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 Visite à l'improviste

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La Noblesse
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Message Sujet: Visite à l'improviste   Ven 3 Fév - 22:38


Livre II, Chapitre 1 • Livre II, Chapitre 2 • La Fortune des Flots
Anthim d'Erebor et Raygnar d'Ysgramor

Visite à l'improviste

Le lion et le rat (de bibliothèque)



• Date : 20 février 1002
• Météo : Beau temps
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Raygnar se rends au palais ducal pour demander à consulter la bibliothèque et rencontre le Duc Anthim d'Erebor.
• Recensement :
Code:
• [b]Date :20 février 1002[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1737-visite-a-l-improviste#52417]Visite à l'improviste[/url] - [i]Anthim d'Erebor et Raygnar d'Ysgramor[/i]
Raygnar se rends au palais ducal pour demander à consulter la bibliothèque et rencontre le Duc Anthim d'Erebor



Dernière édition par Raygnar d'Ysgramor le Sam 4 Fév - 9:53, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Ven 3 Fév - 22:39

Le trajet entre ma chambre à l’auberge et la demeure du Duc d’Erebor me parut interminable. Sans doute était-ce à cause de la chaleur, ou alors de l’impression que j’avais d’arriver au mauvais moment. Mais je n’avais pas le choix. Je devais y aller maintenant. Je ne savais pas quand j’aurais à nouveau l’occasion de me rendre dans la bibliothèque ducale d’Erebor, alors, autant profiter d’être présent pour glaner quelques informations utiles à la rédaction de mon livre.

L’épisode du Musée m’avait convaincu de prendre un peu de repos et de recul dans une auberge à proximité du palais. Je ne voulais pas me présenter face au duc trempé de sueur et contrarié par la perte de mon carnet. Il fallait que j’aie l’air d’être convainquant. J’avais donc espéré pouvoir me rendre au palais le lendemain mais j’appris que le Duc était parti à Ibelin. Je m’armais donc de patience et attendis son retour tout en étudiant la ville et ses bâtiments. Le lendemain du jour où le duc revint chez lui, je me levais à l’aube pour me préparer. J’aurais pu dormir plus, mais l’excitation m’en empêchait. Savoir que j’allais parcourir les archives d’Erebor de long en large et en travers me faisait me sentir comme un enfant. Mais ce sentiment était vite passé une fois que j’eus franchis les portes de l’auberge. Je savais que j’aller arriver en pleine période troublée. La guerre avait été déclarée et les mauvaises nouvelles ne cessaient de s’enchainer.

Une partie de moi me soufflait de repartir en Valkyrion et d’attendre que le calme revienne avant de retenter ma chance. C’était sans doute plus judicieux ainsi. Mais qui sait ce qui arrivera sur le chemin du retour, qui sait ce qui arrivera pendant cette guerre. Je finis par céder à mon instinct et laissais la prudence de côté. Le Duc serait peut-être trop occupé pour me recevoir, mais je saurais me faire tout petit. Et puis, qui sait, peut-être pourrais je me rendre utile. Avoir un Savant à ses côtés est toujours un atout.

Je finis par arriver devant le palais ducal où un garde m’interpella. Tandis que je lui exposais ma demande, je pus remarquer à tel point la guerre était omniprésente, bien plus ici qu’en ville. Les gardes étaient nombreux, et personne n’entrait dans le palais sans en avoir une bonne raison. Je mis un certain temps pour convaincre le garde de l’importance de ma mission quand, enfin, il héla un serviteur. Celui-ci s’en alla prévenir le Duc et on me demanda de patienter jusqu’à ce qu’il accepte de me recevoir. Pendant l’attente, j’en profitais pour observer plus en détail le palais et son architecture unique. Au bout d’un moment qui me parut interminable, le serviteur revint pour m’annoncer que je pouvais rencontrer le Duc. Je le suivis donc, escorté par des gardes armés jusqu’aux dents et on me fit entrer dans un salon. Le Duc Anthim d’Erebor me faisait face. Je m’inclinais donc respectueusement devant lui tout en prononçant ces quelques mots :

« - Bonjour Votre Grâce. Je me nomme Raygnar, seigneur d’Ysgramor, en Valkyrion. Je me présente devant vous aujourd’hui pour vous demander s’il serait possible de me laisser consulter votre bibliothèque. » Je me relevais et repris : « J’ai pour projet d’écrire l’Histoire d’Arven de manière à ce qu’elle soit accessible à tous. Je comprends que, par les temps qui courent, vous êtes très occupé alors je ferais en sorte de ne pas vous déranger. »

Je priais intérieurement pour que le Duc ne soit pas d’une humeur aussi massacrante que je ne l’aurais imaginé. Si j’avais été à sa place, en tout cas, il en faudrait peu pour me mettre en colère. Aussi je décidais de prendre tout ceci avec des pincettes. Rester poli, courtois, ne jamais contredire le duc et ne pas aller trop vite. Si je restais sur cette ligne là, tout devrait bien se passer.
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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Mar 28 Mar - 2:50

Le retour à Vivedune avait été long et fastidieux. Sur la route, nombreuses étaient les caravanes des nomades du désert et des montagnes qui avaient décidé de rejoindre la capitale pour bénéficier de la protection de leur souverain. Les victimes de la guerre ne se comptaient hélas plus, et les erebiens avaient largement souffert de la non intervention des autres duchés d’Ibélène pour les sauver. Les armées du sable et du roc n’avaient pas été assez nombreuses pour tout contenir, mais au moins Anthim s’était-il légèrement rassuré de la présence des chamans ancestraux protégeant les frontières. Du reste, il avait ordonné que les réfugiés soient bien traités et logés convenablement en ville, même si la place viendrait vite à manquer. Bientôt, il devrait certainement retourner à Ibelin, auprès de l’empereur et des autres ducs pour décider de ce qu’il convenait de faire. Mais son peuple avait aussi besoin de le savoir présent, prêt à les soutenir et les aider même si le sultan des sables aurait aimé faire bien plus pour eux. La guerre était loin d’être gagnée, loin d’être terminée et malgré les alliances qui se dessinaient, Ibélène pour l’instant ne bénéficiait pas d’un espoir de victoire.

Combien de temps pourrait-il rester en Erebor, il n’en savait encore rien. Le temps le pressait et il n’avait que peu l’occasion de se reposer et se changer les idées. A son retour, c’était à peine s’il était allé voir Sitara et leur fils, Qasim. Il était bien mal à l’aise en la présence de sa sultane après les choix qu’il avait fait quelques semaines auparavant. Il n’avait pu encore lui en toucher quelques mots, certainement n’osait-il pas, le cœur encore blessé d’avoir pu faire un tel choix. Anthim savait qu’il ne pourrait repartir sans le lui dire, mais il ne savait pas non plus quel était le bon moment. Alors pour éviter de céder à la tentation, il avait préféré de ne pas la voir tout de suite, quand bien même cela lui crevait-il le cœur.

Aussi pour bien des raisons n’était-il pas de très bonne humeur le matin suivant son retour. Et les heures qui suivirent n’arrangèrent pas particulièrement celle-ci. Au moins n’était-il que maussade, fatigué, peu bavard et peu motivé. Cela lui évitait d’avoir à hurler, de faire preuve de son inégalable mauvaise foi ou user de sa susceptibilité légendaire. Il avait beaucoup à faire et beaucoup à penser, mais peu l’envie de s’y mettre après les nombreux événements qui étaient survenus dans sa vie. Non qu’il soit capable de réellement craquer pour l’instant, il duc du sable et du roc et du roc après tout, aussi solide que les hautes montagnes de son duché, mais il était las et fatigué oui.

« Mon roi. » Elle interrompait le fil de ses pensées, la voix de ce serviteur aux allures toutes gitanes pour l’appeler ainsi si noblement. Assit à son bureau, il avait laissé son regard se plonger dans les paperasses accumulées, sans réellement y porter plus d’attention. Quand il fit un geste à l’homme d’approcher et continuer, il leva enfin ses yeux vers lui. « Un homme à l’entrée du palais souhaiterait solliciter une entrevue avec vous. Un kyréen qui voudrait votre autorisation pour consulter les bibliothèques du palais. C’est un savant qui a à cœur l’histoire d’Arven. » Un sourcil se soulève lentement sur le visage du duc, un instant songeur mais pas moins surpris. Il ne dit rien, ce qui incita le serviteur à terminer. « Dois-je… le faire venir jusqu’à vous ? Les gardes sont prêts à le refouler aux portes du palais si telle est votre volonté. » Il ne semblait pas trop savoir sur quel pied danser, l’homme à la peau si sombre et à la voix grave mais douce. Il n’était certainement pas sans savoir le travail qui croulait sur les épaules de son duc, mais il savait aussi combien celui-ci aimait tout ce qui touchait à l’histoire de ce continent. Sans doute est-ce pour cela qu’il avait prit la peine de lui accorder un tant soi peu d’intérêt et était venu le voir. En d’autres circonstances, savant ou non, il n’aurait pas accepté une telle visite. N’était-ce pas la guerre après tout ?

Anthim prit un long moment pour répondre, quittant le regard de son interlocuteur pour parcourir vaguement le travail qui l’attendait. Soit, il avait besoin de se changer les idées. Après une poignée de seconde, il répondit au serviteur.

« Faite le entrer dans le palais. Assurez-vous que tout soit en règle, ensuite nous irons discuter dans le salon attenant aux bibliothèques. »

Il ne comptait pas rencontrer un homme venu de si loin sans s’assurer que tout soit normal le concernant. Anthim était méfiant et assez prudent pour ne pas laisser au hasard le droit de se jouer de son existence. La guerre était trop présente pour laisser la moindre ouverture. Quand le serviteur revient lui assurer que tout était en règle, Anthim était déjà dans le salon pour accueillir l’étranger qui a bien mal choisi son moment pour faire le tour des duchés d’Arven. Comme à son habitude, il est vêtu richement, les couleurs des tissus sont chatoyantes, de ce rouge ocre décoré de dorures toutes finesses. Comme à ses doigts, l’or se dessine sous les contours de bagues ouvragées avec soin. Ses cheveux sont remontés dans un turban simple, mais pas moins décoré d’une broche où un rubis étincelant vient illuminer l’ensemble. Il est noble et riche, Anthim, duc et sultan des sables et du roc. Et quand l’homme entre dans la pièce, même s’il ne semble à première vue pas plus petit que lui, Anthim le surplomb avec une hauteur à peine dissimulée. Cet étranger qui entre est plus vieux que lui, le visage marqué par l’âge et par une cicatrice, de toute évidence. Le détaillant en attendant qu’il s’exprime, le duc nota la noblesse dans ses gestes et le respect dans son salut. C’est suffisant pour qu’Anthim lui réponde d’un léger geste de la tête, l’invitant à prendre la parole. Son regard reste néanmoins méfiant, dur et fermé alors qu’il observe le kyréen face à lui. Un fils des glaces, il est bien loin de chez lui.

Les mots sont clairs, directs, précis. Assez francs mais gardant cette note respectueuse qui plait à Anthim. Pourtant, il ne prend pas la peine de répondre immédiatement, continuant d’observer l’homme devant lui. Quand il daigne ouvrir la bouche pour répondre, sa voix reste dure, mais pas agressive. Juste d’un aplomb incontestable.

« Vous comprenez et pourtant vous insister. C’est là bien présomptueux de votre part de croire que l’accès à notre savoir est si simple. Pardonnez moi seigneur d’Ysgramor, mais malgré tout le respect que j’ai pour votre profession et pour l’Histoire, je ne puis laisser un étranger passer les portes de nos bibliothèques sans m’assurer de votre valeur et celle de votre œuvre. Nombreux sont ceux à avoir écrit l’Histoire d’Arven, à vouloir l’écrire, à rêver de l’écrire. Qu’avez-vous de si particulier pour que je laisse quelqu’un comme vous prendre connaissance des secrets du peuple d’Erebor ? Que cherchez-vous à découvrir ici ? »

Il est direct à son tour, le duc d’Erebor, mais l’homme face à lui ne devait pas s’attendre à ce que les trésors d’histoire renfermés dans le palais de Vivedune soient si simplement accessible. Peu, même au sein du palais, avaient ce réel privilège en réalité. Si l’accès au savoir n’était en aucun cas réfréné ici, celui aux merveilles qui se cachaient dans certains ouvrages l’était autrement plus.

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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Mer 29 Mar - 21:29

Comme je l’avais pensé, le Duc n’était pas très enchanté de ma venue dans son palais. Déjà, en entrant, j’avais senti que je n’étais pas vraiment le bienvenu. Le Duc, dès son entrée, avait veillé à ce que les positions de chacun soient respectées. Etant pourtant d’une taille similaire à la sienne, je me sentais petit, faible et vulnérable face à lui, comme s’il pouvait m’abattre d’un seul regard. Ses vêtements étaient colorés, typiques du duché qu’il gouvernait. Cet homme respirait la richesse et la prestance, avec ses nombreux bijoux et son turban orné d’un étincelant rubis. Si bien que je me sentais misérable à côté, vêtu seulement de mes habits de voyage. Ceux-ci avaient été débarrassés de la couche de poussière qui les maculait jusque-là, tout comme mes cheveux, noués dans une simple queue de cheval par un ruban noir. En plus de cela, les manches de mon léger manteau étaient encore tachés de la substance visqueuse qui s’était accroché à mes bottes, dans le Musée, et cela dégageait une odeur fort peu agréable. Malgré les nombreuses tentatives de nettoyage, elle persistait, comme si elle avait toujours fait partie du tissu. Je devais surement présenter au duc un bien mauvais exemple de ma seigneurie et de mon duché. Mais je ne me laissais pas intimider. J’étais venu pour un but précis et je ne comptais pas repartir sans rien. Je tenais sous le bras des rouleaux que j’avais acheté sur le chemin, pour palier à la disparition de mon carnet, que je regrettais affreusement compte tenu du fait qu’il y avait dedans toutes mes notes faites en chemin et dans le Musée.

Je m’inclinais, et attendit son autorisation pour pouvoir prendre la parole, qui se résuma à un simple signe de tête. Puis j’expliquais les raisons de ma présence ici. Je ne m’élargissais pas en louanges et autres compliments, et allait droit au but. Comme ça, s’il refusait, personne ne perdrait son temps et je repartirais de mon côté, même si je ne souhaitais, en aucun cas, que cela arrive. J’avais déjà franchi les portes du palais, et j’estimais que maintenant, je devais aller jusqu’au bout, coute que coute. Je finissais ma phrase, et le silence s’installa entre nous. Le Duc continuait de m’observer, sans prononcer un seul mot. Pendant cet instant qui me parut très long, je sentis mon cœur s’accélérer. Non Raygnar, ne te laisse surtout pas intimider. Cet homme était certes un Duc, mais je n’avais rien à me reprocher, si ce n’est ma farouche détermination. Puis, enfin, le duc me répondit, d’une voix claire, sur un ton sévère mais parfaitement calme. Il me dit que j’étais bien présomptueux de croire que j’aurais pu avoir accès à leurs archives aussi simplement. Il n’était pas du genre à laisser entrer n’importe qui dans sa bibliothèque. Puis il me demanda qu’est ce qui me distinguait des autres, de ceux qui, eux aussi, avaient pour ambition d’écrire l’Histoire d’Arven. Question piège, je n’avais pas droit à l’erreur. Je fronçais les sourcils et plongeais mon regard dans celui du Duc avant de baisser respectueusement la tête. Je répondis, tout en restant aussi calme et aussi stoïque qu’Anthim d’Erebor :

« - Votre Grâce, je n’ai jamais cru une seule seconde qu’il serait facile pour moi d’accéder à votre savoir et à vos secrets. Mais, pardonnez-moi ma franchise, j’estime qu’il y a des occasions qu’il ne faut pas laisser passer si on veut avancer. »

Je replaçais discrètement une mèche qui venait de s’inviter sur mon front et, après avoir attendu de pouvoir à nouveau parler, je repris :

« - Comme vous l’avez dit, Votre Grâce, nombreux sont les hommes et les femmes à caresser ce rêve, mais peu d’entre eux ont réussi à le faire. Je veux retranscrire la vérité, celle qui m’apparaitra dans les archives et qui sortira de la bouche de ceux qui sont encore en vie. Je veux faire en sorte que tout le monde puisse connaître cette vérité et la comprendre. Je souhaite que chaque personne qui lise mon ouvrage soit fière de son Histoire, du passé de ses ancêtres, ou qu’elle en tire des leçons qu’elle conservera pour toute son existence. Et je ne pourrais réussir qu’en consultant les documents ducaux, car ils sont, pour la plupart, en excellent état et ils apportent un témoignage précis et sans égal. »

Un bien joli discours, mais j’espérais que cela l’avait convaincu. Une petite partie de moi me souffla de ne pas crier victoire trop vite. Je ne connaissais pas le Duc mais j’en avais suffisamment appris sur lui par quelques discussions avec les personnalités locales pour savoir à quoi m’en tenir.

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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Ven 12 Mai - 3:47

Nombreux étaient les secrets sur Erebor. Et ils étaient bien trop précieux pour être laissés accessibles au premier venu. Anthim avait beaucoup de respect pour les savants historiens, ceux qui cherchaient à comprendre d’où venaient les peuples et leur évolution dans le temps. Depuis sa plus tendre enfance, il s’était lui même plongé à corps perdu dans ce savoir, devenant fin connaisseur de l’histoire de son duché, et plus largement d’Ibélène. Aussi savait-il de quoi il parlait et était à même de juger les intentions de son importun visiteur. Ouvrir les secrets de son duché à un savant erebien était une chose, mais l’homme devant lui n’en était pas un. Il était kyréen. Et si les relations entre les deux peuples n’étaient pas du tout mauvaises, les farouches habitants des sables et du roc n’étaient pas des gens particulièrement ouverts face aux étrangers. Néanmoins, malgré les paroles du duc, l’homme devant lui ne se dégonfla pas et apporta réponses aux questions posées. Cela saurait-il convaincre Anthim ? Celui-ci écouta attentivement. Une seule grosse erreur pouvait mettre fin à cet entretien.

« Je pardonne votre franchise et vous écoute avec attention. »

Oui, la franchise, si elle était respectueuse, plaisait au duc d’Erebor qui ne supportait pas les mensonges ou la tromperie. Il n’était lui même pas tricheur et s’il lui arrivait de faire des choses sous le couvert du secret, il n’était pas homme fourbe et mesquin. Ceux qui usaient de ces stratagèmes ne gagnaient guère la confiance du duc, ni ne trouvait grâce à ses yeux.

L’homme était intéressant. Peut-être un peu naïf sur l’ampleur de la tâche qui l’attendait, mais il caressait un beau rêve qui, comme il l’avait dit, était pourtant difficile à réaliser. C’était ce à quoi servaient les archives et les souvenirs contés par ceux qui se souviennent, ceux qui savent. Qui plus est, le duc doutait qu’un ouvrage soit capable à lui seul de narrer l’histoire d’Arven. Il en faudrait des centaines, toute une collection, ne serait-ce que pour évoquer le passé d’Erebor. Accessible à tous, c’était une chose, mais cela devait-il se faire au détriment de certaines informations ? Bien des choses ne collaient pas pour le duc, mais il attendit que son interlocuteur finisse pour reprendre la parole. Sans ambages, sa voix résonne toujours avec franchise, peut-être même un peu dureté.

« Et vous pensez que votre projet sera plus à même de voir le jour qu’un autre ? C’est audacieux, je ne le nie pas, mais j’ai quelque peu du mal à imaginer l’aboutissement de tout ceci. Qui plus est lorsque vous essayez de mêler la complexité de l’Histoire d’un continent entier et l’accessibilité à tous. Vous voyez grand, peut-être trop. Par ailleurs, si une part de l’histoire d’Erebor se trouve dans nos bibliothèques, c’est dans les chants des nomades et la mémoire des anciens que résident nos secrets. Si vous ignorez ça, alors vous êtes bien mal informé. » Il semble sévère à cette évocation pourtant traditionnelle des coutumes erebiennes. Le regard, une seconde impérieux, finit par reprendre une certaine neutralité. Ce n’en était pas encore fini, le duc n’avait pas dit non définitivement. Même s’il était loin de dire oui. « Parlez moi un peu de ce que vous savez déjà sur mon duché, Seigneur d’Ysgramor. »

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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Dim 14 Mai - 22:09

Une bien belle tirade, mais qui semble avoir eu son effet. Je retins de sourire quand je vis le Duc m’écouter avec attention. Il n’avait pas l’air de s’ennuyer et semblait s’intéresser à moi. Tant mieux, plus longtemps son attention sera tournée vers moi, et plus j’avais de chances de visiter sa bibliothèque. Je gardais mon sérieux et attendis sa réponse. La voix d’Anthim d’Erebor était toujours aussi dure, mais ses paroles toujours aussi franches. Il me demanda si je pensais que mon projet avait plus de chances de voir le jour plutôt qu’un autre, et qu’il avait du mal à imaginer l’aboutissement de tout ceci. Il me dit que je voyais trop grand, et que l’Histoire d’Erebor se trouvait non seulement dans la bibliothèque mais aussi dans les chants des nomades et dans la mémoire des anciens. Tout cela, je le savais, j’avais eu le temps de me renseigner pendant l’absence du Duc. J’hochais la tête et répondis sur un ton respectueux :

« - Votre Grâce, j’ai parfaitement conscience de l’ampleur de la tâche qui m’attends. Mais cela ne m’effraie pas pour autant. Je pense effectivement être capable de mener à bien mon projet. J’ai déjà pu rencontrer certains de vos grands sages et quelques nomades de passage. Ils m’ont ouvert les yeux sur bien des choses à propos d’Erebor, même si cela n’a pas été facile. Et je comptais consulter vos ouvrages pour compléter leurs propos. »

La voix du Duc était sévère, et son regard impérieux. Une fois encore, je me sentis bien misérable. Je passais la main sur la manche tâchée de mon manteau, comme pour la dissimuler. Je savais que je n’avais pas le droit à l’erreur. Une petite faute, et je me retrouverais dehors, le nez dans le sable. Mais je me repris. J’étais encore là. Le Duc n’avait pas dit non, mais il n’avait pas dit oui non plus. Et là, il me posa la question piège par excellence. Je devais lui exposer mes connaissances sur Erebor. Oh, j’en avais. J’avais passé des nuits entières à l’Académie à apprendre les poèmes sur l’Histoire d’Erebor, sur ses Ducs et sur ce qu’ils avaient fait. Aussitôt, une multitude d’anecdotes me revinrent à l’esprit. Je me redressais et, avec le ton d’un passionné, je lui racontais la légende d’Amaté Chemsa, la première étoile de l’univers, qui reposait aujourd’hui sous nos pieds. Je lui racontais également une anecdote sur ce duc, ancêtre d’Anthim, qui avait sauvé son peuple après que celui-ci eu subi une grande tempête de sable. L’Histoire d’Erebor se transmettait par les légendes de générations en générations, ce qui faisait de leurs témoignages une source d’information exceptionnelle. Encore fallait-il qu’ils acceptent d’en parler aux étrangers. Je lui racontais également quelques histoires que j’avais pu entendre de la bouche d’un vieux sage qui, après plusieurs longues minutes de persuasion et la promesse de raconter à mon tour une légende de Valkyrion, avait accepté de me parler du passé d’Erebor.

Ces quelques longues minutes durant lesquelles j’avais parlé quasiment sans m’arrêter, avec la force du passionné, m’avais laissé quasiment sans le souffle. Je m’inclinais à nouveau, conscient d’avoir peut-être trop parlé et d’avoir épuisé la patience du Duc. Je prononçais juste ces quelques mots pour m’assurer que tout allait bien :

« - Votre Grâce, je suis conscient que mes connaissances sont loin d’être parfaites. C’est pour cela que je cherche constamment à les solidifier. »

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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Lun 17 Juil - 23:48

Anthim ne prétendait pas apprendre à cet homme son travail. S’il avait été à l’Académie et eut son diplôme, alors tout ce dont lui parlait le duc était certainement une évidence. Mais il était aussi de son devoir de le tester. Car nul ne pouvait entrer si simplement dans les bibliothèques ducales, et certainement pas un étranger dans celles de Vivedune. Bien des secrets résidaient en ces lieux, pour qui savait chercher bien entendu. Et si le gros de leur histoire était chanté par la voix des anciens, le seigneur d’Ysgramor avait en partie raison, les écrits présents en ces lieux demeuraient précieux et uniques. Le Sultan des sables fut cependant surpris un instant, devant la révélation du kyréen. Ainsi, des anciens parmi les gitans et les nomades avaient confiés des secrets sur leur passé ? Ce n’était pas chose commune, car il était su et connu que les erebiens étaient des gens appréciant peu les étrangers. Pour certains, c’en était même extrême. Que cet historien ait su faire parler les gens de son peuple, c’était quelque chose de surprenant oui. Mais l’étonnement ne demeura guère longtemps sur le visage si sérieux du duc. A peine avait-il haussé un sourcil, en vérité.

« Je vois. Je dois reconnaître être surpris par vos propos, mais sans doute est-ce là un signe en votre faveur. »

Bien entendu, Anthim n’excluait pas la possibilité que tout ceci ne soit que du bluff de la part de son visiteur. Tous les moyens étaient bons après tout pour obtenir ce que l’on désirait, à ce qu’on disait. Mais le duc d’Erebor n’aurait pas supporté un affront et un mensonge de la sorte. Aussi mit il plus directement son interlocuteur à l’épreuve, en lui demandant de raconter ce qu’il savait vraiment. Et il avait intérêt à être convaincant. Car les banalités sur son duché, il y en avait des tas. Des histoires contées par les anciens, elles étaient bien plus rares. Et Anthim les connaissait toutes par cœur.

Quand l’homme commença à parler, le duc d’Erebor ne fut pas particulièrement emballé par les quelques anecdotes énoncées. Elles n’avaient rien de transcendant et surtout ne semblaient guère être le témoignage des anciens de son duché. Il n’était pas loin de le faire cesser son discours quand le savant se décida à aborder une légende bien plus méconnue et bien plus intéressante. L’air plus attentif, il écouta avec attention, décelant quelques erreurs dans le récit, mais appréciant l’exotisme de celui-ci. L’histoire de l’étoile tombée du ciel pour les hommes était un grand classique parmi les légendes contées par les enfants des sables. Amaté Chemsa enterrée sous le désert éternel d’Erebor. Un bien beau récit. Le regard d’Anthim se fit légèrement moins sévère quand le seigneur d’Ysgramor cessa son discours. Il avait bien conscience de l’ampleur de la tâche qui l’attendait et des lacunes que tout à chacun possédaient. Il acquiesça avant de prendre à nouveau la parole.

« C’est une vérité valable pour tous, seigneur d’Ysgramor. Il y a tant de choses que nous ignorons, tant de choses à toujours découvrir ou redécouvrir. C’est une bonne façon de penser. » C’était là un compliment de la part du duc. Pour autant… ce n’était point encore terminé. Il avait le désir de tester une dernière fois son interlocuteur avant de décider plus précisément de la suite. « Dites moi, avez-vous connaissance de la légende de la fiancée volée d’Erebor. C’est certainement l’une des plus connues de mon duché. Que savez-vous d’elle ? » Le nom qu’il avait utilisé n’était sans doute pas celui communément évoqué dans les livres d’Histoire que l’on trouvait à l’Académie. C’était peut-être un piège, qui n’en était pas tant un, pour quelqu’un se targuant de connaître un tant soi peu Erebor et qui avait parlé avec les sages de son désert.

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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Ven 21 Juil - 22:24

Par Alder ! Le Duc commençait à se lasser ! Il était vrai que je n’avais évoqué que les bases de leur Histoire, celle qu’un enfant aurait pu retenir sans mal. Le Duc voulait plus, il en attendait plus de moi. Mon récit sur Amaté Chemsa adoucit son regard sévère, mais cela n’avait pas suffi pour m’ouvrir les portes de sa bibliothèque. Je veillais à conserver mon calme. Je ne devais pas faire d’erreur qui aurait pour résultat de me faire mettre dehors. Le Duc ne me laisserait peut-être pas une seconde chance, pour l’heure, j’avançais à tâtons, tout en le prévenant que mes connaissances étaient loin d’être parfaites. Si elles l’étaient, je ne serais pas là, à tenter de persuader ce lion de ne pas me dévorer.  Je gardais une posture soumise, sans pour autant baisser les yeux. Si je le faisais, cela signifierait que j’abandonnais la partie. Je ne devais pas lâcher, ne pas renoncer.

Heureusement pour moi, le Duc me tendit une perche pour me permettre d’aller plus loin. Tout d’abord, il m’annonça que j’avais une bonne façon de penser, sur le fait que nous avons tous tant de choses à apprendre. Puis, il me posa une question. Une question sur une légende. La légende de la fiancée volée d’Erebor, qui était, selon ses dires, l’une des légendes les plus connues de son duché. Je fis un petit sourire. Il m’avait tendu une perche certes, mais avec le piège à l’autre bout, mais je n’étais pas assez idiot pour tomber bêtement dedans. L’Expiation. Cette légende connue en Erebor et en Sombreciel, et qui a un sens différent dans chacun de ces duchés. Je me souvenais l’avoir apprise par cœur pendant mes années d’étude à l’Académie. J’avais passé tellement de temps à lire, relire et réciter les vers de cette légende qu’elle était restée gravée dans ma mémoire, même encore aujourd’hui. Je commençais donc par réciter les vers évo-quant cette fameuse fiancée volée d’Erebor :

« - Las ! Humaine convoitise, mesquine jalousie, Amjad se vanta un peu trop de sa belle fiancée. Enguerrand ombrage en prit, et derechef résolut de la lui voler. »

Voilà qui devrait retenir son attention. Si le Duc voulait que je la lui récite en entier, je le ferais, mais je doute que ce soit cela qui l’intéresse. Je devais parler de la légende, de ce que j’en avais retenu, et des leçons qu’on devait en tirer. Et cette leçon ne concernait en aucun cas les steaks tartares, comme l’avait prétendu un de mes anciens camarades de classe. Manger de la viande crue, quelle horreur ! Jamais de la vie je n’oserais faire une chose pareille. Le jour où je servirais ce genre de plats à ma table sera le jour où je serais devenu complètement sénile. De la viande froide en Valkyrion ! Et puis quoi encore ! Cela ne devait se faire qu’en Erebor. En même temps, cela n’avait rien d’étonnant, il y fait tellement chaud. Je me redressais et reprit sur un ton plus confiant :

« - Cette légende raconte le commencement des hostilités entre Erebor et Sombreciel Votre Grâce. A cause de cette jeune fille enlevée par le duc de Sombreciel, les deux duchés entrèrent en guerre, et ils en payèrent tous deux de graves conséquences. Erebor perdit les Dryades, ainsi que sa flore luxuriante qu’elles protégeaient, et Sombreciel perdit la raison, si je puis m’exprimer ainsi. »

Je me tus un instant, le temps de laisser mes paroles faire leur effet. Cela devrait prouver au Duc que j’avais quand même quelques connaissances sur Erebor, et pas seulement les bases. Les heures passées à apprendre allaient m’être d’une grande aide. Je lui dis enfin :

« - Votre Grâce, la légende se termine sur le fait que tout espoir n’est pas perdu. Quand la paix reviendra, Erebor retrouvera son visage d’antan. Je sais également que Sombreciel en possède une tout autre version, sans vouloir vous offenser. »

J’avais surement touché un point sensible en évoquant le fait que cette guerre entre les deux duchés serait basée sur un récit complètement faux, mais je voulais lui montrer que mes con-naissances s’étendaient à l’Histoire d’Arven tout entier, et que je ne faisais aucune distinction entre eux, j’apprenais, je comprenais, tout en restant le plus neutre possible. Je ne prenais aucun parti, et me contentait soit d’observer les événements, quand ils se déroulaient dans le présent, soit de les étudier pour mieux les comprendre, quand ils étaient passés depuis longtemps.

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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Mer 26 Juil - 18:13

Bien. Il n’est pas particulièrement surpris, Anthim, d’entendre quelques vers de la légende de la Fiancée Volée. Après tout, cet homme se prétendait historien. Et ignorer cette histoire contant la naissance de la haine entre Erebor et Sombreciel aurait sans doute brisé toutes les chances du seigneur d’Ysgramor de briller aux yeux du duc d’Erebor. Le choix des vers d’ailleurs était pertinent, agréable à l’oreille aussi et particulièrement précis. Mais il était bien beau de savoir réciter quelques versets que cela ne précisait en rien les réelles connaissances du savant devant lui. Aussi, même si son visage eut l’air de se détendre un peu, Anthim n’ajouta pas le moindre mot et se contenta d’observer toujours plus le kyréen tout en attendant qu’il avance quelques explications.

Elles n’étaient pas décevantes, ces explications. Mais elles ne sortaient guère de l’ordinaire. Il y avait pourtant tant à dire, sur les légendes de ce genre, surtout celles qui perdurent encore au temps présent. L’analyse était basique, elle lisait bien peu dans les lignes. Et si ça n’eut pas l’air de gêner le duc, il ne se montra pas particulièrement emballé. Dans son regard perçant ne se lisait en aucune façon ses pensées. Donnerait-il, après toutes ces preuves, une chance à l’historien de pénétrer dans la bibliothèque du palais ? La décision était pour le moins difficile à prendre, car il était particulièrement réticent à laisser un étranger entrer dans ce lieu presque sacré qui contenait bien des mystères et trésors. Soit, il avait des projets intéressants, quoique peut-être trop ambitieux, et paraissait connaître bien des choses sur son duché. Mais si les preuves étaient là, la motivation aussi, la conviction du duc n’était point embrasée. Silencieux, il fit attendre son interlocuteur qui du prendre son absence de réponse comme une autorisation de continuer. Des paroles qui, si elles n’avaient pas été aussi dangereusement irréfléchies, n’auraient guère vexé Anthim.

Ce n’était pas le cas.

Lorsque les mots finirent de franchir les lèvres du kyréen, le regard du duc se fit intensément plus glacial et plus tranchant. Redressant le dos et les épaules, il toisa avec hauteur et un certain mépris l’homme qui devant lui avait osé évoquer Sombreciel et surtout prétendre à une autre version de l’histoire de la Fiancée Volée. Evidemment, pour un historien, il était normal de comparer et croiser les sources, les légendes. Mais il était surtout dangereux et inconscient de le faire devant le duc ennemi du duché de l’esprit. Un mot fusa, grinçant dans une langue qui était sans le moindre doute inconnu à Raygnar. De l’erebien des dunes, difficile à comprendre et apprendre pour un étranger. A peine le mot semblait-il s’évaporer dans l’air qu’entre deux tentures sortirent à pas lent deux hommes. Le visage, caché par un turban et dont un voile au tissus épais était relevé sur le nez, ne laissait paraître que des yeux noirs, braqués sur le kyréen avec une très grande agressivité. Chacun d’eux avait la main posée sur l’arme à leur flanc, et n’attendait que l’ordre du sultan pour punir l’importun.

« Vous avez beaucoup d’audace, seigneur d’Ysgramor, pour oser parler en ces termes dans mon palais, devant moi. J’ose espérer que vous ferez preuve d’un peu plus de tact, à l’avenir. » Le duc approcha, fort de son pouvoir et de son bon droit. Il n’y avait pourtant pas encore de colère dans sa voix, et en vérité, elle ne titillait pas vraiment son cœur. Pas encore. « Ce n’est qu’un avertissement, mais sachez qu’il me suffit d’un mot, d’un geste, d’un regard, pour que ces hommes s’occupent de vous. Les étrangers imprudents ne sont que peu tolérés par ici. » Il se retourna, sans plus d’un regard pour le kyréen avant de reprendre la place qu’il occupait un peu plus tôt. Quand il daigna poser à nouveau ses yeux d’un bleu astral sur le savant, ils faisaient preuve d’un peu plus de clémence. « La version cielsombroise du mythe, je la connais aussi. La faute est plutôt accentuée sur Amjad. » Il y avait un peu de mépris dans la voix d’Anthim, lorsqu'il songeait à cette version qui osait prétendre les erebiens coupables, alors que le seul véritable coupable de l’histoire était ce fou d’Enguerrand. « Quant-à l’espoir, il faudrait pour cela faire cesser les hostilités entre nos deux peuples. C’est ce que dit la légende du moins, mais il y a bien longtemps que personne ne croit à cette partie là du mythe. »

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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Ven 28 Juil - 17:33

Par Alder, je le pensais plus ouvert d’esprit que ça. Le Duc me lança un regard froid, redressa pour me dominer avec un certain mépris. Je baissais la tête quand il prononça d’un ton sec un mot qui m’était complètement inconnu mais que je pensais venir de la langue locale, de l’erebien des dunes. J’en avais assez entendu de la bouche des habitants pour savoir qu’ils utili-saient beaucoup ce dialecte très particulier. J’entendis des pas et fus vite entouré de deux hommes armés qui me regardaient comme si j’étais un vulgaire morceau de viande. Leurs vi-sages étaient cachés sous un turban et je ne pouvais distinguer que leurs petits yeux noirs agressifs. Sur le moment, ils me firent penser à ces chiens qu’utilisaient mes gardes pour atta-quer les bandits qui s’approchaient un peu trop du manoir. Des bêtes qui ne pensaient qu’au sang, et à leur prochain repas. Voilà ce qu’étaient ces hommes. Je leur renvoyais un regard froid et releva la tête. Je savais qu’ils pouvaient me planter leur lame dans le ventre à n’importe quel moment, mais les voir me regarder ainsi me mettait en colère. Ce n’était pas ainsi que l’on regardait un seigneur bon sang !

Le Duc s’approcha de moi et, soumis, je baissais la tête, les yeux rivés sur le sol. Il me dit que j’avais fait preuve de beaucoup d’audace, pour avoir osé prononcer ces mots dans son palais, et que je manquais de tact. Je le regardais s’éloigner du coin de l’œil, persuadé que je n’avais fait que dire la vérité. Mais bon, toute vérité n’était pas facile à entendre. La haine d’Anthim contre Sombreciel l’aveuglait. Je l’écoutais me dire qu’il suffisait d’un mot, geste ou regard pour que ses cabots s’occupent de moi, et je savais qu’ils ne se contenteraient pas de me mettre à la porte, non. Un kyréen comme moi serait pour eux une bonne occupation. Je tentais de conserver mon calme et répondit au Duc, d’une voix douce :

« - Je vous prie de me pardonner Votre Grace. Je n’ignore pas vos sentiments à l’égard du Duc de Sombreciel et je reconnais avoir été très imprudent en évoquant la version cielsombroise de la légende. Mais un historien comme moi se doit de croiser les sources pour mieux comprendre les évènements. »

Ignorer les autres versions d’une même histoire serait une belle faute d’incompétence, et je ne pouvais pas me permettre cela. Je relevais la tête et croisais le regard froid du Duc. Il me dit qu’il connaissait la version cielsombroise, que celle-ci accentuait la faute sur Amjad. Pour moi, la faute revenait aussi bien à Amjad qu’à Enguerrand. Si Amjad ne s’était pas autant vanté, Enguerrand ne lui aurait pas pris la jeune femme qu’il aimait. Les deux avaient fait preuve de beaucoup d’idiotie, mais bon, ils étaient humains après tout. Je gardais cela pour moi, ne voulant pas aggraver ma situation. Anthim était assez énervé comme ça, je n’allais pas en rajouter, même si j’en avais très envie.  Le Duc continua en me disant que plus personne ne croyait à la partie du mythe qui parlait de l’espoir d’une paix entre les deux peuples. Je lui dis donc, tout en choisissant soigneusement mes mots.

« - Vous ne voulez donc pas faire cesser les hostilités avec Sombreciel, et pourtant Faërie prends les armes contre nous. Une alliance ne serait-elle pas possible ? » Je baissais la tête et reprit : « Votre Grâce, je suis conscient qu’il y a beaucoup d’enjeux, et je suis très mal placé pour juger à votre place, mais avez-vous pensé à cette éventualité ?  »

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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Lun 31 Juil - 11:16

Imprudent, le mot était faible. Et se reposer sur l’excuse d’être historien ne suffirait en rien à le faire pardonner si d’aventure il recommençait à faire preuve d’impolitesse. C’était déjà une chance qu’Anthim ait permis à cet homme de se rattraper et de s’excuser, mais il n’était pas bon de chercher la colère du duc d’Erebor. On ne le connaissait pas pour être un homme doux et porté sur l’humour. Pas plus qu’il n’appréciait les remarques désobligeantes et l’arrogance. Pire encore, l’impolitesse, sous son propre toit, envers sa propre personne, lui faisait définitivement horreur. Et il espérait bien que la menace clairement évoquée calme les ardeurs de ce kyréen un peu trop fou. A peine acquiesce-t-il donc, à la remarque du savant, celui-ci tentant tant bien que mal d’expliquer les raisons de ses mots. Mais cela n’avait bien évidemment que peu d’écho aux oreilles du sultan des sables.

Ce qui en eut énormément néanmoins, ce fut le discours qui suivi. Oh la voix était prudente, les mots sans doute voulaient l’être aussi. Mais celui qui les prononçait n’était visiblement qu’un sombre imbécile. Un imbécile suicidaire. Le duc n’avait pas besoin de poser un regard sur ses deux gardes que ceux-ci s’étaient déjà tendus. Pas un instant, ils n’avaient lâchés du regard l’étranger, prêts à lui couper la tête à la moindre incartade. Et si leur visage était caché d’un lourd foulard, leurs yeux, eux, semblaient tout à coup sourire, se délecter d’un plaisir à venir. Personne, hormis peut-être ce fou de kyréen, n’ignorait ce qui allait se passer dans cette pièce.

« Vous me prenez pour un idiot, seigneur d’Ysgramor ? » La question était réelle, mais elle n’attendait pas de réponse. Et il valait mieux pour l’homme qui ne réponde pas, qu’il n’élève pas la voix. Car s’il l’avait fait, un sabre aurait été dégainé pour lui faire passer l’envie d’ouvrir la bouche. Définitivement. A nouveau, Anthim approcha, le regard froid de colère, bouillonnant de rage. « Je ne vous ai pas demandé votre avis sur cette guerre et pourtant vous osez vous improviser conseiller devant moi ? Je vous en ferai passer l’envie, croyez moi. » Elle gronde, la voix du duc, comme le rugissement d’un lion qui n’a qu’une envie, dévorer sa proie. A l’instant même où il recula d’un pas, les deux hommes attrapèrent le savant pour le forcer à terre, de deux coups bien sentis dans les genoux. « Je vous avais pourtant prévenu de faire attention à vos paroles. Mais vous maîtrisez bien mal votre langue. Peut-être devrais-je vous retirer cet outil qui n’est que trop inutile pour vous. » Violemment, une main vint attraper la mâchoire de Raygnar, le forçant à desserrer les dents par la force et ouvrir la bouche. Une autre main, tenant une lame fine, n’attendait qu’un mot, un geste, pour exécuter la sentence. Néanmoins, la confirmation ne vint pas. « Cependant, par respect pour votre profession, je vais vous la laisser. Tâchez d’apprendre à vous en servir. Coupez lui un doigt. » Et avec précision, la main du kyréen fut plaquée au sol, sur le tapis qui souffrirait des souillures de la torture. Était-ce bien la première fois de toute façon ? Le soldat ne prit guère la peine de faire attendre le supplicié. Le coup fut précis, adroit, la dernière phalange de l'auriculaire sauta dans un craquement sinistre. « Et l’autre main aussi. Il apprendra qu’on n’insulte pas deux fois le duc d’Erebor. » Et l’autre fut coupé aussi, sans la moindre sommation, déversant une gerbe de sang chaud sur le sol, imbibant le tapis. Qu’importe les cris et les suppliques, Anthim regardait ça avec une intense froideur. Oh comme il pouvait être bon, le sultan des sables, généreux et droit, juste. Mais les gens savaient aussi qu’il ne rigolait guère avec le respect, et que la hauteur de son caractère, la grandeur de son ego ne devaient pas être blessés, au risque d’en subir de lourdes conséquences.

La séance de torture aurait pu continuer longtemps : molester l’homme, le frapper, déformer son visage sous les coups, briser ses os un à un pour lui apprendre les bonnes manières… mais c’est un autre soldat, pareillement vêtu que les deux autres, qui entra dans le bureau de manière brusque. Il ne fut que peu interloqué par la scène qu’il venait d’interrompre, et Anthim sut que si l’on pénétrait ainsi chez lui sans avoir demandé l’autorisation, c’est que quelque chose de grave était arrivé. Délaissant sa victime, il se tourna vers le nouvel arrivant qui, au regard de son duc, prit la parole sans attendre :

« Altesse, la première épouse Shéhérazade vient de subir une attaque dans le harem. Votre second fils, Mansour, en était la cible.
Comment vont-ils ?
Ils… ils n’ont rien mon roi. La première épouse a tué son attaquant avant que les gardes n’aient pu intervenir. Elle… elle lui a dévoré le cœur. »

Il y avait de quoi être surpris, voire dégoûté de la révélation, mais il ne l’était pas, Anthim. Parce qu’il savait de quel clan Shéhérazade venait, quelle était son éducation, et la dangerosité dont elle pouvait faire preuve malgré son infinie douceur et sa patience vertueuse. Si quelqu’un s’en était pris à son fils, il n’était pas surpris de savoir que son épouse avait combattu violemment pour le protéger. Mais même si la confirmation qu’elle et Mansour n’avaient rien semblait le rassurer, il ne l’était pas totalement, Anthim. Et à raison, le harem était définitivement un lieu dangereux, mortel même pour les femmes qu’il aimait. Elles se battaient toutes pour avoir son attention, son amour, son affection, c’en était stupide. Il le savait pertinemment, mais il était bien difficile d’arrêter les coups bas. Il n’avait pas le temps hélas de se consacrer à ce problème et ce n’était pas sa tâche, d’ailleurs. Ça n’empêchait pas Anthim d’être profondément inquiet pour Shéhérazade. Au moins était-il rassuré de savoir que sa Sitara n’était plus dans cet environnement hostile.

« Conduisez moi.
Votre grâce, que fait-on de celui-là ? Demanda l’un des hommes tenant encore Raygnar resté à terre.
Enfermez-le, je déciderai de son sort plus tard.
Bien votre grâce. »

Et alors qu’Anthim partait et sortait de la pièce sans un regard pour le savant, celui-ci fut emporté dans une autre direction, traîné comme un misérable bout de viande à terre et frappé si jamais il devait crier ou hurler. Il fut jeté dans une cellule, dans les sombres et angoissantes prisons du palais, où il n’était d’ailleurs pas le seul à résider.

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Message Sujet: Re: Visite à l'improviste   Lun 31 Juil - 17:55

Mais quel idiot. Pourquoi avais-je continué dans cette voie-là ? Je savais bien que le Duc d’Erebor était susceptible, qu’il ne fallait en aucun cas l’offenser. Je savais qu’à la prochaine erreur, ses chiens passeraient à l’attaque. Il m’avait laissé une autre chance, je ne l’avais pas saisi, bien au contraire, je lui avais renvoyé au visage. Quand il me demanda si je le prenais pour un idiot, cette phrase sonna comme la fin de mon existence. Je reculais d’un pas et fut vite arrêté par les deux hommes voilés qui m’empoignèrent. Le Duc s’approcha de moi et, d’une voix furieuse, il me dit qu’il me fera passer l’envie de m’improviser conseiller du Duc. A ce moment-là, il me fit penser à un lion, ces espèces de fauve à perruque. Un lion qui avait coincé sa proie et qui s’avançait pour enfoncer ses crocs dans sa nuque sans défense. Malgré moi, je me mis à trembler. Une proie, voilà ce que j’étais devenue. J’avais provoqué le lion, et j’allais en payer les conséquences. Le Duc recula d’un pas, et à ce moment-là, les deux hommes qui me tenaient me donnèrent deux violents coups dans les genoux qui me jetèrent à terre. Si mon genou gauche résista admirablement, malgré la douleur, le droit n’eut pas cette chance. J’ai eu l’impression qu’il explosait de l’intérieur quand il se brisa net. Je laissais échapper un hurlement de douleur et me laissa maitriser par les deux hommes. Je ne pouvais plus bouger, et je savais que je n’avais aucune chance de m’en sortir. Ils étaient bien trop fort, et avec mon genou en miette, je n’aurais pas pu aller bien loin.

Le Duc, ignorant royalement mon cri, me dit qu’il devrait peut-être me retirer la langue, vu que je savais si mal m’en servir. Je me figeais, et serrais les dents. Non. Je ne les laisserais pas faire ça. Mon existence toute entière dépendait de ma capacité à parler ! Mais ils ne me laissèrent pas le choix. L’un d’eux exerça une vive pression de la main sur ma mâchoire et la força à s’ouvrir. L’autre, armé d’une petite lame, attendait le signal. Je fermais les yeux. Ils allaient couper ma langue. Et après, que feraient-ils ? Trancheraient-ils un par un mes doigts, puis mes mains, mes membres avant de se décider à me couper la tête. J’imaginais ma tête, planqué sur une pique, sous le soleil d’Erebor, et fit une prière mentale à Sithis pour que cela se fasse vite et sans douleur. Mais le coup ne vint pas. Je rouvris les yeux et croisa le regard du Duc qui annonça qu’il allait épargner ma langue, mais qu’il me prendrait un doigt. Je secouais la tête et me débattit. Un des hommes prit ma main et la plaqua sur le sol, écartant l’auriculaire des autres doigts, puis il trancha net la dernière phalange. Sur le coup, je ne ressentis aucune douleur. Juste la surprise provoquée par le craquement sinistre de l’os tranché, et par le flot de sang qui s’écoulait de mon doigt mutilé. Je regardais le morceau de doigt coupé gisant sur le tapis, et ne put retenir un gémissement et des larmes quand une vague de douleur traversa toute ma main. Je mordis le col de mon manteau pour ne pas hurler. A peine le doigt fut-il coupé qu’Anthim ordonna qu’on fasse la même chose à l’autre main. De nouveau le plaquage, la lame qui s’abat, le craquement, le sang puis la douleur. Tout en gémissant pitoyablement, je regardais le sang s’écouler de mes plaies et, bizarrement, la première pensée qui me vint à l’esprit était que le Duc allait devoir changer de tapis. Quel dommage, un si bel ouvrage ne méritait pas d’être souillé par le sang. Puis la douleur reprit le dessus. Je ramenais mes mains mutilées contre ma poitrine et me laissais coucher sur le sol, toujours maintenu par mes bourreaux.

J’entendis à peine l’arrivée du troisième homme. J’inspirais, expirais, et tentais de faire avec la douleur. La conversation entre cet homme et le Duc me parut si lointaine… Comme si elle se déroulait dans la pièce d’à côté. J’entendis le ton inquiet dans la voix du Duc. Quelque chose de grave se passait. Aussi grave que ce qu’il venait de me faire ? Surement. Le Duc ordonna de se faire conduire, et de m’enfermer. Il décidera donc de mon sort plus tard. Oui, mais quand ? Demain, dans une semaine, ou plus longtemps encore ? Je n’eus pas le temps de réfléchir à la question. Les deux hommes se mirent à me trainer comme si j’étais un vulgaire morceau de viande. Mon sang gouttait sur le sol et laissa un sillage sanglant derrière moi. Et quand mon genou en miettes frotta contre le sol, je poussais un hurlement qui fut vite interrompu par un coup bien placé dans mon estomac. Le coup me coupa le souffle, et je ne pus que suffoquer et tenter de reprendre ma respiration sur le chemin menant dans la cellule. Ils me firent descendre dans les sombres prisons du palais d’Erebor, et me jetèrent dans une des cellules. J’eus la très bonne idée d’atterrir sur mes mains blessées, et perdis aussitôt connaissance.
Quand je me réveillais, je clignais des paupières pour humidifier mes yeux asséchés d’être restés ouvert trop longtemps, et je pris enfin conscience de ma situation. J’étais enfermé dans une cellule, seul, blessé, et également détroussé. La disparition de ma bourse et de mes papiers de valeur, bien que peu importante, était la dernière goutte qui fit déborder le vase. Je me mis à sangloter comme un enfant, les mains serrées contre ma poitrine et priant Sithis de vite venir me chercher.

Trois semaines plus tard.

« Ray ». Petit flocon ? « Ray, faut que tu t’lèves » Je ne peux pas… J’ai tellement mal… « Ray, j’aime pas cet endroit, faut y aller, papa va pas être content si on arrive en retard » En retard pour quoi ? « Je vais t’aider Ray, donne-moi ta main, viens avec moi  ».
J’ouvris les yeux, et croisa le regard de ma petite sœur. Mes yeux se remplirent de larmes tandis qu’elle saisissait ma main entre les siennes. Ses cheveux blonds brillaient comme le soleil, et il y avait comme un cercle de lumière derrière sa tête. Elle me fit un grand sourire. « C’est rigolo ! Tu ressembles à grand-père ! Viens, il a hâte de te revoir ! Papa et Maman aussi ! » Je serrais les doigts sur les siens, et la laissait m’aider. Je me redressais, malgré mon genou, et me relevais. Elle tira sur ma main pour m’entrainer vers le cercle de lumière, et je la suivis en souriant. Des larmes de soulagement coulaient sur mes joues. Là où elle m’emmenait, je n’aurais plus mal. Plus de souffrance, plus de chaleur écrasante, de saleté. Plus de gardes qui me frappaient sans arrêt. Elanin tourna son visage radieux vers moi. « Tu vas voir, on va bien s’amuser ! On va p… »

Une violente claque me réveilla en sursaut. Un garde. Encore. Celui-ci me dit qu’il était temps pour moi de partir. J’étais libre, et je devais quitter Erebor sur le champ. Je baissais la tête, me laissant aller à la fatigue, mais une autre claque me força à rester éveillé. Le garde m’attrapa par mes habits et me força à me relever. Je m’appuyais contre le mur et sur ma jambe valide qui s’en était sorti avec juste un hématome. Mon autre jambe peinait à recoller les morceaux brisés. Elle allait me faire souffrir pour le restant de mes jours, j’en avais conscience. C’était ça d’offenser le Duc d’Erebor. On y perdait beaucoup. Un deuxième garde entra, et aida le premier à trainer mon corps meurtri jusqu’à l’extérieur. L’un d’eux me dit que j’avais eu de la chance, que j’aurais pu finir comme ce type qui avait craché sur un portrait du Duc. Trois semaines d’emprisonnement, ce n’était pas cher payé selon eux. Trois semaines… Cela m’a paru être une éternité. La faim, la soif, le manque d’hygiène et de sommeil, la chaleur écrasante, la solitude, tout cela me fit rapidement perdre la notion du temps. Les gardes ne me laissèrent que peu de répit. Coupures, coups en tout genre, humiliations, ils ont fait de moi un déchet, un simple objet cassé qu’on s’obstine à vouloir utiliser. Et maintenant, ils allaient me jeter. J’avais veillé à ce que mes doigts échappent à l’infection, et ils avaient plutôt bien cicatrisés, même s’ils faisaient peur à voir. Je devais à tout prix consulter un médecin, ma vie en dépendait.

Une fois dehors, le soleil m’éblouit. Je poussais un gémissement et fermais les yeux. Une fois habitués à la lumière, je les rouvris en grand, et vit mon cheval, qui m’attendait. Les gardes me jetèrent au sol. Ils m’ordonnèrent de partir, et de ne jamais revenir. Ils précisèrent que, si j’osais poser les pieds à nouveau sur les terres d’Anthim d’Erebor, je serais tué sur le champ, et que le même sort serait réservé à ma famille s’ils faisaient la même chose. J’hochais la tête et, sans un mot, je boitillais vers ma monture. J’admirais sa patience car je mis un temps fou pour monter sur son dos. Une fois que cela fut fait, je la lançais au pas. La douleur de mon genou se réveilla, mais, à bout de forces, je ne pouvais que serrer les dents. Je me dirigeais vers la sortie de la ville, et ignorait tant bien que mal les regards des habitants posés sur moi. J’y lisais du dégout, de la pitié. Je devais faire peur à voir, avec mes habits en lambeaux tachés de sang, mes cheveux sales et ma barbe hirsute. Je ne savais pas encore si j’allais survivre au voyage, si je rentrerais un jour chez moi. Je regardais une dernière fois le palais qui s’éloignait, et m’engageais sur la route menant à mon foyer.

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Visite à l'improviste
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