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 Sur un rameau d'olivier

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Mélusine de Sylvamir
Mélusine de Sylvamir

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Je suis : baronne de Sylvamir, marquise de Sinsarelle, dame de Séverac, Voleuse de la Cour des Miracles

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Message Sujet: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyLun 18 Déc - 18:59


Livre III, Chapitre 1 • D'Accord et de Chaos
Denys du Lierre-Réal & Mélusine de Sylvamir

Sur un rameau d'olivier

L'aigle et la colombe peuvent se rencontrer



• Date : 8 janvier 1003
• Météo (optionnel) : C'est l'hiver, il neige !
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Mélusine et Denys se rencontrent pour discuter des récents événements impliquant l'Ordre du Jugement et la Rose Écarlate.
• Recensement :
Code:
• [b]8 janvier 1003 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t3145-sur-un-rameau-d-olivier#114719]Sur un rameau d'olivier[/url] - [i]Denys du Lierre-Réal & Mélusine de Sylvamir[/i]
Mélusine et Denys se rencontrent pour discuter des récents événements impliquant l'Ordre du Jugement et la Rose Écarlate.











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyLun 18 Déc - 19:13

Elle a cherché. Sans trop y croire. Avec la sombre détermination du désespoir.
Parce que ça ne peut pas être vrai. L’horreur aperçue dans l’esprit de Rhéa, cet océan de culpabilité niché au creux des souvenirs que l’entité lui a légués avant de disparaître, et ces images troublantes de sang sur ses propres mains. Ses mains à elle, ses mains de Mélusine, avec leurs ongles soignés et la minuscule cicatrice, là sur le bord de l’auriculaire, datant de ce jour de son enfance  où elle a volé au secours de Mélisende menacée par quelques abeilles attirées par le parfum fleuri de ses cheveux.
Ses mains à elle.
Plongées dans une rivière de sang.
À son retour de l’Académie, elle a passé une semaine à se laver maladivement, frottant compulsivement la peau de ses mains, de ses doigts, décapant son épiderme tendre pendant des heures jusqu’à s’en faire saigner, ne cessant son récurage frénétique que sous les injonctions fermes de Hiémain, fondant en larmes dans ses bras pour sombrer par intermittence dans un sommeil peuplé d’horreur et de terreur. Tout ce sang sous ses mains – incrusté sous ses ongles !

Au premier soir, Melbren était là – Mélusine l’a empilé avec les enfants, se lovant au milieu d’eux, malade de fatigue et de peine, terrassée par le chagrin dans les bras de Hiémain.
Au troisième soir, le bal d’Agathe a été décommandé – trop de morts et de blessés parmi les invités. Mélusine n’a pas bougé, ne réagissant même pas aux attentions délicates d’Arsène, aux tendres sollicitations d’Agathe. Prostrée. Pleurant sans vraiment savoir pourquoi, le cœur brisé par un sentiment de trahison ne reposant que sur du vent, mais avec la certitude d’être dans son droit.
Au cinquième jour, c’est Alméïde qui s’est glissée sous sa couverture pour la prendre dans ses bras et pleurer avec elle, mêlant le sel de leurs larmes pour quelques heures. Mélusine n’a toujours pas réagi, loin de ses habituelles caresses scandaleuses.
Au septième jour, Hiémain a estimé le deuil suffisamment porté, pris les choses en main, pansé ses avant-bras ensanglantés, et placé avec grande détermination le petit Meldred entre ses bras. Même si l’enfant sait maintenant s’asseoir seul, il aime se sentir tenu, et tout naturellement s’est blotti contre sa mère en babillant. Reprends-toi, a dit sévèrement Hiémain avec le sérieux des Kyréens. Les enfants ont besoin de toi, moi aussi. Nous n’avons aucune certitude. Cherchons des preuves.

Alors, elle a cherché.
Pâle comme la mort, les yeux cernés – elle a fouillé les archives de la Tour de la Rose, dès le 7 décembre, trois semaines durant, avec l’aide d’Alméïde. Les souvenirs de Rhéa ne se présentant que lorsque qu’elle se concentre, il leur a fallu du temps, mais elles ont compulsé les registres, fouillé des siècles de rapports sans rien trouver de concret, et fini par accéder à un pan de la bibliothèque caché dans l’épaisseur de la muraille.

Vide.
Les écrits qui y étaient conservés, qui détiennent les clés de tout, ont disparu.
Mais le simple fait qu’ils n’y soient plus est une preuve en soi.
Il y a quelque chose à cacher.
Forcément.

Mélusine est rentrée à la tour de Sylvamir. Déterminée à nouveau. Elle a étreint Arsène, son fils aîné tendrement aimé ; elle a serré Agathe contre elle, sa pupille tendrement chérie. Elle a joué avec Meldred, l’enfant de sa chair, s’émerveillant de sa vivacité et de ses rires heureux de bambin insouciant. Elle a fait l’amour à son mari, cherchant dans l’union de leur corps une nouvelle preuve de la passion qu'ils se vouent l'un à l'autre, de l’intensité de ce qui les lie, de ce qui la rend vivante.

Et trois jours plus tard, elle a écrit à son pire ennemi.




Lorgol, le 30 décembre 1002.

Votre Grâce
Seigneur duc
Monseigneur du Lierre-Réal


Denys.

Je sais, sans doute aucun, que tu es de ceux qui collaborent avec l’Ordre, voire même que tu en fais partie. Peut-être même appartiens-tu à ses dirigeants. Rien ne m’étonnerait vraiment, venant de toi, après tout ce temps.
Je sais que toi, tu sais aussi. L’ombre qui parfois dérobait mes traits, les sombres voiles autour de moi, l’arc à ma main et la duchesse de naguère au creux de mes pensées. Depuis ce jour où j’ai voulu brûler tes jardins, et qu’elle m’en a empêchée.

Denys, nous devons parler.
Denys, j’ai besoin de te parler.
Je te laisse imaginer l’humiliation qui est mienne de m’abaisser à te le demander.
Je pense avoir mis le doigt sur quelque chose d’important.
De crucial, Denys. De vital.

Nous ne sommes peut-être pas dans deux camps opposés.
Je serai à Lorgol encore quelques semaines, à la tour de Sylvamir. Viens me voir, s’il te plaît.
Je ne peux pas te garantir que tu seras reçu avec amitié, mais je peux te promettre mon respect.

Viens, Denys.
Je t’en prie.

Mélusine.












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La Noblesse
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Denys du Lierre-Réal
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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyVen 22 Déc - 18:00

Une fois. Deux fois. Peut-être dix. Peut-être cent.

Denys avait perdu le compte du nombre de fois qu’il avait lu et relu cette lettre qu’on lui avait apportée huit jours plus tôt et qui ne cessait d’éveiller en lui des questions. Et même si il s’était décidé à se présenter à l’auteur de ces quelques mots couchés sur le parchemin, il connaissait trop bien cette personne pour ne pas se méfier. D’autant que la lettre n’avait rien de rassurant, quand bien même le mystère soulevé, relevé et étudié sur ces quelques lignes l’intriguait.

Mais par tous les dieux, il s’agissait de Mélusine.

Mélusine qui n’était rien de moins qu’une femme autrefois aimée et trahie, traitresse et ennemie.
Mélusine qui avait bien plus marqué Denys qu’elle même ne devait le croire et l’imaginer.
Mélusine, qui en mars dernier avait frôlé la mort et qu’il avait aidé à sauver, tranchant le dernier lien qui existait entre eux, ce rosier diapré d’une autre vie. Quand celui-ci avait rendu l’âme, dépossédé de sa magie, le duc pensait bien que c’était la dernière fois qu’il aurait affaire avec cette femme. Et même s’il n’avait jamais oublié la flamboyante marquise, lui comme elle avaient tourné la page et c’était tant mieux. Le froid demeurait entre eux, parfois traversé de colère et rancœur. Mais qu’importait, nuls mots n’avaient depuis longtemps été échangés.

Jusqu’à cette lettre.

Il n’y avait pas cru, Denys, lorsqu’il a lu pour la première fois les mots sur le parchemin. Et puis peu à peu, l’évidence se fit, la vérité aussi. Il y avait de la détresse, sans le moindre doute, pour qu’elle s’abaisse à le prier de répondre à son appel. Est-ce ce qui décida le duc de Lagrance a abandonner pour quelques jours son duché ? Entre autre, mais pas que. Il y avait aussi ce secret éventé aux quatre vents, après la disparition définitive de la Rose Ecarlate lors du jour des Anciens et de la libération de la Chasse Sauvage. Qui en Arven ignorait désormais l’identité de ces écrins, les derniers qui avaient porté en eux les esprits millénaires de cette Rose traitresse et maudite, qui avait conduit l’Humanité à une déchéance lente et perfide ? Il y avait la curiosité qui poussait Denys à s’y rendre. Plus peut-être même, de l’obsession. N’était-ce pas un moyen pour l’Ordre de prendre des informations auprès d’un ancien écrin, ce qu’était Mélusine ? Si cette dernière prenait la peine de le contacter en mettant le doigt sur ses possibles allégeance et se doutant de quelque chose, alors ce n’était certainement pas pour d’obscures raisons.

Il y était donc allé.

Huit jours pour préparer son départ et les affaires de Lagrance, pour une semaine sur la cité des Mille Tours qu’il n’avait pas revu depuis un long moment. Pas depuis sa mort dans cette trame alternée.

Y aller seul aurait été folie et Denys était loin d’être fou, imbécile ou naïf. Lorsqu’il s’était rendu à la tour de Sylvamir, c’était accompagné de gardes, des mages pour certains, prêts à le protéger si nécessaire. Il doutait certes qu’ils aient à agir de quelque façon que ce soit, mais la prudence était mère de toutes les suretés. Et s’il y avait un piège derrière cet appel, il saurait y remédier. Néanmoins, le duc leur ordonna pour l’instant de rester à l’écart une fois entrée dans l’édifice. Lorsqu’on l’annonça, il croisa dans un couloir le regard glacial et peut-être légèrement agressif du maître des lieux. Pourtant, c’est à peine si le duc de Lagrance lui rendit, l’ignorant presque avec superbe. Ce n’était pas Hiémain de Sylvamir qu’il était venu voir, mais bien son épouse qui l’avait prié de venir. Aussi, on l’invita à patienter dans un petit salon où il n’attendit guère longtemps car Mélusine entra quelques minutes à peine après son arrivée.

En une fraction de seconde, lorsqu’elle referma la porte derrière elle, un silence pensant et glaçant s’installa. Comme si la chaleur avait déserté les murs de la pièce, comme si la cheminée allumée ne diffusait plus rien, sinon une vague lumière. Se scrutant comme deux animaux aux aguets, chasseur contre chasseur, ennemi face à son ennemi, lui et Mélusine ne lâchèrent pas le moindre mot pendant ce qui sembla être une très longue minute. Puis, prudemment, Denys fut le premier à briser le silence.

« Bonjour Mélusine. » Cela avait des airs de salutations. Froides, certes, mais respectueuses. « Tu voulais me voir, alors me voilà. »


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Mélusine de Sylvamir
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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyVen 22 Déc - 20:12

Elle a commencé à tourner en rond la veille au soir. Lorsqu’un petit page s’est présenté, indiquant que Sa Grâce Denys du Lierre-Réal, duc de Lagrance, honorerait la baronne de sa présence en début d’après-midi, le sang de Mélusine s’était glacé dans ses veines, la pétrifiant presque – c’est Hiémain qui confirma au messager que son maître serait attendu. Puis rapidement, il a enfermé son épouse dans l’abri de ses bras, et elle s’est remise à respirer. Elle a mal dormi, la fille de Sombreciel, à l’idée de ce qui l’attendait le lendemain : cette confrontation, tant attendue que redoutée, avec un homme qu’elle hait tout autant qu’elle a pu l’aimer, et donc le visage hante encore ses cauchemars, des années plus tard.

Anxieuse de ce qu’il pourrait lui révéler.
Avide des secrets qu’il pourrait lui dévoiler.
D’un extrême à l’autre, tantôt résolue et tantôt effrayée, elle s’est tournée et retournée mille fois sur son oreiller, avant de capituler deux heures avant l’aube, allant chercher Meldred dans son petit lit pour terminer la nuit en le berçant au rythme du fauteuil à bascule installé pour elle devant la cheminée du salon. C’est les traits tirés mais la mine résolue que le jour levant l’a trouvée, et juste après le repas de midi elle a pu dormir une heure avant de se relever, prête à attendre l’arrivée de son visiteur, trompant l’anxiété en discutant avec Agathe des meilleures manières de projeter un vase pour appuyer la colère d’un discours – donc, de préférence contre une surface dure, voire même une fenêtre, sauf en hiver.

Puis l’on avait annoncé l’arrivée de l’invité, et Mélusine avait manqué d’air un instant. Le temps d’entendre la voix de Hiémain résonner en bas des escaliers, ordonner que l’escorte armée soit installée au chaud, et nourrie, le temps de l’entrevue du duc avec la maîtresse des lieux. Le petit page avait ensuite gratté à la porte de la chambre, et Mélusine avait serré Agathe contre elle. « Souhaite-moi du courage, ma chérie. » Un baiser sur le front soucieux de la mignonne, une dernière vérification dans le miroir pour s’assurer d’être convenablement apprêtée pour un seigneur couronné, une étreinte à Hiémain qui l’attendait dans le couloir – et Mélusine était entrée dans la fosse aux lions, refermant soigneusement le battant derrière elle.

C’était il y a une grande minute.
Paralysée depuis son entrée, Mélusine se contente de fixer Denys des yeux, sans trop oser respirer. Il ne faut jamais quitter le serpent des yeux, dit la légende : sans quoi il pourrait se mouvoir et frapper, enfoncer ses crochets et empoisonner l’âme jusqu’à la mort. Elle a l’habitude des serpents, Mélusine, elle qui élève de nombreuses espèces dans la tour de Séverac ; mais celui-là est un maître en venin, et elle se méfie grandement. Elle a beau être en sécurité dans la tour de Sylvamir, veillée par son époux qu’elle imagine tendu, l’oreille aux aguets et prêt à intervenir au premier signe de coup fourré, elle ne peut se défendre d’une méfiance profonde envers cet homme qui l’a tant fait souffrir, et dont la trahison a façonné la femme qu’elle est devenue. Défiance, envers celui qui a peut-être ourdi sa mort en mars – elle n’est pas totalement convaincue par l’envoi d’un coupable opportunément apparu à Castiel.

A-t-elle eu tort de le convier ?
Là, dans cette pièce qu’elle apprécie pourtant, elle se sent soudain oppressée. En danger. Sans Rhéa pour apaiser ses pensées.
Oh, comme le manque d’elle est terrible parfois, malgré tout le reste !

Un instant, elle se force à fermer les yeux. Un profond soupir lui échappe – retrouver son équilibre, rétablir son harmonie. Bien. Une seconde, deux secondes… Et lorsqu’elle rouvre les yeux, si elle n’est guère plus rassurée, elle en est tout de même plus forte et déterminée. Bonjour, dit-il. Il est venu. Inspirant à fond, elle incline la tête dans un salut, non point cordial, mais respectueux toutefois. « Tu es venu, en effet, et je t’avoue que cela me surprend. La nuit a été longue, tissée de doute et empreinte de terreur, mais je veux croire que ce jour sera bon… Prends place, » indique-t-elle en désignant un fauteuil d’un geste élégant, « tu seras le bienvenu sous ce toit tant que notre entretien durera. »

Raide comme la justice, glacée jusqu’à l’os malgré le feu qui ronronne dans l’âtre, Mélusine prend place sur le canapé, lissant machinalement ses jupes ourlées de fourrure, à la mode kyréenne, cherchant une chaleur familière dans l’épaisseur du tissu. Elle attache son regard à chaque mouvement de Denys, comme deux fauves s’observant l’un l’autre pour guetter le premier signe d’assaut, incertaine tout de même des raisons motivant sa venue. Puis, au moment de parler, son regard s’évade, courant le long du tapis, d’un rideau, d’un angle de plafond. « Je n’attendais pas que tu viennes, malgré… Malgré ma lettre. L’ampleur de ce qui nous oppose, les griefs que nous avons accumulés… » Nerveuse, elle pince les lèvres, secoue la tête, joignant ses mains crispées dans son giron. Ses yeux reviennent croiser ceux du visiteur resté silencieux, et elle reprend après une nouvelle inspiration. « Je ne sais quel rôle tu as tenu dans la tentative de meurtre sur ma personne, lors de la naissance de mon fils – » D’un effort mental révolté, elle repousse dans les dédales de sa mémoire le souvenir de ces quatre enfants lagrans. De cet éveil, entre ses bras, contre lui, et lui en elle, et le cauchemar des semaines qui s’en sont suivies. « – mais je te remercie d’avoir consenti à livrer ce rosier. » D’avoir permis qu’elle dise enfin adieu à ce qu’il représentait. « Ce n’est pas pour cela que je t’ai mandé en ces lieux, toutefois. Denys, j’ai besoin de savoir, de comprendre, ce que… Ce que… » Ses traits se tordent, tant l’effort de formulation est ardu ; et elle finit par capituler, dénouant ses mains pour un mouvement fataliste des bras, avant de les reposer sur ses genoux. « Je pense que l’on m’a caché des choses. J’ai besoin que tu me dises ce que tu sais de l’histoire de la Rose, pour vérifier si mes doutes sont concrets, ou simplement un écran de fumée que j’aurais bâti pour cacher ma détresse. »

Terrible amertume, dans ces quelques mots. Elle hausse les épaules, pleine d’auto-dérision pour sa sensibilité cielsombroise à laquelle il est loin d’être étranger.
Que dira-t-il ?
Voudra-t-il bien l’aider ?











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMar 26 Déc - 2:00

Elle rend le salut.

Il ne s’attendait pas à tant. Plus surprenant encore, les mots, dans la bouche de Mélusine, résonnent avec prudence et retenue, comme si au delà de leurs différends, elle craignait quelque chose de nouveau. Quelque chose dont il n’était pas le responsable et qui la poussait, elle, Mélusine de Séverac (de Sylvamir), à faire preuve de respect envers lui, son ennemi. Etonnant constat, songea Denys, qui se souvenait de ces nombreuses réceptions de la haute société, avant la guerre, où lui et elle s’étaient croisés et que, sans même converser, des mots durs et acides avaient été lâchés sur l’autre. Une guerre entre eux, sans jamais risquer de se voir. Sans même plus de précisions, cette attitude envers lui disait bien plus que de simples mots. Cela prouvait que la marquise avait réellement et sincèrement besoin de lui, quitte à se faire du mal, comme c’était le cas en cet instant. Elle révélait une faiblesse, comme elle l’avait toujours fait. A bien y penser, c’était à cause d’elle et grâce à elle que Denys avait fait preuve de ces mêmes faiblesses sentimentales à l’époque et qu’il y avait remédié en muselant celles-ci pendant des années.

« Bien. » Acquiesça-t-il avec raideur, moins à cause des sentiments forts et négatifs que lui inspiraient Mélusine (le passé et les souvenirs demeuraient toujours vivaces) qu’à cause de la tension qui devenait plus lourde et plus oppressante.

Prenant place dans le fauteuil, il calcula le moindre de ses mouvements, feignant un air plus ou moins détendu en s’appuyant dans le fond du siège, tout en étudiant attentivement la gestuelle de Mélusine. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle ne cachait nullement l’angoisse et la pression qui pesaient sur ses épaules. Elle n’avait pas changée, toujours sincère dans ce qu’elle ressentait. Difficile de le cacher pour une cielsombroise aussi expressive qu’elle. A l’inverse, Denys préférait en montrer le moins possible, cacher ce qui pouvait tirailler ses pensées ou même les trahir. Il n’était pourtant pas plus à l’aise que ne devait l’être son hôte, mais en bon lagran, un masque était accroché à ses traits pour cacher la vérité. Patiemment, il attendit qu’elle prenne la parole et explicite les raisons de son appel à l’aide bien singulier. Il ne la pressa pas, fit preuve d’une grande patience malgré l’hésitation et la nervosité qui transpirait dans le moindre de ses mots.

Malgré toute sa retenue, il tiqua une seconde à la mention du rosier, à la possible accusation qui pesait dans le discours. Mais surtout face aux remerciements. S’il y a bien une chose à laquelle il ne s’attendait pas, c’était celle-ci. Pendant un court instant, ses yeux semblèrent s’adoucir, mais il n’ajouta rien. Qu’y avait-il à dire là dessus de toute façon ? Qu’il n’avait pas ça pour elle ? Pour qui alors aurait-il consentit à dédiaprer le rosier ? Il ne pouvait se mentir à lui même là dessus, c’était pour la vie de Mélusine qu’il avait accédé à la prière d’Alméïde. Mais ce n’était ni le moment ni le lieu pour en parler. Ce n’était point pour ces raisons qu’on l’avait fait venir de si loin et son hôte le comprit très bien puisqu’elle ne s’attarda elle même pas plus sur le sujet.

Enfin, elle en venait au fait. Rien de très clair pour l’instant, mais des mots qui faisaient grandement écho à tout ce que le duc de Lagrance avait pu apprendre sur la Rose Ecarlate en aidant l’Ordre du Jugement. Que cherchait-elle exactement à savoir par ailleurs ? L’histoire de la Rose était vaste, pleine de faux semblants que le peuple d’Arven avait gobé pendant un millénaire. La vérité était toute autre, même si certaines choses ne différaient pas de ce que le commun savait. Oui il y avait eu du bon, un réel désir de conservation. Mais il y avait aussi des horreurs, des massacres barbares, des sacrifices scandaleux, avant comme maintenant, même s’ils avaient disparu. L’écarlate de leur nom ne venait certainement pas de nulle part, mais bien du sang des nombreuses victimes sacrifiées sur l’autel de leur paix destructrice.

Oui, il savait des choses. Mais aiderait-il pour autant ? S’il était là, ce n’était pas sans raisons. Mais qu’elle n’espère pas qu’il fasse cela gratuitement. Rien n’était jamais vraiment gratuit avec Denys. Ménageant sa réponse, il avait gardé le silence pendant une bonne dizaine de secondes après que Mélusine eut terminé de parler. Puis, posément, sans hésiter sur les mots, il exprima ce que son esprit pensait tout bas.

« Qu’est-ce qui te fais croire que j’ai les informations que tu recherches, Mélusine ? » Avant toute chose, il était bien curieux de savoir tout ce qu’elle savait sur lui, les informations qu’elle possédait et qui l’avaient poussé à prendre contact avec sa personne en le supposant allié à l’Ordre. « Et même si c’était le cas, penses-tu vraiment que je te dirais les choses ainsi ? Qu’ai-je à y gagner ? » Pour une fois, le duc de Lagrance n’y allait pas par quatre chemin, négociant directement ce pourquoi il était venu. « Qu’as-tu à m’offrir pour payer ce que tu désires, si tant est que je le possède ? »


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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMer 27 Déc - 13:58

Mélusine ne s’attendait pas à ce que ce soit la mention du rosier dédiapré qui fasse tiquer son invité tant honni, mais son intérêt semble être éveillé : lorsqu’elle aborde le nœud du problème, le cœur de sa réflexion, et qu’elle entre dans le vif du sujet, elle peut presque voir sous le front de Denys tourner les rouages de son intellect rompu au baratin et aux tromperies. Il a toujours été prompt à prendre le sens du vent et saisir les opportunités – doté d’une logique froide, gouverné entièrement par la raison, sa manière de régner a façonné l’homme qu’elle a devant elle aujourd’hui. Et elle ne peut s’empêcher de comparer, la Cielsombroise gouvernée par ses émotions, les évolutions diamétralement opposées des deux hommes ayant le plus marqué sa vie. Combien Denys s’est éloigné de cette passion charmeuse typiquement lagrane qu’il lui manifestait dans leur jeunesse, avant le conflit et la trahison, devenue aujourd’hui une politesse détachée, presque clinique. Et face à lui, Hiémain si terriblement froid de prime abord, tout entier fait du gel de Valkyrion dans leur première rencontre – mais qui, pour elle, savait montrer une passion brûlante, et qui se montrait pour leurs enfants d’une tendresse chaleureuse.

Le silence s’attarde quelques secondes qui s’allongent, et Mélusine laisse courir ses pensées distraitement, pleinement consciente qu’il pèsera ses mots tout aussi soigneusement qu’elle, en bon Lagran rompu à l’art des faux-semblants. Elle a pour elle son aisance typiquement cielsombroise dans les arts du discours et de la rhétorique ; parviendra-t-elle à se reposer entièrement sur ses facultés de discussion en conservant son calme ?

Il reprend la parole, et la marquise s’abstient de répondre à sa première question, se contentant d’un haussement de sourcil équivoque. S’attend-il réellement à ce qu’elle dévoile ses sources, au risque de perdre ce léger avantage qu’elle a ? Il ne la fait pas tourner en rond en beaux discours et lagraneries éhontées, en tout cas : il va droit au but, et la maîtresse des lieux écarquille les yeux en l’entendant parler marchandage. Dès la première passe d’armes ? Sans même tâter un peu plus le terrain ? Décidément ! Sur le velours et la soie de sa robe, ses poings se crispent, et cherche du regard, instinctivement, quelque projectile adéquat pour évacuer la trop grande tension nerveuse qui pulse en elle.

Peine perdue.
Pas un seul bibelot en vue.
Quelqu’un a visiblement vidé son salon de tout objet suffisamment amovible pour devenir munition.
Par contre, il y a nettement plus de coussins que d’ordinaire.

Pensive, elle en saisit un, le pose sur ses genoux, le malaxant soigneusement, évaluant son poids et son aérodynamisme, dédiant une pensée pleine d’amour à son époux qui pense visiblement à tout. Elle relève les yeux vers Denys, qui semble attendre nonchalamment sa réponse de cet air détaché et quelque peu insolent qui la fait bouillir d’ordinaire – d’un geste lent et délibéré, elle arme son bras, et lui balance le coussin en plein visage sans réelle force. « Tu n’as décidément pas changé en quinze ans. » conclut-t-elle en secouant la tête, d’un air exagérément navré. L’atmosphère s’allège un peu, et Mélusine reprend un peu son sérieux.

« Je ne sais au juste ce que tu voudrais obtenir en échange des informations que tu me donnerais sur l’histoire du continent. Notre discussion peut se révéler d’un intérêt commun, Denys – si ce que tu m’expliques confirme mes soupçons et mes doutes, et que tu as preuve de ça, alors il est possible que je… que je… » Sa voix s’éteint. Elle a peine à croire qu’elle envisage sérieusement de prononcer la fin de cette phrase. « Il est possible que j’en vienne à souhaiter… vous proposer une alliance. Si tes informations recoupent effectivement les miennes. »











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMer 17 Jan - 15:19

La négociation. Mélusine pouvait-elle seulement croire que lui, Denys, le duc de Lagrance, ne commencerait pas par une chose si évidente, dans une affaire qui montrait des intérêts par bien des aspects ? L’information était une richesse parfois trop négligée. Depuis qu’il était au pouvoir, c’est par la connaissance et l’information que Denys avait fait asseoir son autorité, glanant au fil des ans ce qui lui permettait de museler la parole de quelques importuns. Le chantage, dans ces conditions, était bien plus facile. Posé sur des bases solides, il suffisait de les effleurer adroitement pour menacer ceux et celles qu’elles soutenaient. Oui, il n’avait en cet instant pas de temps à perdre en palabres et paroles bien tournées. Il restait le même qu’avant, doué avec les mots et le mensonges, mais pas question de tourner des heures autour du pot. Il n’était pas venu là pour ça, et Mélusine le compris assez aisément. Malgré toute la haine qu’elle avait pour lui et qu’il avait eu fut-un temps pour elle aussi, ils se connaissaient bien. Peut-être même trop, ce qui d’un côté comme de l’autre pouvait avoir des airs d’avantages… ou au contraire de faiblesse.

Sans un mot, il observa la marquise dans son petit jeu, devinant dans son expression une moue désapprobatrice vis-à-vis de l’objet qu’elle avait entre les mains. Un banal coussin. Au moins, ce n’était pas un vase, une fourchette ou un livre qu’elle aurait pu lui lancer au visage et qui aurait pu le blesser. En l’occurrence, le geste las et le manque de motivation de Mélusine dans son lancé – couplé à un coussin qui n’avait rien de dangereux – prouvait en quelque sorte les intentions relativement positive à son égard. Oui, il n’avait pas changé. Et cette simple conclusion lui fit avoir un sourire, suivi d’un léger rire sincère, lorsqu’il prit le coussin tombé sur ses genoux et qu’il le posa à côté.

« Toi non plus. »

Bêtement, ce semblant de conversation avait allégé l’atmosphère. Et si cela ne brisait pas les tensions qui restaient puissantes, celles-ci s’étaient peu à peu détendues. Si on lui avait dit qu’il rirait un jour en compagnie de Mélusine après toutes ces années, Denys n’y aurait pas cru. Mais force était de constater que finalement, si eux n’avaient pas changé, les choses les entourant étaient différentes.

Etait-ce possible qu’elle, Mélusine de Sylvamir, ancien écrin du Fou Noir de la Rose propose une alliance avec l’Ordre ? Pourtant, les écrins et les Epines bataillaient depuis des années pour ralentir leur progression, empêchant un prompt retour des Magies et Savoirs perdus. Mais finalement, avec ce que Denys savait de la Rose Ecarlate, il n’était peut-être pas aussi surpris. Si Mélusine avait eu vent des massacres et horreurs, même aujourd’hui encore, alors il était peut-être naturel de changer d’avis. Lui même y avait songé, ces derniers temps, avec les actes sombres et mauvais de l’Ordre du Jugement. Des actes perfides, qu’il pouvait parfois comprendre, mais qui étaient injustes et ne servaient en rien leur cause. Il n’était plus certain de s’y reconnaître.

« Je vois. » Il avait pesé dans un long silence les pours et les contres de cette possible alliance, de la valeur des informations qu’il donnerait, des risques que cela pouvait représenter. Soit, il pouvait bien apaiser un peu sa soif de connaissance. « Je n’ai pas de preuve de ce que je vais dire sous la main. J’ignorais ce que tu souhaitais et tu te doutes bien que je ne peux me permettre d’apporter les précieuses sources de l’Ordre. Ceci étant, je peux te raconter des choses. Et si celles-ci te paraissent probables et que tu promets de ne pas nous nuire pour en savoir plus, je pourrais te donner des noms. Des personnes qui t'apporteraient les preuves que tu cherches. » Il laissa à Mélusine un léger temps de réflexion avant de reprendre, sur une note qu’il devinait à l’avance complexe et difficile à croire. « De mon côté, je te promet que ce que je te dirais n’est pas le fruit d’un mensonge. Je sais que tu doutes de ma parole, mais si nous sommes l’un devant l’autre aujourd’hui, c’est bien pour jouer des cartes sincères. » Et il n’avait pas eu l’intention de mentir, si d’aventure il révélait ce qu’il savait. Omettre quelques détails dans un premier temps, oui, ça il pouvait le faire. Mais s’il voulait une alliance avec Mélusine, profitable pour l’Ordre, alors mentir était inutile, voire dangereux. Mais il connaissait bien la cielsombroise pour savoir l’avis qu’elle entretenait sur lui à ce propos. Et ses origines lagranes ne jouaient pas non plus en sa faveur. Mais puisqu’ils en étaient à négocier, il fallait bien équilibrer le jeu.


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Mélusine de Sylvamir
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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMer 17 Jan - 16:00

Tendue, nerveuse malgré ses bonnes résolutions, Mélusine scrute attentivement le visage de Denys. Elle se doute bien que son naturel de baratineur chevronné ne laissera sûrement rien filtrer de ses pensées sur ses traits pourtant expressifs, mais elle tente, tout de même, de capter quelque chose dans la profondeur de son regard – une lueur, un soupçon, une étincelle. Quelque chose qui la mettrait sur la voie, lui permettant de savoir avec certitude si le duc de Lagrance peut éventuellement se révéler digne de confiance.
Si tant est qu’il connaisse réellement la portée et les implications de ce simple mot.
Rien que de l’envisager, elle en frémit – mais voilà, les circonstances sont compliquées, et elle a réellement besoin de poser quelques jalons de vérité pour dénouer le fil de ces souvenirs étranges et confus dont elle a hérité. Une part d’elle craint de s’être fourvoyée et de calomnier Rhéa sans motif ; mais comment nier la teneur terriblement réaliste des images qui la réveillent brutalement la nuit, la laissant paniquée ou en pleurs dans les bras de son époux ?

Dire qu’elle doit s’en remettre à son ennemi favori pour trouver les réponses…
Le monde marche sur la tête.

Le début de sa proposition convient à la marquise, toutefois, et c’est d’un signe de tête approbateur qu’elle manifeste sa bonne volonté lorsqu’il parle de l’orienter vers des interlocuteurs bien placés, plus tard. S’entretenir avec des personnes qui savent, oui, voilà ce qu’elle cherche : des témoignages de première main, des chroniques écrites noir sur blanc. Des preuves – des preuves de la trahison, des preuves du mensonge, des preuves que tout ce qu’elle a voulu défendre ne repose sur rien. Un profond soupir échappe à Mélusine, et elle ferme les yeux un instant, pour chasser le fantôme menaçant de ces images insupportables qui hantent désormais le dédale de sa mémoire.

Il parle de sincérité, et un rictus déforme un instant le visage de la baronne, qui grince des dents. Cela ne dure pas ; elle se contrôle, et c’est un autre coussin qu’elle serre entre ses mains, pour maîtriser son envie démesurée de lui rétorquer une réplique bien sentie. Elle toussote, pour s’éclaircir la gorge, émet un « … Fort bien. » réticent dont elle parvient à dissimuler la teneur sceptique. Elle ne veut pas sembler ingrate toutefois – d’un ample mouvement du bras, elle indique son incertitude. « J’ai un peu de mal à… à discuter de tout cela. Même avec mes êtres les plus chers, avec mes amis proches, avec mon mari, c’est difficile, comme si on m’arrachait le cœur à chaque mot, alors… Alors, face à toi, c’est… C’est… » Un instant, Mélusine cherche ses mots, étonnamment mal à l’aise pour une Cielsombroise rompue à l’art du langage. « Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est pire, mais c’est… différent. Disons que je ne me sens pas parfaitement à mon aise, ni en pleine sécurité. Ni vraiment en confiance. » Cela ne l’étonnera sûrement pas – il est en terrain ennemi, au milieu de personnes hostiles, venu discuter de sujets tendancieux avec une femme dont la rancune l’a poursuivi pendant les dix dernières années. Leur tentative de conciliation n’en est que plus remarquable, après la somme de leur vécu et leurs allégeances respectives à des empires fratricides, et à des factions opposées.

Le regard clair de Mélusine s’en vient trouver celui de Denys à nouveau. Mal à l’aise, mais ferme – elle est prête à tout pour que cet entretien soit fructueux. « Je ferai ce qu’il faudra. Les enjeux sont – trop importants. J’ai besoin de savoir ce qu’il en est réellement, pour décider à qui ira ma loyauté. Denys, tu m’as blessée jadis, et ma colère a peut-être effacé tout le reste – mais je ne crois pas que tu m’aies jamais délibérément menti, ni que tu m'aies souhaité du mal. Je suis certainement trop naïve, et tu pourras te rire de ma stupidité plus tard tant qu’il te plaira ; mais c’est pour cette raison, et celle-là uniquement, que je t’ai mandé devant moi aujourd’hui. Ne me mens pas. Si je te trouve digne de foi, je serai une alliée de choix. Si tu acceptes mes conditions, et si tu es prêt à éclairer ma réflexion avec sincérité, alors je suis prête à t’écouter, et à croire ce que tu me diras. »

Elle inspire à fond. Le moment est venu de se jeter dans la fosse aux lions, avec le roi des serpents comme seul soutien.

« Parle. »











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMer 17 Jan - 17:38

Impossible de ne pas voir le rictus qui se forme sur le visage de Mélusine lorsqu’il parle de sincérité. Il s’y attendait et ne peut pas prétendre être vexé qu’elle ne le croie pas. Il était lagran et il avait déjà menti énormément de fois, de façon éhontée ou non. Mais pourtant, jamais face à Mélusine, et jamais sur des affaires aussi sérieuses. Tel était le jeu du peuple des arts, mentir tout en sachant peser les bons mots. Le mensonge, dans un cas comme celui-ci, n’était certainement pas une solution. Il ne l’aurait que desservit, brisant cette notion de confiance qui devait s’instaurer entre eux. La tâche serait difficile, aux vues de leur passé commun. Pour autant, si Denys n’avait pas confiance en Mélusine (cela allait de soi), il pouvait croire en partie à ses paroles. L’inverse n’était pas aussi simple, il en avait conscience mais il ne fit pas mine de changer d’avis. Son regard resta ferme, sincère avec ses propres mots. Et si tous deux voulaient avancer, ils allaient devoir se donner une chance.

« C’est normal, je comprend tout à fait. »

Il n’avouerait pas que c’était la même chose pour lui, Mélusine pouvait certainement le deviner. Sa simple présence ici, sur un terrain qui n’était pas le sien était suffisant pour l’inquiéter et garder éveiller un certain malaise, malgré tout ce que son visage et ses différents masques pouvaient cacher. Mais s’il était venu, c’était aussi preuve de sa bonne foi, du fait qu’il était capable de prendre le risque. Tout comme elle l’avait pris en l’invitant au cœur de sa demeure. Il était semblable au loup dans la bergerie… tout comme il était lui même entré dans la gueule du loup.

A la réflexion, il ne sait pas vraiment lequel des deux était le plus mal à l’aise dans cette histoire. Si Mélusine l’affichait clairement sur son visage alors que le sien restait – ou tentait – de marbre, une fois encore il est touché assez durement par les propos de la jeune femme. La sincérité parfois faisait mal, et il regretta un instant d’avoir joué avec cette carte. Depuis plus de dix ans, il s’était résolu à ne recevoir de Mélusine qu’une haine froide, des mots mesquins. Il avait tiré un trait sur ce passé douloureux, même si il avait pendant toutes ces années gardé le rosier diapré. Pourtant, quand celui-ci avait définitivement fané, il avait considéré que le souvenir avait tout autant disparu. Qu’elle ose lui dire, à cet instant, que peut-être elle s’était fourvoyée toutes ces années à cause de la colère l’irritait un peu. Après tout, avant de laisser le temps couler sur lui et effacer la peine, c’est ce que Denys avait longuement reproché à Mélusine : ne pas l’avoir écouté. Si elle s’était attardée un peu sur ce qu’il avait à dire, elle aurait compris que jamais il n’avait voulu lui faire du mal…

Enfin… c’était du passé.

Il acceptait les conditions. Il serait sincère. Quand bien même cela serait difficile pour elle.

Il parlerait.

« Tu n’entendras certainement pas des choses agréables, soit prévenue. » A son tour, il inspira profondément, se penchant sur son fauteuil pour croiser les doigts, ses bras appuyés sur ses genoux. Tant de choses à dire, de secrets à révéler. Mais tout n’était pas bon à sortir de but en blanc, sans la moindre explication. « L’Ordre ne prétend pas détester la Rose Ecarlate. Nous comprenons bien leurs raisons de l’époque même si nous ne les approuvons pas. La Rose a fait un choix qui a conduit à un bain de sang. L’histoire nous dit que pour instaurer la Trêve, il a fallu détruire des centaines de millier de vies, enterrer ce qui ne pouvait être facilement contrôlé et poser les jalons d’un équilibre, une paix. Faërie a perdu ses magies, Ibélène ses savants. » Telle était l’histoire. Cette histoire que le peuple d’Arven avait fini par réapprendre ces dernières années. Il avait oublié trop facilement les massacres et l’horreur, et aux yeux de Denys, il était bon de le rappeler. « La paix. C’est la vertu cardinale de la Rose Ecarlate, et pour le bien d’Arven, elle a souhaité l’imposer. Pas seulement le temps de leur règne, pas seulement pour une centaine d’années. Mille ans. Plus de mille ans à disparaître petit à petit. Et cela aurait continué si l’Ordre n’était pas intervenu. Nous nous battons pour la liberté : celle du corps, de l’âme, de l’esprit, de la pensée. Mais la paix et la liberté ne peuvent cohabiter, l’une et l’autre s’opposent inexorablement. » Pour une cielsombroise, ces pensées philosophiques ne devaient pas être trop incompréhensibles. Denys se doutait qu’elle comprendrait où il voulait en venir et pourquoi il parlait de ça. « La Rose a imposé sa vision de paix pendant plus de mille ans oui. Elle avait peur qu’en ne surveillant plus les agissements des couronnés, la Trêve qu’ils avaient imposés ne se brise. Alors ils ont défié les lois de Sithis. La magie n’est pas gratuite et je t’en ai déjà parlé autrefois Mélusine. Celle utilisée par la Rose il y a mille ans pour conserver un pied dans ce monde est certainement l’une des plus couteuse. Une vie pour une vie. Douze âmes conservées à travers le temps, fauchant douze vies pour se maintenir. Une par an. Par la main même de leurs écrins. » C’était peut-être là le plus difficile à accepter. Car même s’il ne connaissait pas les esprits de la Rose, il doutait que ceux-ci révèlent l’horrible vérité aux personnes qui leur avait confié leur corps. Un instant, le regard de Denys sur Mélusine se fait plus doux, plus compatissant. « C’était leur choix, pour faire en sorte que la paix demeure. Mais cet idéale de paix et de lumière créé par la Rose a fatalement créé son opposé. Une force déstructurée, avide de sang et de liberté, emplie de noirceur. Tu devines de quoi je parle n’est-ce pas ? » Il n’y avait qu’une seule chose possible : la Chasse Sauvage. Qui aurait du disparaître avec la Rose, si l’un de ses esprits n’avait pas joué au rebelle. « Je ne prétend pas – et l’Ordre non plus – que ce qu’a fait la Rose était le pire choix possible. Ils aspiraient sans doute à quelque chose de noble. Quelque chose qui aurait cependant fini par causer notre perte. »


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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMer 17 Jan - 18:17

Denys commence à raconter, et Mélusine écoute. Religieusement concentrée, toutes ses facultés mentales mobilisées pour comprendre et retenir les informations qu’on lui communique, elle écoute – attentive et réceptive, elle grave dans sa mémoire chaque mot prononcé. Elle a envisagé, plus tôt, de faire prendre note de tout par un secrétaire qui assisterait à l’entretien, mais la haute sensibilité des thèmes abordés l’en a dissuadée. Alors, elle écoute, oui – comme si sa vie en dépendait, elle écoute, bien consciente qu’en effet, elle risque de ne pas apprécier ce qui sera révélé.

Denys parle, et Mélusine écoute.
Lorsqu’il évoque l’histoire d’Arven, elle opine du chef – oui, elle connait bien cette version-là, c’est celle que l’on enseigne à tous les enfants. Le sacrifice consenti par les deux empires pour épargner d’autres vies – le sacrifice qu’elle commence à soupçonner avoir été plutôt imposé, par les souverains de l’époque. Les tous premiers membres de la Rose Écarlate. Le massacre et l’horreur ont été un peu trop occultés aux yeux de Mélusine, et à en juger par la teneur des registres exhumés dans les archives de la Cour des Miracles, il s’agit d’un nombre de morts bien plus considérable que les légendes le laissent entendre.

Denys parle, et Mélusine écoute.
Il parle de liberté – de rêves trop grands pour être enchaînés, et la marquise peut le comprendre, elle qui a brisé le carcan étroit des convenances pour s’en aller étendre les ailes et voler où bon lui semblait. Oh, comme elle le comprend, elle la fille des Miracles que nul n’a jamais pu contraindre ! Comme elle le comprend, elle qui a pris sous sa tutelle une mignonne enfant de Bellifère pour lui ouvrir les yeux sur la multitude des chemines possibles offerts devant ses pieds, si tant est qu’elle se découvre le courage de les arpenter. Elle comprend, oui – et c’est peut ça qui fait le plus mal au fond : d’envisager que la Rose ait pu se tromper. Pire : qu’elle ait pu les tromper – ses écrins confiants, ses Épines courageuses, et les habitants du continent qui lui accordaient tant de foi et de dévouement.

Denys parle, et Mélusine écoute.
Mélusine écoute le terrible prix payé par les douze pièces pour subsister, et toute couleur déserte peu à peu son visage. C’est une main tremblante qu’elle porte à ses lèvres, mordant férocement la première phalange de son index pour ne pas se mettre à hurler, tant ce qu’elle entend lui semble insupportable. Il y a quelques mois de cela, elle aura hurlé sa rage au nez de Denys, se serait jetée sur lui pour lui arracher la langue impie osant proférer de telles inepties, lui crever les yeux et se venger de ces calomnies, mais… Mais tout a changé, au moment où Rhéa a décidé de laisser derrière ses souvenirs accumulés. Mélusine écoute, horrifiée, et ce qu’elle entend résonne avec trop de clarté dans la mémoire dont elle a hérité pour qu’elle ne puisse le remettre en question.

Denys parle, et Mélusine écoute.
La Chasse Sauvage, tel était la conséquence – et elle comprend le jeu de dupes dont elle a été la victime. Quelle vaste farce, quelle sombre plaisanterie ! Exiger un tel engagement pour baigner dans le sang d’autrui des âmes trop confiantes, convaincues de faire le bien ! C’est quand le monde commence à s’obscurcir autour d’elle que la baronne réalise qu’elle a cessé de respirer. Elle avale une grande bouffée d’air, écœurée au-delà du possible – sur son doigt, ses dents ont laissé des marques rouges, mais elle ne ressent pas encore la douleur. Elle pleure, en vérité – sans sanglot, sans cahot, il y a juste un flot de larmes choquées qui dévale le long de ses joues. Elle n’en a même pas conscience, la marquise trahie et abandonnée ; c’est juste son cœur qui crève de malheur devant tant de souffrance causée.

Denys se tait, et Mélusine sombre.
Son récit à secoué quelque chose en elle, la conscience qu’il dit vrai – ses paroles ont résonné avec bien trop de sincérité, et correspondent trop parfaitement à ce qu’elle pressentait pour qu’il ait pu déformer les faits. Malade de dégoût, pétrifiée d’horreur, elle baisse le regard sur ses mains secouées de tremblements incontrôlables. Ses mains à elle. Ces mains qu’elle rêve couvertes de sang. Treize ans – treize ans passés à héberger la conscience de Rhéa dans un coin de son esprit. Treize ans – treize victimes, abattues par son bras. Treize inconnus dont elle ne conserve aucun souvenir, mais qui sont morts pour qu’une part d’elle vive. Treize vies volés, treize familles endeuillées – ô, rage ! Ô désespoir ! Quelle infamie !

Le monde s’obscurcit à nouveau, et lorsque Mélusine relève ses yeux noyés sur Denys, elle comprend qu’à nouveau, elle a cessé de respirer. Avec le restant d’air dans ses poumons, elle articule péniblement quelques mots. « Alors, j’ai construit ma vie sur un mensonge… ?» Puis l’air lui manque tout à fait – et la fatigue fait le reste : sans aucun respect des convenances, fauchée par des nuits sans sommeil et l’ampleur de la trahison qu’elle découvre, la marquise s’évanouit dans ses coussins brodés.











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMer 17 Jan - 21:54

Peut-être en avait-il trop dit. Peut-être aurait-il dû mesurer et peser ses révélations avant de toutes les prononcer sans laisser le temps à Mélusine de les accueillir. Mais elle avait voulu savoir, et une telle histoire ne pouvait se passer de certains détails d’importance. Plus les mots s’échappent de sa bouche, plus Denys perçoit la détresse dans le regard de la marquise. D’abord une concentration, puis elle finit peu à peu par se décomposer, cachant bien mal l’avalanche d’émotions qui déferle sur elle. Les larmes, bien silencieuses, coulent et sillonnent ses joues sans lui demander son avis. Et même s’il la voit se faire violence pour empêcher à son corps de céder, le duc de Lagrance ne peut nier sa compassion pour elle. La nouvelle est rude… terrible même. Elle brisait de toute évidence une vie entière et une confiance accordée. Il était paradoxalement son bourreau, celui qui lui apportait l’information, mais ça n’empêchait pas à Denys de laisser à son tour l’émotion le traverser.

Elle sombre, Mélusine. Il voit son regard partir, ses yeux se voiler. Les mots ne sont qu’un murmure brisé, chaque respiration une torture. Il la voit s’affaler et immédiatement il se relève de son siège pour l’approcher, éviter à sa tête de cogner les bords du fauteuil qui la retenait. « Je suis désolé. » Peut-il seulement dire, même si elle ne l’entend pas. Il l’est pourtant, car la vérité est horrible. Il sait que Mélusine n’est pas une tueuse, que ses colères ne provoquent que des tempêtes qui finissent par se calmer. Il sait qu’elle ne ferait pas de mal à d’innocentes âmes... Ces mêmes âmes sacrifiées pour la Rose.

« Vite, quelqu’un ! »

Il élève la voix, le duc de Lagrance, certain que derrière ces portes closes, quelqu’un entendrait et se précipiterait pour aider. Et cela ne manqua pas, à peine une seconde après son appel, le baron de Sylvamir pénétra dans la pièce, le regard sombre, inquiet pour son épouse dès l’instant où il compris que celle-ci était évanouie. Lui laissa place, Denys recula, reprenant peu à peu son masque impénétrable et imperturbable. Il se plaça à côté de la cheminée, accueillant avec plaisir la chaleur qui l’avait quitté lorsqu’il s’était mis à raconter son histoire.

« Qu’avez-vous dit ? »


Le reproche sonne clairement dans la voix du baron et haussant les épaules, le duc lui répondit d’un air détâché.

« Elle vous racontera. Cela vous concerne tout autant. »


Mais s’il n’avait pas été convié à cette discussion, ce n’était certainement pas sans raison, et Denys préférait ce cadre presque intime où seul lui et Mélusine discutait. Le reste, elle pourrait en faire part à son époux qui était, lui aussi, un ancien écrin de la Rose. Pauvre d’eux, songea-t-il un instant.

***

Le regard plongé sur Mélusine, Hiémain se détourna du duc de Lagrance qui n’avait pas daigné répondre à sa question. Il s’était contenté de l’esquiver… s’il n’y avait eu sa chère épouse, il aurait certainement insisté, mais elle avait besoin de lui. Que savait-elle qui l’avait poussé dans un tel état ? La fatigue jouait certainement dans celui-ci, mais tout de même… Prenant son visage entre ses mains, le baron constata avec inquiétude que le visage de sa bien aimée était si terriblement froid, toutes couleurs ayant désertées cette peau si douce.

« Mélusine… »

Chuchotait-il à son attention, lorsqu’il perçu un très léger tremblement sur ses paupières. Elle reprenait conscience.

« Tout va bien ? »


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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMer 17 Jan - 22:28

Comme de juste, c’est au son de la voix inquiète de son époux que Mélusine reprend conscience, glacée jusqu’aux os par le choc de la confirmation apportée par Denys. Instinctivement, elle s’accroche à la présence rassurante de Hiémain, se blottissant étroitement contre lui pour quêter un peu de réconfort. Les larmes coulent sur ses joues, mais sans violence – c’est simplement un trop-plein de chagrin et de souffrance qui s’écoule, évacué par son organisme pour ne pas qu’il empoisonne son cœur. « Non, ça ne va pas. Mais ça ira peut-être mieux un jour. » Pendant quelques minutes, elle se laisse étreindre, cramponnée à la carrure solide de son époux, le temps de retrouver ses moyens. « Ça va aller, je te le promets. Je dois – je dois aller au fond de cette histoire, je vais en discuter avec D-Denys. Je te raconterai tout, après. Est-ce que tu pourrais juste nous faire apporter quelque chose de plus fort à boire, s’il te plaît... ? J’ai besoin d’un bon remontant. »

Quelques minutes plus tard, verre en main et de nouveau en seule présence du duc de Lagrance, Mélusine achève de reprendre contenance en sirotant sa vodka kyréenne pensivement, tamponnant précautionneusement ses yeux d’un carré de tissu doux fourni par la domestique ayant apporté le plateau, « de la part de mademoiselle Agathe ». C’est un peu rassérénée qu’elle tourne finalement les yeux vers Denys, servi lui aussi, qui attend patiemment près de la cheminée. « Je te présente mes excuses pour tout ce… désordre. Je prends tout cela sûrement bien trop à cœur, et l’épuisement n’aide pas vraiment. » Comme si elle avait besoin de lui expliquer sa nature excessive de Cielsombroise. Le ton est faussement léger, pour dédramatiser l’instant et alléger un peu de la tension qui sature l’air de la pièce, mais l’essai n’est guère concluant.

« Je comprends… mieux certaines choses. Ces rêves atroces, le sang sur mes mains, je… Rhéa ne se l'est jamais pardonné, je crois. Enfin. Ces choses-là, je les comprends à présent, mais il reste encore beaucoup de questions sans réponse. » Un instant, Mélusine s’interrompt, mordillant pensivement le coin de sa lèvre inférieure, posant sur Denys un regard méditatif, comme si elle évaluait le potentiel de renseignements qu’il serait porté à lui communiquer. « Parle-moi de l’Ordre, s’il te plaît. Je ne veux pas de noms ou de confession, dis-moi simplement quels sont les idéaux que tu les vois défendre. Historiquement, depuis leur fondation, concrètement : ils veulent la liberté, je l’ai compris, mais la liberté de faire quoi ? La guerre au voisin ? »

Nulle accusation et nulle violence – juste l’incompréhension fondamentale d’une femme qui a prospéré dans une paix solaire et n’envisage pas que l’on puisse souhaiter passer ses journées à se battre.











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyJeu 18 Jan - 0:52

Un verre entre les mains, contemplant les flammes qui s’agitaient dans le foyer, Denys attendait que Mélusine reprenne possession de ses moyens. Il les avait parfaitement entendu, ces mots qu’elle avait prononcé à l’attention de son époux, confirmant que non, les choses n’allaient pas bien mais qu’elle continuerait à creuser cette affaire, qu’elle irait au bout des choses. Pendant un instant, le duc de Lagrance songea à mettre fin à cette conversation, pour aujourd’hui du moins, et laisser le temps à Mélusine d’accuser le coup. Mais il reconsidéra la question de son propre côté, ne souhaitant pas, pour sa part, laisser s’éterniser cette affaire qui finirait certainement par le blesser lui aussi. Il pouvait bien le nier, le cacher derrière un masque parfaitement indifférent, l’état de cette pauvre Mélusine, cette Mélusine qu’il avait si bien connu et qu’il ne détestait pas, le peinait. Suffisamment pour qu’il n’ait pas l’envie, paradoxalement, de lui infliger plus de mal. Mais c’était déjà fait. Il doutait pouvoir lui révéler d’autres choses la concernant qui seraient aussi violentes et terribles que ce qu’il avait déjà dit.

Alors il patienta.

Goûtant à peine à la vodka qu’on lui avait servi – quand bien même sa saveur était plus que convenable – c’est la voix de Mélusine qui le fait sortir de ses rêveries. Tournant son regard vers elle, il convient de lui offrir un léger sourire rassurant.

« Je t’en prie, tu n’as pas besoin de t’excuser. La situation n’est pas… facile. » Ce n’était pas vraiment le mot qu’il cherchait, mais à cet instant, il ne parvenait pas à trouver le bon. C’était un euphémisme que de dire une telle chose, et il connaissait bien le caractère fort et sensible de Mélusine pour deviner à quel point cela pouvait la toucher. Décidément, elle n’avait pas changé depuis cette époque. Il n’allait cependant pas l’asséner de reproches, ce n’était pas son rôle et ce n’était pas le but de cette rencontre. Retournant s’asseoir sur le fauteuil en face de Mélusine, il posa sur la petite table son verre à peine entamé et se calla une fois encore bien au fond, patientant jusqu’à ce que son hôte trouve de nouvelles questions à lui poser. Il leva toutefois un sourcil face aux paroles de la marquise, à propos de ces rêves sanglants. Des réminiscences partagées par le Fou Noir avant de disparaître ? Possible. Même si c’était là un bien cruel cadeau d’adieu.

« …mais il reste encore beaucoup de questions sans réponse.
-Je t’écoute. »

Etait-il toujours aussi disposé à partager tout ce qu’il savait ? Parler de la Rose Ecarlate était peu contraignant à ses yeux, même si les informations qu’il donnait n’existaient que dans les archives de l’Ordre et nulle part ailleurs. Mais parler de l’Ordre lui même ? Certaines choses pouvaient être sensibles. Mais n’était-ce pas aussi une occasion de faire voir à quelqu’un qui imaginait à tort leur organisation comme celle de tueurs ne désirant que le chaos ? Les mots qui concluaient les questions de Mélusine tendaient à confirmer cette impression à Denys. Il eut sur ceux-ci d’ailleurs un sourire un peu amer. Il ne pouvait lui en vouloir de penser une telle chose. Dernièrement, on ne pouvait pas dire que l’Ordre s’illustrait sur de nobles actions.

« Non, bien sûr que non. »
Pensif, il songea une nouvelle fois à comment commencer. Puis cela lui vint comme une évidence… «  L’Ordre est né peu après la Trêve, il y a mille ans. Il a agit dans l’ombre pour protéger les victimes de celle-ci, cachant mages et savants traqués pour être exterminés, soustrayant aux yeux du monde les trésors du passé qui auraient dû être détruit à jamais. Cette liberté qu’il prône, c’est celle d’exercer son art, sa vision des choses, peu importe le prix. Enormément de vies ont été balayé par seul souci de respecter une Trêve imposée. Des vies innocentes. » Avait-elle conscience, Mélusine, que depuis plus de mille ans, l’Ordre veillait en secret sur ces Savoirs et Magies enfouis ? « Je suis faë Mélusine, la magie coule dans notre sang et décide d'un jour ou non se réveiller. Certains sont nés avec un don proscrit, une magie honnie et détestée. Ces personnes là, il y a peu encore étaient massacrées aux yeux de tous, parce qu’ils sont venus au monde avec quelque chose que les gens ont estimé interdit. Mais ces malheureux n’ont pas choisi. » Lagrance était certes différent, avec les mages du sang notamment. Mais Denys se rappelait sans mal du discours de Faustine, pauvre Faustine aux mains brisées… Elle était loin d’être la seule et dans son malheur, elle avait pourtant eu de la chance. « L’Ordre veut rendre aux gens le droit de vivre librement, pas sous le joug d’une Trêve ou d’une vision édictant qu’une chose est bien ou mal. »


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Mélusine de Sylvamir
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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyJeu 18 Jan - 1:38

Il y a une pointe de réticence dans l’attitude de Denys, et il est évident aux yeux de Mélusine qu’il répugne à répondre totalement à ses questions. Elle n’en est pas choquée toutefois, c’est de bonne guerre dans les circonstances présentes – elle-même ne livrera certainement pas tout ce qu’elle a découvert sur la Rose. Mais ils sont l’un et l’autre en position de s’entre-aider, si réellement leurs objectifs sont conciliables et que les massacres et les attentats n’ont rien à y voir. Ce que Denys explique éveille un écho, dans les pensées de Mélusine, et elle fait le lien avec des bribes d’information découvertes dans les restes des archives de la Tour de la Rose Écarlate, ainsi que dans celles de la Cour des Miracles. Il y a notamment cette page arrachée d’un livre, portant des dates allant de l’an 578 à l’an 581, assorties de noms… et d’une interminable colonne de mentions « exécuté », à la fin de chaque ligne. Avec, parfois, des commentaires cryptiques tels que « le pont », « rouge et vif » et « autruche » ; et d’autres bien plus explicites comme « sang », « temps » ou « accord ».

Visiblement, des gêneurs à abattre pour préserver la Trêve.

Un profond soupir échappe à la marquise tandis que les rouages lentement se mettent en place, éclairant quelques zones d’ombre. Il lui fait mal de réaliser l’ampleur de ce qui lui a été caché pendant des années auprès de Rhéa – que va-t-elle découvrir encore ? Quel nouveau mensonge sera dévoilé par ses prochaines questions ? Le plus dur, dans tout cela, sera d’en parler à Hiémain – son mari si noble, si droit ! Puis à Alméïde, à Melsant, qui abhorrent le meurtre eux aussi ; et la belle Astarté, dont les mains conçoivent des merveilles, comment réagira-t-elle en sachant qu’elle a porté la mort ? Et Mayeul, qu’elle devine fragile ? Et Castiel – étrangement, pour Castiel elle ne s’inquiète pas trop, toutefois.

« Denys, je ne… comprends pas… tout. » Elle plisse le front, la jolie marquise, fronçant ses sourcils délicats, cherchant à articuler tous les pans du raisonnement avec logique. « Comment justifiez-vous l’épidémie magique, dans ce cas ? En Ibélène, des légions de mages ont été persécutés et abattus, simplement parce qu’ils sont nés dotés de magie. Pourquoi avoir voulu anéantir la moitié du continent touchée par Aura ? Toi qui es Faë, comment peux-tu le cautionner ? J’ai failli perdre mon frère – je ne comprends pas, Denys. Comment peux-tu expliquer cela ? »

Le regard de Mélusine s'est presque fait suppliant. Comment expliquer l'inacceptable ?











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyJeu 18 Jan - 2:37

Il y a de la compréhension dans le regard de Mélusine. Mais Denys peut y lire aussi des doutes et il devine aisément leur source. Après tout, il peint l’Ordre avec sympathie, douceur, comme si contrairement à tout ce que l’on disait sur lui ces dernières années, il était le gentil de l’histoire face à la Rose, dépeinte à ses yeux comme le méchant. Ce n’était certainement pas aussi simple, aussi manichéen, mais lui même convenait que ces dernières années, les agissements de l’Ordre éveillaient aussi le doute dans ses propres convictions. S’il ne rechignait pas à faire verser le sang lorsque c’était nécessaire, Denys n’avait jamais cautionné les massacres et la barbarie de certains. Cela avait commencé avec le Tournoi des Trois Opales, où beaucoup d’innocents avaient péri dans les gradins. La Samhain en Sombreciel. La Lughnasadh en Valkyrion. Et l’épidémie magique, évidemment. Tout cela avait peu à peu soulevé des incompréhensions. Denys s’était convaincu au début qu’il y avait peut-être une utilité à tout cela, la guerre notamment qui avait permis la rupture définitive de la Trêve. Mais la maladie portée sur les mages de tout le continent avait finalement bien ébranlé ses croyances.

Au regard suppliant de Mélusine, Denys ne peut alors s’empêcher de répondre par des yeux sombres, pensifs et préoccupés. Pouvait-il vraiment avouer à la marquise que l’Ordre n’était plus celui qu’il prétendait être ? Que des dissensions s’élevaient ? Que des tensions mettaient à mal les nobles objectifs qui l’avait fait tenir pendant plus de mille ans ? Il soupira et croisa les bras sur son torse, évitant d’accrocher le regard de son interlocutrice.

« Je ne le cautionnais pas. » Bien malgré lui, ses prunelles bleues finissent par trouver le chemin du regard de Mélusine. « Je savais que l’Ordre avait volé à la Rose un objet dangereux trouvé à Vivedune. Mais j’ignorais qu’il s’en servirait ainsi. Mon peuple a énormément souffert de ce mal et j’ai fait tout ce que j’ai pu pour lui éviter les conséquences de la guerre. Lagrance a beaucoup perdu ces derniers mois. » Mais il n’avait pas eu le choix. Il n’avait pas tenu à laisser son peuple du côté de la frontière cielsombroise. C’est pourquoi les troupes ennemies avaient pu avancer si vite sur le territoire… sans compter l’absence d’une opposition valable. « Nous ne savions pas, Mélusine. Je pense que l’Ordre n’est plus aussi noble qu’il veut le croire et que des hauts gradés manipulent nos jeunes recrues pour les pousser au chaos. » Il l’avait dit. C’était là une information terriblement sensible, il le savait. Pourtant, il avait eu le temps de réfléchir à cette action et il ne comptait pas la laisser sans rien. « Je t’ai dis déjà beaucoup de choses, Mélusine. Des choses très importantes. Des informations qui pourraient me coûter. Comme je te l’ai dis, j’espère des choses en retour et je suis certains que toi aussi, tu as des informations que la Rose était seule à posséder. »


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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptySam 27 Jan - 22:34

Préoccupé.
Mélusine s’attendait à se trouver confrontée à de multiples facettes de Denys : arrogant, insolent, fier, rusé, menteur, manipulateur, égoïste, ambitieux – mais pas préoccupé. C’est pourtant ce qui répond à sa supplique : un regard bien plus franc qu’elle ne s’y attendait, sombre et empli de noirceur, résolu mais anxieux. Denys est préoccupé – et Mélusine d’autant plus inquiète qu’elle ne s’y attendait pas.

Il continue d’expliquer, et le cœur de la marquise rate un battement. Ô Dieux, si seulement Hiémain pouvait être présent à ses côtés en cet instant présent, pour qu’elle partage avec lui ses réflexions – il a toujours été d’eux deux le plus serein et posé, le plus à même de résoudre de complexes difficultés. Le plus intelligent, très certainement, avec son solide bon sens de Kyréen, là où elle-même laisse un peu trop souvent le tumulte cielsombrois embrouiller ses idées ! Mais elle est seule face à Denys, et ses mains se crispent dans le tissu de sa robe. Est-ce seulement possible ? Que l’Ordre ait été avili et noyauté par une minorité d’extrémistes prêts à tout pour triompher ? Mais qu’auraient-ils à y gagner, ces invisibles marionnettistes se prenant pour le Tisserand à son métier ? Un instant, le vertige étreint à nouveau les tempes de la baronne. Dévoyer de jeunes recrues – se servir de l’engagement sincère d’une jeunesse crédule pour servir ses propres intérêts, et détourner les actes commis pour accroître son propre pouvoir… La nausée lui retourne l’estomac, lorsqu’elle dresse un édifiant parallèle avec la manière dont les esprits disparus de la Rose ont traité leurs écrins, et elle porte une main tremblante à ses lèvres. Si l’Ordre est aussi vaste et étendu que le réseau des Épines avait pu grandir, alors… Alors, c’est une génération entière qui est susceptible de se convertir au terrorisme, pensant agir pour le bien commun.

Le regard horrifié que Mélusine porte sur Denys est presque accusateur. Comment as-tu pu laisser faire ça ?, semblent hurler ses prunelles, même si au fond d’elle-même elle a déjà la réponse à cette question. Il ne savait pas. On s’est joué de lui, et l’instinct lui souffle que c’est précisément dans l’orgueil sûrement vexé du duc de Lagrance que se cache l’opportunité qu’elle recherche. Peut-être cherche-t-il, lui aussi, à extraire une certaine forme de justice de tout ce chaos ? La question qu’il lui pose sans ambages est d’une clarté limpide, en tout cas, et la marquise laisse le silence s’installer une minute, tendant le bras vers le plateau sur la table pour avaler une gorgée et humecter sa gorge terriblement sèche. Posément, elle repose le verre – puis, abandonnant toute illusion de bienséance, se cale en tailleur sur son fauteuil, redressant bien droit le dos et carrant les épaules pour se donner du courage. « Les archives de la Rose ne contenaient pas grand-chose d’exploitable ; mais je porte en moi la mémoire de Rhéa de Sombreciel. Ce que j’en capte est parcellaire et fragmenté, mais si tu me fournis les pièces manquantes, je peux en reconstituer une partie. Que veux-tu savoir ? »











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyDim 28 Jan - 0:45

Ce qu’il révèle à Mélusine ne le rassure guère lui même. A prononcer les choses ainsi à voix haute, Denys prend conscience de l’ampleur du problème qu’il mesurait seulement au plus profond de son esprit. Mais il sait, même si ça fait mal, que l’Ordre l’a manipulé. Et qu’il n’a pas été le seul à céder aux belles paroles et observer sans agir les agissements de plus en plus cruels et mesquins de l’Ordre. Il avait beau se dire que tout ceci avait peut-être un but, que cela servait réellement à leur cause, mais son obsession pour redonner à Faërie les Magies autrefois bannie lui avait mis de solide œillère. Ce n’était que depuis récemment qu’il se rendait compte du mal causé. Et s’il n’était certes pas l’homme le plus empathique d’Arven, il ne cautionnait pas le malheur causé aux innocents. Il n’avait pas encore assez d’information pour savoir qui donnait les ordres les plus belliqueux de l’Ordre – sans aucun doute quelqu’un de très haut placé – mais il ne comptait pas en rester là. Car si certaines personnes étaient corrompues dans l’organisation, le duc de Lagrance croyait encore fermement en l’idéologie qui avait été instauré voilà plus de mille ans.

Le regard que lui renvoie Mélusine ferait presque baisser les yeux à Denys. Mais il reste fier malgré l’égo touché, malgré le reproche visible dans les prunelles bleues de la marquise. Se sentait-il coupable de ces jeunes manipulés, embrigadés pour devenir des terroristes ? Il ne l’avouerait certainement pas, mais oui… oui il se sentait mal pour eux qui ignoraient à quel point ils n’étaient que des pions bons à sacrifier sur le terrain. S’il avait su plus tôt, il n’aurait pas envoyé ces pauvres innocents d’Edenia à rejoindre la cause souillée de l’Ordre… il les aurait gardé sous son aile. Mais ça, il comptait bien changer les choses, au moins de son côté. Il lui fallait prendre de plus en plus d’autorité dans l’Ordre pour trouver qui ternissait ainsi leurs nobles idéaux et protéger les malléables. Les garder, les protéger oui, et certainement les utiliser pour ses objectifs… Car lui au moins croyait encore en l’Ordre. En la liberté inscrite en toute chose.

Observant Mélusine reprendre contenance après ses nouvelles révélations, Denys dédaigna pleinement son verre qui était posé sur la table là où son interlocutrice prenait une nouvelle gorgée de cet alcool fort. Franc, il l’avait été avec elle, il attendait désormais un juste retour des choses. Il fut certes déçu lorsque la marquise lui révéla que les archives de la Rose étaient vides d’intérêt, mais elle restait malgré tout disposé à payer ce qu’elle lui devait. Après tout, les fragments de mémoire de Rhéa de Sombreciel, ce n’était pas rien.

« On dit que même au sein de la Rose, tous les esprits d’origines n’étaient pas totalement favorables à l’annihilation des trésors passés. C’est ce qu’il se dit au sein de l’Ordre en tout cas. As-tu, ou Rhéa, connaissance d’endroit où la Rose aurait peut-être cachée des reliques ? » S’il parvenait à ramener de précieux témoins du passé, certainement parviendrait-il à grimper dans la hiérarchie de l’Ordre et comprendre qui manipulait ainsi leur organisation.


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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyDim 28 Jan - 1:14

Mélusine attend, silencieuse et concentrée, que Denys lui expose ce qu’il attend comme paiement en échange des informations qu’il vient de lui divulguer. Cette partie-là des négociations la met bien moins mal à l’aise que les révélations qui ont précédé : elle a vécu deux ans parmi les Lagrans, elle connaît leur goût du baratin et de la négociation, et se sent pleinement apte à tenir la dragée haute à son agaçant visiteur, s’il abusait dans ses requêtes. Le plus difficile dans toute cette histoire est de ne pas le considérer comme un ennemi – pire, de voir en lui un allié potentiel. Des années entières de rancune et de rage ne peuvent être aisément balayées, et si les arguments pacifistes et raisonnables de Hiémain la semaine écoulée ont commencé à porter leurs fruits, la marquise n’en conserve pas moins une solide dent contre son amant de jadis. Ce n’est pas le terreau le plus propice pour semer de fructueuses prémices, mais elle s’en contentera – elle n’a guère d’autre choix…

La question de Denys est pertinente, et Mélusine laisse échapper un soupir discret. « Cela n’est guère un secret. Les douze ont fait serment de parler d’une seule voix, et chaque individu devait se ranger à la décision du groupe, mais… parfois, il n’y avait pas d’unanimité, et certains devaient se conformer à des décisions qu’ils n’approuvaient pas. » Non, ce n’est pas un secret – les archives d’anciennes réunions le prouvent, de la main consciencieuse de toutes les Tours qui se sont succédé au fil des années. Le regard de Mélusine se fait plus incisif. « Lors de la Trêve, l’un d’eux notamment était formellement opposé à la traque des mages, et au génocide des savants, mais a dû s’incliner devant la volonté du plus grand nombre. Il en a toujours conçu une grande frustration, à en croire les souvenirs de Rhéa, et je pense qu’il a peut-être commis quelques entorses aux règles qu’il a lui-même contribué à édicter, même si trahir son engagement a dû le torturer. » Un instant, elle ferme les yeux, pince l’arête de son nez entre deux doigts résignés, s’exhortant mentalement au courage. « S’agissant d’Obéron de Faërie, c’est à son dernier écrin que tu devras t’adresser – à Hiémain. » Elle rouvre les yeux, les fixe à nouveau au fond de ceux de Denys. « Mon mari, comme tu le sais. » Et bon courage, très cher, ajoute-t-elle par-devers elle.

Mais cela n’est pas à la hauteur de ce que son visiteur est en train d’exiger, elle le sait, et reprend sans avoir besoin d’y être incitée. « Je ne peux te garantir qu’il consentira à t’éclairer, notre accord ne concerne que toi et moi. Je peux cependant te dire qu’il y a mille ans, ensemble, Rhéa et Obéron ont arraché à la mort l’un des condamnés à être sacrifiés. » L’un des tous premiers – l’une des Épines originelles, et Mélusine sent une vague de nostalgie l’envahir, doublée d’une passion fantôme qui n’a jamais été la sienne. « Elle s’appelait Pascaline, et elle était cielsombroise. Si j’en crois ce que la mémoire de Rhéa me dit, elle a fondé l’Ordre par la suite – et Rhéa a porté en elle le souvenir de leur amour jusqu’à la fin. » Tant de tristesse – tant de souffrance, et tant de regret. Une éternité gâchée, ne restent plus que des ruines à contempler… Perdue dans ses pensées, Mélusine se secoue soudain, retrouvant le fil de la discussion.

« Le plupart des cachettes dont j’ai connaissance sont en Ibélène, et ont été vidées depuis des siècles. Mon esprit semble accéder plus aisément aux souvenirs concernant des endroits familiers. Je peux me renseigner sur ce qui concerne Faërie… mais peux-tu me garantir, toi, que ces informations ne tomberont pas précisément dans les mains de ces dirigeants qui ne veulent que la guerre et la mort ? »











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyDim 28 Jan - 2:53

Les bases de sa négociation sont posées. A Mélusine de voir comment donner à Denys ce qu’il souhaitait. Il n’y était pas allé par quatre chemins à dire vrai, ses exigences étaient simples et particulièrement claires. Pourtant, le jeu dans lequel il était entré avait un air risqué, de son côté du moins. Car il ignorait bien s’il existait oui ou non des lieux demeurés secrets, renfermant d’inestimables trésors. Il en avait hélas bien besoin pour mettre en place son plan, et si d’aventure Mélusine ne pouvait l’y aider, il serait bien forcé de laisser les choses durer. A moins peut-être de lui révéler, en partie du moins, ce qu’il envisageait de faire. Mais c’était bien trop risqué à ses yeux pour l’instant. S’il lui avait certes révélé beaucoup d’informations, il ne pouvait se permettre de lui donner une carte aussi importante sur lui, sans s’assurer qu’elle était bien de son côté. Et vu leur passif respectif, il doutait que cela soit réellement possible.

C’est à son tour d’être particulièrement silencieux alors que Mélusine parle. Ce qu’elle lui dit fait écho aux rumeurs qui courent dans les rangs de l’Ordre, des mots transmis depuis des générations et qui laisser espérer quelques avantages. Bien entendu, les agents de la Rose s’étaient toujours montrés fidèles à leur serment et à leur objectif de paix totale. La vérité cependant était sensiblement différente de ce que les mythes généraux voulaient bien raconter. Les noms cela dit, Denys n’en avait pas, et un sourcil se relève à la mention de l’empereur passé Obéron. Si son visage ne révèle rien de ce qu’il pense, l’irritation n’en est pas moins présente en lui. Il n’a pas besoin que Mélusine lui précise qui était le dernier écrin en date du Roi Blanc. Et hélas, même si l’on disait Hiémain de Sylvamir sage et réfléchit, Denys avait l’intime conviction que celui-ci n’appréciait guère l’ancien amant de son épouse. Amant qui lui avait brisé le cœur de surcroit. Contenant une remarque sur le fait que tout cela n’était guère suffisant, que ce n’était pas ce qu’il attendait, il laissa à Mélusine l’occasion de reprendre et d’aborder le cœur du sujet. Ce pour quoi il était venu négocier.

Si tout ce que lui dit la marquise ne l’intéresse pas sur le coup, Denys prit soin néanmoins de retenir les informations. Tôt ou tard, cela pourrait toujours lui servir. Et puis, il était toujours plaisant d’apprendre de nouvelles choses. Des choses qu’il ignorait d’ailleurs, sur l’Ordre notamment et sur cette Pascaline que Mélusine prétendait être la fondatrice.

Lui garantir… C’était là bien tout le nœud du problème et le duc de Lagrance eut sur les dernières paroles de Mélusine un profond soupir. Tout cela restait hélas bien trop flou, impliquant beaucoup de facteurs aléatoires qui ne lui plaisaient guère. Mais pouvait-il ainsi dédaigner l’aide que pouvait lui apporter Mélusine ? S’il tenait à agir rapidement, non.

« C’est une chose que je peux pas promettre non. » Son regard bleu croisa celui de Mélusine, cherchant en elle un nouveau reproche. Cela ne l’empêcherait pas de continuer. « Comment pourrais-je te garantir une telle chose si je ne sais pas moi même qui sont ceux qui cherchent à imposer ces guerres et tueries ? Je ne te demande pas de m’aider à retrouver des reliques pour rien Mélusine. » Devait-il réellement prendre ce risque ? L’air semblait en cet instant si tendu, la pression pouvait presque étouffer sa respiration… pourtant, il n’avait pas le choix. « Je veux trouver qui sont ces personnes. Mais je ne peux le faire à mon niveau, je dois me rapprocher des hautes sphères. Comprends-tu où je veux en venir ? » Tout n’était certes pas dit, mais c’était déjà énorme… Et si la marquise ne l’aidait pas, il lui faudrait alors trouver un moyen pour l’empêcher de parler. Au cas où.




Dernière édition par Denys du Lierre-Réal le Dim 28 Jan - 3:57, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyDim 28 Jan - 3:21

Le soupir de Denys est mauvais signe, et Mélusine se prépare mentalement à devoir affronter un peu de résistance. Il doit comprendre, tout de même : elle ne peut pas compromettre l’intégrité de reliques gardées en sécurité pendant des siècles, sans certitude que cela servira l’idéal qu’elle souhaite défendre ! Après dix années passées à œuvrer pour la Rose, toute sa confiance basée sur un affreux mensonge dont la laideur la hante jusque dans ses rêves, la marquise a besoin d’assurances et d’engagements concrets. Le duc de Lagrance ne semble toutefois pas en mesure de lui en procurer, et même elle s’agace de cette incertitude, elle ne peut s’empêcher de comprendre sa position.

Les doigts crispés nerveusement dans le tissu de sa robe, Mélusine opine du chef. Oui, elle comprend. L’atmosphère est si épaisse qu’elle peine à respirer, elle ose à peine articuler, mais certains mots doivent être prononcés. « Tu dois prouver ta valeur, pour monter en grade et te rapprocher des têtes pensantes. » Elle a murmuré, d’un filet de voix oppressé qui atteint à peine les oreilles de Denys, plus pâle encore que la neige qui tombe abondamment à l’extérieur. Rien que l’idée d’imaginer son ennemi de ces dix dernières années acquérir plus de pouvoir la fait frémir, mais elle doit bien admettre que son raisonnement est sensé. Elle ne peut retenir quelques inquiétudes, toutefois, connaissant la nature profonde du duc de Lagrance tout autant que lui connaît les défauts qu’elle cache et la palette de ses forces personnelles – bien plus en détail qu’ils ne consentent l’un et l’autre à l’admettre. Comment se départir, alors, d’un brin de défiance du meilleur aloi lorsqu’il s’agit de traiter avec le redoutable seigneur du Lierre-Réal ?

Plissant les sourcils et pinçant les lèvres, Mélusine poursuit. « Et une fois que tu graviteras dans les hautes sphères, tu détourneras le pouvoir que tu auras acquis, n’est-ce pas ? Tu mettras à terre ceux qui ourdissent et qui ordonnent… et lorsque cela sera fait, tu prendras leur place. »

Il n’y a aucune question dans l’intonation de la marquise – une simple constatation, glaçante de froideur et de cynisme – mais percutante de réalisme et forte de probabilité.
Le pire, dans tout cela ?
C’est qu’elle ne voit pas vraiment d’objection à le laisser faire.

Mieux vaut un ennemi familier qu’un fantôme à deviner…











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Denys du Lierre-Réal
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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMar 20 Fév - 16:39

Il risque gros, en pariant ainsi sur Mélusine, dévoilant des secrets qu’il n’aurait certainement pas confié à ses plus proches alliés. Il y avait bien trop d’incertitudes et pourtant… pourtant Mélusine pouvait aussi bien lui apporter ce qu’il fallait que faire tout capoter. Mais il avait conscience, Denys, que prendre des risques parfois donnait des résultats étonnants et surtout ceux tant attendus. Aussi serre-t-il les dents, cesse-t-il peut-être de respirer aussi, en attendant que la jeune femme lui donne une réponse, qu’elle comprenne les mots entre les lignes.

Et elle comprend.

Comme une bulle qui éclate, la respiration du duc revient dans ses poumons. Il se garde bien pourtant de prendre une bonne goulée d’air, car ce n’est que le début d’une ardue négociation. Denys n’a aucune certitude que si Mélusine comprend, elle accepte le marché. Pourtant, il avait déjà payé chèrement une partie de celui-ci en dévoilant bien des informations, il était normal qu’en retour, il en exige de même. Mais la forcer ? Impossible et impensable. Aussi attend-il, acquiesçant simplement au murmure de voix qui perce la barrière de ses lèvres, la laissant poursuivre ses réflexions tout en espérant qu’elle donnerait son assentiment. Il doute pourtant de l’avoir, en percevant dans le regard froid de Mélusine un cheminement de pensée dangereusement logique, immuable. Elle le connaissait, trop bien certainement pour ne pas arriver à une conclusion qu’il devinait et qui lui déplaisait. La formalisation glaciale et implacable de cette pensée, dans un ton qui n’appelle ni question ni critique, le ferait presque tressaillir, s’il n’avait pas eu parfaite maîtrise de ses réactions. Pourtant, il n’aime guère cette image dépeinte. Une image trop vraie.

Une vérité qu’il ne peut nier.

« C’est effectivement ce que j’envisage. » Mais était-ce une si mauvaise chose que cela ? Il n’était pas tyrannique ni mauvais, et il le savait. Mélusine le savait-elle aussi, malgré toute la rancœur qu’elle avait pour sa personne ? « Serait-ce un mal ? Penses-tu que j’agirais de la même manière que ceux qui gouvernent actuellement et corrompent une juste cause? Je ne crois pas avoir abusé à tort de mon pouvoir ni agi contre mon peuple. » Et si Mélusine le contredisait, alors sans doute serait-ce seulement la haine envers lui qui parlerait. Il ne nier certes pas avoir déjà utilisé de son autorité de manière mesquine, qu’il avait menacé et fait chanter, mais Lagrance jouissait malgré tout de paix et prospérité. « Si je prend cette place, je rendrais à l’Ordre ses nobles objectifs. Pour rendre à chacun un héritage trop longtemps oublié et bafoué. M’aideras-tu, Mélusine ? »


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Mélusine de Sylvamir
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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMar 20 Fév - 17:03

Au moins, il ne nie pas. Denys ne nie pas, mais cela n’empêche pas Mélusine de rester fortement campée sur ses gardes, méfiante malgré tout. Dix années de ressentiment ne s’effacent pas comme cela en un instant, et la prudence lui hurle de ne pas accorder trop de crédit à ses paroles – il vendrait sa mère pour une miette de pouvoir en plus, elle en a le pressentiment. Elle se rappelle encore nettement son accession au trône ducal, et les choix radicaux opérés pour assurer sa mainmise sur la couronne. Oui, le sire du Lierre-Réal est un homme pragmatique, et elle peine à croire qu’il puisse réellement vouloir défendre des idéaux autres que sa propre domination. Abattre les têtes pensantes, puis les remplacer pour mener à leur place – oui, sans nul doute, cela lui ressemble. Mais dédier les ressources conséquentes dont il disposera alors pour un noble idéal ? Elle en doute nettement plus.

Son argument, pourtant, résonne d’un fond de vérité. Il est indéniable que le peuple lagran est soigneusement protégé par sa couronne, et que les sujets de Denys ne semblent pas particulièrement malheureux – les rumeurs prétendant que les mages du Sang y reçoivent accueil et abri éclairent d’ailleurs l’ensemble d’une nouvelle lumière. Pinçant les lèvres, la baronne se sent hésiter au-dessus d’un gouffre sans fond – le fragile pont qui lui permettrait de rejoindre l’autre bord est étroit, et le moindre faux pas la jetterait dans le vide. Elle a tant à risquer, tant à perdre : les conséquences de ses actes peuvent être terribles, de grandeur comme d’horreur, et elle ne sait que décider. Puis, finalement, elle se rend à l’évidence : elle n’arrivera à rien, seule. C’est elle qui a invité Denys à la rejoindre, elle encore qui a reçu en héritage des souvenirs insupportables mais recelant mille détails utiles, elle enfin qui ose s’affranchir de ses choix de naguère pour remettre en question la pertinence de ses décisions. « J’aimerais que ce soit ta duchesse, qui se tienne en ta place. À elle, je pourrais accorder ma confiance – je pressens qu’elle est la part de ton trône qui sauvegarde et qui protège. » Marjolaine est sûrement la moitié lumineuse de la couronne de Lagrance ; mais c’est de la sombre détermination sans scrupules de Denys que le continent a besoin aujourd’hui, et Mélusine finit par capituler.

« Je t’aiderai. Je t’aiderai à traquer et identifier les cerveaux qui commandent à l’Ordre, et lorsque leur place sera vacante, je t’appuierai pour que tu y accèdes. En retour, je n’ai qu’une seule exigence : être associée à ta progression. Tu m’aideras à rassembler et à protéger les Épines rescapées, et tu nous aideras à ramener la paix. Est-ce que cet arrangement te semble acceptable ? »

D’un geste lent et solennel, elle tend la main par-dessus la table qui les sépare, offrant sa paume ouverte pour sceller leur accord, attendant patiemment qu’il se décide.











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Message Sujet: Re: Sur un rameau d'olivier   Sur un rameau d'olivier EmptyMar 20 Fév - 17:48

Le pouvoir. Certainement quelque chose qui caractérisait beaucoup le duc de Lagrance. Nier son attrait pour celui-ci était un mensonge si éhonté que Denys n’avait jamais fait l’affront de le proférer. Il savait qui il était et comment il était. Et le pouvoir… oui le pouvoir était une chose qu’il aimait profondément et qu’il ne laisserait pas échapper si facilement. Lorsqu’il était monté sur le trône de Lagrance, il avait prouvé à tous que la couronne était belle et bien à lui et qu’il avait les moyens de la garder de son côté. Des moyens certes peu recommandables, mais au fond, était-ce grave ? Car il avait montré que ce pouvoir qu’il s’échinait à garder, il le méritait. Et dans les yeux de Mélusine, il put lire un instant ce doute, à mesure que ses arguments trouvaient place dans son esprit. Il n’était certes pas tout blanc, il avait conscience des actes perpétrés et des ambitions dévorantes qui étaient siennes. Mais cela ne faisait pas de lui quelqu’un d’entièrement indigne de confiance. Et si Mélusine voulait réussir dans son entreprise, alors tout comme lui l’avait compris, ils devaient agir ensemble. Ils devaient s’entraider.

Il ne répond rien à Mélusine, lorsqu’elle avoue préférer donner sa confiance à Marjolaine qu’à lui même, chose qui ne le surprend guère. Après tout, sa chère épouse est l’écrin de lumière qui fait briller Lagrance. Elle est la douceur bienveillante qu’il n’a pas et elle est même la part lumineuse de lui même. Oui il n’a rien à répondre car une fois encore, c’est vrai. Il se contente juste de se redresser dans son fauteuil, près à écouter les conclusions de Mélusine, et peut-être donc, récupérer cette alliance. Evidemment, il était loin de s’imaginer qu’une telle association se ferait sans exigences de son côté. A celles-ci d’ailleurs, il n’y vit pas particulièrement d’inconvénients dans l’immédiat, bien qu’il songea à l’importance de son implication dans une telle affaire. Ramener la paix… soit, il pouvait le concevoir, si cela ne bousculait en rien les objectifs de l’Ordre. La paix était parfois l’obstacle au progrès. Mais de cela, il pourrait y songer plus tard. Il saisit la main de Mélusine, scellant ainsi leur accord secret mais lourd de conséquences.

« J’accepte tes conditions. Tu seras mise au courant de mes avancements du côté de l’Ordre, mais je veux qu’il en soit de même de ton côté. » S’il lui devait des informations, autant que Mélusine soit soumis à la même demande. « Qui sait, peut-être qu’à terme, nous formerons aussi une alliance entre ceux qui naguère furent ennemis. L’Ordre et les Epines. » Si bien sur, l’organisation des Epines conssentait à ne plus sceller et détruire ce qu’il restait des trésors passés. Mais après tout, la Rose elle même, de son vivant, avait brisé la Trêve pour rendre ses droits aux Savoirs et Magies bannis. Alors oui… qui sait de quoi demain sera fait, si ce n’était le Destin ?


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