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 Maman, dis-moi pourquoi..

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Agathe de Vigdir
Agathe de Vigdir

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J'ai fait allégeance à : la cour des Miracles et Mélusine de Sylvamir.
Mes autres visages: Astarté des Sables • Gabrielle de la Volte • Sifaï Sinhaj • Tancélie le Sustain
Message Sujet: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptySam 18 Mar - 0:48


Livre II, Chapitre 2 • La Fortune des Flots
Agathe Martel & Grâce de Sombregemme

Maman, dis-moi pourquoi...

Sujets légers autour du thé



• Date : 18 mars 1002
• Météo : Une fine poudrerie rend la température un peu plus douce
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Suite aux attaques récentes, Agathe doit bien se rendre à l'évidence. Elle s'inquiète pour sa maman, bien malgré elle. Sous une excuse discutable, elle l'invite donc à la rejoindre dans la neige et la glace. Le moment est idéal pour se rassurer quant à l'état de celle qui l'a mise au monde, mais également, si le courage le lui permet, de l'interroger une fois pour toute sur les raisons de son abandon, il y a de ça quelques dix-sept années.
• Recensement :
Code:
• [b]Mettre la date ici :[/b]18 mars 1002 [url=http://arven.forumactif.org/t1889-maman-dis-moi-pourquoi#56865]Maman, dis-moi pourquoi...[/url] - [i]Agathe Martel & Grâce de Sombregemme[/i]
Suite aux attaques récentes, Agathe doit bien se rendre à l'évidence. Elle s'inquiète pour sa maman, bien malgré elle. Sous une excuse discutable, elle l'invite donc à la rejoindre dans la neige et la glace. Le moment est idéal pour se rassurer quant à l'état de celle qui l'a mise au monde, mais également, si le courage le lui permet, de l'interroger une fois pour toute sur les raisons de son abandon, il y a de ça quelques dix-sept années.

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Message Sujet: Re: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptySam 18 Mar - 1:05

Hallebarde somnolait sur ses genoux, tout le temps qu’elle tentait de trouver les mots justes pour cette lettre. Il y a un an, seulement, elle ne se serait pas embarrassée de jolis mots pour ménager son destinataire. Il y a un an, Agathe aurait eu bien du mal à rédiger la plus simple des lettres, il fallait dire. Si l’idée d’aborder un faux prétexte pour appâter sa mère l’avait hantée bien longtemps, la jeune fille avait renoncé en cours de route. Elle était une enfant de Bellifère, quoi qu’en montre les parures qui ornaient son cou et ses oreilles nouvellement percées. Elle se devait d’être franche, le plus possible. Cela dit… Elle n’était pas tout à fait prête à assumer son inquiétude pour Grâce de Sombregemme. Pour Grâce Martel. Il y avait eu des attaques, il y avait eu des batailles, et la fille espérait que la mère se porte bien, malgré leur relation ..difficile. C’était tôt, un matin, qu’elle avait eu l’illumination : Il était d’une vérité absolue que l’anniversaire de sa sœur approchait à grand pas. Rien ne lui semblait ridicule dans cette requête. Malgré les attaques qu’avaient probablement subies sa mère, une requête pour planifier un anniversaire ne détonnait pas vraiment aux yeux de la petite demoiselle.

Grâce,

Aubrée aura un âge important, un âge de jeune femme. Je crois qu’elle serait heureuse que nous ayons de petites attentions pour elle. Je ne sais plus ce qu’elle aime, depuis la nouvelle vie qu’elle s’est choisie. Pourrais-tu m’aider à aimer un peu mieux ma grande sœur?

Agathe

J’espère que vous vous portez bien, Corail et toi.


La grande enfant questionna le hérisson endormi, du regard. Aucune réaction. Vilain Hallebarde. Une moue incertaine au minois, elle avait néanmoins envoyé la lettre avec ces misérables dix mots trahissant son inquiétude réelle et sa motivation première. La réponse n’avait pas tardé. Agathe s’était empressée de demander pâtisseries, confiseries, tout ce qu’elle aimait vraiment, pour s’arrêter, hébétée et chavirée, devant l’angoisse et la fébrilité qui l’habitaient à la simple idée de voir sa mère en tête à tête. De ses caprices gustatifs, on s’en était amusé et on avait cédé. Être la pupille de Mélusine avait probablement quelques bénéfices, dont celui-là. La voltigeuse était arrivée quelques jours plus tard sous une poudrerie fine. À chaque tempête, depuis le début de mars, on s’entêtait à faire croire à la blondinette qu’il s’agissait de la dernière. Et elle, crédule, acquiesçait avec plein d’espoir jusqu’à la prochaine chute de neige.

Maman, dis-moi pourquoi.. Divide10

- Grâce…

Ses joues n’étaient déjà plus aussi rondes, sa taille s’affinait. Agathe Martel était une jeune femme en devenir, à n’en point douter. Elle avait hésité longtemps sur sa tenue, sur ses parures, d’une part ne voulant pas être une vilaine fille coquette et lui déplaire, de l’autre, ne voulant pas être une gamine Belliférienne et lui déplaire encore plus. Misère. La blondinette avait opté pour une robe chaude et sobre qui cachait la moindre parcelle de sa peau -sans doute la préférée de l’adolescente prude qu’elle était-, mais avait tout de même pris soin de couvrir ses jolis doigts de bagues qu’on lui avait si généreusement offertes, à son passage en Sombreciel. De son mieux, un peu maladroitement et sans le moindre mot, elle s’efforçait de montrer à sa mère qu’elle avait changé au moins un tantinet. Qu’il n’y avait plus de raison de la détester, maintenant. Tant d’effort, tant de minutie, tant de stratégie; il aurait probablement fallu être devin pour comprendre réellement ce message subtil. Devant tous ses efforts, Agathe ne se reconnaissait même pas. Ne la détestait-elle pas, cette mère absente? Un peu. Peut-être. Elle ne savait plus.

- J’ai demandé des pâtisseries et de la confiture de châtaigne, et il y a une infusion chaude, pour te réchauffer. OH! Et.. Ton voyage était agréable?

Elle avait accompagné la grande dame, la voltigeuse de renom, la salvatrice d’enfants perdus autour d’une petite table confortable, dans la pièce qui lui servait de lieu d’études lors des visites de ses précepteurs. Le hérisson s’était trouvé une place de choix non de loin de l’âtre et ses épines luisaient joliment à la lueur des flammes, semblable à des lances miniatures. Agathe sentait la nervosité la gagner de plus en plus, alors que Grâce Martel pénétrait son refuge.

- Tu.. Vous… Près de la cheminée, ce serait mieux. Avec ce froid… Je ne pensais pas qu’il pouvait faire si froid, dans ce monde. Je…

Parler, parler, parler. Babillage. Futilité. Tout pour meubler un possible silence qui l’effrayait au plus haut point. Agathe se posa néanmoins devant sa mère sous une posture soignée et droite, quoiqu’un peu crispée par la nervosité; déjà, les efforts de Mélusine portaient fruit et la petite avait affiné ses manières. Elle prit soin de verser un peu d’infusion dans une tasse large, à l’intention de sa mère, puis s’était servie, elle aussi, en dernier. Ses prunelles claires se posèrent enfin sur Grâce pour l’ausculter avec attention. Un mélange étrange de rancœur farouche, de curiosité et de tiède affection lui enserrait la poitrine.

N'était-elle pas trop petite pour subir autant de sentiments à la fois?
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Grâce de Séverac
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Message Sujet: Re: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptyMer 12 Avr - 1:00

Le parchemin semblait se déliter sous ses mains, alors qu’elle était ainsi assise sur le lit qui était le sien, à la caserne de Vivedune. Elle ne savait plus combien de fois elle l’avait lu. Premièrement, parce qu’elle avait été surprise et dérangée par ce nom si… impersonnel, au début de la lettre. S’attendait-elle à être appelée maman ? Mère ? Autre chose ? Elle n’en savait vraiment rien, mais elle ne s’était pas attendu à un courrier aussi austère… Même si c’était un premier pas, qu’elle la contacte, n’est-ce pas ? Elle n’était toujours pas certaine de vouloir de ses filles dans sa vie, quoi qu’elle soit résignée à ce que ce soit le cas. Soupirant, elle se leva malgré tout, pour partir. À quoi bon persister à relire ce maigre mot, quand elle avait déjà répondu qu’elle viendrait ?

Elle se demandait malgré à quel point Agathe se leurrait sur sa propre relation avec Aubrée. Elle connaissait encore moins sa fille que sa sœur ne devait la connaître, mais leurs relations s’étaient-elles à ce point dégradées, qu’Agathe ne connaisse plus Aubrée ? Elle la savait fâchée contre elle, mais elle croyait que ça n’était que temporaire. Cela faisait plusieurs mois, maintenant. Peut-être ne savait-elle pas, comme sa mère, comment briser la glace, à vrai dire. Peut-être. Cela ne changeait rien à son problème. Qu’offrait-on à un enfant de son âge, un enfant assassin ? Et comme le célébrait-on ? Sûrement pas en lui donnant une cible à tuer. Bien qu’elles ne manquent pas, entre ses frères, Richard, bien des Bellifériens...

Grâce avait bien des difficultés à savoir quoi faire. Peut-être qu’un simple thé avec des gâteaux à la noisette - et c’était bien la seule qui plairait à Grâce dans cela, hormis de pouvoir discuter avec ses filles - avec quelques cadeaux serait suffisant ? Il faudrait bien. Soupirant, elle sortit rejoindre Corail, prête à s’envoler vers les terres glacées du duché du Savoir. Il lui faudrait presque une journée complète pour s’y rendre, si tant est qu’elle avait un paquetage léger. Elle ne s’y attarderait sûrement pas, une seconde tenue officielle de Voltigeuse suffirait probablement pour tout son séjour – il n’excèderait pas deux jours, n’est-ce pas ? Elle s’était assurée d’être la bienvenue chez la mentor de sa fille et son époux, ne désirant pas se comporter en intruse, avant de venir, mais avait considéré que leur hospitalité serait courte.

Elle se surprenait à se demander si sa fille souhaitait qu’elle reste davantage, chassant cette pensée aussi vite qu’elle lui était venue – c’était absurde, elle ne lui écrivait que pour se réconcilier avec Aubrée, parce que parler à une personne qu’elle n’appréciait pas était plus facile. Pourquoi appréhendait-elle autant de la voir, par Kern ? Elle se figea un instant, devant la jeune fille qui se trouvait devant elle. Non, jeune femme. Depuis combien de mois ne l’avait-elle pas vue ? Elle s’était affinée, embellie… même si elle portait une robe qui lui fit serrer légèrement les dents. Elle ne voulait pas que sa fille se pare de vêtements cielsombrois choquants, mais elle espérait qu’elle se libère de ce carcan qui lui avait été imposé, auquel elle l’avait abandonnée…

« Bonjour, Agathe. »

Elle se voulait douce, elle avait plutôt l’impression d’être gênée – de marcher sur des congères de neige, quand l’extérieur était en réalité plat, de manière très surprenante. Avaient-ils des jardiniers de neige ? Elle secoua la tête, tant l’idée lui paraissait purement absurde, bien que ça aurait pu être sympathique, de voir ce qui devait être un jardin en des temps plus cléments parsemé de statues de neige. Sa fille avait-elle essayé, d’en faire ? Non, c’était encore plus absurde, elle n’avait plus l’âge pour cela.

« J’ai hâte de goûter tout cela, ça m’a l’air délicieux. Veux-tu voir Corail ? »

Elle savait que Corail, elle, voulait jeter un œil à la progéniture de Grâce – ces œufs qu’elle avait couvés -, pour savoir si elles grandissaient normalement, hors du nid. Drôle de métaphore, mais elle n’avait pu que l’approuver, à dire vrai. Elle ne tarda pas à suivre sa fille à l’intérieur, toutefois, le froid la prenant. Le choc était saisissant, en comparaison avec le climat erebien.

« C’était très agréable, de voler sur une longue distance, mais je suis fourbue, des heures passées sur Corail. Elle aussi, elle va sûrement se trouver un endroit chaud où se reposer… Mon ailière est blessée, et nous sommes immobilisées depuis plusieurs semaines, ça nous a fait du bien. »

Elle était aussi nerveuse que sa fille, aussi se rattachait-elle à des faits faciles à évoquer.

« As-tu vu la neige ? Vu beaucoup de neige, je veux dire. Tu as des habits adaptés au froid ? Quoi qu’il fasse chaud, à l’intérieur… »

Elle avait conscience de ne dire que des banalités, mais ça n’était pas évident. Elle prit sur elle de s’asseoir, espérant que les baron et baronne de Sylvamir ne l’attendaient pas – il ne semblait pas, mais elle pouvait se tromper.

« Peut-être devrais-je aller saluer tes tuteurs, les remercier de bien vouloir m’accueillir ? Sont-ils présents ? »

S’ils l’étaient, elle irait assurément les remercier, avant de passer du temps avec sa fille. Elle avait beau considérer n’être redevable que de peu de choses, envers un nombre bien précis de personnes parmi lesquelles se trouvait notamment Freyja, elle avait une once de savoir-vivre.

« Comment vas-tu, Agathe ? Ta nouvelle vie te plaît-elle ? Que fais-tu, exactement ? J’ai vu que tu écrivais fort joliment, est-ce là un apprentissage dû à Mélusine de Séverac ? »

Elle aurait presque souhaité remercier l’excentrique sœur de Melsant, mais elle appréhendait aussi de la rencontrer – elle ne savait guère ce dont elle pouvait être avertie, à son sujet, et moins encore ce qu’elle pouvait tenir de son frère et duc.
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Message Sujet: Re: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptyJeu 4 Mai - 3:28

Tout en prenant place, la jeunette entretenait l’échange de civilités. Un peu distraite, un peu futile, elle confia à sa mère que non seulement elle avait vu la neige, mais qu’elle avait pu courir sur la glace avec un petit garçon qui habitait avec elle, également sous la tutelle de la Marquise. L’effort qu’elle mettait à le décrire dans les moindres détails, jusqu’à la fossette à sa joue, trahissait l’affection toute filiale qu’elle lui portait. Et il avait un poney. Et il apprenait à se battre. Et il avait seulement douze ans, mais il était.. Oh! Au moins grand comme ça. Si, si. Vrai de vrai. Promis.

- Nous avons construit une petite maison pour Hallebarde, mon hérisson, afin qu’il puisse dormir tout l’hiver. Les animaux dorment lorsqu’il neige, par ici. C'est étrange, non? C’est Dame de Sylvamir qui me l’a confié! Ma tutrice m’a aussi offert une cape très chaude, et très belle. Il n’y a pas de capuche pour me couvrir de la neige, mais il y a un col de fourrure. Je crois que c’est de l’hermine, mais je ne suis pas très douée pour la fourrure. Peut-être un renard d’ici? Ils sont tout blancs, mais je ne sais pas si c’est parce qu’il y a de la neige ou parce qu’ils sont blancs tout le temps. Elle est douce, très douce, et très blanche aussi! Elle aime beaucoup offrir, je crois. Ma tutrice. Elle m’a offert tant de choses…!

À son regard brillant, il ne faisait aucun doute qu’elle vouait à Mélusine un espèce de culte étrange. Fascinée, elle l’était, Agathe. Dans son ombre depuis l’été dernier, elle avait eu tout le loisir d’observer cette femme, sa tutrice, dans ses exubérances les plus extrêmes et dans ses démonstrations d’affection les plus fragiles. Elle était -Agathe en était intimement convaincue- tout ce qu’elle-même n’était pas. Par le fait même, Mélusine lui offrait tout ce qu’elle n’avait jamais osé espérer, en Bellifère. De jolies parures, des rubans et des vêtements brodés, certes, mais de l’attention, de l’affection et les bases de ce qui semblait être l’esquisse d’une famille. Ou quelque chose comme ça. Mais elle n’était peut-être pas tout à fait prête à l’avouer, ou du moins, à le dire ainsi, la blondinette.

- Peut-être devrais-je aller saluer tes tuteurs, les remercier de bien vouloir m’accueillir ? Sont-ils présents ?
- Dame de Sylvamir a eu des ...Euh… Problèmes… Elle se repose beaucoup, avec son petit. Il est très mignon et très gentil. Mais elle voudra sans doute vous saluer. Oh... Ça, oui.

Et elle ne l’abandonnerait pour rien au monde, son adorable petit garçon. La pensée la transperça sans crier gare, emportant la toute jeune fille à un silence songeur et à un sentiment primitif d’injustice.

- Comment vas-tu, Agathe ? Ta nouvelle vie te plaît-elle ? Que fais-tu, exactement ? J’ai vu que tu écrivais fort joliment, est-ce là un apprentissage dû à Mélusine de Séverac ?

Sa vie lui plaisait-elle? Oui. Non. Il y avait tant à dire qu’une seule rencontre, aussi longue puisse-t-elle être, n’aurait pas suffit à exprimer la  complexité de son ressenti. Puis… Grâce méritait-elle ses confidences? Agathe hésita un moment, tiraillée entre la gaminerie de lui refuser ses états d’âmes mais sa volonté de lui plaire et de réparer ce qu’elle avait détruit, dix-sept ans plus tôt. Ses mains cerclaient étroitement sa tasse, et si la chaleur était inconfortable sous ses doigts, elle ne dérogeait pas de sa posture. S’occuper les mains lui donnait une certaine constance et son angoisse, sa peur, se vivait mieux ainsi. Du bout des yeux elle cherchait un sujet, un détail, un petit quelque chose qui lui permettrait d’éloigner la conversation de ce sujet gênant, comme le lui avait appris Mélusine. Le malaise était tel, entre la mère et la fille, que toutes les bienséances se défilaient et qu’un nuage un peu lourd pesait sur ses pensées jusqu’à l’embrouiller.

- Quand… Lorsque vous… Elle inspira profondément puis posa ses lèvres sur sa tasse. La fumée chatouilla un moment son minois, brisant tout à fait l’ébauche de sa question. Lorsque tu disais que ton ailière était blessée, est-ce que c’est en lien avec… Tu sais. Elle fronça ses sourcils fins, inclina un tantinet le minois vers sa mère, comme pour l’inviter à la confidence. La guerre.

Cela ne paraissait sans doute pas, entre les volutes de fumée qui dansaient devant ses yeux bleus, et ses boucles blondes qui sautillaient joyeusement sur ses épaules et sur son dos, mais le cœur d’Agathe s'emballa à cette question précise. Un peu maladroitement, elle ouvrait enfin la porte à ce qui l’avait poussée à l’inviter, cette Grâce de Sombregemme. Cette crainte infatigable de la perdre, alors que, pourtant, elle ne lui avait jamais vraiment appartenu, la tenaillait depuis plusieurs mois, déjà.
Depuis le Tournoi des Trois Opales.


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Message Sujet: Re: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptyDim 7 Mai - 0:08

Elle n’aurait pas cru sa fille si… bavarde. Elle était après tout si taciturne, quand elle l’avait arrachée à Brumecor, à la vie qu’elle connaissait. Elle nierait surement, si on la questionnait, mais elle était attendrie, par la petite face à elle. Par ses réactions enfantines. Elle l’avait trouvée tellement effacée, tellement Belliférienne, quand elle l’avait vue, et savoir qu’elle pouvait encore s’émerveiller, s’amuser, ne pas être morose… tout cela la touchait bien plus qu’elle ne l’aurait admis. Oui, elle était rassurée, en fait, de la voir ainsi. Elle avait longtemps culpabilisé, Grâce, et culpabiliserait encore beaucoup, d’avoir abandonné ses filles, de la vie à laquelle elle les avait condamnées. Alors la voir ainsi, savoir qu’elle avait fait le bon choix même s’il était tardif, allégeait un peu ce fardeau pour elle.

« Tu as beaucoup de chance, j’aurai aimé découvrir tout cela, à ton âge. Quand elle était devenue mère. Qu’elle avait fui cette responsabilité. Elle grimaça malgré elle. Tu pourras me le montrer – Hallebarde, la maison, et le garçon avec qui tu joues, si tu veux ? Je pense qu’il fait trop froid pour eux, non ? Tu n’as pas plus envie de dormir, ici ? Je connais peu Valkyrion, et ses animaux… Mais ta tutrice doit pouvoir te renseigner ? Elle n’était pas amère, malgré la pointe de jalousie qui lui prenait. Mélusine de Sylvamir, comme le lui apprenait sa fille, s’occupait d’elle comme elle n’avait jamais pu le faire. Comme elle n’avait jamais daigné le faire, et comme elle n’osait pas le faire, depuis que ses enfants avaient été arrachées à leur lieu de naissance et de vie. Elle est bonne, avec toi. J’espère que… Tu la remercies, et est respectueuse. Mais Grâce n’avait pas le droit de lui dire de telles choses. Que vous vous entendez bien. Que tu apprécies ta nouvelle vie, à ses côtés. Qu’elle est plus heureuse que celle que j’aurai pu t’offrir. » Elle se tait, la Voltigeuse, passe ces dures paroles sous silence, tiraillée par les sentiments négatifs qu’elle ressent à son propre sujet.

Un enfant ? Elle s’était mariée, ne portant plus le nom Séverac, et avait eu un enfant ? Elle savait décidemment bien peu de choses de celle à qui elle confiait son propre enfant. Hormis le fait qu’elle était la sœur de Melsant, qui lui avait affirmé qu’elle était digne de confiance. Elle déglutit difficilement, Grâce, quand Agathe lui affirme qu’elle s’occupe de son enfant comme il convient. Est-ce volontaire, de la part de sa fille ? Lui reproche-t-elle son abandon ? Elle en aurait tout à fait le droit. Elle acquiesce alors sans rien dire, pensant que si la maîtresse des lieux souhaitait la voir, elle la ferait mander – elle avait dû être avertie de son arrivée, après tout.

Elle est mal à l’aise, pourtant, alors que sa… l’enfant garde le silence, suite à sa question. Elle n’a peut-être pas envie de se confier. Pas envie de lui dire qu’elle est heureuse. Ou peut-être ne l’est-elle pas. Elle l’a déracinée contre son gré, mais bien des femmes de Bellifère sont heureuses de leur vie… Elle n’a eu de cesse de se questionner quant au fait d’avoir imposé à sa fille ce qu’elle pensait être le mieux pour elle, mais comment pourrait-ce être mauvais, alors qu’elle lui contait sa découverte de la neige, les bienfaits de sa tutrice, son entente avec l’autre enfant qu’elle a pour pupille, toutes ces choses ? Elle ne sait plus où elle en est du tout, Grâce.

Elle adresse un regard surpris à Agathe pourtant, lorsqu’elle la questionne. Elle n’est pas stupide, elle aurait du s’en douter. « C’est… compliqué. On s’est réfugiés dans un temple erebien, pour échapper aux Chevaucheurs et à leurs dragons. Des créatures anciennes et dangereuses y étaient tapies. Nous leur avons échappé, pour mieux tomber aux mains des Chevaucheurs. C’est… du à ça. » Se demandait-elle si elle avait, elle-même, était blessée ? Quelque peu, mais des égratignures, en comparaison avec celles de Rejwaïde. « Nous avons eu de la chance, de nous en sortir sans plus de dommages. » Elle grimaça, se rendant compte de sa maladresse. « Elle n’aura aucun problème à cause de ça… ni personne. » Se le demandait-elle seulement, la petite blonde ?
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Message Sujet: Re: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptySam 10 Juin - 20:36

À la volonté de Grâce de rencontrer Hallebarde, Agathe s’inclina vers l’âtre afin de soulever la petite boule d’épines avec mille précautions. Endormi et empoté, le hérisson ouvrait les yeux avec difficulté pour comprendre cette hauteur nouvelle et la tiédeur qui l’enveloppait bien étroitement, à présent. La jeunette déposa ses lèvres sur son adorable museau pour lui voler un baiser puis le présenta à Grâce, paume ouverte afin de dévoiler le hérisson en réveil. Elle hésita un moment à déposer Hallebarde entre elles, non loin des pâtisseries, mais se douta qu’il était plus qu’inconvenable de le faire.  Ainsi, Agathe logea son fidèle ami sur ses genoux. Beaucoup trop heureux de poursuivre sa sieste si près de sa maîtresse, il se roula confortablement sur sa cuisse. Après lui avoir promis de lui présenter le dénommé Arsène, et après avoir juré que son intelligence était nettement supérieur à la moyenne des garçons*, Agathe reprit possession de sa tasse toujours au moins un peu fumante pour la suite de la conversation. Conversation nettement plus intrigante et sensible, alors que Grâce lui narrait son aventure en terre erebienne.

- C’est… compliqué. On s’est réfugiés dans un temple erebien, pour échapper aux Chevaucheurs et à leurs dragons. Des créatures anciennes et dangereuses y étaient tapies. Nous leur avons échappé, pour mieux tomber aux mains des Chevaucheurs. C’est… du à ça. Nous avons eu de la chance, de nous en sortir sans plus de dommages. Elle n’aura aucun problème à cause de ça… ni personne.

Blessée… Ils avaient blessé Grâce. Sourcils froncés, mine hautement intéressée, elle était attentive, la petite. Les yeux grands, elle inspectait sa mère, ou celle qui se définissait comme tel, à la recherche d’une cicatrice, d’une éraflure, ou d’une bribe d’information supplémentaire. Comment se pouvait-il qu’il y ait des créatures anciennes et dangereuses dans des temples du désert? Ils ignoraient probablement leur présence, c’était le plus plausible. Agathe se fit la promesse d’en glisser mot à Mélusine. Peut-être aurait-elle une explication pour justifier le tout?

- Tu t’es défendue? Tu leur a montré tout ce que tu savais faire?...Tu.. Vous en êtes capable, je le sais. J’étais là, au Tournois des Trois Opales. Tu t’es battue très.. Euh.. farouchement. Tu en a choquée, là-bas, j’imagine...

Elle allait souligner qu’elle avait été sincèrement surprise par son aisance au combat mais elle s’arrêta par timidité et par crainte de se dévoiler un peu trop devant une presque étrangère. Un petit sourire sur ses lèvres, elle se souvenait du malaise que la présence de sa mère avait pu provoquer, chez les Bellifériens les plus réfractaires, dans les arènes. Son amusement de dissipa quelque peu lorsque le souvenir de son angoisse se manifesta, lui aussi. Il aurait été catastrophique de la perdre sans même l’avoir connu un tout petit peu. Sans même avoir compris la raison de son abandon. La peur la reprit, bien doucement, lui rappelant la raison de la présence de Grâce devant elle, aujourd’hui : Elle voulait savoir pourquoi la fuite, pourquoi le départ.

- J’ai une amie. Elle est chevaucheuse, avec son dragon. Il était gentil, même s’il m’a volé ma pâtisserie. C’est… C’est en raison de la guerre, qu’ils sont ainsi. Sans quoi, ils ne te feraient pas de mal, je présume. Vous devez le savoir, vous aussi. J’aurais souhaité que la guerre n’arrive jamais, jamais.

Pour ponctuer son débit de parole, la blondinette sirota une fois de plus son thé amer et réconfortant. Elle déposa une main sur sa cuisse afin de sentir un peu plus fortement la présence agréable d’Hallebarde, sur elle. Son simple contact lui suffisait pour reprendre un peu de courage, elle qui en avait si peu à offrir, et atténuer la pointe d’angoisse qui grandissait toujours un peu plus, alors que l’inévitable allait arriver.

- Est-ce que vous êtes satisfaite de votre vie? Vous plaît-elle, Grâce? ...Est-ce que…

Elle soupira, Agathe, en hésitant sur sa dernière question. Devait-elle se confier? Était-ce le moment? Si elle froissait la voltigeuse, il était fort probable qu’elle ne la revoit plus jamais de sa vie. Elle avait été bien capable de se défaire d’elle pendant près de seize ans, dès le berceau; elle n’aurait aucune difficulté à le refaire une fois de plus. Plus longtemps, peut-être bien.

- Est-ce que ça en valait le sacrifice?

Agathe ne regardait plus Grâce, sitôt les mots formulés. Elle allait avoir un malaise, elle en était pratiquement certaine, tant son coeur se démenait jusque dans sa gorge.

*Il était sous-entendu qu’Agathe connaisse un grand nombre de garçon pour effectuer cette moyenne, bien qu’elle n’ait connu réellement que sa fratrie et Arsène. Sans offense pour Arnaut et Anthelme.


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Message Sujet: Re: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptyMer 5 Juil - 23:16

Grâce ferma les yeux, un instant, comme pour graver dans sa mémoire l’image de sa cadette, embrassant le petit hérisson qui remuait tout juste. Elle était plus attendrie qu’elle ne l’aurait cru possible, et si elle ne s’en rendait pas compte, elle aurait donné beaucoup, pour assister à des moments aussi… simples, intimes, de la vie de sa fille. Mais Agathe le voudrait-elle seulement ? De cela, Grâce n’en savait rien. En avait-elle jamais su quoi que ce soit ? Elle en doutait. Elle était presque sûre, même, d’être incapable de pouvoir se comporter comme une mère devait le faire. Pouvait-elle faire autrement, que de tout détruire ? Elle grimaça, se remémorant sa discussion avec Freyja, peu après qu’elle ait été maintenue captive à bord d’une vivenef et conduite auprès des mages du Sang clandestins. Elle était malgré tout certaine que Freyja était une bonne mère, et une bien meilleure qu’elle surtout. Elle ignora la remarque qui surgit dans sa tête, comme quoi ce n’était pas bien difficile. Soupirant intérieurement, elle tenta de se reconcentrer sur sa fille, et ses babillages sur Hallebarde et Arsène. Elle lui donnait l’impression de découvrir la vie, une vie dans laquelle elle ne devait pas seulement faire la cuisine, baisser la tête et la voix, et obéir. Une réelle vie, dans laquelle elle pourrait s’épanouir. Une vague de culpabilité l’assaillit à l’idée qu’elle ne l’ait pas libérée de cela plus tôt, mêlée à l’intense sentiment d’avoir eu raison d’agir ainsi, même si Agathe ne l’entendait pas comme cela. Était-elle toujours fâchée ? L’aurait-elle contactée, si c’était le cas ? Elle déglutit difficilement.

Elle fronça les sourcils, surprise par la réaction d’Agathe, à ses mésaventures en Erebor. Elle avait pourtant atténué le danger, rien dit de trop effrayant. Elle le croyait, en tout cas. Peut-être était-elle insensible, de par sa place de Voltigeuse ?

« J’espère que je ne t’ai pas effrayée. Et tu peux me tutoyer, tu n’as pas besoin de me dire vous. Je… Enfin, tu peux me dire tu. Mais on s’est battus, farouchement, tous. Rejwaïde, Mayeul, Melsant, Marianne, Solange et moi. On a pas été capturés, même s’ils n’ont pas été capturés non plus. » Inutile d’ajouter que ça aurait sûrement été le cas, si d’autres Voltigeurs n’étaient pas venus à leur secours. Même s’ils s’étaient défendus vaillamment.

Elle sourit doucement, cependant. « J’en ai sûrement choqué, oui. Mais ils n’ont pas à me dicter ma conduite, pas plus qu’ils n’ont à te dicter la tienne. Personne ne peut le faire, Agathe, tu sais ? Si… Si tu es malheureuse, ici, tu peux me le dire. On peut… chercher une situation qui te rendra plus heureuse. » Ces mots se coinçaient de sa gorge, même si elle avait fini par les prononcer. Ce n’était pas sans difficulté. Mais si elle était persuadée d’avoir fait le bon choix, ça n’était pas aussi simple.

Et pourtant, ses yeux s’emplirent d’affection, de joie presque, en l’entendant dire qu’elle avait une amie. Défendre les dragons et les Chevaucheurs. Elle n’aurait jamais connu cela, si elle n’était pas partie. C’est qu’elle était satisfaite de sa décision, n’est-ce pas ? « Ce n’est jamais aussi simple que les gentils et les méchants, je le sais. Tu sais, j’ai des amis… pirates. Qui pillent les lieux même que les Voltigeurs doivent défendre. J’ai des amis qui sont si différents de moi que nous ne devrions pas nous entendre. Tout est… particulier. Mais je sais, qu’ils ne s’en prennent pas à nous, pour nous faire mal. Mais la situation est compliquée. »

Elle se leva pour s’approcher de la blondinette, à sa dernière phrase, se mettant à sa hauteur assise. « Nous faisons de notre mieux pour y mettre fin, et pour protéger la population. Tu sais que les autres Voltigeurs et moi nous faisons tout ce qui est en nôtre pouvoir pour ça ? Tout ira bien. » Elle semblait convaincue, même si elle ne pouvait réellement le promettre. Elle devait en convaincre sa fille.

Elle s’empêcha de reculer, cependant, à la question de sa fille. Elle devait vouloir dire plus que ça. Sinon, elle ne se serait pas arrêtée… si ? Elle retint son souffle, attendant que le couperet tombe. Est-ce que ça en valait le sacrifice ? Le sacrifice de… de sa vie en Bellifère ? De sa place de mère ?

Elle s’assit à même le sol, pour se donner le temps de trouver les mots. De lui en dire assez, mais pas… trop. « Je… Agathe, ce n’est pas aussi simple que ça. Je, je suis moins en danger, actuellement, en tant que Voltigeuse, que je l’étais aux côtés d’Alban. Un geste de plus, un geste de… trop, et peut-être que… » Elle s’arrêta, bien trop troublée. Elle ne pouvait pas lui dire ça. Elle pouvait avoir vécu tout cela, mais elle ne devait pas altérer ainsi les souvenirs de sa fille. « C’était nécessaire. Mais je crois qu’aucune solution n’aurait été convenable… » Elle manquait de mots, bloquée par cette réserve sur ce qu’elle pouvait confier. Elle n’était pas assez mature, pour entendre la vérité, dure, brutale, cruelle, n’est-ce pas ?
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Agathe de Vigdir
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Message Sujet: Re: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptyDim 16 Juil - 1:26

L’ambiance était étrange, dans sa chambre pourtant douillette. Tout lui rappelait Bellifère et ses étés étouffants, caniculaires, où les pluies diluviennes étaient soudaines. Il ne suffisait que d’un battement cils pour que l’orage éclate et que le ciel se couvre de lourds nuages dégoulinants de pluie. Tout semblait paisible, et pourtant… En une petite phrase, une simple question, le climat avait changé. L’âtre laissait bien une chaleur agréable se répandre, mais il faisait froid, malgré tout. Grâce se posa au sol et Agathe la considéra un moment, la mine fermée. Elle entendait bien ce qu’elle lui disait, la voltigeuse, mais ses arguments la blessaient plus cruellement encore. Pour chasser l’ennui, tout au long de sa jeunesse, elle s’était imaginée mille et une vies que pouvait vivre sa mère, celle qui l’avait abandonnée. Elle s’amusait. Elle avait des amis. Des rêves. Elle était bien, avec une nouvelle famille, peut-être, alors qu’elle lui avait volé des moments importants, des moments qu’une mère devait à sa progéniture.

- C’était nécessaire… Pour toi. Pas pour moi. Pas pour Aubrée. Que croyais-tu, Grâce..? Qu’il allait nous aimer et nous chérir, alors qu’on te ressemblait beaucoup trop? Toujours trop blondes. Toujours trop grandes.  Croyais-tu qu’il n’allait jamais nous punir d’être tes filles? Arnault… Tu l’as laissé derrière, là-bas, alors qu’il prenait tellement pour Aubrée et moi… Tu l’es devenue, voltigeuse, et tu n’es pas... Tu n’es pas revenue, même si le danger était moindre, comme tu le prétends. Pendant que tu te construisais ton avenir de voltigeuse incroyable et que tu changeais de vie parce qu’elle était trop horrible pour toi, nous… Nous… Nous, on nageait dedans. Nous, on s’effaçait…

Par ta faute. Elle n’avait pas réussi à le dire, sa voix s’était brisée avant. Il y avait eu un silence, un long et interminable silence, alors que la gorge de la blondinette se serrait douloureusement. Elle fixa ses mains qui enserraient Hallebarde. Les images de son jumeau, couvert de meurtrissures, s’imposèrent dans ses souvenirs. Le petit hérisson semblait bien paisible, loin du tourment que vivaient sa maîtresse et sa mère. C’est en le verbalisant qu’Agathe compris à quel point son enfance n’avait pas été juste. Tout ce que Mélusine et Hiémain lui prouvaient, jour après jour, depuis son arrivée dans leur vie, était qu’Alban avait eu tort, et que la vie qu’elle croyait douce, en Bellifère, était un mensonge.

- Laisse tomber…

Elle en avait beaucoup à reprocher et elle ne savait même plus comment formuler ses griefs. Tout d’abord, d’être partie sans elle, même si elle n’était qu’un nourrisson encombrant. Puis de ne pas être revenue, de ne pas avoir donné la moindre nouvelle, et d’être revenue, enfin, en laissant la moitié de son coeur avec Arnault. Agathe se sentait plus mal encore, maintenant qu’elle avait murmuré à Grâce de laisser tomber. De laisser choire. D’oublier tout ça. Elle se sentait coupable de lui en vouloir, au moins autant qu’elle lui en voulait d’être partie. De tout ce qu’elle pouvait lui dire, Agathe savait ses mots chargés de poison et de reproches. Elle s’efforça de réfléchir, de mesurer ce qu’elle allait dire pour ne pas la blesser inutilement, cette femme qui accourait néanmoins quand on l’appelait. Cette femme pour qui elle avait tremblé, au Tournoi des Trois Opales, et pour qui elle s’inquiétait avec cette guerre qui grondait.

- Laisse tomber. ..Montre-moi Corail, plutôt.

Vide. Elle se sentait bien vide, à présent. Vide et lâche. Peureuse et risible. Alban avait raison de se moquer d’elle. L’envie irrépressible de fondre en larmes la menaçait bien cruellement, mais Agathe tenait bon, la mâchoire un tantinet serrée, les yeux posés toujours fixement sur son hérisson. Elle se contrôlait de son mieux. Elle allait voir un griffon, un magnifique combattant ailé, puis elle leur souhaiterait la bonne soirée. Tout irait bien. Tout se terminerait bientôt. Elle pourrait ensuite s’enfermer jusqu’à l’infini dans ses appartements et pleurer, trembler, crier et se morfondre sur sa vie. Elle devait seulement tenir bon… Encore un peu.


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Message Sujet: Re: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptyVen 11 Aoû - 0:23

Pensait-elle réellement échapper à cette question, à ses interrogations que devaient forcément avoir Agathe ? Peut-être. Pourquoi, après tout, le lui aurait-elle demandé, alors qu’elle semblait se désintéresser d’elle ? La haïr, et ne rien vouloir savoir d’elle ? Elle devait admettre ne pas comprendre ce qui la motivait, alors qu’elle essayait d’en apprendre plus sur les motivations de sa mère. Était-ce réellement ce qu’elle voulait ? Ne désirait-elle pas uniquement se défouler, lui dire tout le mal qu’elle pensait d’elle, la sommer de rétablir la situation, comme elle l’aurait souhaité ? Sûrement, au vu de sa réaction. Elle ne voulait aucun contact avec elle, elle ne voulait pas qu’elle prenne une place de mère, peut-être voulait-elle qu’elle soit cette femme qu’elle avait idéalisée. Ou peut-être l’aurait-elle préférée morte. Sans doute aurait-ce été mieux, pour cette enfant, qu’elle avait face à elle. Sans doute était-ce son souhait le plus profond. Peut-être même avait-elle prétendu s’intéresser à sa survie, durant le Tournoi, alors qu’elle priait en son fort intérieur Lida et Sithis de l’arracher à la vie, ou Kern, de lui ôter toute force, pour qu’elle soit dévastée.

Elle savait avoir été égoïste. N’avoir pris cette décision que pour elle, lorsqu’elle était partie, sans penser à aucun de ses enfants. Avoir envisagé qu’une mère absente ou une mère morte, parce qu’elle était persuadée qu’elle aurait dépéri et qu’elle aurait fini par y laisser la vie, ne changeait pas grand chose. Elle avait sûrement eu tort – une mère morte pouvait être la source de reproches, seulement, elle n’en saurait jamais rien. Elle n’aurait pas culpabilisé, des années durant. Elle n’aurait pas eu à affronter ces dures paroles, ce regard tranchant, ces lames acérées qui la blessaient bien plus que ne l’avaient jamais fait les actes des autres Voltigeurs, les railleries, le mépris des Voltigeurs. Elle ne l’admettrait peut-être pas, mais elle était chamboulée, bouleversée.

Et surtout, elle se souvenait des bontés de Mélusine de Séverac pour sa fille. De l’amour qu’elle semblait ressentir pour elle, de toutes ces belles choses qu’elle lui offrait. Tout ce que Grâce ne lui avait jamais donné. Si Agathe voulait devenir sa fille, qu’elle le fasse ! La colère se disputait à la douleur, en Grâce. La colère, de d’entendre ces reproches, qu’elle sait justifiés. La colère, de ne pas savoir comment être une mère, pour elle. La colère, que Mélusine de Séverac s’en sorte bien mieux qu’elle – même si la femme n’y était pour rien. La douleur, pour les mêmes raisons. Parce qu’elle s’en voulait, aussi.

« Qu’attends-tu de moi, Agathe ? Veux-tu que je nie, tout cela ? Crois-tu que je ne le sais pas, que je ne me le suis pas reproché ? Préfèrerais-tu que je te dise que je vis une vie idéale ? Que la violence ne rythme pas ma vie ? » Elle était à deux doigts de lui dire qu’elle ne pouvait pas imaginer un seul instant qu’elles subissaient cela, de leur père, parce qu’elle n’avait aucune idée de ce à quoi elles ressemblaient, Aubrée et elle, pas la moindre non plus des jeunes filles qu’elles étaient.Pas la moindre idée, de fait, de ce que leur père pouvait leur reprocher Elle n’en fit rien, pourtant, réfléchissant, avant de se lever.

« Très bien. J’irai chercher ton frère. Dès maintenant. J’irai le chercher, et je te le ramènerai. Tu décideras, ensuite, de ce que tu veux. Mais une chose est certaine, tu ne veux pas de moi dans ta vie – plus de moi, peut-être, maintenant que tu me connais. Je gage que Mélusine de Séverac est plus douce, plus maternelle, que moi. Meilleure. Je ne m’imposerai pas à toi, jamais. Ne te sens pas le… devoir, de me contacter. Je n’ai aucun droit d’attendre quoi que ce soit de toi, de m’imposer à toi, comme je l’ai fait. J’irai chercher ton frère, tes frères si tu le veux, et je te laisserai tranquille. Et ne prends pas cela pour une fuite. Parce que je serai là, si tu le désires. Quand tu le désireras, si ça arrive. Je ne serai pas loin, et j’accourrai, si tu le souhaites. » Comme elle l’avait fait, depuis qu’elle l’avait enlevée à sa vie. Mais elle refusait de lui imposer ce qu’elle ne désirait pas – y compris sa présence. Si elle lui avait donné l’impression qu’elle voulait retourner en Bellifère, elle l’y aurait peut-être même ramenée. Mais ça n’était visiblement pas le cas.

« Corail est encore dehors. Nous pouvons aller la voir, et ensuite, je repartirais à Brumecor. »

Elle marchait vers l’extérieur d’un pas qui pouvait paraître décidé, mais qui était en réalité bien hésitant, pour quelqu’un d’un peu observateur. Peu importait. Il était trop tard, maintenant, pour agir autrement. Elle l’exécrait déjà, pourquoi craindre de lui montrer de la faiblesse ?
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Message Sujet: Re: Maman, dis-moi pourquoi..   Maman, dis-moi pourquoi.. EmptySam 26 Aoû - 15:26

Grâce achevait à peine son discour que les larmes roulaient déjà sur les joues rondes de sa plus jeune. Elle nageait en plein cauchemar, elle en était convaincue, et jamais leur conversation n’aurait pu tourner plus mal! En effet, qu’attendait-elle de sa mère, Agathe, en l’invitant ainsi, auprès d’elle? C’était un mensonge de l’amadouer avec Aubrée. Grâce n’était pas dupe, elle l’avait su bien rapidement. Être rassurée. C’était cela, qu’elle désirait, au fond d’elle : être rassurée sur l’état de sa mère, malgré la guerre qui déchirait désormai les gens, les amitiés et les familles; être rassurée de n’avoir rien fait de mal pour l’avoir fait fuir quelques mois après sa naissance; être rassurée d’avoir désormai une petite place dans la vie de cette étrangère qu’était Grâce Martel. De Sombregemme. Elle s’était levée brusquement en sanglotant et Hallebarde avait couiné sous ce brusque mouvement. La mignonne l’avait reposé tout près de l’âtre, tout en douceur et en caresse. Il n’y était pour rien, adorable petite créature d’Amir. Loin de se soucier des tourment de sa maîtresse, le hérisson se roula confortablement en boule et se désintéressa tout à fait de la blondinette pour prolonger sa sieste. Alors la petite releva ses jupons de ses deux poignes, les yeux embués de chagrin, avant de filer à la suite de la voltigeuse, comme par peur qu’elle ne s’en aille tout à fait, à tout jamais, sans l’attendre. Encore une fois.

- Grâce…

Elle l’appelait d’une petite voix, implorante, tristounette, tant le chagrin la submergeait déjà. La voltigeuse avait plusieurs pas d’avance, et Agathe ne la rattrapa qu’à la sortie du lotissement. Le froid fut comme une morsure sur sa peau tendre, mais la jeunette se contenta de serrer la mâchoire et d’encaisser, trottinant derrière Grâce à la manière d’un caneton malhabile. Les bras croisés sur sa poitrine naissante, les yeux plissés, elle affrontait la poudrerie en silence, jusqu’à ce qu’elles retrouvent Corail. Elle était un peu déçue, la blondinette, que le griffon ne soit pas réellement de la couleur du corail. Pour l’avoir longtemps imaginé, Agathe lui aurait préféré des lueurs rosâtres et saumonés, un bec d’or pailleté. Oh, mais elle était jolie, la griffonne, malgré tout, Agathe s’en rendait bien compte derrière ses sanglots et ses yeux humides.

- Laisse Arnault… Ce serait … Trop dangereux.

Pour Grâce. Pour Arnault, probablement, aussi. S’il n’obéissait pas, ce qui semblait la réaction la plus logique de son jumeau devant cette mère absente, Agathe craignait que la violence vienne envenimer leur relation familiale déjà problématique. Puis… Elle avait peur, tout de même, que Arnault refuse de la voir, après tout ce temps. Qu’il refuse de quitter Bellifère pour une Belliférienne bien indigne, sous la tutelle d’une noble aussi scandaleuse qu’était Mélusine de Sylvamir. Le rejet la blesserait plus encore que l’absence et le doute.

Désemparée. Il y avait une petite mort, en elle, qui grandissait, alors que le départ de Grâce était de plus en plus concret. Si le moment semblait crucial, pour amorcer une conversation de réconciliation, pour s’expliquer, pour se rabibocher, la gorge serrée d’Agathe le lui interdisait. Dans sa tête, tout se bousculait. Les bribes de leur conversation se mélangeaient dans une bien macabre ritournelle. Elle aurait pu lui dire qu’elle se souciait d’elle. Qu’elle lui avait imaginé plein de vies, plein d’aventures et de rencontres. Elle aurait dû lui dire qu’elle avait été blessée et cruellement heurtée par la jalousie en voyant les filles pirates mériter son attention. Elle aurait voulu lui dire que ce qu’elle attendait d’elle, tout simplement, c’était peut-être des excuses. Quelques miettes de désolation. Devant tout ce pouvoir, ce devoir et cette volonté, Agathe Martel avait gardé silence, celui-là même qui l’effrayait, au début de sa rencontre. Il était désormais une protection, une ultime barrière pour ne pas saboter totalement sa relation avec sa mère.

Car son enfance l’avait rendue peureuse.

Elle avait pleuré, encore, en voyant Grâce grimper si joliment sur Corail et s’éloigner bien loin.


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