeait nullement, bien au contraire, j’étais toujours avide de découvertes, et ma curiosité me rendait parfois intenable. C’était le fait d’avoir besoin de quelqu’un en particulier que je détestais. Ceux qui devenaient nécessaires finissaient toujours par disparaitre, et alors, alors, leur absence était comme un grand vide qu’il fallait combler par tous les moyens… sans jamais réussir à le faire disparaitre totalement.

Mélodie partie, j’achevai mon verre et je me décidai à sortir dans la Ville aux Mille Tours pour trouver un endroit où dormir. Demain commencerait mon exploration minutieuse de tous les recoins mystérieux de Lorgol. Que demander de mieux ? La compagnie de mes abeilles, peut-être, oui. Mais après tout, à mon retour en Outrevent, j’aurais tant de choses à leur raconter que ce petit inconfort serait vite oublié !

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