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 Des problèmes en Bellifère?

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Message Sujet: Des problèmes en Bellifère?   Des problèmes en Bellifère? EmptyMar 11 Juil - 19:20


Livre II, Chapitre 4 • De Glace et de Sang
Bartholomé d'Ansemer et Quitterie Aubenacre

Des problèmes en Bellifère?

Rencontre entre un duc et une Chevaucheuse



• Date : 29 juillet 1002
• Météo (optionnel) : Temps clair
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Bartholomé prend connaissance de l'enlèvement de Quitterie en Bellifère et convoque donc la Chevaucheuse pour des explications
• Recensement :
Code:
• [b]29 juillet 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t2411-des-problemes-en-bellifere]Des problèmes en Bellifère?[/url] - [i]Bartholomé d'Ansemer et Quitterie Aubenacre[/i]
Bartholomé prend connaissance de l'enlèvement de Quitterie en Bellifère et convoque donc la Chevaucheuse pour des explications



Dernière édition par Bartholomé d'Ansemer le Dim 16 Juil - 23:36, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Des problèmes en Bellifère?   Des problèmes en Bellifère? EmptyMar 11 Juil - 19:22


Bartholomé d'Ansemer et Quitterie Aubenacre

Des problèmes en Bellifère?

29 juillet 1002




Félicitation amiral ! Fit Bartholomé en serrant avec vigueur le bras de l’homme qui se tenait en face de lui.

Revenant de sa septième attaque contre les pirates qui tentait de piller les côtes ansemariennes depuis plusieurs mois, l’amiral Kumas, second amiral de la flotte militaire d’Ansemer venait d’apporter au duché des Océans l’une de ses plus importantes victoires navale de ces dernières années. Il était donc rentré à Port-Liberté sous les vivats de la foule, enfin soulagée de la menace pirate, et recevait à présent les honneurs de son duc.

Nul ne remettra plus en question la supériorité des ansemariens sur les flots ! Quelle récompense serait à la mesure de ton succès dis moi ?

Droit et le visage sévère, les cheveux grisonnant, l’amiral s’inclina devant son seigneur.

— L’honneur de servir Ansemer est la seule récompense qui en vaille la peine Votre Grâce, dit-il d’un ton sincère. Mais si vous insistez, ma seule requête serait une entrevue privée avec vous dans un court délai.

Bartholomé leva un sourcil d’étonnement.

Eh bien c’est évidemment accordé amiral, répondit le Duc. Prenez le temps de vous reposer et changer vous. Vous partagerez mon repas ce soir et nous auront le loisir de discuter.

L’amiral Kumas s’inclina à nouveau et le duc le regarda partir en se grattant la barbe de perplexité. Un homme étrange s’il en était.




Bartholomé mastiquait avec contentement la chair de poisson grillé qu’il avait mis en bouche — en lui trouvant cependant un arrière-goût de bois — puis fit passer le tout avec une rasade de vin blanc de Lagrance de première qualité. Satisfait, il se tourna vers Kumas qui n’avait pas encore touché à son assiette.

Très bien amiral, de quoi souhaitiez vous me parler ?

L’hôte du duc regarda un instant son assiette, comme s’il tentait de rassembler ses pensées ou son courage — voir les deux — puis leva les yeux vers son seigneur.

— Nous sommes sans défense Votre Grâce, lâcha-t-il d’un ton sec. Si le duché se faisait attaquer aujourd’hui, nous ne passerions pas l’hiver.

Silencieux, Bartholomé reposa lentement ses couverts sur la table. Soudain d’un calme mortel il observa les traits de son officier qui — lui jusqu’ici si stoïque — gesticula sur sa chaise, mal à l’aise.

La flotte de guerre est plus puissante qu’elle ne l’a jamais été sous le règne de mon père. Notre alliance avec l’Empereur Gustave nous assure l’appui du trône en toute circonstance et tous les rapports militaires sont des plus confiants. Explique toi amiral, lâcha Bartholomé en passant du vouvoiement au tutoiement sans s'en rendre compte.

Kumas dégluti, perdant quelque peu de sa contenance de soldat.

— La flotte est puissante, Votre Grâce, mais elle exige d’énormes ressources d’entretient. Et notre capacité de réponse en cas d’attaque terrestre est très nettement inférieure à nos capacités potentielles. De plus, si un ennemi arrive à nous couper des lignes d’approvisionnement nous reliant à Lagrance, les stocks ansemariens ne tiendront pas plus de trois mois — en supposant qu’on les rationne.

Le duc laissa son regard se plonger dans le lointain et porta machinalement son verre à ses lèvres.

Pourquoi as-tu demandé cet entretient Kumas ?Demanda-t-il en abandonnant cette fois toute forme de courtoisie.  

— Vos conseillers militaires font tous partie de la flotte de guerre, seigneur. Aucun ne tentera de répartir les ressources du duché entre la mer et la terre. Mais vous être notre duc. Vous devez être mis au courant de toute situation, même celle qui n’arrange pas le conseil de guerre.

Bartholomé hocha lentement la tête puis se leva en appelant les serviteurs.

Occupez vous du repas de l’amiral puis reconduisez le à la sortie du palais — à moins que vous ne désiriez une chambre ici pour la nuit ? — je dois me retirer.

Laissant le marin aux mains des domestiques, le seigneur des lieux se dirigea vers le bureau ducal. Il fit un détour par la salle d’administration des scribes, attenante, dont il ouvrit la porte avec fracas.

Les registres et stocks de nourriture, les dépenses militaires et civiles, le registre de la flotte de guerre et l’inventaire des forces terrestres, tonna-t-il aux scribes tout surpris de voir ainsi leur duc débarquer comme un ouragan. Immédiatement !




Quatre heures s’étaient écoulées depuis que Bartholomé s’était plongé dans le fatras de notes et de documents sensés faire état de la situation du duché. Et force lui était de reconnaître que les points soulevés plus tôt dans la soirée par l’amiral étaient plus que pertinents. En cas d’attaque organisée, le duché ne tiendrait pas plus de trois mois — s’il tenait jusque là.

Le duc reposa les documents dans un soupire. Il avait ignoré les problèmes de ses terres bien trop longtemps, tant sa soif de repartir en mer l’obnubilait. C’était à présent terminé. À partir d’aujourd’hui, il n’aurait de repos avant qu’Ansemer regagne la place qui était la sienne depuis le début : la première puissance de Faërie.

Calmement cette fois, il se rendit à la salle d’administration et réclama que tous les documents concernant l’agriculture des terres ansemariennes ainsi que ceux sur l’armée de terre et le Vol d’Ansemer soient sur son bureau aux premières lueurs du jour. Il partit ensuite se coucher, l’esprit plein de résolutions.




La pile de document qui l’attendait une fois passé les portes de son bureau choqua Bartholomé. Certain que les bouts de papiers se livraient une guerre sanglante pour atteindre le plafond les premiers, il gratta sa barbe de perplexité. La journée s’annonçait longue.

Le duc commença par rassembler les documents évoquant le Vol d’Ansemer — ayant une pensée toute particulière pour son frère Bertin — et se plongea dans sa lecture. Après plusieurs heures de travail, un note en bas de page attira son attention : « problème Riven, chevaucheurs ». Intrigué, il mena son enquête parmi l’amas de feuilles entassé devant lui. En recoupant les informations, Bartholomé finit par comprendre qu’une attaque non-autorisée semblait avoir eu lieu à Riven en Bellifère, impliquant au moins deux chevaucheurs d’Ansemer dont le Capitaine en personne. Étonné de n’avoir reçu aucun rapport officiel et n'en voyant aucune trace dans les documents, il décida de convoquer le Capitaine Rackham afin d’en savoir plus.




L’entretien avec le capitaine du Vol d’Ansemer laissa le duc dans une colère noire. Après avoir eu un compte rendu détaillé des événements de Riven, il congédia le capitaine sans autre forme de procès. Il appela ensuite un scribe.

Rédigez une missive de convocation au nom de Louison Aubenacre. Je veux parler à cette Chevaucheuse dans les plus brefs délais.

— Ce sera fait, Votre Grâce, répondit le gratte-papier. Je vais de plus faire préparer la salle d'audience.

Inutile, soupira Bartholomé. Amenez la moi ici.

— Dans votre bureau, Seigneur? S'étonna le scribe en s'attirant un regard noir de son duc. Hum... Bien sûr Votre Grâce. Tout de suite.


Dernière édition par Bartholomé d'Ansemer le Ven 11 Aoû - 16:13, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Des problèmes en Bellifère?   Des problèmes en Bellifère? EmptyMer 19 Juil - 22:02

La convocation est arrivée en fin d’après-midi. À peine Rackham revenu du palais – l’apprenti qui a reçu le coursier a lu pour elle la missive. Louison Aubenacre est convoquée au palais sur l’ordre du duc. Immédiatement, l’angoisse s’est glissée dans ses veines. Cela fait un mois déjà que les événements en Bellifère ont eu lieu, elle espérait encore qu’ils resteraient inconnus des grands de ce monde… Touchante naïveté, il est vrai, mais elle a été tant secouée par l’enchaînement d’événements ! Rackham n’a eu que quelques minutes pour lui récapituler ce que le duc savait : l’enlèvement d’une Chevaucheuse ansemarienne en plein territoire neutre ; la folle poursuite à travers le continent entier en catimini pour ne pas attirer l’attention sur eux ; leur arrivée à Aubenacre en plein raid de pirates – quelle folle coïncidence ! – et l’extraction tant bien que mal de l’enlevée en question, ainsi que le sauvetage de sa sœur aînée et de l’un de ses frères. Bah oui, fallait quand même pas laisser les pirates tuer tout le monde… ! De l’implication de Lionel, il n’a pas eu le temps de lui parler ; aussi Quitterie prétendra-t-elle ne pas être au courant de tous les tenants et aboutissants de son sauvetage périlleux.

Le mage des portails de la caserne a tôt fait de l’envoyer jusqu’à la salle d’outremarche du palais ; et là, à en juger par le cliquetis des armes, c’est une escouade entière de gardes qui assure la surveillance des lieux. Mal à l’aise, elle demeure coite un instant, jusqu’à ce que la voix agacée d’un majordome ne résonne. « Ne restez pas là, la fille, enfin ! Le duc vous attend ! » Toute penaude qu’elle puisse se sentir, Quitterie se redresse néanmoins de toute sa – ridicule – hauteur, campant les poings sur ses hanches. Que s’imagine-t-il, cet inconnu plein de morgue et de suffisance ? « Je suis Chevaucheuse d’Ansemer, sire, je ne vous autorise pas à me priver du respect qui est dû aux combattants de Sa Grâce notre duc. Par ailleurs, l’on a dû certainement vous préciser que je suis aveugle – et sans mon Familier pour guider mes pas, il me faudra nécessairement une escorte pour me mener à notre souverain. » Ils ont refusé que Sayam 'accompagne, après tout – tant pis pour eux, ils se débrouilleront avec l’infirme !

Reniflant de mépris, l’homme ordonne à une servante d’emmener la Chevaucheuse auprès du duc… dans son bureau privé. Est-ce une métaphore pour quelque chose de plus sinistre… ? C’est une voix féminine qui résonne près d’elle, tandis que sa propriétaire bien secourable attrape délicatement la main de Quitterie pour la glisser à son coude. Doucement, l’inconnue emmène l’aveugle à sa suite. « Je m’appelle Charline, madame. » a chuchoté la femme, et c’est toute sa gratitude que la Chevaucheuse lui murmure en retour. Après moult escaliers, couloirs et croisements, la femme finit par s’arrêter, et un homme s’enquiert de qui il doit annoncer. « Je suis la Chevaucheuse Louison des D-Aubenacre. Louison Aubenacre. » Après tout, c’est sous ce nom qu’il l’a convoquée – elle-même a encore du mal à se faire au nouveau nom qu’elle porte, depuis son mariage avec Rackham.

Son mariage.
Avec Rackham.

Une rougeur subite vient colorer ses joues à ce souvenir, comme à chaque fois que ses idées s’égarent dans cette direction, et c’est toute rose de confusion que le scribe l’introduit dans le bureau de son maître, où elle délivre une révérence de cour parfaite sans trop savoir si elle est tournée dans la bonne direction. « Vous m’avez mandée, monseigneur, me voici, à vos ordres. »

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Message Sujet: Re: Des problèmes en Bellifère?   Des problèmes en Bellifère? EmptyVen 11 Aoû - 17:52


Bartholomé d'Ansemer et Quitterie Aubenacre

Des problèmes en Bellifère?

29 juillet 1002



Bartholomé avait de nouveau perdu toute notion du temps, plongé corps et âme dans les documents qu’il s’était fait apporter de la trésorerie et il ne put réprimer un sursaut quand l’un des scribes en charge vint frapper à la porte pour annoncer l’arrivée de Louison Aubenacre. D’un hochement de tête impatient, le duc d’Ansemer lui fit signe de faire entrer la Chevaucheuse.

La jeune femme — de vingt-cinq ans si le registre était exact — fit alors son entrée dans le bureau et se fendit d’une révérence impeccable.

Vous m’avez mandée, monseigneur, me voici, à vos ordres.

Bartholomé l’observa quelque instants, tentant de l’appréhender de son mieux. Imprégnée de jeunesse, elle l’était effectivement, se dit-il. Mais la naïveté, habituelle comparse de cette dernière, semblait ici aux abonnées absentes. Le voile recouvrant les yeux de son invitée était probablement pour beaucoup dans cet aspect des plus singuliers.

Louison Aubenacre. Lut le duc à voix haute sur le parchemin où il avait rédigé ses connaissances de l’affaire qui le préoccupait. Originaire de Riven en Bellifère. Chevaucheuse du vol d’Ansemer et mage de l’hiver. Victime d’enlèvement par l’un des membres de sa famille — sujets de la couronne ducale belliférienne — le premier juin mille-deux. Secourue officieusement par un groupe hétéroclite comprenant notamment le capitaine de Vol d’Ansemer, Rackham. Le tout en causant évidemment de grands dégâts à Riven et en faisant un étalage de la force des Chevaucheurs en plein territoire ennemi en temps de guerre.

Bartholomé reposa son document devant lui et leva les yeux vers Quitterie.

Bien que votre entreprise ait été de toute évidence couronnée de succès, mettre ainsi en danger de précieux éléments de l’armée sans en avoir reçu l’ordre ou même ne fut-ce que l’autorisation est un acte grave qui remet en cause la capacité du capitaine Rackham d’occuper son poste. Si l’information s’ébruite jusqu’aux oreilles de la Maréchal de Flamme, il est fort à parier qu’une sérieuse réorganisation du Vol d’Ansemer aura lieu.

Le duc se renfrogna quelque peu. Bien que sous son autorité directe en ce qui concernait les affaires du duché, les Chevaucheurs étaient néanmoins totalement soumis à la domination de leur Maréchal pour le reste. Fin stratège, Bartholomé savait néanmoins à présent quelle carte jouer.

C’est pourquoi j’ai ici un document attestant que l’ordre de secourir par tous les moyens nécessaires et dans le plus grand secret Louison Aubenacre, Chevaucheuse du Vol d’Ansemer et sujette de la couronne ducal ansemarienne, a été donné au capitaine Rackham par le duc Bartholomé d’Ansemer le premier juin mille-deux.

Pour le seigneur d’Ansemer, cette opération mûrement réfléchie semblait la plus profitable. Gagnant en influence auprès des Chevaucheurs de son duché, il s’assurait que leur réputation — et donc la réputation du Vol — restait intacte. Indirectement, le succès de leur sauvetage augmentait le prestige de la couronne ducale et l’humiliation de Bellifère serait dorénavant assimilée à Ansemer. Pour finir, cette assurance protégeait ses Chevaucheurs de toute réprimandes possibles de la part de la Maréchal ou même d’autres duchés. En bref, la protection de Bartholomé les rendait à présent intouchables. Sauf évidemment par le duc lui-même.

La question de votre famille doit néanmoins être réglée, continua le duc. Le capitaine Rackham m’a confié que votre sœur aînée ainsi que l’un de vos frères sont revenus avec vous de Bellifère.

Bartholomé saisit un autre document qu’il inspecta d’un coup d’œil rapide.

Si vous vous portez garant d’eux, et s’ils jurent allégeance à la couronne d’Ansemer, bien évidemment, vous pourrez tous venir vivre de manière permanente en Ansemer sous ma protection. Je vous fais don d’un petit manoir faisant partie de mon patrimoine personnel en périphérie de Port-Liberté. Il devrait néanmoins être suffisant pour héberger tout le monde. Considérez cela comme… le cadeau de mariage de votre duc.


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Message Sujet: Re: Des problèmes en Bellifère?   Des problèmes en Bellifère? EmptySam 12 Aoû - 21:59

Le silence qui suit sa révérence est profond, et l’instinct de Quitterie lui souffle que son duc l’observe. Comme un picotement sur sa peau, comme si sa cécité la rendait plus sensible à l’invisible. Concentrée, elle se tient droite sous le regard de Bartholomé, puisant en sa toute récente félicité des provisions de sérénité pour affronter ce qui va suivre. Oh, elle n’est pas bien fière de l’avalanche de catastrophes causée par son enlèvement, mais elle reste immensément satisfaite de la manière dont les choses ont tourné : son mariage la comble de joie maintenant que les difficultés sont aplanies, et elle profite de la présence Désirée et Gédéon à Lorgol ! Bien sûr, une part d’elle déplore la mort d’hommes de son sang ; mais les horreurs commises par Géraud sur la personne de Daisy lui valaient amplement ce sort ; quand à Guérin… La terreur rétrospective de ce qu’il a failli lui faire hante encore ses nuits et la jette tremblante dans les bras de Rackham à la sortie d’un cauchemar terriblement réaliste. Le trépas de Gontrand était peut-être moins nécessaire ; mais il a levé les armes contre ses amis, et elle n’est pas certaine que les belles-sœurs et leurs filles se plaignent de son sort.

Que sait le duc Bartholomé de tout cela ? Les détails sordides n’ont pas transpiré, Quitterie y a tenu, de toute son âme : hors de question de salir Éponine avec la réalité, nul n’a besoin de savoir ce qui se passait réellement sur la lande. Elle est quasiment certaine que Rackham n’a rapporté à leur souverain que le strict nécessaire, et une vague de gratitude destinée à son mari (son mari !) la traverse toute entière. Sa joie personnelle se voit douchée rapidement, cependant, au fur et à mesure que son souverain détaille les faits. A l’entendre les exprimer ainsi, toute l’affaire prend une tournure assez terrible, d’une ampleur qu’elle ne soupçonnait pas. Elle devient de plus en plus pâle lorsqu’il évoque les conséquences possibles pour Rackham – un sursaut d’adrénaline la fait écarquiller ses yeux aveugles lorsqu’il parle d’un ordre falsifié pour les protéger – et une rougeur soudaine envahit sa délicate carnation de rousse lorsqu’il achève en mentionnant le don d’un manoir.

D’un manoir.
Les mots lui manquent, soudain.

Luttant pour trouver le temps de bricoler une réponse convenable, elle aspire l’air à grandes goulées, tirant machinalement sur son corsage qui lui semble soudain bien trop étroit pour ses poumons pris de court. Au bout de quelques secondes d’un silence fébrile, elle parvient à retrouver suffisamment de contrôle sur elle pour improviser quelques explications. « M-monseigneur, j’ai bien conscience d’avoir été la c-cause de troubles, lorsque j’ai été enlevée. Le C-capitaine Rackham n’est pas venu à mon secours par caprice, il est venu me s-sauver du déshonner et des crimes que mon propre f-frère préméditait sur ma personne. » Nerveuse, elle déglutit péniblement – ces souvenirs sont encore fortement douloureux, et la pâleur qui dissipe l’écarlate de ses joues en est un témoin incontestable. « Mon propre f-frère, Votre Grâce, prévoyait de me faire absorber le Philtre de Mortessence pour me priver à jamais de ma magie. Et pour le reste – forcer ainsi la vertu de sa sœur, je ne conçois pas comment il a pu un seul instant envisager une telle horreur – mais le Capitaine est arrivé juste à temps pour me secourir, et je lui en sais gré. Je vous en supplie, monseigneur, ne le punissez pas par ma faute – j’accepterai toute sanction que vous exigeriez en échange de votre protection, mais lui ne mérite pas votre courroux. C’est un bon Capitaine, votre loyal serviteur, et je me haïrais si la générosité de ses actes envers moi devait lui valoir votre opprobre ! »

Elle s’est enhardie, la petite Chevaucheuse timide, plaidant pour son époux avec toute la passion de son jeune cœur. Mais il faut bien évoquer le reste, et elle se laisse juste le temps de reprendre son souffle avant de conclure son petit discours décousu, joignant les mains devant elle pour se donner de la force. « Monseigneur, je ne puis trouver les mots pour vous remercier de votre générosité ! Je ne puis m’exprimer pour ma sœur Désirée qui semble décidée à demeurer près de sa fille à Lorgol pour le moment. Elle va entrer à l’Académie, et la présence de sa mère la rassurera… Quant à mon frère aîné, Gédéon, ses facultés mentales ont été irrémédiablement appauvries par les mauvais traitements qu’il a subis, et il ne saurait quitter Désirée qui assure sa subsistance… Mais s’ils émettent jamais le désir de venir vivre à mes côtés en Ansemer, ma première tâche sera de vous les mener pour qu’ils prêtent allégeance à votre couronne, Votre Grâce. Je sais qu’ils n’ont guère d’affection pour celle de Bellifère qui a laissé se perpétuer ces traditions qui nous ont infligé tant de misère... » Un sourire timide vient éclairer sa mine sérieuse, et c’est avec bien plus d’hésitation qu’elle termine, mais avec une sincérité vibrante. « Quant à votre présent, Votre Grâce… Je n’aurais jamais pensé… Je suis bien misérable et insignifiante – je ne suis même plus vraiment capable de voler seule – et l’idée que vous puissiez… Je ne sais comment vous exprimer ma gratitude. Vous aviez déjà mon allégeance depuis des années, mais je vous renouvelle bien volontiers ce serment. Je ne suis plus très utile à ma division, mais si je puis vous être d’une quelconque utilisé, monseigneur, je vous en conjure, rappelez-vous que je suis votre fidèle servante. »

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Message Sujet: Re: Des problèmes en Bellifère?   Des problèmes en Bellifère? EmptyDim 13 Aoû - 2:47


Bartholomé d'Ansemer et Quitterie Aubenacre

Des problèmes en Bellifère?

29 juillet 1002



Bartholomé secoua la tête d’agacement en entendant la Chevaucheuse tenter de justifier les actes de son capitaine de Vol. Et la colère qu’il avait contenu jusque là refit brièvement surface.

— Comprenez ma chère qu’il s’agit de la manière et non les actes qui sont reprochés au capitaine Rackham. L’attaque contre votre village natal fut très bien menée, si on exclu ce fait. S’il avait d’ailleurs pris ses ordres auprès de moi, j’aurai exigé qu’on rase Riven en représailles. L’enlèvement d’une ansemarienne est une attaque frontale contre mon duché et la colère d’Ansemer se devait d’être implacable. C’est cette efficacité qui a sauvé votre capitaine, et non la générosité dont il a fait preuve à votre égard.

Bartholomé se leva de son siège et arpenta la pièce en tentant de se calmer. Oui, cet enlèvement était un affront direct fait à la fierté d’Ansemer et la colère foudroyante du duc était toute entière pointée sur Bellifère. Il se promit de le leur faire payer au centuple, et pour cela, la guerre en cours servirait parfaitement ses objectifs.

Le seigneur des lieux souffla et laissa son courroux couler hors de son corps. Pour l’instant, les bellifériens avaient eu leur compte.

D’une oreille distraite, il se rendit compte que la jeune femme avait poursuivi sa plaidoirie en expliquant que sa famille resterait à Lorgol pour l’instant. Cela la regardait. Son cadeau de mariage était à elle à présent, et ce qu’elle en ferait ne le regardait plus. Ou presque.

Le vieux renard pouvait certes être généreux ; et offrir à un jeune couple un espoir d’avenir plus riche n’était pas totalement une manipulation politique propre à le servir. Pas totalement. Mais il s’interrogeait sur Louison Aubenacre, dite Quitterie depuis sa discussion avec Rackham. Chevaucheuse aveugle, elle venait à l’instant de reconfirmer à son duc que son utilité auprès de son Vol était des plus fragile. Paradoxalement, elle était parvenue à gagner le cœur d’un des capitaines les plus respectés que le Vol d’Ansemer ait jamais connu et s’était hissée malgré son handicap au statut de Championne remplaçante du Tournoi des Trois Opales. Garder un tel phénomène sous la main pouvait se révéler des plus… intéressant. Mais justement, jusqu’où pouvait être utile la jeune femme, voilà qui était la question.

— … si je puis vous être d’une quelconque utilité, monseigneur, je vous en conjure, rappelez-vous que je suis votre fidèle servante, finit par conclure la jeune femme.

Bartholomé hocha la tête, satisfait.

— Sachez que votre dévotion est appréciée Chevaucheuse. Et Ansemer sait se montrer généreux envers ses sujets les plus loyaux. C’est pourquoi je vous demanderai de répondre sans chercher à laisser dans l’ombre quoi que ce soit : jusqu’où va votre handicap et quelles sont vos possibilités d’actions malgré lui ? En prenant en compte votre dragon et votre magie, cela va de soit.
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Message Sujet: Re: Des problèmes en Bellifère?   Des problèmes en Bellifère? EmptyMar 15 Aoû - 14:51

La colère du duc est puissante – comme tous les Ansemariens, Bartholomé est doté d’un caractère entier et fier, qui gronde aussi fort que le tonnerre agite les cieux lorsque l’ire s’éveille dans son cœur. Elle fait le dos rond, la petite Louison, penaude sous la mercuriale, même si elle perçoit que cette sainte irritation n’est pas vraiment dirigée contre elle, mais bien plutôt contre le bras qui a osé commettre la première offense. Elle patiente, le temps que l’orage se calme, droite et digne sous le regard de ce souverain qui n’est pas le sien, mais auquel elle a juré allégeance et donné sa loyauté. Elle n’a jamais eu l’honneur d’être en présence directe du duc d’Ansemer par le passé, mais elle apprécie la force d’âme et le caractère qu’il démontre. Voilà un seigneur qu’il lui plaît de suivre, se dit-elle dans le secret de ses pensées – un duc fort, pour Ansemer. Un duc qui saurait protéger son duché en ces temps de guerre.

Elle s’attendait à ses questions. Une part d’elle les redoutait, il y a quelques mois encore, mais depuis elle en a pris son parti et a appris à faire des atouts de ses différences. Un sourire triste étire un instant ses lèvres, mais elle conserve la tête haute, sereine et bien plus sûre d’elle-même qu’elle ne l’aurait cru. Par leur lien mental toujours présent, elle perçoit l’approbation silencieuse de Serment, satisfait de voir sa Chevaucheuse garder pied dans la tourmente, et l’affection inconditionnelle de Sayam qui se remet doucement de la fracture subie aux mains de Guérin. Ils sont fiers d’elle ; et Quitterie, quelque part, est un peu fière aussi de ce qu’elle a accompli.

« Mon handicap est total, Votre Grâce. Ma vue s’est progressivement dégradée au fil des années ; depuis mars, ma cécité est absolue. Je ne vois plus rien. Mais j’ai eu des années pour me préparer – je puis me déplacer seule si mon Familier est à mes côtés, il me guide sans faillir et me permet une relative autonomie. En ce qui concerne la Chevauche… Le Capitaine me fait voler sous sa tutelle depuis qu’il a découvert l’avancée de ma maladie. Mon dragon et moi expérimentons depuis notre premier vol, et il parvient à me partager sa vision. Mon esprit et le sien ne fonctionnent pas de la même manière, aussi m’est-il encore compliqué d’interpréter correctement ce qu’il me permet de voir, mais je progresse petit à petit. Je peux voler sans ma division, en relative autonomie si la situation est calme, porter des messages et des colis si le besoin s’en fait sentir, mais les combats sont encore trop risqués, je serais sûrement plus une gêne qu’autre chose. C’est pour cette raison que le Capitaine l’Îlien m’a renvoyée à l’Académie début septembre, pour compléter ma formation de guérisseuse et me permettre d’employer ma magie sans le concours de mes yeux. Pour le moment, mes professeurs sont satisfaits. »

Ils sont même élogieux. Pour l’instant, Quitterie est en tête de sa classe et progresse plus rapidement, du fait de son expérience : sa première année de formation complémentaire l’a vue remarquablement avancer, et c’est la raison de sa fierté. Elle peine à lire seule, aussi a-t-elle embauché une petite scribe pour lui faire la lecture, le soir, à la Taverne de la Rose, empruntant une foule d’ouvrages épais et entraînant sa mémoire à tout retenir rapidement. L’aide de Melinda est précieuse également – sa camarade de chambrée la fait réciter à la veille des examens, et sa tranquille amitié est un soutien de plus dans la voie compliquée que Quitterie s’est choisie.

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