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 Maladroites excuses

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Les Gueux
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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Dim 13 Nov - 14:17

L’idée que Serenus avait abandonné une femme – deux, même, d’après ses dires – me décontenançait plus que je ne pouvais l’avouer. Une part de moi, celle qui n’avait pas totalement renoncé à le voir comme un ami, avait espéré que ce guerrier, avec sa gentillesse et son air protecteur, ne serait pas de ceux qui finiraient par m’abandonner sans un mot. Comment cette part de moi pouvait être aussi naïve, je l’ignorais, mais ce qui était sûr, c’était que j’allais la surveiller plus étroitement encore : après tout, il ne fallait pas qu’elle me pousse à avoir une confiance inconsidérée en quelqu’un comme Serenus, quelqu’un qui ne verrait aucun problème à me trahir et à m’abandonner une fois qu’il aurait pris un peu trop d’alcool – ou une fois qu’il aurait dégrisé, je ne pouvais le dire.

— Elena… ta femme ? demandai-je en plissant les yeux.

Je n’osai pas ajouter que si c’était celle qui considérait qu’il avait un humour de croque-mort, alors c’était peut-être positif qu’il l’ait laissée tomber. Il avait l’air triste de l’avoir perdue. Sans doute avait-il besoin de réconfort. Mais je n'étais pas capable de lui offrir cela tout en m’imaginant ces deux pauvres femmes dont il avait inconsciemment piétiné la confiance.

— C’était déjà fait, de toute façon, marmonnai-je en haussant les épaules, un peu gênée toutefois de parler d’un tel sujet. Tu avais déjà trahi ton épouse quand tu as décidé d'abandonner cette femme, et tu as choisi de malmener deux femmes plutôt qu’une seule. Ne te plains pas si elles t’ont toutes les deux délaissé. Bien évidemment, il aurait encore été préférable que tu ne sois pas ivre, mais je suppose que ce genre de choses ne se prévoit pas.

Je lançai un coup d’œil méfiant à Mayeul. Il suffisait d’un cielsombrois dans les parages pour être ivre avant même de s’apercevoir que l’on buvait de l’alcool, après tout. J’eus ensuite un geste du menton pour désigner la femme de la taverne qui semblait apprécier Serenus.

— Quant à elle, tu lui dois de toute façon le montant de la note. Sa sympathie et son affection apparente ne sont pas comprises sur l’addition. Accepte un peu de voir la tendresse de là où elle vient, et de différencier les gens qui t’apprécient de ceux dont l’intérêt n’est que purement pragmatique.

Le commentaire de Mayeul sur le fait que j’apprécie éventuellement Serenus ne passa pas inaperçu, et je foudroyai le voltigeur du regard. D’où lui venait ce sixième sens pour repérer les sujets sensibles et sauter dedans à pieds joints ? Bien évidemment, je n’allais pas lui dire haut et fort qu’il existait une certaine probabilité qu’éventuellement peut-être en effet j’appréciais le guerrier. Je ne me l’avouais même pas à moi-même, alors l’admettre devant témoins – dont le concerné ? Hors-de-question.

— Ne soyez pas plus ridicule que vous ne l’êtes Mayeul, rétorquai-je d’un ton sans doute un peu sec, exaspérée par cette histoire d’abandon et de trahison, et plus exaspérée encore d’avoir laissé entendre que je pouvais peut-être apprécier Serenus. Je n’ai pas dit que j’appréciais Serenus, je tentais seulement de lui faire comprendre qu’il ne devait pas prendre personnellement les humiliations dont il était victime.

La remarque suivante de Mayeul sur cette affaire, toutefois, était d’une grande justesse, et je hochai affirmativement la tête. D’abord parce qu’un sourire amusé m’avait étiré les lèvres au compliment de Mayeul – même si le « peut-être » dans sa phrase l’alourdissait d’un mot en trop – ensuite parce que sans doute que la plupart des femmes, effectivement, étaient assez futées pour quitter un homme qui leur manquait de respect. Serenus avait beau se comporter comme un imbécile la plupart du temps, il aurait pu, avec un peu de réflexion, prévoir que ces deux femmes n’allaient pas bêtement se laisser faire.

Mais évidemment, si le voltigeur se contentait d’émettre des remarques intelligentes – autrement dit des remarques avec lesquelles je pouvais être d’accord – ça se saurait. Il finit par m'interroger inconsidérément sur mes abeilles. Il n’aurait pas pu savoir à quel point sa question touchait un sujet sensible, bien entendu, et je me débrouillais plutôt bien pour m’en dépêtrer. Mais je sentais toutefois qu’il faudrait rapidement que je change de sujet, parce que je ne résisterais sans doute pas longtemps aux assauts des curiosités combinées de Mayeul et Serenus. Le voltigeur avait déjà remarqué l’utilisation insolite du mot « rentrer », et même si j’esquissais toujours un sourire amical à son intention, intérieurement, j’avais le sentiment qu’il venait de découvrir un pan entier de mes pensées que j’aurais voulu garder caché. Je faisais bonne figure – pour l’instant – mais mon sourire ne pourrait que se fêler au fur et à mesure que la conversation s’approcherait des statues de pierre. Mon esprit filait donc à toute vitesse à la recherche d’une diversion, tandis que je commençai à répondre à leurs questions.

— Non, aucun griffon déplumé. Quant à être plus adorable que Mayeul… Je ne saurais le dire. Sans doute le duc de Lagrance l'était-il, plus adorable, je veux dire. Après tout, il m’a même ramenée à Lorgol. Enfin, pas lui personnellement, mais son mage des portails, ce qui revient à peu près au même, non ? Et puis, j’y ai aussi vu…

Je n’eus pas le temps de décrire mes autres compagnons de mésaventure, et encore moins de parler des anges de pierre. Ma diversion se présenta à moi dans un éclair de lucidité, et je renversai presque sans faire exprès le contenu de mon verre sur Mayeul. Un mouvement du bras un peu trop large tout en parlant, et le tour était joué. Retenant un sourire satisfait, je fis mine d’écarquillai les yeux d’horreur et interrompis brutalement mon histoire, me levant pour redresser mon verre et me précipiter sur le voltigeur.

— Oh, je suis vraiment désolée, Mayeul ! Un mouvement maladroit de ma part, je… je…

Je ne pouvais pas vraiment dire que je n’avais pas voulu que ce verre tombe sur lui – ce serait un mensonge. Et je ne pouvais pas non plus déclarer qu’il perdrait peut-être ainsi un peu de ridicule – ce n’aurait pas été très courtois. Alors je me contentai de me tortiller les mains, embarrassée.

— Je suis désolée, vraiment, répétai-je en me tortillant les mains de plus belle. J’espère que je n’ai pas abîmée votre chemise, ce serait dommage. Elle est mieux que celle que vous portiez au couronnement de Chimène...

Je me mordis la lèvre, consciente que j’aurais peut-être dû garder ce dernier commentaire pour moi.

— Oubliez que j’ai dit ça, voulez-vous ? Encore une fois, je suis navrée, est-ce que vous m’excuserez ma maladresse ?

Déjà que j’étais venue lui offrir ce repas pour me faire pardonner d’un de mes précédents oublis… Fallait-il vraiment que je doive toujours m’excuser et me faire pardonner auprès du voltigeur ? Décidemment, j’aurais peut-être du viser Serenus. Enfin, le guerrier avait déjà le sentiment que toutes les femmes l’humiliaient sans cesse, et je n’aurais pas voulu rajouter au sentiment qui l’habitait déjà. Et renverser le contenu du verre sur moi ne m’avait pas paru être la meilleure des idées, alors… eh bien, il n'était plus resté que Mayeul. Pauvre voltigeur...

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Mar 15 Nov - 22:58

Ils avaient raison tous les deux. Tout avait été de sa faute et il ne devait s’en prendre qu’à lui-même, et non à elles, à ces femmes qu’il avait aimées et qu’il avait trahi. Serenus baissa la tête, honteux. Le regard choqué de Melinda suffit à le rendre encore plus mal à l’aise. Il hocha la tête tout en jouant avec son alliance quand elle évoqua son épouse. Il répondit dans un murmure :

« - C’est une longue histoire… »

Il la revoyait, debout face à lui, le foudroyant du regard, tandis qu’il lui avouait ce qu’il s’était passé. Il avait été honnête, et il avait payé. Melinda reprit la parole en lui disant qu’il ne devait pas se plaindre, qu’après tout, c’était fait et qu’il ne servait à rien de retourner en arrière. Elle ajouta que la femme de la taverne donnait toute cette attention gratuitement et qu’il devait l’accepter. Serenus soupira. Voilà qu’elle recommençait à lui faire la morale comme un enfant. Lui, à presque 35 balais, se faisait une fois de plus remettre à sa place par une gamine venant à peine d’entamer la vingtaine. Mayeul devait bien s’amuser. Serenus adopta une mine refrognée et dit juste, comme pour clôturer définitivement :

« - Je suis désolé, je ne sais pas pourquoi je me suis mis à parler de ça. Je dois être à côté de mes pieds. »

Malheureusement, cela ne s’arrêta pas là, le sujet continua de s’étendre quand Mayeul demanda si Melinda l’appréciait. Serenus s’était toujours posé la question. Si Melinda acceptait encore de le voir, de lui parler, c’est qu’elle devait l’apprécier un minimum. Sinon il ne comprendrait pas pourquoi elle ferait ça sinon par intérêt. Melinda répondit à cette question tout en laissant planer le doute. Elle avoua en effet qu’elle ne faisait que lui dire de ne pas prendre personnellement les humiliations dont il faisait l’objet. Suite à cela, Mayeul fit quelques remarques que Serenus encaissa sans broncher. Pourquoi se défendre quand la personne en face avait raison sur toute la ligne ? Le guerrier serra la main sur son verre et but une gorgée. La boisson lui sembla si amère qu’il se dépêcha de l’avaler sans en savourer le gout. C’était donc ça l’amertume ? Et bien c’est pas très plaisant !

La discussion varia enfin sur Melinda, ses abeilles et ses occupations après le couronnement. Serenus lui demanda alors qui, ou ce qu’elle avait rencontré de si étrange depuis leur séparation au couronnement. Elle raconta alors qu’elle avait rencontré le Duc de Lagrance, un homme charmant selon elle. Serenus serra les dents à cette pensée. Il avait du mal à imaginer Melinda avec un homme dans les bras. Il la verrait plutôt avec un chat. Alors qu’elle commençait à leur décrire une autre rencontre, elle renversa par mégarde son verre sur Mayeul. Elle l’avait fait exprès. Cela se voyait comme le nez au milieu de la figure. Melinda s’empressa de s’excuser tout en lançant une petite pique sur la chemise que Mayeul portait au couronnement. Serenus laissa échapper un petit sourire narquois. Il répliqua alors :

« - Ne t’inquiète pas Melinda, à force de se faire soit tâcher, soit arracher la chemise, il doit avoir prévu tout une réserve de rechanges. »

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Jeu 24 Nov - 19:11

Qui aurait cru qu’une les excuses de Melinda - quoique, était-ce réellement le terme à employer ? - finiraient par déboucher sur l’étalage de l’infidélité de Serenus ? Et sur le sujet, la jeune femme semblait parfaitement d’accord avec lui, même si son regard suspicieux concernant l’ivresse de Serenus ne lui échappa pas, au Voltigeur. Il leva les mains en un signe de défense : cette fois-ci, il n’y était pour strictement rien ! Le Guerrier sembla plonger plus profondément dans la mélancolie, surtout quand Melinda se défendit de l’apprécier. Même si elle l’appréciait visiblement, il n’était pas non plus complètement stupide, Mayeul.

Il l’avait bien vu, d’ailleurs, que la réciproque était vrai. Il avait bien constaté les regards agacés ou furieux de Serenus envers lui à chaque fois qu’il touchait un peu trop la petite apicultrice. Il la défendait comme un frère jaloux - ou un amant agacé. Il était sûr que quelque chose se tramait entre eux !

Et puis la conversation dévia à nouveau, leurs plats terminés depuis longtemps. Les abeilles, Lorgol, la maison de la jeune femme... Et Denys ? Réellement ? Le Voltigeur réprima son hilarité, bien conscient que dire qu’il connaissait personnellement le Duc de Lagrance n’était pas une connaissance que tout le monde devait avoir. Pas que Denys ait des raisons d’être honteux du fait qu’ils soient - aient été ? - amis, même si il aurait eu raison, probablement, d’avoir honte de lui. Et puis, évoquer Denys du Lierre-Réal, c’était évoquer Mathilde, et il s’y refusait. Mais tout de même, que Melinda évoque le fait que Denys serait plus adorable que lui, c’était plus qu’amusant, considérant le défi qui les avaient animés adolescents. Il remarqua tout de même, le Voltigeur, que Serenus avait serré les dents à cette mention, et cela ne l’intrigua que davantage. Il était jaloux de la vie amoureuse de Melinda, peut-être ?

Perplexe, le regard posé sur le guerrier, Mayeul ne vit rien du mouvement de Mélinda, jusqu’à ce que le liquide froid l’atteigne et qu’il ne fasse un bond en arrière, tandis que la jeune femme se confondait en excuses. Encore. « Décidément, vous excuser devient une habitude que je suis loin de détester. » Blagua-t-il, éclatant de rire lorsqu’elle fit mention de sa chemise. Qu’elle ne s’inquiète pas pour ça, vraiment : il n’était pas encore assez imbu de lui-même, le Voltigeur, pour se persuader que sa garde-robe lors du couronnement de Chimène était splendide. Le Duc de Sombreciel y avait veillé personnellement, après tout.

Et quand Serenus renchérit avec un sourire narquois, Mayeul ne pût s’en empêcher. La moquerie, il y a avait toujours répondu, et c’était bien sa tendance à répondre qui le mettait bien souvent en difficulté. Cette fois encore, peut-être. D’un geste délibéré, il déboutonna sa chemise trempée, dévoilant son torse-nu devant Melinda, Serenus, et tous les clients de cette petite auberge. Il n’avait aucun scrupule à dévoiler ainsi son corps, Mayeul : il était Voltigeur, il l’entretenait suffisamment pour ne pas avoir à en rougir. « Non, je n’ai pas prévu de vêtement de rechange. Mais puisque nous en sommes à nous donner en spectacle, autant continuer. » Indiqua-t-il en avisant les regards qui s’étaient tournés vers eux. « Un baiser, et j’accepte la totalité de vos excuses. » Lança-t-il à la jeune femme, avant de se tourner vers le guerrier.

Se penchant vers Serenus, Mayeul l’attrapa soudain par le col, posant ses lèvres sur celle du guerrier, dans un baiser aussi impromptu que surprenant. Il n’avait jamais tergiversé longtemps sur le sexe de ceux qui recevaient ses baisers, le Voltigeur, les appréciant tout autant. Peut-être n’était-ce pas le cas de la personne en face, ceci dit. Il verrait bien. Retirant ses lèvres de celle du guerrier, Mayeul lui glissa à l’oreille, pour n’être entendu que de lui seul. « Tu es jaloux de Melinda, je l’ai bien vu. Au moins, quand elle m’embrassera, vous serez à égalité. » Il lui adressa un sourire goguenard, ne le quittant pas des yeux. On ne savait jamais, pour peu que Serenus n’apprécie pas, il serait bien capable de le frapper !

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Jeu 1 Déc - 12:11

Serenus était un cas désespéré, à tel point que je ne comprenais pas comment j’avais pu ne pas faire cette constatation plus tôt. Visiblement, il tenait à écourter ce sujet qui était pourtant d’une importance cruciale, et alors qu’on tentait de lui apprendre que trahir et malmener quelqu’un n’était pas une bonne idée si on désirait en retour un peu de considération, il agissait comme un enfant boudeur qui refusait d’écouter les conseils pourtant productifs de ses parents. Avant que j’aie pu lâcher un commentaire sarcastique sur l’inanité de son comportement, Mayeul commença à s’acharner sur moi à coup de questions gênantes, au point que j’en oubliai le guerrier pour mieux défendre ce que je considérais comme mon jardin secret, où nul autre que mes abeilles n’avait le droit de fureter.

Aussi, quand le voltigeur toucha du doigt un sujet auquel je ne voulais même pas réfléchir tant il me faisait peur – une émotion étrange dont je ne savais que faire – je ne pus trouver d’autres échappatoire que de renverser sur lui le contenu de mon verre. C’était une idée stupide, d’accord, puisqu’elle m’obligea à m’excuser encore une fois auprès de Mayeul, mais si elle eut au moins un mérite, ce fut celui de détourner aussitôt tous les esprits de mon séjour en Outrevent. Je ne voulais pas raconter à quel point perdre les mots m’avait rendue faible, et je ne commettrai pas la folie de me fier suffisamment à qui que ce soit pour lui confier mes faiblesses.

Mayeul, pourtant, ne semblait pas fâché. Le contraire m’aurait étonné, il est vrai, parce qu’il ne se montrait pas souvent exaspéré par mon comportement. Même quand je lui avais avoué qu’il était ridicule – ce qu’il devait prendre comme une insulte, puisqu’il n’était clairement pas d’accord – il avait gardé son calme et avait répondu avec humour. Une fois encore, il tenta une petite pique, et même si je le foudroyai du regard, en vérité, j’étais plutôt soulagée. Je n’aurais pas aimé que le voltigeur m’en veuille pour si peu.

— Ce n’est pas ma faute si vous vous laissez mettre dans des situations embarrassantes, grognai-je d’une voix presque plaintive, avant de reprendre un ton faussement furieux. Je pensais que les voltigeurs avaient de bons réflexes. Vous n’auriez pas pu éviter ce verre, non ?

Serenus m’affirma aussitôt que je n’avais pas à m’en faire. Je haussai les yeux au ciel. Ce n’était pas l’idée que Mayeul n’ait aucune chemise de rechange qui me désolait, mais l’idée qu’il n’en ait peut-être plus de convenable. Et puis, les réserves finissaient toujours par s’épuiser, et je ne serai pas vraiment ravie que le voltigeur soit obligé de se racheter toute une panoplie de vêtements par ma faute. Enfin, indirectement, c’était de sa responsabilité si nous étions dans cette situation ; après tout, c’était lui qui avait posé la question qui m’avait poussé à renverser ce verre.

— Ce n’est pas parce que Mayeul peut arranger les choses que je ne dois pas m’excuser d’avoir commis cette maladresse, déclarai-je à Serenus en haussant les épaules.

Une réaction mesurée, normale, convenable, comme toute personne de bon sens aurait dû en avoir. Mais j’aurais dû me douter que le voltigeur n’était pas toujours une personne de bon sens – à bien des égards, il me ressemblait, et pour ce détail il ne semblait pas faire une exception – même si je pouvais difficilement m’attendre à ce qu’il se déshabille en public. La stupéfaction, sans doute, m’empêcha de réagir au quart de tour pour l’en empêcher de quelque façon que ce soit – en lui plantant un couteau dans la main, ou en lui jetant au visage ce qu’il me restait de ma galette par exemple. Je restai donc là, à l’observer déboutonner sa chemise d’un air goguenard, se donnant en spectacle sans vergogne. Il eut même l’aplomb de me demander un baiser, comme si je n’avais pas déjà refusé une demi-douzaine de fois et que la vue de son torse nu – que j’évitais prudemment de regarder – allait soudain me convaincre d’accepter !

Je m’apprêtais à répliquer vertement qu’il était hors-de-question que j’accepte tant qu’il ne s’était pas rhabillé – non pas que j’accepterais une fois qu’il aurait remis ses vêtements – quand Mayeul, une fois encore, agit de façon totalement inattendue. Il s’empara de Serenus et l’embrassa sans autre forme de procès. Je m’attendais si peu à ce comportement qu’il me fallut une ou deux secondes pour comprendre la situation, une ou deux secondes durant lesquelles je fus réduite au silence. Enfin, quand le voltigeur s’écarta du guerrier, je repris le contrôle de mes esprits. Je retirai la cape que je portai sur les épaules et la lançai à Mayeul, m’excusant mentalement auprès de Serenus pour passer ainsi son cadeau à un autre.

— Couvrez-vous, ordonnai-je d’un ton ferme, quoique dépourvu d’émotions, puisque j’ignorais comment réagir exactement à ce qu’il venait de se passer. Vous vous souvenez lors de notre première rencontre quand vous m’avez demandé ce que vous deviez faire pour éviter le ridicule ? Eh bien évitez ce genre de réaction, ce serait déjà un bon début.

Je lui lançai un regard noir.

— Et ne vous avisez pas d’essayer de faire pareil avec moi. Je peux me défendre, et je vous préviens, je risquerais sans doute de devenir dangereuse.

Je doutais que cela suffise à le dissuader s’il en avait envie. Après tout, le fait que Serenus soit un homme n’avait pas paru effleurer ses pensées. Je m’assis donc rapidement, et entrepris patiemment de terminer mon repas, comme pour changer de sujet. Une part de moi se demanda brièvement si le sensation d’embrasser un homme était fondamentalement différente de celle d’embrasser une femme, mais si la question traversa mon esprit, elle fut rapidement rejetée en lisière de mes pensées par l’intérêt soudain que représenta la galette que je tenais entre mes mains. C’était fou, tout l’intérêt que l’on pouvait porter aux détails les plus infimes, quand on voulait détourner ses pensées d'un sujet embarrassant !

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Dim 4 Déc - 22:24

Peut-être agissait-il de manière un peu trop immature... Mais il ne voyait pas comment faire autrement. Il avait échoué et faillit à ses devoirs certes, mais il avait compris la leçon, ce n'était pas la peine d'en rajouter. Voilà encore une pensée bien puérile. Un guerrier ne devait pas se permettre de penser de cette manière. Mais il était trop tard pour revenir en arrière d’après ce que signifiait le regard de Melinda. Serenus rougit et tourna la tête. Etre de cette manière au centre de l’attention ne lui plaisait pas vraiment. Heureusement, Mayeul finit par changer de sujet et il posa des questions à Melinda.

Pendant qu’elle répondait, Serenus ne put s’empêcher de serrer les dents en pensant à la rencontre de la jeune fille avec le duc de Lagrance. Il connaissait cet homme de vue et savait d’instinct que celui-ci devait savoir obtenir tout ce qu’il voulait en un claquement de doigt. C’était un homme galant et respectable malgré cela.  Mais quand bien même, on parlait ici de Melinda, pas d’une simple jeune femme.

Heureusement, Melinda rajouta un peu d’action dans leur conversation en renversant son verre sur Mayeul. Serenus, bien trop content de ne plus subir les brimades de ses amis, laissa échapper un petit rire narquois et rassura Melinda en lui disant que Mayeul devait avoir toute une réserve de chemises ridicules pour remplacer celles qui finiront trempées ou déchirées. Melinda s’excusa tout de même, gênée de s’être retrouvée dans cette situation. En plus de cela, tous les regards étaient maintenant tournés vers eux.  La situation ne pouvait pas être plus cocasse qu’elle ne l’était déjà. Serenus garda donc un grand sourire satisfait affiché sur son visage.

Sourire qui s’évapora vite quand Mayeul déboutonna sa chemise, dévoilant une fois de plus ce torse dont il était si fier. Serenus, dans un premier temps, leva les yeux au ciel avant de secouer la tête. Il n’y avait que Mayeul pour se montrer aussi impudique en public. Dans un second temps, il se demanda combien de temps Mayeul devait passer à s’admirer devant un miroir. Pour aimer autant son corps, il devait en prendre très soin. Serenus se dit qu’il devrait un jour faire de même s’il ne voulait pas se retrouver recouvert de cicatrices en tout genre. Tandis que Serenus commençait à imaginer toutes sortes d’exercices matinaux qui pourront lui faire le plus grand bien, Mayeul réclama, une fois de plus, un baiser à Melinda pour se faire pardonner. Serenus allait répondre que cela ne servait à rien quand Mayeul se tourna vers lui. Ce qu’il fit alors fut pour Serenus aussi bien une surprise qu’une humiliation totale.

Mayeul l’attrapa par le col et colla ses lèvres contre les siennes. Serenus, paralysé par la surprise, ne put qu’ouvrir les yeux en grand. Il avait embrassé déjà de nombreuses femmes mais jamais il ne l’avait fait avec un homme ! Quand Mayeul s’écarta, le guerrier resta quelques secondes la bouche grande ouverte, le souffle coupé, à fixer le vide comme un gros benêt. Mayeul en profita pour lui souffler qu’il avait vu la jalousie qu’il ressentait pour Melinda. Et il expliqua son geste en lui disant que comme cela, il n’y aurait pas de jaloux si Melinda consentait à lui donner le baiser tant convoité. Quand la surprise s’estompa, Serenus but une gorgée de son verre et serra les poings. Il lança à Mayeul un regard meurtrier et commença à se lever pour aller lui mettre son poing dans sa figure satisfaite d’elle-même. Il croisa alors le regard de la gérante de la taverne qui lui disait clairement : « Pas de bagarre dans ma taverne ! ». Serenus se rassit donc, aussi rouge qu’une tomate trop mûre. Il sentait les regards des autres clients et cela le rendait terriblement mal à l’aise.
Serenus ferma donc les yeux, inspira et dit à Mayeul, juste assez fort pour que Melinda l’entende :

« - Nous n’avons pas la même définition du mot « jalousie » Mayeul. Estime toi heureux que je ne te fasse pas avaler tes dents»

C’est qu’il en mourrait d’envie, le guerrier, de se défouler sur le voltigeur. Mais il y avait Melinda. Et Serenus se rendit compte qu’il n’aurait pas voulu se battre devant elle, sauf s’il en avait été forcé. De plus, il sentait que le voltigeur s'en fichait de ses menaces. Autant passer à autre chose et oublier tout cela. Il se contenta juste de se rasseoir plus confortablement, d’ignorer les regards autour de lui et de finir sa choppe comme si ne rien n’était.

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Sam 10 Déc - 16:41

La mauvaise foi de Melinda, qui égalait quelque peu la sienne - quoi qu’elle avait sûrement un autre mot que mauvaise foi, en vérité - surgit à nouveau quand elle lui reprocha presque de ne pas avoir su éviter le verre. Mayeul était occupé à observer la jalousie grandissante de Serenus à la mention d’une quelconque vie amoureuse de la jeune femme, ce n’était quand même pas de sa faute s’il ne pouvait pas tout faire à la fois ! Et puis, observer les réactions du guerrier était autrement amusant que d’éviter des verres; surtout si cela conduisait à un spectacle de ce genre.

Il le savait, les Cielsombrois avait la réputation - certes pas exagérée - d’aimer se faire remarquer et d’être ainsi au centre de l’attention. Mayeul , pour cela, était bien un représentant typique de son duché de naissance : il avait besoin de cette attention, besoin d’attirer le regard, et être légèrement excessif pour l’obtenir ne le dérangeait pas le moins du monde. Vraiment, il n’avait aucune honte à se montrer, le Voltigeur. Peu importe que son corps ne soit pas parfait, il n’avait aucun  scrupule à l’exposer. Au grand dam de Melinda, visiblement.

Tous les regards s’étaient tournés vers eux, et il n’avait pas su résister, Mayeul, au plaisir de se donner en spectacle. Et puis, il était sincère : il s’en voudrait, presque, d’extorquer un baiser à Melinda lors que Serenus semblait en désirer un si ardemment. De Melinda, pas de lui, mais s’il embrassait Melinda après, cela revenait presque au même, non ? Il avait reculé ensuite d’un pas, goguenard, ne se méprenant passer les intentions du guerrier à son égard quand celui-ci fit signe de se lever. Il avait beau s’en amuser, Mayeul, Serenus était effectivement plus lourd et plus costaud que lui. Et si le guerrier se rassit bien vite, maté par le regard de la tenancière - Mayeul essaya de toute ses forces un sourire goguenard, sans grand succès - cela ne l’empêcha pas de le menacer verbalement. Comme s’il allait le laisser mettre sa menace à exécution !

Melinda, pourtant, cassa la tension en lui lançant la cape qu’elle portait, lui enjoignant de se couvrir. Le Voltigeur la regarda un moment avant d’obéir et de se rasseoir sagement. Il les observa quelques instants, Melinda mordant dans sa galette comme si celle-ci venait de lui faire un affront personnel, Serenus avalant sa bière avec la volonté de se noyer dedans, et il ne pût s’en empêcher : il éclata de rire. « Vraiment, vous devriez vous détendre ! Nous sommes là pour nous amuser, par Erelf ! Pour fêter nos retrouvailles. » Il leva un doigt faussement menaçant vers Melinda. « Et vous, vous me devez maintenant deux baisers d’excuses. Je vous les réclamerais jusqu’à ce que je les obtienne. Ou que Serenus me les donne pour vous. » Il marqua une courte pause, avant d’observer avec ironie. « Parce que frère ou pas, il est amoureux de vous, et fera probablement tout ce que vous lui ordonnez. Essayez, pour voir ! » La mit-il au défi, sans une seule pensées pour les sentiments du guerrier. Qu’il déclare sa flamme, par Mirta ! Qu’ils couchent ensemble, tous les deux, cela leur ferait certainement du bien de s’amuser un peu.

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Jeu 15 Déc - 0:14

Encore un peu, disons, perturbée par la scène à laquelle je venais d’assister, incapable de déterminer si je devais m’amuser de la tête qu’avait tirée Serenus ou me dégoûter de voir deux hommes s’embrasser, je ne prêtai qu’une attention distraite à l’échange d’amabilités entre le voltigeur et le guerrier. De toute évidence, ce dernier n’avait pas apprécié la prestation de Mayeul, ni son audace, et quelque chose me disait que s’ils avaient été seuls tous les deux, ils auraient pu en venir aux mains. L’idée de les voir se battre ne me faisait pas peur, j’étais même curieuse, à vrai dire, de savoir qui des deux l’emporterait sur l’autre. De toute façon, j’étais un peu trop décontenancée pour glisser le moindre commentaire dans la conversation.

Bientôt, toutefois, je repris mes esprits, et remarquant que Mayeul affichait ouvertement son torse nu, je n’hésitai pas une seconde à lui lancer ma cape pour qu’il s’en serve pour se couvrir un peu. Sans même regarder s’il obtempérait, je me retournai sur ma galette pour la manger à petite bouchées. Par chance, quand je lançai à nouveau un regard au voltigeur, il était parvenu à calmer ses ardeurs : non seulement il s’était couvert comme je le lui avais enjoint, mais en plus il s’était sagement rassis, comme si soudain la démonstration était terminée et qu’il n’éprouvait plus le besoin de complaire à son public. Ledit public – la clientèle de la taverne – avait d’ailleurs fini par se désintéresser de nous. Je n’étais pas timide, d’habitude, mais l’idée de m’afficher aux côtés d’un homme qui en embrassait un autre et qui, par-dessus tout, tenait à se déshabiller, me mettait relativement mal à l’aise.

Or, de toute évidence, Mayeul semblait trouver la situation hilarante, au lieu d’éprouver de l’embarras pour son propre comportement indécent. A vrai dire, je n’aurais pas dû en être étonnée – s’il n’avait aucun scrupule à se montrer ridicule, pourquoi en aurait-il eu à parader devant toute la clientèle d’une taverne ? – mais je ne pus m’empêcher de lui lancer un regard noir. Regard adouci, toutefois, par la pensée que c’était un peu de ma faute s’il en était venu à de telles extrémités. Après tout, aurais-je préféré qu’il attrape froid en gardant sur le dos une chemise trempée ? Bon, au vu de la chaleur ambiante, il ne risquait pas grand-chose, mais qu’en savais-je ? Ce voltigeur était peut-être fragile de nature, et prompt à tomber malade…

Mayeul, impénitent, nous exposa que nous devrions nous amuser et nous détendre. Je ne pus retenir un ricanement moqueur. Difficile de se sentir détendu quand il se mettait à poser tout un tas de questions inquisitrices dérangeantes, qui étaient parfois plutôt ardues à détourner ! Toutefois, je ne pouvais pas vraiment avouer que j’avais trouvé ses questions perturbantes – il aurait été capable d’insister pour que j’y donne une vraie réponse. Je me contentai donc de hausser les épaules, ouvrant la bouche pour placer un commentaire sarcastique. Le voltigeur, toutefois, leva vers moi un doigt presque menaçant. Je haussai un sourcil sceptique mais lui laissai la parole.

Presque aussitôt, je fronçai les sourcils. Deux baisers ? Le voltigeur était-il sérieux ? J’essayai de faire les comptes dans ma tête, de me rappeler tout ce que j’avais bien pu dire… Mais non, décidément, c’était la première fois que Mayeul me demandait un baiser en guise d’excuse. Mes premières excuses, c’était ce même repas qui était destiné à les expier. Mais sans doute le voltigeur était-il vorace et cupide, maintenant qu’il avait découvert le pouvoir que pouvait avoir la culpabilité sur moi. D’ailleurs, ce baiser, je ne le lui devais même pas entièrement : après tout, ne l’avait-il pas déjà arraché à Serenus ? Il commit l’erreur, d’ailleurs, de me le rappeler, et osa même prétendre que le guerrier était amoureux de moi – quelle hypothèse saugrenue !

— C’est absurde, fis-je remarquer en haussant les épaules comme si je mentionnais une évidence. Je ne voudrais pas vous vexer, Mayeul, mais vous dites absolument n’importe quoi. Et croyez-moi, ce n’est pas encore un de ces défauts que je vous invente – non pas que je vous invente les autres, cela dit.

Je levai un premier doigt. Trois erreurs, Mayeul, minutieusement comptées sur une seule de mes mains, et soigneusement éliminées les unes après les autres. Hors-de-question que je manque l’occasion de souligner l’une d’entre elles – cela dit, je doutais que le voltigeur accepte mes critiques, ou même s’en offusque.

— Premièrement, nous ne sommes pas exactement ici pour fêter nos retrouvailles. En fait, si nous sommes réunis aujourd’hui c’est uniquement le fruit du hasard, et le résultat de circonstances beaucoup plus graves et affligeantes : les excuses que je suis venue vous présenter pour un… oubli que j’avais commis. Alors ne m’en veuillez pas si pour moi la situation n’est pas des plus amusantes. Avouer que j’ai eu tort n’est pas vraiment un motif de réjouissance. Quant à Serenus…

Je jetai un coup d’œil au concerné, et lui lançai un léger sourire.

— Eh bien, après tout, c’est peut-être normal qu’il ne soit pas des plus guillerets. Il préférait sans doute me voir moi que vous, et pourtant, je l’oblige à supporter votre présence – et surtout vos baisers, parce que votre présence est… disons… presque agréable.

Je levai un second doigt, laissant un sourire plus large étirer mes lèvres.

— Deuxièmement, il me semble que ce n’est pas deux baisers, mais un seul que je vous dois, Mayeul – un demi, voire même aucun, à vrai dire, puisque vous l’avez déjà volé à Serenus. Il aurait sans doute été plus facile de me faire croire que je vous en devais deux si j’avais à nouveau ingurgité un de vos breuvages cielsombrois, mais vos tactiques ne marcheront pas deux fois, voyez-vous. Quand je suis en pleine possession de mes moyens, je peux éviter de me faire bêtement attraper par une telle arnaque.

Était-ce suffisant pour réussir à le convaincre de renoncer à tout espoir d'obtenir ce baiser ? Peut-être bien. Pourtant, je n’avais pas oublié son défi, au voltigeur, qui flottait encore dans l’air entre nous, irrésistiblement attirant. Oh, bien entendu, il avait parié que je serais capable de plier Serenus à ma volonté – ce qui ne serait guère palpitant – mais le plus intéressant était plutôt ce dont il m’avait indirectement jugé incapable de faire… Comme de lui donner ce baiser en personne, par exemple. Avant de réfléchir au bien-fondé de cette idée, je m’appuyai à deux mains sur la table pour me pencher vers lui et déposer un léger baiser sur ses lèvres, avant de me reculer tout aussi brutalement pour retomber sur ma chaise, ridiculement fière de moi.

— Vous avez de la chance que je sois une femme d’honneur, qui tient à faire ses excuses en bonne et due forme, déclarai-je avec un léger sourire, le plus calmement du monde. Mais n’en demandez pas plus, un baiser me parait largement suffisant.

Je repris ma main pour lever patiemment un troisième doigt.

— Et troisièmement, même si je peux probablement convaincre Serenus de faire ce que je veux, il n’est certainement pas amoureux de moi.

Je lançai un regard au guerrier, songeant soudain que j’étais bien mal placée pour parler en son nom. Je me tournai donc vers lui, un large sourire aux lèvres, sûre de la réponse qu’il donnerait.

— Mais je ne connais pas le fond de ta pensée, Serenus, et peut-être que je peux mal interpréter certaines choses… Tu n’es pas amoureux de moi, n’est-ce pas ? Et encore moins jaloux du baiser que je viens de donner à Mayeul ? Parce que ce serait presque aussi ridicule que ce dont Mayeul lui-même est capable.

Mon sourire s’élargit plus encore.

— Cela dit, même si tu n'es pas amoureux de moi, tu peux quand même te laisser guider par mes injonctions.

Un Serenus non-amoureux, c’était bien, mais un Serenus non-amoureux obéissant ? Ça me paraissait encore mieux. De toute façon, même si le guerrier s’élevait contre moi, j’étais certaine que je pourrais parvenir à le faire plier. J’y étais déjà parvenue une fois… pourquoi pas encore ?

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Dim 18 Déc - 17:19

Non seulement Mayeul s’en tirait sans la moindre égratignure mais en plus, il se retrouvait avec son ancienne cape sur les épaules ! Serenus bouillonnait, et seule la contemplation de sa boisson pouvait l’aider à ne pas bondir sur Mayeul. Et encore, c’était difficile. Serenus avait l’impression que le liquide semblait l’inciter à se venger. Il finit donc son verre et le posa sur la table, comme pour mettre fin à tout cela. Melinda, quant à elle, grignota sa galette comme si, soudainement, celle-ci était devenu le centre du monde. Cela amusa Mayeul qui éclata de rire avant de leur dire qu’ils feraient mieux de se détendre, avant de déclarer que Melinda lui devait à présent deux baisers d’excuses. Non mais et puis quoi encore ? Qu’est-ce qu’il avait avec les baisers pour en réclamer autant ? Serenus ferma les yeux et souffla tandis que Melinda prenait la parole. Quand il les rouvrit, tout semblait être revenu à la normale. Les autres clients étaient retournés à leur conversation et plus personne ne faisait attention à eux.

L’idée même de devoir deux baisers à Mayeul ne plaisait pas à Melinda. Sa manière de froncer les sourcils fit sourire le guerrier. Attention les yeux, Melinda allait sans doute sortir une longue tirade destinée à les embrouiller. Mais elle n’eut pas tout de suite le temps de le faire car Mayeul annonça, sûr de lui, que Serenus était amoureux d’elle et qu’il ferait tout pour lui plaire et la contenter. Le guerrier, malgré lui, devint rouge comme une tomate trop mure. Il ignorait si c’était à cause de la colère ou de la gêne tant ses sentiments étaient confus. Mayeul le poussait à faire tomber ses défenses pour qu’il se livre enfin… Et il était à deux doigts de réussir. Serenus n’avait jamais été très doué en joute verbale. Il avait l’habitude, à la Guilde, de régler chaque différent par une bonne petite bagarre quand les mots se révélaient inefficaces. Il préférait laisser ça à Melinda qui semblait avoir beaucoup plus de facilités que lui. Et c’est ce qu’elle fit. Elle exposa en trois points son point de vue par rapport aux affirmations de Mayeul. Et Serenus en profita pour l’écouter attentivement, profitant du fait que, pour une fois, il n’était pas au centre du flot de parole qui se déversait de la jeune fille.

Elle commença tout d’abord par dire qu’ils n’étaient réunis que par le fruit du hasard et que la situation était tout sauf amusante, ce que Serenus approuvait pleinement. Elle jeta un coup d’œil au guerrier avant d’ajouter que supporter les baisers de Mayeul n’avait rien d’agréable. Serenus rendit le sourire de Melinda et hocha la tête.
Melinda leva un second doigt et énonça qu’elle ne devait qu’un seul baiser au voltigeur. Serenus était toujours persuadé que Melinda ne se résoudrait jamais à embrasser Mayeul. Mais il se trompait. Quand Melinda s’approcha de Mayeul pour déposer un baiser sur ses lèvres, Serenus lutta pour rester le plus calme possible et détourna le regard. Melinda se rassit, visiblement fière d’elle. Elle avait remboursé sa dette et semblait en être très contente vu le sourire qu’elle affichait.

Mais elle n’en avait pas fini avec Mayeul. Elle leva donc un troisième et dernier doigt pour dire que si Serenus pouvait se révéler très obéissant à son égard, il n’était cependant pas amoureux d’elle. Puis, consciente qu’elle était mal placée pour parler en son nom, elle se tourna vers le guerrier pour lui demander son avis. Serenus, qui n’avait pas ouvert la bouche depuis un moment, resta un moment le regard perdu dans celui de Melinda. Non, il n’était pas amoureux d’elle… Enfin pas de cette manière-là. Il l’aimait comme il aurait aimé une sœur. C’est tout. « Mais en est tu vraiment sur ? » lui chuchota son esprit. Non, il n’était plus sûr de rien depuis qu’il avait ressenti une intense envie de tout casser quand Melinda avait embrassé Mayeul. Il ne savait plus quoi penser. Les derniers mots de Melinda le ramena à la réalité et il cligna des yeux. Il secoua la tête et répondit avec un sourire qui se voulait le plus sincère possible :

« - Bien sûr que non Melinda. Tu sais bien que tu peux faire ce que tu veux. Je n’ai aucun pouvoir sur toi. » Il se pencha vers elle et reprit : « Par contre, j’ai l’intention de ne plus me laisser aussi facilement influencer par toi et ton esprit fourbe et sournois. »

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Mar 20 Déc - 0:08

Il commençait à la cerner, Melinda : son amour pour la vérité, sa culpabilité dès qu’il évoquait le fait qu’elle l’avait oublié, ou que ses excuses n’en étaient pas vraiment, son sourire et ses remarques sarcastiques qui, il le savait, indiquaient bien qu’elle l’appréciait. Elle ne l’aurait jamais avoué ouvertement, mais il en était sur. Presque. C’est bien pour ça qu’il ne prenait guère ombrage des remarques qu’elle lui adressait : ils se ressemblaient trop, tout les deux, pour ne pas s’entendre.

Du coup de l’oeil, le Voltigeur vit le sourire de Serenus, devant l’exposé que Melinda s’apprêtait à lui livrer, sur, sans aucun doute, le fait qu’il se trompait et qu’elle n’était pas obligée de lui donner un baiser, et qu’elle n’était pas, non plus, amoureuse du guerrier. Soir. Elle l’amusait, Melinda, et Mayeul l’écouta sagement, ses yeux rieurs ne se détournant que pour observer le guerrier. Il le savait, Serenus avait une folle envie de le cogner, et il se méfiait quelque peu. Donc, selon elle, elle avait traîné Serenus ici, ce qui expliquait qu’il n’était pas très heureux. Très bien, Mayeul lui concédait volontiers ce point, et il se permis même d’adresser à la jeune femme un sourire charmeur quand elle expliqua que sa présence n’était pas si désagréable. Il le savait, certes, mais c’était toujours agréable à entendre. Elle enchaîna sur le fait que ce n’était qu’un baiser qu’elle lui devait, voir pas du tout, et il s’apprêtait à contester cette affirmation quand la jeune femme se pencha vers lui et lui offrit un doux baiser, qui effleura ses lèvres avec la légèreté d’une plume avant de se rasseoir. Un baiser ? De Melinda ?

Le Voltigeur se retint de lever les bras au ciel pour en remercier Mirta, et se contenta d’un air triomphant, parfait reflet de l’air fier qu’abordait Melinda. Il s’autorisa même à jeter un regard à Serenus, curieux de voir s’il allait pincer les lèvres, bouder ou faire un scandale. Rien de tout cela, pourtant. Presque déçu, Mayeul passa un doigt pensif sur ses lèvres, tandis que la chaleur de celles de melinda s’évaporait déjà. Dommage qu’elle lui ait précisé que sa dette était remboursée, il n’aurait pas dit non à un autre ! Auquel il aurait répondu, cette fois, avant qu’elle ne s’éclipse.

Mais déjà, elle enchaîna sur son troisième point, et celui dont lui était, personnellement, le plus sur. Un lien les unissait, et qu’elle ne lui sorte pas, à nouveau, ces bêtises de frères et sœurs. Il avait eu une sœur, lui, qu’il aimait encore passionnément, et à laquelle il pensait chaque jour, chaque heure. Il aimait Mathilde, d’un amour immense et dévorant. Mais... Ce n’était pas du tout pareil. Et clairement, il n’avait aucun mal à faire la différence entre ce qu’il éprouvait pour Mathilde, ce qu’il éprouvait pour quelques amantes - ou amants - de passage et ce qu’il éprouvait pour bien d’autres, qui avait su conquérir son cœur de façon un peu plus prolongée. Il était Cielsombrois, il savait ce qu’était l’Amour, ou du moins, il s’y connaissait sûrement bien plus que bien des gens. Bien plus que Serenus et Melinda qui s’obstinaient à ne rien en voir.

Serenus n’était donc pas amoureux, et pas jaloux. Soit. Mayeul avait tout de même moins de mal à croire que Melinda saurait plier le guerrier à sa volonté, plutôt qu’à croire qu’il n’existait rien entre eux. Mais s’ils s’obstinaient à se mentir à eux-même, qu’y pouvait-il ? Rien. Alors, mieux valait s’effacer sur une victoire - et une dernière pique envers Serenus, peut-être. « Elle n’est pas fourbe, elle est juste malicieuse et délicieusement intelligente. Réellement, Serenus, tu devrais réfléchir à la possibilité de tomber amoureux d’elle. Je l’ai déjà fait, moi. » Amoureux de ses mots, de sa bonne humeur, et de son ironie. Il l’appréciait véritablement, la demoiselle.

D’un geste ample, Mayeul ôta la cape que Melinda lui avait donné, exhibant son torse nu sans la moindre gène. Il souffla un baiser en direction de la jeune femme, avant de reprendre la parole. « Le devoir m’appelle, je le crains. Merci pour ce dîner, charmante Melinda, et pour ce baiser si gracieusement offert. Je n’ai aucune inquiétude, vous plierais Serenus à votre volonté, amoureux ou non. C’était un réel plaisir de vous revoir, ma dame. » Il esquissa une courbette, avant de se tourner vers le guerrier. « Mon ami, je te laisse seul avec la demoiselle. Profite-en, surtout. » Non, ce n’était pas une invitation déguisée à lui déclarer sa flamme, absolument pas.

« Et merci pour le baiser. » Ajouta-t-il, moqueur, avant de s’éclipser, les laissant profiter de leur réunion.

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Mar 27 Déc - 12:03

La réponse de Serenus me rendit perplexe. S’il avait répondu à ma question, il ne l’avait pas fait clairement, et certainement pas avec autant de véhémence que je ne l’aurais fait à sa place. En tous cas, il n’avait pas déclaré en toutes lettres qu’il n’était pas amoureux de moi. Était-ce parce que le sujet lui semblait futile ? Ou parce qu’il ne voulait pas me mentir ? Mais s’il ne voulait pas me mentir, alors, était-il amoureux de moi, ou n’avait-il simplement pas réfléchi à la question ? Même si je n’aimais pas vraiment faire de suppositions, je ne prenais pas beaucoup de risques en songeant que le sujet était sans importance. C’était évident. Pour tout le monde, sauf pour Mayeul, évidemment. Mais beaucoup de choses étaient évidentes pour tous sauf pour ce pauvre voltigeur.

Serenus poursuivit, prétendant qu’il ne se laisserait plus avoir aussi facilement par… mon esprit fourbe et sournois. J’étouffai un sourire moqueur. Croyait-il vraiment avoir la force d’âme nécessaire pour me résister ? Il avait cédé une fois déjà et je ne doutais pas qu’avec les bons outils il pourrait plier de nouveau devant moi. De plus, je n’avais pas un esprit fourbe et sournois ! En y repensant, c’était même un peu vexant, comme jugement, alors que je m’efforçais d’être toujours sincère. Bien évidemment, je n’étalais pas tous mes secrets sur la table, mais j’avais au moins la décence, quand je révélais quelque chose, que ce quelque chose soit vrai. D’un autre côté, j’avais peut-être dû faire appel plus souvent que d’habitude à mes talents de dissimulation avec ce guerrier.

Par chance, Mayeul prit ma défense sans même que j’aie à lever le petit doigt – comme quoi, lui aussi, d’une certaine façon, avait fini par céder devant moi. Je remarquai qu’il n’avait pas contredit le qualificatif « sournois », mais je ne pouvais pas non plus lui en demander trop, sans doute. Je ne pus m’empêcher de froncer les sourcils, toutefois, lorsqu’il prétendit être tombé amoureux de moi. Le voltigeur, amoureux ? Ce n’était probablement qu’une de ses plaisanteries, aussi me contentai-je d’un sourire moqueur à son adresse. Sourire qui fondit comme neige au soleil quand il retira la cape que je lui avais gracieusement donnée pour se couvrir. Est-ce qu’il tenait vraiment à une nouvelle exhibition ?

Le voltigeur fit taire mes craintes lorsqu’il annonça qu’il allait partir. Mon sourire reparut même lorsqu’il déclara avec assurance que je plierai Serenus à ma volonté. Moi non plus, je n’en doutais pas. Non pas que je veuille particulièrement que le guerrier m’obéisse au doigt et à l’œil à tout instant du jour et de la nuit, mais je savais que si je le désirais, je pourrais sans doute y parvenir. Aussi, charmée par cette remarque, malgré les questions gênantes et le manque de tact affolant de Mayeul, répondis-je à sa courbette par un large sourire.

— Le plaisir était partagé.

Quand le voltigeur me remercia pour le baiser – une seconde fois – j’eus un sourire moqueur, presque victorieux. Qu’il l’ait apprécié ne signifiait pas que j’avais raté mon défi. Au contraire, je m’étais montrée capable de lui donner ce fameux baiser. Maintenant, il pouvait toujours courir pour en avoir un autre.

— J’espère que vous en avez profité, parce qu’il y a de grandes chances que ce soit le dernier, déclarai-je avec un sourire moqueur.

Sitôt Mayeul parti, je ne pus retenir un soupir de soulagement. Tout s’était bien passé. Il avait accepté mes excuses, avait accepté que j’aie brisé ma promesse et que je ne sois pas venue à ce maudit rendez-vous que nous avions posés ensemble. J’avais échappé avec plus ou moins de brio à toutes ses questions gênantes et aux situations embarrassantes dans lesquelles il semblait prendre plaisir à me plonger. Il ne me restait plus, désormais, qu’à échapper à Serenus. J’appréciais le guerrier, bien entendu, mais à petites doses. J’avais compris qu’en le fréquentant trop longtemps je commençais à dire n’importe quoi – par exemple, à lui demander s’il me trouvait détestable, ou à accepter de sa part une cape que j’affectionnais beaucoup, je devais bien l’avouer. Reprenant ladite cape que le voltigeur avait laissée derrière lui, je me levai rapidement.

— J’espère que si tu comptes, disons, profiter de notre tête-à-tête, comme Mayeul te l’a conseillé, ce sera rapide, parce que je n’ai pas beaucoup de temps à perdre. Je dois aller m’occuper de mes abeilles.

C’était une excuse un peu pitoyable, mais elle avait un fond de vérité, au moins. J’esquissai un léger sourire à l’égard de Serenus.

— Prends soin de toi, en tous cas. Evite de faire des choses stupides. Et par pitié, ne tombe pas amoureux de moi. Vraiment. Ce serait préférable pour toi. Les conseils de Mayeul ont tendance à avoir de fâcheuses conséquences, quand on commet l’erreur de les suivre.

Le sujet était peut-être futile, mais je tenais à le préciser avant qu’il commette l’erreur de tomber amoureux de moi. Il était déjà suffisamment affectueux à mon égard comme ça, et je ne voulais pas qu’il se rapproche plus de moi qu’il ne l’était déjà. La cape sous le bras, je me dirigeai vers la sortie.

— Au revoir, Serenus ! Et merci pour la galette, c’était un bon choix.

Un choix aussi bon qu’un autre, à vrai dire, puisque je n’avais que peu de préférences en matière de gastronomie. J’eus un dernier geste de la main à son égard puis me jetai dans la rue. Aller m’occuper de mes petites abeilles me ferait sans doute le plus grand bien, après cette discussion plutôt – comment dire ? – ardue. Enfin un peu de calme et de sérénité, et des petits insectes bourdonnants à qui je pourrais confier tout ce que je n’avais pas osé dire à haute voix dans cette conversation. Comme, par exemple, ce que ça me ferait si Serenus était réellement amoureux de moi. Ou ce que je ressentais tout juste après mon premier baiser. Ou encore combien j’apprécierais de les revoir, tous les deux, voltigeur et guerrier. Des sujets, bien évidemment, que je ne pouvais aborder qu’avec mes petites abeilles.

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Message Sujet: Re: Maladroites excuses   Mer 28 Déc - 20:36

S’il avait su, il serait resté chez lui plutôt que d’affronter la chaleur pour venir se faire humilier dans une auberge remplie de clients affamés ! Serenus, à force de rougir, commençait à se demander s’il n’allait pas rester comme ça toute sa vie. Il aurait une belle gueule tiens ! Oyez oyez ! Voici Serenus Dardalion ! Le guerrier à l’armure rutilante et au visage écarlate comme une tomate ! Il y aurait de quoi rire, c’est sûr ! Serenus passa la main dans ses cheveux pour chasser aussi bien la sueur que ces pensées gênantes.

Surtout qu’il n’y avait pas de quoi être géné ! Il avait dit à Melinda qu’il n’était pas amoureux de lui (même s’il ne l’avait pas dit de manière explicite) et qu’il ne se laisserait plus avoir par ses manipulations et ses fourberies qui avaient le don d’apporter la confusion dans son esprit. Il remarqua, après avoir répondu, que Melinda était restée perplexe, comme si elle doutait de la véracité de sa déclaration. Serenus pencha la tête. Est-ce qu’elle était capable de voir le doute qui venait de s’immiscer en lui ? Il était en train d’imaginer Melinda qui s’amusait à lire dans les esprits des gens pour mieux les manipuler quand celle-ci étouffa un rire. Ce rire eut pour effet de rassurer le guerrier qui se dit que la seconde partie de sa phrase avait fait son effet. Mayeul prit alors la défense de Melinda sans, toutefois, contredire que la demoiselle était sournoise. Il conseilla à Serenus de se laisser aller à ses sentiments et avoua également être tombé amoureux de la jeune apicultrice. Serenus, sentant l’inquiétude le gagner, lança un regard à l’intéressée. Celle-ci se contenta d’un sourire moqueur pour seule réponse, ce qui dissipa les craintes du guerrier. Elle prenait donc ça à la rigolade. Tant mieux. Il valait mieux que cela ne devienne pas trop sérieux.

Le voltigeur se leva et annonça qu’il s’en allait. Le guerrier, même s’il appréciait Mayeul, fut très soulagé. Il rendit la cape à Melinda, profitant d’une nouvelle occasion pour exhiber son torse nu et envoya un baiser à Melinda. Avant de partir, il se tourna vers le guerrier et lui dit de profiter de ce tête à tête. Serenus sourit et répondit :

« - Prends soin de toi mon ami. »

Le voltigeur s’éclipsa et laissa Serenus seul avec Melinda. Le guerrier baissa les yeux et joua avec les miettes de son repas tout en faisant un rapide bilan de ce qu’il s’était passé. Il ne se passerait pas beaucoup de temps avant que les Guerriers de Lorgol soient au courant du baiser qu’il avait échangé (contre sa volonté hein ! C’est important) avec Mayeul. Serenus entendait déjà les rires et les piques de ses vieux amis et, à cette idée, il ne put s’empêcher de frissonner. Heureusement, Melinda le sortit de ses pensées en lui conseillant de bien profiter de cet instant où ils seraient seuls. Mais elle voulait que ce soit rapide, car ses abeilles l’attendaient. Serenus leva les mains et dit en souriant :

« - Je ne veux pas te retarder Melinda. Mayeul se fait des idées. »

Elle sourit et lui dit de prendre soin de lui et d’éviter de faire des choses stupides. Serenus se dit que c’était trop tard, qu’elle aurait mieux fait de lui dire de rattraper ses erreurs. Mais il devait également veiller à ne pas en faire d’autres. Elle lui conseilla également de ne pas tomber amoureux d’elle, et de ne pas suivre les conseils de Mayeul. Serenus hocha la tête et esquissa un petit sourire qui se voulait rassurant. Puis Melinda se leva et se dirigea vers la sortie. Elle le salua et le remercia pour la galette. Serenus leva la main et répondit :

« - Rentre bien Melinda, passe le bonjour à tes abeilles ! »

Une fois seul, Serenus soupira. La journée était loin d’être terminée, et il allait devoir affronter la chaleur et ses pensées pour rejoindre la Guilde. Il se leva, paya la note et salua la vieille aubergiste et sortit de la taverne. Malgré ce qu’il s’était passé, étrangement, il se sentait léger. Avoir revu Melinda lui avait fait du bien, et maintenant, il songeait déjà à la prochaine fois. Cette perspective le fit sourire et il s’engagea dans les rues de Lorgol.

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Maladroites excuses
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