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 Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne

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Les Savants
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Liry Mac Lir
Liry Mac Lir

Messages : 703
J'ai : 24 ans
Je suis : cartographe sur le Borée

Feuille de personnage
J'ai fait allégeance à : Pénélope de Bellancre
Mes autres visages: Séverine de Bellifère, Marjolaine du Lierre-Réal, Lancelot l'Adroit, Anwar Sinhaj et Antonin de Faërie
Message Sujet: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyDim 2 Juil - 14:03


Livre II, Chapitre 4 • De Glace et de Sang
Melinda Orlemiel & Liry Mac Lir

Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne

Deux âmes aventurières qui se percutent



• Date : 15 juin 1002
• Météo : Il pleut à petites gouttes sur les rues de Lorgol.
• Statut du RP : Privé
• Résumé : De retour sur le continent depuis quelques jours déjà, Liry se rend à la Taverne de la Rose comme tous les soirs depuis son retour.  Curieuse de cette nouvelle régulière, Melinda décide qu'il est temps de faire connaissance.
• Recensement :
Code:
• [b]15 juin 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2390-defi-du-jour-apprivoiser-l-ilienne]Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne[/url] - [i]Melinda Orlemiel & Liry Mac Lir[/i]
De retour sur le continent depuis quelques jours déjà, Liry se rend à la Taverne de la Rose comme tous les soirs depuis son retour.  Curieuse de cette nouvelle régulière, Melinda décide qu'il est temps de faire connaissance.

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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyDim 2 Juil - 14:04

Comme toutes les rares fois que tu te rends sur Lorgol depuis la fin de tes études à l'Académie, tu t'es pris une chambre à la Taverne de Rose, là où on trouve le meilleur rhum de la ville.  Et là où tu te sens le plus à ton aise, parmi les flibustiers et autres marins de passage.  On dirait presque que tu peux sentir la houle sous tes pieds en ces lieux.  Puis, tu as appris que la cousine Viana y était aussi maintenant, se chargeant de jouer les videuses.  Triste histoire que la sienne.  Tu lui as assuré que si tu mettais la main sur ces vils marins coupable de l'enlèvement de la petite Emma, tu l'aiderais à leur faire la peau avec allégresse.  Ça fait du bien aussi de retrouver un autre membre de la famille sur le continent, quelqu'un avec qui tu peux parler librement sans te forcer à améliorer ton accent qui malgré les années semble toujours indéchiffrable à bien de ces prétentieux de continentaux.  Sur le Borée, tout le monde te comprend.  Tu vois pas pourquoi les autres le pourraient pas.  Mais tu t'es toujours dit qu'ils étaient pas trop futés et qu'il valait mieux être une féroce d'îlienne qu'un mou de continentaux.  D'ailleurs, plus tu côtoies ces gens, plus tu trouves qu'ils ne sont pas très sains d'esprit, encore plus désormais qu'ils mettent leur territoire à feu et à sans pour des raisons que tu n'arrives pas trop à bien cerner.  Ils peuvent bien se taper dessus pour ce qui t'importe, tant que cela ne vient pas remettre en cause tes occupations et la sécurité de ta famille.

Après une matinée à errer dans la ville basse, toi qui aime frissonner devant le danger des ses rues, tu reviens à la Taverne pour le déjeuner.  Gloutonne comme pas possible, tu demandes à ce qu'on t'apporter de quoi te sustenter amplement.  Une table à nourrir un ogre.  Qui en te voyant, si menue et fluette, sculptée par la vie en mer, pourrait te croire d'avaler une telle quantité de nourriture?   Peu de gens, très certainement.

Lorsque les victuailles sont disposées sur ta table, la remplissant agréablement, tu t'attaques avec voracité à celles-ci, ne te préoccupant que très peu des bonnes manières.  Mâchant avec vigueur, te léchant les doigts lorsqu'ils étaient couverts de jus de viande, c'était un portrait bien vulgaire pour toute personne qui osait prétendre à la respectabilité, mais tu n'en avais que cure.

« Ch'que ch'ais bon, » t'exclames-tu entre une ou deux bouchées, ne te préoccupant pas de savoir si cela offusquait quelqu'un de te voir t'exprimer avec la bouche bien pleine, au point où les mots ne sortent que déformés entre tes lèvres.

Tu arraches la viande d'une cuisse de poulet avec les dents, gardant le pilon dans la main, tandis que le jus de viande te coule lentement sur le menton.  D'un geste nonchalant, tu l'essuies de ta manche : ça fait tout aussi bien le travail qu'une serviette de table.  Aux diables les bonnes manières, de toute façon, tu n'es pas la seule à te restaurer de la même façon dans la taverne.  Il y en a probablement des pires parfois.
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyDim 9 Juil - 10:07

Mes abeilles allaient bien, et il n’y avait nulle raison que je m’en occupe plus. Il pleuvait dehors, et je pouvais difficilement visiter les rues par un temps pareil. La pluie ne me dérangeait pas, pas vraiment, mais je n’avais pas envie de me retrouver avec des vêtements trempés et de risquer de tomber malade. Il serait peu appréciable qu’un rhume me cloue au lit pendant plusieurs jours. Et puis je n’avais personne avec qui sauter dans les flaques et courir dans les rues, puisque parmi toutes les personnes qui m’entouraient, peu semblaient enclines à se prêter à ce genre d’activités. La pluie, dans ces conditions, perdait une grande partie de son intérêt. Il ne me restait donc plus qu’à attendre à l’intérieur, en observant les clients de la Taverne de la Rose, et en essayant de leur imaginer des vies entières rien qu’à leur façon de parler, de se tenir, de manger.

L’un de ces clients, en particulier – ou plutôt l’une de ces clientes – retint mon attention. C’était une jeune femme, d’à peu près mon âge, même si j’étais assez peu compétente pour juger de l’âge des gens rien qu’à leur apparence. Ce n’était pas la première fois que je la voyais ici. J’avais déjà élaboré deux ou trois scénarios sur son existence. L’un d’eux, notamment, était une histoire déchirante à propos d’une petite fille qui avait perdu ses parents et sa raison dans un terrible accident, et qui était désormais persuadée qu’elle devait manger à la place de ses géniteurs – une histoire peu plausible, certes, mais qui expliquait l’appétit étonnant dont elle faisait montre. Ces fariboles, toutefois, commençaient à devenir lassantes et étrangement insuffisantes, avec le temps, et ma curiosité se faisait de plus en plus grande.

J’aimais bien en savoir plus sur les habitués de la Taverne. L’établissement, après tout, était devenu un peu comme mon chez moi. Les visiteurs occasionnels étaient de très bons sujets pour mes scénarios rocambolesques, mais dès qu’ils venaient un peu trop souvent, les questions que je me posais sur eux commençaient à exiger une réponse réelle. Plusieurs fois, déjà, j’avais essayé d’engager la conversation, avec douceur et diplomatie, afin de ne pas faire fuir ces clients réguliers. Souvent, j’essuyais des refus, et je n’insistais pas, comprenant tout à fait que parfois on puisse tenir à se murer dans la solitude et le silence. Mais parfois, je tombais sur une bonne âme, toute heureuse de pouvoir parler et échanger en toute liberté avec un parfait inconnu, qui accepterait ou non de se dévoiler un peu au détour de quelques mots.

Je me dirigeai donc vers ma nouvelle proie d’un pas assuré, lissant d’une main distraite ma robe verte. Je jetai un coup d’œil agacé à la chèvre brodée qui gambadait gaiement sur l’une des manches. Elle disparut un instant de ma vue, et reparut bientôt avec deux de ses congénères pour paitre tranquillement une herbe invisible. Les cinq premiers jours, j’avais apprécié le sort qu’un mage avait lancé sur ma garde-robe, faisant de tout vêtement un terrain de jeu pour des animaux brodés animés tels que ceux-ci. Néanmoins, je commençais à considérer avec une certaine irritation ces petites choses qui remuaient sans arrêt et attiraient sans cesse mon attention ailleurs. J’étais déjà d’une nature distraite naturellement, inutile de rajouter ces mouvements intempestifs à la périphérie de mon champ de vision, afin d’égarer plus encore mon esprit vers ce qui devenait vite une ritournelle assez ennuyeuse. Regarder des chèvres miniatures brodées se balader d’un bout à l’autre d’une robe pouvait être intéressant. Pendant une petite heure, à la rigueur. Par après, ça devenait plutôt répétitif.

Je m’immobilisai à quelques pas d’elle, la regardant dévorer son repas avec… – voracité ? bestialité ? sauvagerie ? – avec grand appétit. Sans prendre le temps d'avaler ce qu'elle fourrait dans sa bouche, la jeune femme laissa échapper quelques mots que je ne parvins pas à comprendre. La langue qu’elle parlait n’était pas en cause, mais plutôt le fait que chacun de ses mots sortait déformé et méconnaissable. Je plissai les yeux, me répétant mentalement la phrase, parvenant juste à saisir le terme « bon ». Elle devait probablement parler de la nourriture. Son attention paraissait difficilement attirée par quoi que ce soit d’autre. Pariant sur cette hypothèse, je lui lançai un large sourire en me plantant face à elle, juste devant la table où elle était installée.

— Evidemment que c’est bon, déclarai-je avec un hochement de tête assuré, comme si j’avais compris parfaitement l’entièreté de sa phrase. Les repas qu’ils servent à la Taverne sont toujours un régal. Et de toute évidence, je n’ai pas à vous en convaincre.

Sans doute n’aurait-elle pas mangé avec le même appétit si elle avait déprécié ce qu’ils cuisinaient ici. Personnellement, je n’étais pas très difficile sur la nourriture que je mangeais, aussi pouvais-je difficilement comprendre son enthousiasme. Peut-être n’était-elle pas sûre de manger autant, et une aussi bonne chère, tous les jours ? Je jetai un coup d’œil amusé à une des chèvres sur mon bras, qui broutait tranquillement une herbe imaginaire. Elle, au moins, pouvait profiter d’autant de nourriture qu’elle le désirait aussi longtemps qu’elle le voulait. Enfin… plus exactement, aussi longtemps que durerait le sort qui l’animait.

— J’espère que je ne vous dérange pas, repris-je sans perdre mon sourire. J’aime bien discuter avec les gens, et comme vous êtes seule, je me suis dit que vous ne seriez peut-être pas contre l’idée d’avoir un peu de compagnie. Mais si vous voulez que je parte, je n’y voie aucun inconvénient.

Après tout, peut-être préférait-elle se focaliser sur sa nourriture au lieu de discuter avec une inconnue – ou même de l’écouter parler sans discontinuer, ce que j’étais bien capable de faire. A moins qu’elle ne soit pas particulièrement d’humeur affable, en cet instant.

— Je vous avoue que j’ai tendance à être un peu curieuse. Je loge à la Taverne depuis un peu plus d’un an, vous voyez, et j’aime bien savoir qui la fréquente. Ça fait quelquefois que je vous remarque… Je demanderais bien ce qui vous amène ici, ou qui vous êtes, mais je ne sais pas si vous êtes très encline à répondre aux questions d’une inconnue, alors je vais me présenter à la place. Je m’appelle Melinda. Melinda Orlemiel, outreventoise et apicultrice.

Mon sourire s’élargit, se teintant d’une pointe de malice.

— Voilà, maintenant que je ne suis plus une inconnue pour vous, j’ose espérer que vous accepterez de discuter avec moi en toute amitié.

J’avais étalé tous mes atouts sur la table, espérant que l’un d’eux, au moins, puisse fonctionner. Peut-être que la jeune femme accepterait de discuter avec moi. Peut-être pas. Mais au moins, je me serais bien amusée à tenter de trouver une technique d’approche acceptable pour aborder un inconnu dans une taverne sans qu’il me retourne quelques grognements destinés à me chasser loin de sa vue. Si j'échouais cette fois-ci, la prochaine fois que j'essayerais d'aborder un inconnu, je ne lui laisserais pas placer une parole. Comme ça, il ne pourrait pas me dénier le droit à la conversation, n'est-ce pas?
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Liry Mac Lir
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyJeu 3 Aoû - 21:04

Tu es tellement absorbée par ton repas que tu ne réalises même pas la jeune femme brune qui s'est plantée debout devant toi avec des objectifs indéterminés.  C'est son ombre qui finit par attirer ton attention.  Une silhouette qui se dresse subitement devant toi, c'est quand même pas très rassurant.  En levant la tête, tu plisses les yeux pour la regarder alors que tes bras s'enroulent autour de ta pitance pour former un rempart.  Et si c'était une gueuse venue te voler ta nourriture?  Il n'en était pas question.  Liry ne partage pas sa nourriture.  Avec personne. Même pas une seule bouchée.  Tu ne vois pas d'autres raisons pour expliquer la venue de l'étrangère que de mauvaises intentions à l'égard de tes victuailles.  Elle voudrait le torturer, en les arrachant à toi, en les broyant entre ses dents et en les envoyant dans son estomac creux.  Quelle horrible femme!  Une grimace haineuse se trace lentement sur ton visage alors que tu resserres les aliments vers toi, les protégeant de cet ogre venimeux.  Une créature qui a déjà goûter à la chair fraîche, tu t'en rends bien vite compte alors qu'elle ouvre la bouche pour laisser dévaler une cascade de mots.  N'écoute pas Liry!  Ce n'est qu'un plan pour te distraire!  Elle cherche à te faire baisser ta garde et quand ce sera fait, elle s'emparera de ton bien et se mettra à boustifailler à ton crédit.  Il n'y avait pas de surplus pour les vilains, encore moins les vilaines!  Tu regardes autour de toi, cherchant une arme pour défendre tes pauvres moutons, si inoffensifs et innocents.  Blancs de tout crime et de toute perversion.  Tu ne peux décidément les abandonner à ce grand méchant loup!  Peut-être que si tu n'attends pas plus longtemps et que tu lui sautes dessus pour la mordre, l'attaque surprise la ferait prendre sa retraite.  Il y avait suffisamment d'autres gens dans cette taverne à dépouiller.  On ne s'en prenait pas à une sauvageonne d'Îlienne.  Le combat était perdu d'avance.  Tu l'observes, cherchant le meilleur endroit à trancher de tes dents acérées tandis qu'elle se remet à faire cascader en rivières les mots.  Tu n'écoutes que d'une oreille, trop concentrée par ta mission de sauver ta nourriture.  Et c'est qu'elle peut babiller cette fille.  Plus encore que la Viana!  Mais qu'est-ce qu'elle te veut à te noyer de paroles comme ça?  Ne sait-elle pas que tu es une fille de Messaïon et que tu nages à la perfection?

Elle propose de partir.  Tu la regardes d'un air méfiant sans répondre.  Elle partira peut-être d'elle-même.  Mais elle reprend plutôt son discours.  Un vrai moulin à paroles cette fille!  Ne s'arrêtera-t-elle jamais?  C'est aussi qu'elle est un peu bizarre.  Qu'est-ce que ça peut bien lui faire de savoir qui vient fréquenter la Taverne.  Elle fait qu'y habiter, elle a tout de même pas des droits sur les gens qui viennent se ravitailler sur place.  D'autant qu'il n'y a pas meilleur endroit où faire pitance dans tout Lorgol, il t'est avis.  Des gens qui y viennent régulièrement, ça ne doit pas manquer!  Est-ce que c'est un stratagème pour te distraire et te détendre?  Tes muscles restent tendus.  Api-machin, tu sais pas ce que c'est, si ça se trouve c'est un métier très peu recommandable.

« Moi c'Liry.  T'peux t'asseoir.  Mais t'touches pas à ma bouffe. J'te surveille, » finis-tu par répondre finalement en mâchant à moitié tes mots.  Tu es  toujours méfiante à l'égard de l'intruse, mais tu acquiesces quand même, la laissant prendre place en face de toi.  Tu tires tes victuailles vers toi et te remets à manger, la fixant d'un air incertain.

« C'quoi Api-truc? C't'une maladie? » demandes-tu entre deux bouchées, ne te souciant pas du tout d'avoir encore la bouche pleine.  Si ça lui plaît pas, elle a qu'à s'en aller.  Tu te sentiras plus en sécurité, toi et ton butin, une fois que ce sera fait.  « C'pas contagieux j'espère, » maugrelles-tu avant même d'attendre sa réponse.  Avec un mot pareil, ça ne peut pas être quelque chose de très sain.  Encore une saleté d'invention de ces continentaux, tu es prête à mettre ta main à couper que c'est quelque chose comme ça.  Toi, tu as une santé de fer, tu n'es jamais malade.  Ou presque.  Parce que lorsque la maladie vient te rendre visite, elle n'est pas tendre avec toi et tu te sens toujours à l'agonie.  Même si ce n'est qu'un petit rhume de rien du tout.  Tu sais pas trop c'est quoi cette histoire de maladie bizarre, mais tu es bien certaine que tu ne veux pas la chopper.  Déjà être coincée sur le continent, c'est pas le rêve, mais si en plus il faudrait te clouer dans un lit… Pourtant elle a plutôt l'air en bonne santé.  En tout cas, pour parler autant, elle avait certainement pas de problème à la langue et aux poumons.  C'est peut-être une maladie du ventre?  C'est pour ça qu'elle veut te voler ta nourriture!  Quel plan diabolique!

« T'pourrais r'culer de deux pas?  J'voudrais pas attraper c'que t'as moi aussi, t'vois.  J'déjà coincée su' terre quand j'devrais êt' en mer, faudrait pas qu'j'm'retrouve clouée au lit. »

Mieux vaut prendre tes précautions.  Que cette maladie soit réelle ou fausse.  Au cas où.  C'est peut-être un truc pour te dérober ton bien.  Oh oups! J'y ai touché, si tu le manges tu vas attrapper ma maladie.  Le plus loin elle est, le mieux c'est.
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyVen 11 Aoû - 20:45

Accepte ! Accepte ! Accepte !

Une part de moi scandait cette litanie sans discontinuer tandis que je regardais la jeune femme avec un large sourire. Bien sûr, j’avais conscience qu’elle avait toutes les chances de refuser : ils étaient peu nombreux à accepter de converser avec un parfait inconnu sans qu’un motif suffisamment fort ne les y pousse. De plus, mon interlocutrice me paraissait… un peu hostile, comme si elle craignait que je ne lui vole quelque chose. Je ne perdis pourtant rien de ma contenance, conservant aussi bien mon sourire que mon ton enjoué. Peut-être n’avait-elle simplement jamais appris à sourire, et sans doute était-elle follement emballée par ma proposition. C’était possible, n’est-ce pas ? Emplie d’entrain, je n’hésitai pas à me présenter, et à l’aborder en lui exposant toutes les excellentes raisons que j’avais de lui parler et de vouloir en savoir plus sur elle. Et pour être tout à fait sincère, à mes yeux, la curiosité suffisait à expliquer tous les comportements les plus loufoques.

Accepte ! Accepte !

Mon interlocutrice ouvrit enfin la bouche pour me répondre. L’idée même de me parler ne semblait pas particulièrement lui plaire, et il me fallut quelques secondes pour comprendre ce qu’elle essayait de dire malgré la façon dont elle mâchait les mots, mais je parvins à saisir qu’elle s’appelait Liry et qu’elle m’autorisait à m’asseoir à sa table. Mon sourire s’élargit considérablement. Je le savais ! Je savais que c’était possible, et qu’elle avait, même au plus profond d’elle-même, une envie démentielle de discuter avec moi – bon, peut-être pas avec moi en particulier, mais qui n’aurait pas envie de converser librement avec n’importe qui, juste pour offrir aux mots la place qui leur revenait de droit ? Je notai l’avertissement à propos de sa nourriture, même si je n’avais pas faim. Je tirai une chaise pour m’y asseoir, tout en hochant affirmativement la tête.

— Enchantée, Liry. Et promis, je ne toucherai pas ta nourriture. Je n’ai pas faim, de toute façon, la rassurai-je, comprenant que c’était là un sujet qui lui tenait beaucoup à cœur.

Je n’avais pas particulièrement d’intérêt envers la nourriture, de toute façon. Le miel me tenait beaucoup à cœur, bien entendu, mais je le plaçais au-delà de tout autre met. Au vu de la façon dont cette jeune femme mangeait, elle n’avait pas le même genre de préférence – ou elle n’avait plus mangé depuis plusieurs mois, peut-être. Je lui lançai un regard intrigué, me demandant si c’était pour cela que je la voyais pour la première fois. Elle venait de rentrer d’un terrible voyage où elle avait vécu en solitaire, sans manger, et se réfugiait à présent à la meilleure taverne de Lorgol pour se sustenter avant de reprendre la route. Peut-être que sa longue errance loin de toute civilisation avait également influencé son langage ?

Avant que je n’aie eu le temps de poser quelques questions supplémentaires – si elle n’était pas prête à faire la conversation, moi en tous cas j’y étais toute disposée – elle me vola le crachoir sans l’ombre d’une hésitation et étala sa propre curiosité. Je savais bien qu’elle dissimulait sous son attitude hostile une toute autre manière d’être ! Peut-être s’était-elle simplement adoucie parce que j’avais promis de ne pas toucher à sa nourriture ? C’était une autre possibilité. Quand la question de Liry fit enfin son chemin dans mon esprit, j’en eus le souffle coupé, incapable, sur l’instant, de parler, de bouger, ou même d’exprimer ma surprise. Elle ne savait pas ce que signifiait apiculteur. Pire : elle pensait qu’il s’agissait là d’une maladie. Une maladie… Eh bien, si c’en était une, c’était la meilleure maladie du monde, une de celles que l’on prierait pour attraper. Je ne le fis pas remarquer à haute voix, toutefois. L’apiculture n’était pas quelque chose à prendre à la légère, et si cette jeune femme ignorait ce dont il s’agissait, il était de mon devoir de l’éclairer.

— Ce n’est pas une maladie, déclarai-je avec un doux sourire, plus surpris que moqueur. C’est mon métier. Cela dit, c’est peut-être contagieux. Je n’ai presque pas arrêté d’en faire depuis qu’on m’y a initiée la première fois. Mais ne vous inquiétez pas, tout le monde ne semble pas être capable de développer cette sorte de maladie, et ça ne vous clouera pas au lit. Pour vous expliquer brièvement le métier d’apicultrice, je dirais que je m’occupe d’abeilles, que je veille sur elles et que je récolte leur miel pour le manger, l’offrir ou le vendre.

Je haussai les épaules.

— Enfin, ça c’est la version officielle. J’aime à prétendre que je fais de mes abeilles mes amies, et que c’est plutôt cela qui caractérise le métier d’apiculteur. Mais je suppose que chacun de mes concurrents a sa propre vision de la chose. Pour être tout à fait sincère, même mes propres parents voient l’agriculture autrement, et pourtant, ce sont eux qui m’ont tout appris. Tout ça pour vous dire que ma définition en est plutôt personnelle. Mais je ne pense pas pour autant que ce soit une maladie, à moins, bien entendu, d’avoir une très large définition de maladie.

Je ne savais pas si j’avais pu rassurer Liry sur cette fameuse maladie qu’elle me prêtait, mais toujours fût-il que je ne reculais pas comme elle me l’avait demandé. Ce n’était pas comme si elle risquait vraiment quoi que ce soit, de toute façon. Cela dit, ses paroles n’avaient pas manqué de m’intriguer. Elle prétendait qu’elle aurait dû être en mer… cela signifiait-il que mon hypothèse était juste ? Était-elle une vagabonde, errant à travers le monde à la recherche d’un trésor, venant de temps en temps se nourrir à la Taverne quand la faim se faisait trop pressante? Curieuse, et sachant fort bien juguler les contes abracadabrants que formaient parfois mon esprit pour les remplacer par des réponses claires, précises, et plus réalistes, je me penchai en avant. L’une des chèvres sur ma robe, comme si elle avait perçu mon intention, gambada sur quelques centimètres avant de se pencher pour boire une eau imaginaire.

— Vous êtes marin ? demandai-je en haussant un sourcil interrogateur. Il semblerait que la Taverne de la Rose réunisse pas mal d’amoureux des océans. Je vous avoue que je ne comprends pas vraiment, je préfère de loin la terre ferme. Mais je suppose que vous non plus, vous ne comprenez pas comment qui que ce soit peut aimer rester sur terre. Je peux vous poser une question personnelle ?

Je n’attendis pas sa réponse avant de demander :

— Qu’est-ce que vous trouvez à l’océan ? Qu’est-ce qui vous y plait ?

Qu’est-ce qu’on pouvait discerner dans cette vaste étendue d’eau qui pouvait faire regretter à un être de ne pas s’y trouver ? Cette question, ce n’était pas la première fois que je me la posais, et ce ne serait sans doute pas la dernière. Même si Liry me donnait une réponse claire, je ne cesserais probablement pas de la poser. Peut-être avais-je cet intérêt pour l’océan parce que c’était là que reposait mon frère ? Cette idée me fit frissonner, mais elle n’était pas dénuée de fondements. Si j’étais persuadée qu’il était bien là où il se trouvait… peut-être pourrais-je arrêter de pleurer sa mort. Je secouai la tête, consciente qu’il valait mieux ne pas me morfondre dans ce genre de pensées. Mon interlocutrice ne semblait pas du genre à me tendre son épaule si je me mettais à pleurer, et je n’avais certainement pas envie, de toute façon, d’éclater en sanglots comme une gamine. J’étais au-dessus de ça depuis longtemps. Enfin… depuis presque longtemps.
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptySam 19 Aoû - 3:30

Ce qui te frappe surtout chez cette étrangère, c'est qu'elle ne semble pas du tout capable de s'expliquer en quelques mots.  Un vrai moulin à paroles!  Elle parle rapidement et pour être tout à fait honnête, cela t'étourdit un peu.  Il y a bien dix ans déjà que tu parles la langue des continentaux, mais tu lui préfères l'accent coulant de ta langue de naissance.  En tout cas, tu es un peu soulagée de savoir qu'il ne s'agit pas d'une maladie.  Elle dit que c'est peut-être contagieux, mais tu te retiens de lui dire que ça c'est pas de la contagion, c'est de la passion.  Toi, tu comprends bien ce que c'est que d'être passionnée.  Autrement, tu serais pas toujours sur la mer, poussant encore et toujours vers des horizons plus lointains.  Après, tu ne comprends pas pourquoi elle aime s'occuper des abeilles.  Contrairement à ces fillettes élevées dans les soieries et les pierreries, tu ne crains pas ces bestioles, après tout les crocodiles étaient tes compagnons de jeux par le passé, mais n'en avoir point peur ne te donnait pas envie de devenir leur amie.  Il n'avait jamais été question d'une découverte qui disait qu'on pouvait lier son esprit à celui d'une abeille comme on pourrait le lier à un dragon des mers.  On pouvait alors parler de former une amitié, mais certainement pas entre un insecte volant et un être humain.  C'était un peu ridicule.  Tu te retiens de révéler ce que tu penses de ces confidences bien étranges, soit par politesse et délicatesse, soit parce que tu n'en as tout simplement pas le temps avec le débit effréné de ton interlocutrice.  Est-ce réellement un dialogue?  Tu aurais plutôt dit un monologue tant le babillage de la brunette était tel le flot des mers : après la première vague, une seconde venait toujours et ainsi de suite.

Comme elle te demande si tu es un simple marin embarqué en mer, tu t'apprêtes à répondre que non, tu es cartographe à bord d'une vivenef, mais elle ne t'en laisse pas le temps, laissant un nouveau fleuve de paroles couler entre vous.  Cela fait beaucoup de mots pour dire peu en vérité.  Tu te contentes de simplement continuer à avaler ton repas, de toute façon, il semblerait que tu n'aies pas besoin d'alimenter la conversation, la jeune femme le faisant toute seule sans même attendre tes réponses, répondant même parfois elle-même à ses propres questions.  Tu mâches tranquillement la viande, le pain, en attendant qu'elle ne poursuive.  Ce qui ne saurait tardé, tu n'en doutes point un instant.

Ce n'est qu'au bout d'un long silence que tu réalises qu'elle avait fait arrêter ce moulin qu'est sa petite bouche volubile, qu'elle te laisse enfin l'office de parler un peu toi aussi.  Mais il faut espérer qu'elle ne s'attende pas à ce que tu te lances dans de longs discours : tu n'aimes pas parler pour rien.  Clarté et concision, voilà ce que tu préconies!

« Ch'ui pas m'rin moi!  Quelle drôl' d'idée!  Haha!  Est ben bonne mam'zelle!  Ch'ui cart'graphe su' une vivenef d'exploration, » la corriges-tu.  Tu as pas fait toutes ces années assise sur un stupide banc d'école pour devenir un simple moussaillon par Messaïon!  Mais non!  Tu t'es quand même botté le cul pour passer ce diplôme, et aussi vite que possible.  C'était certainement pas pour rien!

« C'pas la mer qu'me fascine.  C'l'inconnu.  Pis ya rien de plus mystérieux qu'la mer.  Pouvez pas dire l'contraire.  Après tout, ya personne encore qui'a trouvé le bout', la fin du monde.  Mais vous les continentaux, vous compr'nez pas grand'chose d'la vie, » réponds-tu avant de marmonner un peu.  Plus tu vis auprès de ces foutus gens du continent, moins tu les apprécies.  Parfois, tu ne peux t'empêcher de penser que ce ne sont tous que des imbéciles.  Tu profites du silence pour manger encore quelques énormes bouchées que tu n'as pas tout à fait fini de mastiquer avant d'enchaîner, sans ni gêne, ni respect pour l'étiquette à table : « Z'avez tant peur d'ce qu'vous connaissez pas qu'vous vous tapez d'ssus comme des abrutis.  Au moins nous, on a d'bonnes raisons d'se faire la chicane. » Tu conclus sur un ton plus bas, comme si tu te parlais principalement à toi-même.  Très honnêtement, tu sais que tes plaintes sur les continentaux, ça se finit jamais très bien.

« Dans toué cas, l'eau, c'la paix, pis la sérénité.  Pis ya pas meilleur endroit su' ce' terre-ci.  Mais j'lé comprends d'rester.  Parc'que sont des couards. Des poltrons.  Pis ben surtout y sont pas assez intelligents pou' savoir c'quié bon pou' eux.  D'la pure d'ignorance qu'j'vous dis moi. »

Tu considères que tu en as assez dit et tu te penches sur ce jambon qui te semble bien délicieux à côté de ce ragoût.  Ça t'aura coûté une petite fortune ce festin, mais maintenant que tu es rassurée qu'il ne sera pas infesté par une maladie répugnante, il t'appelle encore plus fort que lorsqu'il t'a été servi et avant qu'on ne t'interrompe.  Trop de mots, ça avarie la nourriture.
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyVen 15 Sep - 17:33

Plus je parlais, moins elle avait de chance de me dire de partir, n’est-ce pas ? Une part de moi s’était sans doute laissée bercer par ce principe. Je remarquai, en tous cas, que je ne lui avais guère laissée l’occasion de placer quelques mots entre mes phrases quelque peu précipitées. Je lui avais dit que j’étais curieuse d’en savoir plus sur elle, et pourtant mes questions ne semblaient pas attendre de réponse : je ne lui avais pas vraiment laissé le temps de les donner avant de poursuivre mon presque-monologue. Une autre que moi se serait peut-être excusée, mais si je m’étais sentie désolée pour toutes les fois où j’avais parlé un peu trop longtemps, sans doute passerais-je mon temps à demander pardon à tout le monde et à n’importe qui. Et, tout à fait honnêtement, je ne voyais pas pourquoi je m’excuserais. Si elle voulait vraiment parler, il lui suffisait de s’imposer un peu plus fermement. Certaines questions, toutefois, importaient assez. Assez pour que j’attende la réponse.

Je fus un peu déroutée quand, au lieu de répondre à ma question, Liry s’efforça de corriger ce que j’avais dit d’erroné. Je finis par sourire, amusée à l’idée que j’aurais probablement fait pareil. Moi aussi, j’adorais souligner la moindre contradiction dans les paroles de mes interlocuteurs. Je ne laissai toutefois pas mon amusement briser ma concentration. D’où qu’elle vienne, la jeune femme avait un accent franchement étrange, et parfois difficile à comprendre. J’avais le sentiment qu’elle mâchait ses mots et les recrachait n’importe comment. Il me fallait toute ma concentration pour traduire ça dans un langage plus… compréhensible. Je ne lui en tenais pas rigueur, bien sûr : après tout, c’était moi qui tenait à lui parler, et j’avais déjà entendu pas mal d’accents étrangers ici à Lorgol.

J’espérai sincèrement que je ne l’avais pas insultée en disant qu’elle était marin. Bien qu’habitant dans un duché côtier, j’avais eu bien peu de contacts avec l’océan. Je ne le voyais que lorsque nous partions en tournée pour vendre notre miel dans différentes villes outreventoises. Qui plus est, depuis que mon frère était mort, j’avais considéré l’immense étendue d’eau avec encore plus de dédain. A mes yeux, tous ceux qui naviguaient sur les flots s’appelaient « marins ». Mais il était vrai que ce devait être sensiblement différent de mettre pied sur une vivenef que sur un simple morceau de bois. Après avoir rencontré Rhéa, je pouvais difficilement penser autrement. Le métier de cartographe, m’était, quant à lui, totalement inconnu. Je ne pus m’empêcher de me demander ce qu’on pouvait bien cartographier dans la mer – il n’y avait que de l’eau, non ? – mais je ravalai ma question. Peut-être voyait-elle l’océan autrement. Peut-être même grâce à son métier. Et tout comme ma vision des abeilles était particulière, sa vision de l’immense étendue d’eau que je voyais comme une barrière infranchissable et dangereuse était différente de la mienne. Je hochai toutefois la tête, notant la correction, même si je ne la comprenais pas tout à fait.

Mais elle expliqua son intérêt pour l’océan, la jeune femme, ou plutôt pour l’inconnu. Je plissai les yeux, songeant que si le métier de cartographe était de dessiner des cartes et qu’elle était sur une vivenef d’exploration, elle devait ronger petit à petit cet inconnu qu’elle aimait tant. Que ferait-elle une fois qu’elle serait arrivée au bout du monde ? Serait-elle perdue ? Incapable de savoir ce qu’elle voudrait explorer ensuite ? Je remarquai avec un demi-sourire que ce serait en soi un autre mystère à étudier. De toute façon, Liry paraissait être quelqu’un de plutôt lucide ; si ce n’était déjà fait, elle finirait par s’en apercevoir toute seule. Elle poursuivit en disant que nous autres continentaux n’y comprenions pas grand-chose. Sans doute y comprenait-elle aussi peu que nous, mais je n’allais pas m’attarder là-dessus. Je me contentai instinctivement de laisser un large sourire étirer mon visage, agréablement surprise par cette franchise un peu brute, peu coutumière, mais appréciable. Je ne perçus pas bien ce qu’elle dit ensuite, et je n’insistai pas. Si elle avait voulu que les mots me soient compréhensibles, elle aurait fait en sorte qu’ils le soient.

D’ailleurs, lorsqu’elle reparla de l’eau, elle reprit une voix plus forte, désirant visiblement m’intégrer de nouveau à la conversation. La paix. La sérénité. Le meilleur endroit sur terre. Était-ce là que mon frère reposait désormais ? Il devait y être bien, non ? Je plissai les yeux, comme si je doutais du fait qu’il puisse être bien sans moi. C’était… étrange, et presque douloureux, de se dire qu’alors qu’il me manquait cruellement, il pouvait se la couler douce quelque part. Mais sans doute étais-je stupide et ignorante, comme Liry le faisait remarquer. En tous cas, elle avait tout à fait raison quand elle prétendait que j’ignorais ce qui était bon pour moi. Je n’en avais pas la moindre idée. Pour être tout à fait sincère, je n’y avais jamais vraiment réfléchi. Sitôt sa tirade terminée, la jeune femme retourna à sa nourriture, me laissant visiblement la parole. Je me jetai aussitôt sur une invitation aussi évidente à laisser mes mots s’épanouir à nouveau.

— Désolée si je vous ai vexée en vous prétendant marin. A vrai dire, je n’y connais pas grand-chose aux bateaux. Mes connaissances me permettent tout juste de distinguer un simple navire d’une vivenef, et j’ai bien conscience qu’il n’y a pas vraiment matière à parler d’exploits.

La jeune cartographe n’avait pas vraiment l’air vexée ; je l’avais plutôt trouvée désireuse de me corriger pour qu’à l’avenir je ne fasse plus la même erreur. Toutefois, j’avais vite compris que la plupart des gens savaient à merveille dissimuler lorsqu’ils étaient blessés par les paroles d’autrui. Ils préféraient garder leur rancœur pour eux, la nourrir et l’élever comme si elle était un compagnon agréable. Je n’étais pas certaine de comprendre ce genre de comportement, mais après tout, comme l’avait dit Liry, nous ne comprenions pas grand-chose de la vie.

— J’y connais probablement aussi peu dans le domaine de la navigation que ce que je ne comprends de la vie. Cela dit, à ma décharge, la vie ne se laisse pas facilement aborder. Je me demande parfois si elle ne prend pas un malin plaisir à être complexe et inexplicable, afin que nous soyons dépassés par ce qu’elle nous propose. Pour la navigation, en revanche, je plaide coupable. Je ne m’y suis jamais vraiment intéressée. La mer… ne m’inspire rien de bon.

Plutôt un sentiment de désolation et de haine, qui avait remplacée l’émotion enfantine d’émerveillement que je pouvais ressentir, quand j’étais petite, et que je posais mes yeux sur l’immense étendue bleue.

— Je sais que c’est ridicule, mais quand je la vois, j’ai plutôt tendance à y voir une entité dangereuse et cruelle qu’une étendue paisible et mystérieuse. Mais sans doute, comme vous l’avez dit vous-mêmes, ne suis-je pas suffisamment intelligente pour percevoir l’océan à sa juste valeur. J’ai tendance à me montrer remarquablement idiote dans certains domaines de ma vie. C’est dommage. J’ai l’impression que je manque tellement de choses. C’est comme si j’étais aveugle à ce qui peut paraitre beau et évident pour d’autres.

Je secouai la tête, pour empêcher ces sombres pensées de pervertir cette douce conversation. Qui plus est, Liry n’avait probablement pas envie de me voir m’étaler sur des sentiments qui ne la concernaient pas et qui lui paraissaient sans doute dépourvus du moindre sens. Je laissai de nouveau un large sourire éclairer mon visage, comme pour chasser les nuages noirs de mes pensées.

— Enfin, ça n’a que peu d’importance. Vous accepteriez de me parler de votre métier de cartographe ? Vous faites quoi, exactement ? Qu’est-ce qu’on peut bien dessiner comme carte en mer, là où il n’y a que de l’eau ?

Je plissai les yeux, curieuse.

— Et vous n’avez pas peur, un jour, de trouver le bout du monde et de n’avoir plus rien à cartographier ?
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyLun 25 Sep - 7:03

Tu hausses simplement les épaules.  C'est pas si grave qu'elle t'aie prise pour un marin.  Les gens savent pas toujours faire la différence.  Si tu travailles sur un bateau, c'est tout simple, tu es un matelot.  Et si t'es un homme un peu vieux avec la barbe grisonnante et une jambe de bois, alors tu es le capitaine.  Ou un pirate peut-être.  Mais pour être pirate, il faut aussi un œil éborgné et un perroquet.  Sinon, ça détruit le style.  Ça t'amuse tout ça.  Quand tu penses à certains de ces continentaux qui fréquentent parfois des pirates des îles sans s'en rendre tout à fait compte.  Faut bien admettre qu'un pirate, c'était pas si différent des autres gens.  Juste que ça parle pas tout à fait de la même façon, mais les marins aussi en fait.  Tu le sais parce que sur le Borée, vous n'êtes pas des pirates et pourtant on pourrait pas dire de votre langage qu'il est le plus près de celui des gentilshommes.  Pour le reste, tu ne comprends pas tout ce qu'elle raconte à propos de la vie, cela t'apparaît d'un mystère insoluble.  Tu ignores donc tout simplement les choses que tu ne comprends point.  Cela ne sert à rien de s'entêter et tu n'as jamais aimé les casse-têtes.  Les phrases qui ne veulent rien dire, ça te donne la migraine et tu aimerais bien qu'elle parle de sujet un peu moins abstrait.  Tu n'aimes pas ce qui est flou.  Tu veux du concret dans tout ce qu'on te raconte, sinon ça te fait l'effet d'être un peu stupide.  Et tu détestes ça.

Par contre, quand elle dit que la mer peut-être effrayante, tu ne peux qu'acquiescer.  Les océans, c'est le calme avant la tempête, c'est l'inconnu et le mystère.  On ne sait jamais ce que Messaïon nous réserve comme surprise.  Mais dans ton cas, le danger à quelque chose d'excitant.  Et tu comptes sur ta bonne étoile pour te sortir de tous les défis que tu pourrais avoir à affronter.  Pour le moment, la chance t'a toujours sourit sans te faire défaut et tout laisse à croire que ce sera toujours le cas.  Enfin, tu n'es pas prête de retourner en mer sous peu.  Tu dois attendre octobre pour monter à bord du drakkar dont la figure de proue s'appelle Malice.  Quand tu repenses à ta rencontre avec l'imposant dragon, tu es encore sous le choc d'avoir converser avec un tas d'or ambulant.  Tu n'arrives même pas à y croire encore.  Des choses pareilles sont assez impressionnantes.  Sur l'Archipel, ce n'est pas tout le monde  qui peut entrer en contact avec un dragon des mers et ils n'ont certainement pas la même prestance que la créature volante avec qui tu as discuté l'autre jour.  Un seigneur du ciel, il n'y a pas de mot plus grand et représentatif de cette rencontre.  Dire que tu naviguerais sur le navire qu'il avait animé, tu en ressens de profonds frissons de joie et d'appréhension.   Tu espères que cette bénédiction céleste ne nuirait pas à celle des mers.  Votre mission était importante.  Et cette conviction te remonta dans ton estime personnelle : tu n'étais pas si mauvaise que cela finalement.  Elle pouvait bien parler de façon compliqué cette jeune fille, mais elle n'avait certainement pas négocier des services auprès d'un dragon!

Et puis elle semble s'intéresser à ton travail, ce qui te rengorge encore un peu plus.  Faut dire que le travail de cartographe c'est pas tout simple.  Et c'est pas ses petites questions qui te démontent loin de là.  Tu en as long à dire sur le sujet.

« C'est qu'j'dessine pas la mer! t'exclames-tu d'abord avec un rire, Non, j'fais la cartographie de côtes maritimes.  Voyez, par-delà l'continent, y a des archipels d'îles.  La vivenef su' 'aquelle j'travaille, elle a déjà fait le tour de tout le continent.  Pis maintenant, elle va t'jours plus loin vers l'horizon.  S'appelle Vagabonde not' proue, a t'jours envie d'aller plus loin, voir l'inconnu.  Fake quand on arrive à une n'velle île, ben on fait le tour pis moi j'trace ses contours.  Pis j'calcule à peu près est à quelle distance des autres îles d'avant.  Spas simple, faut r'venir souvent pour êt' sûrs qu'on s'est pas trompés, voyez c'que j'veux dire. »

Ah non, c'est pas simple le métier de cartographe, il y a beaucoup à faire et à porter attention.  Ça te ne fais pas peur, tu aimes ça même.  Toute brouillon que tu es, tes cartes sont d'une propreté impeccable.  Tu te tapes pas tout ce boulot tout de même pour qu'on ne puisse pas se servir de ton travail!  Tes professeurs avaient toujours été surpris de la netteté de tes tracés alors que lorsqu'il te fallait prendre la plume pour écrire, ça ne ressemblait qu'à de gros gribouillis illisibles.  Mais c'était que tu faisais exprès.  Sur l'Île Fauve, personne n'écrit, ni ne lit.  C'est pour tout dire tout à fait inutile.  Peut-être avaient-ils finit par percer ton secret parfois.

« Quand on aura trouvé le bout du monde, bien… J'irai voir ce qu'il y a après.  C'pas plus compliqué.  Quand une porte s'referme, une aut' s'ouvre.  Enfin, c'est c'qui disent les vieux.  J'suis encor' trop jeune pou'l'savoir vraiment ça. »

Tu hausses les épaules.  En vérité, tu n'as jamais vraiment pensé à ce que tu ferai si effectivement tu arrivais un jour à la fin du monde.  Peut-être est-elle plus proche que tu ne le penses.  Mais tu soupçonnes qu'il y a sûrement quelque chose derrière tout ça.  Autrement… tu ne sais pas, c'est étrange.  Ça ne peut pas juste s'arrêter non?  Par contre, tu supposes qu'une fois que tu auras franchi ce pas, tu ne pourras plus jamais revenir.  Étrangement, ça ne t'effraie pas vraiment.  Contrairement à beaucoup d'autres sûrement.  Tu es presque certaine que la plupart des membres de l'équipage du Borée sont ravis lorsqu'ils peuvent retourner dans leur famille et serrer dans leurs bras leurs femmes et leurs enfants.  Ou leurs maris pour les autres femmes comme toi.

« J'sais pas c'que j'y trouv'rai, ni même si j'pourrai r'venir après y être allée, mais ça m'empêchera pas d'foncer.  C'genre d'choses, ça m'fait pas peur.  Si j'r'viens jamais, on m'écrira dans les livres d'histoires comme la femme qui est allée vers l'inconnu.  La digne héritière de Pascaline Mapemonde, ch'ais si t'connais.  Une grande cartographe ça.  J'compte bien aller plus loin qu'elle encore un jour. »

Même si ce n'est pas pour aller au bout du monde.  Il te reste encore beaucoup à voir ne serait-ce qu'à l'Archipel du Vent.  Tu lui adresses un sourire avant de mordre dans une tranche de jambon avec appétit.  Jacasser comme ça, ça te donne faim.
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyMer 18 Oct - 8:48

J’écoutai la cartographe avec intérêt. Calculer ainsi la distance entre des îles, les dessiner sur une carte, et faire en sorte que le tout soit lisible et compréhensible, cela relevait de capacités tout simplement impressionnantes. Certes, elle avait probablement appris tout ça à l’Académie, mais ça n’en rendait pas l’exploit moins frappant. Moi qui n’avais aucun sens de l’orientation, je ne pouvais qu’admirer les opérations nécessaires pour évaluer des distances si grandes et rendre compte des limites des différents archipels. De plus, Liry avait fait le tour du continent – le tour de tout Arven, par Volga ! – et elle était allée plus loin encore, dans des coins de mer où elle était peut-être la première à se rendre. C’était impressionnant.

Et puis, je devais l’avouer, la proue de la vivenef sur laquelle elle naviguait portait un nom qui sonnait presque musicalement à mes oreilles. Vagabonde… Etrange mélange de liberté et de misère, pauvre enfant incapable de trouver un foyer, et en même temps, sauvage entité, incarnation de la liberté et de la curiosité, toujours désireuse d’aller plus loin, de voir plus. Je hochai la tête aux paroles de la cartographe, fascinée par le cours que prenaient mes pensées. Les tournures simples et l’accent de la jeune femme, qui rendaient parfois ses paroles difficiles à comprendre, n’altéraient en rien l’intérêt de son discours, au contraire. Il lui donnait un air presque… exotique.

J’avais envie de poser mille question, de parler jusqu’à n’en plus finir, et en même temps, quelque chose en moi me soufflait de continuer à écouter. Liry n’était pas un quelconque quidam croisé au détour d’une rue. Elle explorait le monde à bord d’une vivenef – une vraie, avec une figure de proue vivante – elle était cartographe – diplômée de l’Académie, donc – et elle tenait des discours qui n’étaient pas banals, dotés d’une étonnante profondeur. La moindre de ces caractéristiques m’aurait déjà fascinée. Le tout ensemble… j’étais parfaitement attentive. Et puis, pour tout dire, j’avais en moi cette inexplicable certitude : je l’aimais bien. Certes, ça ne faisait que quelques minutes que nous discutions, mais jusqu’à présent, je l’appréciais, et je pressentais que ça allait continuer ainsi.

Si j’avais dû chercher des raisons à ce sentiment profondément ancré en moi, j’aurais dit qu’il y avait quelque chose de simple et de franc dans sa façon d’être, quelque chose qui faisait écho à ma propre manière de me comporter. J’appréciais aussi sa manière de réfléchir. A une question qu’elle aurait pu trouver complexe tant elle remettait en question le train de vie qui était le sien – que ferait-elle une fois qu’il n’y aurait plus rien à cartographier ? – elle se contenta d’un haussement d’épaules et d’une réponse si évidente qu’elle en paraissait presque idiote. Y avait-il quelque chose après le bout du monde ? C’était une question qui ne lui posait visiblement pas problème. Elle irait voir, tout simplement. Sans peur ni hésitation. Enfin, elle avait des rêves, elle, des projets qu’elle comptait accomplir – même si le nom qu’elle avait cité m’était inconnu, ça avait l’air important pour elle. J’eus un sourire amusé à l’idée que je pourrais peut-être lui demander de m’apprendre ; quelque chose me disait que ce n’était pas le genre de choses qui s’apprenaient.

— Ça fait beaucoup d’îles ? questionnai-je en plissant les yeux, perplexe. Je ne connais qu’Arven, en partie du moins, alors je n’ai pas la moindre idée du travail que cela doit représenter. Mais rien que faire le tour du continent, je dois dire que c’est assez impressionnant. Personnellement, je n’avais même jamais quitté mon duché avant l’année passée. J’avoue que j’ai du mal à me faire une idée.

Je plissai les yeux, songeuse.

— S’il y a suffisamment d’îles, vous n’avez peut-être pas besoin d’aller au-delà du bout du monde, déclarai-je avec un large sourire. Peut-être que c’est mieux comme ça. J’aurais probablement loué votre geste et votre courage, mais je ne pense pas que tout en chacun aurait fait pareil. Certains vous auraient sans doute trouvée suicidaire, à vous jeter par-delà le bout du monde sans savoir si vous pourrez rentrer, et comment. Votre acte ne prend probablement tout son intérêt que s’il sert vraiment à cartographier quelque chose et que vous pouvez rapporter ce que vous avez vu, non ?

Je haussai les épaules, comme si le sujet n’avait guère d’importance. En réalité, l’idée de revenir était pour moi d’une importance cruciale. Mon frère était parti un soir de chez moi et n’était jamais rentré, ne laissant derrière lui qu’une glaciale absence. Cette jeune femme, avait-elle de la famille ? Si oui, ils méritaient sans doute que Messaïon détourne la cartographe du bout du monde. Elle ne pourrait pas poursuivre son exploration, c’était dommage, sans doute. Mais une famille brisée par la perte de l’un des siens était une chose que je ne souhaitais à personne.

— En tous cas, j’espère que vous pourrez surpasser cette cartographe… Mapemonde ? Je vous aime bien, vous savez ? Je crois que vous êtes quelqu’un qui mérite de réussir dans ses projets et d’en être fière, d’autant plus que vous ne devez pas avoir un métier facile.

Je songeai un instant à mentionner combien sa famille devait lui manquer mais trouvai, à la façon dont elle dévorait son repas, un argument bien plus frappant.

— Après tout, vous ne devez probablement pas avoir la même qualité de nourriture sur un bateau, si ?

Je ne m’y connaissais pas en bateaux, mais puisqu’ils emportaient une quantité de nourriture donnée, chaque ration était sans doute calculée. Qui plus est, ils n’avaient pas accès à des produits frais. Et ils n’avaient pas non plus la chance de goûter aux talents de Touillette – même moi, je concevais que Pulchérie avait énormément de talent pour cuisiner. Je jetai un coup d’œil à l’assiette de Liry. Oui, la nourriture était probablement un argument de poids pour quelqu’un à l’appétit aussi vorace.
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyDim 22 Oct - 16:25

Tu es fière du Borée et de ses exploits.  Vagabonde, c'est une brave fille.  Elle a vu beaucoup de choses et par conséquent toi aussi.  Tu viens tout juste de prendre la suite de ton maître en cartographie, devenant la cartographe officielle de la vivenef.  Tu es encore plutôt jeune pour ça et tu es vraiment reconnaissante qu'on te laisse cette opportunité.  Mais ça c'est bien grâce à Pénélope, certainement.  Après tout, c'est son propre bateau, elle peut bien y engager qui elle désire.  Tu hoches la tête comme elle te complimente et te questionne sur le nombre d'îles.  Oui, il y en avait beaucoup.  Ça prendrait un certain temp toutes les consigner sur papier et les rassembler pour en faire une carte.  Plus tard, des explorateurs pourraient s'y rendre pour en explorer les terres intérieures : pour ta part, tu te contentes des côtes.  Ça fait si longtemps que tu es hors de ton île natale d'ailleurs que tu ne te rappelles plus combien tu t'étais sentie dépaysée à ton arrivée à Lorgol.  Tu sais que tu l'as été.  Tu as quelques souvenirs et il reste quelques détails de cette vie auxquels tu ne te fais pas – par exemple le port de chaussures – mais pour le reste, tu as adapté le continent à tes besoins et tant que tu te trouves près de ta Vagabonde, tu te sens partout comme chez toi.  Quelques jours déjà que tu as quitté le bord du navire et elle te manque beaucoup.  Tu ne sais toujours pas quand tu pourras y remonter et cette ignorance te rend plutôt triste.  Néanmoins, t'apitoyer sur ton sort n'a jamais vraiment fait partie de tes habitudes.  Et puis, il y a quelques avantages à ne pas être en mer : tu peux voir ta sœur beaucoup plus souvent que lorsque tu es partie en exploration.  Cela vaut quand même beaucoup à tes yeux.

Par contre, tu es un peu perplexe quand elle soulève l'idée que tu n'auras peut-être pas besoin de te rendre au bout du monde.  Certes, il y a suffisamment d'îles pour occuper toute une vie, mais tu n'as point envie de te réduire à si peu quand il y a beaucoup plus important à découvrir.  Personne ne sait ce qu'il y a par-delà les confins de l'océan et tu veux être la première à le découvrir et le partager aux autres à ton retour.  Cartographier l'Archipel du vent, c'était une grande tâche certes, mais elle ne te rapporterait jamais vraiment beaucoup d'or.  Ni de gloire.  Le tour du continent a déjà était fait.  On a découvert l'Archipel du vent.  Il ne te reste plus grand-chose à accomplir près du continent.  Tu désires te démarquer plus loin.  Plus haut.  Remporter un défi que personne n'a encore réussi.  Le bout du monde.  Rien que le nom, ça te fait rêver.  C'est bien la seule poésie qui te donne des frissons d'excitations et de plaisir.  Son raisonnement est trop complexe pour que tu arrives vraiment à la suivre.  Tu enfournes donc une énorme bouchée de nourriture pour toute réponse, parce que tu n'as pas vraiment compris de toute façon.

« Pashcaline Mapemonde, » réponds-tu la bouche encore pleine pour préciser.  Tu te lèches les doigts, un peu de jus de viande avait coulé dessus et c'était si délicieux que ça aurait été dommage de le gaspiller.

Tout en te pourléchant les babines, tu considères un instant sa vision de ton métier.  Certes, vivre en mer avait son lot de difficultés, mais tu ne t'es jamais considérée comme menant une dure vie.  Et pour ce qui était de la nourriture…  Ça aurait pu être pire.

« Ch'pas.  Su' l'Borée, nous on s'rête s'vent su'es îles s'not' route.  Y n'a pas mal.  Mais sûr qu'les longues tr'versées, c't'infecte.  J'peux pas v'dire c'bien.  Ça m'cère dans l'barils pis ça prend un goût d'vieux.  D'fois, j'pense c'est juste un mousse trop ivre un soir qu'a levé la patte dans l'tonneau.  Voyez c'j'veux dire? »

Tu éclates d'un grand rire gras et tape sur la tape de la paume de la main.  Tu as déjà surpris le vieux Jim Laboule se soulager sur les vivres.  Une chance, c'était rien qu'un fond et ça n'a pas fait trop de gaspillage.  Le bonhomme s'était fait bien engueuler de faire des conneries pareilles.  Personne n'avait envie de crever de faim parce qu'il savait pas boire son rhum.  Tiens, du rhum.  Une bonne rasade te ferait du bien songes-tu et tu portes ta pinte à tes lèvres avant de lâcher un rot plutôt sonore.

« S'cusez m'selle, j'pense j'mange trop vite, » fais-tu.  On t'a dit que c'était apparemment pas très poli de se lâcher en public.  Si ça ne tenait qu'à toi, tout le monde s'en moquerait bien, mais malheureusement ton influence sur le monde en soi est fort maigre.

« T'say, M'linda, c'est ça? Ya pas d'métier f'cile.  L'vie s'dif'cile pou tout l'monde.  Mais spas très grave, parce qu'tsé.  D'fois on aime ça quand même.  Ouais, j'vu des tempêtes pis d's hommes s'faire b'ffer par d'requins.  Messaïon, c'pas un dieu qu'est f'cile à plaire.  L'moindre p'tit écart et pouf!  Pu rien.  Mais scomme ça.  Pis qu'près moi, jpas juste mousse hein.  J'm'occupe pas d'ça moi, fr'ter l'pont.  Sauf din tempêtes, là on s'en fout qui que c'est l'captain pis tout l'monde fat s'qui peut.  On pense qu'survivre.  L'reste, c'pas ben important. »

Tu hoches la tête pendant tout ton discours.  Ça fait longtemps que tu n'as pas pu discourir à un non-initié de la vie en mer et tu aimes bien l'importance que semble porter à tes propos la jeune femme.  Elle te plaît bien aussi en fait.

« Mais s'c'ment le… la… piculpore?  Apucata?  Apipoupa?  Api…  Apiculnu?  J'pas c'pable d'dire c'mot-là.  A'ec lé zabeilles là.  T'fais quoi?  A t'piquent pas é zabeilles? »
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyMer 15 Nov - 16:17

L’appétit de la jeune femme était impressionnant. Liry devait avoir à peu près mon âge et n’était pas bien grosse. Elle était certes plus grande que moi – comme une majorité de la population d’Arven – mais ça n’expliquait pas pour autant la quantité impressionnante de nourriture qu’elle ingérait, et la vitesse à laquelle elle parvenait à tout enfourner dans sa bouche. Tandis que je discourais sur la quantité de travail que devait remplir un cartographe et que je lui souhaitais de réaliser ses rêves d’un ton égal, une petite voix au fond de moi ne pouvait s’empêcher de murmurer avec étonnement combien il était abracadabrant qu’elle puisse avaler autant de nourriture d’un coup. Personnellement, j’estimais que manger était surtout quelque chose d’intérêt secondaire, un acte nécessaire qu’il fallait accomplir pour vivre. Certes, j’appréciais avoir une bonne petite conversation autour d’un repas, mais c’était la conversation qui me plaisait le plus, et pas la nourriture en elle-même. Liry… semblait penser exactement le contraire. Et je trouvais ça fascinant.

La cartographe prit tout de même le temps de préciser le nom de son célèbre modèle, et je hochai la tête pour dire que c’était bien d’elle que je voulais parler, même si je n’étais pas sûre d’avoir compris exactement le nom qu’elle avait prononcé. A ma décharge, les prénoms n’étaient pas comme des phrases où il suffisait de comprendre deux ou trois mots pour en saisir le sens général. Et puis, l’accent de la jeune femme était déjà difficilement compréhensible. Mais ce n’était qu’un détail ; ce n’était pas comme si elle comptait me faire passer un examen d’ici la fin de la conversation pour vérifier que je n’avais rien oublié. Cette idée me fit sourire, alors même que je lui demandais si son métier n’était pas trop difficile, soulignant son impressionnant appétit pour une nourriture qui devait bien venir à manquer, sur un navire, cerné de toutes parts par de larges étendues d’eau.

Elle m’assura, Liry, qu’ils faisaient souvent escale sur leur route pour se réapprovisionner. Je hochai la tête, comme si ça allait de soi. Si tous les marins mangeaient autant que cette cartographe, ils avaient intérêt à remplir leurs stocks aussi souvent que possible. Je plissai les yeux, me demandant où ils trouvaient les fleurons nécessaires. Une vivenef d’exploration, ça servait à explorer, bien entendu, mais qui irait acheter une carte d’un coin perdu des mers, à part peut-être un ou deux intellectuels farfelus ? Trouvaient-ils des trésors, sur leurs routes, qu’ils revendaient pour se faire un peu d’argent ? Sans doute n’étais-je pas suffisamment au fait du métier qu’elle devait exercer pour estimer cela avec précision. Je me pinçai le bras, pour revenir à la conversation présente, et entendit la blague douteuse de Liry avant de me laisser surprendre par son grand éclat de rire.

Non, je ne voyais pas ce qu’elle voulait dire. Lever la patte dans le tonneau ? Il avait quoi… marché dedans ? Je n’étais pas sûre de comprendre. Sans doute avais-je mal saisi les mots de l’ilienne. C’était possible, après tout, son accent me donnait du fil à retordre, et comme j’avais manqué un morceau de la conversation, sans doute avais-je manqué l’occasion de comprendre ce qu’elle cherchait à dire. Je souris malgré tout, emportée malgré moi par la joie de la cartographe. J’étais d’un naturel joyeux – quand je ne me laissais pas aller à une ritournelle déprimante – et juste par honneur pour sa plaisanterie qui devait être sacrément amusante, je pouvais bien accorder ce simple sourire. Sitôt calmée, la jeune femme se mit à boire, avant de laisser échapper un rot sonore. Malgré moi, je souris de nouveau, comme un enfant hésitant à être choqué quand il voit un de ses camarades faire ce qu’on lui a toujours désigné comme malpoli et grossier.

— Il n’y a pas de mal, répondis-je à ses excuses – c’était moi qui avait voulu lui parler, après tout, et j’en assumais toutes les conséquences. Mais faites attention à ne pas vous étrangler avec votre nourriture en avalant trop vite. Entre mourir étouffé par un morceau de nourriture mal avalé et disparaitre au bout du monde, je crois pouvoir affirmer que la seconde proposition reste encore la plus tentante.

Il serait dommage, avec d’aussi grandes ambitions que les siennes, de mourir de manière aussi pitoyable. Certes, il serait dommage de mourir de manière aussi pitoyable tout simplement – même moi, je ne voudrais pas rendre mon dernier souffle étranglée par un trop gros morceau de nourriture – mais à mes yeux une personne méritait de réaliser ses rêves avant de périr. C’était fragile, un rêve, magnifique, inexplicable et rarissime. C’était un cadeau, qui tombait un peu de nulle part et dont la réalisation était censée apporter le bonheur. Moi qui n’avais pas d’aspirations particulières pour mon avenir, je pouvais dire qu’avoir des projets était quelque chose de… fascinant. Quelque chose qui ne devait pas être gâché, ni par une mort stupide, ni par quoi que ce soit d’autre.

Qui plus est, Liry avait l’air d’apprécier sa vie. Bien entendu, ce n’était pas facile tous les jours, mais comme elle le précisa elle-même, il n’y avait pas de métiers faciles. J’écarquillai les yeux quand elle mentionna ces hommes qui se faisaient bouffer. Le pire qui pouvait m’arriver, à moi, apicultrice, c’était de me couper en cassant un de mes pots de miel, ou de me faire piquer par mes abeilles. Mais… se faire manger ? C’était un destin que je n’aurais jamais envisagé. La simple idée me fit frissonner. Vivre sur un bateau devait être extrêmement dangereux – je le savais depuis mes douze ans, que l’océan était une entité mortelle et violente. En faire son métier devait demander un rare courage. Ou un amour du danger. Peut-être un mélange des deux.

Quant à son affirmation sur le fait de ne penser qu’à survivre… Je clignai des yeux, un instant perplexe. Quand j’avais effleuré la mort, ce n’était pas à la survie que je pensais. Lorsque j’avais été menacée par les anges pleureurs, j’avais surtout été horrifiée d’avoir perdu le soutien des mots. J’aurais préféré mourir, sans doute, que passer ma vie dans cet état où la parole m’était inaccessible. Quand je m’étais retrouvée dans les souterrains de Lorgol, j’avais été prête à risquer ma vie, tant elle me semblait sans intérêt. Au Festival du Seuil, je m’étais jetée aux devants de nos agresseurs sans penser une seconde au danger que je représentais autant pour moi-même que pour les autres. Et quand j’avais manqué de brûler vive, dans cette autre réalité, j’étais prête à rester au cœur des flammes, prostrée, à me demander s’il ne serait pas plus facile de mourir pour rejoindre ma vraie vie. Mélodie avait peut-être eu entièrement raison, quand elle disait que je gâchais ma vie. La vérité était que je n’avais pas l’air d’y tenir tant que ça, et si je luttais, ce n’était jamais vraiment pour ma propre sauvegarde. C’était comme si… mourir n’avait jamais été vraiment grave, à mes yeux.

— Alors qu’est-ce qui est important quand même survivre ne l’est plus ? marmonnai-je pour moi-même, les sourcils froncés, songeuse.

Une seconde plus tard, je m’aperçus que je n’étais pas seule, ramassai de nouveau mon sourire et mon enthousiasme tombé par terre et je revins à Liry, comme si rien de mon petit intermède intérieur et suicidaire n’avait jamais existé.

— Je suppose que ça ne serait pas aussi amusant si ce n’était pas aussi difficile, n’est-ce pas ? C’est parce que ce n’est pas facile, et que c’est dangereux, et que c’est un travail délicat, qu’il en devient aussi gratifiant, non ?

Personnellement, je pouvais comprendre. Je n’étais jamais aussi fière que quand je réussissais quelque chose que mon frère – ou qui que ce soit d’autre – avait prétendu dangereux ou impossible. C’était quand je me montrais surprenante et que je réussissais ce que d’autres pensaient trop difficile que je me sentais réellement en vie. Peut-être était-ce pour cette même raison que ma survie passait au second plan. Devant la perspective de faire battre mon cœur plus fort, l’espace de quelques instants, ne pouvais-je pas risquer qu’il s’arrête à jamais ? Tout, plutôt qu’il continue au même rythme lassant, qui finirait de toute manière par s’interrompre un jour ou l’autre.

J’ignorais si Liry avait perçu mon trouble ou si elle était tout simplement curieuse de ce que je faisais, mais elle me posa une question sur mon propre métier. Mon sourire s’élargit, exprimant à quel point parler de mes abeilles me semblait toujours parfaitement approprié et particulièrement jubilatoire. S’il y avait bien une chose qui m’avait permis de retrouver ma joie de vivre après la mort de mon frère, c’était bien ces petits insectes bourdonnants qui, quoi que je dise, quoi que je fasse, se contentaient de s’affairer à leurs activités. Tout était si simple, avec eux, si évident, loin de la complexité que pouvait prendre une relation comme celle que j’avais partagée avec mon frère.

— L’apiculture, répétai-je en hochant affirmativement la tête. Je prends garde que les abeilles ne tombent pas malades et qu’elles trouvent suffisamment de ressources. Puis je récolte leur miel, pour le consommer. Ce n’est pas toujours évident, et j’avoue que je suis contente de n’avoir encore rencontré aucun problème majeur depuis que je me suis installée à Lorgol. Quant aux piqûres… au début, quand j’étais jeune et maladroite, j’en ai eu beaucoup. Maintenant, je suis plus prudente, et je connais les moments de la journée où mes abeilles sont plus calmes. Je sais comment ne pas me comporter si je veux éviter qu’elles me prennent pour un agresseur. Et puis, il y a des protections pour la peau. Ça m’arrive encore d’être piquée, parfois, c’est vrai. Mais ce n’est jamais rien de très grave.

Je baissai les yeux vers mes mains, mon sourire se faisant plus songeur.

— Ça fait un bout de temps que j’ai coutume de penser que l’océan est pareil, quoiqu’à une toute autre échelle. Je veux dire… je le vois bien piquer ceux qui ne sont pas assez prudents avec lui et s’en prendre parfois quand même à ceux qui le connaissent. Mais ceux qui ont suffisamment d’expérience savent comment s’y prendre, comment composer avec lui, et comment agir au mieux si malgré tout l’océan est de mauvaise humeur.

Peut-être que si mon frère s’y était connu un peu mieux… Peut-être qu’il n’aurait pas ainsi été dévoré par les flots. Je relevai la tête, conservant par un inexplicable miracle – et probablement par habitude – le sourire qui illuminait mon visage. Je haussai les épaules, comme si le sujet était de peu d’importance.

— Enfin, ce n’était pas comme si j’avais souvent eu affaire à l’océan. Mais c’est comme ça que je me l’imagine, en le voyant, de loin, se fracasser sur nos falaises, en Outrevent.

Aussi dangereux qu’il était magnifique. Mes abeilles, elles, avaient au moins le mérite de susciter la méfiance chez la plupart des gens. L’océan… il était simplement fascinant, et faisait partie de ces dangers dont on avait du mal à détourner le regard, ce qui ne le rendait que d’autant plus haïssable, à mes yeux. Coupable du terrible crime de m’avoir arraché un être cher.
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyMer 22 Nov - 6:07

Tu n'arrives décidément pas à prononcer le nom de ce métier étrange.  Quand, il faut être un peu toqué du ciboulot pour s'occuper des abeilles.  Par contre, c'est vrai qu'il faut bien quelques personnes pour le récupérer le miel à tartiner sur le pain, maintenant que tu y réfléchis.  Des gens comme cette Melinda donc, c'est essentiel et nécessaire.  Tu trouves toujours que leur emploi est un peu bête, quand même, risquer de se faire piquer par des abeilles pour subvenir à leurs besoins, c'est assez exagéré, mais bon.  Tu supposes que certaines personnes ne peuvent pas toutes faire un noble métier comme le tien.  Tu souris, un peu amusée à l'idée.  Tu as toujours trouvé que la vie à bord d'un navire était la plus intéressante, mais maintenant que tu es devant l'idée de cette histoire d'apimachin, c'est une nouvelle conception du monde qui s'offre à toi.  Une nouvelle image de la société.  Cette jeune fille, bien qu'un peu trop bavarde et qui fait des phrases beaucoup trop longue est amusante.  Elle te plaît bien.  Tu hoches la tête pour approuver ce qu'elle dit, même ce que tu ne comprends pas trop.  C'est compliqué quand même son histoire d'abeilles.  Tu retiens toutefois l'essentiel : elle a un moyen magique de ne pas se faire piquer.  Il faudra que tu lui demandes de t'aider pour cela aussi.  Un truc contre les piqûres, ça ne serait pas de trop, même ça te ferais certainement du bien quand tu te promènes sur les îles tropicales.  Si ça fonctionne sur les insectes jaunes et noirs, ça peut être efficace contre d'autres types de bestioles qui trouvent que ta peau a un goût de nectar?  Tu lui demanderas plus tard.  Vous venez à peine de vous rencontrer, lui demander de l'aide tout de suite, ça ne serait pas très poli.  Quoique tu n'as jamais été du genre à te préoccuper réellement de ce genre de détails.

Sa comparaison entre l'océan et les abeilles est un peu profonde pour que tu ne la comprennes réellement.  Tu t'arrêtes de manger, prêtant une oreille attentive, mais c'est un vrai charabia pour toi que cette chose.  Les abeilles et l'océan, c'est pas pareil.  L'eau ça ne pique pas.  Ça noie.  Ou ça regorge de poissons tout prêts à vous dévorer avec appétit.  Rien de plus.  Enfin, il y a quelques poissons à cornes, tu en as vu un l'autre jour, mais c'est rare qu'ils s'approchent des humains ceux-là.  Il paraît que vous leur faites peur.  Tu n'en sais rien, tu n'es pas vraiment spécialiste des animaux et en vérité, ça ne t'intéresse pas vraiment pour tout dire.

« J'pas trop c'pris c'qu'tu dis, mais l'céan pis lé zabeilles, spas l'même chose.  L'céan, ya pas m'yen de l'dompter.  Yé libre et y fait s'qui veut hein.  Tout s'qu'on peut y faire, cé d'prier M'saïon.  Rien d'aut'. »

Tu te grattes la tête un peu embarrassée.  Pour quelqu'un qui n'a probablement jamais mis les pieds sur un bateau, tu trouves qu'elle en a beaucoup à dire sur les vastes étendues d'eau.  Ça te surprend un peu.  Normalement, ceux qui aiment discourir sur l'océan, la mer, ce sont les vieux loups de mer justement, ceux qui y ont passé toute leur vie.  Ou alors les Ansemariens, mais elle vient de dire qu'elle regardait l'océan des falaises d'Outrevent.  Curieuse personne.  Tu mâchouilles un morceau de viande séchée tandis que tu réfléchis au problème, intriguée.

« T'as b'coup d'pinions su'a mer.  P'quoi?  On dirait pas qu't'as flotté d'ssus pourtant.  C'pas le genre d'questions qui int'ressent les gens d'bitude. »

Elle parle beaucoup de cette vaste étendue d'eau depuis le début de votre entretien et pourtant elle ne semble pas particulièrement l'aimer de cette passion qui t'anime toi, à chaque fois que tu y penses, ça et tes longs séjours sur le Borée.  Tu es surprise, tu ne comprends pas son intérêt marqué pour quelque chose qu'elle semble pourtant désapprouver.

« Ç'me r'garde pas hein, mais j'peux pas m'pêcher d'm'faire la réflexion.  T'as pas l'air d'l'aimer toi, l'céan.  J'veux dire, pas com' moi j'l'aime.  L'gens, y pensent p'trop à ça d'bitude.  En fait, j'crois t'es un peu b'zarre, mais j't'aime bien quoi.  T'as qu'chose d'tachant, même s'tu parles trop.  J'comprends pas toute s'tu dis, c't'un peu énervant, m'bon.  Ç'pas trop grave. »

Tu hoches la tête pour appuyer tes propos.





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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyVen 8 Déc - 12:25

Je pouvais comprendre qu’elle ne s’accorde pas tout à fait avec ma comparaison. Rapprocher mes petites abeilles adorables de la grande étendue bleue pouvait paraitre assez idiot, aux premiers abords. Je savais bien que les abeilles et l’océan, ce n’était pas la même chose. Il y avait bien plus de différences entre les deux que je ne pouvais trouver de ressemblances, et pourtant, je trouvais que c’était peut-être ce qui faisait toute la richesse de la comparaison – trouver deux choses si différentes entre elles que les rapprocher paraissait ridicule, mais dénommer tant de points communs qu’on pouvait en avoir le vertige. L’océan pouvait être dangereux, à l’image d’une colonie d’abeilles, mais une poignée d’eau ne ferait peur à personne – pas plus qu’une abeille isolée. Les deux pouvaient s’avérer fascinants, et ils bruissaient tous d’eux d’une énergie presque vivante. Pour autant, la colonie d’abeilles, pas plus que l’océan, n’avaient de vie en propre, même s’ils en renfermaient. Oui, il y avait bien plus d’éléments de comparaison qu’il n’y paraitrait à quelqu’un qui ne s’y attarderait pas.

Pourtant, à l’intention de Liry, je me contentai de hausser les épaules. La comparaison m’était venue comme ça, une idée comme une autre dans le cours de mes pensées, et pour tout dire, elle n’avait pas grande importance. Je ne me voyais pas la défendre à cor et à cri, à grand renfort d’arguments divers et farfelus, comme il m’arrivait parfois de le faire. Il ne me paraissait pas facile d’apprivoiser des abeilles, et à vrai dire, je ne savais même pas si c’était possible. Mes abeilles n’étaient pas des créatures domptées. Elles étaient peut-être accoutumées à ma présence, et sans doute me paraissaient-elles, bien souvent, aussi proches que des amies, mais elles n’en étaient pas moins des animaux sauvages et libres. Quand il m’arrivait de l’oublier, elles se hâtaient de me le rappeler, d’une piqûre brulante, plus douloureuse mentalement que physiquement, qui me murmurait que mon imprudence avait poussé une de mes protégées à se tuer pour protéger son foyer et les siens.

Je me contentai donc de hausser les épaules, dans un mouvement qui pouvait tout aussi bien dire que j’avais renoncé à discuter que de lui donner raison. Alors, comme incitée à parler par le silence que j’affichais, Liry posa la question fatidique, le genre de question qui, l’espace d’un instant, me donnait presque envie de mentir. Pour lui dire pourquoi j’avais autant d’opinions sur la mer, il faudrait que je lui parle de mon frère. De cette nuit-là. De la terrible nouvelle. De la peine qui m’avait broyé le cœur, comme si elle voulait remplir le vide abyssal qui s’y était formé. Je baissai les yeux, serrant mes mains l’un contre l’autre pour éviter de les voir trembler. Parfois, j’arrivais à penser à mon frère sans frémir, mais les occasions étaient bien rares, et il fallait que ce soit rapidement, l’air de rien, comme ça, en passant, dans une conversation. Quand je réfléchissais à sa mort, je ne pouvais empêcher une vague de rage, de peine et d’incompréhension me couper le souffle.

Je lissai ma robe, en écoutant Liry poursuivre. Sans doute n’avais-je jamais, depuis que ce mage avait enchanté ma garde-robe, autant béni la présence de ces petits animaux animés. Suivre des yeux les errances des chèvres miniatures était une diversion très intéressante pour essayer de juguler le flot de sentiments entremêlés qui menaçaient de me submerger. J’avais fini par m’habituer suffisamment à la situation, toutefois, pour pouvoir me reprendre facilement. Le temps n’était jamais parvenu à guérir les blessures qui avaient marqué mon cœur à la mort de mon frère, mais il avait au moins eu le mérite d’améliorer ma capacité à les dissimuler. Quelques instants de silence, à regarder un groupe de chèvres gambader tranquillement sur les plis de ma robe, quelques secondes à écouter Liry parler de son accent étrange, et j’avais repris contenance.

J’offris même un sourire à mon interlocutrice lorsqu’elle me caractérisa comme étant un peu bizarre. Cet état de fait me paraissait fort subjectif, mais ce n’était pas la première fois qu’il m’était attribué, et je pouvais le comprendre. Je ne me comportais pas tout à fait comme tout le monde ; je parlais plus que les gens ne le faisaient d’ordinaire et peut-être avec plus d’animation. C’était un de mes traits de caractère que j’aimais le plus. Etrangement, c’était aussi un de ceux qui me rapprochaient beaucoup de mon frère. Je pouvais revoir la façon dont il me regardait, quand j’étais un peu trop animée, le ton de voix qu’il prenait pour me répondre, le surnom qu’il me donnait, et la façon dont il se comportait avec moi. Peut-être était-ce pour ça que je l’aimais ? Parce qu’il me rappelait mon frère bien vivant, à mes côtés, et que le vide dans mon cœur était adouci par la tendre pensée de ces belles années que nous avions vécues ensemble ? Je secouai la tête, pour me dépêtrer de ces pensées et répondre à Liry.

— Je suis désolée, m’excusai-je en me passant la main dans les cheveux, l’air confus. Je sais que j’ai tendance à beaucoup parler, c’est plus fort que moi. J’ai des choses à dire, et les mots sortent tout seul pour les dire comme ils l’entendent. Parfois il m’arrive de penser qu’ils sont vivants et qu’ils sont totalement indépendant de ma volonté – je sais, c’est probablement ridicule. Ce n’est pas que c’est ennuyeux, j’aime bien parler, mais parfois, c’est un peu déconcertant, pour moi et pour mon interlocuteur. Enfin… pardon. Je ne le fais pas exprès.

Inutile de l’assommer d’un autre monologue long et lourd pour m’excuser de faire des monologues longs et lourds. Elle pourrait penser que je me moque d’elle.

— Cela dit, tu as raison, poursuivis-je en détournant le regard, ne sachant trop comment aborder le sujet. Je n’aime pas la mer. Elle est belle, je ne le nierais pas, et il m’est arrivé, quand j’étais petite, de passer des soirées entières à l’admirer. Parfois, même, encore maintenant, je me dis qu’elle est magnifique. Mais… bien souvent, je me rends compte à quel point je la hais. Si elle était vivante et corporelle, je crois bien que je voudrais l’étrangler, la déchirer en morceaux, la jeter loin de moi, la fracasser par terre, la rouer de coups, me battre avec elle, perdre, même, peut-être, mais avoir quelque chose à empoigner et à détruire…

Je m’aperçus que j’avais contracté mes mains sur ma robe – écrasant au passage l’une des chèvres, qui n’avait pas l’air de souffrir du fait d’être toute pliée. La simple pensée de ce que la mer m’avait pris, et de ce que je voulais lui faire en guise de vengeance, me faisait voir rouge. Je pris une profonde inspiration pour me calmer et détendre à nouveau mes mains.

— Je sais que c’est ridicule. La mer ce n’est que de l’eau. Elle n’a même pas une volonté à elle. Je ne devrais pas lui en vouloir, murmurai-je tristement, en croisant mes bras sur ma poitrine comme pour me protéger. Mais c’est plus fort que moi. Quand je pense à ce qu’elle m’a pris… j’ai envie… de casser quelque chose.

Je regardai Liry droit dans les yeux, comme pour la mettre au défi de se moquer de moi. J’avais compris qu’elle vivait une vie dangereuse la jeune fille. Elle avait peut-être perdu des amis dans les flots cruels et impénétrables. Elle avait dû défendre sa propre vie contre les emportements de Messaïon. Elle avait probablement bien plus de raisons que moi de haïr l’océan, et pourtant, elle l’aimait encore. Ma haine et ma peine me semblaient presque ridicules, en comparaison.

— J’ai perdu mon frère, murmurai-je, ignorant en vérité comment j’avais le courage d’en parler aussi crûment.

Je ne le disais pas, d’habitude. J’évitais le sujet, le contournant adroitement par de jolies métaphores et des changements de sujets à peine brutaux. Néanmoins quelque chose chez Liry me donnait envie d’être sincère. Elle était directe, la jeune femme, et elle avait posé sa question sans intention particulière, peut-être juste par curiosité. J’avais presque le sentiment qu’il était de mon devoir de lui répondre sans ambages.

— Il est tombé d’une de nos falaises outreventoises, l’océan l’a avalé, et il ne me l’a jamais rendu, poursuivis-je d’un ton plat, destiné à écarter toute vague de pleurs. J’avais douze ans et… mon frère était toute ma vie, à l’époque.

Peut-être toujours un peu maintenant, en fait, même si la situation s’était grandement améliorée depuis que j’avais tenu pour la première fois dans mes bras une petite vie, ma petite fille, mon adorable Ciara. Ce corps que je pensais manquer de vie avait eu le pouvoir d’en produire une nouvelle. Il y avait peut-être encore quelque chose en moi qui méritais de vivre.

— C’est pour ça que j’ai autant d’opinions sur la mer. J’essaye de réfléchir à ce que ça fait, de se trouver là-bas, et j’essaye de me dire que le sort de mon frère n’est pas aussi terrible, à reposer sous l’océan.

Je pris une profonde inspiration.

— Mais ce n’est pas… facile. Le plus souvent, je me retrouve à maudire la mer, ou à l’éviter, un peu par peur, peut-être.

Non, ce n’était pas facile, d’autant plus que quelque chose, au fond de moi, ne voulait pas vraiment que mon frère soit bien. J’avais envie qu’il souffre comme moi je souffrais son absence, qu’il regrette sa mort comme je la regrettais, et qu’il pense à moi autant que je pensais à lui. C’était cruel, et égoïste, mais en toute honnêteté, c’était ce qu’une part de moi ressentait encore, à l’heure actuelle. Je lançai un sourire à Liry, essayant de dissimuler toute la peine et toute la rage qui s’étaient installées en moi au cours des années.

— Voilà, tu connais l’histoire ! lâchai-je en haussant les épaules, faisant preuve d’un enthousiasme factice. J’espère qu’elle n’a pas été trop longue. Je m’en voudrais de parler trop, juste après m’être excusée d’être aussi bavarde.

Je m’en voudrais au moins un peu. Pas vraiment, pas de façon longue et durable – parler, après tout, faisait intimement partie de moi – mais un peu, certainement. J’avais essayé de faire des efforts, mais ce n’était pas facile, sur un sujet aussi prenant que celui de mon frère. Plus que jamais, quand je parlais de lui, je voulais que les mots me protègent, qu’ils fassent office de bouclier, et qu’ils empêchent mon cœur de se serrer aussi douloureusement dans ma poitrine…
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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptyLun 11 Déc - 9:06

Décidément cette fille était un vrai moulin à paroles.  Tu viens tout juste de lui dire qu'elle expulse tellement de mots de sa bouche que tu n'arrives pas vraiment à comprendre tout ce qu'elle raconte qu'elle se remet déjà à cracher un nouveau jet de phrases compliquées et alambiquées.  Vraiment, c'est tout une histoire et tu ne sais pas trop si tu dois pleurer ou en rire.  C'est assez surprenant de voir comment une personne peut parler et de façon aussi étrange.  On dirait qu'elle vient d'inventer une propre langue, celle d'une créature mythique ou quelque chose comme ça.  C'est peut-être le langage des licornes?  Oui ça doit être quelque chose comme ça oui.  Il n'y pas de doutes.  Enfin, tu veux bien la croire quand elle dit qu'elle n'est pas capable de se contrôler : c'est une évidence même que toi même n'as aucun mal à constater.  D'ailleurs, si elle parlait autant en sachant et en le faisant exprès, tu l'aurais déjà chassée à coups de bottes au derrière.  Tu peux être gentille parfois, mais il ne faut pas non plus te chercher.  Ce n'est vraiment pas le cas de la dame aux abeilles.  Elle est est naturellement comme ça, donc ça devient un peu plus pardonnable.  Tu te notes à toi-même toutefois d'essayer d'éviter autant que possible les rencontres.  Il te faudra plusieurs jours pour te remettre de celle-ci : tu l'aimes bien, mais elle réussit vraiment trop bien à te mettre les neurones à l'envers.  Tu n'es pas habituée de devoir réfléchir autant pour suivre une conversation.  Les marins ne sont pas des gens stupides, mais leur compagnie est beaucoup moins intellectuelle.  Un peu de rhum, un jeu de cartes, voilà qui suffit à faire la conversation.  En tout cas, tu lui pardonnes et tu as un petit geste de la main pour lui indiquer avant de te replonger dans ce qu'il te reste de bouffe : tu as bientôt fini et tu commences à te sentir bien pleine.  Il te faudra sûrement faire un petit somme plus tard.  Et il vaudrait mieux pour cette dame qu'elle ne parle pas trop sinon tu risques de t'endormir en l'écoutant parler.

La violence de ses sentiments pour la mer toutefois te surprennent.  Ce petit bout de femme est capable d'une telle haine?  Tu n'y aurais pas cru si on te l'avait simplement raconté.  C'est assez impressionnant.  Par contre tu te demandes quel genre d'histoire peut bien causer pareil ressentiment.  L'explication tombe assez rapidement d'ailleurs.  Tu peux comprendre.  Enfin, un peu.  Ton père aussi est mort en mer.  Enfin, il a simplement disparu.  Un jour il partait à bord de l'Orichalque et quand la vivenef était revenue à port il n'était plus là.  Ce sont des choses qui arrivent et il faut vivre avec.  Étrangement, peut-être parce que personne ne t'a vraiment expliqué ce qui s'est passé, tu supportes assez bien l'idée que ton père n'est plus de ce monde.  En vérité, tu n'as jamais vraiment songé à la mort.  Est-ce que ça fait mal de mourir?  Il faudra que tu meures à ton tour pour le découvrir.  C'est simplement un nouveau voyage.  Après tout personne ne sait réellement ce qu'il y a dans le royaume de Sithis.  Personne n'en est jamais revenu pour vous le raconter.

Inconsciemment, tu pousses un long bâillement sans couvrir ta bouche : pourquoi les continentaux font toujours tant de manières?

« C'pas grave.  J'c'mence à m'bituer qu'tu parles tant.  Au moins, toi, t'racontes dé z'histoires int'ressantes.  Pas comme plein d'aut' genses en'yants. »

Tu t'étires sur ta chaise en poussant un second bâillement avant de te craquer le coup. Dans ton assiette, il ne reste plus que les dernières miettes de ce qui était quelques instants plus tôt ton festin.  Tu te tapotes distraitement le ventre avant de pousser un gros rot.

« Oups, » lâches-tu pour toute excuse.  Vaut mieux que ça sorte par en haut que par en bas.   Puis tu comprends pas pourquoi les gens en font toute une histoire de mauvaises manières.  C'est normal de roter et de péter, tout comme d'aller se soulager.  Ce qui est naturel est naturellement bon.  C'est la loi de la nature.  Décidément, ces continentaux, il n'y a pas moyen de comprendre un peu ce qui se passe dans leur caboche.  Rien de très intelligent en tout cas, ça c'est certain.  Enfin, Melinda, elle est quand même un peu mieux que le continental moyen.  C'est un large compliment que tu lui fais là, mais tu le gardes pour toi : les gens ont tendance à s'offusquer quand tu les rends à voix haute, tu ne comprends pas trop pourquoi.

« S'tu veux mon avis, t'frère, l'est au r'yaume d'Messaïon.  J'me c'nnais p'trop en l'gende dé cont'nentaux, t'vois, mais y disent qu'vant, les Ans'riens, y vivaient d'l'eau a'ec é poissons.  C'tait l'f'dèles c'toyens de Messaïon t'vois.  Jusqu'à ce qui viennent su' terres pasque ils ont rendu Messaïon pas c'tent.  S'les vagues l'ont pas r'voyés, c'sûrement pasque Messaïon l'a acceuilli d'sa d'meure t'vois.  C'mon père qu'm'a r'conté c't'histoire quand j'tais p'tite t'vois. »

Tu hoches de la tête pour appuyer tes propos.  Ça va peut-être la réconforter de croire que son frère est parmi les dieux quoi.  En vérité, c'était mieux que le corps ne revienne pas à la terre. Un mort noyé, c'est pas beau à voir.  C'est tout noir et boursoufflé, gonflé par l'eau qui a trouvé son chemin pour pénétrer le corps.  Elle ne l'aurait pas reconnu même sa dépouille s'était échouée sur la plage.

« 'fin, j'me s'viens pu trop.  M'père, l'est pas r'venu d'la mer lui non plus quand j'tais p'tite.  C'tait un p'rate t'vois.  Un jour, il est parti su son b'teau, puis quand l'b'teau est r'venu, lui, yétait pu là.  Ça s'trouve, t'frère pis m'père n'regardent ensemble en bas dans l'royaume d'Messaïon et y sont ben c'tents qu'soit r'contré toi pis moi. »

Sur la fin de ta phrase, tu laisses échapper un autre long bâillement.  Tu ne tiendras pas trop longtemps encore.  Au moins, tu as peut-être fait ta bonne action de la journée en réconfortant la dame aux abeilles.





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Message Sujet: Re: Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne   Défi du jour : apprivoiser l'Îlienne EmptySam 13 Jan - 23:10

Je ne racontais pas la mort de mon frère à grand-monde. En vérité, si Liry n’avait pas abordé le sujet et si elle avait été quelqu’un d’autre, j’aurais probablement préféré détourner la conversation. Mais la jeune femme ne se comportait pas comme tous les autres, et elle me le prouva en bâillant largement et visiblement. Ce fut sans doute la première fois qu’après avoir abordé un sujet qui m’était encore si douloureux, je me mettais à sourire, me mordant la lèvre inférieure pour l’empêcher de s’étirer trop largement. Liry rendait cette histoire tellement… ordinaire, et bizarrement, c’était un comportement que j’appréciais assez. Je n’aurais pas de sa part cette pitié déplacée et ce désintérêt à peine dissimulé par quelques formules de politesse que j’avais vu tant de fois au cours de ma vie.

Comme pour accentuer cette nouvelle impression, elle commença par me rassurer sur le fait que mon histoire s’était révélée intéressante, avant de bâiller de nouveau et de roter bruyamment. Je ne m’en insurgeais pas, étrangement heureuse, une nouvelle fois, de ce traitement qu’elle réservait à mon histoire. Certains pourraient penser que c’était méprisant et irrespectueux, et si je n’avais pas été à ma place, je l’aurais sans doute pensé aussi. Mais en agissant ainsi, elle allégeait considérablement l’atmosphère, et elle n’avait même pas l’air de s’en rendre compte. J’hésitai presque à la remercier pour cette réaction tellement peu orthodoxe, tellement inattendue, mais tellement bienvenue.

J’eus peur, l’espace d’un instant, lorsqu’elle embraya de nouveau sur la conversation sérieuse. Allait-elle briser cette douce atmosphère qu’elle avait contribué à ramener ? Mes craintes s’évanouirent quand elle se mit à parler. Elle me racontait une histoire, elle aussi, comme un conte de fée, doux et harmonieux. Je connaissais un peu les légendes d’Ansemer, mais c’était la première fois que quelqu’un me la contait avec cet accent chantant. Je ne compris pas tous les mots, mais je compris l’essentiel : même si mon frère s’était perdu loin du tertre familial, il est entouré, et accueilli dans la demeure d’un dieu. Il n’avait sans doute pas droit à un aussi bon miel que chez nous, en Outrevent, mais il était probablement bien traité. Et puis, s’il était aux côtés du père de Liry, et que ce père ressemblait un tant soit peu à sa fille, il était en bonne compagnie.

Ce n’était pas suffisant pour me consoler, non. J’avais passé trop de temps à pleurer la mort de mon frère pour qu’une simple conversation suffise à me débarrasser de toute la peine, la colère et le désarroi que je ressentais en repensant à cet épisode de ma vie. Mais c’était sans doute une des premières fois de ma vie que je pouvais penser à la mort de mon frère en souriant – un sourire doux, léger, mais un sourire vrai. Je ressentais tant de reconnaissance envers mon interlocutrice que lorsqu’elle bailla à nouveau, preuve de sa fatigue croissante, je décidai de l’abandonner là. Sans doute, après avoir mangé avec tant de voracité, avait-elle besoin d’un peu de repos.

— Je devrais te laisser, déclarai-je avec un large sourire, m’éloignant par la même occasion des sujets qui m’étaient sensibles. Tu as l’air fatiguée, et puis tu as fini ton repas. Je suppose que tu vas retourner à tes activités. Merci d’avoir accepté de parler avec moi, en tous cas. C’était vraiment bien et…

J’hésitai une fraction de seconde.

— Merci pour cette histoire, à propos de Messaïon. Je ne parle pas souvent de la mort de mon frère parce que je n’aime pas comment la plupart des gens réagissent. Mais je suis contente de t’en avoir parlé, vraiment.

C’était un grand compliment que je lui faisais. Mon frère faisait partie de ces sujets que je maudissais d’avoir à aborder. Aujourd’hui… Liry avait rendu tout cela différent, et j’en étais étrangement touchée. Comme quoi, aborder des gens au hasard dans une taverne pouvait mener à de biens douces rencontres.

— Je suis contente, en tous cas, d’avoir pu parler avec toi. J’espère que tu n’iras pas te perdre trop vite au bout du monde, qu’on ait encore l’occasion de se voir, si tu le veux bien.

J’espérais qu’elle accepte. Je parlais beaucoup, après tout, et partager une conversation avec moi ne devait pas forcément être agréable pour tout le monde. Je me demandai si elle avait apprécié cet échange autant que moi. Peut-être. En tous cas, elle ne m’avait pas demandé de partir, et elle ne s’était pas contentée de garder le silence. C’était déjà bon signe, sans doute.

— Au revoir, alors, si le Destin le veut.

Je me levai pour lui serrer la main, un léger sourire sur les lèvres. Peut-être que ce n’était pas une bonne idée, cela dit, d’en appeler au Destin. Qui savait dans quelles circonstances il pouvait nous pousser à nous revoir ?
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