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 Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur

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Gabrielle de Faërie
Gabrielle de Faërie

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Je suis : Princesse impériale, mage du Printemps ; baronne du Ru-d'Argent

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Message Sujet: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyMar 21 Aoû - 5:27


Livre III, Chapitre 5 • La Joueuse de Flûte
Gabrielle de la Volte & Antonin de Faërie

Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur



• Date : 28 juillet 1003
• Météo (optionnel) : Plutôt frais
• Statut du RP : Privé
• Résumé : Les cadavres se sont relevés. Gabrielle a tremblé. Antonin l'a soutenue. Ils sont de retour à Alfaë, au palais impérial, et voilà que l'insomnie ronge une princesse, et que les drogues embrument un prince.
• Recensement :
Code:
• [b]28 juillet 1003:[/b] [url=http://arven.forumactif.org/t4083-lorsque-la-nuit-est-sombre-et-pleine-de-terreur#151862]Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur[/url] - [i]Gabrielle de la Volte & Antonin de Faërie[/i]
Les cadavres se sont relevés. Gabrielle a tremblé. Antonin l'a soutenue. Ils sont de retour à Alfaë, au palais impérial, et voilà que l'insomnie ronge une princesse, et que les drogues embrument un prince.





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Message Sujet: Re: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyMar 21 Aoû - 5:29

Du sang. Des hurlements. Des mains qui la poussaient. Des morts qui se relevaient. Manaël qui hurlait. Sitôt que Gabrielle fermait les yeux, elle entendait à nouveau les bruits d’horreur de la célébration. Elle revoyait les sempiternelles images de Val-Serein. Le visage de Gabin, son petit frère, lorsque les momies avaient envahie sa demeure. Elle s’était faite forte et brave, la Cibellane, derrière la meute de protecteurs dévoués. Aux côtés d’Antonin, elle avait retenu ses pleurs et ses cris, même lorsque les bras décharnés s’étaient faufilés par l’une des fenêtres du manoir. Lorsque les agents de la Confrérie avaient fait quitter les momies des terres de son puiné, Gabrielle n’était déjà plus là. Elle avait franchi le premier portail ouvert, entraînée par son fiancée, pour rejoindre Alfaë en un battement de coeur. Un simple pas et Val-Serein se refermait derrière eux. Un petit pas et elle se retrouvait bien loin de sa fratrie écorchée.

Antonin avait distribué ses ordres avec une détermination qu’elle ne lui connaissait pas encore. Encore tremblante, toujours secouée, Gabrielle n’avait pas été en mesure de prendre la moindre décision, à son arrivée au palais. On les pressait de questions et elle chancelait, sa main agrippée à celle de l’Outreventois, esquivant les civilités derrière son fiancé. Il avait souhaité être Chevaucheur. Il avait été choisi par Agonie, rien de moins. Elle se rendait compte qu’Antonin savait agir en situation périlleuse, alors qu’elle peinait à apprivoiser la peur farouche qui l’avait terrassée toute entière. Très rapidement, elle avait dû abandonner sa main pour suivre un éventail de servantes. Elle n’avait eu aucun excès de pudeur lorsqu’on lui avait retiré ses apparats somptueux et sa robe délicate. La princesse s’était laissée engloutir par une eau parfumée et brûlante afin de ne plus voir ses propres tremblements et d’engourdir ses visions cauchemardesques. On avait frictionné son dos, lavé ses cheveux. On l’avait habillée d’une robe confortable, bien plus simple et légère que la précédente, en prévision de cette nuit qui s’installait au palais.

C’est au coeur de ses appartements, soigneusement ensevelie sous ses couvertures, que Gabrielle éprouva le besoin de le retrouver. Dans cette solitude, accompagnée de ses seules pensées, les ombres inquiétantes des mort-vivants lui revenaient en mémoire. Si elle fermait les yeux, il lui semblait même revoir les gerbes de sang, au sol. L’un des protecteurs avait été mordu. C’était un sentiment étrange, qu’elle éprouvait, alors qu’elle s’avançait vers le corridor, aux aguets. Le Jour des Anciens. Les mêmes battements de coeur qui lui tambourinaient la poitrine que lorsqu’elle s’apprêtait à rejoindre Lionel de Rivepierre. Ce n’était pas par crainte de l’inconvenance, cette nuit, pourtant, qui faisait pulser son coeur. Plutôt la peur de la solitude. Ou la hâte de le retrouver. De se fondre à nouveau entre ses bras, comme lors de leur séjour à la Volte. Elle le savait imparfait, déjà, avant même de s’unir à lui. Mais elle le savait plus fort qu’elle, pourtant, et doté d’une générosité et d’une bravour qui la rassuraient.

Elle avait frappé discrètement tout en observant le prolongement du couloir. Seuls, pour le moment. Devant le silence obstiné que lui offrait la pièce qu’elle imaginait luxueuse, de l’autre côté de la porte close, la princesse pressa quelques coups plus rapides, mais toujours aussi légers. Un bruit vague. Des pas lourds. Elle se crispa bien malgré elle. Il n’y avait rien de menaçant. Aucun mort. Il n’y avait qu’Antonin qui lui ouvrit la porte et l’observa d’un air surpris. Hébété ou subjugué.

- Antonin… S’il vous plaît… Je n’arrive pas à fermer l’oeil.




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Antonin de Faërie
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Message Sujet: Re: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyLun 3 Sep - 17:47

Terreur et détresse avaient remplacé rapidement la bonne humeur dans la réception de Gabin de la Volte alors que les momies avançaient de leur démarche saccadée jusqu'aux portes du manoir, jusqu'aux invités.  Une part de moi aurait désiré me joindre au combat, soutenir le frère de ma fiancée, mais ses frêles épaules, son épouvante m'avaient gardé auprès d'elle, ne trouvant point le cœur de la laisser seule parmi ses protecteurs.  Tiraillé entre mon devoir auprès des miens et de celui auprès d'elle, elle avait pesé plus fort dans la balance et j'avais choisi de rester, de la protéger du mieux que je le pourrais.  Alors que nous étions enfermés dans une pièce, régulièrement l'Ardence venait faire son rapport et je lui communiquai mes ordres : j'eus préféré qu'il ne se préoccupe pas de revenir si souvent, qu'il se concentre à apporter tout le support nécessaire à la duchesse Gaëtane et à son jeune frère.  Finalement, les choses se résorbèrent, laissant les cœurs palpiter d'angoisse et d'incompréhension face à ce qu'il venait de se produire.  Voyant ma fiancée secouée et tremblante de l'expérience, je lui avais fait prendre le premier portail vers le palais d'Alfaë où tous les soins nécessaires lui seraient apportés.  Bien qu'elle ne fut pas blessée, heureusement, elle aurait besoin de réconfort et que je comptais bien à ce qu'on le lui offre.  Je ne pris que rapidement congé de notre hôte, lui promettant de revenir bientôt.  Pour m'accorder les grâces de ma belle, j'avais commencé à me rapprocher du Chevaucheur qu'était son frère et je ne désirais pas perdre l'amitié que j'avais forgé tranquillement avec lui, le temps passant.  Pour le bien-être de sa sœur, il me pardonnerait sûrement la cavalerie de mon départ.  Je l'espérais.

De retour au palais, bien que moi-même éprouvé, je me chargeai de raconter brièvement ce qui s'était passé, tentant d'épargner autant que possible les peines de Gabrielle.  Tout cela avait été une dure épreuve et je mis rapidement fin aux questions pour la remettre entre les mains de servantes qui se chargeraient de l'aider à se baigner et à se mettre au lit afin qu'elle ne prenne du repos.  Je la quittai dans l'assurance de la voir dès la première heure le lendemain.  J'avais besoin de m'isoler, de me cacher du reste du monde.

L'appel était fort.

Dès que mes obligations furent relâchées, je me retirai dans mes appartements, enfin seul. Enfin.  Je repensai aux événements de la journée et à la honte, la terrible honte que j'avais de ne pas avoir participé au combat, d'avoir été inutile.  Je cherchai la conscience d'Agonie, mais elle était loin, inaccessible.  De plus en plus, il m'était difficile de la retrouver.  Le lien s'effritait et mon cœur saignait.  Un jour, je la chercherai et je ne sentirai même plus sa présence feinte, elle disparaîtrait et elle porterait son choix sur un Chevaucheur plus digne d'elle.

J'étais un raté.

Les mains tremblantes d'avoir résisté autant que je ne l'avais pu, elles trouvèrent d'elles-mêmes le chemin jusqu'au petit coffret de bois.  Elles l'ouvrirent, les gestes étaient devenus mécaniques.  Je tirai ma pipe et la bourrai sans même réfléchir.  Le feu s'embrasa un instant avant de laisser échapper une légère fumée.  J'inspirai.  Une fois.  Deux fois.  Trois fois.  Et mon âme s'envola, éloignant ma conscience et mon esprit de toute préoccupation.  La détente complète.

Le temps passait de façon incontrôlée, l'herbe brûlait encore dans le creux de la pipe et je me sentais bien.  Plus rien n'existait, plus rien ne m'alourdissait.  Je flottais.  Jusqu'à ce qu'un son à la porte ne m'oblige à ravoir les yeux sur terre.  Pris d'un instant de panique, je me figeai.  Les coups recommencèrent.  Lentement, je posai la pipe sans l'éteindre et je m'approchai de la porte que j'entrouvris pour y découvrir le visage tourmenté de Gabrielle.  J'aurais dû la renvoyer à ses appartements, la raccompagner tout en la réconfortant, mais plutôt je m'écartai.

« Entrez. »

Il y avait quelque chose d'indécent de laisser une femme pénétrer mes appartements, de laisser ma fiancée y entrer avant que je n'aie prononcé officiellement les vœux qui lieraient nos vies ensemble.  Je n'en avais plus conscience.  Derrière elle, je refermai la porte que je verrouillai machinalement, nous coupant du monde extérieur.

« Prenez un siège Gabrielle, je vous en prie, » fis-je ne sachant trop comment accueillir ma dulcinée, l'esprit hébétée de la drogue que j'avais déjà fumée et l'image de la pipe qui m'attendait.  Elle m'appelait.  Je retins un mouvement pour aller la chercher.  Gabrielle ne devait pas savoir.  Elle ne devait pas découvrir ce que j'étais en train de faire.  Je m'affalai dans un fauteuil et l'invitai à me rejoindre.
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Message Sujet: Re: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyMar 16 Oct - 23:47

Il aurait pu la raccompagner jusqu'à sa porte. Il aurait pu l'enserrer dans ses bras, lui montrer combien il était valeureux même lorsque le danger était éloigné. Il aurait pu la raisonner, avancer des arguments pour la mettre en confiance. Antonin avait choisi de lui ouvrir la porte de sa chambre et de la laisser investiguer ses appartements. De sa supplication, le prince n'avait répondu qu'un seul mot. Un ordre vague ou une invitation. Gabrielle avait laissé la porte se refermer derrière elle en se surprenant de l'audace soudaine de son fiancé. Il verrouilla la porte et elle songea qu’il la décontenançait encore après tant de semaines, tant de mois à se côtoyer, à s’apprivoiser.

La Cibellane s'était installée sur l'un des sièges douillets et n'avait pu s'empêcher de suivre Antonin des yeux. Il s'était laissé tomber avec lourdeur, dans une dégaine plus décomplexée que ce qu'il avait l'ordinaire de lui montrer. Lui, le prince charmant, sérieux et discret aux yeux de tous, séducteur et nuancé dans l’intimité. Le voilà qui la regardait avec insistance, bien loin des regards discrets qu’il osait plutôt poser sur elle. Le malaise s’intensifiait alors que le silence prenait sa place. Il lui semblait si désinvolte, dans sa posture, si peu… Lui. L’avait-elle extirpé de ses songes? Ou pire encore? Était-ce l’anxiété du moment qui le laissait aussi peu énergique?

- J’étais si plongée dans mes inquiétudes que je n’ai pas songé un seul instant que vous vous étiez endormi, ou que vous aviez besoin de repos. Antonin… Je suis désolée.

Un toussotement mit fin promptement à ses excuses teintées d’une compassion évidente. L’odeur était âcre et s’était logée à sa gorge, le temps d’une inspiration. Gabrielle se fit violence pour déglutir, le museau plissé en une grimace discrète. Bientôt, elle s’habituerait à cet encens aux fragrances herbeuses, elle en était certaine. Elle prit un instant de silence, timide d’avancer ses propres tourments, incertaine que le moment soit le bon, pour Antonin. ..Ne l’avait-il pas invitée à prendre place?

- Je m’inquiète pour Gabin...

Et pour Gaëtane. La férocité de son aînée à malmener sa sensibilité et à tirailler sa susceptibilité avait eu raison d’elle. Les mots s’étaient étranglés dans sa gorge ; la plaie était encore vive, même si les semaines la séparaient désormais de cet accueil hostile. Elle n’était qu’une outremarcheuse talentueuse. Qu’une princesse pouvant porter les héritiers de la duchesse de Cibella. Et ce choix, celui d’épouser Antonin, était sans doute le seul qu’elle ait fait pour elle, pour s’éloigner de ce piège qui l’emmurait peu à peu. Un carcan doré où elle aurait perdu le peu qui lui appartenait encore. Devenir mère. Devenir une épouse, non pas par la volonté de son aînée, mais parce qu’elle l’avait choisi. Le décès de Gaëtane aurait été possible, entre les momies terrifiantes et le dragon revenu d’entre les morts. La douleur de la perdre l’aurait tuée, Gabrielle en était certaine, mais l’offense était trop grande pour l’oublier déjà. Situation délicate pour son âme sensible. La princesse sentait déjà son regard s’embuer, alors que la vision des morts-vivants s’imposait à son esprit. La tête basse, bien peu glorieuse de s’avouer aussi faible devant le Chevaucheur et prince, elle murmura quelques mots pour eux seuls.

- Je les revois toujours, Antonin. Je ferme les yeux et ils me retrouvent.

Un craquement. Infime. La princesse redressa la tête dans un sursaut. Son regard épiait la haute fenêtre malgré elle. À pareille hauteur, surplombant les cieux d’Alfaë, que pouvait-il bien se trouver au-dehors? Une autre aberration sortie de l'étreinte de Sithis?




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Message Sujet: Re: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyJeu 15 Nov - 0:19

Elle devinerait.  Je ne pouvais m'empêcher de me laisser envahir par cette crainte alors que ma pipe encore fumante tentait par tous les moyens d'attirer mon regard, de lui accorder de nouveau mon attention.  Ce que je ne pouvais faire avec la présence de ma fiancée.  Je ne désirais pas qu'elle puisse croire que quoi que ce soit puisse lui être supérieur en intérêt.  Surtout pas dans un moment comme celui-ci.  Comment lui cacher ce que j'étais en train de faire et qu'elle avait interrompu sans se douter de rien?  Bien que j'étais intérieurement tendu, je n'arrivais pas à me tenir aussi droit qu'à l'ordinaire, avachi dans mon fauteuil sans la même distinction qu'à l'ordinaire, que je lui montrais toujours.  Gabrielle était beaucoup trop intelligente pour ne point remarquer la différence, or je ne fus pas surpris lorsqu'elle exprima sa désolation d'être venue sans réfléchir à une heure aussi tardive.  Je regrettai amèrement de me montrer dans un pareil état devant elle : je devais faire bien piètre figure et elle devait me trouver bien différent de ce que j'étais à l'ordinaire.  Elle me le reprochait peut-être en son fort intérieur, sa délicatesse naturelle l'empêchant d'exprimer à haute voix d'elle-même ce dégoût que je devais lui inspiré.  Inquiet de la voir se méprendre à propos de mon attitude, je tentai d'être moins écrasé contre le dossier de mon fauteuil, de me tenir un peu plus solidement.  Je secouai la tête.  Je ne pouvais pas me laisser à aller.  Mon regard se dirigea pourtant vers la pipe et les herbes qui continuaient d'y brûler à petit feu.  Je me retins.  Fermer les yeux et ne plus y penser.  Se concentrer sur ma future épouse, éplorée.

Elle avait besoin de moi, de mon réconfort.  Et j'étais incapable de le lui offrir, trop accaparé par ma propre crainte de ce qui s'était passé.  Les images étaient gravés dans ma mémoire aussi et je n'arrivais pas à fermer l'oeil, ni à oublier.  Oublier combien j'avais été lâche, caché dans une pièce alors que j'aurais dû être à l'extérieur et aider Gabin à repousser l'attaque des momies.  J'avais été un poids mort inutile.  Peut-être était-ce mieux que je ne sois plus cadet Chevaucheurs.  N'en était-ce pas la preuve?  Que je n'étais pas à la hauteur.  La voix d'Agonie restait loin, elle ne me répondait pas.  Ce silence était donc l'approbation, la confirmation de cette pensée qui me hantait.  Abandonner mon rêve pour quelque chose de plus grand à accomplir était un sacrifice que je faisais sans trop de regrets.  J'éprouvais toutefois une honte cuisante de réaliser que je n'arrivais même pas à la cheville de l'homme que j'avais toujours voulu être.

Titubant un peu, je me levai et parcourus les quelques pas qui me séparaient de Gabrielle.  Heureusement, la distance était courte, elle ne remarquerait peut-être pas mon hésitation.  Elle ne remarquerait peut-être pas mes yeux agités.  Sans plus de façon, je me laissai glisser au sol, dos contre le pied de son fauteuil et je laissai rouler ma tête contre son genou.

« Gabin a été… héroïque.  Même votre sœur aînée.  Les momies ont été repoussées, ne vous en faites pas pour eux.  Les forces nécessaires ont été appelées pour leur porter du secours et s'assurer que les terres de votre frère soit évacuées. »

J'essayais d'avoir l'air confiant et sûr de moi.  Pourtant, je ne ressentais rien de ces émotions.  J'avais le cœur troublé et je ne savais comment lui en faire part.  Si elle était venue me trouver, c'était parce qu'elle avait besoin de ma force.  Et plutôt que de bravoure, de consolation, je n'avais qu'un homme faible à lui offrir, incapable de répondre aux attentes qu'elle avait de moi.  La honte m'enveloppait de son lourd manteau.

« Je n'arrivais pas à dormir.  Vous n'êtes pas venue à un mauvais moment. »

Si.  C'était le pire moment qui soit, mon coeur se noua devant l'affreux mensonge qui m'étais venu sans que je n'y réfléchisse.  Ce n'était pas moi, n'était plus moi.  J'étais faible, loin du prince galant, loin du Chevaucheur qu'elle devait s'imaginer prendre pour époux.  J'éprouvais une déception sans fin d'être moi, de ne pas être un autre, de pas être plus qu'Antonin de Faërie, prince timoré et inutile.  Dans l'état où j'étais, j'étais même incapable de prendre soin de ma fiancée.  Que me restait-il?

« Je n'ai rien fait.   Alors que j'aurais dû être auprès de votre frère pour défendre son domaine, je me suis terré comme un lâche.  Agonie n'est plus là.  Je la sens loin de moi.  Elle doit regretter d'avoir choisi quelqu'un comme moi pour partenaire de vol. »

Je laissai échapper un rire amer.  C'était moi l'homme, et pourtant c'était moi qui était en train de me plaindre, posé contre ses genoux.  Pouvais-je tomber plus bas dans la déchéance?  Mes yeux se posèrent à nouveau sur ma pipe.  Si seulement elle n'était pas là, j'aurais pu la prendre, fumer jusqu'à ce que j'oublie mon nom et qui je suis, jusqu'à ce que toutes ces émotions contradictoires et désagréables ne disparaissent.

« Vous êtes venue me trouver, car vous êtes troublée.  Je crains que ma présence ne vous offre qu'un maigre sentiment de sécurité. »

Je poussai un long soupir, préférant me taire.  Si je parlais trop, je me trahirais.  Si j'en disais trop, j'heurterais les sentiments délicats de la princesse cibellane et elle avait suffisamment de poids sur le cœur sans que je ne lui en rajoute un de plus.
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Message Sujet: Re: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyDim 25 Nov - 2:28

La fenêtre ne projetait qu’une vue incroyable sur Alfaë. Un ciel dégagé où ne volaient que quelques dragons, à cette heure tardive. Les cristaux magiques éclairaient la cité avec une joliesse certaine, et, environ rassurée, Gabrielle détacha son regard de cette vision pour retrouver Antonin. Son regard semblait songeur, alors qu’il se portait sur la pièce voisine. Il ferma les yeux quelques secondes puis se redressa, le pas incertain, jusqu’à se rendre à ses côtés. Elle allait lui tendre la main pour accueillir sa présence auprès d’elle, mais l’Outreventois se laissa plutôt glisser contre le siège confortable, lui préférant le sol immaculé. Sa surprise ne fut que plus vive en le voyant rouler la tête afin de profiter du confort de ses genoux avec une aisance déroutante. Son souffle las réchauffait déjà sa cuisse et, sans trop savoir la raison de cette attitude, ni comprendre si elle préférait cet Antonin nonchalant, la princesse glissa ses doigts fins dans ses cheveux sombres. Elle joua d’une bouclette à peine formée, l’esprit perdu entre ses propres peurs et l’ambiguïté des gestes d’Antonin.

- Gabin a été… héroïque.  Même votre sœur aînée.  Les momies ont été repoussées, ne vous en faites pas pour eux.  Les forces nécessaires ont été appelées pour leur porter du secours et s'assurer que les terres de votre frère soit évacuées.

Il disait vrai, son prince charmant étrangement languide. Gaëtane avait toujours été forte et sûre d’elle, capable de défendre un duché sans la moindre crainte. Gabin chevauchait depuis les cieux, insensible à la peur. Il n’y avait qu’elle, petite princesse fragile et discrète, pâle et sans saveur, qui était incapable de se défendre. De s’affirmer. Si bien qu’elle avait appris avec excellence cette magie précieuse qu’était l’outremarche. Excellente dans l’art de se cacher. Misérable, elle avait suspendu sa caresse sur Antonin lorsque ses sentiments les moins glorieux, entremêlés à cette peur tenace, lui enserraient le coeur.

- Je n'arrivais pas à dormir.  Vous n'êtes pas venue à un mauvais moment.

Il ne dormait pas. Il buvait, peut-être bien, pour expliquer cet étrange abandon, ce soir. La princesse eut un sourire léger et chagrin avant de s’incliner sur cette tête confortablement lovée sur ses genoux. Elle allait l’embrasser, sur sa tempe ou ailleurs, pour chasser son malheur contre un peu de douceur, mais il reprit parole, l’esprit déjà loin. Les tourments qu’il racontait avec douleur, Gabrielle les ressentait aussi. Sa crainte de ne pas être à la hauteur, cette peur de décevoir… Elle ravala son émotion de son mieux, le regard toujours humide, depuis un moment déjà, et s’inclina jusqu’à lui voler un baiser, sur son front. Baiser chaste. Pauvre, pauvre Antonin...

- Si vous vous perceviez comme je vous vois… Que vous êtes cruel envers vous-même, Antonin. Que vous êtes dur… J’avais…

Elle inspira profondément, sentant le hoquet d’un chagrin briser sa voix. Gabrielle prit quelques secondes de silence avant de reprendre, d’une voix lente mais légèrement tremblante.

- J’avais si peur… Vous n’êtes pas.. Vous n’êtes pas lâche. Vous m’avez protégée, vous m’avez rassurée… Est-ce le geste d’un lâche, que de protéger sa promise? Est-ce honteux pour un prince impérial de ne pas frôler la mort dans les combats? ...Antonin..?

Sa vie lui manquait. Sa vie sur le dos d’Agonie, à la caserne, auprès de ces gens qu’il devait considérer comme des frères. Elle ne pouvait comprendre, la Cibellane, elle le savait bien, mais le peu qu’elle parvenait à imaginer, de cette liberté gâchée, de ce carcan de devoirs qui alourdissait le quotidien, lui brisait le coeur. Ce lien mythique d’un dragon pour son chevaucheur qui s’étiolait peu à peu devait être une torture pour lui.

- Votre présence me rassure, bien plus que la solitude de mes appartements. Désirez-vous me parler d’Agonie..? Peut-être parviendrez-vous à chasser mes peurs, et moi votre tristesse?

Dans un geste plus incertain, Gabrielle avait repris ses quelques caresses dans ses boucles qui s’affirmaient peu à peu. Son regard, pourtant, le quittait régulièrement pour inspecter cette large fenêtre, seul rempart contre le spectre du dragon ramené d’entre les morts et eux, simples mortels un peu trop écorchés.




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Message Sujet: Re: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyDim 25 Nov - 4:03

Les gestes de Gabrielle étaient doux et réconfortants.  Ils me donnaient l'impression qu'un être supérieur veillait sur moi.  Ses doigts perdus dans mes cheveux me faisait un bien fou.  Elle apaisait mes peines, mais elle les ravivait aussi.  Je savais que je lui avais promis de me reposer sur elle comme elle pourrait se reposer sur moi.  Néanmoins, ce soir, c'était moi qui aurais dû lui apporter du réconfort.  Elle avait dû être secouée par les événements.  Une invasion de momies avait déferlé sur les terres de son cadet.  Lui et son aînée s'étaient battus, ils avaient protégés les Cibellans réfugiés au manoir contre les envahisseurs alors qu'elle et moi étions cachés, inutiles.  Je savais combien sa relation avec Gaëtane était parfois difficile.  Je savais combien la duchesse était appréciée et faisait de l'ombre à sa cadette.  Combien elle devait être désolée de toute cette situation.  Combien elle devait être déçue de l'homme que j'étais.  Au final, je n'étais encore qu'un enfant qui essayait de faire sa place dans la cour des grands trop tôt…  Et pourtant, pourtant elle me rassurait encore.  Elle me dressait un portrait de moi-mêm plus élogieux que ce qu'il ne devrait être.  À ses yeux, si je me fiais à ses propos, j'étais un homme d'une qualité exceptionnelle.  Mes forces surpassaient mes faiblesses.  Elle me faisait penser à la cérémonie du choix, quand j'avais été choisi par Agonie.  Quand la Reine du vol de jade avait vu en moi ce qu'elle cherchait.  Je l'avais trompée, j'avais déçu ses espoirs.  Quand j'imaginais ce qu'elle devait penser de moi, le petit prince incapable de s'occuper de sa dragonne, j'avais honte.  J'avais trahi la confiance qu'elle avait placée en moi.  J'avais trahi le rêve qu'elle avait réalisé pour moi, à ma place.  J'avais honte.  Peu importe les mots d'encouragements de Gabrielle, la honte ne pouvait s'effacer de mon cœur.  J'étais un raté.

Je déglutis avec peine.  Pouvait-elle comprendre si je lui parlais de ma relation avec ma dragonne?  Gabrielle était sensible.  Intelligente.  Comment pouvais-je la sous-estimer ainsi.  Je laissai échapper un soupir.  J'avais le cœur déchiré.  Ma relation avec Agonie était irremplaçable.  Elle me manquait tant.  Pourtant, c'était bel et bien moi qui l'avait désertée.

« Quand j'étais enfant, je rêvais de devenir Chevaucheur.  Lorsqu'un dragon traversait le ciel au-dessus de la Rive, je m'imaginais sur son dos, protégeant Faërie de la force de mon bras.  Armandine pourrait vous dire, elle m'en a tant entendu parler. »

J'esquissai un sourire en songeant à ma sœur et au bonheur qu'elle me faisait éprouver.  Quelle chance j'avais d'avoir une telle sœur avec qui partager joies et peines.  Combien de fois avions-nous parlés de lorsque je serais un Chevaucheur.  Trop peut-être.  À l'époque, ce rêve ne paraissait plus si fou.

« Pourtant, une fois ma magie éveillée, j'ai décidé de devenir mage de Vérité.  C'est inutile pour un Chevaucheur me direz-vous.  Pourquoi ne pas avoir choisi l'illusion ou la magie élémentaire?  Je me le suis demandé aussi.  Quand je me suis présenté devant les dragons, j'ai cru qu'aucun d'entre eux ne voudrait de moi.  Ne reconnaîtrait ma magie.  Puis, elle s'est imposée à moi.  Majestueuse.  Plus belle créature qu'Arven ait jamais portée. »

Ma voix se déchira, j'étais incapable de continuer.  Je ne pouvais pas lui parler d'Agonie alors qu'elle me manquait si cruellement, alors que j'avais failli à être un héros.  J'étais trop embarrassé de ce que j'étais devenu pour garder la tête haute et fière.  Pour raconter comment malgré mes choix, j'avais eu l'honneur d'être choisi par une reine de vol.  L'odeur des herbes encore allumées s'imposa à nouveau à moi, plus forte encore.  J'esquissai un mouvement, m'écartant de Gabrielle, délogeant ses mains si délicates qui s'amusaient dans mes cheveux.

Avec lenteur et lourdeur, je me relevai.  Je parcourus les quelques pas qui m'en séparait.  J'allais lever la main et la retint.  Mes pas me ramenèrent près de ma fiancée.  Mais je n'avais pas encore esquissé le geste de me rassoir que déjà, je retournais sur mes pas, j'attrapais ma pipe et j'aspirais une bouffée.  Peut-être alors oublierais-je la honte.  Je regardai, les yeux baisser Gabrielle.  Je n'avais pas réussi à lui cacher longtemps.

« Je suis désolé.  C'est… trop en même temps.  Je… »

Mes doigts glissaient sur l'objet, dans un geste coupable.  Penaud, je retournai toutefois m'asseoir contre les genoux de Gabrielle.  Ce contact me réconfortait.  Je savais que le lendemain matin, je regretterais amèrement, mais pour le moment, tout ce qui m'importait, c'était de me laisser aller.  Je portai la pipe à mes lèvres une seconde fois avant de la reposer.  Je n'en aurais plus besoin avant un moment.

« J'aurais préféré que vous ne me voyiez pas comme ça, » murmurai-je.

Que devait-elle penser de moi désormais qu'elle savait que j'étais sous l'influence de drogues cielsombroises?  Devinait-elle l'usage que j'en faisais?
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Gabrielle de Faërie
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Message Sujet: Re: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyDim 9 Déc - 15:24

Les rêveries d’un enfant étaient la chose la plus précieuse qui soit, au coeur de Gabrielle. Elle s’émouvait de la jeunesse des petits, à l’Académie. Elle était si fière de voir se dresser une relève jeune et fougueuse pour Faërie. Elle avait un respect immense pour les coeurs doux et bons, princesse sensible, et les enfants n’avaient que ça, un coeur immense encore ouvert au monde. Antonin, en lui révélant ses rêves et ses aspirations de garçonnet, tendait une corde bien sensible chez sa fiancée. Si elle fermait un peu les yeux, Gabrielle en était certaine : elle le verrait petit, accroupi près d’Armandine, à lui dévoiler ses plans immenses. Chevaucher. Toucher le ciel. Défendre Faërie de tous les maux. Un garçon brave et plein d’espoir. Puis la vie, sans doute, s’était chargée de refermer ce coeur généreux, de briser ses rêves de grandeur, d’affecter son propre reflet. Gabrielle le comprenait. Elle avait vécu une histoire similaire.

- Que...

Il s'était détaché d'elle avec un empressement étrange, et la princesse le regardait désormais hésiter, revenir puis aller plus loin encore vers la seconde pièce. Elle hésitait à se lever elle aussi, ayant cru sans doute à tort qu'une menace quelconque s'était approchée. Puis il revenait, l'Outreventois, la mine piteuse à la manière d'un enfant gourmandé, le fruit de sa honte entre ses mains. Une pipe encore fumante qui expliquait à elle seule l'état particulier d'Antonin et l'odeur prenante qui parfumait la pièce. Il revenait contre elle, à ses pieds, recherchant à nouveau à lover sa tête contre ses genoux. C'était trop, qu'il lui disait, sans en dire plus, et Gabrielle resta un moment immobile à songer à ce que cela pouvait représenter pour lui. Un mariage, des obligations nouvelles, l'éloignement d'Agonie, son rêve brisé de devenir chevaucheur.

- Votre avenir vous inquiète… N'est-ce pas?

Comment le lui reprocher, alors qu'elle-même en avait été terrorisée tout au long de l'année de décision quant à ses prétendants. Mais désormais qu'elle avait choisi… Elle avait accepté les visites trop peu nombreuses. Elle avait accepté un masque nouveau qui s’ajoutait à son visage : soeur de la duchesse, outremarcheuse talentueuse, baronne respectée, épouse du prince impérial. Il l’avait deviné, dans sa sensibilité, qu’elle n’était que rarement considérée pour la personne qu’elle était. Il lui avait semblé qu’il la comprenait, qu’il parvenait à voir la femme, derrière les titres et les parures. Mais peut-être avait-elle été naïve, bien simplement, et qu’il ne voyait en elle qu’une obligation future.

- Je vous croyais certain de votre choix en demandant ma main...

Une teinte amère et chagrine, dans ses mots. Gabrielle ne bougeait toujours pas, l'esprit peut-être bien englué par les vapeurs alourdissantes de la pipe d'Antonin. Et si c'était par sa faute qu'Antonin fumait ainsi, destiné à une femme plus âgée qui le condamnait à assumer ses responsabilités? Car dès la fin de l’année, il n’y aurait plus d'échappatoire pour lui. Ni pour elle aussi. Le mariage les condamnait à affronter l’adversité ensemble, à trouver appui chez l’autre, à perdre leurs illusions et leurs rêves en même temps. Ou bien à en construire de nouveau.

Mais Antonin remplissait parfaitement son rôle, ce soir. Gabrielle avait oublié pendant un moment l’ombre d’un dragon squelettique et les attaques des momies. Il n’y avait plus qu’un fiancé qu’elle croyait lésé, et que sa susceptibilité malmenée.




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Antonin de Faërie
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Message Sujet: Re: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyMar 22 Jan - 20:19

J'étais plus qu'inquiet, j'étais terrorisé.  Lorsque je me projetais dans le futur, je n'arrivais qu'à voir les échecs multipliés que j'accumulerais.  Je ne me sentais pas à la hauteur du futur qui m'était promis, mais surtout je savais que je ne l'étais pas.  Il suffisait de me comparer avec mon père pour voir que tout de suite, je ne lui arrivais même pas à la cheville, lui avec son assurance, sa fermeté et ses décisions prises avec soin et jugement.  J'étais si faible, qu'il me fallait prendre des substances euphorisantes pour oublier ma terreur et mon incompétence.  Je me raccrochais à elle désespéramment, et maintenant, même Gabrielle était au courant.  Ne serait-elle pas dégoûtée d'avoir accepté de lier son destin à un homme aussi médiocre que moi, alors qu'elle était belle, courageuse et intelligente?  Elle méritait certainement mieux et c'était d'un égoïsme profond de ma part que de vouloir la garder entière pour moi. Il me semblait que de l'avoir choisie pour épouse était le choix le plus judicieux de mon existence, bien que ce fut certainement le plus injuste.  Une fois encore je me voilais la face.  C'était tout comme avec Agonie.  Elle avait été la première à me comprendre, à m'offrir la place que je croyais ne jamais mériter un jour.  Pourtant, je l'avais abandonnée.  Je refusais encore de l'admettre, je continuais à projeter mon esprit en quête du sien.  Le lien n'était plus aussi fort, il était ténu.  Pourtant, parfois encore je pouvais ressentir son esprit contre le mien, muet.  Elle me boudait toujours.  Pour la cajoler, la convaincre de rester avec moi, je lui transmettais tout mon désir de me retrouver assis sur son dos à voler au-dessus des nuages.  Mon désir de protéger Faërie à ses côtés, d'en devenir le gardien avec elle.  Je lui laissais percevoir toute mon impuissance à la rejoindre, ce désir qui m'envahissait parfois de tout abandonner et de fuir dans un endroit lointain avec elle.  M'aimait-elle encore?  Voyait-elle encore en moi ce qu'elle avait vu quand elle m'avait choisi comme Chevaucheur?  M'avait-elle seulement jamais aimé ou n'étais-je qu'un simple humain comme les autres?  Tant de questions m'embrouillaient l'esprit et pour aucune d'entre elles je n'avais de réponse.  Serais-je la même déception pour Gabrielle que je l'avais été pour Agonie?  Une promesse d'espoirs tous déçus un à un?

Dans ma torpeur causée par les drogues que j'avais inhalés, dans le chagrin des peines que me causait l'absence de ma dragonne, je n'entendais plus ma fiancée que par un vague écho.  Un écho qui me transperça le cœur comme un coup de poignard.  Malgré moi, j'avais blessé Gabrielle.  Sans que je ne m'en rende compte, des larmes coulèrent le long de mes joues.

« Je regrette de vous imposer un futur époux aussi pathétique que celui que vous avez accepté.  Je ne suis pas l'homme que vous croyez Gabrielle, je ne suis pas l'homme qu'il vous faut, mais moi j'ai désespéramment besoin de vous. »

C'était injuste, peut-être cruel, de vouloir continuer à l'attacher à moi alors que je savais pertinemment que je n'étais pas à la hauteur.  J'avais repris confiance depuis le début de nos fiançailles.  J'avais fait tout en mon pouvoir pour ne plus la négliger quand elle me l'avait fait remarqué, quand elle avait proposé des solutions j'ai appris à y être plus ouvert, pour mieux la comprendre, mieux l'accepter telle qu'elle l'était.  Mais dans tout ce processus, j'avais continué à lui masquer quel genre d'homme j'étais réellement.  Jamais assez bon, jamais assez bien.  Je n'étais pas Gsutave, je n'étais pas le digne fils de mon père.  Je ne travaillais pas encore assez fort, jamais assez, toujours trop peu.

« Même Agonie le sait.  Elle ne me répond presque plus.  Je l'ai déçue et je vous décevrai aussi.  Pensez seulement à aujourd'hui.  J'aurais dû être dehors, j'aurais dû aider votre frère.  Vous dites que je vous ai protégée, rassurée.  J'aurais dû être devant la porte avec vos protecteurs.  J'ai manqué de courage Gabrielle.  Et maintenant… quand je devrais vous rassurer, me voilà dans un tel état. »

Intoxiqué et émotionnellement instable.  Alors que j'aurais dû être la figure forte prêt à m'assurer de son bien-être et de son confort, je n'étais que là à ressasser mes noires émotions.  N'avais-je donc encore rien appris?  Pourquoi n'évoluais-je pas.  Incapable de me contrôler, pour apaiser mes émotions, j'aspirai une nouvelle bouffée de ma pipe.  L'appel était trop fort malgré la présence de Gabrielle, malgré toute la honte que mon comportement soulevait en moi.

« J'ai honte Gabrielle.  Je ne devrais jamais vous offrir pareil spectacle.  Je comprends Agonie de ne plus vouloir d'un Chevaucheur comme moi.  Après tout, c'est une reine, elle mérite mieux. »

Et vous aussi, songeai-je sans être capable de l'articuler à haute voix.
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Message Sujet: Re: Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur   Lorsque la nuit est sombre et pleine de terreur EmptyVen 12 Avr - 2:39

Un enfant. Elle allait épouser un grand enfant, plus incertain qu'elle-même pouvait l'être, plus perdu dans ses doutes qu’elle n’avait pu l’être, toute sa vie durant. Un enfant qui avait appris à déceler la vérité, là où elle se trouvait, qui avait appris à reconnaître le vrai du faux par le don d'Aura. Un enfant qui levait les armes, qui chevauchait une reine majestueuse, pour défendre Faërie de sa vie. Un enfant qu'elle avait juré de protéger, un jour, au coeur du Ru-d'argent, comme le faisaient toutes femmes cibellanes envers leur époux. Sa main revenait jouer avec les cheveux fins du prince, tremblante malgré elle, et Gabrielle comprenait qu'elle ne pouvait plus se dissimuler éternellement derrière lui. Antonin était pâle et fragile, en pleurs, malgré la Chevauche et les titres. Elle devait être forte pour deux. Comme lorsque Gabin essuyait des moqueries à l'Académie.

- Je vais vous aider, Antonin.

Le murmure s’était déposé tout près de lui, alors que la princesse s’était inclinée au-dessus son oreille. Il n’était pas celui qu’elle s’était imaginée, lors de leur rencontre où il s’était proposé comme prétendant. Elle le connaissait peu, et le fils de Gustave de Faërie l’avait rendu méfiante. Gabrielle s’était trompée à son sujet. Au sujet de son empereur, également. Son fiancé lui semblait fragile, évidemment, mais lui permettait de prendre sa place dans cette union à venir. Malgré la peur que cela lui procurait. Malgré les doutes. Elle ne serait pas une impératrice dissimulée derrière un époux plus fort qu’elle. Antonin l’obligeait à s’affirmer.

- Il n’y a eu aucune déception, aujourd’hui. Vous étiez là où vous deviez être, même si vous croyez mes paroles fausses.

C’est un baiser, qu’elle lui volait, sur sa mâchoire, alors qu’elle lui murmurait tout le calme qu’elle pouvait réunir malgré la peur qu’elle avait eu. Qu’elle avait encore. L’une de ses mains continua sa route sur lui, filant sur son bras jusqu’à cueillir sa pipe, du bout des doigts. L’odeur lui semblait intenable, désormais que les volutes de fumée serpentaient en sa direction. Elle songeait un peu à Agonie, cette ombre majestueuse qu’elle avait parfois aperçue, au-dessus de Lorgol ou du palais d’Alfaë. Il y avait toujours un domestique ou une servante pour murmurer la splendeur de la dragonne. Puis Gabrielle fronça les sourcils hébétée de voir ses pensées se disperser de plus en plus loin d’Antonin et des morts ramenés à la vie, aussi. Pendant un instant, un petit instant, elle en avait oublié la conversation, les doutes d’Antonin, le mariage prochain.

- Agonie s’est liée à vous, et sa peine doit être aussi profonde que la vôtre…

Elle ne savait plus quand, mais il lui semblait bien qu’on le lui avait dit que la rupture était douloureuse, entre un Chevaucheur et son dragon, et plus le lien s’était tissé à travers le temps, plus la déchirure serait profonde. Elle le plaignait, de tout son coeur, à l’imaginer vivre cette peine. Ce deuil. Antonin n’aurait pas le choix, tôt ou tard, d’abandonner la Chevauche pour ses devoirs. Pour Faërie. Pour sa famille. Pour elle, aussi.

- J’ai promis de vous protéger, vous souvenez-vous..? Protection et sauvegarde. J’ai eu peur, également, et ma magie… Comme à l’Académie, Antonin. Ma magie ne m’appartenait plus. Je n’ai pas pu nous éloigner du danger. Vos doutes, votre tristesse, je les vois, et ils pardonnent toutes les faiblesses que vous vous imaginez.

La pipe lui avait échappé, sans doute, car la Cibellane ne sentait plus son poids entre ses doigts. Elle ne sentait plus le poids de la peur peser contre elle, également. Elle ne sentait plus grand chose, à vrai dire, alors qu’elle cajolait Antonin et rêvassait, mélancolique, sur leur avenir tissé de chagrin.




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