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 Pour qui sonne le glas

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Les Chevaucheurs • Admin
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Messages : 1739
J'ai : 32 ans
Je suis : Capitaine de Vol de l'Escadron de Chevaucheurs de Lagrance
Marquis d'Amar

Feuille de personnage
J'ai fait allégeance à : Fluctuante. S'il était fidèle à l'impératrice, il l'est nettement moins à l'empereur, bien qu'il se soit éloigné de Chimène de son vivant, par son attitude envers les mages du Sang. Il est malgré tout toujours fidèle à son duc, à son duché, et à Faërie.
Mes autres visages: Grâce de Sombregemme, Sitara d'Erebor, Meldred Vif-Ressac, Astrée Aubétoile
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Message Sujet: Pour qui sonne le glas   Mer 22 Fév - 23:15




Livre II, Chapitre 2 • La Fortune des Flots
Tristan d'Amar, Ferveur & le Destin

Pour qui sonne le glas



• Date : 5 mars 1002
• Météo : Nuit étoilée, froide
• Statut du RP : Privé avec le Destin ouais ouais :keu:
• Résumé : Tristan s’apprête, inconsciemment, à dire au revoir à Ferveur. Il sait que c’est probablement la fin, mais ne sait pas réellement ce qui l’attend et il répugne à lui dire au revoir. La silhouette massive se présente à lui, et c’est le cœur serré et le ventre noué qu’il s’approche.
• Recensement :
Code:
• [b]5 mars 1002 :[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t1812-pour-qui-sonne-le-glas]Pour qui sonne le glas[/url] - [i]Tristan d'Amar & Ferveur[/i]
Tristan s’apprête, inconsciemment, à dire au revoir à Ferveur. Il sait que c’est probablement la fin, mais ne sait pas réellement ce qui l’attend et il répugne à lui dire au revoir. La silhouette massive se présente à lui, et c’est le cœur serré et le ventre noué qu’il s’approche.


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Dernière édition par Tristan d'Amar le Lun 5 Juin - 18:53, édité 7 fois
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Message Sujet: Re: Pour qui sonne le glas   Mer 22 Fév - 23:15

Je ne peux t’affirmer être prêt à faire ce sacrifice.*

Ces paroles de Ferveur résonnaient dans l’esprit de Tristan depuis près d’un mois, depuis sa discussion avec Faustine, et qu’il avait commencé à s’entraîner avec elle, puis Carmine. Il avait de plus en plus de mal à maîtriser sa magie de l’Hiver, et il devrait informer son duc très bientôt de cet état de fait. Il lui faudrait un remplaçant… Mais c’était le cadet de ses soucis, à cet instant.

Son lien avec Ferveur s’étiolait, depuis quelques temps, et s’il avait essayé de le rappeler à lui, de raviver leur relation si particulière, c’était peu probant. Le dragon du vol de Saphir se faisait de plus en plus discret et lointain, communiquant peu avec le Chevaucheur. Tristan était extrêmement agacé par cette situation. Il savait que le dragon était en désaccord avec son choix, mais qu’il fuit le contact l’exaspérait fortement.

Il ne voulait pas que tout bascule, sans reparler à Ferveur, sans pouvoir en discuter avec lui, trouver une solution. Il ne trouvait pas le sommeil, moins encore que les nuits passées, et il sortit prendre l’air, attristé davantage par le silence inhabituel qui régnait à Amar – ou peut-être l’imaginait-il.

Son cœur s’arrêta un instant, en voyant la grande silhouette dans la pénombre, à l’attendre à l’extérieur. Il s’approcha doucement, silencieusement, hésitant. Son cœur battait à tout rompre, sa gorge était sèche, et son ventre était noué. Il savait. Il s’attendait à ce que Ferveur allait lui dire. Il en avait rêvé, fait des cauchemars, plusieurs nuits d’affilée. Il ne pouvait imaginer la vie sans lui, mais il ne pouvait revenir en arrière.

« Tu as décidé ? Tout est terminé ? »

Il déglutit, hochant la tête. Il savait que Ferveur l’avait vu, mais il devait le dire. L’affirmer. Il ne pouvait pas fuir.

« Oui. »

Sa voix était morne, résignée, mais il ne le vivait pas bien pour autant.

|HJ| * Ferveur l’a prononcé dans un autre RP, il le dit pas réellement là.

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Dernière édition par Tristan d'Amar le Jeu 23 Fév - 7:50, édité 1 fois
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Message Sujet: Re: Pour qui sonne le glas   Jeu 23 Fév - 0:35


Pour qui sonne le glas

Ô parole trahie, ô serment brisé



Il frémit, le grand dragon. Il n’y avait pas vraiment cru, jusqu’ici. Et pourtant, il a été témoin des séances d’entraînement de Tristan, de ses discussions avec la petite ménestrelle aux doigts brisés dont l’enseignement ne faisait que les éloigner un peu plus, le Chevaucheur et son partenaire de Saphir. Il a bien senti leur lien s’étioler, au fil du mois écoulé ; il a perçu le Sang pulser de plus en plus intensément dans les tréfonds de l’esprit de Tristan, comme un soleil rouge qui se lèverait à l’horizon pour calciner sans rémission leur entente, leur confiance, et tout ce qui faisait jusque-là leur relation. Et là – là, sur ces terres d’Amar, il lui semble que tout va se jouer. Il a craint, Ferveur ; s’il avait été dans sa nature de dragon de pleurer, il l’aurait fait, pour épancher son cœur brisé. Qui aurait cru qu’un dragon pouvait ainsi s’affliger ? Et pourtant, il l’a traînée, sa douleur. Tant et si bien qu’elle a été remarquée, par quelqu’un dont la mémoire porte bien plus loin que ses propres trois siècles de vie.

Il rejette le cou en arrière, Ferveur, aux mots de Tristan – parce que la souffrance lancinante qu’il perçoit chez son mage décuple la sienne, et qu’il est en train de tout perdre. Toute la confiance placée en ce petit être, tous ces moments partagés, toutes les joies et les peines, la guerre et la douceur de la paix, la lueur de la lune et le vent sous ses ailes, avec entre les griffes une vie si fragile à protéger… Tout cela, perdu ! Envolé ! Et il hurle, Ferveur, il hurle à la mort la trahison de son mage.

« Il souffre.
- Ils sont en peine tous les deux.
- Penses-tu qu’ils en seraient capables ? Ta confiance en eux me semble imméritée.
- Je côtoie le cavalier chaque jour depuis un mois, je l’ai rencontré il y a déjà longtemps. Il porte la grandeur en lui, et un cœur généreux.
- Ce qu’il inflige à son âme sœur me semble pourtant bien cruel.
- Ce qu’il s’inflige à lui-même est pire encore. »

A quelque distance du dragon de Saphir qui se lamente dans un torrent de flammes, trois silhouettes observent le marquis s’éloigner à pas lents et disparaître hors de leur vue. Celle qui n’a pas encore parlé émet un soupir de dragon, s’adressant à son congénère si sévère.
« Je ne sais si c’est encore possible. Vous, vous êtes nés ainsi – pas lui.
- Tu n’es pas né ainsi, pas plus que les tiens. Si nous te demandons ton aide, c’est parce que tu es le premier à l’avoir fait.
- Votre magie est encore si ténue. Des cohortes entières ont été massacrées au fil des ans, votre lignée est devenue si faible…
- Mais tu pourrais faire de lui, d’eux deux, les premiers d’un nouvel ordre. Nous en avons besoin, tu le sais bien, nous n'avons plus d'enfants ; ton propre cavalier a décidé qu’il était temps d’aller de l’avant…
- Aide-les, si tu le peux. C’est en partie ma faute, c’est moi qui ai révélé au mage son statut de Calice… Si je m’étais abstenue, ils n’en seraient pas là. »

Doucement, le dragon lève les yeux vers les étoiles. Son esprit se tend, loin, vers le nord du continent, en touche un autre ; sa compagne perçoit son hésitation, le dilemme qui est le sien. Une pensée flotte en retour. Jamais avec raison, jamais avec logique ; mais de cœur et de flamme, toujours, mon aimé, car nous sommes fous et l’espoir est notre arme. Si forte, si fière, la dragonne qui partage son âme… ! Il réfléchit un instant, mais il est déjà convaincu. Son œil vibre d’une nouvelle flamme, et d’un coup de patte vigoureux, il s’envole, rejoignant de quelques battements d’aile le Saphir en détresse, intimant à son congénère l’ordre de le suivre.

Ferveur réagit d’instinct, percevant une menace là où pourtant il n’y en a pas, s’interposant entre celui qui fut naguère son cavalier et les deux intrus, cherchant à le défendre quand même – pour le respect de la parole qu’il a donné, malgré l’abandon, malgré la trahison. Il s’apaise, cependant, lorsqu’un rayon de lune fait étinceler des écailles scintillantes. Si Stellaire de l’Or est venu jusqu’ici, c’est qu’il a une bonne raison, n’est-ce pas ? Gravement, le dragon millénaire incline son long cou, saluant le si jeune Saphir. Sa voix mentale se fait pleine de compassion lorsqu’il s’adresse au malheureux.
« Je suis venu accompagné, de quelqu’un qui peut t’aider. Il a perdu sa Chevaucheuse il y a bien longtemps, il peut comprendre ta douleur, il porte la sienne fichée en lui depuis des siècles. Fais-lui bon accueil. » Le dragon d’Or recule, laissant place à un second dragon tout aussi majestueux que lui – et presque tout aussi âgé, à quelques décennies près.  

Ferveur se fige. La présence mentale de ce nouveau venu est imposante et solennelle, pleine de dignité et de nostalgie, de regrets et de souvenirs – mais également d’un espoir ténu, qui n’ose s’avouer de peur d’être soufflé. Il le connaît – il connaît sa légende, plutôt. Le dernier des derniers. Le seul des siens encore en vie au moment de la Trêve, le seul qui a survécu à son partenaire humain. « Est-ce permis ? » Le même espoir fou brûle à présent sous les écailles de Ferveur. Gravement, l’autre acquiesce. « Si tu t’en sens la force et la foi, et parce que ton mage est lagran. » « Si tu le désires vraiment. Laisse ta foi éclore en toi et se répandre dans chacun de tes membres ; si tu es prêt à ce sacrifice pour conserver ton mage, fais-en le serment. »

Aucun mot n’est plus nécessaire. De sa mémoire, Ferveur tire tout ce qui est Tristan. Ses rires et ses larmes, sa force et ses doutes, sa fierté et sa détermination, ses faiblesses et ses hésitation ; et ce soleil rouge qui bat en lui comme un deuxième cœur. Le veut-il ? Oui. Est-il prêt ? Certes pas, mais cela ne l’empêchera pas d’essayer.

Et la douleur vient. Affreuse, intense, hideuse – la douleur ravage ses veines, tandis que l’Hiver agonise et disparaît. Il convulse, le dragon, violemment, tandis que le Saphir soudain suinte de ses écailles, qui commencent à tomber l’une après l’autre, dans un flot de sang. Les deux dragons observent leur congénère se tordre de douleur, et lorsque le marquis s’en revient, alerté sûrement par tout ce bruit, c’est Alaïs qui s’est rapprochée entre-temps et s’interpose. « Attends. C’est nécessaire. »

Peu à peu, Ferveur cesse de remuer, et le dragon solitaire quitte le flanc de Stellaire pour s’approcher, le poussant doucement du museau pour tester ses réactions. « Il a échoué. Il n’avait pas la force – le Sang est trop faible, je le craignais, nous sommes maudits au-delà de toute rédemption… » « Aie foi. Tu étais le plus grand des grands, Sage, mon ami, et je suis tout aussi savant que toi : les humains ne cessent de me surprendre pourtant. Regarde. »

Tristan a échappé aux mains de Carmine. Il s’est agenouillé dans la mare de sang, sans prêter attention aux écailles qui blessent ses membres : avec une frénésie repoussant la panique, aiguillonné par l’horreur et la détresse, il tente désespérément de mobiliser une magie qui l’a déserté quand son choix a été fait. Las ! Il est parti, l’Hiver guérisseur, et ne pourra plus sauver Ferveur ! Mais la magie s’éveille, dans un flamboiement d’écarlate qui embrase ses prunelles, un anneau de rubis étincelant s’en vient cercler ses pupilles, déchaînant la puissance brute du Sang qui clame un nouveau réceptacle. Un frémissement sourd agite le corps massif étendu – un soubresaut plus violent ouvre les paupières du dragon, et dans les prunelles reptiliennes luit soudainement la même puissance écarlate. Rejetant la tête en arrière, au bout de son cou puissant, Ferveur rugit – non plus de douleur, mais d’une joie primitive et sauvage. Une onde parcourt son corps mutilé, recouvrant ses membres d’écailles nouvelles et solides – des écailles de lune et d’étoiles, des écailles… d’argent.

Tout aussi d’Argent que Sage. Tout aussi d’Argent que ceux du Vol d’Argent, ces dragons privés de magie car privés de Sang – ces dragons abandonnés, délaissés et décriés. Ces dragons nés argentés mais sans vocation, ces dragons relégués à l’Académie depuis la disparition des Chevaucheurs affiliés au Sang.

Des Chevaucheurs comme Tristan.

Le rire mental de Ferveur est une cascade de puissance et de certitude qui déferle dans l’esprit du marquis. Conscience contre conscience, d’âme à âme, voilà le lien ressoudé, voilà l’engagement renoué, bien plus fort qu’avant – voilà les deux premiers d’un ordre ressuscité, forgés dans le sang d’un sacrifice insensé, nourris de foi et de serments.

Les laissant à leurs retrouvailles, les trois acteurs de cette naissance inespérée prennent poliment congé. A pas lents, Carmine s’en va retrouver l’Outremarcheuse qui l’a menée jusqu’aux terres d’Amar ; Stellaire et Sage reprennent la route de Lorgol, l’un vers son Roi Blanc tout secoué encore d’avoir failli perdre la mère de son enfant, l’autre vers les derniers dragons d’Argent survivants de l’Académie auxquels il doit à présent raconter ce qui s’est passé.

Chantez, poètes et ménestrels,
Soyez témoins, portez la nouvelle ;
Aussi sombres et funestes soient ces temps,
Ils rendent à Arven ses Chevaucheurs d’Argent...





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Message Sujet: Re: Pour qui sonne le glas   Lun 5 Juin - 18:42

Les larmes coulent, des larmes qu’il est impossible d’arrêter pour Tristan, dont le cœur semble saigner, non de ce Sang auquel il s’est voué, mais de celui qui lui permet de vivre, sans Ferveur. Sans ce lien qui s’étiole davantage encore, disparaît même, alors que le dragon s’envole, et il est bien impuissant face à la détresse qui l’assaillit soudainement, qui le fait tituber puis chuter, sans tenter de se rattraper. Que peut-il faire, sinon crier à Ferveur de revenir, hurler de douleur comme le dragon, dont le hurlement est agrémenté de ces flammes qui pourraient tout ravager. Qui pourraient détruire Amar, détruire Tristan, pour l’offense qui lui est faite. Le lien n’est pas encore entièrement brisé, la douleur est bien réelle, mais ce n’est rien comparé à la disparition de ce dernier, abrupte, soudaine, qui achève de réduire à néant les efforts du mage pour se relever. Il est collé au sol, et ne peut quitter ce contact pourtant désagréable, les sanglots parcourant son corps ne cessant pas, la détresse l’assaillant tout entier, le privant de toute force qu’il pourrait avoir.

Il est inconscient, oh, si inconscient, des silhouettes qui se sont approchés, de leurs échanges, ainsi agenouillés sur le seuil de la demeure dans laquelle il aurait voulu entrer d’un pas décidé, comme s’il n’était pas déchiré par cette décision. Comme si elle ne le brisait pas. Seule la douleur se rappelle à lui, seule le manque, le manque de cet être qui faisait partie de lui, et qu’il ne verra plus jamais. Seule l’horreur de ce à quoi il doit faire face, maintenant. Seul, lui-même, seul comme il ne l’a plus été depuis tellement longtemps qu’il peine à ce souvenir des ces années qui lui semblent dépourvues de bonheur et bien fades, comparés à toutes celles qu’ils ont partagée. Les larmes creusent des sillons sur ses joues, inondant la chemise qu’il porte, le faisant suffoquer. Il ne perçoit plus rien, que ce vide béant, pas même ces battements d’aile pourtant puissants, cette possible menace qui pourrait lui ôter la vie, en un instant. Rien, non, absolument rien ne compte, sinon ce deuil qu’il doit faire, et qu’il ne pensait pas connaître un jour. Un Chevaucheur ne doit pas se séparer de son dragon ou lui survivre. Jamais. C’est contrenature, et il frissonne, il délire, il est presque fiévreux de ce geste qu’il vient de commettre. Il s’est arraché les ailes qui lui permettaient de vivre chaque jour, et il va devenir fou, oui, fou, il en est certain. Il va dépérir, sans parvenir à passer de nouveau la porte qui lui fait face.

Il est perdu à tout jamais, et rien d’autre ne lui vient à l’esprit. Rien, si ce n’est ce vacarme qui se fait entendre. S’en prendrait-on à Ferveur ? Il ne sait d’où lui vient cette intuition, mais il sait. Il sait que quelque chose se passe. Il sait que Ferveur a besoin de lui. Et si Alaïs, Carmine, si la femme ne se trouvait pas là… Si elle ne l’arrêtait pas, nul ne sait ce qu’il aurait commis. Aurait-il imploré Lida de reporter l’agonie dont souffrait Ferveur sur lui ? Aurait-il imploré Sithis de prendre sa vie, plutôt que celle de son ami, son confident, de la moitié de son âme ? Assurément. Et cela, la vieille femme le sait. Est-ce les mille ans d’exil qu’elle a subis qui lui ont apporté cette sagesse, ou bien est-ce la sagesse d’Alaïs de Sombreflamme ? Est-ce les deux ? Le jeune mage, parfois impulsif, parfois réfléchi, ne saurait le dire, mais elle le somme d’attendre, et c’est bien par respect qu’il le fait, alors que tout son être lui crie d’accompagner le dragon dans ces derniers instants, d’apaiser son départ. De dépérir avec lui, peut-être.

Tant qu’il s’agitait, il pouvait rester là. Il pouvait, oui, attendre. Mais le voir s’affaler brutalement, ne plus faire le moindre mouvement… Simplement rester immobile, c’est trop pour lui. Il chute, encore, et se relève pour mieux courir vers cet être qui a perdu la vie pour lui. Il ne sait le sacrifice qu’il a fait, il ne le comprend pas, mais il ne peut détourner le regard de ce corps sans vie, il n’en a pas le droit. Il ne peut pas fuir la vision d’horreur que sont ses écailles, déchaussées du corps autrefois si beau. Il s’assied aux côtés du dragon et hurle à en perdre la voix, pleure plus encore si cela est possible. Sa détresse est sans fin, et il jurerait qu’il perd petit à petit la vie. Il ne sent pas cette magie qui l’appelle, encore moins celle qui répond, à laquelle il est si peu habitué. Il ne sent rien, sinon sa culpabilité, et sa honte. Il est inconsciemment de ce qu’il se passe autour de lui, il ne réalise pas que le corps qu’il croyait mort réagit, jusqu’à ce qu’il soit bousculé, repoussé sur le sol. Jusqu’à ce que le dragon se relève, ouvre les yeux, des yeux faisant écho à ceux du mage. Jusqu’à ce qu’un rugissement s’élève, signe de renouveau, et non de la fin qui anéantissait toute volonté en Tristan. Il se relève aussi, le mage, plus mesuré que ce dragon, émerveillé par ces écailles, émerveillé par cette lune qui se réflète sur elles, leur donnant l’impression de scintiller, de refléter les étoiles, de briller d’une lueur douce, similaire à celle de la lune. Il ne comprend pas, mais ce rire, cette puissance, qu’il sent dans son esprit… Ce lien restauré, et cent fois, mille fois plus puissant… Plus rien n’importe, ni ce dragon d’Argent qu’il a eu la chance de voir, ni ce dragon d’Or, ni Carmine, à qui il doit tout cela.

Non, plus rien n’importe sinon Ferveur et lui. Plus rien n’existe, sinon eux. Sinon l’air qu’il ressent, alors qu’ils s’envolent, à la lueur de la nuit.

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