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 Un rayon de soleil qui perce les nuages

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Message Sujet: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Dim 5 Juin - 0:54


Livre I, Chapitre 4 • L'Ordalie de Diamant
Agnès d’Aurebois & Melinda Orlemiel

Un rayon de soleil qui perce les nuages

Envoie-moi un ange gardien



• Date : le 22 mai 1001
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Melinda, d’humeur morose, s’inquiète à haute voix du sort que lui réserve l’Académie. Agnès, ancienne élève, se met en tête de la rassurer…


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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Dim 5 Juin - 0:59

Une douleur à la jambe, quand on avait comme plan de visiter Lorgol, ce n’était jamais bon.

J’avais vécu bien pire dans mon enfance, évidemment. Même si mon frère s’acharnait à me protéger et qu’il avait limité les dégâts causés par mon imprudence et ma distraction, j’avais vécu de nombreux moments de douleur et de souffrance. Membres cassés, entorses, hématomes, vilaines contusions, douleurs inexpliquées, empoisonnement alimentaire… J’avais subi nombre de traumatismes de ce genre. Pourtant, jamais ils ne m’avaient autant affectée émotionnellement. D’habitude, j’avais toujours quelqu’un à ennuyer, un plan qui ne demandait pas une trop grande utilisation de mon membre blessé, une chose intéressante à laquelle penser.

Ici, à Lorgol, je n’avais rien. Il était vrai que je pouvais observer le même bâtiment durant des heures, jusqu’à apprendre par cœur la moindre de ses fissures, mais ce n’était pas une activité que j’estimais intéressante. De trop nombreux inconnus restaient à découvrir, mais ils passaient comme des ombres, et je ne voyais jamais d’eux qu’une silhouette floue qui disparaissait bien vite à l’horizon. Mes sujets de réflexion restaient plutôt moroses : ma famille que j’avais laissé en Outrevent, mes entretiens d’entrée à l’Académie – dont j’ignorais à peu près tout – et ce qui m’attendait une fois devenue élève. Je n’avais jamais été du genre à me soumettre à un règlement sans sourciller, et j’adorais les bêtises aux conséquences plus ou moins graves. Ce n’était probablement pas un comportement que l’illustre Académie de Magie et de Savoir accepterait de bonne grâce.

Quatre jours plus tôt, je m’étais tordue la cheville entre deux rues de la ville basse, et depuis j’errai comme une âme en peine, m’asseyant dès que la douleur devenait insupportable, et m’installant absolument n’importe où. Cette fois-ci, le hasard avait choisi de poser mon séant au beau milieu d'une rue de la ville haute, où tous les passants me regardaient avec circonspection. Les sourcils froncés, les dents serrées, j’essayai d’éloigner de mon esprit toute pensée qui m’approcherait dangereusement trop près de la tristesse, la morosité et la dépression. Malheureusement, aujourd’hui, comme attirée par ma douleur et mon découragement, ce genre de pensées semblaient s’accrocher à moi comme une moule à un rocher.

— Tu as été stupide, Melinda ! m’accusai-je sans préambule, surprenant par mon ton véhément quelques-uns des passants qui circulaient. Idiote. Inconséquente. Irréfléchie. Irresponsable. Incapable.

Je soupirai profondément. Ma mère avait toujours tendance à dire que malgré l’indépendance que je me targuais de posséder, j’étais encore bien dépendante d’elle. Jusqu’à présent, je n’avais jamais eu l’occasion de le voir comme en cet instant. J’aurais voulu rentrer à la maison, m’asseoir à la table du dîner et déguster mon repas comme si de rien n’était, badinant gentiment avec mes parents, qui se désoleraient juste ce qu’il fallait sur mon comportement puéril de la journée et me couvriraient de leur amour et de leur présence.

— Ne prétends pas que tu voulais essayer de prendre tes décisions par toi-même. Tu es incapable de prendre une décision constructive. C’était juste une des autres bêtises dont tu as le secret et pour une fois – oh, surprise ! – cette bêtise a des conséquences graves. Qu’est-ce que tu as prévu de faire si tu es refusée ? Et une fois à l’Académie ? Qu’est-ce que tu feras ? Suivre tes années d’étude comme une petite fille sage ?

Je pris ma tête entre mes mains, posai les coudes sur les genoux et fixai le vide, emplie d’une soudaine tristesse, et d’un terrible sentiment d’impuissance. Je ne pouvais rien faire pour accélérer les choses, et il me restait encore un peu moins d’un mois à attendre. Je pris une profonde inspiration, tremblante, et la relâchai doucement. Je n’étais pas comme ça d’habitude. C’était la faute de cette journée pourrie.

— Bon, plus sérieusement Melinda, qu’est-ce qui ne va pas avec l’Académie ?

J’y réfléchis une fraction de seconde.

— Je ne sais pas ! Le voilà le problème : je ne sais même pas s’il y a un problème. J’ai l’impression d’être incompétente ! Une vingtaine de personnes seulement rentrent là-bas, et moi, eh bien… je ne suis personne. Je viens de nulle part. Je ne connais même pas bien Lorgol. Je vais sans doute me perdre au moins une demi-douzaine de fois. Mes capacités magiques doivent franchement laisser à désirer.

La vérité, c’était que pour une fois un de mes projets ne dépendait pas de mes seuls talents. Il ne me suffirait pas de sourire, d’avoir l’air détendue, ou de lancer une ou deux remarques spirituelles pour rentrer à l’Académie. Il fallait que j’aie un plan. Un plan solide. Inébranlable. Un plan qui me donnerait confiance en l’avenir. Mais je n’avais rien d’autre que des doutes et des éventualités à me mettre sous la dent. Bien peu de choses, en vérité. La tête toujours prise dans l’étau de mes doigts, je gémis.

— Je ne sais pas à quoi ça ressemble. J’ignore ce qu’on attendra de moi, là-bas. Je ne sais pas si je vais devoir prononcer quelque promesse que je ne pourrais pas tenir. Je m’en suis toujours bien sortie jusqu’à présent mais… je n’étais pas toute seule.

Je frissonnai. Soupirai de nouveau. Refermai mes bras sur moi comme pour me réchauffer d’un froid qui, je le savais pertinemment, ne venait même pas de l’extérieur.

— O, Académie, qu’attends-tu de moi ? Si seulement tu pouvais répondre à cette question, m’envoyer un signe, un ange gardien, je sais pas moi, quelque chose pour me soutenir…

Sachant pertinemment que l’Académie n’allait pas me répondre d’une voix d’outre-tombe, je décidai d’abandonner et entreprit de réfléchir à l’éventuelle possibilité de me relever.

Je grimaçai lorsque je compris que mon pied n’en ferait qu’à sa tête.

Me relever, sans problème.

Mais plus tard.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Lun 6 Juin - 22:18

Voilà plusieurs jours qu'Agnès se trouvait à Lorgol. Elle avait assisté au départ des Vivenefs envoyées à la poursuite des pirates ayant razziés les côtes. Elle espérait que les membres de cette expédition parviendront à leur but. D'ailleurs ce fut à cette occasion qu'elle avait rencontré Neve, chevaucheur de son état, et qu'elle avait sympathisé avec lui. De plus, elle avait appris que certains chevaucheurs de Lagrance prenaient part à l'aventure. Autant d'ancrage si elle souhaitait user de l'outrevision pour garder un œil sur cette expédition d'envergure.

Pour l'heure, la jeune femme avait quitté l'auberge où elle était sortie pour effectuer quelques achats. Vêtue d'une robe rappelant les couleurs automnales, une petite bourse attachée au côté, Agnès s'était rendue dans les commerces locaux pour acheter quelques matériels qui lui manquait. Elle était sur le chemin du retour lorsque Mara s'éloigna sans prévenir.

*Mara !*  
*Femme tourmentée parlant de l'Académie, on doit pouvoir aider ?*

Agnès finit par retrouver la petite loutre assise devant une jeune femme. Venant d'arriver, elle capta les dernières paroles de la demoiselle qui semblait en proie à de profondes interrogations. Surtout pour parler toute seule ainsi dans la rue, attirant des regards curieux de la part des passants.

- Vous souhaitez intégrer l'Académie ?

Agnès se tenait debout devant l'inconnue, dans une posture d'attente et intriguée tout autant que Mara qui reniflait les pieds de la potentielle élève. Ayant terminé son cursus, la mage pouvait la renseigner si les questions étaient de son ressort.

Elle observa son interlocutrice qui devait avoir à peu près son âge. L'Académie était ouverte à tous, bien qu'il était plus courant de voir des jeunes gens intégrer ses rangs.

- Vous avez encore quelques semaines à patienter avant la rentrée et l'entretien obligatoire. Agnès posa un regard interrogatif sur l'inconnue et se rendit compte qu'elle ne s'était pas présentée. Pardonnez mon impolitesse, je m'appelle Agnès et voici Mara, dit-elle en désignant la loutre.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Mar 7 Juin - 22:58

Il y avait peu de choses capables de me surprendre encore.

Depuis que j’étais toute petite, j’étais fermement convaincue que « l’improbable » n’était qu’une limite que l’homme se mettait pour éviter d’avoir à prendre  ses responsabilités et à faire des efforts. J’avais lutté pour prouver que l’impossible était tout à fait acceptable. Dès mon arrivée à Lorgol, j’avais encore élargi le sens de ce mot. La ville aux Mille Tours avait le don de se montrer encore plus douée que moi dans l’art de surprendre, et ce n’était pas peu dire. Pourtant, jamais je n’aurais cru rencontrer une loutre en pleine rue. Et pourtant, celle-ci se dressait, là, juste devant moi, à me regarder de ses petits yeux noirs, comme si elle attendait quelque chose de particulier de ma part. Je lui lançai un regard meurtrier. Encore une qui attendait de moi des choses dont j’ignorais tout !

La voix me fit sursauter, et je crus durant une fraction de seconde que la loutre me parlait. C’était assez ridicule, toutefois, pour que j’aie le réflexe de lever les yeux. Bon réflexe, s’il en était, puisqu’il m’évita de devoir, par méprise, partager une conversation avec un animal, alors que ma véritable interlocutrice était une femme en chair et en os. Elle avait de longs cheveux dorés. Un visage assez pâle, mais qui inspirait plutôt confiance. Je la regardai avec perplexité durant quelques instants, avant de réfléchir à sa question.

Est-ce que je souhaitais intégrer l’Académie ? A vrai dire, je ne le savais pas moi-même. Comme bien souvent avec les défis que je me lançais, c’était plus par habitude que par envie. Bien entendu, j’avais toujours la satisfaction de la victoire – qui ne serait pas fier d’avoir accompli l’impossible ? – mais est-ce que, parmi tous les rêves que j’avais déjà réalisés, je m’étais intéressé aux miens ? A ceux susceptibles de faire vibrer mon cœur et mon âme, de m’animer de l’intérieur, de me convaincre jusqu’aux tréfonds de mon être ? A ceux susceptibles, enfin, de me rendre heureuse à leur réalisation au lieu de me plonger dans un abîme de perplexité quant à l’inutilité de mon existence ?

Elle me souligna qu’il me restait encore plusieurs semaines avant la rentrée, ce dont j’étais bien évidemment consciente. Mon pied blessé ne cessait de me rappeler que, si mon état empirait, je devrais passer autant de temps à ne rien faire. Et, bien entendu, si j’étais arrivée si tôt à Lorgol, c’était tout simplement parce que dans ma grande intelligence, je n’avais même pas pris garde aux périodes auxquelles se déroulaient les entretiens d’entrée à l’Académie. De toute façon, je n’avais aucune notion des distances, et je n’aurais probablement pas su quand partir pour arriver à temps. En fait, ce n’était presque pas une mauvaise chose que je sois arrivée un mois et demi trop tôt. Presque pas.

L’inconnue me demanda alors de pardonner son impolitesse – et j’ignorais, à vrai dire, ce qu’elle avait voulu dire par là, parce que je ne voyais pas vraiment signe dans son attitude ou ses paroles d’une quelconque marque de grossièreté – et se présenta. Elle se nommait donc Agnès. Un joli nom, Agnès. Il semblait doux, tout d’abord, mais se dotait d’une force étrange, d’une stabilité rassurante, d’une sorte de sagesse venue d’on ne savait trop où. Elle présenta la loutre – sa loutre, donc – comme étant Mara. Mara, comme la mer, l’océan tantôt calme, tantôt en fureur, mais aussi comme la mère protectrice, douce et présente. Difficile de connaitre assez bien une loutre pour déterminer laquelle de ces deux hypothèses s’approchaient le plus de la vérité. Peut-être les deux.

— Oui, je suppose que je souhaite entrer à l’Académie, murmurai-je finalement d’une voix lente, avant de reprendre mes esprits – et mon animation habituelle. Je patiente depuis un mois maintenant, mais je suis prête à tout pour y aller. Je suis venue à pied depuis Outrevent pour devenir mage alors que je n’avais jamais quitté ma maison jusqu’alors. J’ai découvert Lorgol par moi-même, et je me débrouille depuis trois mois sans la moindre aide de la part de mes parents. Alors oui, avec tous ce que j’ai fait, je dois être plutôt motivée pour intégrer l’Académie.

Je dois. Comme une possibilité. Ou une obligation. Ma motivation s’était à peu près évaporée dans un mélange d’ennui et d’inquiétude. Et aussi parce qu’il s’agissait d’un de ces rares jours où je m’apercevais de la pauvreté de mon existence. Je lançai pourtant un large sourire à Agnès.

— L’impolitesse est toute pardonnée, je ne l’ai même pas remarquée tant j’étais occupée à cet intéressant échange de regards avec Mara.

Je saluai la dénommée Mara de la main, un large sourire aux lèvres. Ayant passé la moitié de ma vie à discourir avec des abeilles, je savais que les échanges avec les animaux pouvaient s’avérer bien plus instructifs – et bien moins complexes – que ceux que je partageais avec les êtres-humains. Je levai pourtant un regard affable sur Agnès, songeant qu’il ne serait pas fort poli de garder le silence sur mon identité.

— Moi, c’est Melinda. Je tiens à vous dire que vous avez de très beaux noms, autant vous que Mara. Cette loutre est adorable, d’ailleurs.

J’aurais probablement pu discourir des heures sur le sujet, si j’avais été dans mon état normal. Mais, en l’occurrence, je n’étais pas dans mon état normal, et je me contentai de pousser un soupir un peu déprimé. Je détestais déprimer. Il n’y avait pas pire que de sentir son esprit se perdre lui-même dans un labyrinthe d’extrapolations insensées. Je penchai la tête sur le côté, peu encline à la patience.

— Est-ce que vous venez vous moquer de la pauvre fille assise en travers de la route ? Ou est-ce que vous êtes là simplement par pitié, pour m’éviter de parler toute seule ? Dans les deux cas, vous pouvez repartir. Je ne suis pas sensible à la moquerie, et vous resterez à mes côtés jusqu’à la fin de mes jours si vous attendez que j’apprenne à garder mes pensées pour moi.

Je soupirai. Oui, décidément, je me détestais quand j’étais dans cet état.

— Je ne suis pas intéressante. Comme des milliers d’autres, je fais partie de ceux qui ne sont jamais certains de ce que l’avenir leur réserve et qui nous trouveront jamais le bonheur.

Je jetai un coup d’œil à la loutre, et mon regard s’adoucit aussitôt.

— Mais j’espère que vous et votre loutre parviendrez à le trouver dans un coin. A deux, c’est toujours plus facile.

Quand j’avais mon frère à mes côtés, j’aurais pu, effectivement, essayer d’atteindre le bonheur. A présent, je voyais plutôt ça comme un de ces « vrais » impossibles, comme voler en sautant d’un arbre ou me changer en fumée par la simple force de ma pensée.

La solitude était un peu comme une bombe face au bonheur.

Une fois qu’on était un peu heureux, elle explosait.

Et réduisait tout en poussière.

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Les Mages
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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Dim 12 Juin - 22:33

L'intervention d'Agnès sembla laisser son interlocutrice perplexe. D'ailleurs sa réponse sembla manquer de conviction quant à son entrée à l'Académie. Après Agnès pouvait comprendre que cela représentait un changement dans une existence, un nouveau pan où l'apprentissage était de mise soit dans la domaine de la magie soit dans celui du savoir. Mais la première hésitation perçut céda rapidement la place à l'entrain. Et son interlocutrice se fit bavarde. D'ailleurs, Agnès apprit ainsi que la demoiselle venait d'Outrevent et voulait devenir mage. De plus, les circonstances de sa venue et la débrouillardise qu'elle mentionna confirmaient sa détermination, bien que le choix des mots laissait la place au doute.

Agnès considérait impoli de ne pas se présenter, fait qu'elle avait rectifié après avoir engagé la conversation avec son interlocutrice. La jeune femme répondit au sourire qui lui était adressé et hocha la tête à la mention de Mara. La petite loutre faisait toujours son effet auprès de gens qu'elle rencontrait. Elle pouvait se montrer très expressive et elle émit un petit couinement en réponse au salut de Melinda.

- Merci Melinda. Oui Mara peut être adorable, quand elle le veut, précisa-t-elle avec un sourire indulgent, qui fana devant le changement de ton de la demoiselle. Agnès fronça légèrement les sourcils, considérant qu'elle n'avait rien fait pour mériter un tel revirement. Une moue contrariée se dessina et son ton se fit un peu moins conciliant. Loin de moi l'idée de me moquer ou de faire preuve de pitié et si c'était le cas, je n'aurai pas aborder le sujet de l'Académie. Je me serai contenter de vous houspiller et de passer mon chemin.

Agnès était prête à faire demi-tour et rentrer à l'auberge. Mais les soupirs lâchés par Melinda la firent hésiter. Cette dernière paraissait déprimée, un état d'esprit qui pouvait expliquer l'amertume de ses dires.

- Personne n'a connaissance de son avenir. Certains peuvent le croire car leur route semble tracée mais rien n'est définitif. Quant au bonheur, c'est une notion bien vague et subjective qu'il ne faut pas rejeter sous prétexte ne pas faire partie des heureux élus. Certes, l'intérêt d'une personne varie suivant ses interlocuteurs, mais chacun en présente pour quelqu'un.

Que Mara et elle-même trouve le bonheur ? Agnès se fit pensive car elle savait que son statut social avait certaines contraintes. Être noble permettait d'accéder à une richesse matérielle, à des sphères élevées, au pouvoir mais en contrepartie les intérêts prenaient souvent le pas sur les sentiments, voire sur l'humanité. Agnès savait que ses parents n'oubliaient pas qu'un jour elle devra se marier et elle ne doutait pas qu'ils regardaient les partis intéressants, comme ils l'avaient fait pour Adélaïde.

- Possible... lâcha-t-elle suite à la remarque de Melinda qui s'apitoyait sur son sort. Mais ce n'est pas en restant assise que vous le trouverez, encore moins si vous vous laissez paralyser par l'indécision. Vous avez fait le chemin depuis Outrevent, un voyage conséquent pour intégrer l'Académie. Un effort réduit à néant si vous ne menez pas à bien votre projet. Agnès laissa le silence planer pendant quelques instants. Après les places sont restreintes, mais qui ne tente n'a rien.

Chacun avait ses chances pour rejoindre l'Académie, aucune faveur n'était accordée en fonction du rang des élèves, seule leur motivation et les réponses qu'ils donnaient lors de l'entretien étaient déterminantes. Penchant légèrement la tête, Agnès détailla Melinda. Ses habits laissaient entrevoir une origine modeste, mais la mage ne s'arrêtait pas à ce genre de considération.

- Quelle est votre Saison ?

En dépit des paroles de Melinda, Agnès restait curieuse d'en savoir un peu plus. Et puis Mara ne semblait pas presser de quitter les lieux.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Lun 13 Juin - 22:32

Influençable.

Si je devais trouver un mot qui décrivait toute l’humanité, celui-là serait certainement le plus approprié. J’avais l’habitude de l’expérimenter lorsque ma franchise venait entailler le masque imperturbable que certaines personnes se targuaient de porter. Or, une nouvelle fois, Agnès me prouvait cette constatation pourtant simple. Elle esquissa un sourire lorsque je la couvris de compliments, elle et Mara, avant de s’assombrir dès que je laissai entendre qu’elle n’était venue me parler que par pitié ou moquerie. D’un ton un peu plus dur – avec cette force étrange que j’avais perçue dans son prénom – elle m’assena qu’elle ne m’aurait certainement pas parlé de l’Académie si telles avaient été ses intentions. Etrangement, je la croyais. Elle avait parlé de l’Académie avec respect. Peut-être en faisait-elle partie ? Ou y était-elle affiliée de quelque façon que ce soit ? Etait-elle le fameux signe que j’avais demandé dans mon long monologue d’angoisse et de désespoir ? Toujours était-il que mes propos l’avaient vexée.

Je haussai les épaules, surtout parce que je n’avais pas les mots pour m’excuser. J’étais souvent franche, et mes paroles vexaient la plupart du temps. Je ne regrettais pas vraiment mes actes. Généralement, même quand je ne voulais pas blesser mon interlocuteur, il arrivait qu’il se braque, et je considérais qu’il était inutile et injuste que je tente de me faire pardonner pour un acte parfaitement justifié. Or, il était tout à fait logique de songer qu’Agnès ne me parlait que par pitié et par moquerie. La bonté désintéressée ne faisait pas partie de ce bas-monde. Or, cette femme n’avait aucune raison de s’intéresser à la pauvre fille assise en travers de la route, qui se plaignait sur son sort comme si sa vie était malheureuse. Alors qu’au fond, je ne pouvais guère être mécontente du cours pris par mon existence.

Haïssant cette déprime passagère qui me faisait dire et penser des choses bien trop défaitistes, je soupirai et déblatérai quelques banalités sur l’avenir incertain et le bonheur introuvable. Bizarrement, au lieu de fuir chercher un endroit plus calme, Agnès déclara que nul n’avait conscience de son avenir, même si certains voyaient leur route toute tracée. Elle ajouta que le bonheur était une notion vague et subjective, et n’était pas destiné à quelques heureux élus – heureux, c’était le cas de le dire ! Puis elle souligna que nous avions tous de l’intérêt aux yeux de quelqu’un. Je haussai les épaules, pas fort convaincue.

— Le bonheur, c’est comme un château de sable. On le construit, patiemment, avec douceur et amour. Et puis… au bout d’un moment, une vague le balaye. Elle emporte avec elle tout ce que nous aimons et ne laisse, une fois repartie, qu’un monticule de sable informe, murmurai-je, fataliste. Et sans aide, c’est si… décourageant de reconstruire. C’est comme si tous nos efforts passés n’avaient, au fond, servi à rien.

Ma vague à moi avait été d’eau et de sel. Elle avait emporté mon frère et mon bonheur. Elle m’avait rendue… sensiblement différente. A deux doigts, au fond, de sombrer dans les abysses du désespoir. Je soupirai de nouveau, brûlant de l’envie de mourir sur place. Brûlant de l’envie de prendre ma tête entre mes mains et la taper contre le sol jusqu’à chasser ces pensées morbides. Brûlant de l’envie de me gifler pour ces conneries qui envahissaient mon esprit comme de la mauvaise herbe. Brûlant de l’envie… d’éradiquer en moi toute possibilité de désespoir.

Je leur souhaitai alors de trouver le bonheur, à eux deux, pour qu’au moins une personne en ce monde puisse s’avouer heureux. Agnès m’assena brutalement que ce n’était pas en restant assise par terre comme je le faisais, ou en laissant l’indécision me paralyser que j’allais trouver ce bonheur que je pensais inaccessible. Tous mes efforts, effectivement, n’auraient servi à rien si je venais à abandonner l’idée d’aller à l’Académie. Et mes parents… mes parents perdraient toute confiance en moi. Ils me regarderaient avec cette expression moqueuse. « On a enfin trouvé quelque chose que notre petite Melinda a décrété impossible ! » Cette histoire me suivrait jusqu’à la fin de mes jours. Hors-de-question que je laisse une chose pareille se produire.

En fait, si les paroles d’Agnès me frappèrent ce fut surtout parce que je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un me les adresserait un jour. Moi, j’étais celle qui ne désespérait pas. Optimiste par excellence, je voyais toujours le bon côté des choses. Le « malheur », les « risques », l’«impossible » étaient des notions qui me paraissaient étrangères ! Je ne pouvais pas les laisser me miner comme si elles avaient soudain acquis de l’importance. Un nombre de places restreint ? Et alors ? Moi, je n’étais pas n’importe qui. J’étais Melinda Orlemiel, et j’étais capable de tant de choses que moi-même, parfois, j’en étais impressionnée. Avec de la volonté, de la détermination et du courage, je pouvais tout faire.

Enfin… si mon courage ne se décidait pas de nouveau à partir à tire-d’aile.

— Merci beaucoup, Agnès, murmurai-je avec un léger sourire. Je crois que j’avais besoin d’entendre ces mots. Je ne suis pas comme ça d’habitude mais… la vie étant ce qu’elle est, elle nous plaque parfois tous nos problèmes aux visages, et tous ensemble, emmêlés comme les fils d’une toile d’araignée, ils semblent soudain insurmontables, ces problèmes.

Mon sourire s’élargit.

— Mais vous m’avez rappelé qu’ils n’étaient, au fond, qu’une vague illusion de notre propre esprit un peu trop attaché à la douleur. Sachez que je me considère désormais comme redevable envers vous. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, j’essayerai de vous aider. Dans la mesure de mes moyens, bien sûr. Ce qui ne signifie pas grand-chose.

Je n’étais pas haut-placée, je n’avais pas beaucoup d’argent, et je n’étais pas douée dans de nombreux domaines. Mon seul atout, à vrai dire, était mon obstination à toute épreuve, et je ne considérais pas vraiment ça comme une qualité. Du moins, pas en toutes circonstances. Par conséquent, je doutais d’être d’une quelconque utilité à cette femme. Toutefois… je prenais cette promesse très au sérieux, et si à l’avenir elle avait besoin d’aide, elle pourrait compter sur moi. C’était, à mes yeux, l’essentiel.

Enfin, Agnès me demanda quelle était ma Saison. Un léger sourire étira mes lèvres. Je n’étais pas encore vraiment accoutumée à le dire. Lorsque j’avais découvert que j’étais mage, j’étais plutôt occupée par l’idée que mon frère venait de mourir, et j’avais simplement envie de profiter de la vie au lieu de m’alourdir d’une responsabilité supplémentaire en me rendant à l’Académie. Durant dix ans, c’était un fait que j’avais passé sous silence, même s’il était resté en lisière de ma conscience. Mais à présent… à présent, j’allais effectivement devoir m’accoutumer à le dire.

— Je suis mage de l’Hiver, murmurai-je avec un léger sourire, goûtant à la saveur des mots entre mes lèvres. Je vous avoue que ce n’est pas ma saison préférée, l’hiver. Tout devient si triste et froid… Enfin, ça n’a pas beaucoup d’importance, je suppose, concernant la magie.

Soudain curieuse, je plissai les yeux, observant attentivement Agnès.

— Il y a quelques minutes, vous avez parlé de l’Académie avec une forme de respect… Vous y êtes affiliée d’une quelconque façon ? Ce serait un heureux hasard, à vrai dire, si tel était le cas. Je cherchais justement… je ne sais pas… quelqu’un capable de me rassurer.

J’eus une moue mi-figue mi-raisin.

— Je ne doute pas de mes choix, d’habitude, mais l’Académie va engager cinq ans de ma vie et… je ne suis pas certaine d’être faite pour ça. Je ne suis pas sûre que ce soit vraiment mon choix à moi. Que j’en aie vraiment envie, je veux dire.

Je secouai la tête en ricanant.

— J’ai même du mal, parfois, à me rappeler de quelle Saison je suis.

Je pris une profonde inspiration en resserrant les bras autour de moi comme pour rassembler les morceaux brisés de mon être, pour pouvoir enfin le comprendre. Pour pouvoir enfin me comprendre moi-même.

— Je n’ai pas le sentiment d’être Mage au plus profond de moi.

J’eus un rire amer.

— En fait je n’ai pas le sentiment d’être grand-chose.

Je m’ébrouai, surprise en mon for intérieur de m’être confiée autant et, avant qu’Agnès ait pu ajouter quoi que ce soit, avant qu’elle ait eu le temps de critiquer cette parcelle d’âme que jamais je n’aurais dû montrer, je pris appui sur mes mains pour me relever, ignorant volontairement mon pied blessé. De nouveau, un léger sourire étirait mes traits.

— N’écoutez pas ce que je dis, il arrive souvent à mes pensées de dériver. Je suis désolée si je vous ai ennuyée, c’est une mauvaise habitude que j’ai prise depuis trop longtemps pour pouvoir la perdre.

Je secouai la tête en riant, comme si je plaisantais à propos de ma propre stupidité. En vérité, je voulais juste détourner l’attention du violent apitoiement qui m’avait saisie quelques instants plus tôt et, par la même occasion essayer d’oublier la douleur qui me traversait le pied.

Je n’étais pas souvent triste.

Mais, quand le désespoir me prenait à la gorge, je ne haïssais rien plus que de le montrer à mon entourage.

Moi j’étais forte. Optimiste. Souriante. Le désespoir n’était pas pour les gens comme moi.

Et pourtant…

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Sam 18 Juin - 16:34

Melinda ne semblait pas convaincue par les paroles d’Agnès. Un château de sable… L’image était parlante et plutôt réaliste, car long à construire mais si rapide à détruire. Il fallait chercher le bonheur, le construire, l’entretenir et le moindre dérapage pouvait fragiliser voire anéantir les efforts faits. Agnès pouvait comprendre le désarroi suscité par une telle expérience, sans pour autant prétendre se mettre à la place de son interlocutrice car elle n’avait pas connaissance du passé de la demoiselle.

La mage hocha la tête, Melinda n’avait pas tort en prétendant que la vie n’était pas toujours des plus plaisantes et lorsqu’un problème arrivait, il venait rarement seul. Redevable ? Agnès fut étonnée d’entendre Melinda considérer son intervention et ses remarques comme l’amenant à lui devoir quelque chose.   En tout cas, si cela l’avait aidé à se ressaisir, Agnès était satisfaite et elle fit un petit geste de la main pour minimiser l’importance de ses paroles.

-  Je n’ai pas fait grand-chose, déclara-t-elle. Et je vous remercie pour l’aide proposée.

Agnès avait accepté la dette car Melinda paraissait très sérieuse par rapport à ce point, en dépit de sa condition. Et la jeune lagrane savait respecter ce type d’engagement, qui que soit l’auteur. Puis la conversation se poursuivit sur l’affiliation magique de l’outreventoise. L’Hiver, une saison certes peut agréable lorsqu’il était fait référence au climat, mais qui comptait des domaines magiques fort intéressants.

- Votre Saison comprend des domaines bien plus chaleureux que la froide morsure généralement associée à cette période de l’année. Il serait restrictif voire totalement erroné de faire cette comparaison. Et oui, je connais bien l’Académie vu que j’y ai fait mon cursus de mage. Voilà, elle venait d’informer Melinda de son statut de mage, expliquant par la même occasion pourquoi elle avait rejoint Mara et entamé une discussion avec la jeune femme. Si je peux vous aider sur le sujet, ce serait avec plaisir. Sourire rassurant. Agnès répondra aux questions que se posait Melinda si elle détenait la réponse. C’est un tournant dans une vie que de rejoindre l’Académie mais je ne peux que vous conseiller de suivre ce que vous ressentez. Il ne faut pas que ce soit une obligation, une contrainte même s’il est toujours préférable de contrôler ses pouvoirs.

Ne pas en avoir l’envie, cela risquait de devenir un frein pour son apprentissage, une perte de temps. Ne pas se sentir mage était compréhensible, Agnès avait senti grandir cette appartenance en même temps qu’elle apprenait à utiliser l’outrevision. Chacun appréhendait cet état différemment. Quant au manque d’assurance de Melinda, Agnès se trouvait un peu démunie car cette confidence devait cachée une blessure ou être reliée à un évènement marquant de l’existence de l’indécise. Mais elle n’eut guère l’occasion de rebondir sur ce sujet, Melinda se levant et clôturant cette parenthèse.

-  Vous ne m’avez pas ennuyée, nous avons tous nos moments... d’introspection.  

Ou de faiblesse suivant les personnes, sauf qu’Agnès n’usa pas de ce terme alors que Melinda sortait à peine de son apitoiement.  Inutile de démolir la confiance renaissante.

- Vous séjournez dans quelle partie de la ville ?

Vu que Meilnda avait quitté son siège, peut-être souhaitait-elle rejoindre son lieu de résidence.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Sam 18 Juin - 20:18

Les plus petits gestes pouvaient parfois acquérir une importance démentielle.

Agnès prétendit n’avoir pas fait grand-chose, et pourtant, sa remarque sur mon inaction inutile m’avait permis de me reprendre, et de m’éloigner de cette spirale infernale de pensées morbides et pessimistes. Alors oui, je lui étais redevable, même si elle était convaincue que ce n'était rien. A mes yeux, c’était important, et c’était tout ce qui comptait. Loin de refuser mon aide si librement accordée – ce qui, j’avoue, ne m’aurait sans doute pas fait fort plaisir – elle m’en remercia, bien que j’aie souligné que mes moyens étaient bien maigres, et que, par conséquent, mon aide n’avait pas une grande valeur. Je hochai la tête avec un léger sourire, contente au fond de moi qu’elle accepte ma dette avec autant d’amabilité.

Nous en vînmes à parler de ma Saison, l’Hiver, et je questionnai Agnès sur sa relation avec l’Académie, avant de révéler que je serais ravie qu’elle puisse m’aider, me rassurer, me prouver que mon choix, au fond, n’était pas si mauvais que ça. Elle m’expliqua d’abord qu’il y avait des domaines bien plus chaleureux que les températures hivernales semblaient le vouloir. Comme je le pensais, comparer la Saison de ma magie avec la saison avec un « s » minuscule n’étais absolument pas approprié. Par la même occasion, j’appris qu’Agnès était mage, et une vague de soulagement m’envahit, aussi brutale qu’inattendue.

J’avais demandé à avoir mon ange-gardien, quelqu’un pour me guider et écarter de mon esprit les doutes qui me rongeaient. J’avais demandé un signe, n’importe quoi, même un murmure porté par le vent. J’avais demandé le plus infime indice qui me prouverait que j’avais pris la bonne décision. Et voilà que l’ange-gardien que j’avais demandé apparaissait bel et bien, en chair et en os, sous la forme d’une femme qui avait fait son cursus à l’Académie et qui… Mon regard se posa sur Mara, et un instant, le cours de mes pensées en fut interrompu. Etait-ce le Familier d’Agnès ? Un doux sourire se peignit sur mes traits. Voilà qui expliquait parfaitement la présence d’une loutre dans les rues de Lorgol.

Agnès révéla qu’elle m’aiderait avec plaisir. Elle esquissa un sourire rassurant, et ajouta que rejoindre l’Académie serait un véritable changement dans ma vie, et qu’elle pouvait seulement me conseiller de suivre ce que je ressentais. Je pris une profonde inspiration, consciente que je ne savais pas, au juste, ce que mon cœur essayait de me dire. J’avais parfois l’impression qu’il parlait un langage étrange, et si je sautais toujours avec joie sur le premier défi venu, jamais un seul d’entre eux ne m’avait poussée vers quelque chose qui me plaisait vraiment. L’Académie, c’était un de mes défis parmi tant d'autres. Et une fois que j’y aurais été acceptée, je n’y trouverais peut-être plus le moindre intérêt. A moins que la magie ne soit ce que j’avais toujours été destinée à faire. Mais ce serait relativement étonnant.

Ces réflexions ne cessant de me torturer l’esprit, je déclamai un long plaidoyer sur le fait que je n’étais pas certaine d’être mage, que je n’étais pas sûre d’en avoir envie, que je ne me sentais pas comme ça au plus profond de moi. Consciente que je commençais à m’apitoyer sur mon sort de façon assez dérangeante, je me secouai, me relevai, et m’excusai auprès d’Agnès pour ces quelques instants embarrassants où mon désespoir avait pris le pas sur mon rythme de parole et mon entrain habituel. Je n’avais pas l’habitude d’être triste, et encore moins de montrer que je l’étais. Agnès aurait peu de chances de me voir dans cet état-là une nouvelle fois.

Elle affirma que je ne l’avais pas ennuyée, et qu’il nous arrivait à tous de céder à nos moments d’introspection. J’eus un sourire amusé, malgré la pointe de tristesse qui rôdait toujours en lisière de mes pensées, comme un loup près à se jeter à ma gorge si je faisais mine de baisser ma garde. Personnellement, mon introspection à moi aurait été bien préférable si elle avait eu lieu dans un coin secret de mon esprit au lieu de s’exprimer oralement, à haute et forte voix, devant une inconnue de qui je ne connaissais que le nom – Agnès – et le statut – Mage. D’un autre côté, j’aurais sans doute encore moins apprécié de m’écrouler ainsi devant une de mes connaissances.

Après quoi, comme pour changer de sujet, Agnès me demanda où je séjournais. Un large sourire éclaira aussitôt mon visage. « Où je séjournais » était un lieu assez variable, et me rappelait sans cesse que depuis mon arrivée à Lorgol, j’avais acquis une liberté nouvelle et, pour tout dire, grisante. Rien que pour cette raison, mon voyage d’Outrevent jusqu’ici en avait valu la peine. Bien entendu, mes parents ne m’imposaient pas beaucoup de règles – d’ailleurs, je m’arrangeais pour contourner innocemment les rares qu’il y avait – mais me débrouiller sans eux était un signe d’indépendance qui me remplissait de fierté.

— Oh, vous savez, Lorgol est une si grande ville qu’il aurait été bien dommage que je choisisse de ne séjourner qu’à un seul endroit en un mois de temps. Je suis un peu partout. Pas en même temps, bien sûr – ce qui, pour le coup, serait assez étrange – mais disons que je bouge souvent. Je vais un peu par-ci, un peu par-là, et je déambule partout où mes pas me mènent.

Un sourire amusé se peignit sur mon visage en même temps que se rappelait à moi la raison de cette visite en règle de Lorgol.

— Je vous avouerai qu’en partant de chez moi, je n’avais absolument pas en tête la date des entretiens d’entrée, et je suis arrivée à Lorgol juste assez tôt pour m’aménager une période de découvertes de la ville aux Mille Tours, période assez bienvenue, cela dit.

Je lançai un regard alentours. Oui, je ne regrettais pas d’être partie de chez moi, et encore moins d’être arrivée si tôt à Lorgol. Toutefois… est-ce que j’allais regretter mes choix une fois entrée à l’Académie ? J’aimais bien apprendre, là n’était pas le problème, mais parfois, je me sentais hésitante quant à devenir mage. Quelque chose me soufflait que la magie était une chose sérieuse, et une chose dont je n’aimerais absolument pas acquérir la responsabilité. C’était… un peu à l’exact opposé de l’existence simple que j’avais toujours mené en Outrevent. Mais d’un autre côté, ma vie à Lorgol était un peu contraire à celle que j’avais vécue jusqu’alors. Et pourtant, j’en étais plus que satisfaite.

— J’ai découvert l’indépendance dans un coin de cette ville, Agnès, et je ne suis pas sûre de vouloir la perdre. J’ai l’impression qu’en entrant à l’Académie, ce serait m’enfermer volontairement entre quatre murs jusqu’à la fin de mon apprentissage.

Je laissai mon regard se perdre sur la foule. Chacun d’entre eux était n’importe qui. Et moi, je pouvais encore me fondre parmi eux comme étant n’importe qui, et c’était parce que je n’avais pas la moindre importance que j’avais la plus grande liberté.

— Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai le sentiment que la magie implique des responsabilités, et tant que je continue à ignorer la mienne, c’est comme si je pouvais tout simplement nier mes capacités et rester… n’importe qui. Libre comme l’air, tout simplement.

Je haussai les épaules, ignorant totalement si cette pensée était ridicule ou si elle recelait une part de vérité. Je lançai toutefois un regard interrogateur à Agnès, me demandant si elle pouvait répondre à cette question muette que je lui avais posée. Est-ce que l’Académie – et, a fortiori, la magie – m’empêcheraient d’être libre ?

Cette question, à vrai dire, était au cœur de mes débats intérieurs. Lorgol m’avait donné le goût de la liberté.

L’Académie allait-elle me retirer mon indépendance ?

Ou allait-elle me donner des ailes pour que je puisse effleurer les étoiles ?

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Dim 26 Juin - 19:22

Agnès hocha la tête. Lorgol était une grande ville qui recelait bien des diversités mais aussi des dangers. L'existence des différentes Guildes, celle de la Cour et de le Confrérie, cette coexistence entre magie et science, faisaient de la capitale de cette contrée une ville inédite. Par contre, que Melinda changeait régulièrement de lieu de résidence était plutôt étonnant. Généralement, il était plutôt d'usage de trouver une auberge qui convienne à ses goûts et d'y revenir quand nécessaire pour ensuite rayonner à travers la cité. Après Agnès comprenait qu’on puisse se laisser porter au gré des rues de la ville, il y avait tellement à voir.  La mage laissa son regard parcourir les tours visibles avant de revenir sur Melinda.

- Lorgol est une ville à visiter, il faut en profiter, les cours n’en laissent pas forcément le temps. Quant aux entretiens d’entrée, ils ont lieu à compter de la mi-juin et vu le nombre de candidats, il vaut mieux s’inscrire dès que possible.

Non pas qu’elle ne soit jamais sortie durant son cursus mais toute étude demandait un minimum d’investissement.  En tout cas, Agnès comprenait la crainte de Melinda, avoir goûté à la liberté lui donnait l’impression qu’elle se verrait entraver par ses études. Pourtant, la mage considérait qu’acquérir la maitrise de sa magie était aussi une forme de liberté puisqu’elle permettait de ne plus craindre les frasques d’un pouvoir laissé à l’état brut. D’ailleurs Melinda poursuivit quant au sentiment qui la saisissait devant ce tournant de son existence.

- C’est un choix engageant que de rejoindre l’Académie. Des responsabilités… A moins de vouloir proposer ses services à quelqu’un, apprendre à découvrir et contrôler votre magie vous identifiera certes comme mage, mais rien ne vous empêche après vos études de faire ce que vous voulez de votre vie. Je pense plutôt que la maitrise de sa magie est une forme de liberté contrairement à une magie en friche qui s’exprimera à notre détriment.

La Guilde des mages gardait un œil vigilant sur les mages, mais Agnès n’avait pas l’impression de voir sa liberté restreinte. Après elle avait choisi d’offrir ses services à son Duc, donc elle avait des responsabilités vis-à-vis de lui, cependant elle aurait pu simplement rentrer chez elle et vaquer à ses occupations de noble. Mais d’une certaine manière Melinda avait peut-être raison sur le fait que la Guilde pouvait solliciter les compétences de ses mages lorsque cela était nécessaire pour le bien commun. Sauf qu’Agnès préférait encore devoir quelques heures de sa vie à son Duc ou son Impératrice plutôt que d’être victime de sa magie. A Melinda de trouver la voie qu’elle désire suivre.

- Pour moi, l’Académie est un vecteur de liberté, calmant l’angoisse d’un don incontrôlé.

Telle était son opinion. L’heure avançait et l’estomac d’Agnès se rappela à elle par un gargouillement. Un sourire fleurit sur son visage.

- Cela vous dirait-il de poursuivre cette conversation autour d’un bon plat ? Je connais une taverne forte sympathique à quelques rues.

Une proposition que Melinda pouvait très bien décliner.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Lun 27 Juin - 23:53

Il y avait beaucoup à dire sur Lorgol, la Ville aux Mille-Tours, et Agnès semblait d’ailleurs partager mon avis. Elle avoua que les cours ne laissaient pas forcément le temps de jouer les touristes, et ajouta qu’il valait mieux s’inscrire le plus vite possible pour les entretiens d’entrée. Je hochai affirmativement la tête. Dès mon arrivée, j’avais été m’enquérir de ce que je devais faire, et j’avais immédiatement demandé à m’inscrire. Au moins pouvais-je être satisfaite d’avoir accompli quelque chose de bien. La satisfaction était un sentiment qui ne m’effleurait pas souvent, d’ailleurs. Je réussissais, voilà tout. Il n’y avait rien d’autre à dire, et mon succès n’avait jamais rien de surprenant.

— Oh, vous savez, je crois que je ne pourrais pas supporter de « ne pas avoir le temps ». Je trouverais bien quelques instants à consacrer à ignorer mes études pour mieux profiter de Lorgol.

Je me mordis la lèvre, supposant que ce genre de remarques ne m’aiderait pas vraiment à passer pour une élève sérieuse et appliquée. Non pas que j’aie envie de paraitre ce que je n’étais pas au plus profond de moi, mais il était probablement difficile de rentrer à l’Académie, alors que si peu de candidats étaient acceptés, avec une attitude aussi nonchalante. Je déviai alors le sujet sur cette indépendance que j’avais découvert, et que je ne voulais perdre pour rien au monde. Les responsabilités liées à mes études et à mes pouvoirs me terrifiaient, et je préférais agir comme si j’étais aussi banale que n’importe qui.

Agnès admit que l’Académie était un choix engageant, mais que les responsabilités dépendaient des décisions du mage lui-même. Une fois diplômé, un mage était libre de faire ce qu’il voulait de sa vie. En fait, elle affirma même que la magie était une forme de liberté. Je haussai un sourcil sceptique, plutôt dubitative. A vrai dire, la découverte de mes dons s’était faite dans des circonstances plutôt tristes, et je les avais alors considérés comme un obstacle entre moi et ma famille. Je les avais cachés suffisamment longtemps pour en oublier jusqu’à leur existence. Sans doute quelque part au fond de moi moisissait l’idée que la magie était une chose qui se subissait et non dont il fallait profiter. En tous cas, Agnès considérait l’Académie comme un moyen de gagner sa liberté. Je haussai les épaules.

— Je suppose que je le saurai une fois que j’aurais commencé mes études. Pour l’instant, je n’en suis pas certaine. Sans doute est-ce parce que l’indépendance est un grand trésor que j’ai aussi peur de la perdre.

Je secouai la tête. Je n’avais pas peur de beaucoup de choses mais pour une fois, l’inquiétude me rongeait comme un puissant acide, et je ne trouvais aucun moyen de la chasser. Elle rôdait en lisière de ma conscience comme un loup affamé, prête à se jeter sur moi pour me mordre à la gorge et me forcer à poser un genou à terre. Pour tout dire, ce n’était pas une chose dont j’aimais parler, aussi m’efforçai-je de retrouver mon optimiste qui ne cessait de me fuir en cette triste journée.

— Mais peut-être que vous avez raison. Peut-être que devenir mage à part entière va m’offrir plus de libertés que je ne pourrais l’imaginer. Après tout, il n’y aurait sûrement pas tant de candidats si c’était un destin ingrat. A moins que le monde entier ne continue de s’illusionner au sujet de l’Académie.

J’eus un vague geste de la main comme pour chasser cette idée.

— Il ne me reste qu’à demander la protection de Lyncée et espérer que tout se passe bien, m’exclamai-je avec enthousiasme.

Lyncée n’était pas le dieu qui apportait la protection la plus exhaustive, mais je le considérais comme mon guide et mon protecteur depuis que j’avais pris conscience des avantages qu’il y avait à établir des Plans sur la Comète et à les suivre à tout pris – avantages parmi lesquels se trouvait "désespérer son entourage". Par conséquent, quand je cherchais pour un soutien qui n’était pas de ce monde – quand j’avais le sentiment que j’avais fait de mon mieux et qu’il ne me restait plus qu’à espérer – c’était son nom que je murmurais. Je lui accordais autant de confiance que j’en avais donnée à mon frère, et ce n’était pas peu dire.

L’estomac d’Agnès protesta alors contre la faim, et elle laissa un sourire s’épanouir sur son visage. Elle me proposa de me conduire à une taverne des environs. Je n’eus pas à réfléchir longtemps. Mon ange-gardien m’était sympathique, me parlait avec gentillesse, et évitait d’étaler devant moi les nombreuses faiblesses que je lui avais révélées. Et puis Mara était tout simplement a-do-ra-ble. Sans compter que je n’avais absolument rien à faire de l’après-midi et que mon pied me tiraillait toujours. En d’autres termes, je n’avais rien de mieux à faire, et la proposition d’Agnès était plus qu’agréable.

— Ce serait avec plaisir, Agnès, admis-je avec un large sourire. J’aime bien ma vie à Lorgol, mais parfois les choses deviennent un peu… solitaires. Et vous êtes une interlocutrice très agréable.

Mon sourire s’élargit. Je n’étais personnellement pas gourmande, mais la faim me chatouillait aussi l’estomac.

— D’ailleurs, mon corps me rappelle qu’il est l’heure de manger. Allons-y, donc, je vous suis.

Je me mis en route à la suite d’Agnès, puis lui jetai un regard empli de curiosité.

— J’aimerais savoir – si ça ne vous dérange pas de répondre, bien sûr – ce que vous avez fait de votre magie, après l’Académie. Personnellement, je vous avouerai que je ne sais pas trop quoi en faire. C’est un peu comme… un membre inutile que je n’aurais jamais vraiment remarqué jusqu’à présent, et sur l’utilité duquel je m’interrogerais.

Je grimaçai, consciente une nouvelle fois que je m’approchais beaucoup trop près du terrible précipice de l’auto-apitoiement.

— Donc… qu’est-ce que vos études à l’Académie vous ont amenée à faire ?

J’étais bien entendu guidée par un but assez personnel : découvrir si l’Académie – et par extension la magie – pouvait m’être utile. D’un autre côté, j’étais aussi curieuse. J’avais révélé nombre de choses sur moi-même à mon ange-gardien, sans pour autant rien savoir de lui. Je voulais en apprendre un peu plus. Une fois n’était pas coutume, je lui avais laissé la possibilité de garder le silence : j’avais déjà dit à Agnès que je lui étais reconnaissante, et c’était ma façon à moi de le montrer discrètement.

Après tout, j’avais déjà établi que les plus petits gestes pouvaient acquérir une grande importance.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Dim 3 Juil - 18:06

Un sourire entendu accueillit la déclaration de Melinda concernant le temps et le fait qu’elle saura s’en octroyer. Agnès ne pouvait qu’acquiescer, les étudiants trouvaient toujours le moyen de faire une pause dans leurs études. Après il fallait juste éviter de se faire remarquer par les enseignants, car le peu de place impliquait sérieux et discipline pendant le cursus. En tout cas, son discours sur la magie et l’Académie ne sembla pas convaincre vraiment son interlocutrice. Agnès n’était pas là pour s’attacher son adhésion et considérait que chacun avait son point de vue et son approche concernant la magie. Melinda restait la seule à même de décider quoi faire et quel chemin suivre.

- Je doute que l’Académie soit encore debout si elle nous cachait la vérité en nous faisant miroiter de faux espoirs.

Par contre, Agnès aurait plutôt demandé la protection d’Aura mais Lyncée pouvait très bien convenir pour cette entreprise. En tout cas, Melinda accepta la proposition d’un bon repas, ce qui ravi la jeune mage et Mara. La petite loutre s’était tenue tranquille jusque lors et elle vint tourner autour des jambes de sa maitresse, signifiant son impatience pour le repas. Alors Agnès prit les devants pour conduire son invitée vers un lieu qu’elle appréciait et qui offrait de bons plats. Pas ceux qu’on retrouve parfois aux tables des nobles familles, mais des plats traditionnels qui faisaient la renommée de cet établissement. Et Melinda profita du chemin pour poser de nouvelles questions.

- C’est une excellente question. Il n’est pas toujours facile de voir ce que peut nous apporter la magie. Dans mon cas, une fois mes études terminée, j’ai mis mes compétences au service de mon Duc et de mon duché. Ma famille me sollicite aussi quelques fois. Le choix de votre domaine d’étude oriente aussi l’usage que vous en ferez à l’issue de l’apprentissage. L’Hiver propose des domaines très intéressants, comme la guérison ou encore la protection. Certains peuvent paraitre moins attirants, après le choix se fait également en fonction des affinités. Avez-vous des sources d’intérêts ?

Agnès renseignait volontiers Melinda, sans pour autant préciser son propre domaine de magie. Elle s’enquit des goûts de la demoiselle pour essayer de l’aiguiller au mieux dans ses choix. Pendant ce temps, les deux jeunes femmes parvinrent à destination. Agnès pénétra dans la taverne et s’installa à une table où elles pouvaient profiter d’une bonne luminosité. Une servante s’approcha et prit commande. La noble demanda le plat du jour ainsi qu’un verre de vin. Mara en profita pour sauter sur ses genoux et s’installer, parfait perchoir pour recevoir quelques bouts de nourriture.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Lun 4 Juil - 23:10

Parler de l’Académie avec quelqu’un me faisait beaucoup de bien.

Libération. C’était ainsi que je le voyais. Mes problèmes, mes appréhensions, mes doutes, je me sentais capable de presque tout dire à Agnès, du moins, en ce qui concernait l’Académie. Je n’avais pas l’habitude de parler de ce que je ressentais au plus profond de mon être, de ces sentiments conflictuels et parfois inexplicables qui m’agitaient. Et pourtant, en cet instant, devant cette femme qui – du moins j’en avais l’impression – ne me jugeait pas le moins du monde, je ne pouvais empêcher les mots de se déverser, de se libérer de la prison dans laquelle s’amassait tout ce que j’aurais voulu dire à mon frère, mais que je ne pouvais maintenant plus confier à personne, de peur d'être trahie ou pire, bien pire, que j’en vienne à m’attacher. Mon ange gardien était un peu comme un arc-en-ciel : fugitive beauté qui émerveillait quelques secondes durant avant de disparaitre. Et je profitais des brefs instants qu’elle voulait bien me confier, consciente qu’ils ne dureraient pas. Elle s’en irait comme elle était venue, dans un rayon de lumière et quelques gouttes de pluies. Cette idée était si profondément ancrée en moi que la peur habituelle de perdre quelqu’un que j’appréciais s’était envolée.

A mes soupçons légèrement teintés d’humour, Agnès affirma que si l’Académie trompait ses futurs élèves par des faux espoirs, elle ne serait probablement plus debout. Je hochai affirmativement la tête, consciente que cette hypothèse, effectivement, était peu probable. L’établissement était connu à travers tout Arven, et était le garant de la paix entre Ibélène et Faërie, entre Mages et Savants. Soit il trompait le monde entier avec une habileté qui lui faisait mériter sa réputation, soit – et c’était sans doute l’hypothèse la plus vraisemblable – j’essayais juste de me trouver une pléthore d’excuses pour éviter de faire trop d’efforts. Et pour expliquer mon possible futur échec.

J’acceptai la proposition d’Agnès d’aller manger et la laissai m’emmener au travers des rues de Lorgol. Comme nous marchions, je lui demandai à quoi, concrètement, servait la magie. Question un peu ridicule, s’il en était, pour quelqu’un déterminé à intégrer l’Académie, et d’autant plus pour une Faë, mais j’avais effectivement le sentiment que je serais incapable de trouver quoi que ce soit de bon à faire de ma magie. Mon ange gardien, toutefois, estimait que la question était excellente, et se lança dans une série d’explications que je pris grand soin d’écouter. Lorsqu’elle me posa la question fatidique, je sentis quelque chose en moi se raidir.

Avez-vous des sources d’intérêts ? La question résonna en moi comme un glas de mort. La réponse était évidente : bien entendu. Tout le monde avait des sources d’intérêt, moi y compris ! Pourtant, au fond de moi, je savais que les choses n’étaient pas aussi évidentes. Je relevais les défis qui se présentaient à moi parce que j’adorais ça. Je m’inventais des Plans sur la Comète juste pour avoir le plaisir de défier les lois des possibles. Je m’efforçais d’oublier qu’en réalité je ne me trouvais aucun rêve véritable, aucun projet de vie, aucun intérêt qui me conduirait jusqu’au bonheur. Et parfois, j’y parvenais. Parfois.

— Des sources d’intérêt ? répétai-je bêtement, en haussant un sourcil sceptique.

Je m’efforçai de me reprendre, songeant que ce n’était pas vraiment une réponse correcte.

— Eh bien, j’aime beaucoup… parler.

Avais-je dit ça ? Oh, par Lyncée, je croyais bien l’avoir dit. Je déglutis, me demandant si je pouvais paraitre plus ridicule encore.

— J’aime beaucoup les abeilles, aussi, ajoutai-je en hochant la tête comme si c’était parfaitement normal.

J’eus envie de me frapper. Les abeilles ? Je ne pouvais trouver que ça ? Quelle personne saine d’esprit avouait que les abeilles étaient une de ses grandes passions ?

— Et j’adore prouver que ce que tout le monde pensait impossible est en réalité possible, achevai-je avec un léger sourire.

Cela du moins pouvait passer pour une vraie source d’intérêt. Presque. Enfin, je savais que je ne pourrais probablement pas trouver mieux. J’étais toujours souriante, comme si je n’avais pas brutalement été traversée par la gêne de devoir dire : « En réalité, je ne sais pas ce que j’aime, je suis comme un fantôme qui erre dans ce monde et se nourrit des sensations fortes ». Je lançai alors à Agnès un regard qui pouvait presque passer pour nonchalant.

— Est-ce que ça répond à votre question ?

Nous arrivâmes à la taverne, et je laissai Agnès m’entrainer jusqu’à une table plutôt agréable. Je commandai la même chose qu’elle, sachant pertinemment que la nourriture n’avait pas grand intérêt pour mes papilles gustatives insensibles. Je vis Mara sauter sur les genoux d’Agnès et plissai les yeux, un léger sourire aux lèvres.

Oui, j’étais convaincue que devenir un Mage diplômé pouvait être un bel objectif. Agnès, en tous cas, avait l’air d’avoir profité pleinement de l’enseignement qu’elle avait reçu.

Je n’étais pas certaine, en revanche, que cet enseignement soit fait pour moi.

Je n’étais même pas sûre que quoi que ce soit soit fait pour moi en ce bas-monde.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Mer 6 Juil - 17:36

Parler, les abeilles et démentir l’impossible… Cela n’allait pas vraiment aider Agnès à orienter Melinda dans un choix de domaine. Mais elle hocha la tête, pensive.

- De but en blanc, je dirai que la floraison pourrait vous être utile si vous travaillez avec les abeilles. C’est une branche de l’Hiver qui permet d’influer sur la pousse des plantes et cela peut être profitable pour des abeilles.  Votre famille serait-elle apicultrice ?

Agnès posa la question car cela pouvait l’éclairer sur le fait que son invitée appréciait ces insectes, d’ordinaire plutôt décriés par la populace hormis pour leur effet pollinisateur.

- Sinon, si vous étiez du Printemps, j’aurai dit l’outreparole pour une personne bavarde, ou bien la manipulation pour un mage de l’Automne. Quant à prouver que l’impossible est possible, l’illusion est un bon outil… Agnès se tourna vers Melinda. Mais ce ne sont que des exemples et seulement vous, pourrez choisir ce qui vous correspond le mieux.

Tandis qu’elle exposait ses idées, le trajet fut effectué. Toutes deux installées à table, elles attendaient d’être servies. Agnès comptait payer la part de Melinda puisqu'elle l'avait invitée à prendre un repas en sa compagnie.

- En tout cas, vous pourrez toujours demander conseil aux mages enseignant les disciplines de l’Hiver. Ils ne refuseront pas d’apporter leur aide.

Bien qu’indécise, Melinda semblait tout de même avoir la tête sur les épaules, du peu qu’elle avait pu observer. Un poulet aux pruneaux arriva et Agnès commença à manger.

- Avez-vous d’autres questions sur l’Académie ?

A Melinda de conduire la suite de la conversation surtout si elle avait d’autres interrogations. Agnès lui répondra dans la mesure du possible. Mara posa son museau sur la table signalant qu’elle souhaitait elle aussi participer au repas. Agnès coupa un petit bout de poulet et lui donna, morceau qui disparu prestement dans le ventre du Familier.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Dim 10 Juil - 16:10

Agnès avait un don pour s’accommoder de ce qu’elle avait.

Malgré mes explications évasives, elle hocha la tête comme si elle pouvait en faire quelque chose, et me proposa plusieurs pistes de recherches. Pour mon amour des abeilles, elle me dirigea vers la floraison. J’avais toujours apprécié l’univers végétal, qui parfois prenait des allures de refuge. L’incroyable diversité des fleurs, de leurs coloris et de leurs parfums m’avait toujours impressionnée. Oui, la floraison me plairait peut-être… Agnès me demanda ensuite si j’étais apicultrice, et je laissai mes lèvres s’ourler en un demi-sourire. Peu de gens devaient aimer les abeilles, hormis ceux qui s’en occupaient. Et encore, tous ceux qui veillaient sur ces petits insectes ne s’y attachaient pas autant que moi.

— Oui, j’ai grandi dans une famille d’apiculteurs, avouai-je sans mal.

Agnès me donna ensuite des exemples pour d’autres domaines. Elle ajouta que moi seule pouvait choisir ce qui me conviendrait le mieux. J’esquissai un sourire doux-amer. Je ne laissais pas grand-monde me dicter ma conduite : j’avais tendance à n’en faire qu’à ma tête, avec une obstination qui en surprenait plus d’un. D’un autre côté, j’avais cruellement conscience que je n’avais pas la plus petite idée de ce qui ne me convenait. J’avais beau ignorer purement et simplement ceux qui tentaient de me contrôler, je me laissais guider par la vie sans protester, la laissant m’emmener aux travers de ses chemins sinueux et m’adaptant à toutes les tempêtes qu’elle m’envoyait. Devoir poser un choix impliquait de savoir ce que j’aimais, et ce en quoi j’étais compétente. Or, dans un sujet comme dans l’autre, je me sentais comme une enfant ignorante.

Nous nous installâmes à une table bien placée. En attendant notre commande, Agnès souligna que je pouvais toujours aller demander conseil aux enseignants et qu’ils ne me refuseraient pas leur aide. Je hochai pensivement la tête. A vrai dire, je n’y avais même pas pensé. Non pas que ça me posait problème de demander de l’aide pour accomplir quelque chose – pour parvenir à mes objectifs, tous les moyens étaient bons – mais l’idée que qui que ce soit puisse m’aider et apaiser des craintes auxquelles je n’étais pas vraiment habituée et que je ne comprenais pas à tout à fait me paraissait étrange.

— Oui, vous avez sans doute raison, murmurai-je avec un sourire reconnaissant à l’intention d’Agnès. Je noterai ça pour plus tard, en espérant m’en rappeler. La mémoire est un lieu étrange où les choses se perdent et se retrouvent indépendamment de la volonté ou des efforts. Enfin, généralement les informations importantes ne se perdent pas.

J’eus un sourire amusé.

— Reste à savoir si mon esprit considère mon inscription à l’Académie comme importante ou non…

Notre commande arriva alors, et nous commençâmes à manger. J’étais incapable de dire si la nourriture était bonne ou pas, mais elle avait l’air appétissante, tout du moins, et elle dégageait une bonne odeur. Agnès me demanda si j’avais d’autres questions sur l’Académie, et je fouillai cette maudite mémoire qui aimait à se dérober à mes introspections. En l’état actuel des choses, j’avais encore un tas de questions, ces questions qui me rongeaient de l’intérieur mais auxquelles j’étais la seule à pouvoir répondre. Est-ce que l’Académie était faite pour moi ? Est-ce que j’étais faite pour l’Académie ? Est-ce que j’étais capable de réussir ? Pourquoi est-ce que j’avais aussi peur ? Qu’est-ce qui m’empêchait de prendre ce défi comme tous les précédents ? Incapable de poser ces questions-là, je me contentai d’un léger sourire à l’intention d’Agnès.

— Peut-être, avouai-je finalement, sachant pertinemment que ce mot ne voulait rien dire. Est-ce que vous restez à Lorgol au cours des prochains jours ? J’aimerais savoir si je pourrais vous contacter en cas de besoin, si ça ne vous ennuie pas, bien entendu. C’est juste que… Les questions sont comme les moustiques. Parfois elles bourdonnent, piquent, et font de votre vie un enfer, et à d’autres moments, elles se posent, silencieuses, invisibles, et il est, dès lors, impossible de les retrouver.

J’eus une moue boudeuse.

— Mes parents disent souvent que j’ai tendance à être distraite. Alors il se pourrait qu’il me reste une ou deux questions.

Je laissai un large sourire, un sourire reconnaissant, étirer mes lèvres.

— Mais je pense que vous avez accompli l’essentiel, Agnès, vous m’avez redonné courage. Le doute est un ennemi puissant, quand on le laisse s’installer, mais vous êtes parvenue à le faire fuir. Encore merci.

Je mangeai durant quelques secondes, quand une autre pensée me frappa l’esprit. Je fronçai les sourcils et relevai la tête vers Agnès.

— En fait, j’aurais bien une autre question. A quoi ressemblent les relations entre les élèves à l’Académie ? J’imagine que ça ne doit pas être facile tous les jours, au vu de la diversité des élèves. Non seulement entre Mages et Savants, mais aussi entre les différentes classes sociales, les différents duchés, les différentes orientations…

Non pas que je brûlais de me lier d’amitié ; à vrai dire, depuis la mort de mon frère, j’avais beaucoup de mal à nouer un lien profond avec qui que ce soit. Cette question, c’était juste par curiosité que je la posais, afin de savoir à quoi exactement j’aurais affaire en devenant élève de l’Académie. Et de découvrir comment je pourrais au mieux m’adapter à ce nouvel environnement.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Jeu 14 Juil - 22:37

Agnès hocha la tête quand Melinda confirma ses soupçons, elle venait bien d’une famille apicultrice. Un savoir qui pouvait être utile à la jeune femme si elle n’était pas intégrée au cursus de l’Académie.   Celle-ci nota l’information d’Agnès quant à l’aide pouvant être demandée aux enseignants. Mais ses doutes n’étaient pas tous effacés puisque Melinda se posait encore des questions sur son inscription. Elles commencèrent à manger et Agnès attendit de voir si son invitée avec d’autres questions.

- Oui je reste à Lorgol encore quelques jours. Agnès fit un petit geste de la main pour signifier que la requête de Melinda ne l’importunait pas, et elle lui donnait le nom de l’auberge où elle résidait. Oui les questions peuvent venir ultérieurement. La jeune femme hocha la tête. De rien, quand il est possible d’aider autant le faire.

Puis Mara fit savoir à sa maitresse qu’elle aimerait un autre morceau qui ne tarda pas à se présenter devant son museau. Agnès s’attaquait à une aile lorsque Melinda posa une nouvelle question. Les relations entres étudiants… Vaste question…

- Je dirai que cela dépend des années et des personnes constituant les classes. Une rivalité peut exister entre mages et savants ou entre les duchés, voire au sein d’un même cursus, certains peuvent se retrancher derrière leur rang social et en abuser…  Nous ne pouvons  pas tous nous apprécier, chacun a son caractère et ses ambitions, les incompatibilités d’humeur ne nous épargnent pas, ni les rivalités pour obtenir les meilleurs résultats et attirer l’attention des enseignants. Mais je considère que les étudiants sont là pour apprendre et qu’importe leurs origines. Et je trouve que l’Académie est propice pour tisser des liens, découvrir d’autres personnes qu’on n’aurait pas l’occasion de rencontrer en temps normal.

Franche, Agnès ne pouvait que lui donner son ressenti, il n’y avait pas de règles dans les relations entre étudiants. Elles pouvaient être houleuses comme cordiales, indifférentes comme intéressées. Tout dépendait des élèves mais de manière générale, Savoir et Magie cohabitaient en bonne entente derrière les murs de l’établissement, à l’image de Lorgol.  Melinda le constatera par elle-même lorsqu’elle intégrera un cursus. Agnès pensa à Maelys qui venait d’un milieu bien différent du sien mais avec qui elle lia amitié. La chevaucheuse devait être quelque part en mer et elle espérait en bonne santé. En soit, elle pouvait le confirmer rapidement par l’outrevision mais elle verrait plus tard pour l’instant, elle accordait son temps à Melinda. Mais les deux femmes se sépareraient certainement à l’issue du repas, chacune retournant à ses occupations. Et puis Melinda savait maintenant où la trouver.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Mer 20 Juil - 7:54

Désireuse de savoir si mon ange gardien pourrait répondre aux autres questions qui surgiraient au sein de mon esprit, je fus rassurée de savoir qu’elle resterait à Lorgol pour quelques jours. Je gravai également dans ma mémoire le nom de l’auberge où elle logeait, et lâchai une remarque négligente sur ma distraction, avant de remercier chaleureusement Agnès pour son aide. Elle me révéla un côté altruiste en s’exclamant que si elle pouvait aider autrui, elle le faisait. Je fronçai les sourcils, un peu perplexe par rapport à cette affirmation. Je n’étais pas foncièrement égoïste, mais tout ce qui ne concernait pas mes objectifs ne me concernait pas. J’étais heureuse, toutefois, que tout le monde ne soit pas comme moi ; sans doute serais-je toujours en train de me morfondre si cette mage ne m’avait pas sauvée du marais bourbeux de doutes dans lequel je m’étais enfoncée peu à peu.

Je mangeai distraitement, réfléchissant aux questions que je serais susceptible de me poser lorsque les doutes reviendraient me ronger. Je remarquai avec amusement que Mara savait très bien imposer ses idées. Je plissai les yeux, constatant que même cette petite loutre savait exactement ce qu’elle voulait et comment l’obtenir. Pourquoi est-ce que moi je n’y arrivais pas ? Qu’est-ce qui me différenciait des autres, exactement ? Pourquoi est-ce que j’étais obligé de me créer des rêves au lieu de les trouver, un matin, tous faits, prêts à être réalisés, au pied de mon lit ? Je secouai la tête pour chasser ces idées moroses et demandai à Agnès ce qu’il en était des relations entre les élèves, à l’Académie.

J’écoutai attentivement ses explications. Ainsi, comme je m’en doutais, l’Académie était un nid de relation en tout genre. Le monde était peuplé de tant de caractères et de façons de penser différentes qu’il ne pouvait en être autrement. Je pouvais comprendre que c’était un endroit idéal pour tisser des liens. Tous ces étudiants étaient réunis là au nom d’un même but : obtenir leur diplôme. Il était sans doute bien plus facile d’engager la conversation avec quelqu’un partageant les mêmes cours, ou même vivant dans les mêmes bâtiments, qu’avec un inconnu croisé dans la rue. Quoique je n’avais pas vraiment besoin de beaucoup d’aide pour trouver un sujet sur lequel parler durant des heures, et que je ne voyais pas l’intérêt d’attendre le bon vouloir de quelqu’un d’autre pour commencer à discuter.

— Oui, je suppose que c’est le genre d’endroits où il est facile de tisser des liens aussi extraordinaires qu’inattendus. Remarquez que la vie de tous les jours est très forte aussi, pour nous mettre dans les situations les plus imprévues et nous laisser nous débrouiller par nos propres moyens…

Je soupirai, songeant que j’aurais bien besoin qu’un de ces imprévus, en cet instant, surgisse devant moi pour me pousser à me décider une bonne fois pour toute. Bien entendu, je voyais cette entrée à l’Académie comme un défi, et je n’avais pas l’habitude d’abandonner, mais je n’avais jamais été aussi dubitative de toute mon existence.

— C’est bien, d’ailleurs, l’imprévu, affirmai-je sans m’apercevoir que je changeais de sujet. Sans ça, la vie serait plutôt monotone et ennuyeuse, vous ne trouvez pas ?

Je n’attendis même pas la réponse d’Agnès avant de continuer ; cette question ne cherchait pas vraiment de réponse.

— Enfin, je suppose que ça n’a aucune importance par rapport au sujet qui nous préoccupe, remarquai-je en fronçant les sourcils. L’Académie, donc…

Un léger sourire étira mes lèvres.

— Je me dis parfois que je suis un peu âgée pour devenir étudiante. C’est sans doute un frein pour intégrer l’Académie, mais ce ne serait pas aussi amusant si c’était facile, n’est-ce pas ? Quand j’aurai réussi haut la main mes entretiens d’entrée à l’Académie, j’aurais… approximativement le double de l’âge de la plupart des élèves de mon année, non ?

Voilà qui me démarquerait avant même que j’ouvre la bouche. Non pas que j’attendrais très longtemps avant de parler, mais je n’avais pas vraiment l’habitude d’être catégorisée comme « à part » avant de prononcer un seul mot.

— Je pourrais peut-être leur enseigner quelques petites choses utiles, comme par exemple… comment suivre leurs rêves malgré tout ce qu’on peut leur dire pour les décourager, et malgré les obstacles placés sur leur chemin. Ou peut-être comment parler suffisamment longtemps et de façon assez incompréhensible pour que tous leurs auditeurs s’endorment, fuient ou leur concèdent ce qu’ils veulent.

Je ne pus retenir un gloussement amusé.

— Finalement, ça peut être plutôt amusant, l’Académie. Un endroit où il est presque facile de mettre tout sans dessus-dessous.

Je ne tenais pas vraiment à provoquer le chaos à l’Académie, à vrai dire. Il était bien plus amusant d’imaginer un plan pour ce faire jusque dans les moindres détails que de mettre en application ledit plan. Cela dit, ce n’était probablement pas le genre de remarque à prononcer à haute voix lors de mon entretien d’entrée, si je comptais le réussir un jour. Je lançai un regard à Agnès. Elle semblait beaucoup respecter l’Académie, et je me demandai si elle prendrait bien ou non mes intentions en apparence destructrices.

Par pure curiosité, les yeux plissés, j’attendis sa réaction. On pouvait en dire beaucoup sur quelqu’un en prenant la peine de regarder comment il réagissait. Je me laissais rarement le temps d’observer les autres, d’ailleurs, trop occupée à emplir l’espace de mes paroles. Parfois, néanmoins, il m’arrivait d’observer attentivement. Et d’apprendre.

Un bon début pour une future élève de l’Académie, non ?

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Sam 30 Juil - 16:56

Agnès hocha la tête lorsque Melinda fit le parallèle entre les relations tissées à l’Académie et celle construites dans la vie de tous les jours. On pouvait prétendre que l’Académie était un microcosme, reflet de la vie réelle, car l’établissement restait un centre d’étude et les étudiants pouvaient facilement se couper du reste d’Arven, concentrés sur leur apprentissage.  La vie était pleine de rebondissements, de bonnes ou mauvaises situations, mais les choix de chacun étaient également déterminants pour tracer le chemin de leur existence. Oui la vie n’était jamais vraiment monotone… La conversation sembla dériver avant de revenir sur le sujet principal à l’initiative de la potentielle étudiante.

- D’ordinaire, les futurs mages intègrent l’Académie durant leur adolescence. Certes, vous serez plus âgée mais cela ne préjuge en rien de votre valeur. Cela arrive d’avoir des étudiants plus vieux même si c’est rare. Tout dépendra des entretiens. Agnès lui adressa un sourire qu’elle voulait rassurant. Oui, vous pourrez leur apporter votre expérience. Agnès ne put s’empêcher de rigoler lorsque Melinda exposa ses plans de maîtrise de la conversation pour mieux endormir l’auditoire. Elle avait l’air d’aimer mettre son grain de sel dans les rouages, comme le démontra ses paroles.

En soit, elle pouvait essayer de faire ce qu’elle voulait, elle se confrontera au corps professoral. Non pas qu’elle soit la première. La jeune femme soutint le regard de Melinda qui semblait attendre sa réaction face à ses dires.

- Il vaut mieux éviter de le laisser entendre lors de l’entretien.

Les auditeurs se montraient assez stricts dans leurs critères mais Agnès ne pouvait préjuger des membres qui conduiront cet entretien. D’une année sur l’autre, le nombre de places pouvaient varier suivant les impératifs du moment et les redoublements. Elle-même avait effectué six années pour son premier cycle, soit une de plus que le nombre normal. Mais qu’importe, elle avait terminé son apprentissage avec succès. Agnès piocha un autre morceau dans son plat.  

- Ne croyez pas qu’il soit si simple de mettre la pagaille. Non pas qu’il n’y a jamais d’élèves enfreignant les règles, mais il faut garder à l’esprit que les places sont chères et que le Conseil de l’Académie se réserve le droit de sanctionner les étudiants.

Agnès exposa la situation sans pour autant réprimander Melinda  et ses idées de pagaille. Pour le coup, elle préférait laisser la demoiselle expérimenter par elle-même si elle suivait cette voie. Mais d’abord, elle allait devoir passer l’épreuve des entretiens.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Dim 31 Juil - 10:54

Comme je le pensais, je serais plus âgée que la plupart des élèves mais ça ne m’empêcherait pas de devenir mage si mes entretiens se passaient bien – et de toute façon, je n’avais pas vraiment l’habitude de faire les choses de façon ordinaire. Or, concernant lesdits entretiens, je n’avais pas peur. La plupart du temps, j’étais douée avec les mots. Je devrais pouvoir trouver un élément ou deux qui les convaincrait que je deviendrais une excellente élève. Tant que ma curiosité serait avide de nouvelles connaissances et que je ne tomberais sur aucun défi plus passionnant que réussir, ce serait le cas, d’ailleurs ; je resterais aussi sage qu’ils le voudraient et me comporterais comme une bonne petite élève. Une fois que j’aurais trouvé quelque chose de plus amusant à faire… peut-être que je délaisserais un tout petit peu mon apprentissage. Peut-être même qu’il m’arriverait de temps en temps de l’oublier complètement.

L’idée d’apporter mon expérience à quelques âmes plus jeunes, elle, m’emplissait d’enthousiasme. J’aimais ma façon de penser et il m’arrivait bien souvent de songer que les choses seraient bien plus simples si jamais tout en chacun venait à réfléchir comme moi. Et, de toute évidence, je déteignais déjà sur mon ange gardien : elle trouvait amusante l’idée que je puisse utiliser l’art de la parole en guise d’arme pour agir sur mes interlocuteurs comme je le voulais. Je n’étais pas sûre, toutefois, de pouvoir influencer les professeurs pour qu’ils viennent à penser de la même façon. Si je me montrais turbulente, j’avais la nette impression qu’ils réagiraient. Pourtant, je n’hésitai pas une seule seconde à ajouter qu’il me serait facile de provoquer le chaos à l’Académie.

Agnès souligna que je pouvais peut-être garder ce genre de choses pour moi, lors de l’entretien. Je n’étais pas stupide, et je comptais certainement passer cette possibilité sous silence devant les auditeurs. D’abord, parce que je n’allais pas forcément provoquer le chaos – la probabilité que j’y vienne était certes élevée, mais elle n’était pas certitude – et ensuite parce que s’ils avaient à retenir contre moi une volonté destructrice, je ne serais probablement pas une des élèves sur qui ils auraient tendance à porter leur choix.

— Je m’en doutais un peu, en fait, admis-je avec un doux sourire.

Mon ange gardien me fit alors remarquer qu’il n’était peut-être pas si simple de provoquer le chaos à l’Académie. Certains élèves enfreignaient les règles, mais l’Académie pouvait très bien les sanctionner. Notamment parce que les places étaient rares et précieuses. Je hochai affirmativement la tête. J’avais conscience que l’établissement ne laissait pas entrer n’importe qui, et il ne gardait sans doute pas n’importe qui. D’un autre côté, je n’étais pas n’importe qui.

— Je ne dis pas que ce serait simple, répliquai-je sans perdre mon sourire. S’il était facile de provoquer le chaos à l’Académie, l’établissement ne serait probablement pas aussi renommé et sans doute plus debout, parce que je ne crois pas être la seule élève turbulente de par le monde.

J’avalai une bouchée avant de reprendre.

— Et puis, l’Académie n’est-elle pas la garante d’une paix relative entre Mages et Savants et, par conséquent, entre Faërie et Ibélène ? Une institution aussi importante se doit sans doute de se prémunir contre ce genre de troubles, non ?

Un large sourire étira mes traits tandis que je poursuivais.

— En fait, j’espère bien qu’il n’est pas simple de semer la pagaille à l’Académie ! Plus les choses sont difficiles et risquées, plus elles sont amusantes. Si tout en chacun avait le courage, les capacités ou la motivation de provoquer le chaos là-bas, alors je ne verrais aucun intérêt à simplement les imiter.

Je laissai mon regard se perdre dans le vague, tandis qu’un sourire songeur étirait mes lèvres.

— De toute façon, je ne sais pas encore vraiment si je vais devenir une fauteuse de troubles ou non, fis-je remarquer en haussant les épaules. Il suffit que je trouve une autre idée étrange dont la réalisation semble invraisemblable pour m’efforcer de mettre ladite idée en application. Qui sait ? Peut-être qu’étudier à l’Académie et y réussir avec brio toutes mes années représentera un défi suffisant à mes yeux. Ou peut-être que je m’efforcerais simplement de trouver le moyen de ne pas me perdre dans les couloirs.

Je reportai mon attention sur Agnès, sans perdre mon sourire.

— En fait, si j’ai songé à provoquer le chaos, c’est parce que l’Académie, rien que par son nom, me donne cette impression d’être bien rangée, bien cadrée. Ce genre d’environnement me donne une légère envie de mettre un peu de désordre, je l’avoue.

Interpellée par une idée soudaine, je fronçai brusquement les sourcils.

— Si je n’aime déjà pas la nature ordonnée de l’Académie… n’est-ce pas une autre preuve que je ne suis pas adaptée à cette institution et que je ferais mieux d’abandonner l’idée de devenir son élève ?

Et depuis quand, d’abord, le fait que je ne sois pas adaptée à quelque chose m’avait empêché de l’accomplir quoi que mes proches puissent en dire, quoi que mes propres doutes puissent en dire ? En d’autres circonstances, j’aurais probablement pu sourire de cette question ridicule, que d’ailleurs je n’avais jamais perdu du temps à me poser. A présent, je voyais simplement ça comme un signe supplémentaire, un élément qui me poussait à dire que l’Académie n’était peut-être pas faite pour moi.

J’essayerai, bien entendu. Je réussirai les entretiens d’entrée, évidemment. Mais ce ne serait pas un endroit qui me plairait, ni où je pourrais faire des choses qui me plaisaient. D’un autre côté, gagner demandait de prendre des risques. Et de faire des sacrifices.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Dim 7 Aoû - 11:07

En écoutant Melinda, Agnès imagina l’Académie succombant à l’assaut chaotique de ses étudiants. Une image à mille lieues de celle de l’établissement. Comme le fit remarquer son invitée, l’Académie était un symbole, garante de l’équilibre entre Savoir et Magie. Un pont entre Ibélène et Faërie, et si ce pont était dépourvu de bases solides, le pont disparaissait. Adieu entente, adieu paix millénaire. En tout cas, Melinda semblait motiver par tout ce qui représentait un défi à ses yeux. Une forme de moteur comme une autre.

- Non, tous les élèves ne cherchent pas à enfreindre les règles, dit-elle avec un sourire. Et les couloirs sont facétieux car changeants, et puis l’Académie possède des laboratoires très fournis, susceptibles d’intéresser beaucoup de monde. *En bien comme en mal…*D’ailleurs, le bâtiment est une entité à lui tout seul avec ses charmes et ses mystères.

Lieu d’apprentissage, l’Académie mettait à disposition de ses élèves le nécessaire pour parfaire leur art. Mais le danger n’était pas pour autant écarté, des incidents et des accidents avaient parfois lieu, pouvant causer la mort. Pourtant, la magnificence des lieux et les intrigantes manifestations faisaient rapidement oublier aux jeunes gens les désagréments des études. Agnès posa un regard pensif sur son interlocutrice quand celle-ci aborda le côté ordonné de l’Académie.

- Non je ne dirai pas que ce soit une preuve pour abandonner. Si l’on baissait les bras dès l’instant où un environnement ne nous convenait pas, on se laisserait  balader dans les méandres du Destin sans chercher à le faire fléchir. Certes, je ne dis pas qu’il faut s’obstiner à vouloir cultiver une terre aride au prix de notre vie, mais passer quelques années à l’Académie me semble un bon compromis vu tout ce qu’on peut y apprendre et les expériences insolites qu’on peut vivre. Une lueur malicieuse éclaira le regard d’Agnès. Et ne serait-ce pas un défi à relever que de démontrer qu’une jeune femme appréciant plus que tout la liberté peut survivre à ce « carcan » académicien ?

Agnès jouait avec les informations données par la jeune outreventoise et sa nature à s’attaquer aux défis et situations improbables. Après, elle ne pouvait pas forcer Melinda à intégrer l’Académie car à l’issue de cette rencontre elle aura tout le loisir de réfléchir sereinement à son avenir sans l’intervention de la jeune noble.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Mar 9 Aoû - 20:39

Des laboratoires ?

Le mot m’intéressa, pas forcément pour la connotation scientifique qui planait derrière, mais peut-être un peu beaucoup parce qu’il devait y être facile d’y trouver de quoi provoquer le chaos. Enfin, comme je l’avais précisé, mon défi serait peut-être tout autre. Je pouvais le trouver dans les couloirs changeants de l’établissement, dans ses mystères, dans ses secrets, dans ses particularités. Ou peut-être que mes défis dépasseraient purement et simplement tout ce que j’avais été capable d’imaginer. C’était le problème de tenter de se projeter dans l’avenir ; entretemps, il y avait presque toujours un imprévu qui faisait changer d’avis.

— Les couloirs facétieux ? relevai-je avec un sourire mutin. On pourrait presque penser qu’ils ont le même caractère que moi : tout aussi décidés à provoquer leur dose de chaos au sein de l’établissement… et des pauvres élèves qui s’efforcent d’établir un plan du bâtiment.

J’en vins à m’inquiéter que l’Académie soit bien trop rangée pour moi, mais Agnès rétorqua en des mots que je pouvais comprendre. Moi, baisser les bras ? Jamais. J’avais toujours compté sur mon obstination, et il était hors-de-question que ça change. C’était une de mes plus grandes qualités – parce que oui, je la considérais comme une qualité – et je l’aimais pour ce qu’elle m’avait apporté et ce qu’elle m’avait poussé à faire. Alors non, je n’abandonnerai pas, pas plus pour l’Académie que pour quoi que ce soit d'autre.

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire lorsqu’Agnès se servit de mon amour des défis contre moi. Elle était futée mon ange gardien, par chance pour moi, d’ailleurs. Si elle veillait vraiment sur ma vie, alors j’espérais bien qu’elle soit un tant soit peu intelligente. Et sans me donner un ordre direct ou des conseils précis – j’avais l’habitude d’envoyer balader les ordres, plus encore que les conseils – elle était parvenue à me convaincre à moitié que je devais absolument m’inscrire à l’Académie. Je lui lançai un large sourire.

— C’est pernicieux d’utiliser mes propres armes contre moi, mais incroyablement intelligent de votre part, remarquai-je sans cesser de sourire, adoucissant la dureté que ma remarque aurait pu prendre. Vous avez raison, parvenir à subir sagement l’Académie serait un défi énorme, presque suffisant sans doute pour que je reste sage durant tout mon apprentissage.

J’en frissonnais presque rien que d’y penser. Sage pendant cinq années entières ? D’un autre côté, ce n’était pas parce que je deviendrais étudiante que ma vie se réduirait simplement à l’Académie – parce que ça, je ne le supporterai pas. Or, je pouvais parfaitement rester appliquée au sein de cet établissement tout en me déchainant une fois en-dehors. La ville de Lorgol souffrirait peut-être un peu de mon apprentissage, je plaignais ces Mille Tours à l’avance… en espérant qu’il en reste mille quand j’en aurais fini. Et en espérant que je finisse moi-même en un seul morceau. Sans mon frère pour me protéger, si loin de chez moi… il pouvait m’arriver toutes sortes de choses.

— Oh, et sachez que je n’abandonnerai pas aussi facilement. Enfin… si ; peut-être que j’étais sur le point de me raviser quand à cette inscription à l’Académie. Les doutes, vous savez, ils se faufilent insidieusement en vous et rongent tout ce qui se trouve sur leur passage : optimisme, espoir, rêves… Il ne reste plus rien.

J’esquissai un hochement de tête reconnaissant à l’intention de mon ange gardien.

— Généralement, je n’ai besoin de personne pour les chasser, ces doutes. C’est l’avantage d’être obstiné ; c’est de pouvoir vaincre tous nos obstacles intérieurs.

Je haussai les épaules.

— Mais comme je l’ai dit, avec l’Académie, c’est différent. C’est comme si une part de moi avait conscience que j’allais enfin faire quelque chose de sérieux de ma vie, et que… Enfin… je pense que d’une certaine façon, ça m’effraye.

J’eus une moue mi-figue mi-raisin, ennuyée par le mot « effrayer ».

— Je n’ai pas l’habitude d’avoir peur, je n’ai…

Je soupirai bruyamment et baissai les yeux sur mon assiette, comme si je n’étais pas certaine de pouvoir révéler cela, même à mon ange gardien.

— Je ne suis pas souvent consciente des risques que présentent certaines choses et la peur… à mes yeux c’est juste un mot étrange et bizarre que je ne contemple que chez les autres. Mais cette fois-ci… c’est différent.

Je secouai la tête pour chasser ces paroles et relevai un visage souriant vers Agnès.

— Je sais que je l’ai déjà dit mais… merci encore pour ce que vous avez fait. Vous ne gagnez rien à m’aider, et pourtant vous êtes là, à répondre à mes questions le plus naturellement du monde. Votre présence… vos réponses… c’est important pour moi. Parce que je ne suis pas sûre que j’aurais pu chasser mes doutes toute seule, cette fois-ci. Alors… merci beaucoup.

Je jetai un coup d’œil à son Familier.

— Et merci à Mara pour sa présence aussi, bien évidemment, murmurai-je avec un sourire amical.

J’avais retrouvé toute ma bonne humeur, et désormais, il me semblait que rien ne pouvait venir assombrir ma journée à nouveau. J’étais en pleine visite de Lorgol, j’allais passer mes entretiens d’entrée avec brio, et je me retrouverai bientôt à l’Académie. Parfait. Vraiment parfait.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Sam 20 Aoû - 19:00

Agnès afficha un grand sourire lorsqu’elles parlèrent des couloirs. Elle se remémora ses déboires lors de sa première année, à se perdre dans les couloirs avec les escaliers qui changeaient de place, à ouvrir une porte pour découvrir une salle différente de la veille. De quoi perturber les petits jeunes. En tout cas, sa stratégie de mettre au défi Melinda porta ses fruits puisqu’elle rit et le fit remarquer.  Et la future étudiante semblait presque convaincue. Mais, il restait encore quelques doutes et peur ce qu’Agnès comprenait.

- La peur est présente lorsque de grands changements s’offrent à nous. Il existe toujours une certaine appréhension face à de nouvelles perspectives. C’est naturel, même si tout le monde ne réagit pas de la même manière.

La jeune femme hocha la tête face aux remerciements que réitéra Melinda. Mara émit un petit cri comme pour remercier Melinda de penser à elle. En même temps, c’était à cause, ou grâce à Mara qu’Agnès s’était arrêtée auprès de la demoiselle et qu’elles avaient engagé la conversation. La noble termina son assiette avant de reprendre la parole.

- Quoiqu’il en soit, vous savez où me trouver si vous avez de nouvelles questions ou simplement le besoin de discuter. C’est avec plaisir que je vous ai apporté mon aide.

La journée avançait et le repas aussi. Les deux femmes allaient certainement se quitter bientôt à moins que Melinda  n’ait d’autres interrogations. Agnès espérait que Melinda suivra le chemin de l’Académie et qu’elle ne se découragera pas devant ces potentielles années d’étude.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Lun 29 Aoû - 20:04

Je me laissais convaincre peu à peu par les arguments de mon ange-gardien, et les doutes qui avaient envahi mon esprit tout au long de cette conversation avaient fini par s’envoler peu à peu pour laisser place à ce que je pourrais appeler détermination. Désormais, même si un soupçon d’inquiétude flottait encore dans les plus sombres recoins de mon esprit, je me sentais assez courageuse pour remporter la victoire contre cette peur déplacée.

Agnès ne semblait pas de cet avis ; à ses yeux, ma peur était normale. J’eus une moue mitigée, peu convaincue par ses propos. Je le lui avais pourtant expliqué que je ne craignais pas grand-chose. Je ne me préoccupais pas des risques, je ne perdais pas une seconde en inutiles réflexions et hypothèses effrayantes, je me contentais d’agir, et de me laisser porter par les conséquences par après. Les changements, ils ne m’inquiétaient pas, d’habitude. Je les regardais avec amusement apporter leur lot de nouveautés et briser l’ennui trop présent du quotidien.

— Je ne pense pas, déclarai-je en haussant les épaules. Je ne crois pas que c’est normal d’avoir peur.

Et pourtant, je n’avais encore rencontré personne qui puisse se targuer de ne pas avoir peur. Comme moi-même je venais de le prouver, il pouvait naitre des appréhensions au sein de tous les esprits, sans exception. Pourtant, à mes yeux, la vie était en perpétuel changement, et craindre les nouvelles perspectives, c’était comme craindre la vie. Une idée qui me fit frissonner. S’il y avait une chose que j’appréhendais peut-être, c’était de commencer à considérer mon existence comme si chaque pas pouvait être dangereux. Et mon entrée à l’Académie, ce n’était qu’un pas de plus, non ?

— C’est triste d’avoir peur du changement, poursuivis-je en hochant la tête, plus pour moi-même que pour Agnès. Il peut nous apporter tellement de choses nouvelles et appréciables. Et sans lui…

Je haussai les épaules avec un rire amer.

— Sans lui, nous serons condamnés à rester la même personne pour le restant de nos vies. J’aime qui je suis, là n’est pas le problème, mais…

Il me manque tellement de choses, aurais-je voulu ajouter. J’aimerais pouvoir penser à mon frère sans me sentir emplie de tristesse. J’aimerais cesser de lui en vouloir d’être parti sans moi. J’aimerais avoir un rêve, une fois, un qui soit rien qu’à moi, que je pourrais chérir et vers lequel je pourrais tendre en sachant qu’une fois mon but atteint, il me rendrait heureuse. J’aimerais avoir quelqu’un à mes côtés, quelqu’un que je pourrais apprécier, et que je pourrais garder près de moi sans craindre qu’il ne me laisse de nouveau seule. Mais ces mots-là, je ne me les avouais même pas à moi-même, et les prononcer à voix haute, c’aurait été les rendre réels, et ainsi ternir tout ce que je trouvais de bien dans la vie que je menais actuellement.

— J’ai l’impression qu’il y a tellement plus à découvrir, tellement plus à devenir, me contentai-je de dire.

Je secouai la tête avec un léger rire.

— Enfin, comme vous l’avez dit, je suppose que tout le monde ne réagit pas de la même façon.

A nouveau, j’en vins à les remercier toutes deux, mon ange-gardien et son Familier. Comme je l’avais dit, elles m’avaient apporté énormément, et j’avais le sentiment de leur être étrangement redevables. Si elles n’avaient pas été là, quelque chose me soufflait que j’aurais pu bien malheureusement me morfondre pendant quelques temps encore. Mara poussa un cri absolument adorable, comme si elle tentait de me répondre à sa façon. Et, tandis qu’Agnès finissait son assiette, je mangeais également mes dernières bouchées. Je relevai la tête vers elle lorsqu’elle se remit à parler.

— Je crois que ça devrait aller, murmurai-je avec un hochement de tête affirmatif, comme pour me convaincre moi-même. Comme je l’ai dit, douter de ce que je veux faire n’est pas dans mes habitudes, et je ne pense pas que ça se reproduira avant longtemps. Mais si jamais j’en ressentais le besoin, je reviendrais vous voir.

J’espérais que ça n’arrive pas avant longtemps. J’appréciais Agnès, bien entendu – même si je ne connaissais pas grand-chose d’elle – et je lui étais réellement reconnaissance de sa présence et du réconfort qu’elle m’avait apporté, mais je ne voulais pas en venir à dépendre d’elle. Je me rassurerais très bien toute seule à l’avenir, merci. J’avais déjà eu besoin de quelqu’un une fois, et je savais quelles souffrances on pouvait ressentir lorsque cette personne particulière venait à disparaitre. Je ne laisserais plus jamais cela se produire. J’avais déjà permis à mon ange-gardien de m’aider suffisamment comme ça. Pour affirmer cette intention de prendre un peu de distance, je me levai.

— Je…

Comment pouvait-on dire « au revoir » à un inconnu qui nous avait gentiment sorti d’une mauvaise passe ? J’avais l’impression bizarre que je lui devais bien plus que de simples paroles, et pourtant, nous n’avions fait que parler, toutes les deux. J’avais aussi le sentiment étrange et désagréable que je me retournerais vers mes doutes une fois loin d’elle. Je me pris une profonde inspiration pour affermir ma résolution de partir, consciente que je ne connaîtrai la véritable teneur de mes pensées qu’une fois seule avec moi-même.

— Je pense qu’il est temps que nous nous séparions, murmurai-je finalement avec un léger sourire. J’espère que nous nous reverrons un jour, et que j’aurais un état d’esprit, disons, moins… sombre. Vous êtes une personne qu’on a envie de connaitre, vraiment.

J’eus un large sourire, amical et reconnaissant.

— Au revoir, donc.

Je me dirigeai vers la sortie, m’appuyant au passage sur ma jambe blessée, qui se rappela à moi dans un éclair de douleur. Je grimaçai, mais ne pris pas le temps de m’arrêter. Cette petite pointe de souffrance n’allait certainement pas entamer ma bonne humeur tout juste retrouvée. Un léger sourire étira mes lèvres. Mes doutes, ma douleur… Je ne laisserais rien de tout cela entamer ma détermination à réussir ce que je désirais entreprendre. Et pour l’instant, ce que je désirais réussir, c’était mon entrée à l’Académie. Après… après, je verrai bien.

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Message Sujet: Re: Un rayon de soleil qui perce les nuages   Mar 13 Sep - 10:08

Chacun avait sa vision de la vie, de ses peurs et espoirs. Agnès ne chercha pas à convaincre Melinda que la peur était un élément naturel qui impactait les décisions. Par contre, elle hocha la tête quant au potentiel bienfait du changement.

- Oui, il y a toujours des choses à découvrir, mais tous ne pensent pas ainsi, conclua-t-elle en réponse à son interlocutrice.

Puis Melinda chercha à rassurer Agnès quant à ses doutes et ses résolutions avant que a fin de la conversation se profile. La jeune noble accueillit les compliments de l'outreventoise avec un sourire, elle ne s'attendait pas que l'on dise cela d'elle. Elle n'avait fait qu'offrir son aide à une personne en difficulté.

*Tu as fait ta samaritaine et maintenant elle va te vénérer.*
La remarque de Mara manqua faire rire sa maîtresse, mais cette dernière se retint en faisant appel à toue la maîtrise acquise au sein de la Cour. Seul son sourire se fit flottant quelques instants avant de se raffermir.

- Je l'espère également. Je vous souhaite une bonne continuation Melinda. Au revoir.

La demoiselle quitta l'auberge tandis qu'Agnès resta encore quelques minutes.
*Tu pourrais t'abstenir de ce genre de commentaires Mara, ce n'est pas agréable de rigoler en pleine discussion surtout quand cela porte sur mon interlocuteur.* La petite loutre porta un regard innocent sur Agnès qui finit par sourire de nouveau. *Allez, retournons dans notre chambre déposer ces achats.* La noble paya les consommations puis repartit en direction de l'auberge où elle était descendue.

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